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Bundesverwaltungsgericht 02.09.2011 E-3089/2008

2 septembre 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·3,859 mots·~19 min·2

Résumé

Asile et renvoi | Asile

Texte intégral

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour V E­3089/2008 Arrêt   d u   2   sept emb r e   2011 Composition Jean­Pierre Monnet (président du collège),  Emilia Antonioni, Kurt Gysi, juges, Céline Berberat, greffière. Parties A._______, née le (…), Togo, représentée par le Service d'Aide Juridique aux Exilé­e­s  (SAJE), en la personne de (…), recourante,  contre Office fédéral des migrations (ODM),  Quellenweg 6, 3003 Berne,  autorité inférieure.  Objet Asile et renvoi ;  décision de l'ODM du 10 avril 2008 / N (…) .

E­3089/2008 Page 2 Faits : A.  Le 12 juin 2001, A._______ a déposé une première demande d'asile en  Suisse. Celle­ci a été  rejetée par décision du 28  février 2003 de  l'Office  fédéral  des  réfugiés  (ODR,  actuellement  Office  fédéral  des  migrations,  ODM)  qui  a  également  prononcé  le  renvoi  de  l'intéressée  ainsi  que  l'exécution de cette mesure. Le recours interjeté contre ce prononcé a été  déclaré  irrecevable  par  la  Commission  suisse  de  recours  en  matière  d'asile (CRA), le 26 mai 2003. Par  courrier  du  25  septembre  2003,  l'autorité  cantonale  compétente  a  signalé à l'ODM de la disparition de l'intéressée depuis le 16 août 2003. B.  Le 3 mars 2008, A._______ a déposé une seconde demande d'asile au  Centre d'enregistrement et de procédure (CEP) de Vallorbe. Entendue sommairement,  le 17 mars 2008, puis sur ses motifs d'asile le  28 mars 2008, elle a déclaré avoir quitté le territoire suisse en juin 2004  de façon non contrôlée par les autorités suisses, pour gagner Paris puis  Lomé,  par  avion,  et  aurait  voyagé  en  étant  munie  d'un  laissez­passer  obtenu grâce à l'aide d'un concitoyen. Elle serait veuve et mère de quatre  enfants  pratiquement  tous  devenus  adultes.  Elle  aurait  été membre  de  l'Union des forces de changement (UFC) depuis 1994 et aurait assisté à  certaines  réunions  politiques  rassemblant  des  femmes,  mais  sans  exercer d'activités particulières pour ledit parti depuis son retour au pays.  Avec  deux  associées,  B._______  et  C._______,  inscrites  au  syndicat,  elle aurait, à parts égales, exploité depuis le mois de décembre 2006 un  atelier de couture, à Z._______, dans l'immeuble où elle habitait. Le  (…)  janvier 2008, deux  femmes se seraient présentées à  l'atelier de  couture  et  auraient  demandé  à  l'intéressée  de  leur  confectionner  des  tenues  en  vue  du  défilé  du  13  janvier  suivant.  Suite  au  refus  de  la  recourante,  motivé  par  une  surcharge  de  travail  et  l'inopportunité  d'un  traitement  prioritaire  de  cette  commande,  les  deux  clientes  auraient  menacé de faire fermer l'atelier si elles n'obtenaient pas satisfaction. Une  des  clientes  aurait  même  fait  tomber  une  machine  sur  le  pied  d'une  associée, laquelle aurait réagi en lacérant, à l'aide de ciseaux, les pagnes  des  clientes.  Suite  à  cette  altercation,  celles­ci  se  seraient  absentées 

E­3089/2008 Page 3 environ  30 à  40 minutes  et  seraient  revenues à  l'atelier  accompagnées  par  quatre  gendarmes,  en  uniforme  ou  treillis  kaki,  qui  auraient  commencé à frapper l'associée précédemment  impliquée, voire les deux  associées. La recourante serait intervenue pour tenter de faire cesser ces  actes de violence et aurait été giflée par un policier. Elle aurait alors pris  le fer à repasser à charbon pour se défendre et aurait brûlé le gendarme  à sa poitrine ou,  selon une autre  version,  lancé  le  fer  sur  la poitrine du  gendarme qui aurait été brûlé par des morceaux de charbon sortis du fer.  Elle  se  serait  enfuie  par  la  porte  d'entrée  de  l'atelier  et  aurait  immédiatement  pris  la  fuite  grâce  à  un  taxi­motocyclette.  Elle  se  serait  réfugiée chez une amie et associée en affaires, prénommée D._______,  laquelle écoulait  sur  les marchés  les habits produits par son atelier.  Il  y  serait restée quatre  jours. D._______ se serait rendue au domicile de la  recourante  pour  y  récupérer  des  habits.  Des  dirigeants  de  l'UFC  lui  auraient rendu visite pour s'enquérir de sa situation. Le (…) janvier 2008,  son  fils  cadet E._______,  l'aurait  informée que, durant  le  soir ou  la nuit  passée, des policiers avaient  fouillé  le domicile qu'il partageait avec son  aîné,  à  une  autre  adresse  que  le  sien,  et,  ne  l'y  ayant  pas  trouvée,  auraient procédé à  l'arrestation de cet aîné, F._______, qui pratiquait  le  métier  d'imprimeur.  Le  lendemain,  elle  se  serait  réfugiée  durant  deux  semaines chez sa tante, également domiciliée à Z._______. Elle y aurait  reçu à deux reprises des dirigeants de l'UFC, ainsi que des représentants  de la Ligue togolaise pour les Droits de l'Homme (LTDH), qui, après avoir  mené  leur  propre  enquête,  l'auraient  informée  que  les  brûlures  dont  souffrait  l'agent  avaient  nécessité  son  hospitalisation  et  lui  auraient  conseillé  de  quitter  le  pays,  tout  en  lui  remettant  une  lettre  de  recommandation datée du 25 janvier 2008. D._______ lui aurait procuré  le produit des dernières ventes d'habits qu'elle était allée récupérer. Elle  aurait  quitté  Z._______  pour  gagner  (…),  village  dans  lequel  elle  aurait  séjourné  trois  jours,  puis  aurait  embarqué,  le  31 janvier  2008,  à  bord  d'une pirogue à destination du Bénin. Elle serait  restée environ un mois  au Bénin, où elle aurait vécu d'abord dans un camp de réfugiés à Lomé­ Agamé,  puis,  à  partir  du  7  février  2008,  à Cotonou,  où  elle  aurait  logé  dans  des  locaux  du  Haut  Commissariat  des  Nations  Unies  pour  les  réfugiés (HCR). Elle y aurait rencontré un passeur qui  lui aurait proposé  de l'aider à rejoindre l'Europe pour un montant de 1'850'000 CFA. N'étant  pas en possession de cette somme d'argent, elle aurait demandé à son  amie D._______ de  lui apporter  le montant requis. Le 2 mars 2008, elle  aurait  quitté  le Bénin,  par avion,  à destination de Paris,  en étant munie  d'un  passeport  béninois  établi  par  le  passeur,  et  grâce  à  l'aide  d'une  femme  prénommée  G._______  qui  se  serait  chargée  d'accomplir  les 

