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Bundesverwaltungsgericht 15.02.2012 E-521/2009

15. Februar 2012·Français·CH·CH_BVGE·PDF·2,557 Wörter·~13 min·3

Zusammenfassung

Asile et renvoi | Asile

Volltext

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour V E­521/2009 Arrêt   d u   1 5   février   2012 Composition Jean­Pierre Monnet (président du collège),  Emilia Antonioni, François Badoud, juges, Isabelle Fournier, greffière. Parties A._______, né le (…), Sri Lanka,   représenté par le Centre Social Protestant (CSP),  (…), recourant,  contre Office fédéral des migrations (ODM),  Quellenweg 6, 3003 Berne,    autorité inférieure. Objet Asile et renvoi ; décision de l'ODM du 18 décembre 2008 / N (…).

E­521/2009 Page 2 Faits : A.  A._______  (ci­après:  le  recourant)  a  déposé,  le  9  mai  2007,  une  demande d'asile à  l'aéroport de (…). Le 22 mai 2007,  il a été autorisé à  entrer en Suisse. Il a été sommairement entendu par l'ODM au Centre d'enregistrement et  de  procédure  (CEP)  de  Kreuzlingen,  le  6  juin  2007.  L'audition  sur  ses  motifs  d'asile  a  eu  lieu,  le  12  juillet  2007,  devant  l'autorité  cantonale  compétente. Selon  ses  déclarations,  le  recourant  serait  né  à  (…)  et  aurait  toujours  vécu,  jusqu'au  18  avril  2007,  à  B._______  dans  le  district  de  Jaffna,  province du Nord, à  l'exception d'une période d'environ deux ans, entre  1996 et 1997, où sa famille aurait été déplacée dans le Vanni. Son père  serait décédé d'un infarctus, en 2006. Sa sœur aînée aurait été recrutée,  probablement  de  force,  par  les  Liberation  Tigers  of  Tamil  Eelam  (ci­après :  LTTE) ;  (…). Par  la  suite,  elle  aurait  quitté  le Sri  Lanka  pour  s'installer à Londres.  A la fin de sa scolarité, le recourant n'aurait pas trouvé de travail, à la fois  parce que les déplacements auraient été difficiles dans la région et parce  qu'il  aurait été  tenu de s'occuper de son père,  invalide depuis plusieurs  années.  Il  aurait  donc  vécu  chez  ses  parents,  en  s'occupant  de  leurs  terres  et  de  leur  bétail.  La  famille  aurait  reçu  régulièrement  un  soutien  financier  de  sa  sœur  aînée  ainsi  que  d'un  oncle  maternel  vivant  également à Londres.  En  faisant  valoir  la  nécessité  pour  lui  d'assister  son  père,  le  recourant  aurait  réussi  à  éviter  un  enrôlement  forcé  par  les  LTTE.  Cependant,  il  aurait  été  contraint,  pour  ne  pas  être  considéré  comme  un  traitre  à  la  cause  tamoule,  et  bien  qu'il  n'eût  pas  de  sympathie  particulière  pour  le  mouvement, à fournir son aide à celui­ci. En particulier,  il aurait effectué  des  travaux de décoration  lors de meetings dans  la  région  (environ une  fois  par  année).  Depuis  2005  environ,  après  la  reprise  du  contrôle  de  Jaffna  par  les  forces  gouvernementales,  il  aurait  continuellement  vécu  dans la peur, car l'armée aurait régulièrement fait des incursions dans les  maisons,  soupçonnant  les  habitants  de  soutenir  les  LTTE  ou  d'en  héberger  les  membres.  En  2006,  il  aurait  lui­même  été  interpellé  par 

