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Bundesverwaltungsgericht 04.08.2011 D-4251/2008

4 août 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·2,003 mots·~10 min·3

Résumé

Asile et renvoi | Asile et renvoi ; décision de l'ODM du 29 mai 2008

Texte intégral

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour IV D­4251/2008 Arrêt   d u   4   a oû t   2011 Composition Gérard Scherrer (président du collège), Emilia Antonioni, Nina Spälti Giannakitsas, juges, William Waeber, greffier. Parties A._______, née le […], République démocratique du Congo, recourante,  contre Office fédéral des migrations (ODM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure Objet Asile et renvoi; décision de l'ODM du 29 mai 2008 / […].

D­4251/2008 Page 2 Faits : A.  Le 14 mai 2008, A._______ a déposé une demande d'asile en Suisse. Entendue les 21 et 28 mai 2008, elle a exposé qu'en mai 2006, elle avait  rencontré  B._______,  alors  [fonction  de  B._______]  et  candidat  aux  élections nationales devant se dérouler dans les mois suivants. Elle aurait  accepté  de  mettre  cette  personne  en  relation  avec  le  dénommé  C._______,  [fonction  de  C._______],  afin  que  le  futur  député  puisse  s'assurer du soutien des membres de cette église durant sa campagne.  En  échange,  B._______  l'aurait  nommée  secrétaire  de  sa  campagne  dans  la sous­région de Tshiangu. En cette qualité, A._______ aurait été  chargée  de  recevoir  et  de  recenser  les  gens  et  les  organisations  avant  qu'ils ne puissent rencontrer le candidat aux élections. Le 12  juin 2006,  l'intéressée se serait  rendue au cabinet  de B._______  afin  d'y  retirer  du  matériel  de  propagande.  Lourdement  chargée,  vêtue  d'un  t­shirt  portant  des  inscriptions  en  faveur  du  parti,  elle  se  serait  ensuite  mise  en  quête  d'un  moyen  de  transport  pour  se  rendre  à  son  bureau.  Elle  serait  montée  dans  une  voiture,  occupée  par  quatre  inconnus, qui se serait arrêtée à sa hauteur. Ces personnes ne l'auraient  pas déposée à la gare centrale, comme elle le demandait, mais l'auraient  sous  la  contrainte  emmenée  "dans  une  petite  brousse".  Elles  auraient  découvert  le  matériel  de  propagande  et  l'auraient  brûlé.  Reprochant  à  l'intéressée  son  travail  "pour  les  […]",  elles  l'auraient  violée,  soumise  à  d'autres  tortures, dépossédée de son argent et  finalement conduite à  la  gare  centrale,  où  elles  l'auraient  jetée  hors  de  la  voiture.  Une  fois  soignée,  A._______  aurait  repris  son  activité,  ayant  l'espoir  que  son  patron  soit  élu  et  puisse  la  récompenser  de  son  travail,  comme  il  le  lui  avait promis.  Elu  à  l'assemblée  nationale,  B._______  aurait  célébré  sa  victoire  avec  d'autres  députés,  en  compagnie  de  l'intéressée  notamment.  Il  n'aurait  cependant  pas  pu  engager  celle­ci  pour  l'assister  dans  ses  fonctions,  raison pour laquelle elle aurait repris son activité consistant à vendre des  denrées alimentaires devant sa parcelle. En  juillet  2007,  deux  personnes  se  présentant  comme  "étant  de  la  sécurité"  auraient  demandé  à  A._______  de  leur  transmettre  "tous  les  déplacements et itinéraires de B._______". Celle­ci aurait refusé, arguant  qu'elle ne pouvait  faire suite à  la  requête dans  la mesure où elle n'avait  été au service du député que durant la période électorale.

