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Bundesverwaltungsgericht 23.08.2011 E-3658/2009

23 août 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·2,009 mots·~10 min·2

Résumé

Exécution du renvoi | Exécution du renvoi; décision de l'ODM du 5 mai 2009

Texte intégral

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour V E­3658/2009 Arrêt   d u   2 3   a oû t   2011 Composition Maurice Brodard (président du collège), Hans Schürch, Emilia Antonioni, juges, Edouard Iselin, greffier. Parties A._______,  son épouse B._______, et leurs enfants C._______, et D._______, Kosovo, tous représentés par le Service d'Aide Juridique aux Exilé­e­s (SAJE), recourants, contre Office fédéral des migrations (ODM),  Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Exécution du renvoi ;  décision de l'ODM du 5 mai 2009 / N (…).

E­3658/2009 Page 2 Faits : A.  A._______ et son épouse ont déposé  leurs demandes d'asile en Suisse  en date du 1er novembre 2008. B.  B.a. Entendu les 4 et 10 novembre 2008 par l'ODM, l'intéressé a exposé  qu'il  était  d'appartenance  ethnique  albanaise,  de  religion musulmane  et  originaire  de E._______,  où  il  était  né  et  avait  vécu  jusqu'au  15 janvier  2008  ;  il  s'était ensuite  rendu à F._______, où  il avait désormais habité  avec sa future femme, qu'il avait épousée quelques mois plus tard. En ce  qui concerne ses motifs d'asile, il a expliqué que son père avait emprunté  en 2003 une  importante  somme à une  famille  prêtant  de  l'argent  à des  taux  usuraires,  afin  d'ouvrir  un  commerce.  Neuf  mois  plus  tard,  ses  créanciers auraient exigé  le paiement du prêt et des  intérêts,  la somme  totale à verser représentant plus de trois fois celle qu'il avait  initialement  reçue. Menacé  par  ces malfaiteurs,  son  père  avait  dû  tout  d'abord  leur  céder une de ses deux maisons, puis une importante parcelle de terrain.  En  (mois)  ou  (mois)  2005,  les  responsables  de  ces  actes  auraient  été  arrêtés  après  que  d'autres  victimes  eurent  déposé  plainte.  Le  père  de  l'intéressé  et  une  dizaine  d'autres  personnes  lésées  auraient  alors  été  appelés  à  témoigner  contre  eux  devant  le  Tribunal  de  F._______.  Le  (date)  2007,  les  inculpés  auraient  tous  été  condamnés  à  de  longues  peines  de  prison,  le  Tribunal  ordonnant  également  que  la maison  et  le  terrain  illégalement acquis soient  rendus à son père. Après  le prononcé  de  la sentence et  la  restitution de ces biens, des membres de  la  famille  des malfaiteurs condamnés qui désiraient se venger de son père et qui  continuaient  à  vouloir  s'approprier  ses  biens  seraient  venus  chez  lui  en  (mois)  2007  et  l'auraient  battu,  ce  qui  aurait  altéré  sa  santé.  Vers  la  même  époque,  le  requérant  aurait  été  averti  qu'on  voulait  le  tuer,  car,  après le prononcé du Tribunal, il avait entrepris des démarches auprès de  cette famille afin qu'elle rendît effectivement la maison. Craignant pour sa  vie,  l'intéressé se serait caché à F._______ chez des cousins maternels  de sa femme. Son frère cadet aurait également été battu et aurait quitté  le Kosovo durant  l'été 2008. Les personnes qui poursuivaient  l'intéressé  se  seraient  ensuite  encore  rendues  à  plusieurs  reprises  à  son  ancien  domicile  pour  le  rechercher.  Environ  cinq  jours  avant  son  départ,  son  père  l'aurait  averti  qu'elles  avaient  retrouvé  sa  trace et  qu'il  n'avait  plus 

