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Bundesverwaltungsgericht 30.08.2011 D-4399/2008

30 agosto 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·1,387 parole·~7 min·1

Riassunto

Asile et renvoi | Asile et renvoi ; décision de l'ODM du 2 juin 2008

Testo integrale

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour IV D­4399/2008 Arrêt   d u   3 0   a oû t   2011 Composition Gérard Scherrer (président du collège), Maurice Brodard, Hans Schürch, juges, William Waeber, greffier. Parties A._______, né le […], Irak, recourant,  contre Office fédéral des migrations (ODM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Asile et renvoi; décision de l'ODM du 2 juin 2008 / […].

D­4399/2008 Page 2 Faits : A.  Le  19  novembre  2007,  A._______,  né  à Kirkouk,  d'ethnie  et  de  langue  maternelle kurde, de religion musulmane et provenant de  la province de  Suleimaniya  où  il  a  possédé  son  dernier  domicile,  a  déposé  une  demande d'asile en Suisse. B.  Entendu les 26 novembre et 7 décembre 2007, l'intéressé a déclaré qu'il  travaillait  depuis  mars  2006  dans  un  laboratoire  de  photographie,  s'occupant  d'y  développer  les  films  que  des  clients  apportaient.  Le  16  septembre 2007, une personne appartenant aux services de sécurité  lui  aurait  amené  trois  films  à  développer.  Elle  serait  revenue  une  à  deux  heures  plus  tard  afin  d'emporter  les  photographies.  A._______  aurait  cependant uniquement pu lui remettre les images apparaissant sur deux  des  films  remis,  le  troisième s'étant  endommagé au développement.  Le  chef  du  laboratoire  aurait  pour  ce  motif  été  entendu  par  le  service  de  sécurité.  Après  cela,  l'intéressé,  considéré  comme  responsable  du  problème, aurait été arrêté et  interrogé,  les agents craignant qu'il se soit  approprié les photographies du film prétendument défectueux aux fins de  les  vendre  ou  de  les  divulguer,  compromettant  ainsi  le  service.  A._______  serait  resté  en détention  jusqu'au 29  septembre 2007,  étant  parfois  maltraité.  Son  père  et  son  patron  s'étant  portés  garants  de  sa  personne,  il  aurait  été  libéré à  cette  date. Son père  l'aurait  averti  qu'en  cas  de  nouveau  problème,  une  libération  serait  plus  hypothétique.  Le  service  de  sécurité  n'étant  selon  lui  par  convaincu  de  ses  explications,  l'intéressé, risquant par conséquent encore d'être arrêté, aurait quitté son  pays, le 30 septembre 2007. C.  Par  décision  du  2  juin  2008,  l'ODM  a  rejeté  la  demande  d'asile  du  requérant,  dans  la  mesure  où  ses  déclarations,  se  révélant  parfois  dénuées  de  logique  ou  contraires  à  "l'expérience  générale",  ne  satisfaisaient pas aux exigences de vraisemblance de l'art. 7 de la loi sur  l’asile du 26 juin 1998 (LAsi, RS 142.31).  Il a estimé en effet qu'il n'était  pas crédible qu'un service de sécurité ait, sans surveillance, laissé à des  tiers des documents censés être  "sensibles".  Il a  relevé en outre que  le  film  défectueux  avait,  selon  les  propos  de  A._______,  été  remis  aux  forces de l'ordre, de sorte que celui­ci ne pouvait pas avoir été soupçonné  de vouloir en faire une utilisation malveillante.