E­3089/2008 Page 4 formalités  à  l'aéroport.  Elle  aurait  remis  son  passeport  d'emprunt  à  un  homme  qui  l'attendait  à  l'aéroport  de Charles­de­Gaulle  à Paris­Roissy.  Elle aurait ensuite poursuivi son voyage en train jusqu'en Suisse, où elle  serait entrée illégalement le 3 mars 2008. C.  A  l'appui  de  sa  première  demande  d'asile,  la  recourante  a  produit  une  carte  d'identité  délivrée  le  (…)  2001.  Lors  du  dépôt  de  sa  seconde  demande d'asile, elle a versé au dossier une copie de son billet d'avion  du  4  juin  2004,  une  copie  d'une  reconnaissance  de  remboursement  partiel  de  son  billet  d'avion,  signée  le  11  juin  2004  par  elle­même,  une  attestation  et  une  confirmation  de  vente  du même billet  d'avion,  datées  toutes deux du 22 janvier 2008 et émanant de l'agence de voyage et de  tourisme  H._______.  De  plus,  elle  a  déposé  une  carte  de  membre  de  l'UFC établie  le  (…) 2004,  une attestation de  l'UFC du 15  janvier 2008,  ainsi qu'une recommandation de la LTDH du 25 janvier 2008, signée par  un dénommé I._______. D.  Par décision du 10 avril 2008, notifiée  le même jour,  l'Office  fédéral des  migrations  (ODM)  a  rejeté  la  demande  d'asile  de  la  recourante,  après  avoir conclu que les déclarations de celle­ci n'étaient pas vraisemblables  au sens de l'art. 7 de la loi sur l'asile du 26 juin 1998 (LAsi, RS 142.31). Cet office a  relevé que  le  retour de  la  recourante au Togo en  juin 2004  n'était pas établi  ; en particulier,  les attestations de l'agence de voyages  togolaise,  émises  trois ans après  ce  retour,  et  produites en photocopie,  n'étaient pas susceptibles d'en prouver  la  réalité de son  retour au pays.  En  outre,  ses  explications  quant  aux  raisons  pour  lesquelles  elle  aurait  renoncé à  solliciter  l'aide des autorités  suisses pour  retourner  au Togo,  suite au rejet de sa première demande d'asile, étaient divergentes et peu  plausibles. Dit  office  a  estimé  que  le  récit  de  la  recourante  était  dénué  de  toute  substance.  Il a observé que ses explications relatives à sa  fuite hors de  l'atelier  de  couture,  après  avoir  brûlé  la  poitrine  du  gendarme,  n'étaient  pas crédibles, dans la mesure où trois autres gendarmes étaient présents  et auraient été en mesure de  la rattraper compte tenu de son âge et de  ses difficultés à se déplacer. De même,  il a considéré que l'ordre donné  par la police de procéder à la fouille du domicile des fils de la recourante 

E­3089/2008 Page 5 sans procéder à celle du propre domicile de cette dernière, était contraire  à toute logique. Selon  l'ODM,  l'attestation  de  l'UFC  du  15  janvier  2008  et  la  recommandation  de  la  LTDH  du  25  janvier  2008  produites  par  l'intéressée,  étaient  des  écrits  de  complaisance  commandités  ou  confectionnés sur la base des indications de la recourante. Le contenu de  ces pièces ne correspondait pas aux allégations de  la  recourante, dans  ce  sens  qu'il  mentionnait  "une  militante  active"  de  l'UFC  (alors  qu'elle  avait  déclaré  n'avoir  pas  exercé  une  quelconque  activité  pour  ce  parti,  dès  lors  qu'elle  s'était  bornée  à  assister  à  des  réunions  de  femmes)  et  "les  collaboratrices"  de  l'atelier  de  couture  (alors  qu'il  s'agissait  d'associées).  Ces  pièces  n'étaient  donc  pas  de  nature  à  lever  les  invraisemblances contenues dans le récit de la recourante. Il en allait de  même de la "note de confirmation" de l'UFC, datée du 15 mars 2008, qui  ne comportait aucun en­tête et avait été déposée en copie. Par  même  décision,  l'ODM  a  prononcé  le  renvoi  de  la  recourante  de  Suisse et l'exécution de cette mesure. E.  Par acte du 9 mai 2008, l'intéressée a recouru contre la décision précitée  auprès  du  Tribunal  administratif  fédéral.  Elle  a  conclu  à  la  reconnaissance  de  la  qualité  de  réfugié  et  à  l'octroi  de  l'asile  et,  subsidiairement, à  l'octroi d'une admission provisoire. Elle a demandé à  être mise au bénéfice de l'assistance judiciaire partielle.  Sur  le  fond,  la  recourante  a  contesté  les  éléments  d'invraisemblance  retenus à son encontre par l'autorité de première instance. Elle a d'abord  expliqué que, contrairement au constat de  l'ODM, elle avait sollicité une  aide au retour auprès des autorités suisses, laquelle lui aurait été refusée  parce son intention était alors de se rendre dans un autre pays d'Afrique  que  son  pays  d'origine.  Elle  a  ensuite  soutenu  qu'elle  n'avait  attiré  l'attention que du seul agent qu'elle avait blessé, car les deux autres qui  se trouvaient dans l'atelier étaient occupés avec les autres protagonistes  de l'affaire ; sa fuite était ainsi crédible. Elle a également fait valoir qu'elle  n'avait jamais affirmé, contrairement à ce que laisse supposer la décision  attaquée, que son domicile n'avait pas été perquisitionné ; à son avis, les  policiers avaient certainement procédé à  la  fouille de son domicile et ne  l'y  ayant  pas  trouvée,  s'étaient  rendus  à  celui  de  ses  fils.  Elle  a,  enfin,  allégué que son fils F._______ avait été libéré au début du mois de mars 

E­3089/2008 Page 6 et était décédé le (…) 2008 à son domicile, consécutivement aux mauvais  traitements subis lors de sa détention. Elle a fait valoir que, contrairement  à  l'appréciation  de  l'ODM,  selon  laquelle  la  situation  au  Togo  s'était  sensiblement améliorée depuis 2005, date des élections présidentielles,  elle  risquait  toujours  d'être  victime  d'une  persécution  pour  avoir  grièvement blessé une personne des forces de l'ordre, malgré l'usage par  elle  de  la  légitime  défense  ;  elle  s'est  appuyée  sur  plusieurs  rapports  d'organisations  internationales  mettant  en  exergue  les  défaillances  du  système judiciaire togolais et l'impunité des policiers et des militaires, en  particulier  sur  un  rapport  de  l'Organisation  suisse  d'aide  aux  réfugiés  (OSAR) du 9 avril 2008, qu'elle a versé au dossier.  La  recourante  a  produit  trois  documents  à  l'appui  de  son  recours,  soit  l'original  de  la  note  de  confirmation  du  15  mars 2008,  à  l'en­tête  cette  fois­ci de l'UFC, une attestation du 18 avril 2008, toutes deux signées par  J._______, secrétaire général adjoint de  l'UFC à Z._______, et enfin un  faire­part du décès du fils cadet de la recourante. L'enveloppe d'envoi de  ces trois documents a également été versée au dossier F.  Par ordonnance du 21 mai 2008, le juge instructeur a renoncé à percevoir  une  avance  de  frais  de  procédure  présumés.  A  la  demande  de  la  recourante,  il  lui  a  transmis  certains  des  moyens  de  preuve  produits  devant  l'autorité  de  première  instance  et  lui  a  imparti  un  délai  pour  compléter la motivation de son recours. G.  Dans  son  courrier  du  30  mai  2008,  la  recourante  a  observé  que  les  moyens  de  preuve  déposés  en  procédure  et  relatifs  à  son  voyage  de  retour au Togo en juin 2004, constituaient des indices de l'authenticité de  son récit, car il s'agissait de documents originaux, imprimés sur du papier  à  en­tête  de  l'agence  de  voyages  H._______,  qui  existait  réellement  à  Z._______. H.  Par son courrier du 26 juin 2008, la recourante a produit deux photos de  la tombe de son fils, accompagnées de leur enveloppe d'envoi. I.  Invité à se déterminer sur  le  recours,  l'ODM en a proposé  le  rejet, dans  une réponse datée du 11 juillet 2008. Il a relevé que l'agence de voyages 

