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Bundesverwaltungsgericht 08.12.2011 E-4755/2011

8 décembre 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·1,839 mots·~9 min·2

Résumé

Asile et renvoi | Asile et renvoi; décision de l'ODM du 27 juillet 2011

Texte intégral

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour V E­4755/2011 Arrêt   d u   8   d é c emb r e   2011 Composition Jenny de Coulon Scuntaro (présidente du collège), Jean­Pierre Monnet, Muriel Beck Kadima, juges, Jean­Claude Barras, greffier. Parties A._______, Sri Lanka, recourant, contre Office fédéral des migrations (ODM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Asile et renvoi ; décision de l'ODM du 27 juillet 2011 / N (…).

E­4755/2011 Page 2 Faits : A.  A.a. Le 24 mars 2011, A._______ a demandé l’asile à la Suisse. Au Centre d'enregistrement et de procédure de (…) où  il a été entendu,  d'abord sommairement  le 29 mars 2011, puis sur ses motifs de  fuite,  le  11 avril suivant, il a produit une carte d'identité sri lankaise dont il appert  qu'il est né  le 17 avril 1984. D'ethnie  tamoule, né à B._______, dans  le  district  de  C._______,  il  aurait  d’abord  vécu  chez  ses  parents  à  D._______, dans le même district où il aurait travaillé comme peintre en  bâtiment. Vers 2006, des militants de l'"Eelam People's Democratic Party"  (EPDP),  un  parti  politique  tamoul  proche  des  autorités  sri  lankaises,  se  seraient mis  à  lui  reprocher  ses  liens  avec  les  rebelles  des  "Liberation  Tigers  of  the  Tamil  Eelam"  (LTTE).  De  fait,  lui­même  n'aurait  pas  été  membre  des  "LTTE",  mais  il  les  aurait  souvent  côtoyés,  leur  apportant  son aide dans la construction de camps ou les aidant à transporter leurs  blessés à l’hôpital. Ses problèmes avec les militants de l'"EPDP" auraient  fini par le pousser à se mettre à l’abri chez son oncle (marié à une sœur  de  sa  mère)  à  E._______  (district  de  F._______),  dans  le  Vanni.  Il  y  aurait vécu paisiblement jusqu’à ce que l’armée régulière entreprenne de  bombarder  la  région  en mars  2009,  ce  qui  l'aurait  contraint  à  en  partir.  Recueilli avec son oncle et la famille de ce dernier par les forces armées  sri  lankaises,  il aurait été attribué au camp de réfugiés de G._______.  Il  en serait parti cinq jours après son arrivée pour échapper aux soldats qui  s’étaient mis à rechercher tous ceux suspectés de liens avec les rebelles  des  «LTTE».  Moyennant  paiement  de  300'000  roupies,  tantôt  des  gardiens du camp de G._______ tantôt des militaires auraient accepté de  l'emmener à Colombo. Le 15 mai 2009, en compagnie d’un passeur qui  l’aurait  préalablement muni  d’un  faux  passeport  avec  une  photographie  de  lui,  il  se  serait  envolé  pour  H._______,  en  I._______.  Le  22  mars  2011,  toujours  accompagné  de  son  passeur  qui  l’aurait  muni  d’un  nouveau  faux passeport dont  il a dit ne se souvenir ni du nom de  l’Etat  qui y figurait ni de l’identité qui y était imprimée, il se serait envolé pour la  J._______. Le lendemain de son arrivée dans ce pays, il aurait demandé  à son passeur de le conduire en Suisse. A.b. Lors  de  son  audition  sur  ses motifs  de  fuite,  le  11  avril  2011,  il  a  ajouté que, quand il était encore chez ses parents, à D._______, l’un de 