D­4251/2008 Page 3 En octobre 2007, deux autres personnes auraient  interpelé  l'intéressée,  lui  présentant  des  photographies  la  montrant  dans  ses  anciennes  activités de propagande et lui reprochant de recevoir régulièrement chez  elle  B._______.  Elles  lui  auraient  proposée  d'empoisonner  celui­ci,  lui  promettant une forte récompense en cas d'acceptation et la menaçant de  mort dans le cas contraire. A._______ aurait encore refusé. Le  [date],  l'intéressée aurait appris par  la  radio de que B._______ avait  échappé à une tentative d'assassinat. Dès cet instant, s'étant aperçue de  la  ténacité  des  opposants  à  son  ancien  patron,  elle  aurait  eu  très  peur  pour  sa  vie  et  serait  constamment  demeurée  à  son  domicile.  En mars  2008, elle aurait cependant dû se rendre à la pharmacie. Deux hommes  l'auraient alors reconnue et l'auraient, en guise de dernier avertissement,  menacée  de  l'abattre  si  elle  ne  donnait  pas  suite  à  leurs  injonctions.  A._______ aurait pour cette raison quitté son pays, le 25 mars 2008. B.  Par  décision  du  29 mai  2008,  l'ODM  a  rejeté  la  demande  d'asile  de  la  requérante, a prononcé son renvoi de Suisse et a ordonné l'exécution de  cette mesure.  Il a estimé que ses déclarations ne satisfaisaient pas aux  exigences de vraisemblance de l'art. 7 de la loi sur l’asile du 26 juin 1998  (LAsi,  RS  142.31).  Il  a  relevé  en  effet  que  l'intéressée  n'avait  produit  aucun  document  attestant  de  son  voyage  de  République  démocratique  du  Congo  jusqu'en  Suisse  dans  les  circonstances  alléguées,  ce  qui  d'emblée  discréditait  l'ensemble  de  ses  propos.  Il  a  considéré  en  outre  qu'il n'était pas crédible que  la  requérante ait accepté, dans  le contexte  de  tension électorale  régnant en  juin 2006, de monter dans une voiture  occupée  par  des  inconnus.  Il  a  souligné  également  qu'elle  avait  été  incapable de donner le sens du sigle […], ce qui était invraisemblable au  vu de ses activités politiques.  Il a constaté encore qu'elle n'avait pas pu  fournir certains détails de son vécu, alors qu'elle avait été à même d'en  donner de très nombreux autres. L'ODM n'a pas exclu que l'intéressée ait  été  victime  d'abus  du  genre  de  ceux  décrits.  Il  a  toutefois  estimé  qu'il  n'était pas possible de  retenir que ceux­ci avaient été commis pour des  motifs  relevant  de  l'art.  3  LAsi.  Il  a mentionné  enfin  que  la  requérante,  laquelle  avait  dans  ses  relations  un  avocat,  aurait  eu  la  possibilité  de  dénoncer aux autorités les actes dont elle avait été l'objet. C.  Par  acte  du  24  juin  2008,  complété  le  27  juin  suivant,  A._______  a  recouru  contre  la  décision  précitée.  Elle  reproche  à  l'ODM  d'avoir  rapporté  de  manière  incorrecte  et  incomplète  l'état  de  fait  dans  sa 

D­4251/2008 Page 4 décision.  Elle  conteste  également  chacune  des  invraisemblances  retenues par  l'autorité de première  instance, arguant principalement que  les  faits décrits sont crédibles, dans  la mesure où  ils correspondent aux  conditions de vie et habitudes de son pays d'origine. Elle soutient encore  avoir  livré  un  récit  complet  et  détaillé,  expliquant  n'avoir  pu  fournir  certaines  dates  dans  la  mesure  où  sa  mémoire  ne  les  retenait  que  difficilement et n'avoir pu donner la signification du sigle […] du fait qu'elle  n'avait pas adhéré au parti et ne s'était jamais intéressée à la politique. A._______  fait valoir par ailleurs qu'au vu des événements  traumatisant  vécus  dans  son  pays,  elle  est  très  atteinte  dans  sa  santé  et  qu'elle  n'imagine pas y  retourner, ne pouvant y obtenir  les soins que nécessite  son état. L'intéressée  conclut  à  l'octroi  de  l'asile,  subsidiairement  de  l'admission  provisoire, et demande à être mise au bénéfice de l'assistance judiciaire  partielle. D.  Le  5  août  2008,  A._______  a  produit  un  rapport  médical  du  30 juillet  2008,  dont  il  ressort  notamment  qu'elle  a  été  hospitalisée  en  milieu  psychiatrique  du  8  au  24  juillet  2008,  souffrant  d'un  épisode  dépressif  sévère,  avec  symptômes  psychotiques,  en  présence  d'un  syndrome  de  stress post­traumatique. E.  Par  décision  incidente  du  11  août  2008,  le  juge  instructeur  a  admis  la  demande d'assistance judiciaire partielle de l'intéressée. F.  Dans sa détermination du 3 septembre 2008, l'ODM a proposé le rejet du  recours, estimant que celui­ci ne contenait aucun élément ou moyen de  preuve nouveau susceptible de modifier son point de vue. Il a considéré  que le rapport médical produit ne démontrait pas l'authenticité des motifs  d'asile invoqués. Il a mentionné par ailleurs qu'à la lumière de ce rapport,  rien  ne  présageait  qu'en  cas  de  retour  en République  démocratique  du  Congo, l'état de santé de l'intéressée se dégraderait rapidement au point  de mettre sa vie en danger.  Il a estimé en effet que A._______ pouvait  recevoir  les soins que son état nécessitait à Kinshasa, où elle disposait  d'un réseau familial et social.