E­3089/2008 Page 7 H._______ à Z._______, était connue pour avoir établi des documents du  même genre également pour d'autres demandeurs d'asile togolais, et que  les documents concernant la recourante ne permettaient pas de lever les  éléments  d'invraisemblance  affectant  ses  allégations  portant  sur  son  voyage. Selon cet office,  les attestations émanant de  l'UFC, datées des  15 mars et 18 avril 2008, n'avaient qu'une faible valeur probante, car de  tels  écrits  étaient  régulièrement  établis  de  façon  complaisante,  sur  la  base des seules informations données par les demandeurs : le décès du  fils de la recourante ne pouvait donc pas être considéré comme établi.  J.  Dans sa réplique du 8 août 2008,  la  recourante a déclaré maintenir ses  conclusions.  Elle  a  contesté  les  arguments  de  l'ODM  en  rappelant  notamment que son récit avait été étayé par le document de la LTDH du  25 janvier 2008 et par les photos de la tombe de son fils. K.  Par  courrier  du  5  février  2009,  la  recourante  a  fait  parvenir  au Tribunal  deux  lettres  datées  du  12  janvier  2009  signées  par  K._______,  à  Z._______ Celui­ci a déclaré avoir mené de "très longues investigations"  et attesté des faits suivants : Le  (…)  janvier  2008,  dans  l'atelier  de  la  recourante,  une  des  deux  femmes du parti au pouvoir avait renversé une des machines qui blessa  une  apprentie  ;  voulant  rendre  coup  par  coup,  cette  apprentie  avait  découpé  en  petits  morceaux  les  tissus  apportés  par  les  deux  femmes.  Lors  de  la  lutte  qui  s'était  engagée  après  le  retour  des  deux  femmes  accompagnées  de  policiers,  la  recourante  avait  "fini  par  lancer  à  la  poitrine  de  l'agent  qui  la  tabassait  son  fer  à  repasser  qui  se  trouvait  à  portée de main". Grièvement brûlé au 3e degré à la poitrine, l'agent s'était  évanoui. Il s'était échappé par la porte de secours de l'atelier. Il avait été  admis  aux  soins  intensifs  au  (…);  il  s'y  trouvait  toujours,  au  12  janvier  2009,  dans  un  état  critique,  ayant  du  mal  à  respirer  et  à  avaler  de  la  nourriture. Parce que  la recourante était membre de  l'UFC,  les autorités  avaient refusé d'y voir dans ses actes de la  légitime défense et  l'avaient  accusée  de  "tentative  d'assassinat  d'un  agent  des  forces  de  l'ordre",  d'être  responsable  "de petites brûlures sur  le  treillis" de  l'agent causées  par le charbon de bois du fer à repasser, ainsi que d'avoir "osé découper  en petits morceaux la tenue du défilé distribuée par  l'Etat chaque année  pour le défilé du 13 janvier". Elle était recherchée non seulement par les  forces de l'ordre, mais encore par les milices du parti gouvernemental qui 

E­3089/2008 Page 8 s'étaient  "déchaînées"  sur  les  membres  de  la  famille  de  la  recourante.  F._______,  arrêté  par  les  forces  de  l'ordre,  avait  été  torturé  et  en  était  mort après avoir été relaxé ; il était enterré au cimetière de (...).  Le signataire de cette déclaration a précisé avoir décidé de ne pas faire  de publicité sur cette affaire afin de ne pas mettre en danger les membres  de la famille de la recourante. L.  Par décision incidente du 10 juin 2009, le Tribunal a requis la production  du certificat de naissance et de décès du fils de la recourante F._______,  ainsi  qu'une  attestation  médicale  pour  le  cas  où  ce  dernier  aurait  été  hospitalisé  à  sa  sortie  de  prison  et  une  attestation  du  médecin  légiste  pour le cas où son corps aurait été autopsié ; dans le cas contraire, une  détermination de la recourante sur les raisons pour lesquelles il n'y aurait  eu ni hospitalisation ni autopsie. Enfin,  il a été demandé à  la recourante  de se renseigner auprès de K._______, afin qu'il spécifie précisément les  sources médicales dont il faisait état dans sa lettre du 12 janvier 2009 et  qu'il  donne  l'identité  complète  de  l'agent  de  police  qui  aurait  été  blessé  par la recourante. M.  Le 10 juillet 2009, la recourante a produit une déclaration de naissance et  une déclaration de décès de son fils F._______, imprimeur informaticien. N.  Le  30  août  2009,  la  recourante  a  versé  au  dossier  trois  certificats  médicaux.  Il  ressort  du  premier  rapport,  établi  le  27 mai 2008  par  le  Dr (…),  que  l'intéressée  souffrait  de  lombalgies,  et  surtout  de  pygalgies  à  la  fesse  gauche plus ou moins continuelles qui paraissaient provenir d'une sévère  discarthrose,  pour  lesquelles  une  médication  lui  a  été  prescrite,  mais  partiellement inefficace. Le second rapport médical, établi par le Dr (…) indique que la recourante  a  été  hospitalisée  du  3  au  16  décembre  2008  en  raison  d'une  décompensation  psychotique. De  l'anamnèse,  il  ressort  en  particulier  le  fait que l'intéressée a subi une agression à caractère raciste (coups reçus  par trois jeunes hommes) en novembre 2002, lors de son premier séjour  en Suisse,  à  la  suite  de  laquelle  elle  aurait  décidé  de  rentrer  dans  son  pays d'origine. Le spécialiste a mis en évidence le développement chez la 

E­3089/2008 Page 9 recourante  d'une  agitation  psychomotrice  avec  désorganisation  du  comportement  (elle  lacère  ses  draps  de  chambre)  et  des  angoisses  de  persécution. Le diagnostic établi  fait  état d'un syndrome de stress post­ traumatique  (PTSD  ;  F 43.1)  et  d'un  épisode  dépressif  sévère  avec  symptômes  psychotiques  (F  32.3),  pour  lesquels  un  traitement  médicamenteux a été prescrit (Amlodipine, Arthrotec, Cipralex, Risperdal,  Temesta, Torasémide et Dafalgan) ;  la recourante présente des troubles  psychotiques  florides  transitoires  et  fluctuants  (idées  de  concernement  congruentes à  l'humeur) ainsi que des hallucinations acoustico­verbales  avec une voix mauvaise (qui lui dit qu'elle est folle) et une bonne (Dieu lui  communique qu'elle doit tout oublier).  Un rapport médical du 24 août 2009 a été établi par  le Dr (…), médecin  généraliste,  duquel  il  ressort  que  la  recourante  est  suivie  dans  son  cabinet depuis le 7 juillet 2008 en raison de douleurs dorsales. Un bref certificat daté du 4 juin 2009 a été établi par la psychologue (…)  mentionnant  une  aggravation  de  l'état  de  santé  de  la  recourante  et  la  prescription d'un traitement psychiatrique intégré. O.  Dans sa lettre du 15 octobre 2009, la recourante a soutenu que son état  de santé psychique actuel faisait obstacle à l'exécution de son renvoi au  Togo, dès lors qu'elle n'y bénéficierait pas d'un suivi psychiatrique ni d'un  traitement adéquat et citait à ce titre deux rapports, l'un de l'Organisation  suisse  d'aide  aux  réfugiés  (OSAR)  du  21 novembre 2006  sur  les  soins  psychologiques  et  psychiatriques  au  Togo  et  l'autre  du  "Mental  health  atlas 2005". Elle a produit également un certificat du 7 octobre 2009 établi  par la psychologue (…), visé par le Dr (…) qui confirme que la recourante  souffrait  d'un  PTSD  (F  43.1),  d'un  épisode  dépressif  sévère  avec  symptômes psychotiques (F32.3) et d'un trouble mixte de la personnalité  à traits paranoïaques et à traits émotionnellement labiles, de type impulsif  (F  61.0)  ;  elle  était  suivie  depuis  le  14 novembre 2008  à  raison  d'une  séance  hebdomadaire  ;  de  l'anamnèse,  il  ressort  que  la  recourante  a  travaillé comme (…) et s'est cassée le bras en mars 2009 en chutant sur  son lieu de travail ; elle ressentait une certaine animosité envers elle de la  part  des  personnes  qu'elle  côtoyait  en  Suisse  (collègues  de  travail,  personnel du réseau de soins, etc.)  ; une aggravation de son état a été  observée  depuis  le  début  de  la  prise  en  charge  ;  elle  bénéficiait  d'un  traitement  psychothérapeutique  et  psychiatrique  intégré,  à  raison  d'une  séance hebdomadaire, accompagné d'un  traitement médicamenteux. Le 