E­4755/2011 Page 3 ses  amis  prénommé  K._______,  qui  aurait  été  membre  des  «LTTE»,  aurait assassiné un militant de l'"EPDP". Cette organisation  l’aurait alors  soupçonné  d’être  impliqué  dans  cet  assassinat  avant  de  faire  tuer  son  ami. Inquiets pour  lui,  les siens l'auraient ainsi  incité à partir se mettre à  l'abri chez son oncle dans le Vanni où il se serait trouvé quand, emmenés  par  un  certain  L._______,  des  activistes  de  l'"EPDP"  à  sa  recherche  seraient  passés  chez  ses  parents  à  D._______.  Ces  gens  seraient  encore passés une ou deux fois, puis ne seraient plus revenus. Enfin, il a  encore dit avoir pu franchir tous les postes de contrôle disséminés tout le  long du trajet qui  l’avait mené du camp de G._______ à Colombo, muni  de sa carte d’identité et sans avoir jamais été contrôlé. B.  Par  décision  du  27  juillet  2011,  l'ODM  a  rejeté  la  demande  d'asile  de  A._______,  au  motif  que  ses  déclarations  ne  satisfaisaient  pas  aux  exigences de vraisemblance de l'art. 7 de la loi du 26 juin 1998 sur l'asile  (LAsi, RS 142.31). L’ODM n’a ainsi pas estimé crédibles  les recherches  dont  le  recourant  a  dit  faire  l’objet  tant  de  la  part  de  l'"EPDP"  que  des  militaires,  vu  sa  méconnaissance  de  l’identité  du  membre  de  l'"EPDP"  assassiné par l’un de ses amis, vu aussi son ignorance du moment et des  circonstances  exactes  de  cet  assassinat  et  son  incapacité  à  dire  précisément  qui  étaient  ceux  qui  le  recherchaient  et  comment  ils  s’y  étaient pris pour le trouver. Cette autorité n’a pas jugé plus crédibles ni le  passage  au  domicile  du  requérant  des  camarades  de  la  victime  de  l’assassinat  commis  par  son  ami,  vu  le  temps  écoulé  entre  ces  deux  événements, ni les circonstances dans lesquelles le recourant a dit avoir  pu  quitter  le  camp  de  G._______  et  se  rendre  dans  la  capitale  en  franchissant  les  nombreux postes  de  contrôle  disséminés  sur  son  trajet  sans  être  jamais  contrôlé.  L'ODM  a  aussi  relevé  que  selon  les  déclarations mêmes du requérant, à la suite de son départ dans le Vanni,  les  recherches  que  l'"EPDP"  aurait  lancées  contre  lui  avaient  cessé,  qu'au demeurant, son déplacement, muni de sa carte d’identité, du camp  de G._______ à Colombo, laissait penser qu’il n’était pas menacé. Enfin,  l’ODM a noté que du moment que  les persécutions dont  se prévalait  le  recourant étaient  circonscrites à une  région déterminée,  celui­ci  avait  la  possibilité de s’en préserver en s'installant ailleurs dans son pays comme  le  démontrait  son  séjour  dans  capitale  où  il  n’avait  pas  connu  de  problèmes. Par la même décision,  l'ODM a encore prononcé le renvoi du requérant,  une mesure que cette autorité a non seulement estimée licite et possible, 