E­521/2009 Page 3 l'armée et conduit au camp militaire de (…) pour y être interrogé sur ses  éventuels contacts avec  les LTTE et sur ce qu'il avait pu apprendre sur  eux.  Il  aurait  été  libéré  quatre  heures  plus  tard,  sur  l'insistance  de  sa  mère,  venue  au  camp  avec  son  père  paralysé  afin  d'obtenir  qu'il  fût  relâché. Ses craintes n'auraient cependant pas diminué après sa relaxe,  car  de  nombreuses  personnes  auraient  été  appréhendées  à  l'époque,  sous prétexte de collaboration avec  les LTTE ou contraintes de devenir  des  indicateurs. Un de ses amis aurait été arrêté en 2006, et personne  n'aurait plus eu de ses nouvelles. Redoutant que ce dernier n'ait livré son  nom,  le  recourant  se  serait  résolu  à  quitter  la  région,  où  il  ne  se  serait  plus senti en sécurité. Accompagné de sa mère, il aurait quitté B._______ le 18 avril 2007 pour  se rendre à Colombo. Là, le recourant se serait fait établir un passeport,  le  (...) avril  2007, dans  l'intention de  rester dans  la capitale. A une date  dont il ne se souvient plus avec précision, mais qu'il situe entre le (…) et  le  (…)  avril  2007,  il  aurait  été  arrêté,  lors  d'un  contrôle  ou  d'une  rafle  effectuée dans  la pension ("lodge") où  il habitait, et conduit au poste de  police de (...) ; les policiers lui auraient fait savoir qu'ils avaient été avertis  de sa présence et qu'ils  le soupçonnaient d'être venu à Colombo pour y  commettre  un  attentat ;  le  lendemain,  il  aurait  été  transféré  dans  des  locaux  du  CID  (Crime  Investigation  Departement),  où  il  aurait  été  interrogé sur  les  raisons de sa présence à Colombo et  filmé. Ensuite,  il  aurait  été  ramené  au  poste  de  police,  où  il  aurait  été  interrogé  successivement  par  trois  personnes.  Aucun  agent  de  police  ne  l'aurait  frappé. Il aurait été libéré deux jours plus tard, sa mère ayant réussi, par  l'intermédiaire du tenancier de la pension où ils logeaient, à obtenir l'aide  d'un Musulman domicilié à Colombo qui  se  serait  porté garant de  lui  et  aurait  remis  aux  policiers  une  somme  d'argent.  Avant  d'être  relâché,  le  recourant  aurait  été  contraint  de  signer  une  déclaration  dans  laquelle  il  condamnait les agissements des LTTE; les policiers l'auraient menacé de  faire parvenir cet écrit aux LTTE s'ils devaient à l'avenir avoir des raisons  de  le  soupçonner  d'être mêlé  à  un  attentat.  Ils  lui  auraient  restitué  son  passeport  et  sa  carte  d'identité.  Fortement  intimidé  par  les  menaces  reçues,  le recourant se serait résolu à quitter  le pays. Sa mère se serait  occupée d'organiser le voyage, avec l'aide financière de son oncle vivant  à Londres. Muni de son passeport, le recourant aurait pris l'avion le (…) mai 2007 à  destination  de Singapour,  via Bangkok. A Singapour,  il  aurait  rencontré  un  homme  mandaté  par  la  personne  avec  laquelle  sa  mère  aurait 