E­3089/2008 Page 10 pronostic  sans  traitement  indiquait  un  risque  élevé  de  décompensation  psychotique  avec  passage  à  l'acte  hétéro­agressif.  Le  pronostic  avec  traitement  indiquait  que  la  recourante  fonctionnait  mieux  dans  le  cadre  instauré,  qu'elle  s'appuyait  sur  les  soignants  et  se  trouvait  dans  une  relation de confiance avec ses thérapeutes. P.  Par courrier du 10 octobre 2009, le Dr (…) a fait parvenir au Tribunal un  certificat  du  8  octobre  2009  qui  confirmait,  chez  la  recourante,  les  diagnostics  psychiatriques précédents  ainsi  que des douleurs au genou  droit, pour  lesquelles une  intervention chirurgicale pourrait être  indiquée  pour  diminuer  l'instabilité  du  genou.  Il  a  fourni  en  annexe  une  lettre  du  Dr (…), chirurgien orthopédique, qui indiquait une arthrose étendue dans  la  région  fémoro­patellaire  ainsi  qu'une  rupture  complète  du  ligament  croisé antérieur. Q.  Dans  son  courrier  du  12  novembre  2009,  la  recourante  a  indiqué  avoir  contacté  K._______  par  courrier  électronique  afin  d'obtenir  les  renseignements requis par le Tribunal (cf. let. L) et a déposé une lettre du  31 octobre 2009 rédigée par ce dernier, accompagnée de son enveloppe  d'envoi, postée au Ghana. Dans cet écrit, K._______ indiquait qu'il n'était  pas en mesure de donner  les détails  requis par  le Tribunal,  car en  tant  que  (…),  il  était  tenu  à  une  obligation  de  confidentialité  et  ne  pouvait  dévoiler  les  échanges  qu'il  avait  eus  avec  les  témoins  de  la  scène,  le  "militaire" en question et le médecin traitant. Il a ajouté avoir entendu des  paroles de vengeance de  la part des acolytes du "militaire" brûlé, venus  lui  rendre visite à  l'hôpital  ;  ils auraient  reçu  l'ordre de  leur supérieur de  retrouver la recourante. R.  Par courrier du 12 mai 2011,  la recourante a versé en cause un rapport  médical actualisé  relatif à ses  troubles somatiques, établi  le 6 mai 2011  par  le Dr (…), duquel  il  ressort qu'elle souffrait  toujours de douleurs  très  importantes  et  quotidiennes  au  niveau  des membres  inférieurs  (surtout  aux genoux) et au dos ; ses déplacements à pied étaient parfois difficiles  et  lents ; un lit électrique a été  installé à son domicile afin d'atténuer  les  douleurs  durant  la  nuit  ;  le  spécialiste  a  également  constaté  chez  la  recourante un état dépressif fluctuant chronique avec, durant les phases  d'aggravation,  une  importante  irritabilité  et  colère  contre  les  différents  intervenants  sociaux  ou  médicaux ;  l'ensemble  de  ces  pathologies 

E­3089/2008 Page 11 limitaient  nettement  sa  capacité  d'activité  et  la  confrontaient,  durant  les  périodes  de  crise,  à  des  difficultés  relationnelles  ;  le  diagnostic  indique  des gonalgies gauches et droites chroniques, des lombalgies chroniques  et une hypertension artérielle traitée ; une médication contre les douleurs  a  été  prescrite  (Tramal,  Dafalgan  et  injections  biannuelles  de  vitamine  D 3)  ;  le  suivi  médical  se  poursuivait  à  raison  d'une  consultation  mensuelle  ;  le  pronostic  sans  traitement  indique  une  aggravation  des  douleurs  et  des  symptômes psychiques  et  un  risque  d'isolement  social,  voire  de  marginalisation  ;  le  traitement  médicamenteux  et  le  travail  en  réseau permettaient la stabilisation des douleurs et de l'état dépressif. Le spécialiste a transmis d'autres certificats qui étaient en sa possession,  à  savoir  deux  certificats  des  6  et  14  septembre  2010  du  Dr (…),  radiologue,  indiquant  que  deux  analyses  par  IRM  (imagerie  par  résonance  magnétique)  ont  été  pratiquées,  l'une  du  genou  gauche  et  l'autre  de  la  partie  lombaire,  et  un  certificat  du  21  décembre  2010  du  Dr (…),  rhumatologue,  confirmant  le  diagnostic  physique  établi  par  le  Dr (…), notamment la capacité limitée de l'intéressée à se déplacer. S.  Par  courrier  du  7  juin  2011,  la  recourante  a  produit  un  rapport médical  actualisé  relatif à ses  troubles psychosomatiques, établi  le 31 mai 2011  par  la psychologue (…), visé par (…). La spécialiste  indique que depuis  l'établissement de son dernier rapport (7 octobre 2009), l'état de santé de  la  recourante  est  marqué  par  une  légère  amélioration  ponctuée  cependant par des rechutes fréquentes en lien avec le contexte de vie de  cette  dernière  ;  l'intéressée  s'est  récemment  montrée  désorganisée  et  réactive,  avec  des  comportements  d'opposition  (par  exemple  rejet  des  soins ou de  la médication prescrite),  des problèmes  relationnels,  et  par  moment,  une  grande  tristesse  ;  elle  a  le  sentiment  d'être  abandonnée,  voire  persécutée  par  le  réseau  psycho­médico­social.  Concernant  la  capacité de  travail,  la spécialiste précise que  la  recourante a dû cesser  son  activité  de  couturière  en  raison  de  douleurs  importantes  aux  membres  inférieurs  ;  le  diagnostic  indique  un  épisode  dépressif  sévère  sans  symptômes  psychotiques  (F 32.2),  des  troubles  mixtes  de  la  personnalité  (F 61) et une modification durable de  la personnalité après  expérience de catastrophe (F 62),  faisant suite à un état de stress post­ traumatique (F 43.1)  ;  la médication antidépressive actuelle se compose  de Fluctine, Risperdal et Tranxilium ; l'utilisation de génériques n'est pas  possible  avec  ces  trois  classes  thérapeutiques  ;  l'intéressée  bénéficie  également d'un  traitement psychiatrique et psychothérapeutique  intégré, 

E­3089/2008 Page 12 à  raison d'une séance bimensuelle ou hebdomadaire durant  les phases  de péjoration  ;  les pronostics avec et  sans  traitement  sont  réservés  ;  la  fragilité de l'intéressée fait craindre un risque de décompensation aiguë. T.  Les  autres  faits  déterminants  ressortant  du  dossier  seront  évoqués  si  nécessaire dans les considérants en droit qui suivent. Droit : 1.  1.1.  En  vertu  de  l'art.  31  de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF, RS 173.32),  le Tribunal  administratif  fédéral  (ci­après  :  le Tribunal) connaît des recours contre  les décisions au sens  de  l'art.  5  de  la  loi  fédérale  du  20  décembre  1968  sur  la  procédure  administrative (PA, RS 172.021). En particulier, les décisions rendues par  l'ODM  concernant  l'asile  et  le  renvoi  –  lesquelles  n'entrent  pas  dans  le  champ d'exclusion de l'art. 32 LTAF – peuvent être contestées devant le  TAF  conformément  à  l'art.  33  let.  d  LTAF  (à  laquelle  renvoie  l'art.  105  LAsi).  1.2. Le Tribunal  est  donc  compétent  pour  connaître  du  présent  litige.  Il  statue  de  manière  définitive  (cf.  art.  83  let.  d  ch.  1  de  la  loi  du  17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110]). 1.3. La procédure devant le Tribunal est régie par la PA, pour autant que  ni  la  LTAF  (cf.  art.  37  LTAF)  ni  la  LAsi  (cf.  art.  6  LAsi)  n'en  disposent  autrement. 1.4. La recourante a qualité pour recourir (cf. art 48 PA). Présenté dans la  forme (art. 52 PA) et dans le délai prescrits par la loi (art. 108 al. 1 LAsi),  le recours est recevable. 2.  2.1.  En  matière  administrative,  l'autorité  dirige  la  procédure.  Conformément au principe de la maxime inquisitoriale, elle définit les faits  pertinents et ne  tient pour existants que ceux qui sont dûment prouvés.  Elle  constate  donc  les  faits  d'office  et  administre  les  preuves  qui  lui 

