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Bundesverwaltungsgericht 02.08.2011 E-6974/2008

2 août 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·1,572 mots·~8 min·1

Résumé

Asile et renvoi | Asile

Texte intégral

Bundesverwaltungsgericht Tribunal   administratif   fédéral Tribunale   a mm inistrativo   federale Tribunal   administrativ   federal Cour V E­6974/2008 Arrêt   d u   2   a oû t   2011 Composition Emilia Antonioni (présidente du collège),  Jean­Pierre Monnet, Muriel Beck Kadima, juges, Céline Longchamp, greffière. Parties A._______, née le (…), ses filles B._______, née le (…), et C._______, née le (…), Cameroun,    représentées par (…), Service d'Aide Juridique aux Exilé­e­s (SAJE), (…), recourantes,  contre Office fédéral des migrations (ODM),  Quellenweg 6, 3003 Berne,   autorité inférieure.  Objet Asile ; décision de l'ODM du 6 octobre 2008 / N (…).

E­6974/2008 Page 2 Faits : A.  L'intéressée a déposé une demande d'asile en Suisse le 21 mars 2006. B.  Entendue sommairement le 27 mars 2006, puis sur ses motifs d'asile le 6  avril  suivant,  la  requérante  a  déclaré  être  une  ressortissante  camerounaise, appartenant à l'ethnie (...) et originaire de (…). L'intéressée aurait été violée par le père de sa demi­sœur depuis l'âge de  cinq  ans  jusqu'à  l'âge  de  quatorze  ou  quinze  ans,  lorsqu'elle  aurait  été  donnée en mariage à un homme, aisé, d'une cinquantaine d'années. Elle  aurait  dès  lors  vécu  avec  cet  homme  dans  le  village  de  "(...)",  sis  à  environ  deux  heures  de  (…).  N'ayant  pas  eu  de  garçon  d'un  premier  mariage,  cet  homme  aurait  contraint  l'intéressée  à  avoir  des  relations  sexuelles, la battant et exerçant différentes pressions sur elle. Après avoir  accouché de deux filles, la requérante ne serait plus tombée enceinte, ce  qui aurait aggravé sa situation matrimoniale. En 2001 ou 2004 (selon les  versions),  elle  se  serait  enfuie  du  domicile  conjugal  sur  l'initiative  de  la  fille  de  la  première  épouse  de  son mari.  Celle­ci  l'aurait  emmenée,  en  voiture,  chez  une  amie  à  (...)  où  elle  aurait  pu  travailler  comme  garde  d'enfants. Son époux l'aurait cherchée, menaçant de la tuer, alors que les  membres  de  sa  famille  l'auraient  reniée,  affirmant  qu'elle  avait  trahi  la  famille,  laquelle  se  trouvait  dans  l'impossibilité  de  rembourser  la  dot  versée pour le mariage coutumier. Le 10 septembre 2005, l'intéressée aurait quitté le Cameroun, à bord d'un  avion  de  la  compagnie  aérienne  (...),  à  destination  de  (...),  munie  d'un  passeport suisse d'emprunt et accompagnée d'un passeur camerounais.  Croyant  avoir  rejoint  la  Suisse  afin  de  garder  les  enfants  d'une  compatriote,  elle aurait  été  contrainte d'avoir  des  rapports  sexuels avec  des hommes sans rémunération et aurait été menacée d'être dénoncée à  la police si elle tentait de s'enfuir. Le (...), elle aurait néanmoins réussi à  fuir cette situation grâce à l'aide d'un homme. L'intéressée n'a déposé aucun document d'identité ni de voyage, disant  n'avoir jamais possédé de passeport et avoir laissé sa carte d'identité au  domicile familial au Cameroun. C.  Les deux filles mineures de l'intéressée ont déposé une demande d'asile  en  Suisse  le  2  mai  2007.  Après  avoir  été  entendues  par  les  autorités 