E­521/2009 Page 4 organisé  son  voyage.  Celui­ci  l'aurait  accompagné  jusqu'à  la  porte  d'embarquement,  en  présentant  pour  lui  un  faux  passeport,  qu'il  aurait  repris,  tout comme  il aurait conservé  le passeport du  recourant. Celui­ci  aurait  ainsi  voyagé  par  avion  sans  passeport  de  Singapour  jusqu'en  Suisse. Le  recourant  a  déposé  auprès  de  l'ODM  sa  carte  d'identité,  la  copie  certifiée  conforme  de  son  acte  de  naissance,  ainsi  qu'une  déclaration  datée du (…) juin 2007, émanant du responsable du village où il habitait,  documents que lui aurait fait parvenir sa mère.  B.  Par décision du 18 décembre 2008, l'ODM a rejeté la demande d'asile du  recourant au motif que les préjudices allégués, résultant de la situation de  guerre  touchant  l'ensemble  des  familles  tamoules  dans  la  région  de  Jaffna, n'étaient pas pertinents pour  la  reconnaissance de sa qualité de  réfugié  et  que  la  courte  arrestation  subie  à  Colombo  n'était  pas  significative  d'une  crainte  objectivement  fondée  d'être  exposé  à  une  persécution, sa relaxe indiquant que les autorités n'avaient aucun grief à  son encontre.  Par  la  même  décision,  l'ODM  a  prononcé  le  renvoi  de  Suisse  de  l'intéressé  et  ordonné  l'exécution  de  cette  mesure.  Il  a  considéré  que  celle­ci était raisonnablement exigible compte tenu de la possibilité, pour  l'intéressé, de s'établir à Colombo, où il aurait choisi de se mettre à l'abri  avant  son  interpellation  dans  la  pension,  et  où  il  devait  disposer  d'un  réseau  social,  puisqu'il  aurait  réussi  à  y  trouver  un  garant  et  que  les  moyens  de  preuve  qu'il  s'est  procurés  après  son  arrivée  en  Suisse  avaient été envoyés par télécopie de la capitale. C.  Par acte du 26 janvier 2009, le recourant a interjeté recours contre cette  décision auprès du Tribunal administratif fédéral (ci­après : le Tribunal). Il  a conclu à la reconnaissance de sa qualité de réfugié et l'octroi de l'asile  ou, subsidiairement, à une admission provisoire. Il a fait grief à l'ODM de  n'avoir  pas  suffisamment  tenu  compte  du  fait  qu'il  devait  être  fiché  "quelque part" depuis son arrestation par  les militaires à Jaffna et qu'en  outre  ceux­ci  devaient  être  informés  de  son  arrestation  à  Colombo,  puisqu'il  y  avait  été  filmé  et  que  son  identité  avait  été  enregistrée.  Il  a  ainsi fait valoir qu'il avait une crainte objectivement fondée de figurer sur  une  liste  de  personnes  suspectes.  Il  a  également  reproché  à  l'ODM de 

E­521/2009 Page 5 n'avoir pas tenu compte de la déclaration du responsable de son village,  déposée à titre de moyen de preuve, et de ne pas avoir pris en compte sa  peur  légitime  de  représailles  des  LTTE,  probablement  informés  de  la  déclaration qu'il avait été contraint de signer devant  la police. Enfin,  il a  fait valoir qu'il ne disposait d'aucun réseau social à Colombo, où  il avait  vécu  quasiment  caché  dans  une  pension,  pendant  que  sa  mère  organisait  son  départ  du  pays,  et  qu'il  n'était  au  bénéfice  d'aucune  formation  ni  expérience  professionnelles  susceptibles  de  favoriser  son  intégration et sa survie dans cette ville. D.  Invité à se prononcer sur  le  recours,  l'ODM en a proposé  le  rejet,  dans  une  réponse  succincte  datée  du  11  février  2009,  transmise  pour  information au recourant. E.  Par  ordonnance  du  11  novembre  2011,  le  recourant  a  été  invité  à  se  déterminer  sur  l'actualité  de  ses  motifs,  eu  égard  à  l'évolution  de  la  situation dans son pays d'origine et à l'arrêt E­6220/2006 du Tribunal, du  27 octobre 2011,  introduisant un changement de pratique concernant  le  renvoi  de  ressortissants  sri­lankais  originaires  de  la  province  du  Nord  (à l'exception du Vanni) ou de la province de l'Est.  F.  Par courrier du 30 novembre 2011, le recourant a implicitement maintenu  ses  conclusions,  en  faisant  valoir  qu'il  risquait  toujours  de  subir  des  persécutions en raison des liens que les autorités le suspectaient d'avoir  eu avec les LTTE et qu'il ne disposait pas de possibilité de refuge interne  dans le pays. G.  Les autres faits ressortant du dossier seront évoqués si nécessaire dans  les considérants qui suivent.