D­4251/2008 Page 5 G.  Invité à se déterminer sur la réponse de l'ODM, l'intéressée en a contesté  le  contenu,  le  19  septembre  2008,  alléguant  en  particulier  que  ses  problèmes de santé attestaient de la réalité des motifs d'asile invoqués. H.  Le  15  février  2011,  A._______  a  produit  un  nouveau  rapport  médical,  daté du 13 décembre 2010, renvoyant en partie à celui versé au dossier  précédemment. Il ressort de ce document que l'intéressée a, depuis son  hospitalisation,  toujours  été  en  traitement  (séances  de  psychothérapie,  associées à une médication anti­dépressive),  le but  de celui­ci  étant  de  parvenir  à  une  stabilisation  de  ses  pathologies.  Dans  deux  situations  précises,  la  question  du  besoin  d'une  nouvelle  hospitalisation  s'est  sérieusement  posée.  En  terme  de  diagnostic,  l'intéressée  présente  principalement un grave état de stress post­traumatique, en relation avec  des actes de torture et un viol subis dans le pays d'origine, ainsi que des  épisodes  dépressifs  moyens  à  graves,  avec  syndromes  somatiques,  lesquels étaient sans symptômes psychotiques à l'époque de la rédaction  du rapport médical. I.  Les autres  faits  importants de  la  cause seront examinés,  si  nécessaire,  dans les considérants qui suivent. Droit : 1.  1.1. Le Tribunal administratif fédéral (le Tribunal), en vertu de l’art. 31 de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF,  RS  173.32), connaît des recours contre les décisions au sens de l’art. 5 de la  loi  fédérale  du  20  décembre  1968  sur  la  procédure  administrative  (PA,  RS 172.021) prises par les autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF. 1.2.  En  particulier,  les  décisions  rendues  par  l’ODM  concernant  l’asile  peuvent être contestées, par renvoi de l’art. 105 LAsi, devant le Tribunal,  lequel,  sauf  l'exception  visée  à  l'art.  83  let.  d  ch.  1  de  la  loi  du  17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110] et non réalisée en  l'espèce, statue définitivement.