D­4399/2008 Page 3 L'ODM  a  par  ailleurs  prononcé  le  renvoi  de  Suisse  du  requérant  et  a  ordonné  l'exécution  de  cette  mesure.  Il  a  en  particulier  constaté  que  l'intéressé avait vécu en dernier lieu à Suleimaniya, ville située dans l'une  des provinces du nord de l'Irak sous le gouvernement régional kurde, où  cette  mesure  pouvait  être  considérée  comme  licite,  raisonnablement  exigible et possible. D.  Le 1er  juillet 2008, A._______ a  recouru contre  la décision précitée.  Il a  notamment  fait  valoir  que,  si  le  service  de  sécurité  avait  donné  à  un  laboratoire privé le soin de développer les films litigieux et avait craint que  leur  contenu  ne  soit  divulgué,  c'était  parce  les  images  en  question  compromettaient des dirigeants du parti au pouvoir,  les  impliquant dans  un scandale d'ordre sexuel. Il a rappelé par ailleurs qu'il était originaire de  Kirkouk. Il a signalé en substance que les habitants de son quartier, dans  cette ville, avait tenté de chasser sa famille, en la menaçant, la maison de  celle­ci  ayant  été  l'objet  d'un  attentat  à  la  bombe  en  février  2006.  Il  a  mentionné qu'il était  retourné à Suleimaniya après cet événement, sans  ne  plus  y  disposer  d'autorisation  de  séjour,  le  permis  de  travail  qu'il  possédait encore en 2005 n'ayant pas été renouvelé. Il a allégué qu'il ne  pouvait  retourner  ni  à  Kirkouk,  ni  à  Suleimaniya  en  raison  des  faits  invoqués, mais également en raison de la situation d'insécurité générale y  régnant. A._______  a  versé  au  dossier  la  copie  d'un  document  délivré  par  les  autorités de Kirkouk attestant qu'il y résidait au 18 juin 2005. Il a indiqué  par ailleurs qu'il annexait à son recours la copie d'une lettre de menaces  enjoignant sa famille à quitter sa maison située dans cette ville. A._______  a  conclu  à  la  reconnaissance  de  la  qualité  de  réfugié  et  à  l'octroi de  l'admission provisoire.  Il a demandé en outre à être dispensé  du paiement des frais de procédure. E.  Par décision  incidente du 4  juillet 2008,  le  juge  instructeur a constaté  le  droit  de  l'intéressé à attendre en Suisse  l'issue de  la procédure et  lui  a  octroyé l'assistance judiciaire partielle. F.  Dans  sa  détermination  du  5  août  2008,  l'ODM  a  proposé  le  rejet  du  recours. Il a constaté que l'intéressé y modifiait sur des points essentiels  ses allégations antérieures. Il a souligné ainsi que A._______ y affirmait, 

D­4399/2008 Page 4 contrairement  à  ses  propos  précédents,  que  les  services  de  sécurité  possédaient  les  équipements  nécessaires  au  développement  de  photographies.  Il a  relevé également que  le  recourant était désormais à  même de décrire le contenu des films qui lui avaient été confiés, ceux­ci  montrant  des  images  à  caractère  privé,  avec  une  connotation  sexuelle.  L'ODM a mentionné enfin que l'attestation de résidence fournie n'avait été  produite qu'à l'état de copie, ce qui lui ôtait tout caractère probant, et que  la copie de la lettre de menace invoquée dans le recours n'avait pas été  versée au dossier. G.  Invité  à  se  déterminer  sur  la  réponse  de  l'ODM,  l'intéressé,  en  date  du  27 août  2008,  en  a  contesté  le  contenu.  Il  affirme  qu'ayant  pu  voir  les  photographies des deux films non endommagés, il a naturellement conclu  que le contenu du troisième devait être semblable. Il déclare en outre ne  jamais  avoir  dit  que  les  services  de  sécurité  étaient  dépourvus  de  matériel  de  développement  de  photographie,  mais  simplement  qu'ils  n'avaient pas de gros studios pour ce faire. Il rappelle enfin qu'il provient  de Kirkouk et qu'il résidait illégalement à Suleimaniya, risquant de ce fait  des sanctions pénales, un retour dans ces villes ne pouvant être exigé de  lui.  H.  Les autres  faits  importants de  la  cause seront examinés,  si  nécessaire,  dans les considérants qui suivent. Droit : 1.  1.1. Le Tribunal administratif fédéral (le Tribunal), en vertu de l’art. 31 de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF,  RS 173.32), connaît des recours contre  les décisions au sens de  l’art. 5  de  la  loi  fédérale du 20 décembre 1968 sur  la procédure administrative  (PA, RS 172.021) prises par les autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF. 1.2.  En  particulier,  les  décisions  rendues  par  l’ODM  concernant  l’asile  peuvent être contestées, par renvoi de l’art. 105 LAsi, devant le Tribunal,  lequel  statue  alors  définitivement,  sauf  demande  d'extradition  déposée  par l'Etat dont le requérant cherche à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la  loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110]).