E­521/2009 Page 6 Droit : 1.  1.1.  En  vertu  de  l’art.  31  de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif fédéral (LTAF, RS 173.32), applicable par renvoi de l’art. 105  de  la  loi  du  26  juin  1998  sur  l’asile  (LAsi,  RS  142.31),  le  Tribunal  administratif fédéral (ci­après, le Tribunal) connaît des recours contre les  décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre 1968 sur la  procédure  administrative  (PA,  RS  172.021)  prises  par  les  autorités  mentionnées à l’art. 33 LTAF.  En particulier, les décisions rendues par l’ODM concernant l’asile peuvent  être  contestées,  devant  le  Tribunal,  lequel  statue  alors  définitivement,  sauf demande d’extradition déposée par l’Etat dont le requérant cherche  à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal  fédéral [LTF, RS 173.110]), exception non réalisée en l'espèce. 1.2. La procédure devant le Tribunal est régie par la PA, pour autant que  ni  la  LTAF  (cf.  art.  37  LTAF)  ni  la  LAsi  (cf.  art.  6  LAsi)  n'en  disposent  autrement. 1.3. Le recourant a qualité pour recourir. Présenté dans la forme et dans  les délais prescrits par la loi, le recours est recevable (art. 48 et 52 PA et  art. 108 al. 1 LAsi). 2.  2.1. Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d’origine ou dans  le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices  ou craignent à juste titre de l’être en raison de leur race, de leur religion,  de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou  de  leurs  opinions  politiques.  Sont  notamment  considérées  comme  de  sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l’intégrité corporelle ou  de  la  liberté,  de  même  que  les  mesures  qui  entraînent  une  pression  psychique  insupportable.  Il  y  a  lieu  de  tenir  compte  des motifs  de  fuite  spécifiques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi). 2.2.  Quiconque  demande  l’asile  (recourant)  doit  prouver  ou  du  moins  rendre  vraisemblable  qu’il  est  un  réfugié.  La  qualité  de  réfugié  est  vraisemblable  lorsque  l’autorité  estime  que  celle­ci  est  hautement  probable. Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur 

E­521/2009 Page 7 des  points  essentiels,  ne  sont  pas  suffisamment  fondées,  qui  sont  contradictoires,  qui  ne  correspondent  pas  aux  faits  ou  qui  reposent  de  manière déterminante sur des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7  LAsi). 3.  3.1. En l’occurrence, le recourant soutient qu'il craint à juste titre de subir  des  préjudices  sérieux  au  sens  de  l'art.  3  LAsi  en  cas  de  retour  au  Sri Lanka  en  raison  des  soupçons  nourris  à  son  encontre  par  les  autorités. Selon son argumentation, cette crainte est actuellement encore  fondée dès lors qu'il a été arrêté à deux reprises par l'armée et la police,  à Jaffna d'abord puis à Colombo, que son identité a ainsi été relevée par  les  autorités  et  qu'un  de  ses  amis,  arrêté,  a  pu  le  dénoncer  sous  la  torture.  3.2. De  l'avis  du  Tribunal,  la  crainte  subjective  du  recourant  ne  repose  pas sur des  indices permettant de conclure à une crainte objectivement  fondée, dans le contexte actuel, d'être victime d'une persécution au sens  de l'art. 3 LAsi. 3.2.1. Le recourant n'a jamais allégué s'être personnellement engagé en  faveur  des  LTTE,  si  ce  n'est  à  travers  les  contributions  apportées,  presque contre son gré (cf. pv de l'audition cantonale, p. 7­8), lors de trois  ou  quatre  meetings  du  mouvement  organisés  dans  son  village,  sous  forme de préparation de nourriture ou d'aide au transport de matériel pour  la  manifestation.  Comme  il  le  décrit  lui­même,  tous  les  habitants  de  la  région étaient forcés d'apporter ce genre d'aide aux LTTE, à l'époque où  ceux­ci  contrôlaient  militairement  et  administrativement  la  province  de  Jaffna  (cf.  Jurisprudence  et  informations  de  la  Commission  suisse  de  recours  en matière  d’asile  [JICRA]  1994  no  19  consid.  6c  p.  149s.).  Le  recourant  n'est,  en  revanche,  pas  entré  dans  leur  organisation  (cf.  ibid.  p. 8).  Il  n'a plus eu de  contact  avec  les LTTE après que ceux­ci  eurent  perdu  le contrôle de  la  région en 2005  (ibid. p. 9). Dès  lors,  il n'y a pas  lieu d'admettre l'existence d'indices concrets que les autorités auraient pu  nourrir des soupçons particuliers à son encontre en  raison des activités  déployées à Jaffna jusqu'en 2005. 3.2.2.  Le recourant soutient qu'ayant été, par deux fois, appréhendé par  les forces gouvernementales qui ont enregistré ses données, il a tout lieu  de  craindre  une  arrestation  en  cas  de  retour  dans  son  pays  d'origine. 