E­4755/2011 Page 4 mais  encore  raisonnablement  exigible  du  moment  que  ni  la  situation  actuelle  au  Sri  Lanka  ni  aucun  autre motif  lié  à  la  personne même  du  recourant ne s'y opposait. C.  Dans son recours interjeté le 29 août 2011, repoussant les arguments de  l’ODM  sur  la  vraisemblance  de  ses  motifs  de  fuite,  A._______  laisse  entendre que du  temps où  il se  trouvait encore dans son pays,  il n’était  pas rare que  les «LTTE», une fois qu’ils avaient  identifié un membre de  l'"EPDP", se chargeaient de le faire éliminer, une mission que son ami, en  tant que «LTTE», aurait précisément accomplie aux alentours du 10 avril  2006, même s'il n'est pas absolument certain de cette date. Par ailleurs,  si  les  militants  de  l'"EPDP"  ne  s’étaient  pas  immédiatement  retournés  contre lui après ce forfait, c’est parce qu’ils s’étaient d’abord préoccupés  de retrouver l’assassin de leur comparse pour le tuer à son tour le 17 avril  2006. Il a aussi pu quitter le camp de G._______ et se rendre à Colombo  sans  être  inquiété  parce  qu’il  s’en  était  remis  à  des  paramilitaires  qui  pouvaient  entrer  et  sortir  du  camp  comme  ils  l’entendaient  et  que  son  oncle  avait  payés  300'000  roupies  pour  l’emmener  dans  la  capitale.  Il  rappelle aussi que tous les Tamouls en provenance de la région de Vanni  où lui­même a séjourné près de trois ans et où se trouve le village natal  du chef des «LTTE » sont aujourd’hui suspectés d’avoir été membres de  cette organisation et donc exposés à des poursuites. Enfin,  il  renvoie  le  Tribunal  à  une  analyse  de  l’Organisation  suisse  d'Aide  aux  Réfugiés  (OSAR) du 1er décembre 2010 sur les risques que courent aujourd’hui les  requérants  d’asile  tamouls  renvoyés  dans  leur  pays,  une  opinion  corroborée, dans ses grandes  lignes, par  le directeur de M._______ au  Sri Lanka dans une attestation en sa faveur du 10 août 2011 qu'il a jointe  à son recours. Il conclut à la reconnaissance de sa qualité de réfugié et à  l'octroi de l'asile. D.  Par  décision  incidente  du  16  septembre  2011,  le  juge  instructeur  a  autorisé  le  recourant  à  attendre  en  Suisse  l'issue  de  la  procédure  et  a  admis  sa  demande  d'exemption  d'une  avance  de  frais  de  procédure,  ajoutant  qu'il  serait  statué  dans  l'arrêt  au  fond  sur  une  éventuelle  dispense des frais de procédure.

E­4755/2011 Page 5 Droit : 1.  1.1.  En  vertu  de  l’art.  31  de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF,  RS  173.32),  ledit  Tribunal  connaît  des  recours contre  les décisions au sens de  l’art.  5 de  la  loi  fédérale du 20  décembre 1968 sur  la procédure administrative (PA, RS 172.021) prises  par les autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF. En particulier, les décisions rendues par l’ODM concernant l’asile peuvent  être contestées, par renvoi de l’art. 105 de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile  (LAsi, RS 142.31), devant  le Tribunal,  lequel statue alors définitivement,  sauf demande d’extradition déposé par l’Etat dont le requérant cherche à  se protéger  (art. 83  let. d ch. 1 de  la  loi du 17  juin 2005 sur  le Tribunal  fédéral [LTF, RS 173.110]). 1.2. A._______ a qualité pour recourir. Présenté dans la forme et le délai  prescrits par la loi, le recours est recevable (art. 48 et 52 PA et 108 al. 1  LAsi). 2.  2.1. Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d’origine ou dans  le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices  ou craignent à juste titre de l’être en raison de leur race, de leur religion,  de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou  de  leurs  opinions  politiques.  Sont  notamment  considérées  comme  de  sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l’intégrité corporelle ou  de  la  liberté,  de  même  que  les  mesures  qui  entraînent  une  pression  psychique  insupportable.  Il  y  lieu  de  tenir  compte  des  motifs  de  fuite  spécifiques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi). 2.2.  Quiconque  demande  l’asile  (recourant)  doit  prouver  ou  du  moins  rendre  vraisemblable  qu’il  est  un  réfugié.  La  qualité  de  réfugié  est  vraisemblable  lorsque  l’autorité  estime  que  celle­ci  est  hautement  probable. Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur  des  points  essentiels,  ne  sont  pas  suffisamment  fondées,  qui  sont  contradictoires,  qui  ne  correspondent  pas  aux  faits  ou  qui  reposent  de  manière déterminante sur des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7  LAsi).  Des  allégations  formulées  à  l'appui  d'une  demande  d'asile  sont  considérées comme suffisamment fondées lorsqu'elles sont exposées de 