E­6974/2008 Page 3 cantonales compétentes sur leurs motifs d'asile le 10 mai 2007, elles ont  fait  l'objet  d'une  curatelle,  par  décision  de  la  Justice  de  Paix  du  (...).  B._______ a exposé avoir vécu avec son père et sa mère à (...) jusqu'au  départ de cette dernière alors qu'elle avait neuf ans, puis avoir vécu chez  sa grand­mère à (...). C._______ a, quant à elle, déclaré être née dans le  village de (…) et y avoir vécu avec sa grand­mère. Son père, y habitant  également, l'aurait maltraitée lorsque sa mère, atteinte (...), était malade. D.  Il  ressort du  rapport de  la police  judiciaire du canton de  (...)  du 17 avril  2008  que  l'intéressée  a  été  prévenue  d'infraction  à  la  loi  fédérale  du  16 décembre  2005  sur  les  étrangers  (LEtr,  RS  142.20),  de  recel  et  d'exercice  illicite de  la prostitution suite à son  interpellation, dans  la rue,  en  possession  d'un  permis  d'établissement  volé  et  de  clés  d'un  appartement mis à disposition de prostituées. E.  Par décision du 6 octobre 2008,  l'ODM a  rejeté  la demande d'asile des  intéressées,  au  motif  que  leurs  déclarations  insuffisamment  fondées  et  illogiques ne remplissaient pas les exigences de vraisemblance posées à  l'art. 7 de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile (LAsi, RS 142.31). Dit office a,  tout d'abord, retenu qu'elles n'avaient déposé aucun document d'identité  ni  de  voyage  bien  que  le  récit  fait  par  les  filles  démontrait  que  la  requérante  avait  eu  des  contacts  avec  son  pays  d'origine.  Il  a,  ensuite,  constaté que l'intéressée n'avait pu préciser ni la date de son mariage, ni  celle de son départ pour (...) ni la période durant laquelle elle serait restée  dans  cette  ville.  De  même,  il  a  mis  en  avant  le  récit  général  et  inconsistant de la requérante s'agissant de sa vie familiale et de son vécu  ainsi que le fait qu'elle n'a pas déposé plainte contre son époux. L'ODM a  également considéré que les craintes de la requérante de rencontrer des  problèmes avec les personnes qui l'auraient envoyée dans un réseau de  prostitution en Suisse n'étaient pas pertinentes au sens de l'art. 54 LAsi,  les  carences  constatées  dans  le  système  de  protection  de  l'Etat  camerounais devant être rattachées à une absence de volonté étatique et  non à une attitude discriminatoire à l'encontre des femmes soumises à la  prostitution  forcée,  laquelle s'inscrivait  dans  le contexte de  la criminalité  organisée. L'ODM a enfin prononcé  le renvoi de Suisse des  intéressées  et  l'exécution  de  cette  mesure,  qu'il  a  jugée  licite,  raisonnablement  exigible et possible. F.  Dans  son  recours  interjeté  le  4  novembre  2008  auprès  du  Tribunal 