D­4251/2008 Page 6 1.3. La recourante a qualité pour recourir (cf. art. 48 al. 1 PA). Présenté  dans la forme (cf. art. 52 PA) et le délai (cf. art. 108 al. 1 LAsi) prescrits  par la loi, le recours est recevable. 2.  2.1. Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d’origine ou dans  le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices  ou craignent à juste titre de l’être en raison de leur race, de leur religion,  de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou  de  leurs  opinions  politiques.  Sont  notamment  considérées  comme  de  sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l’intégrité corporelle ou  de  la  liberté,  de  même  que  les  mesures  qui  entraînent  une  pression  psychique  insupportable.  Il  y  a  lieu  de  tenir  compte  des motifs  de  fuite  spécifiques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi). 2.2.  Quiconque  demande  l’asile  doit  prouver  ou  du  moins  rendre  vraisemblable qu’il est un réfugié. La qualité de réfugié est vraisemblable  lorsque l’autorité estime que celle­ci est hautement probable. Ne sont pas  vraisemblables notamment  les allégations qui, sur des points essentiels,  ne  sont  pas  suffisamment  fondées,  qui  sont  contradictoires,  qui  ne  correspondent pas aux faits ou qui reposent de manière déterminante sur  des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7 LAsi). 3.  3.1. En l’occurrence, A._______ fait valoir dans son recours que l'ODM a  mal interprété certaines de ses déclarations, dressant ainsi un état de fait  incorrect.  Elle  lui  reproche  en  outre  d'avoir  a  omis  de  préciser  certains  détails de son récit parlant en  faveur de  la vraisemblance de ses motifs  d'asile. Sur ce point, il y a lieu de relever que l'exposé de l'intéressée s'est révélé  être particulièrement détaillé. L'ODM a donc procédé dans son prononcé  à un résumé des faits. Ce faisant,  il n'a pas pu mentionner chacune des  précisions  rapportées  durant  les  auditions,  se  concentrant  sur  les  éléments  essentiels  avancés.  En  aucun  cas  il  ne  peut  cependant  être  conclu  que  l'ODM  aurait  omis  de  prendre  en  considération  des  faits  importants ou qu'il aurait mal interprété les propos de la recourante. Il n'a  en outre pas  retenu qu'il  était  en présence d'un  récit  peu circonstancié.  Au  contraire,  il  a  indiqué  dans  ses  considérants  que  les  allégations  de  A._______  étaient  "émaillées  de  nombreux  détails".  Les  formes 

D­4251/2008 Page 7 raccourcies qu'il a utilisées pour  rapporter  les  fais n'ont ainsi pas eu de  conséquence  sur  l'examen  de  la  vraisemblance  auquel  il  a  procédé.  A  titre d'exemple,  le  fait que  l'ODM n'ait pas précisé que  l'intéressée avait  été  secourue  par  des  tiers  après  sa  libération  seulement  est  demeurée  sans  effet.  Partant,  le  grief  selon  lequel  l'autorité  de  première  instance  n'aurait pas établi à satisfaction de droit l'état de fait pertinent, procédant  en  conséquence  à  un  examen  incorrect  de  la  vraisemblance  des  allégations, doit être rejeté. 3.2.  Cela dit, le Tribunal constate que, durant ses auditions, A._______ a  livré  un  récit  constant  et  parfois  étayé  de  détails  reflétant  un  vécu.  Les  certificats médicaux  versés  au  dossier  permettent  en  outre  de  conclure  qu'elle  a  bien  été  victime  d'un  viol  dans  son  pays.  Toutefois,  il  ne  peut  être retenu que les circonstances de ce viol et les raisons pour lesquelles  elle a quitté son pays sont celles alléguées. En effet, les capacités de l'intéressée, décrite dans les rapports médicaux  comme  étant  très  intelligente,  lui  ont  permis  d'exposer  les  événements  fondant  sa  demande  d'asile  avec  précision,  dans  un  ordre  et  avec  des  termes d'une constance sortant manifestement de  l'ordinaire, malgré  les  graves préjudices subis. Dans ce contexte, il ne s'explique pas qu'elle ait  été incapable, en tant que secrétaire de campagne électorale, de fournir  la  signification  du  sigle  […].  Il  s'explique  également  difficilement  qu'elle  n'ait pas adhéré à ce parti,  raison qu'elle a au demeurant avancée pour  expliquer son ignorance à son égard. Compte tenu de sa fonction durant  la campagne de 2006 et du poste qui lui avait été promis par B._______  en  cas  de  victoire  aux  élections,  on  aurait  en  effet  pu  s'attendre  à  ce  qu'elle  devienne  membre  du  mouvement,  à  tout  le  moins  qu'elle  en  connaisse son nom. Il est peu vraisemblable en outre que, fournissant un  travail d'une certaine importance pour le futur député, lequel lui avait déjà  apporté,  selon  ses  dires,  son  soutien  lorsqu'elle  avait  connu  des  difficultés,  elle  n'ait  à  aucun  moment  tenté  de  se  mettre  sous  sa  protection, préférant plutôt quitter son pays. En effet, B._______ était une  personne jouissant d'une certaine influence en politique. En tant que […],  il lui était de surcroît possible et même aisé de la défendre utilement. Dans le contexte électoral tendu de 2006, il est par ailleurs peu crédible,  qu'en  tant  que  personne  peu  intéressée  à  la  politique  et  peu  engagée,  comme elle  l'a  affirmé,  elle  se  soit  affichée  comme militante  du  […]  en  portant  un  T­shirt  avec  des  inscriptions  en  faveur  du  parti  et,  surtout,  qu'elle  soit  entrée  ainsi  vêtue  dans  un  véhicule  occupé  par  quatre  hommes  inconnus.  Même  si,  comme  elle  l'a  affirmé,  il  était  d'usage 