E­4755/2011 Page 6 façon détaillée, concrète et circonstanciée de sorte qu'on soit convaincu  qu'elles  se  rapportent  à  des  événements  réellement  vécus  par  le  recourant.  Inversément,  des  déclarations  de  portée  générale  superficielles ou  stéréotypées,  des  réponses  vagues ou évasives à des  questions  précises  sont  des  indices  de  l'invraisemblance  des  faits  allégués. 3.  3.1. En l’occurrence, le Tribunal considère que l'assassinat, à D._______  ou  dans  ses  environs,  à  l'origine  de  la  fuite  du  recourant,  n'a  pas  dû  passer  inaperçu,  ne  serait­ce  qu'à  cause  des  affinités  politiques  de  la  victime et de son assassin ou encore des événements, notamment des  représailles, qui auraient suivi. Aussi, le moment de la commission de ce  forfait  comme  les  circonstances  de  son  accomplissement  devaient  être  connus  de  beaucoup.  Le  nom  de  ses  protagonistes  devaient  l'être  tout  autant  surtout  que  peu  après  des  camarades  de  la  victime  l'auraient  vengée  en  éliminant  son  assassin  qui  aurait  aussi  été  un  ami  du  recourant. Dès lors, pour le Tribunal, il n'est pas pensable que celui­ci ne  soit  pas  en  mesure  de  donner  ni  l'identité  exacte  de  la  victime  de  cet  assassinat ni celle de son assassin et qu'il ne connût pas avec certitude  les circonstances dans lesquelles ce dernier aurait tué sa victime. Loin de  convaincre,  sa  tentative  de  réfutation  des  arguments  de  l'ODM  en  la  matière  laisse plutôt penser qu'il n'a pas vécu les événements dont  il se  prévaut.  Cette  conclusion  est  d'ailleurs  étayée  par  l'attestation  qu'il  a  produite puisqu'il en ressort qu'il ne se serait pas rendu dans le Vanni en  2006, mais qu'il en serait parti à ce moment. Le Tribunal relève aussi que  lors  de  son  audition  sommaire,  le  recourant  n'a  pas  évoqué  le  crime  commis  par  son  ami,  mais  simplement  imputé  les  recherches  dont  il  aurait fait l'objet de la part de membres de l'"EPDP" à ses liens avec des  rebelles des "LTTE" et au soutien qu'il aurait apporté à cette organisation  lors  de  manifestations  ou  autres  événements  populaires.  De  fait,  l'expérience démontre que celles et ceux qui craignent  réellement d'être  exposés  à  des  violences  ou  autres  persécutions  allèguent,  en  règle  générale,  dès  leur première audition  les motifs  déterminants qui  les ont  poussés  à  quitter  leur  pays.  Aussi,  dans  le  présent  cas,  le  Tribunal  ne  peut exclure que le recourant ait voulu étayer son récit initial en y ajoutant  des allégations relatives à des événements qui n'ont pas eu lieu ou qui ne  l'ont pas directement concerné. Par ailleurs, même avec une escorte de  paramilitaires  pour  lui  dégager  la  voie,  le  déplacement  du  recourant  à  Colombo,  vers  la  fin  mars  2009,  sans  qu'il  soit  jamais  contrôlé  à  un  moment  où  l'armée  sri  lankaise  était  précisément  en  train  de  mener 