E­6974/2008 Page 4 administratif  fédéral  (ci­après  ;  le  Tribunal),  l'intéressée  a  conclu  à  la  reconnaissance  de  la  qualité  de  réfugié,  subsidiairement  au  prononcé  d'une  admission  provisoire.  Elle  a  argué  de  la  vraisemblance  de  ses  déclarations,  emplies  de  sentiments  et  de  détails,  expliquant  ses  imprécisions  par  le  contexte  traumatisant  des  violences,  en  particulier  sexuelles, dans lequel elle avait vécu et affirmant que le récit de ses filles  corroborait  sa  description  d'un mari  âgé  et  violent.  Elle  a  précisé  s'être  rendue à (...) en (…) ou (…), avoir fait établir sa carte d'identité en 2004  et avoir quitté le pays en (…). Elle a soutenu que l'élan de solidarité d'une  fille de son époux était  tout  à  fait  compréhensible,  de même que  le  fait  que son époux ne l'ait jamais retrouvée à (...) puisqu'elle y vivait cachée.  Elle a ensuite reproché à l'ODM d'être resté vague sur les contradictions  de son récit avec celui de ses  filles et de n'avoir pas  fait mention de sa  situation médicale s'agissant de l'exécution de son renvoi au Cameroun,  laquelle justifiait cependant le prononcé d'une admission provisoire. Elle a  mis en exergue que l'ODM avait reconnu tant l'absence de protection des  autorités camerounaises contre des persécutions émanant de personnes  privées  que  l'intensité  de  ces  préjudices,  raisonnement  qui  aurait  dû  aboutir à la reconnaissance de la qualité de réfugié, ce d'autant plus qu'il  ne pouvait être exigé d'elle, au vu de son vécu et de sa formation, qu'elle  fasse  appel  à  la  justice  afin  de  porter  plainte.  La  recourante  a  enfin  demandé à être exemptée d'une avance en garantie des frais présumés  de  la  procédure  et  à  bénéficier  de  l'assistance  judiciaire  partielle,  produisant à l'appui une attestation d'indigence. G.  Par  courrier  du  6  novembre  2008,  la  recourante  a  transmis  une  attestation médicale,  datée  du  5  novembre  précédant,  duquel  il  ressort  qu'elle suit un traitement (...) depuis le mois de mars 2006 (date du dépôt  de  sa demande d'asile),  lequel  doit  continuer  à  vie. Elle  a  fait  parvenir,  sous  le  même  pli,  un  constat  médical  établi  à  la  même  date  par  un  médecin  de  l'Unité  de  Médecine  des  Violences  qui  fait  état  de  nombreuses cicatrices physiques présentes sur le corps de l'intéressée, y  joignant des photographies de ces cicatrices. H.  Par ordonnance du 17 novembre 2008,  le  juge  instructeur du Tribunal a  confirmé  que  la  recourante  et  ses  filles  pouvaient  attendre  en  Suisse  l'issue de la procédure et admis les demandes d'exemption du paiement  de l'avance de frais et d'assistance judicaire partielle.

E­6974/2008 Page 5 I.  Invité à se déterminer sur  le  recours,  l'ODM a  reconsidéré partiellement  sa  décision  du  6  octobre  2008,  estimant  que  l'exécution  du  renvoi  de  l'intéressée  et  de  ses  filles  n'était  pas  raisonnablement  exigible.  Par  décision du 8 décembre 2008,  cet  office  les a mises au bénéfice d'une  admission provisoire. J.  Par  ordonnance  du  19  décembre  2008,  le  juge  instructeur  du  Tribunal,  constatant  que  le  recours portant  sur  l'exécution du  renvoi  était  devenu  sans  objet,  a  invité  les  intéressées  à  indiquer  si  elles  souhaitaient  maintenir  ou  retirer  leur  recours  portant  encore  sur  les  questions  litigieuses  de  la  reconnaissance  de  la  qualité  de  réfugié,  de  l'octroi  de  l'asile et du principe du renvoi. K.  Par  courrier  du  5  janvier  2009,  la  recourante  a  déclaré  maintenir  son  recours sur ces questions encore litigieuses. L.  La  recourante  a  introduit  une  procédure  en  vue  d'un  mariage  avec  un  citoyen suisse. M.  Les  autres  faits  et  arguments  de  la  cause  seront  évoqués,  pour  autant  que de besoin, dans les considérants qui suivent. Droit : 1.  1.1. Sous  réserve des exceptions prévues à  l'art. 32 de  la  loi du 17 juin  2005 sur le Tribunal administratif fédéral (LTAF, RS 173.32),  le Tribunal,  en  vertu  de  l'art. 31  LTAF,  connaît  des  recours  contre  les  décisions  au  sens de  l'art. 5 de  la  loi  fédérale du 20 décembre 1968 sur  la procédure  administrative  (PA, RS 172.021)  prises  par  les  autorités mentionnées  à  l'art. 33 LTAF. En particulier, les décisions rendues par l'ODM concernant  l'asile  peuvent  être  contestées  devant  le  Tribunal   conformément  à  l'art. 105 de la loi sur l’asile du 26 juin 1998 (LAsi, RS 142.31).