E­3658/2009 Page 3 d'autre  solution  que  de  quitter  le  pays,  ce  qu'il  aurait  fait  le  30 octobre  2008.  Il  a  encore  déclaré  qu'il  n'avait  pas  déposé  plainte  contre  les  agissements de ces personnes parce que celles­ci avaient des liens avec  la  police  et  qu'il  craignait  qu'elles  s'en  prennent  à  lui­même  ou  à  sa  famille à titre de représailles. B.b. Entendue par l'ODM aux mêmes dates que son mari, la requérante a  exposé  qu'elle  était  d'appartenance  ethnique  albanaise,  de  religion  musulmane  et  que  suite  à  son  mariage,  elle  s'était  brouillée  avec  ses  parents ­ qui habitaient  toujours à E._______ ­ lesquels désapprouvaient  cette  union.  Elle  a  aussi  déclaré  qu'elle  n'avait  jamais  connu  personnellement  le moindre  problème  avec  qui  que  ce  soit  au Kosovo,  Etat  qu'elle  avait  quitté  uniquement  en  raison  des  problèmes  liés  à  la  situation de son mari. Pour  le surplus, elle a confirmé, dans les grandes  lignes, les propos de celui­ci. B.c. Durant  l'instruction  de  leurs  procédures  d'asile,  les  intéressés  ont  versé  au  dossier  leurs  cartes  d'identité,  un  certificat  de  mariage,  une  copie de l'arrêt du Tribunal du (date) 2007 et une attestation de résidence  à F._______. C.  Par  décision  du  5 mai  2009,  l'ODM  a  rejeté  les  demandes  d'asile  des  intéressés, a prononcé leur renvoi de Suisse et a ordonné l'exécution de  cette mesure. Cet office a notamment relevé que  les menaces et autres  actes  d'intimidation  exposés,  pour  autant  qu'ils  soient  avérés,  étaient  imputables  à  des  tiers  et  qu'aucun  élément  ne  permettait  de  supposer  que  les autorités provoquaient ou  toléraient de  tels agissements. En ne  déposant  pas  plainte,  les  requérants  s'étaient  eux­mêmes  privés  de  la  protection  à  laquelle  tout  citoyen  a  droit  et  on  ne  saurait  imputer  en  l'occurrence aux autorités compétentes un quelconque manquement. D.  D.a. En date du 5 juin 2009, les intéressés ont interjeté recours auprès du  Tribunal administratif fédéral (Tribunal) contre la décision précitée, en ce  qui concerne l'exécution du renvoi. Ils concluent à son annulation pour ce  qui  est  de  cet  aspect,  au  constat  du  caractère  non  raisonnablement  exigible et illicite de cette mesure et à l'octroi de l'admission provisoire, le  tout  sous  suite  de  dépens.  Ils  sollicitent  aussi  l'octroi  de  l'assistance  judiciaire partielle. 

E­3658/2009 Page 4 D.b.  Dans  leur  mémoire,  ils  ont  invoqué ­ outre  les  préjudices  déjà  allégués  par­devant  l'ODM  (cf. let. B.a) ­ que  la  tête  du  recourant  aurait  été mise  à  prix  et  qu'en mars  2008,  lors  d'une  visite  qu'il  rendait  à  sa  famille à E._______, il avait été sérieusement battu par des membres de  la  famille des malfaiteurs ; quant à son père, qui avait déposé plainte,  il  avait aussi été leur victime en avril 2009. Les recourants ont ajouté qu'ils  ne  pourraient  pas  être  protégés  par  les  autorités  en  cas  de  retour  au  Kosovo,  au  vu  en  particulier  des  disfonctionnements  et  des  carences  évidentes  du  système  judiciaire  et  de  la  police,  qui  étaient  aussi  gangrénés  par  la  corruption.  Ils  ont  également  invoqué  qu'ils  ne  pourraient s'installer ailleurs au Kosovo pour échapper à la vengeance de  cette famille, car, vu la taille restreinte de cet Etat, les membres de celle­ ci encore en liberté retrouveraient assurément leur trace. En outre, dans  une autre région,  ils ne parviendraient pas à se procurer un logement et  un  emploi  leur  permettant  de  vivre,  faute  de  réseau  social  et  professionnel sur place. D.c. A l'appui de leurs allégations, les intéressés ont joint à leur mémoire  deux certificats médicaux d'un médecin pratiquant à E._______, l'un, daté  du  10 mars  2008,  relatif  au  recourant  et  l'autre,  établi  le  14 avril  2009,  concernant son père. E.  Par  décision  incidente  du  12 juin  2009,  le  Tribunal  a  renoncé  à  la  perception  d'une  avance  des  frais  de  procédure.  Il  a  aussi  imparti  aux  recourants  un  délai  de  quinze  jours  dès  réception  de  cet  écrit  pour  produire une traduction des deux certificats médicaux précités. F.  En  date  du  25 juin  2009,  les  intéressés  ont  versé  au  dossier  les  traductions requises. G.  Invité à se prononcer sur  le recours,  l'ODM en a préconisé  le rejet dans  sa réponse du 13 juillet 2009. H.  Le (date), la recourante a donné naissance à son premier enfant. I.  En date du 21 août 2009, les intéressés ont fait part de leurs observations  au sujet de la réponse de l'ODM. Ils ont notamment relevé que cet office 