E­4755/2011 Page 7 l'assaut qui allait aboutir à  l'anéantissement des  "LTTE" deux mois plus  tard  paraît  tout  aussi  improbable  au  Tribunal.  Plus  généralement,  les  activités que le recourant a pu déployer en faveur des "LTTE" ne révèlent  pas un engagement politique marquant qui aurait pu retenir l'attention des  autorités sri lankaises tant ils sont nombreux les Tamouls qui, comme lui,  ont  épisodiquement  apporté,  volontairement ou non,  dans  les  régions à  forte  implantation des  "LTTE",  leur soutien à cette organisation sans en  être membre. Enfin, vu les risques encourus au cas où un garde­frontière  se serait avisé de lui demander de décliner son identité et sa nationalité,  le recourant n'est pas crédible quand il affirme avoir voyagé de I._______  en J._______ muni d'un passeport dont il aurait ignoré le nom du pays de  délivrance  et  l'identité  qui  y  figurait.  Pareille  affirmation  amène  plutôt  à  penser qu'il cherche à dissimuler les circonstances exactes de son départ  du Sri Lanka et de sa venue en Suisse. 3.2. Il s’ensuit que le recours, en tant qu’il conteste le refus de l’asile et de  la qualité de réfugié, doit être rejeté. 4.  4.1. Lorsqu’il rejette la demande d’asile ou qu’il refuse d’entrer en matière  à ce sujet, l’ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en  ordonne  l’exécution ;  il  tient  compte  du  principe  de  l’unité  de  la  famille  (art.  44  al.  1  LAsi).  Le  renvoi  ne  peut  être  prononcé,  selon  l’art.  32  de  l’ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l’asile relative à la procédure (OA 1,  RS 142.311),  lorsque  le  recourant  d’asile  dispose  d’une  autorisation  de  séjour  ou  d’établissement  valable,  ou  qu’il  fait  l’objet  d’une  décision  d’extradition ou d’une décision de renvoi conformément à  l’art. 121 al. 2  de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101). 4.2.  Aucune  exception  à  la  règle  générale  du  renvoi  n’étant  en  l’occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette  mesure. 5.  L’exécution  du  renvoi  est  ordonnée  si  elle  est  licite,  raisonnablement  exigible  et  possible  (art.  44  al.  2  LAsi).  Si  ces  conditions  ne  sont  pas  réunies,  l'ODM  prononce  l’admission  provisoire  de  l'étranger  concerné.  Celle­ci  est  réglée  par  l’art.  83  de  la  loi  fédérale  sur  les  étrangers  du  16 décembre  2005  (LEtr,  RS  142.20),  entrée  en  vigueur  le  1er  janvier  2008. L’exécution n’est pas possible lorsque l’étranger ne peut pas quitter  la  Suisse  pour  son  Etat  d’origine,  son  Etat  de  provenance  ou  un  Etat 

E­4755/2011 Page 8 tiers, ni être  renvoyé dans un de ces Etats  (al. 2). L’exécution n’est pas  licite lorsque le renvoi de l’étranger dans son Etat d’origine, dans son Etat  de provenance ou dans un Etat tiers est contraire aux engagements de la  Suisse  relevant  du  droit  international  (al. 3).  L’exécution  de  la  décision  peut  ne  pas  être  raisonnablement  exigée  si  le  renvoi  ou  l’expulsion  de  l’étranger dans son pays d’origine ou de provenance le met concrètement  en danger, par exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence  généralisée ou de nécessité médicale (al. 4). 6.  6.1. L’exécution du renvoi est illicite,  lorsque la Suisse, pour des raisons  de droit  international public, ne peut contraindre un étranger à se rendre  dans  un  pays  donné  ou  qu’aucun  autre  Etat,  respectant  le  principe  du  non­refoulement,  ne  se  déclare  prêt  à  l’accueillir ;  il  s’agit  d’abord  de  l’étranger  reconnu  réfugié,  mais  soumis  à  une  clause  d’exclusion  de  l’asile, et ensuite de l’étranger pouvant démontrer qu’il serait exposé à un  traitement prohibé par  l’art.  3 de  la  convention du 4 novembre 1950 de  sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales [CEDH,  RS  0.101]  ou  encore  l’art.  3  de  la  convention  du  10  décembre  1984  contre  la  torture  et  autres  peines  ou  traitements  cruels,  inhumains  ou  dégradants  (Conv.  torture,  RS  0.105)  (Message  du  Conseil  fédéral  à  l’appui d’un arrêté fédéral sur la procédure d’asile [APA], du 25 avril 1990,  in : FF 1990 II 624). 6.2.  Dans  le  présent  cas,  l’exécution  du  renvoi  ne  contrevient  pas  au  principe de non­refoulement de l’art. 5 LAsi. Comme exposé plus haut, le  recourant n'a pas rendu vraisemblable qu’en cas de retour dans son pays  d’origine, il serait exposé à de sérieux préjudices au sens de l’art. 3 LAsi. 6.3.  6.3.1. Si  l’interdiction de  la  torture,  des peines et  traitements  inhumains  (ou dégradants) s’applique indépendamment de la reconnaissance de la  qualité  de  réfugié,  cela  ne  signifie  pas  encore  qu’un  renvoi  ou  une  extradition serait prohibée par le seul fait que dans le pays concerné des  violations  de  l’art.  3  CEDH  devraient  être  constatées ;  une  simple  possibilité  de  subir  des  mauvais  traitements  ne  suffit  pas.  Il  faut  au  contraire  que  la  personne  qui  invoque  cette  disposition  démontre  à  satisfaction  qu’il  existe  pour  elle  un  véritable  risque  concret  et  sérieux  d’être victime de tortures, ou de traitements inhumains ou dégradants en  cas de renvoi dans son pays. Il en ressort qu’une situation de guerre, de  guerre  civile,  de  troubles  intérieurs  graves  ou  de  tension  grave 