E­6974/2008 Page 6 1.2. Les recourantes ont qualité pour recourir. Présenté dans la forme et  les délais prescrits par la loi, le recours est recevable (art. 48 et 52 PA et  108 al. 1 LAsi). 2.  2.1. Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d'origine ou dans  le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices  ou craignent à juste titre de l'être en raison de leur race, de leur religion,  de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou  de  leurs  opinions  politiques.  Sont  notamment  considérées  comme  de  sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l'intégrité corporelle ou  de  la  liberté,  de  même  que  les  mesures  qui  entraînent  une  pression  psychique  insupportable.  Il  y  a  lieu  de  tenir  compte  des motifs  de  fuite  spécifiques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi). 2.2.  Quiconque  demande  l’asile  (requérant)  doit  prouver  ou  du  moins  rendre  vraisemblable  qu'il  est  un  réfugié.  La  qualité  de  réfugié  est  vraisemblable  lorsque  l'autorité  estime  que  celle­ci  est  hautement  probable. Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur  des  points  essentiels,  ne  sont  pas  suffisamment  fondées,  qui  sont  contradictoires,  qui  ne  correspondent  pas  aux  faits  ou  qui  reposent  de  manière déterminante sur des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7  LAsi). 3.  En  l'occurrence,  la  recourante  a  allégué  avoir  quitté  le  Cameroun  en  raison d'un mariage forcé et des mauvais traitements dont elle aurait été  victime de  la  part  de  son époux. Elle  a  également  fait  valoir  l'existence  d'une crainte objectivement  fondée d'être  la cible de représailles de son  époux ayant menacé de la tuer et des personnes l'ayant aidée à venir en  Suisse afin qu'elle intègre un réseau de prostitution. 3.1. Force est,  tout d'abord, de constater que  l'intéressée n'a pas  rendu  vraisemblables  les  événements  prétendument  vécus  qui  l'auraient  poussée à quitter le Cameroun. 3.1.1. En effet,  le  récit  qu'elle  a  livré des  circonstances dans  lesquelles  elle aurait été victime d'un mariage forcé est non seulement inconstant et  incohérent,  mais  encore  dépourvu  des  détails  significatifs  d'une  expérience  réellement  vécue.  Il  n'est,  ainsi,  pas  crédible  que  la  recourante ait indiqué que son époux ne s'était jamais rendu au domicile 

E­6974/2008 Page 7 familial avant la conclusion du mariage (cf. pv. de l'audition fédérale p. 5)  alors que le mariage traditionnel au Cameroun consiste en un procédé de  négociation complexe et  très  formel entre deux  familles pour parvenir à  une  entente mutuelle  sur  le  prix  (dot)  que  le  fiancé  aura  à  verser  pour  pouvoir épouser  la  fiancée. De même,  le mariage coutumier est célébré  par  une  autorité  coutumière  selon  des  rites  traditionnels,  ce  dont  l'intéressée n'a dit mot. Il est, par ailleurs, d'autant plus significatif qu'elle  n'ait pas été en mesure de décrire cet événement important de son vécu  qu'elle a déclaré que quatre autres de ses sœurs avaient également été  mariées selon cette même coutume (cf. pv. de l'audition fédérale p. 5). De  même,  l'intéressée  n'a  que  très  peu  décrit  l'environnement  dans  lequel  elle  se  serait  trouvée  durant  tout  le  temps  qu'elle  aurait  passé  à  "(...)"  avec  son  époux  (cf.  pv.  de  l'audition  fédérale  p.  4­5).  En  outre,  si  le  Tribunal peut comprendre  l'imprécision relative à  l'âge auquel elle aurait  été mariée  (quatorze ou quinze ans),  il  doit néanmoins mettre en avant  ses indications divergentes sur l'année durant laquelle elle aurait enfin pu  s'enfuir  du  domicile  conjugal  puisqu'elle  a  successivement  situé  cet  événement à (…) [lorsque sa fille, née en 1996, avait cinq ans cf. pv de  l'audition  sommaire  p.  5,  pv.  de  l'audition  fédérale  p.  6]  et  à  (…)     [cf. pv. de  l'audition  sommaire  p.  6].  L'autorité  de  céans  ne  peut  que  confirmer également les doutes de l'ODM quant aux énormes risques que  la fille de l'époux de l'intéressée aurait pris pour organiser la fuite de cette  dernière,  événement  d'ailleurs,  lui  aussi,  peu  circonstancié  (cf.  pv.  de  l'audition  fédérale  p.  3,  décision  attaquée  p.  3,  pt  2,  4e  paragraphe).  A  cela  s'ajoute  qu'il  est  encore moins  plausible  que  la  fille  de  son  époux  continue de  rendre  visite  à  l'intéressée  chez  son amie  à  (...),  alors  que  son père aurait menacé de  la  tuer  (cf. pv. de  l'audition  fédérale p. 8).  Il  faut  également  s'étonner  que  son  époux  ne  soit  jamais  parvenu  à  la  localiser  alors  qu'elle  aurait  vécu  respectivement  un  an  ou  quatre  ans  (selon ses versions) à (...) et qu'elle sortait régulièrement de son domicile  pour aller travailler (cf. pv. de l'audition fédérale p. 8). Quant au motif pour  lequel elle n'aurait pas pu déposer de plainte contre son époux, il est bien  difficile d'adhérer à  l'ignorance alléguée par  l'intéressée au vu du  temps  passé dans (...), de  l'ensemble des personnes qui  l'auraient aidée et du  fait qu'elle a été  tout à  fait en mesure de  faire  toutes  les démarches en  vue de se faire établir une carte d'identité (cf. pv. de l'audition fédérale p.  9­10).  La  description,  enfin,  que  l'intéressée  a  faite  de  l'organisation  de  son voyage jusqu'en Suisse est restée très vague et stéréotypée. Il n'est,  à  cet  égard,  pas  concevable  que  l'intéressée  n'ait  dû  fournir  aucun  document,  pas  même  une  photographie,  pour  l'établissement  du  passeport d'emprunt utilisé, pas davantage qu'elle n'ait  jamais ouvert ce  document,  sa  mention  de  la  compagnie  aérienne  "(...)"  permettant,  de 