D­4251/2008 Page 8 d'emprunter  dans  la  rue des  véhicules de particuliers  pour  se déplacer,  les circonstances imposaient un minimum de prudence, qu'une personne  ne  pouvant  guère  ignorer  les  risques  encourus  n'aurait  pas  manqué  d'observer.  Le  fait  que  les  tortionnaires  de  l'intéressée  la  conduisent,  après  leur  méfait,  dans  un  lieu  très  fréquenté  (la  gare  centrale)  et  l'y  déposent  de  manière  plutôt  voyante  (ils  l'auraient  jetée  hors  de  la  voiture),  est  également  très  surprenant.  D'une  part,  ils  courraient  manifestement  le  risque d'être ainsi découverts. D'autre part, on ne voit  pas pourquoi, après avoir infligé les pires supplices à l'intéressée et avoir  même  hésité  à  la  tuer,  ils  l'auraient  emmenée  à  l'endroit  où  elle  avait  initialement convenu avec eux de la conduire. Les circonstances dans  lesquelles  il aurait été proposé à A._______ de  collaborer  à  un  attentat  contre  B._______  ou  d'exécuter  directement  celui­ci  ne  sont  pas  crédibles  non  plus.  En  effet,  la  recourante  aurait  refusé  les  propositions  qui  lui  étaient  faites  dans  ce  sens,  malgré  les  menaces de mort proférées à son encontre. Constatant, après le premier  refus déjà, la loyauté de l'intéressée envers B._______, ou du moins son  impossibilité  à  les  aider  dans  leurs  sombres  desseins,  les  ennemis  du  député  auraient  soit  renoncé  à  requérir  son  aide,  soit  appuyé  vigoureusement leurs menaces dans leurs démarches suivantes, soit mis  celles­ci  à  exécution.  Or  ils  n'ont  rien  fait,  se  limitant  à  réitérer  des  avertissements somme toute peu intimidant, demeurés sans suite. Enfin, le Tribunal tient à relever un élément troublant dans les propos de  l'intéressée, compte  tenu de  la constance et de  la clarté dont elle a  fait  preuve au cours de ses exposés. A._______ a en effet déclaré, lors de sa  première  audition,  qu'elle  ne  se  souvenait  pas  de  la  date  de  son  viol,  événement qui apparaît pourtant être le plus important dans son récit,  le  situant  "pendant  la  propagande,  au mois  de  juin  2006". Quelques  jours  plus  tard, durant sa seconde audition, elle s'est  rappelée, apparemment  sans  difficulté,  du  jour  où  elle  était  allée  chercher  le  matériel  de  propagande  au  […]  de  B._______,  soit  le  12 juin 2006.  Or  ce  jour  est  celui  durant  lequel  elle  aurait  subi  son  viol  et  les  autres  tortures  alléguées,  ces  traitements  lui  étant  précisément  infligés  du  fait  qu'elle  était  en  possession  du  matériel  en  question.  Il  demeure,  dans  ces  conditions,  inexpliqué qu'elle ne soit pas parvenue à révéler d'emblée  la  date précitée. Au vu de ce qui précède, les motifs d'asile de l'intéressée ne satisfont pas  aux exigences de vraisemblance de l'art. 7 LAsi.