E­3089/2008 Page 13 paraissent  nécessaires  (cf.  art.  12  PA,  applicable  par  le  renvoi  de  l'art. 6 LAsi). Il  lui appartient d'établir elle­même les faits pertinents, dans  la mesure où  l'exige  la correcte application de  la  loi  (cf. PIERRE MOOR  /  ETIENNE POLTIER, Droit administratif, vol. II, 3e éd., Berne 2011, p. 293s.). Il y a  lieu de rappeler que s'il  régit  le droit administratif,  le principe de la  maxime inquisitoire n'est pas pour autant  illimité.  Il a son corollaire dans  le devoir de collaboration des parties (cf. art. 8 al. 1 LAsi et art. 13 PA ;  ATF  112  Ib  65  consid.  3,  ATF  110 V  48  consid.  4a).  Le  principe  de  la  maxime  inquisitoire  est  ainsi  limité,  dans  la  mesure  où  l'autorité  compétente  ne  procède  pas  spontanément  à  des  constatations  de  fait  complémentaires  que  si  les  indices  correspondants  ressortent  des  allégués ou des pièces du dossier (cf. ATAF 2009/57 consid. 1.2 p. 798).  En  procédure  d'asile,  l'intéressé  a  l'obligation  de  collaborer  (cf.  art. 8 LAsi) et  il  lui appartient de rendre vraisemblables les faits allégués  (cf. art. 7 LAsi), dès  lors qu'ils s'agit de  faits qu'il est mieux à même de  connaître, puisqu'ayant trait à sa situation personnelle. 2.2.  2.2.1. Sont  des  réfugiés  les  personnes  qui,  dans  leur  Etat  d'origine  ou  dans  le  pays  de  leur  dernière  résidence,  sont  exposées  à  de  sérieux  préjudices ou  craignent  à  juste  titre  de  l'être  en  raison de  leur  race,  de  leur religion, de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social  déterminé ou de  leurs opinions politiques. Sont notamment considérées  comme de sérieux préjudices  la mise en danger de  la  vie,  de  l'intégrité  corporelle ou de la liberté, de même que les mesures qui entraînent une  pression psychique  insupportable.  Il  y a  lieu de  tenir  compte des motifs  de fuite spécifiques aux femmes (art. 3 LAsi). La  crainte  face  à  des  persécutions  à  venir,  telle  que  comprise  à  l'art. 3 LAsi, contient un élément objectif, au regard d'une situation ancrée  dans  les  faits,  et  intègre  également  dans  sa  définition  un  élément  subjectif.  Sera  reconnu  comme  réfugié  celui  qui  a  de  bonnes  raisons,  c'est­à­dire  des  raisons  objectivement  reconnaissables  pour  un  tiers  (élément  objectif),  de  craindre  (élément  subjectif)  d'avoir  à  subir  selon  toute  vraisemblance  et  dans  un  avenir  prochain  une  persécution  (cf. Jurisprudence et informations de la Commission suisse de recours en  matière d'asile  [JICRA] 2000 n° 9 consid. 5a p. 78 et JICRA 1997 n  10  consid. 6 p. 73 ainsi que  les  références de  jurisprudence et de doctrine  citées). Sur le plan subjectif, il doit être tenu compte des antécédents de 

E­3089/2008 Page 14 l'intéressé, notamment de  l'existence de persécutions antérieures, et de  son  appartenance  à  un  groupe  ethnique,  religieux,  social  ou  politique  l'exposant plus particulièrement à de  telles mesures; en particulier, celui  qui a déjà été victime de mesures de persécution a des raisons objectives  d'avoir une crainte (subjective) plus prononcée que celui qui en est l'objet  pour la première fois (cf. JICRA 1994 n° 24 p. 171ss et JICRA 1993 n° 11  p. 67ss). Sur le plan objectif, cette crainte doit être fondée sur des indices  concrets  qui  peuvent  laisser  présager  l'avènement,  dans  un  avenir  peu  éloigné et selon une haute probabilité, de mesures   déterminantes selon  l'art.  3  LAsi.  Il  ne  suffit  pas,  dans  cette  optique,  de  se  référer  à  des  menaces hypothétiques,  qui  pourraient  se  produire  dans un avenir  plus  ou moins lointain (cf. JICRA 2004 no 1 consid. 6a p. 9, JICRA 1993 n° 21  p. 134ss et  JICRA 1993 n° 11 p. 67ss  ; MINH SON NGUYEN, Droit  public  des  étrangers,  Berne  2003,  p. 447ss  ;  MARIO  GATTIKER,  La  procédure  d'asile et de renvoi, Berne 1999, p. 69s ; ALBERTO ACHERMANN / CHRISTINA  HAUSAMMANN, Les notions d'asile et de réfugié en droit suisse, in : Walter  Kälin  (éd.), Droit des  réfugiés, enseignement de 3e cycle de droit 1990,  Fribourg  1991,  p.  44  ;  ACHERMANN  /  HAUSAMMANN,  Handbuch  des  Asylrechts,  2e  éd.,  Berne/Stuttgart  1991,  p.  108ss  ;  WALTER  KÄLIN,  Grundriss des Asylverfahrens, Bâle/Francfort­sur­le­Main 1990, p. 126 et  143ss  ;  SAMUEL  WERENFELS,  Der  Begriff  des  Flüchtlings  im  schweizerischen Asylrecht, Berne 1987, p. 287ss). 2.2.2. Quiconque  demande  l'asile  (requérant)  doit  prouver  ou  du moins  rendre  vraisemblable  qu'il  est  réfugié.  La  qualité  de  réfugié  est  vraisemblable  lorsque  l'autorité  estime  que  celle­ci  est  hautement  probable. Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur  des  points  essentiels,  ne  sont  pas  suffisamment  fondées,  qui  sont  contradictoires,  qui  ne  correspondent  pas  aux  faits  ou  qui  reposent  de  manière  déterminante  sur  des  moyens  de  preuve  faux  ou  falsifiés  (art. 7 LAsi). Conformément  à  l'art.  7  al.  3  LAsi,  des  allégations  sont  vraisemblables,  lorsque,  sur  les  points  essentiels,  elles  sont  suffisamment  fondées  (ou  :  consistantes),  concluantes  (ou  :  constantes  et  cohérentes)  et  plausibles  et  que  le  requérant  est  personnellement  crédible.  Les  allégations  sont  fondées,  lorsqu'elles  reposent  sur  des  descriptions  détaillées,  précises  et  concrètes,  la  vraisemblance  de  propos  généraux,  voire  stéréotypés  étant  généralement  écartée.  Elles  sont  concluantes,  lorsqu'elles  sont  exemptes de contradictions entre elles, d'une audition à l'autre ou avec 

E­3089/2008 Page 15 les déclarations d'un tiers (par exemple, proche parent) sur les mêmes  faits.  Elles  sont  plausibles,  lorsqu'elles  correspondent  à  des  faits  démontrés (en particulier aux circonstances générales régnant dans le  pays d'origine) et sont conformes à la réalité et à l'expérience générale  de  la vie. La crédibilité du  requérant d'asile  fait défaut non seulement  lorsque  celui­ci  s'appuie  sur  des moyens  de  preuve  faux  ou  falsifiés,  mais  encore  s'il  dissimule  des  faits  importants,  en  donne  sciemment  une  description  erronée,  modifie  ses  allégations  en  cours  de  procédure ou en rajoute de façon tardive et sans raison apparente ou  s'il  enfreint  son  obligation  de  collaborer  (cf. art. 8  LAsi).  Quand  bien  même la vraisemblance autorise l'objection et le doute, ceux­ci doivent  toutefois  paraître  d'un  point  de  vue objectif moins  importants  que  les  éléments  parlant  en  faveur  de  la  probabilité  des  allégations.  Lors  de  l'examen  de  la  vraisemblance  des  allégations  de  fait  d'un  requérant  d'asile, il s'agit pour l'autorité de pondérer les signes d'invraisemblance  en dégageant une impression d'ensemble et en déterminant, parmi les  éléments  militant  en  faveur  ou  en  défaveur  de  cette  vraisemblance,  ceux  qui  l'emportent  (cf. JICRA 2005  n° 21  consid. 6.1  p. 190 s.,  JICRA 2004 n° 1 consid. 5a p.4s, JICRA 1996 n° 28 consid. 3a p. 270,  JICRA 1994  n° 5  consid. 3c  p. 43 s. ;  NGUYEN,  op.  cit.,  p. 507 ss;  KÄLIN, op. cit., p. 302 ss). 3.  En l'espèce, à l'instar de l'ODM, le Tribunal retient que les déclarations de  la  recourante ne satisfont pas aux exigences  requises pour admettre  la  vraisemblance des faits allégués. 3.1. En effet, ses déclarations et les documents qui les étayent ne sont ni  plausibles  ni  concluants  sur  un  fait  essentiel,  celui  qui  a  trait  aux  blessures  infligées  à  l'agent  de  police.  La  recourante  a,  devant  l'ODM,  toujours indiqué avoir blessé l'agent de police à la poitrine, bien qu'elle se  soit contredit sur  la manière dont elle  l'a blessé (apposition du fer sur  le  treillis ou  lancer du  fer qui  serait  retombé au sol,  les brûlures ayant été  causées non pas par le fer lui­même, mais par les morceaux de charbon);  dans ces conditions, et dès lors qu'il atteste d'une grave blessure au cou,  le document de la LTDH du 25 janvier 2008 (signé par une personne qui  porte pratiquement le même patronyme que les enfants de la recourante),  ne peut  être  considéré  comme  fiable,  cela  d'autant moins qu'il  rapporte  les  faits  d'une  manière  imprécise  et  incomplète,  et  n'indique  pas  la  manière dont  ils ont été recueillis,  tout en mélangeant d'un point de vue 