E­6974/2008 Page 8 surcroît, de douter de  la date alléguée de son arrivée en Suisse (cf. pv.  de l'audition fédérale p. 9­10). 3.1.2. Il y a, ensuite, lieu de remarquer que ses deux filles, dont le lien de  filiation avec l'intéressée n'a pas été mis en doute par l'ODM, ont livré un  récit  très  laconique et divergent, ce qui ne peut s'expliquer que par  leur  jeune  âge.  L'une  a  indiqué  avoir  toujours  vécu  à  (...),  avec  son  père  également, et l'autre qu'elle aurait vécu avec ses deux parents à (...). Or,  ces deux versions ne correspondent pas à celle de l'intéressée. En outre,  leur  seule  affirmation  selon  laquelle  elles  auraient  eu  un  père  "vieux  et  méchant" n'est assurément pas suffisante à corroborer  les motifs d'asile  de  la  recourante  ni  à  constituer,  d'ailleurs,  pour  elles  deux  des  motifs  d'asile personnels au sens de l'art. 3 LAsi. 3.1.3.  S'agissant  enfin  du  constat  médical  produit  attestant  des  nombreuses cicatrices présentes sur le corps de la recourante, force est  de remarquer que, bien que cela atteste d'un vécu comportant de réelles  souffrances,  rien  ne  prouve  que  celles­ci  aient  été  subies  dans  les  circonstances  de  l'enfance  et  du  mariage  forcé  tels  qu'allégués  par  l'intéressée.  3.1.4. Partant,  les motifs d'asile  invoqués par  le  recourante ne sont pas  vraisemblables.  Pour  les  mêmes  raisons,  l'existence  d'une  crainte  objectivement  fondée de subir  des préjudices sérieux de  la part  de son  époux  en  cas  de  retour  au  Cameroun  ne  saurait  pas  non  plus  être  admise. 3.2. Reste à déterminer si  le comportement de  la  recourante en Suisse  pourrait justifier la reconnaissance de la qualité de réfugié.  3.2.1. A cet égard, il faut rappeler que celui qui se prévaut d’un risque de  persécution  dans  son  pays  d’origine  ou  de  provenance,  engendré  uniquement  par  son départ  de  ce pays ou par  son  comportement  dans  son pays d’accueil, fait valoir des motifs subjectifs survenus après la fuite,  au sens de l'art. 54 LAsi. En présence de tels motifs, la qualité de réfugié  est  reconnue  si,  après  un  examen  approfondi  des  circonstances,  il  doit  être  présumé,  au  sens  de  l'art.  7  LAsi,  que  les  activités  politiques  exercées  dans  le  pays  d'accueil  sont  arrivées  à  la  connaissance  des  autorités du pays d'origine et que le comportement de l'étranger concerné  entraînerait  une  condamnation  illégitime  de  la  part  de  ces  autorités  (cf. Arrêt du Tribunal  [ATAF] 2009/28  ; Jurisprudence et  informations de  la Commission  suisse  de  recours  en matière  d’asile  [JICRA]  1995  n°  9 