D­4251/2008 Page 9 3.3. Il s’ensuit que le recours, en tant qu’il conteste le refus de l’asile, doit  être rejeté. 4.  4.1. Lorsqu’il rejette la demande d’asile ou qu’il refuse d’entrer en matière  à ce sujet, l’ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en  ordonne  l’exécution;  il  tient  compte  du  principe  de  l’unité  de  la  famille  (art. 44  al.  1  LAsi).  Le  renvoi  ne  peut  être  prononcé,  selon  l’art.  32  de  l’ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l’asile relative à la procédure (OA 1,  RS 142.311),  lorsque  le  recourant  d’asile  dispose  d’une  autorisation  de  séjour  ou  d’établissement  valable,  ou  qu’il  fait  l’objet  d’une  décision  d’extradition ou d’une décision de renvoi conformément à  l’art. 121 al. 2  de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101). 4.2.  Aucune  exception  à  la  règle  générale  du  renvoi  n’étant  en  l’occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette  mesure. 5.  5.1. L’exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnablement  exigible  et  possible  (art.  44  al.  2  LAsi).  Si  ces  conditions  ne  sont  pas  toutes  réunies,  l’admission  provisoire  doit  être  prononcée.  Celle­ci  est  alors  réglée  par  l’art.  84  de  la  loi  fédérale  sur  les  étrangers  du  16  décembre 2005 (LEtr, RS 142.20), entrée en vigueur le 1er  janvier 2008.  Cette  disposition  a  remplacé  l’art.  14a  de  l’ancienne  loi  fédérale  du  26  mars  1931  sur  le  séjour  et  l’établissement  des  étrangers  (LSEE).  En  l'espèce, c'est sur la question de l'exigibilité que le Tribunal entend porter  son examen.  5.2. Selon l’art. 83 al. 4 LEtr,  l’exécution de la décision peut ne pas être  raisonnablement exigée si le renvoi ou l’expulsion de l’étranger dans son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou  de  nécessité médicale. Cette  disposition  s’applique  en  premier  lieu  aux  « réfugiés de la violence », soit aux étrangers qui ne remplissent pas les  conditions  de  la  qualité  de  réfugié  parce  qu’ils  ne  sont  pas  personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de  guerre civile ou de violence généralisée, et ensuite aux personnes pour  qui  un  retour  reviendrait  à  les  mettre  concrètement  en  danger,  notamment parce qu’elles ne pourraient plus recevoir les soins dont elles 

D­4251/2008 Page 10 ont  besoin.  L’autorité  à  qui  incombe  la  décision  doit  donc  dans  chaque  cas confronter  les aspects humanitaires  liés à  la situation dans  laquelle  se  trouverait  l’étranger  concerné  dans  son  pays  après  l’exécution  du  renvoi à  l’intérêt public militant en  faveur de son éloignement de Suisse  (ATAF  2009/52  consid.  10.1,  ATAF  2008/34  consid.  11.2.2  et  ATAF  2007/10 consid. 5.1). 5.3. De façon générale, s'agissant des personnes en  traitement médical  en Suisse, l'exécution du renvoi ne devient inexigible que dans la mesure  où elles pourraient ne plus recevoir les soins essentiels garantissant des  conditions minimales d'existence; par soins essentiels, il faut entendre les  soins  de médecine  générale  et  d'urgence  absolument  nécessaires  à  la  garantie de la dignité humaine (cf. GABRIELLE STEFFEN, Droit aux soins et  rationnement, Berne 2002, p. 81 s. et 87). L'art. 83 al. 4 LEtr, disposition  exceptionnelle  tenant  en  échec  une  décision  d'exécution  du  renvoi,  ne  saurait en  revanche être  interprété comme une norme qui comprendrait  un droit de séjour lui­même induit par un droit général d'accès en Suisse  à des mesures médicales visant à recouvrer la santé ou à la maintenir, au  simple  motif  que  l'infrastructure  hospitalière  et  le  savoir­faire  médical  dans  le  pays  d'origine  ou  de  destination  de  l'intéressé  n'atteint  pas  le  standard élevé qu'on trouve en Suisse (cf.  Jurisprudence et informations  de  la  Commission  suisse  de  recours  en  matière  d’asile  [JICRA]  1993  n°38 p. 274 s.). Si les soins essentiels nécessaires peuvent être assurés  dans  le  pays  d'origine  ou  de  provenance  de  l'étranger  concerné,  cas  échéant  avec  d'autres  médications  que  celles  prescrites  en  Suisse,  l'exécution  du  renvoi  dans  l'un  ou  l'autre  de  ces  pays  sera  raisonnablement exigible. Elle ne  le serait plus, au sens de  l'art. 83 al. 4  LEtr  si,  en  raison  de  l'absence  de  possibilités  de  traitement  effectives  dans  le  pays  d'origine,  l'état  de  santé  de  la  personne  concernée  se  dégraderait  très  rapidement,  au  point  de  conduire,  d'une  manière  certaine,  à  la  mise  en  danger  concrète  de  l'intégrité  physique  ou  psychique (cf. JICRA 2003 n°24 p. 158). 5.4. En  l'occurrence,  il  ressort des  rapports médicaux détaillés produits,  établis  par  un  service  psychiatrique,  que  l'intéressée  a  été  prise  en  charge  en  raison  de  son  affection  psychique  peu  après  son  arrivée  en  Suisse.  Une  hospitalisation  a  été  nécessaire  en  juillet  2008  déjà.  A._______  a  ensuite  constamment  été  sous  traitement,  de  nouvelles  hospitalisations  pouvant  être  évitées  de  justesse.  L'origine  des  troubles  constatés n'est pas mis en doute par les thérapeutes, lesquels associent  sans autres le grave état de stress post­traumatique de leur patiente à un  viol et à d'autres formes de tortures subis en République démocratique du 