E­3089/2008 Page 16 grammatical  l'indicatif  avec  le  conditionnel.  Il  en  est  de  même  du  document signé de K._______, responsable d'un média (cf. état de faits,  let. K), dont  il ressort que de "petites brûlures sur  le treillis" causées par  "du  charbon"  (plus  ou  moins  incandescent),  auraient  eu  des  conséquences  si  graves  sur  l'état  de  santé  de  l'agent  que  celui­ci  en  aurait été brûlé au 3e degré, se serait évanoui, aurait recouvré ses esprits  pour  sortir  par  la  porte  de  secours,  aurait  été  mis  aux  soins  intensifs  durant une  longue période et serait, près d'une année plus  tard, encore  hospitalisé dans l'état critique décrit : cet enchaînement de conséquences  n'est pas conforme à l'expérience générale et est d'autant moins crédible  qu'il  ne  correspond  pas  aux  déclarations  de  la  recourante  selon  lesquelles  l'agent  l'aurait  poursuivie  après  avoir  été  brûlé  et  n'est  nullement  étayé  par  des  documents  médicaux.  Il  est  d'ailleurs  notoirement  connu que  la publication dans  la presse  togolaise d'articles  de complaisance est possible moyennant paiement (cf. SERGE HIREL, Le  printemps  incertain  des  médias  togolais,  in :  La  Gazette  n° 126,  mars­ avril 2006, www.presse­francophone.org). 3.2.  Les  déclarations  de  la  recourante  sont  également  empreintes  d'incohérences  en  tant  qu'elles  portent  sur  le  statut  des  personnes  qui  travaillaient  avec  elle.  Etant  donné  qu'elle  a  précisé  elle­même,  lors  de  l'audition  sur  les  motifs  d'asile,  les  raisons  de  leur  association  (ses  collègues  étant  seules  à  pouvoir  être  enregistrées  au  syndicat),  le  Tribunal estime que cette qualité d'associées est plus plausible que celle  d'employées, voire d'apprenties. Compte tenu des responsabilités de ces  associées  dans  la  conduite  de  l'atelier,  dans  les  heurts  avec  les  deux  clientes,  puis  avec  les  agents  de  police,  il  est  paradoxal  qu'elles  ne  paraissent plus, après les événements du 10 janvier 2008, avoir encouru  des problèmes avec  les  autorités,  du moins  s'il  faut  interpréter  dans  ce  sens  les  silences  sur  ce  point  de  la  recourante  et  des  tiers  appelés  à  donner des renseignements. 3.3. S'agissant des circonstances de la fuite de la recourante de l'atelier  de  couture,  c'est  à  juste  titre  que  l'ODM  relève  qu'elles  ne  sont  pas  crédibles.  En  effet,  dans  son  recours,  la  recourante  n'a  pas  contesté  qu'elle  avait  des  difficultés  à  se  déplacer.  Dans  ces  circonstances,  et  compte  tenu du bruit  causé par  la  rixe qui  avait  eu  lieu dans  l'atelier,  il  n'est pas plausible que le quatrième agent de police, placé à l'entrée de  l'atelier pour exercer le guet, n'ait pas empêché la recourante de s'enfuir  dans la rue ; le fait qu'elle n'ait plus parlé de cet agent lorsqu'elle a décrit 

E­3089/2008 Page 17 sa  fuite  est  symptomatique  et  constitue  également  un  élément  d'invraisemblance.  3.4. Enfin, ni  l'arrestation de son  fils aîné, ni  les  tortures qui  lui auraient  été infligées, ni les causes de sa mort n'ont été établies. Les documents  fournis  (photos  d'une  pierre  tombale  avec  des  inscriptions  qui  ne  semblent  pas  indélébiles,  faire­part  du  décès  du  fils  imprimeur,  acte  officiel de décès, dont l'authenticité est difficilement vérifiable, délivré sur  la  base d'une déclaration  d'une personne ne  figurant  pas dans  le  faire­ part)  ne  sont  susceptibles,  dans  le meilleur  des  cas,  que de  prouver  le  décès de ce fils, mais ni les causes ni les circonstances. De même, si des  accusations ont été formellement lancées contre la recourante par le biais  d'une enquête de police judiciaire, elle aurait dû en apporter la preuve par  des pièces circonstanciées, précises et convaincantes,  la déclaration du  12  janvier  2009  ne  pouvant  être  considérée  comme  telle.  Le  Tribunal  n'est  pas  convaincu  par  les  explications  de  K._______,  respectivement  de  la  recourante,  selon  lesquelles  il  serait  impossible  de  fournir  des  pièces pertinentes sans mettre en danger des membres de sa famille. 3.5.  Dès  lors  que,  sur  les  points  essentiels  de  ses  motifs  d'asile,  les  déclarations  de  la  recourante manquent  de  vraisemblance,  il  est  inutile  d'examiner  encore  les  autres  éléments  d'invraisemblance  relevés  par  l'ODM dans la décision attaquée et contestés par la recourante.  4.  4.1.  En  définitive,  en  l'absence  de  moyens  de  preuve  fiables  qu'il  appartenait à la recourante de fournir, et en l'absence d'éléments de fait  concrets  et  sérieux  qui  auraient  nécessité  des  investigations  complémentaires  (cf.  consid.  2.1  et  2.2.2),  cas  échéant  sur  place  (à  supposer que cela ait été possible, vu l'absence de représentation suisse  à  Lomé),  le  Tribunal  arrive  à  la  conclusion,  après  une  pondération  des  éléments  de  vraisemblance  et  d'invraisemblance,  que  les  motifs  de  protection allégués ne sont pas vraisemblables au sens de l'art. 7 LAsi. 4.2.  Par  conséquent,  la  décision  attaquée,  en  tant  qu'elle  refuse  la  reconnaissance de la qualité de réfugiée et rejette la demande d'asile de  la  recourante,  doit  être  confirmée  et  le  recours  doit  être  rejeté  sur  ces  points du dispositif. 5. 