E­4755/2011 Page 9 accompagnée de violations des droits de l’homme ne suffit pas à justifier  la  mise  en œuvre  de  la  protection  issue  de  l’art.  3  CEDH,  tant  que  la  personne  concernée  ne  peut  rendre  hautement  probable  qu’elle  serait  visée  personnellement  –  et  non  pas  simplement  du  fait  d’un  hasard  malheureux  –  par  des  mesures  incompatibles  avec  la  disposition  en  question (JICRA 1996 n° 18 consid. 14b let. ee p. 186s). 6.3.2.  En  l'occurrence,  le  Tribunal  juge  improbable  l'exposition  du  recourant  à  un  véritable  risque,  concret  et  sérieux,  de  traitements  inhumains ou dégradants, en cas de  retour dans son pays d’origine  (cf.  art.  3  CEDH  et  art.  3  Conv.  torture).  Certes,  encore  aujourd'hui  le  Sri  Lanka  connaît  une  situation  sécuritaire  délicate,  accompagnée  de  violations des droits de l'homme. Les autorités se défient en effet toujours  de  la  communauté  tamoule  dont  elles  suspectent  beaucoup  de  ses  membres  de  vouloir  perpétuer  la  cause  des  "LTTE".  Ainsi,  même  s'ils  sont  les  premiers  visés,  les  cadres  ou  les  anciens  combattants  des  "LTTE" ne sont pas les seuls à être victimes de l'arbitraire de l'Etat. Selon  le Haut Commissariat aux réfugiés des Nations Unies (UNHCR), nombre  de violations des droits de l'homme actuellement commises au Sri Lanka  concernent  des  Tamouls  originaires  du  nord  de  l'île  ou  domiciliés  à  Colombo,  en  particulier  les  jeunes  gens,  quel  que  soit  leur  sexe,  suspectés  d'avoir  fait  partie  des  "LTTE",  d'être  liés  à  des membres  de  l'ancienne  élite  des  "LTTE"  ou  dans  l'incapacité  de  présenter  des  documents d'identité valables (comp. UNHCR­Richtlinien zur Feststellung  des  internationalen  Schutzbedarfs  sri­lankischer  Asylsuchender  [zusammenfassende Übersetzung],  Juli  2009,  S.  2  ff.).  Dans  le  présent  cas, si l'on s'en tient à la teneur de l'attestation produite par le recourant  en instance de recours, sa présence dans la région de Vanni, soit dans le  centre  nord  de  l'île,  après  2006,  ne  peut  être  tenue  pour  acquise.  En  outre, le fait est que le recourant ne prétend pas avoir eu un engagement  politique  d'importance  ni  connu  de  problèmes  avec  les  autorités  ou  l'armée sri lankaise (cf. pv de l'audition du 11 avril 2011, Q. 28). S'il a pu  distribuer  des  tracts  pour  les  "LTTE"  ou encore participer  à  la mise  sur  pied  de manifestations  ou  à  la  construction  de  camps,  il  n'a  jamais  fait  partie  de  cette  organisation  ni,  au  demeurant,  combattu,  de  quelque  manière  que  ce  soit,  les  forces  gouvernementales.  Il  n'a  pas  non  plus  soutenu  être  lié  d'aucune  façon  à  des  membres  de  l'ancienne  élite  politique des "LTTE". Enfin, il a sa carte d'identité avec laquelle il pourra  se légitimer à son retour, au besoin en demandant aussi à ses parents de  confirmer son  identité. Le Tribunal en conclut donc que  le  recourant n'a  pas  à  redouter  de  mauvais  traitement  au  sens  de  l'art.  3 CEDH  ou  3 