E­521/2009 Page 8 Comme  l'a  relevé  l'ODM,  le  fait  qu'il  ait,  par  deux  fois,  été  relâché  rapidement  à  la  demande  de  sa  mère  démontre  que  les  autorités  n'avaient  pas  de  charges  importantes  contre  lui.  S'agissant  de  la  première  détention  de  quatre  heures  au  camp  de  (...),  proche  de  son  village,  celle­ci  est  à  mettre  dans  le  contexte  de  l'époque,  où  l'armée,  comme dit  plus  haut,  retenait  souvent  de  jeunes Tamouls  afin  d'obtenir  des renseignements, voire de  les utiliser comme  indicateurs. Quant à  la  seconde  arrestation  à  Colombo,  elle  est  typique  des  opérations  de  sécurité et de lutte contre le terrorisme menées dans l'agglomération, qui  ont concerné, en 26 ans de guerre civile, probablement plus de cent mille  Tamouls,  tant  ont  été  nombreuses  les  rafles  ayant  porté  sur  des  centaines de personnes. Le recourant allègue que les policiers lui ont dit  qu'ils disposaient d'informations selon lesquelles il serait venu à Colombo  pour le compte des LTTE; c'est une technique d'interrogatoire usuelle des  forces de police sri­lankaises que celle d'accuser sans preuve pour tenter  d'obtenir  des  informations.  Il  aurait  été  transféré  le  lendemain  dans  un  autre  centre  où  il  aurait  été  interrogé  sur  les  raisons  de  son  séjour  à  Colombo, photographié et même  filmé, puis  ramené au poste de police  de  (...)  où  il  aurait  été  questionné  par  trois  personnes  différentes,  lesquelles  se  seraient  montrées  menaçantes  à  son  égard  (cf. pv  de  l'audition cantonale p. 4) ; cela correspond également à une procédure de  contrôle  et  de  recherche  d'informations,  sans  aucun  lien  avec  une  procédure  judiciaire.  Enfin,  on  lui  aurait  fait  signer  une  déclaration  aux  termes  de  laquelle  il  condamnait  les  agissements  des  LTTE,  en  le  menaçant de remettre cette lettre au mouvement au cas où il cherchait à  quitter le pays; cette attitude des policiers est, à l'évidence, une pratique  d'intimidation visant à éviter que de jeunes Tamouls, comme le recourant,  acceptent de collaborer avec les LTTE. Si réellement les policiers avaient  disposé  d'informations  négatives  concernant  le  recourant,  ils  ne  lui  auraient pas restitué son passeport et sa carte d'identité (cf. ibid. p. 5) ni  n'auraient  accepté  de  le  libérer,  et  ce  rapidement,  sous  condition  de  paiement  d'un  pot­de­vin  et,  bien  sûr,  de  respect  de  la  législation  applicable  aux  Tamouls  originaires  du  nord  (tiers  garant  du  séjour  à  Colombo). Enfin, ils ne lui auraient pas dans un tel cas permis de quitter  en toute légalité le pays (cf. JICRA 1994 no 19 consid. 6d p. 152s).  3.2.3. Le recourant explique également qu'un "collègue" (une "relation de  famille",  selon  une  autre  description  ou  encore  "un  de  ses  meilleurs  amis",  selon  les  termes  du  mémoire  de  recours),  qui  fréquentait  régulièrement des membres des LTTE, a été arrêté au début de l'année  2007  et  qu'il  craint  que  cette  personne,  sous  la  torture,  l'ait  dénoncé 