E­3089/2008 Page 18 5.1. Lorsqu'il rejette la demande d'asile ou qu'il refuse d'entrer en matière  à ce sujet, l'ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en  ordonne  l'exécution ;  il  tient  compte  du  principe  de  l'unité  de  la  famille  (art. 44 al. 1 LAsi). 5.2. En  vertu  de  l'art.  32  de  l'ordonnance  1  du  11 août  1999  sur  l'asile  relative  à  la  procédure  (OA 1,  RS  142.311),  le  renvoi  ne  peut  être  prononcé lorsque le requérant d'asile dispose d'une autorisation de séjour  ou  d'établissement,  ou  qu'il  fait  l'objet  d'une  décision  d'extradition  ou  d'une décision de renvoi conformément à l'art. 121 al. 2 de la Constitution  fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101). La  recourante  n'étant  pas  titulaire  d'une  autorisation  de  séjour  ou  d'établissement et aucune des autres hypothèses visées par l'art. 32 OA1  et  la  jurisprudence  (cf.  JICRA  2001  n°  21  p.  168ss)  n'étant  réalisée,  le  Tribunal est tenu de confirmer la décision de renvoi prononcée par l'ODM  à l'encontre de la recourante.  6.  6.1.  L’exécution  du  renvoi  est  ordonnée  si  elle  est  licite,  raisonnablement  exigible  et  possible.  Si  ces  conditions  ne  sont  pas  réunies,  l'admission  provisoire  doit  être  prononcée  (cf. art. 44  al. 2 LAsi).  Celle­ci  est  réglée  par  l'art.  83  de  la  loi  fédérale  sur  les  étrangers du 16 décembre 2005 (LEtr, RS 142.20), entrée en vigueur  le  1er  janvier  2008.  Cette  disposition  a  remplacé  l'art.  14a  de  l'ancienne loi fédérale du 26 mars 1931 sur le séjour et l’établissement  des étrangers (LSEE). 6.2. L'exécution n'est pas licite lorsque le renvoi de l'étranger dans son  Etat d'origine ou de provenance ou dans un Etat tiers est contraire aux  engagements de  la Suisse  relevant du droit  international  (art. 83 al. 3  LEtr).  Aucune  personne  ne  peut  être  contrainte,  de  quelque manière  que  ce  soit,  à  se  rendre  dans  un  pays  où  sa  vie,  son  intégrité  corporelle  ou  sa  liberté  serait  menacée  pour  l'un  des  motifs  mentionnés  à  l'art. 3  al. 1  LAsi,  ou  encore  d'où  elle  risquerait  d'être  astreinte à se  rendre dans un  tel pays  (art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut  être  soumis à  la  torture ni  à  des peines ou  traitements  inhumains ou  dégradants  (art. 3  de  la  Convention  du  4  novembre  1950  de  sauvegarde  des  droits  de  l’homme  et  des  libertés  fondamentales  (CEDH,  RS 0.101).  Aucun  Etat  partie  n'expulsera,  ne  refoulera,  ni 

E­3089/2008 Page 19 n'extradera  une  personne  vers  un  autre  Etat  où  il  y  a  des  motifs  sérieux de croire qu'elle risque d'être soumise à la torture (art. 3 de la  Convention du 10 décembre 1984 contre la torture et autres peines ou  traitements  cruels,  inhumains  ou  dégradants  [Conv.  torture,  RS 0.105]). 6.3.  L'exécution  de  la  décision  peut  ne  pas  être  raisonnablement  exigée si le renvoi ou l'expulsion de l'étranger dans son pays d'origine  ou de provenance le met concrètement en danger, par exemple en cas  de  guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée  ou  de  nécessité  médicale (art. 83 al. 4 LEtr). L'exécution n'est pas possible lorsque l'étranger ne peut pas quitter la  Suisse  pour  son  Etat  d'origine,  son  Etat  de  provenance  ou  un  Etat  tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr). 7.  7.1.  Il  convient  de  relever  à  titre  préliminaire  que  les  trois  conditions  posées  par  l'art.  83  al.  2  à  4  LEtr,  empêchant  l'exécution  du  renvoi  (illicéité, inexigibilité et impossibilité) sont de nature alternative : il suffit  que  l'une  d'elles  soit  réalisée  pour  que  le  renvoi  soit  inexécutable  (arrêts  du  Tribunal  administratif  fédéral  E­5316/2006  du  24 novembre 2009  consid.  5  non  publié  dans  ATAF  2009/41,  E­ 2775/2007  du  14  février  2008  consid.  6.4  non  publié  dans  ATAF 2008/2 ;  cf.  aussi  JICRA 2006 n° 30 consid. 7.3 p. 329,  JICRA  2006 n° 23 consid. 6.2. p. 239, JICRA 2006 n° 6 consid. 4.2. p. 54ss).  En  l'occurrence,  c'est  sur  la  question  de  l'exigibilité  de  l'exécution  du  renvoi que le Tribunal entend porter son attention. 7.2. Selon  l'art. 83  al. 4  LEtr,  l'exécution  de  la  décision  peut  ne  pas  être  raisonnablement  exigée  si  le  renvoi  ou  l'expulsion  de  l'étranger  dans  son  pays  d'origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple  en  cas  de  guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée ou de nécessité médicale. Cette disposition s'applique en  premier  lieu  aux  "réfugiés  de  la  violence",  soit  aux  étrangers  qui  ne  remplissent pas  les conditions de  la qualité de  réfugié parce qu'ils ne  sont pas personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de  guerre,  de  guerre  civile  ou  de  violence  généralisée,  et  ensuite  aux  personnes pour qui un retour reviendrait à les mettre concrètement en  danger, notamment parce qu'elles ne pourraient plus recevoir les soins 

E­3089/2008 Page 20 dont  elles  ont  besoin.  L'autorité  à  qui  incombe  la  décision  doit  donc  dans chaque cas confronter les aspects humanitaires liés à la situation  dans  laquelle  se  trouverait  l'étranger  concerné  dans  son  pays  après  l'exécution  du  renvoi  à  l'intérêt  public  militant  en  faveur  de  son  éloignement  de  Suisse  (ATAF  2009/52  consid.  10.1,  ATAF  2008/34  consid. 11.2.2 et ATAF 2007/10 consid. 5.1). 7.3.  S'agissant  plus  spécifiquement  des  personnes  en  traitement  médical en Suisse,  l'exécution du renvoi ne devient  inexigible, en cas  de  retour  dans  leur  pays  d'origine  ou  de  provenance,  que  dans  la  mesure  où  elles  pourraient  ne  plus  recevoir  les  soins  essentiels  garantissant  des  conditions  minimales  d'existence ;  par  soins  essentiels,  il  faut  entendre  les  soins  de  médecine  générale  et  d'urgence absolument nécessaires à la garantie de la dignité humaine  (cf. GABRIELLE STEFFEN, Droit aux soins et  rationnement, Berne 2002,  p. 81s  et  87).  L'art.  83  al.  4  LEtr  est  une  disposition  exceptionnelle  tenant en échec une décision d'exécution du renvoi, et ne saurait être  interprété  comme une  norme  qui  comprendrait  un  droit  de  séjour  lui­ même  induit  par  un  droit  général  d'accès  en  Suisse  à  des  mesures  médicales  visant  à  recouvrer  la  santé  ou  à  la  maintenir,  au  simple  motif que  l'infrastructure hospitalière et  le savoir­faire médical dans  le  pays d'origine ou de destination de l'intéressé n'atteint pas le standard  élevé qu'on trouve en Suisse (JICRA 1993 n° 38 p. 274s.). Ce  qui  compte  ce  sont,  d'une  part,  la  gravité  de  l'état  de  santé  et,  d'autre part, l'accès à des soins essentiels. Ainsi,  l'exécution  du  renvoi  demeure  raisonnablement  exigible  si  les  troubles  physiologiques  ou  psychiques  ne  peuvent  être  qualifiés  de  graves, à savoir s'ils ne sont pas tels que, en l'absence de possibilités  de traitement adéquat, l'état de santé de l'intéressé se dégraderait très  rapidement au point de conduire d'une manière certaine à  la mise en  danger  concrète  de  sa  vie  ou  à  une  atteinte  sérieuse,  durable,  et  notablement plus grave de son intégrité physique. De même, l'exécution du renvoi est raisonnablement exigible si l'accès  à  des  soins  essentiels,  au  sens  défini  ci­dessus,  est  assuré  dans  le  pays  d'origine  ou  de  provenance.  Il  pourra  s'agir,  cas  échéant,  de  soins  alternatifs  à  ceux  prodigués  en  Suisse,  qui  ­  tout  en  correspondant aux standards du pays d'origine ­ sont adéquats à l'état  de  santé  de  l'intéressé,  fussent­ils  d'un  niveau  de  qualité,  d'une 