D­4399/2008 Page 5 1.3. Le  recourant a qualité pour  recourir  (cf.  art.  48 al.  1 PA). Présenté  dans la forme et dans le délai prescrit par la loi, le recours est recevable  (cf. art. 52 al. 1 PA et 108 al. 1 LAsi). 2.  2.1. Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d’origine ou dans  le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices  ou craignent à juste titre de l’être en raison de leur race, de leur religion,  de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou  de  leurs  opinions  politiques.  Sont  notamment  considérées  comme  de  sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l’intégrité corporelle ou  de  la  liberté,  de  même  que  les  mesures  qui  entraînent  une  pression  psychique  insupportable.  Il  y  a  lieu  de  tenir  compte  des motifs  de  fuite  spécifiques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi). 2.2.  Quiconque  demande  l’asile  doit  prouver  ou  du  moins  rendre  vraisemblable qu’il est un réfugié. La qualité de réfugié est vraisemblable  lorsque l’autorité estime que celle­ci est hautement probable. Ne sont pas  vraisemblables notamment  les allégations qui, sur des points essentiels,  ne  sont  pas  suffisamment  fondées,  qui  sont  contradictoires,  qui  ne  correspondent pas aux faits ou qui reposent de manière déterminante sur  des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7 LAsi). 3.  3.1.  En  l’occurrence,  les  déclarations  de  A._______  manquent  de  logique, de cohérence et de constance sur des points essentiels du récit.  Il  est en effet difficilement  concevable que des agents de sécurité aient  confié, sans surveillance, à une personne étrangère à leurs services, des  films  ayant  contenu  hautement  compromettant  pour  leurs  patrons.  L'intéressé  a  d'ailleurs  lui­même  précisé  que  lorsqu'il  développait  des  films  "très  particuliers",  ce  qui  était  manifestement  le  cas,  les  agents  restaient  pendant  qu'il  faisait  le  travail  et  emmenaient  ensuite  immédiatement le matériel (cf. procès­verbal de l'audition du 7 décembre  2007,  p.  4). Demeure  par  ailleurs  inexpliquée  la  raison  pour  laquelle  le  recourant n'a pas révélé, lors de ses auditions, le contenu des deux films  développés,  alors  que  des  questions  précises  lui  ont  été  posées  à  ce  sujet et qu'il s'agissait pour lui de démontrer, au travers de ses réponses,  le bien fondé de son besoin de protection. A._______ s'est en effet limité  à affirmer que  les photographies avaient été prises  lors de fêtes privées  des  services  de  sécurité,  des  Américains  y  apparaissant  (cf.  procès­