E­521/2009 Page 9 (cf. pv de l'audition au CERA p. 7 et de l'audition cantonale p. 10).  Il est  notoire  qu'à  l'époque où elle  a  reconquis  la  province de  Jaffna,  l'armée  gouvernementale  a  forcé  un  certain  nombre  de Tamouls  à  agir  comme  indicateurs  et  a  eu  notamment  recours  à  la  torture  pour  obtenir  des  informations  sur  les  personnes  impliquées  dans  la  rébellion.  Dans  ce  contexte,  la  crainte  du  recourant  était  compréhensible,  mais  cette  peur  subjective n'est  toutefois étayée d'aucun élément objectif susceptible de  démontrer que cette personne aurait donné son nom sous la torture. En  particulier,  le  fait  qu'il  ait  été  relâché  à  Colombo  démontre  que  les  autorités n'avaient pas de charge particulière contre lui.  3.2.4. S'agissant  de  la  disparition  de  son  "ami",  le  recourant  a  déposé  devant  l'ODM  une  attestation,  datée  du  (…) juin  2007,  émanant  du  responsable de son village (...). Ce dernier confirme la disparition de cette  personne et explique que plusieurs autres Tamouls de la région ont, de la  même manière, disparu ou été tuées, et que cela a conduit le recourant à  s'exiler.  Il  ne  peut  être  exclu  que  cette  déclaration,  établie,  selon  son  auteur, à la demande de la mère de l'intéressé, soit de complaisance. Au  demeurant,  la vraisemblance des  faits allégués par  le  recourant n'a pas  été  mise  en  doute ;  cette  attestation  ne  contient  cependant  aucun  élément objectif dont  il y aurait  lieu d'inférer que  le  recourant aurait été,  lui­même,  recherché  par  les  autorités  pour  des  motifs  déterminants  au  regard de l'art. 3 LAsi. Tout au plus confirme­t­elle sa peur subjective de  subir le même sort que ces personnes.   3.2.5.  En définitive, c'est à bon droit que l'ODM a retenu que le recourant  n'avait pas  rendu vraisemblable qu'il avait été victime d'une persécution  ciblée contre sa personne, pour des motifs pertinents au regard de l'art. 3  LAsi ni qu'il avait des raisons objectivement fondées de craindre une telle  persécution en cas de retour dans son pays d'origine.  3.3.  Cette  appréciation  se  justifie  d'autant  plus  au  regard  du  contexte  actuel dans le pays d'origine du recourant.  3.3.1.  Dans  son  arrêt  de  principe  E­6220/2006  précité,  le  Tribunal  a  procédé  à  une  nouvelle  analyse  circonstanciée  de  la  situation  au  Sri Lanka, eu égard à l'évolution de la situation dans le pays depuis la fin  officielle  du  conflit  militaire  entre  l'armée  sri­lankaise  et  les  LTTE.  Il  a  constaté  que  la  situation  sécuritaire  s'était  nettement  améliorée  et  stabilisée. Les LTTE ont été vaincus militairement et ne commettent plus  d'actes de persécution. En revanche, la situation sur le plan des droits de 