E­3089/2008 Page 21 efficacité de terrain (ou clinique) et d'une utilité (pour la qualité de vie)  moindres  que  ceux  disponibles  en  Suisse ;  en  particulier,  des  traitements  médicamenteux  (par  exemple  constitués  de  génériques)  d'une génération plus ancienne et moins efficaces peuvent,  selon  les  circonstances, être considérés comme adéquats. 7.4.  Concernant  tout  d'abord  les  troubles  physiologiques  de  la  recourante,  il  ressort  des  certificats  médicaux  qu'elle  souffre  de  douleurs  importantes  et  quotidiennes  aux  genoux  et  au  dos  qui  s'inscrivent  dans  le  cadre  de  troubles  dégénératifs  et  d'un  déconditionnement musculaire ; ses déplacements à pied sont lents et  difficiles.  Une médication  contre  la  douleur,  un  suivi  orthopédique  et  des  soins  (physiothérapie  et  infiltration  de  stéroïdes  au  genou  droit)  ont été prescrits ; une intervention chirurgicale au genou droit demeure  réservée. Le pronostic vital n'est  toutefois pas en  jeu en  l'absence de  ce traitement. S'agissant  ensuite  de  son  état  de  santé  psychique,  le  Tribunal  constate  que  celui­ci  est  atteint  de  manière  sérieuse  et  durable.  La  recourante a ainsi dû être hospitalisée pendant  treize  jours en  raison  d'une  décompensation  psychotique  en  décembre  2008.  Depuis  lors,  elle  fait  l'objet  d'un  suivi médical  ininterrompu.  Il  ressort  des derniers  documents médicaux au dossier qu'elle souffre d'un épisode dépressif  sévère sans symptômes psychotiques (F 32.2), de  troubles mixtes de  la  personnalité  (F  61.0)  et  d'une  modification  durable  de  la  personnalité  après  une  expérience  de  catastrophe,  faisant  suite  à  un  état  de  stress  post­traumatique  (F  43.1),  nécessitant  une médication  anti­dépressive  quotidienne  (Fluctine,  Risperdal  et  Tranxilium)  ainsi  qu'un  suivi  psychiatrique  et  psychothérapeutique  intégré  bimensuel.  Les  troubles  psychiques  de  la  recourante  fluctuent  selon  le  contexte.  Cependant,  la mise en place d'un suivi médical et d'une médication a  permis  la  disparition  des  symptômes  psychotiques  diagnostiqués  en  novembre  2008.  L'absence  de  traitement  médicamenteux  aurait  comme  conséquence  une  déstabilisation  supplémentaire  de  son  état  de  santé  psychique  avec  passage  à  l'acte  hétéro­agressif.  Dans  ces  circonstances,  le  Tribunal  estime  que  la  poursuite  du  traitement  médicamenteux  et  du  suivi  thérapeutique  menés  jusqu'ici  sont  indispensables à la recourante. Or,  bien  qu'il  existe  quelques  infrastructures  médicales  à  Lomé  à  mêmes  de  prendre  en  charge  les  patients  souffrant  de  troubles 

E­3089/2008 Page 22 psychiques,  la  situation  reste  insatisfaisante  pour  ceux  dont  les  troubles  sont  graves,  en  raison  du manque  avéré  de  spécialistes  en  psychiatrie  dans  ce  pays  (cf.  Rapport  OSAR  du  21 novembre  2006,  "Togo: Psychiatrische /psychologische Versorgung, Auskunft der SFH­ Länderanalyse  ;  voir  aussi  rapport  OSAR  du  16  mars  2011  point 1  "Informations  générales  sur  le  système  de  santé  au  Togo",  www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo,  site  consulté  le  29  août  2011).  La  recourante  aura  donc  peu  de  chances  d'accéder  rapidement au Togo au suivi thérapeutique imposé par ses affections.  De plus, le coût d'un tel suivi devrait être assumé entièrement par elle  au moyen de paiements à effectuer directement lors des consultations,  vu  l'absence d'assurance­maladie publique effective au Togo.  Il en va  de même du traitement médicamenteux relativement lourd et onéreux,  indispensable  sur  le  long  terme,  et  dont  les  substances  actives  ne  sauraient  être  remplacées  par  des  équivalents  génériques  (cf.  supra  let. S). Les  chances  que  la  recourante  soit  en  mesure  de  pourvoir  à  son  entretien  de  manière  à  financer  de  tels  soins  sur  une  longue  durée,  dans un contexte de dégradation de son état de santé physiologique,  n'apparaissent  pas  suffisamment  établies.  En  effet,  elle  est  âgée  et  n'est  plus  en  mesure  d'exercer  une  activité  lucrative  régulière,  y  compris  dans  la  couture,  compte  tenu  de  ses  affections  physiques  dégénératives,  de  ses  troubles  psychiques  et  de  ses  difficultés  relationnelles  (cf.  supra  lettres  O,  R  et  S).  Au  vu  de  la  situation  économique  encore  précaire  prévalant  au  Togo,  et  sur  la  base  des  renseignements à disposition, on ne saurait  attendre des  (…) ou  (…)  fils de la recourante qu'ils soient à même d'apporter à cette dernière le  soutien  financier  et  logistique  nécessaire  à  une  prise  en  charge  médicale adéquate.  7.5.  En  conséquence,  le  Tribunal  considère  qu'au  vu  du  cumul  des  facteurs  défavorables  relevés  ci­dessus,  l'exécution  du  renvoi  n'est  actuellement pas raisonnablement exigible. 7.6. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu, dans le cadre du présent arrêt,  d'examiner les conditions de la licéité et de la possibilité de l'exécution du  renvoi. 8.  Partant,  le  recours doit être admis en matière d'exécution du renvoi,  les  http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo http://www.fluechtlingshilfe.ch/herkunftslaender/africa/togo

E­3089/2008 Page 23 chiffres 4 et 5 du dispositif de la décision querellée devant être annulés.  L'ODM est par conséquent  invité à  régler  les conditions de séjour de  la  recourante  en  Suisse  au  titre  de  l'admission  provisoire,  conformément  aux dispositions applicables pour les étrangers.  9.  9.1.  Vu  l'issue  de  la  cause,  les  frais  de  procédure  devraient  être,  en  partie, mis à la charge de la recourante, dont les conclusions en matière  d'asile  ont  été  rejetées  (cf.  art.  63 al.  1 PA). Celle­ci  a  toutefois  requis,  lors du dépôt de son recours, la dispense des frais de procédure. Vu son  indigence  et  le  fait  que  ses  conclusions  ne  pouvaient  être  considérées  comme,  d'emblée,  vouées  à  l'échec,  sa  demande  doit  être  admise  (cf.  art. 65 al.1 PA). 9.2. Par ailleurs, l'autorité de recours peut allouer, d'office ou sur requête,  à  la  partie  ayant  entièrement  ou  partiellement  gain  de  cause,  une  indemnité pour  les frais  indispensables et relativement élevés qui  lui ont  été  occasionnés  (cf.  art.  64  al.  1  PA  et  7ss  du  règlement  du  21 février 2008  concernant  les  frais,  dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal administratif fédéral [FITAF, RS 173.320.2]). La recourante ayant eu gain de cause s'agissant de ses conclusions en  matière  d'exécution  du  renvoi,  il  y  a  lieu  de  lui  attribuer  les  dépens  correspondants  (cf.  art.  7  al.  2  FITAF).  Selon  l'art.  14  al.  2  FITAF,  le  Tribunal  fixe ces dépens sur  la base du décompte produit ou, à défaut,  sur  la  base du dossier. En  l'espèce,  les  dépens partiels  sont  arrêtés,  à  défaut de décompte de la mandataire, ex aequo et bono, à un montant de  Fr. 850.­. 

E­3089/2008 Page 24 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le  recours  est  rejeté  en  tant  qu'il  porte  sur  le  refus  de  la  qualité  de  réfugiée, de l'asile et le principe du renvoi. 2.  Le recours est admis en tant qu'il porte sur l'exécution du renvoi. Partant,  les chiffres 4 et 5 du dispositif de la décision querellée sont annulés. 3.  L'ODM  est  invité  à  régler  les  conditions  de  résidence  en  Suisse  de  la  recourante  conformément  aux  dispositions  régissant  l'admission  provisoire. 4.  La demande d'assistance judiciaire partielle est admise. 5.  Il n'est pas perçu de frais de procédure. 6.  L'ODM versera à la recourante un montant de Fr. 850.­ pour ses dépens. 7.  Le présent arrêt est adressé à la mandataire de la recourante, à l'ODM et  à l'autorité cantonale compétente. Le président du collège : La greffière : Jean­Pierre Monnet Céline Berberat Expédition :

E-3089/2008 — Bundesverwaltungsgericht 02.09.2011 E-3089/2008 — Swissrulings