D­4399/2008 Page 6 verbal  de  l'audition  du  7 décembre  2007,  p.  4).  A  aucun  moment,  contrairement à ce qu'il a affirmé dans son recours,  il n'a parlé d'images  impliquant  les  dirigeants  du  parti  au  pouvoir  et  de  scandale  d'ordre  sexuel, alors qu'il était en mesure de  le  faire. Enfin, et surtout,  il  ressort  clairement  des  propos  tenus  au  cours  des  auditions  que  le  film  endommagé  a  été  restitué  à  l'agent  de  sécurité  lorsqu'il  est  venu  emporter les films et les photographies, peu de temps après leur dépôt au  laboratoire  (cf.  procès­verbal  de  l'audition  du  7 décembre  2007,  p.  3).  L'intéressé  n'aurait  ainsi  été  arrêté  et  interrogé  que  pour  fournir  des  explications  sur  les  circonstances  de  la  destruction  du  film  litigieux  (cf. procès­verbal de  l'audition du 7 décembre 2007, p. 7). Or, dans son  recours, A._______ affirme que ce film n'a pas été rendu aux services de  sécurité,  d'où  l'enquête menée à son encontre  (cf. mémoire de  recours,  p. 3).  Il  confirme  cette  version  dans  sa  réplique  du  27  août  2008  (en  page 1).  Cette  grossière  contradiction,  sur  le  point  crucial  du  récit  de  l'intéressé, associée aux constats qui précèdent, suffit à mettre en doute  les motifs d'asile allégués, ceux­ci ne satisfaisant donc pas aux exigences  de vraisemblance de l'art. 7 LAsi. 3.2. Il s’ensuit que le recours, en tant qu’il conteste le refus de l’asile, doit  être rejeté. 4.  4.1. Lorsqu’il rejette la demande d’asile ou qu’il refuse d’entrer en matière  à ce sujet, l’ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en  ordonne  l’exécution;  il  tient  compte  du  principe  de  l’unité  de  la  famille  (art. 44  al.  1  LAsi).  Le  renvoi  ne  peut  être  prononcé,  selon  l’art.  32  de  l’ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l’asile relative à la procédure (OA 1,  RS 142.311),  lorsque  le  recourant  d’asile  dispose  d’une  autorisation  de  séjour  ou  d’établissement  valable,  ou  qu’il  fait  l’objet  d’une  décision  d’extradition ou d’une décision de renvoi conformément à  l’art. 121 al. 2  de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101). 4.2.    Aucune  exception  à  la  règle  générale  du  renvoi  n’étant  en  l’occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette  mesure. 5.  5.1. L’exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnablement  exigible  et  possible  (art.  44  al.  2  LAsi).  Si  ces  conditions  ne  sont  pas 

D­4399/2008 Page 7 réunies, l’admission provisoire doit être prononcée. Celle­ci est réglée par  l’art. 84 de  la  loi  fédérale sur  les étrangers du 16 décembre 2005 (LEtr,  RS 142.20), entrée en vigueur le 1er janvier 2008. 5.2. L’exécution n’est pas  licite  lorsque  le  renvoi de  l’étranger dans son  Etat d’origine ou de provenance ou dans un Etat  tiers est  contraire aux  engagements  de  la  Suisse  relevant  du  droit  international  (art.  83  al.  3  LEtr). Aucune personne ne peut être contrainte, de quelque manière que  ce soit, à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa  liberté  serait  menacée  pour  l’un  des  motifs  mentionnés  à  l’art.  3  al.  1  LAsi, ou encore d’où elle  risquerait d’être astreinte à se  rendre dans un  tel pays (art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut être soumis à  la  torture ni à des  peines ou  traitements  inhumains ou dégradants  (art. 3 de  la convention  du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés  fondamentales [CEDH, RS 0.101]). 5.3. L’exécution de  la décision peut ne pas être raisonnablement exigée  si  le  renvoi  ou  l’expulsion  de  l’étranger  dans  son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple  en  cas  de  guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée  ou  de  nécessité  médicale (art. 83 al. 4 LEtr). 5.4. L’exécution n’est pas possible  lorsque l’étranger ne peut pas quitter  la  Suisse  pour  son  Etat  d’origine,  son  Etat  de  provenance  ou  un  Etat  tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr). 6.  6.1. L’exécution du renvoi est illicite,  lorsque la Suisse, pour des raisons  de droit  international public, ne peut contraindre un étranger à se rendre  dans  un  pays  donné  ou  qu’aucun  autre  Etat,  respectant  le  principe  du  non­refoulement,  ne  se  déclare  prêt  à  l’accueillir ;  il  s’agit  d’abord  de  l’étranger  reconnu  réfugié,  mais  soumis  à  une  clause  d’exclusion  de  l’asile, et ensuite de l’étranger pouvant démontrer qu’il serait exposé à un  traitement prohibé par l’art. 3 CEDH ou encore l’art. 3 de la convention du  10  décembre  1984  contre  la  torture  et  autres  peines  ou  traitements  cruels,  inhumains ou dégradants (Conv. torture, RS 0.105) (Message du  Conseil  fédéral  à  l’appui  d’un  arrêté  fédéral  sur  la  procédure  d’asile  [APA], du 25 avril 1990, in : FF 1990 II 624). 6.2.  L’exécution  du  renvoi  ne  contrevient  pas  au  principe  de  non­ refoulement  de  l’art.  5  LAsi. Comme exposé plus haut,  le  recourant  n'a 