E­3658/2009 Page 5 ne  semblait  avoir  porté  aucune  attention  aux  deux  certificats médicaux  produits,  lesquels attestaient de  la  réalité des menaces pesant  sur eux.  Ils ont aussi invoqué que le père du recourant, qui bénéficiait toujours de  la protection de la police, n'en avait pas moins été maltraité en avril 2009.  J.  Le (date), la recourante a donné naissance à son deuxième enfant. K.  Les autres faits et arguments de la cause seront évoqués, si nécessaire,  dans les considérants en droit. Droit : 1.  1.1. En vertu de l'art. 31 de la loi fédérale du 17 juin 2005 sur le Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF,  RS 173.32),  applicable  par  le  renvoi  de  l'art. 105 de la loi du 26 juin 1998 sur l'asile (LAsi, RS 142.31), le Tribunal  connaît  des  recours  contre  les  décisions  au  sens  de  l'art. 5  de  la  loi  fédérale  du  20 décembre  1968  sur  la  procédure  administrative  (PA,  RS 172.021),  prises par  les autorités mentionnées à  l’art. 33 LTAF.  Les  décisions rendues par  l'ODM concernant  l'asile et  le renvoi peuvent être  contestées devant le Tribunal conformément à l'art. 33 let. d LTAF ; elles  n'entrent pas dans le champ d'exclusion de l'art. 32 LTAF. 1.2.  Le  Tribunal  est  donc  compétent  pour  connaître  de  la  présente  cause ;  il  statue de manière définitive  (cf. art. 83  let. d ch. 1 de  la  loi du  17 juin  2005  sur  le  Tribunal  fédéral  [LTF,  RS  173.110]),  dès  lors  que  l'exception  visée  par  cette  disposition  n'est  pas  réalisée  dans  le  cas  d'espèce. 1.3. Les  recourants ont qualité pour  recourir. Présenté dans  la  forme et  dans les délais prescrits par la loi, le recours est recevable (art. 48 et 52  PA et 108 al. 1 LAsi). 2.  2.1. Saisi  d'un  recours contre une décision de  l'ODM en matière d'asile  et/ou de  renvoi,  le Tribunal  tient compte de  la situation et des éléments 