E­4755/2011 Page 10 Conv. torture à son retour au Sri Lanka. Tout au plus courra­t­il le risque  d'être  soumis  à  des  mesures  de  police  susceptibles  de  restreindre  momentanément  sa  liberté  (contrôle  d'identité,  perquisition,  fouille  corporelle voire garde à vue afin de pouvoir procéder à des vérifications).  Prises à des fins anti­terroristes, ces mesures, auxquelles est exposée la  majeure  partie  de  la  population  tamoule,  à  Colombo  et  sur  le  reste  du  territoire national, ne sont pas assimilables à des mauvais traitements au  sens entendu par les dispositions précitées. 6.4.  Il  s'ensuit  que  l’exécution  du  renvoi  du  recourant  sous  forme  de  refoulement ne transgresse aucun engagement de la Suisse relevant du  droit international, de sorte qu’elle s’avère licite (art. 44 al. 2 LAsi et 83 al.  3 LEtr ; JICRA 1996 n° 18 consid. 14b/ee p. 186s., et jurisp. cit.). 7.  7.1. Selon l’art. 83 al. 4 LEtr,  l’exécution de la décision peut ne pas être  raisonnablement exigée si le renvoi ou l’expulsion de l’étranger dans son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou  de  nécessité médicale. Cette  disposition  s’applique  en  premier  lieu  aux  « réfugiés de la violence », soit aux étrangers qui ne remplissent pas les  conditions  de  la  qualité  de  réfugié  parce  qu’ils  ne  sont  pas  personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de  guerre civile ou de violence généralisée, et ensuite aux personnes pour  qui  un  retour  reviendrait  à  les  mettre  concrètement  en  danger,  notamment parce qu’elles ne pourraient plus recevoir les soins dont elles  ont  besoin.  L’autorité  à  qui  incombe  la  décision  doit  donc  dans  chaque  cas confronter  les aspects humanitaires  liés à  la situation dans  laquelle  se  trouverait  l’étranger  concerné  dans  son  pays  après  l’exécution  du  renvoi à  l’intérêt public militant en  faveur de son éloignement de Suisse  (ATAF  2009/52  consid.  10.1,  ATAF  2008/34  consid.  11.2.2  et  ATAF  2007/10 consid. 5.1). 7.2. Depuis  la  cessation  des  hostilités  entre  l'armée  sri  lankaise  et  les  "LTTE",  en  mai  2009,  le  Sri  Lanka  ne  connaît  plus  une  situation  de  guerre, de guerre civile ou de violence généralisée sur l'ensemble de son  territoire  qui  permettrait  de  présumer,  à  propos  de  tous  les  requérants  ressortissants  de  cet  Etat,  et  indépendamment  des  circonstances  de  chaque cas particulier, qu'ils risquent d'être exposés à un danger concret  au  sens  de  la  disposition  légale  précitée.  Dans  un  récent  arrêt  E­ 6220/2006 du 27 octobre 2011 destiné à publication, le Tribunal procédé 