D­4399/2008 Page 8 pas  rendu vraisemblable qu’en cas de  retour dans son pays d’origine,  il  serait exposé à de sérieux préjudices au sens de l’art. 3 LAsi. 6.3. En ce qui concerne les autres engagements de la Suisse relevant du  droit  international  public,  il  sied  d’examiner  particulièrement  si  l’art.  3  CEDH, qui interdit la torture, les peines ou traitements inhumains, trouve  application dans le présent cas d’espèce. 6.4. Si l’interdiction de la torture, des peines et traitements inhumains (ou  dégradants)  s’applique  indépendamment  de  la  reconnaissance  de  la  qualité  de  réfugié,  cela  ne  signifie  pas  encore  qu’un  renvoi  ou  une  extradition serait prohibée par le seul fait que dans le pays concerné des  violations  de  l’art.  3  CEDH  devraient  être  constatées ;  une  simple  possibilité  de  subir  des  mauvais  traitements  ne  suffit  pas.  Il  faut  au  contraire  que  la  personne  qui  invoque  cette  disposition  démontre  à  satisfaction  qu’il  existe  pour  elle  un  véritable  risque  concret  et  sérieux  d’être victime de tortures, ou de traitements inhumains ou dégradants en  cas de renvoi dans son pays. Il en ressort qu’une situation de guerre, de  guerre  civile,  de  troubles  intérieurs  graves  ou  de  tension  grave  accompagnée de violations des droits de l’homme ne suffit pas à justifier  la  mise  en œuvre  de  la  protection  issue  de  l’art.  3  CEDH,  tant  que  la  personne  concernée  ne  peut  rendre  hautement  probable  qu’elle  serait  visée  personnellement  –  et  non  pas  simplement  du  fait  d’un  hasard  malheureux  –  par  des  mesures  incompatibles  avec  la  disposition  en  question (JICRA 1996 n° 18 consid. 14b let. ee p. 186 s.). 6.5. En  l’occurrence,  l'intéressé n'a pas démontré en ce qui  le concerne  l'existence  d'un  risque  de  violation  de  l'art.  3  CEDH  (cf.  consid.  3  ci­ dessus).  Dès  lors,  l’exécution  du  renvoi  du  recourant  sous  forme  de  refoulement ne transgresse aucun engagement de la Suisse relevant du  droit  international,  de  sorte  qu’elle  s’avère  licite  (art.  44  al.  2  LAsi  et  83 al. 3 LEtr). 7.  7.1. Selon l’art. 83 al. 4 LEtr,  l’exécution de la décision peut ne pas être  raisonnablement exigée si le renvoi ou l’expulsion de l’étranger dans son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou  de  nécessité médicale. Cette  disposition  s’applique  en  premier  lieu  aux  « réfugiés de la violence », soit aux étrangers qui ne remplissent pas les  conditions  de  la  qualité  de  réfugié  parce  qu’ils  ne  sont  pas 