E­6974/2008 Page 9 consid.  8c  p.  91  et  référence  citée;  ALBERTO  ACHERMANN  /  CHRISTINA   HAUSAMMANN, Handbuch des Asylrechts, Berne / Stuttgart 1991, p. 111s.;  des mêmes auteurs, Les notions d'asile et de réfugié en droit suisse, in :  KÄLIN  (éd.), Droit des  réfugiés, enseignement de 3e cycle de droit 1990,  Fribourg  1991,  p. 45).  L'art.  54  LAsi  doit  être  compris  dans  son  sens  strict. Les motifs subjectifs postérieurs à  la  fuite peuvent, certes,  justifier  la reconnaissance de la qualité de réfugié au sens de l’art. 3 LAsi, mais le  législateur  a  en  revanche  clairement  exclu  qu’ils  puissent  conduire  à  l’octroi de  l’asile,  indépendamment de  la question de savoir s'ils ont été  allégués abusivement ou non. Enfin, la conséquence que le législateur a  voulu  attribuer  aux  motifs  subjectifs  intervenus  après  la  fuite,  à  savoir  l'exclusion de l'asile, interdit leur combinaison avec des motifs antérieurs  à  la  fuite,  respectivement  des motifs  objectifs  postérieurs  à  celle­ci,  par  exemple  dans  l'hypothèse  où  ceux­là  ne  seraient  pas  suffisants  pour  fonder  la reconnaissance de  la qualité de réfugié (cf. JICRA 2000 n° 16  consid. 5a p.  141s.  et  réf.  cit.,  JICRA 1995 n° 7 p.  63ss et  le  consid.  8  p. 70 en particulier). 3.2.2. En  l'espèce,  bien  que  l'intéressée  n'ait  livré  qu'un  récit  vague  et  peu  détaillé  des  circonstances  de  son  départ  du  Cameroun  et  de  son  vécu en Suisse avant  le dépôt de sa demande d'asile au mois de mars  2006, il ne peut être exclu que l'intéressée ait effectivement été prise en  charge par des réseaux spécialisés en vue de l'exercice de la prostitution  en Europe.  Toutefois,  l'intéressée  a  déclaré  avoir  quitté  ledit  réseau  de  prostitution depuis plus de (…) ans maintenant. Or,  rien dans  le dossier  ne  permet  de  penser  que  la  recourante  pourrait  encore  être  menacée  aujourd'hui par l'un ou l'autre membre de ce réseau mafieux, cette crainte  se limitant d'ailleurs à de simples affirmations nullement étayées. En effet,  il  n'apparaît  pas  que  l'intéressée  ait  été  inquiétée  en  Suisse  depuis  le  dépôt de sa demande d'asile ; elle ne l'a d'ailleurs pas non plus prétendu.  Le fait qu'elle ait été prévenue en (…) encore pour exercice  illégal de  la  prostitution (cf. let. D ci­dessus) permet de conclure qu'elle ne tente, pour  le moins,  pas  de  se  soustraire  au milieu  de  la  prostitution.  Si  elle  était  effectivement  menacée  de  représailles  pour  avoir  fui  un  réseau  de  prostitution  forcée,  elle  n'aurait  pas  poursuivi  une  telle  activité  plus  de  (…) ans après  le  dépôt  de  sa demande d'asile,  le  risque d'être  repérée  par un proxénète étant trop important. Il y a, dès lors, lieu d'admettre que  même à supposer que la recourante ait été menacée lorsqu'elle a quitté  le réseau de prostitution en 2006,  tel n'est plus  le cas aujourd'hui. Dans  ces conditions et à plus forte raison, rien ne permet non plus de conclure  qu'elle puisse nourrir encore aujourd'hui (ou dans un avenir proche) une 