E­3658/2009 Page 6 tels  qu'ils  se  présentent  au moment  où  il  se  prononce  (cf. à  ce  propos  Jurisprudence  et  informations  de  la  Commission  suisse  de  recours  en  matière  d’asile  [JICRA]  2000  n° 2  p. 20 ;  JICRA  1997  n° 27  consid. 4f  p. 211 ;  JICRA  1995  n° 5  consid. 6a  p. 43 ;  JICRA  1994  n° 6  consid. 5  p. 52). Ce faisant,  il prend en considération  l'évolution  intervenue depuis  l'époque du dépôt de la demande d'asile. 2.2.  Le  Tribunal  applique  le  droit  d'office,  sans  être  lié  par  les  motifs  invoqués  dans  le  recours  (cf. art. 62 al. 4 PA)  ni  par  l'argumentation  juridique développée dans la décision entreprise. Il peut ainsi admettre un  recours pour  un autre motif  que  ceux  invoqués devant  lui  ou  rejeter  un  recours  en  adoptant  une  argumentation  différente  de  celle  de  l'autorité  intimée  (cf. PIERRE  MOOR / ETIENNE  POLTIER,  Droit  administratif,  vol. II,  3e éd. Berne 2011, p. 820 s.). 3.  En  premier  lieu,  le  Tribunal  constate  que  les  recourants  n'ont  pas  contesté la décision de l’ODM pour ce qui est de la non­reconnaissance  de  la  qualité  de  réfugié,  du  rejet  des  demandes  d'asile  et  du  renvoi  de  Suisse.  Partant,  s'agissant  de  ces  points  du  dispositif  (ch. 1  à  3),  ce  prononcé a acquis force de chose décidée. 4.  4.1. L’exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnablement  exigible  et  possible  (art. 44  al. 2  LAsi).  Si  ces  conditions  ne  sont  pas  réunies, l’admission provisoire doit être prononcée. Celle­ci est réglée par  l’art. 84 de  la  loi  fédérale sur  les étrangers du 16 décembre 2005  (LEtr,  RS 142.20). 4.2. L’exécution n’est pas  licite  lorsque  le  renvoi de  l’étranger dans son  Etat d’origine ou de provenance ou dans un Etat  tiers est  contraire aux  engagements  de  la  Suisse  relevant  du  droit  international  (art. 83  al. 3  LEtr). 4.3. L’exécution de  la décision peut ne pas être raisonnablement exigée  si  le  renvoi  ou  l’expulsion  de  l’étranger  dans  son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple  en  cas  de  guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée  ou  de  nécessité  médicale (art. 83 al. 4 LEtr).

E­3658/2009 Page 7 4.4. L’exécution n’est pas possible  lorsque l’étranger ne peut pas quitter  la  Suisse  pour  son  Etat  d’origine,  son  Etat  de  provenance  ou  un  Etat  tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr). 5.  5.1. L’exécution du renvoi est illicite,  lorsque la Suisse, pour des raisons  de droit  international public, ne peut contraindre un étranger à se rendre  dans  un  pays  donné  ou  qu’aucun  autre  Etat,  respectant  le  principe  du  non­refoulement,  ne  se  déclare  prêt  à  l’accueillir ;  il  s’agit  d’abord  de  l’étranger  reconnu  réfugié,  mais  soumis  à  une  clause  d’exclusion  de  l’asile, et ensuite de l’étranger pouvant démontrer qu’il serait exposé à un  traitement prohibé par  l’art. 3 de  la Convention du 4 novembre 1950 de  sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (CEDH,  RS 0.101) ou encore par  l’art. 3 de la Convention du 10 décembre 1984  contre  la  torture  et  autres  peines  ou  traitements  cruels,  inhumains  ou  dégradants (Conv. torture, RS 0.105). 5.2.  L’exécution  du  renvoi  ne  contrevient  pas  au  principe  de  non­ refoulement  de  l’art. 5  LAsi.  Les  recourants ­ qui  n'ont  pas  contesté  la  décision  du  5 mai  2009  s'agissant  de  la  question  de  la  non­ reconnaissance  de  la  qualité  de  réfugié  et  n'ont  formulé  aucune  motivation  à  ce  sujet  dans  leur  mémoire  de  recours ­ n'ont  pas  rendu  vraisemblable qu’en cas de retour au Kosovo,  ils seraient exposés à de  sérieux préjudices au sens de l’art. 3 LAsi. 5.3. En ce qui concerne les autres engagements de la Suisse relevant du  droit international, il sied d’examiner particulièrement si l’art. 3 CEDH, qui  interdit la torture, les peines ou traitements inhumains, trouve application  dans le présent cas d’espèce. 5.3.1. Si  l’interdiction de  la  torture,  des peines et  traitements  inhumains  (ou dégradants) s’applique indépendamment de la reconnaissance de la  qualité  de  réfugié,  cela  ne  signifie  pas  encore  qu’un  renvoi  ou  une  extradition serait prohibée par le seul fait que dans le pays concerné des  violations  de  l’art. 3  CEDH  devraient  être  constatées ;  une  simple  possibilité  de  subir  des  mauvais  traitements  ne  suffit  pas.  Il  faut  au  contraire  que  la  personne  qui  invoque  cette  disposition  démontre  à  satisfaction  qu’il  existe  pour  elle  un  véritable  risque  concret  et  sérieux  d’être victime de tortures, ou de traitements inhumains ou dégradants en  cas de renvoi dans son pays. Il en ressort qu’une situation de guerre, de  guerre  civile,  de  troubles  intérieurs  graves  ou  de  tension  grave 