D­4399/2008 Page 9 personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de  guerre civile ou de violence généralisée, et ensuite aux personnes pour  qui  un  retour  reviendrait  à  les  mettre  concrètement  en  danger,  notamment parce qu’elles ne pourraient plus recevoir les soins dont elles  ont  besoin.  L’autorité  à  qui  incombe  la  décision  doit  donc  dans  chaque  cas confronter  les aspects humanitaires  liés à  la situation dans  laquelle  se  trouverait  l’étranger  concerné  dans  son  pays  après  l’exécution  du  renvoi à  l’intérêt public militant en  faveur de son éloignement de Suisse  (ATAF  2009/52  consid.  10.1,  ATAF  2008/34  consid.  11.2.2  et  ATAF  2007/10 consid. 5.1). 7.2.  Dans  un  arrêt  toujours  d'actualité,  le  Tribunal  a  considéré  que  l'exécution  du  renvoi  dans  les  trois  provinces  kurdes  du  nord  de  l'Irak  (Dohuk, Erbil et Suleimaniya) était  raisonnablement exigible, à condition  que l'intéressé soit originaire de l'une de ces provinces ou qu'il y ait vécu  pendant une longue période, et qu'il y dispose d'un réseau social (famille,  parenté  ou  amis)  ou  de  liens  avec  les  partis  dominants  (ATAF  2008/5  consid. 7.5 p. 75 ss). 7.3.  S'agissant  de  la  situation  personnelle  de  l'intéressé,  le  Tribunal  observe qu'il est originaire de Kirkouk et qu'il appartient à la communauté  kurde musulmane, dont  il parle  la  langue.  Il a  travaillé à Suleimaniya de  1998 à 2005. Son père y était établi, comme lui semble­t­il, et possédait  même un commerce.  Il est ensuite, selon ses dires,  retourné à Kirkouk,  en  septembre  2005,  mais  est  reparti  pour  Suleimaniya,  en mars  2006.  Une de ses sœurs y est domiciliée et  il y a  lui­même résidé  jusqu'à son  départ du pays. A._______ a certes allégué qu'il avait perdu le droit à une  autorisation de résidence et de travail dans la province du même nom. Il  n'a toutefois en rien établi cet état de fait. Il est en outre jeune, célibataire,  sans  problèmes  de  santé  allégués  et  dispose  sur  place  d'un  réseau  familial et assurément d'un réseau social sur lesquels il pourra compter à  son  retour.  Pour  ces  motifs,  l’exécution  du  renvoi  doit  être  considérée  comme raisonnablement exigible. 8.  Enfin,  le  recourant  est  en  possession  de  documents  suffisants  pour  rentrer dans son pays ou, à tout le moins, est en mesure d’entreprendre  toute  démarche  nécessaire  auprès  de  la  représentation  de  son  pays  d’origine en vue de l’obtention de documents de voyage lui permettant de  quitter  la  Suisse.  L’exécution  du  renvoi  ne  se  heurte  donc  pas  à  des  obstacles  insurmontables  d’ordre  technique  et  s’avère  également  possible (cf. ATAF 2008/34 consid. 12 p. 513­515).

D­4399/2008 Page 10 9.  Cela  étant,  l’exécution  du  renvoi  doit  être  déclarée  conforme  aux  dispositions  légales.  Il  s’ensuit  que  le  recours,  en  tant  qu’il  conteste  la  décision de renvoi et son exécution, doit être également rejeté. 10.  Au  vu  de  l’issue  de  la  cause,  il  y  aurait  lieu  de  mettre  les  frais  de  procédure à la charge du recourant, conformément aux art. 63 al. 1 PA et  2 et 3 let. b du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif  fédéral  (FITAF,  RS  173.320.2).  La  demande  d'assistance  judiciaire  partielle  ayant  été  admise, il est toutefois renoncé à leur perception. (dispositif page suivante)

D­4399/2008 Page 11 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est rejeté. 2.  Il n'est pas perçu de frais de procédure. 3.  Le  présent  arrêt  est  adressé  au  recourant,  à  l'ODM  et  à  l'autorité  cantonale compétente. Le président du collège : Le greffier : Gérard Scherrer William Waeber Expédition :

D-4399/2008 — Bundesverwaltungsgericht 30.08.2011 D-4399/2008 — Swissrulings