E­6974/2008 Page 10 crainte objectivement fondée de subir de préjudices déterminants en cas  de retour à (...). 3.2.3. Quant au constat médical du 5 novembre 2008,  il  faut  remarquer  que  les  cicatrices  présentes  sur  le  corps  de  l'intéressée  sont  décrites  comme  les  conséquences  de  blessures  relativement  anciennes,  datant  de  sa  vie  commune  avec  son  époux  jusqu'en  2001.  Ce  document  ne  permet, dès lors, pas d'établir un lien entre les cicatrices et des activités  de  prostitution  de  l'intéressée,  lien  qu'elle  aurait  d'ailleurs  allégué  si  tel  avait été le cas.  3.3.  En  conclusion,  la  recourante  n'a  pas  démontré  avec  le  degré  de  vraisemblance requis qu'au moment de son départ du pays, elle revêtait  la qualité de réfugié et rien ne permet d'admettre actuellement l'existence  chez elle d'une crainte objectivement  fondée de préjudices déterminants  au  sens de  l'art.  3 LAsi  en  cas de  retour au Cameroun,  que  ce  soit  en  raison de son vécu allégué dans son pays d'origine ou en Suisse. 4.  Partant,  le  recours  portant  sur  la  non­reconnaissance  de  la  qualité  de  réfugié et le refus de l'asile, doit être rejeté. 5.  5.1. Lorsqu’il rejette la demande d'asile ou qu'il refuse d'entrer en matière  à ce sujet, l'ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en  ordonne  l'exécution ;  il  tient  compte  du  principe  de  l'unité  de  la  famille  (art. 44  al. 1  LAsi).  Le  renvoi  ne  peut  être  prononcé,  selon  l'art. 32  de  l'ordonnance 1 du 11 août 1999 sur  l’asile relative à  la procédure (OA 1,  RS 142.311),  lorsque  le  requérant  d’asile  dispose d’une autorisation  de  séjour  ou  d’établissement  valable,  ou  qu’il  fait  l’objet  d’une  décision  d’extradition ou d’une décision de  renvoi conformément à  l’art. 121 al. 2  de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101). 5.2.  Aucune  exception  à  la  règle  générale  du  renvoi  n'étant  en  l'occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette  mesure. 5.3. Partant,  le  recours portant  sur  le  principe du  renvoi  doit  également  être rejeté. 6.  La recourante et ses  filles ayant été mises au bénéfice d'une admission 

E­6974/2008 Page 11 provisoire suite à la décision de reconsidération de l'ODM du 8 décembre  2008, le recours en tant qu'il porte sur la question de l'exécution du renvoi  est sans objet. 7.  La demande d'assistance judicaire partielle ayant été admise par décision  incidence du 17 novembre 2008,  il est renoncé à  la perception des frais  de procédure. 8.  Conformément  à  l'art.  7  al.  1  et  2  du  règlement  du  21  février  2008  concernant  les  frais,  dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif  fédéral  (FITAF, RS 173.320.2),  les  recourantes,  qui  ont  eu  partiellement gain de cause, ont droit à des dépens réduits de moitié pour  les frais nécessaires causés par le litige. Au vu des pièces du dossier et  de  la  relative  complexité  de  la  cause,  le  Tribunal  considère  qu'une  indemnité due à ce  titre, et  réduite de moitié, d'un montant de Fr. 450.­,  TVA comprise, est appropriée. (dispositif page suivante)

E­6974/2008 Page 12 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est rejeté en tant qu'il porte sur le refus de reconnaissance de  la qualité de  réfugié,  le  refus de  l'asile et  le principe du  renvoi  ; pour  le  reste, il est sans objet. 2.  Il n'est pas perçu de frais de procédure. 3.  L'ODM versera à l'intéressée un montant de Fr. 450.­ à titre de dépens. 4.  Le présent arrêt est adressé au mandataire des recourantes, à l'ODM et à  l'autorité cantonale compétente. La présidente du collège : La greffière : Emilia Antonioni Céline Longchamp Expédition :

E-6974/2008 — Bundesverwaltungsgericht 02.08.2011 E-6974/2008 — Swissrulings