E­4755/2011 Page 11 à  une  actualisation  de  l'analyse  qu'il  avait  faite  en  2008  de  la  situation  dans ce pays (cf. ATAF 2008/2). Il est ainsi parvenu à la conclusion que  l'exécution du  renvoi dans  toute  la  région de  la province de  l'Est est en  principe  exigible  (consid.  13.1)  ;  en  principe  elle  l'est  aussi  à  certaines  conditions dans la province du Nord, à l'exception de la région de Vanni –  (consid.  13.2.1).  Pour  les  personnes  originaires  de  la  région  de  Vanni,  l'exécution  du  renvoi  reste  inexigible,  sauf  s'il  existe  une  possibilité  de  refuge interne dans une autre région du pays (consid. 13.2.2). 7.3.  En  l'occurrence,  il  ne  ressort  du  dossier  aucun  élément  dont  on  pourrait inférer un risque concret pour le recourant en cas d’exécution du  renvoi. Comme l'ODM l'a souligné à bon escient, jeune, le recourant, qui  n'a  pas  allégué  de  problème  de  santé  particulier,  bénéficie  déjà  d'une  expérience  professionnelle.  Il  est  donc  en  mesure  de  travailler  pour  subvenir à ses besoins dans un pays qui, après une très longue période  d'affrontements  et  de  troubles,  a  recouvré  la  paix.  Au  demeurant,  ses  parents, qui y ont une maison, ses deux sœurs et un de ses frères vivent  actuellement  à  D._______,  dans  le  district  de  C._______,  au  nord  du  pays.  Son  retour  à  cet  endroit  où  il  peut  compter  sur  le  soutien  d'un  réseau à la fois familial et social apparaît ainsi tout à fait envisageable. Si  l'on y ajoute qu'il ne séjourne en Suisse que depuis quelques mois, on ne  saurait  pas  non  plus  dire  que  sa  réintégration  dans  son  pays,  à  C._______ ou ailleurs, paraît gravement compromise. 7.4. Pour  ces motifs,  l’exécution  du  renvoi  doit  être  considérée  comme  raisonnablement exigible. 8.  Enfin,  le  recourant  est  en  possession  de  documents  suffisants  pour  rentrer dans son pays ou, à tout le moins, est en mesure d’entreprendre  toute  démarche  nécessaire  auprès  de  la  représentation  de  son  pays  d’origine en vue de l’obtention de documents de voyage lui permettant de  quitter  la  Suisse.  L’exécution  du  renvoi  ne  se  heurte  donc  pas  à  des  obstacles  insurmontables  d’ordre  technique  et  s’avère  également  possible (cf. ATAF 2008/34 consid. 12 p. 513­515). 9.  9.1. Il s’ensuit que le recours, en tant qu’il conteste la décision de renvoi  et son exécution, doit être également rejeté.

E­4755/2011 Page 12 10.  Infondé, le recours est rejeté sans qu'il soit nécessaire de procéder à un  échange d’écritures (art. 111a al. 1 LAsi). 11.  Dans la mesure où les conclusions du recours étaient d'emblée dénuées  de chance de succès, au moment de leur dépôt, la demande d'assistance  judiciaire  partielle  doit  être  rejetée.  Au  vu  de  l’issue  de  la  cause,  il  y  a  donc  lieu  de  mettre  les  frais  de  procédure  à  la  charge  du  recourant,  conformément  aux  art.  63  al.  1  PA  et  2  e  3  let.  b  du  règlement  du  21  février  2008  concernant  les  frais,  dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal administratif fédéral (FITAF, RS 173.320.2). (dispositif page suivante)

E­4755/2011 Page 13 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est rejeté. 2.  Les frais de procédure, d’un montant de Fr. 600.­, sont mis à la charge du  recourant. Ce montant doit être versé sur le compte du Tribunal dans les  30 jours dès l'expédition du présent arrêt. 3.  Le  présent  arrêt  est  adressé  au  recourant,  à  l’ODM  et  à  l’autorité  cantonale compétente.  La présidente du collège : Le greffier : Jenny de Coulon Scuntaro Jean­Claude Barras Expédition :

E-4755/2011 — Bundesverwaltungsgericht 08.12.2011 E-4755/2011 — Swissrulings