D­4251/2008 Page 11 Congo.  Les  médecins  insistent  d'ailleurs  sur  la  nécessité  d'éviter  tous  risques  de  réactiver  le  traumatisme  en  confrontant  une  nouvelle  fois  l'intéressée  aux  circonstances  qui  l'ont  engendré.  Ils  mentionnent  également  que  celle­ci  doit  évoluer  dans  un  environnement  sûr  pour  parvenir à une stabilisation des troubles post­traumatiques. Le traitement,  dont la poursuite est nécessaire, a consisté par le passé en des séances  psychothérapeutiques  spécifiquement  axées  sur  le  traumatisme  subi  et  en une médication anti­dépressive. Ces constats  révèlent  l'existence d'une maladie sérieuse susceptible de  s'aggraver de manière subite et de conduire  l'intéressée à  l'impossibilité  d'assurer ses besoins vitaux, en l'absence des traitements indispensables  et de longue durée dont elle bénéficie actuellement. 5.5. Cette conclusion ne signifie  toutefois pas encore que  l'exécution du  renvoi  soit  inexigible.  Il  faut  encore  que  les  traitements  médicaux  nécessaires  à  l'intéressée  ne  soient  pas  disponibles  en  République  démocratique du Congo et que celle­ci ne puisse y avoir un accès effectif  lui garantissant des conditions minimales et normales d'existence. L'ODM  a  relevé  à  juste  titre,  dans  son  préavis,  que  la  République  démocratique  du  Congo  dispose,  d'un  point  de  vue  théorique,  des  compétences  et  des médicaments  nécessaires  pour  prendre  en  charge  les  affections  de  l'intéressée.  Le  traitement  dont  la  recourante  doit  bénéficier  n'apparaît  en  effet  ni  particulièrement  complexe  ni  excessivement onéreux. Ce traitement a été dispensé durant trois ans en  Suisse, sans toujours permettre des conditions de vie optimales; il doit à  l'évidence pouvoir se poursuivre dans le pays d'origine de l'intéressée. Or  le  système  de  santé  congolais  présente  dans  la  pratique  des  carences  notoires. Celles­ci pourraient se révéler graves pour  la recourante, qui a  nécessité par le passé des prises en charge d'urgence, en particulier un  internement en milieu psychiatrique. A._______ devrait quoi qu'il en soit,  en  cas  de  retour,  pouvoir  assurer  son  approvisionnement  en  médicaments  et  la  possibilité  de  consulter  rapidement  ses  médecins,  dans  les  situations  de  crise  en  particulier.  Sa  situation  personnelle  au  pays est déterminante pour apprécier s'il lui sera possible de faire face à  ces besoins. Dans ce contexte, il est rappelé que dans sa jurisprudence, qui conserve  encore  son  caractère  d'actualité,  la  Commission  suisse  de  recours  en  matière  d'asile  (CRA)  a  considéré  que  l'exécution  du  renvoi  était  en  principe  raisonnablement  exigible  pour  les  requérants  dont  le  dernier 