E­3658/2009 Page 8 accompagnée de violations des droits de l’homme ne suffit pas à justifier  la  mise  en œuvre  de  la  protection  issue  de  l’art. 3  CEDH,  tant  que  la  personne  concernée  ne  peut  rendre  hautement  probable  qu’elle  serait  visée  personnellement ­ et  non  pas  simplement  du  fait  d’un  hasard  malheureux ­ par  des  mesures  incompatibles  avec  la  disposition  en  question (cf. JICRA] 1996 n° 18 consid. 14b ee p. 186 s.). 5.3.2.  En  l’occurrence,  le  Tribunal  relève  que  les  recourants  n'ont  pas  rendu  vraisemblable  qu'il  existe  pour  eux  un  véritable  risque  concret  et  sérieux d’être victimes d'actes prohibés par l'art. 3 CEDH. 5.3.2.1  En  premier  lieu,  force  est  de  constater  que  les  motifs  d'asile  exposés  par  l'intéressé  sont  partiellement  sujets  à  caution.  Le  Tribunal  n'entend pas mettre en doute ni que le père de l'intéressé a eu affaire à  des usuriers ­ qui l'ont menacé ainsi que sa famille en 2004 et l'ont forcé  à  leur  remettre  une  de  ses  maisons  et  une  parcelle  de  terrain ­ ni  la  réalité de la procédure judiciaire au terme de laquelle ces malfaiteurs ont  été  condamnés  à  de  lourdes  peines  et  à  rendre  les  biens  illégalement  acquis.  Au  vu  du  dossier,  il  considère  par  contre  que  les  ennuis  dont  l'intéressé aurait personnellement eu à pâtir après  le prononcé de cette  sentence  en  2007 ­ s'ils  ne  devaient  pas  avoir  été  complètement  inventés ­ n'ont  certainement  pas  été  d'une  gravité  et  d'une  intensité  telles  que  lui­même  et  sa  femme  auraient  alors  été  menacés  de  préjudices  concrets  et  sérieux,  au  point  d'être  contraints  de  quitter  le  Kosovo  pour  cette  raison.  Le  Tribunal  rappelle  que  le  recourant  n'a  eu  qu'un rôle subalterne dans cette affaire, son père étant la cible principale  de ces malfaiteurs. Dans ces conditions, il estime peu plausible que ceux­ ci  aient  tenu  à  l'assassiner ­ en  investissant  beaucoup  d'énergie  et  de  temps  à  cette  fin ­ alors  que  sa  seule  contribution  aurait  été  d'entreprendre  des  démarches  afin  qu'ils  respectent  la  sentence  du  Tribunal  et  rendent  effectivement  la  maison  qu'ils  avaient  illégalement  acquise.  Cette  fixation  sur  sa  personne  est  d'autant  plus  difficile  à  comprendre si l'on tient compte du fait qu'ils n'auraient par contre jamais  tenté d'attenter aux jours de leur adversaire principal, à savoir son père,  parce  ce  que  celui­ci  serait  prétendument  en  mauvaise  santé  (cf. questions 33 s. du procès­verbal [pv] de son audition du 10 novembre  2008), explication qui ne saurait être retenue, vu l'énergie criminelle et le  manque marqué de  scrupules dont  ils  avaient  fait  preuve dans d'autres  circonstances.  En  outre,  l'intéressé,  qui  a  tout  d'abord  laissé  entendre  que  cette  famille  de malfaiteurs  voulait  le  tuer  parce  qu'il  avait  "insisté  auprès d'elle" après  le prononcé du Tribunal en 2007 pour  récupérer  la 