D­4251/2008 Page 12 domicile se trouvait à Kinshasa ou dans l'une des villes de l'ouest du pays  disposant  d'un  aéroport,  ou  pour  celles  qui  y  disposaient  de  solides  attaches.  Des  réserves  ont  cependant  été  émises,  s'agissant  de  personnes accompagnées de jeunes enfants, ou ayant plusieurs enfants  à charge, ou étant âgées ou de santé déficiente, ou encore, dans les cas  de  femmes célibataires ne disposant pas d'un  réseau social ou  familial.  Pour  ces  catégories  de personnes,  une admission  provisoire  devrait  en  règle  générale  être  prononcée,  sous  réserve  de  facteurs  favorables  permettant d'exclure à suffisance  tout  risque sérieux de mise en danger  concrète  (cf.  JICRA  2004  n° 33  consid.  8.3  p. 237).  En  l'espèce,  l'intéressée est célibataire et sans profession. Pour seul emploi rémunéré,  elle a  vendu des denrées alimentaires.  Il  ressort  en outre de  ses dires,  que rien ne permet de mettre en doute sur ce thème, qu'elle est d'origine  modeste.  Sa  famille  proche,  au  sujet  de  laquelle  elle  s'est  montrée  précise, est composée de sa mère adoptive, de deux sœurs plus jeunes  qu'elle  et  de  cousins.  Ces  personnes  ne  semblent  toutefois  pas  en  mesure de  lui apporter une aide  financière suffisante. Dans  le cadre de  son récit, A._______ a en particulier affirmé qu'elle­même travaillait pour  aider sa famille. 5.6. Compte tenu des troubles psychiques importants de l'intéressée, de  la  nécessité  de  poursuivre  un  traitement  médical  de  longue  durée,  de  l'absence  de  soutien  financier  suffisamment  avéré  et  de  la  situation  précaire  régnant  à  Kinshasa,  l’exécution  du  renvoi  n'apparaît  pas  raisonnablement exigible actuellement. 6.  En  l'absence de motif susceptible de  justifier une application de  l'art. 83  al.  7  LEtr,  le  recours,  en  tant  qu'il  concerne  l'exécution  du  renvoi,  doit  ainsi être admis. Partant, les chiffres 4 et 5 de la décision du 29 mai 2008  sont  annulés  et  l'ODM  est  invité  à  prononcer  l'admission  provisoire  de  l'intéressée. 7.  7.1. Des  frais  de procédure  réduits  devaient  être mis  à  la  charge de  la  recourante,  dont  les  conclusions  en  matière  d'asile  sont  rejetées  (cf. art. 63 al. 1 PA  et  2  et  3  let.  b  du  règlement  du  21  février  2008  concernant  les  frais,  dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif  fédéral  [FITAF,  RS  173.320.2]).  Sa  demande  d'assistance 

D­4251/2008 Page 13 judiciaire  partielle  ayant  été  admise,  il  est  toutefois  renoncé  à  la  perception de ces frais. 7.2. Il ne se justifie par ailleurs pas lieu d'allouer des dépens, l'intéressée,  qui  n'a  notamment  pas  recouru  aux  services  d'un  mandataire,  n'a  pas  allégué  avoir  eu  à  supporter  des  frais  relativement  élevés  occasionnés  par la procédure de recours (cf. art. 64 al. 1 PA et art. 7 ss FITAF). (dispositif page suivante)

D­4251/2008 Page 14 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  En tant qu'il porte sur la question de l'asile et du renvoi dans son principe,  le recours est rejeté. 2.  En tant qu'il porte sur la question de l'exécution du renvoi, le recours est  admis.  Les  chiffres  4  et  5  du  dispositif  de  la  décision  de  l'ODM  du  29 mai 2008  sont  annulés  et  dit  office  invité  à  prononcer  l'admission  provisoire de la recourante. 3.  Il n'est pas perçu de frais. 4.  Il n'est pas alloué de dépens. 5.  Le  présent  arrêt  est  adressé  à  la  recourante,  à  l'ODM  et  à  l'autorité  cantonale compétente. La juge : Le greffier : Nina Spälti Giannakitsas William Waeber Expédition :

D-4251/2008 — Bundesverwaltungsgericht 04.08.2011 D-4251/2008 — Swissrulings