E­3658/2009 Page 9 maison de son père (cf. pt. 15, p. 4  in fine du pv de la première audition  du 4 novembre 2008) a déclaré quelques jours plus tard qu'il n'avait plus  eu  aucun  rapport  ni  contact  directs  avec  ces  personnes  depuis  2004  (cf. questions 30 s. et 41 du pv de l'audition du 10 novembre 2008). 5.3.2.2 S'agissant des explications et moyens de preuve invoqués dans le  recours, ceux­ci ne sont pas non plus de nature à établir que  l'intéressé  courait réellement un risque concret et sérieux de traitement contraires à  l'art. 3  CEDH  au  moment  de  son  départ.  Le  Tribunal  constate  que  le  mémoire du 5 juin 2009 comporte des contradictions supplémentaires ;  il  y  est  mentionné  (cf. p. 4  pt. 15  et  p. 7  pts. 20s.)  que  son  père  avait  déposé  plainte,  que  lui­même  avait  été  battu  en  mars  2008  lors  d'une  visite à E._______ et que sa tête avait été mise à prix, trois éléments qui  n'ont  jamais  été  évoqués  par  les  recourants  durant  leurs  auditions  respectives. En outre,  si  l'intéressé avait  réellement sérieusement craint  d'être  tué,  il  n'aurait  pas  pris  le  risque  de  rendre  visite  à  sa  famille  à  E._______, région où habitaient aussi les personnes qui le recherchaient.  Quant au rapport médical du 10 mars 2008 le concernant (cf. let. D.c de  l'état  de  fait),  le  Tribunal  constate  que  sa  valeur  probante  est  fort  douteuse. Outre son caractère peu détaillé,  le Tribunal  relève que cette  pièce ne mentionne pas que l'intéressé a été battu à cette époque, mais  seulement  poursuivi  et  menacé.  En  outre,  celui­ci,  qui  disait  avoir  déménagé à F._______ parce qu'il  craignait  d'être  tué et  venait  d'avoir,  selon  ses  dires,  de  sérieux  ennuis  lors  de  son  rapide  passage  à  E._______,  n'aurait  certainement  pas accepté de  continuer  à  se  rendre  régulièrement chez ce médecin pour poursuivre son traitement ("je  lui ai  prescrit  la  thérapie  et  lui  ai  fixé  les  dates  de  rendez­vous  pour  les  prochaines  visites"),  dont  le  cabinet  se  trouvait  justement  dans  cette  dernière localité. Vu l'absence de valeur probante de ce certificat médical,  le  Tribunal  émet  également  de  sérieux  doutes  quant  à  l'authenticité  de  celui du 14 avril 2009, qui a été établi par  le même praticien, document  qui est censé établir que le père de l'intéressé a été molesté une seconde  fois  en  avril  2009,  soit  environ  (…)  mois  après  les  précédentes  maltraitances à son égard, lesquelles auraient eu lieu en (mois) 2007. Or  si  celui­ci  avait  réellement  été  encore  poursuivi  après  le  prononcé  du  Tribunal  de  F._______  en  2007  par  des  personnes  qui  envisageaient  sérieusement  de  s'approprier  ses  biens,  celles­ci  auraient  fait  usage  à  son encontre de  tels procédés ou d'autres actes d'intimidation bien plus  tôt.

E­3658/2009 Page 10 5.3.2.3  En  outre,  le  Tribunal  constate  que  même  à  supposer  que  les  préjudices  que  les  intéressés  disent  avoir  subis  ou  craints  eussent ­ en  tout ou en partie ­ correspondu à  la  réalité, ceux­ci n'auraient pas pu en  tirer bénéfice. En effet, dans ce cas,  il aurait pu être attendu d'eux qu'ils  s'adressent  en  premier  lieu  aux  autorités  compétentes  de  leur  propre  pays pour requérir protection. Il n'est pas contesté qu'après que d'autres  victimes  des  agissements  de  ses  malfaiteurs  eurent  déposé  plainte  en  2005, dites autorités ont réagi sans délai en arrêtant les responsables et  en ouvrant à  leur encontre une procédure  judiciaire qui s'est soldée par  leur  condamnation  à  des  lourdes  peines  de  prison  (cf. à  ce  sujet  en  particulier la question 40 du pv de l'audition du recourant du 10 novembre  2008),  le  Tribunal  compétent  ordonnant  aussi  la  restitution  au  père  de  l'intéressé des biens qui  lui avaient été  illégalement soustraits. Dans ce  contexte,  la  famille du  recourant ­ qui  n'a  connu aucun problème durant  toute la durée du procès ­ a pu bénéficier alors d'une protection adéquate  de  la part de dites autorités. En outre,  il ne saurait être admis dans ces  circonstances que tel ne serait plus le cas après leur retour au Kosovo ;  les  explications  données  dans  le  mémoire  de  recours  (cf. à  ce  sujet  pts. 18ss) ne sauraient infirmer cette position. 5.3.3.  En  outre,  mutatis  mutandis  pour  les  mêmes  motifs  que  ceux  évoqués  plus  haut,  les  recourants  n'ont  pas  rendu  vraisemblable  qu'il  existait pour eux un véritable risque concret et sérieux d’être victimes de  traitements contraires à l'art. 3 Conv. torture en cas de renvoi au Kosovo. 5.4.  Dès  lors,  l’exécution  du  renvoi  des  recourants  sous  forme  de  refoulement ne transgresse aucun engagement de la Suisse relevant du  droit  international,  de  sorte  qu’elle  s’avère  licite  (art. 44  al. 2  LAsi  et  art. 83 al. 3 LEtr). 6.  6.1.  Selon  l'art. 83  al. 4  LEtr,  l'exécution  du  renvoi  peut  ne  pas  être  raisonnablement  exigée  lorsque  le  renvoi  ou  l'expulsion  de  l'étranger  dans  son  pays  d'origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple  en  cas  de  guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée  ou  de  nécessité  médicale.  Cette  disposition  s'applique  en  premier  lieu  aux  "réfugiés  de  la  violence",  soit  aux  étrangers  qui  ne  remplissent pas les conditions de la qualité de réfugié parce qu'ils ne sont  pas personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre,  de  guerre  civile  ou  de  violence  généralisée.  Elle  vaut  aussi  pour  les  personnes  pour  qui  un  retour  reviendrait  à  les mettre  concrètement  en 

E­3658/2009 Page 11 danger,  notamment  parce  qu'elles  ne  pourraient  plus  recevoir  les  soins  dont  elles  ont  besoin  ou  qu'elles  seraient,  selon  toute  probabilité,  condamnées  à  devoir  vivre  durablement  et  irrémédiablement  dans  un  dénuement  complet,  et  ainsi  exposées  à  la  famine,  à  une  dégradation  grave de leur état de santé, à l'invalidité, voire à la mort. En revanche, les  difficultés  socio­économiques  qui  sont  le  lot  habituel  de  la  population  locale, en particulier des pénuries de soins, de logement, d'emplois et de  moyens de formation, ne suffisent pas en soi à réaliser une telle mise en  danger. L'autorité à qui  incombe  la décision doit donc dans chaque cas  confronter  les  aspects  humanitaires  liés  à  la  situation  dans  laquelle  se  trouverait l'étranger concerné dans son pays après l'exécution du renvoi à  l'intérêt  public  militant  en  faveur  de  son  éloignement  de  Suisse  (cf. en  particulier  ATAF  2009/52  consid. 10.1 ;  ATAF  2008/34  consid. 11.1  et  ATAF 2007/10 consid. 5, et réf. cit). 6.2.  Il est notoire que le Kosovo ne connaît pas une situation de guerre,  de  guerre  civile  ou  de  violence  généralisée  sur  l'ensemble  de  son  territoire  qui  permettrait  d'emblée  de  présumer  à  propos  de  tous  les  requérants  en  provenant  l'existence  d'une mise  en  danger  concrète  au  sens de l’art. 83 al. 4 LEtr. 6.3. Par ailleurs, il ne ressort du dossier aucun élément personnel dont on  pourrait inférer que l'exécution du renvoi impliquerait une mise en danger  concrète des  intéressés et de  leurs enfants. Le Tribunal constate que  le  recourant et son épouse sont jeunes et il ne ressort pas du dossier ni de  la  motivation  de  leur  recours  qu'ils  souffrent  à  l'heure  actuelle  de  problèmes de santé. En outre, l'intéressé, qui dispose en particulier d'une  expérience  professionnelle  ([…]),  devrait  pouvoir  trouver,  à  court  ou  moyen terme, un emploi qui  lui permette de subvenir aux besoins de sa  famille.  Certes,  les  recourants  ont  deux  enfants  en  bas  âge  à  charge,  mais  aucun  indice  dans  le  dossier  n'indique  que  ceux­ci  sont  de  santé  délicate  et  que  leurs  parents  seraient,  en  cas  de  retour  au  Kosovo,  confrontés à des difficultés supérieures à celles  tout autre  jeune couple  placé dans ces conditions analogues. A cela s'ajoute qu'ils ont tous deux  encore un bon réseau  familial, aussi bien dans cet Etat  (en particulier à  E._______  et  F._______)  qu'à  l'étranger  (cf. pt.  12  p. 3  du  pv  de  leurs  auditions  respectives  du  4 novembre  2008).  Même  si  les  allégations  relatives  à  l'état  de  santé  de  certains  proches  du  recourant  résidant  au  Kosovo  (cf. à  ce  sujet  en  particulier  questions  33  et  41  du  pv  de  son  audition  du  10 novembre  2008)  et  à  la  brouille  entre  son épouse et  les  parents  de  celle­ci  devaient  être  véridiques  et  encore  d'actualité,  ce 

E­3658/2009 Page 12 réseau  familial  sera  en mesure  de  leur  accorder  un  soutien  en  cas  de  renvoi. Dans ce contexte, le Tribunal relève que le père de l'intéressé, qui  a  déjà  financé  le  voyage  en  Suisse,  dispose  de  certaines  ressources  financières,  attendu  qu'il  est  en  particulier  propriétaire  de  terrains  de  valeur (cf. question 35 in fine de l'audition précitée) et de deux maisons,  de sorte que les recourants pourront en particulier bénéficier d'un toit en  cas  de  retour  dans  leur  région  d'origine.  Du  reste,  dans  ces  circonstances,  une  réinsertion  dans  une  autre  partie  du  Kosovo  où  la  population d'ethnie albanaise est majoritaire serait également admissible,  si tel devait être leur vœu. 6.4. Pour  ces motifs,  l’exécution  du  renvoi  doit  être  considérée  comme  raisonnablement exigible. 7.  Enfin,  les  recourants  sont  en  mesure  d’entreprendre  toute  démarche  nécessaire auprès de  la représentation du Kosovo en vue de  l’obtention  de documents de voyage leur permettant de quitter la Suisse. L’exécution  du renvoi ne se heurte donc pas à des obstacles insurmontables d’ordre  technique  et  s’avère  également  possible  au  sens  de  l'art. 83  al. 2  LEtr  (cf. ATAF 2008/34 consid. 12 p. 513­515). 8.  8.1.  Cela  étant,  l’exécution  du  renvoi  doit  être  déclarée  conforme  aux  dispositions légales. 8.2. Il s’ensuit que le recours, en tant qu’il conteste la décision pour ce qui  est de l'exécution du renvoi, doit être rejeté. 9.  S'agissant  de  la  demande  d'assistance  judiciaire  partielle,  elle  doit  être  admise,  les  conditions  prévues  par  l'art. 65  al. 1 PA étant  réalisées. En  effet, il ressort de ce qui précède que le recours n'était pas d'emblée voué  à  l'échec.  En  outre,  les  intéressés,  au  vu  du  dossier,  sont  indigents.  Partant, il est statué sans frais.

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E­3658/2009 Page 14 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est rejeté. 2.  La demande d'assistance judiciaire est admise. 3.  Il est statué sans frais. 4.  Le présent arrêt est adressé au mandataire des recourants, à l’ODM et à  l’autorité cantonale compétente. Le président du collège : Le greffier : Maurice Brodard Edouard Iselin Expédition :

E-3658/2009 — Bundesverwaltungsgericht 23.08.2011 E-3658/2009 — Swissrulings