E­521/2009 Page 10 l'homme s'est aggravée, notamment à l'égard des personnes suspectées  d'opposition  politique,  comme  les  partisans  (ou  supposés  tels)  de  l'ex­ chef  de  l'armée,  le  général  Fonseka,  des  journalistes  indépendants  et  critiques envers  le gouvernement, des activistes en matière de droits de  l'homme ou encore des victimes ou témoins de graves violations de droits  de l'homme durant le conflit, susceptibles d'en donner un écho négatif. En  outre,  certains  Tamouls  de  retour  d'exil,  dont  les  autorités  pourraient  admettre,  en  fonction  de  circonstances  particulières,  qu'ils  ont  été  en  contact  étroit  avec des  cadres des LTTE actifs  à  l'étranger,  peuvent  se  prévaloir d'une crainte objectivement fondée de préjudices.  3.3.2. Le recourant n'a cependant pas rendu vraisemblable l'existence de  faits  dont  il  y  aurait  lieu  d'inférer  qu'il  doit  être  considéré  comme  appartenant à un groupe à risque, au regard de la situation décrite dans  l'arrêt précité. Comme il l'a lui­même allégué, il n'a jamais été actif sur le  plan  politique ;  il  n'a  pas  prétendu  non  plus  être  proche  de  milieux  critiques  du  gouvernement  ou  impliqués  dans  l'opposition  active  au  pouvoir en place, ni au Sri Lanka ni en Suisse. Il ne présente aucun profil  particulier susceptible de faire naître des soupçons à son encontre de la  part des autorités de son pays d'origine.  3.4.   Quant à  la crainte du recourant d'être victime de représailles de  la  part  des  LTTE,  au  cas  où  ceux­ci  auraient  connaissance  de  sa  déclaration condamnant  leurs agissements, signée sous la contrainte de  la  police,  force  est  de  constater  que  celle­ci  n'apparaît  plus  comme  fondée, dans le contexte actuel, et vu la défaite de cette organisation. Au  demeurant, même en admettant  que  le  recourant  a  effectivement  signé  une telle pièce, cette manœuvre des policiers paraît à l'évidence comme  une mesure  d'intimidation  qui  a  perdu  toute  portée ;  en  outre  il  n'existe  aucun  indice  au  dossier  permettant  d'affirmer  que  ceux­ci  auraient  réellement  fait  parvenir  ce document à d'anciens  responsables de cette  organisation. 3.5. Au vu de ce qui précède, la décision de l'ODM, en tant qu'elle refuse  de  reconnaître  la qualité de  réfugié au  recourant et  rejette  sa demande  d'asile,  s'avère  bien  fondée.  Partant,  le  recours  doit  être  rejeté  sur  ces  points. 

E­521/2009 Page 11 4.  4.1. Lorsqu’il rejette la demande d’asile ou qu’il refuse d’entrer en matière  à ce sujet, l’ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en  ordonne  l’exécution ;  il  tient  compte  du  principe  de  l’unité  de  la  famille  (art.  44  al.  1  LAsi).  Le  renvoi  ne  peut  être  prononcé,  selon  l’art.  32  de  l’ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l’asile relative à la procédure (OA 1,  RS 142.311),  lorsque  le  recourant  d’asile  dispose  d’une  autorisation  de  séjour  ou  d’établissement  valable,  ou  qu’il  fait  l’objet  d’une  décision  d’extradition ou d’une décision de renvoi conformément à  l’art. 121 al. 2  de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101). 4.2.  Aucune  exception  à  la  règle  générale  du  renvoi  n’étant  en  l’occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette  mesure. 5.  5.1. L’exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnablement  exigible  et  possible  (art.  44  al.  2  LAsi).  Si  ces  conditions  ne  sont  pas  réunies, l’admission provisoire doit être prononcée. Celle­ci est réglée par  l’art. 84 de  la  loi  fédérale sur  les étrangers du 16 décembre 2005 (LEtr,  RS  142.20),  entrée  en  vigueur  le  1er  janvier  2008.  Cette  disposition  a  remplacé  l’art.  14a  de  l’ancienne  loi  fédérale  du  26  mars  1931  sur  le  séjour et l’établissement des étrangers (LSEE). 5.2. L’exécution n’est pas  licite  lorsque  le  renvoi de  l’étranger dans son  Etat d’origine ou de provenance ou dans un Etat  tiers est  contraire aux  engagements  de  la  Suisse  relevant  du  droit  international  (art.  83  al.  3  LEtr). Aucune personne ne peut être contrainte, de quelque manière que  ce soit, à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa  liberté  serait  menacée  pour  l’un  des  motifs  mentionnés  à  l’art.  3  al.  1  LAsi, ou encore d’où elle  risquerait d’être astreinte à se  rendre dans un  tel pays (art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut être soumis à  la  torture ni à des  peines ou  traitements  inhumains ou dégradants  (art. 3 de  la convention  du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés  fondamentales [CEDH, RS 0.101]). 5.3. L’exécution de  la décision peut ne pas être raisonnablement exigée  si  le  renvoi  ou  l’expulsion  de  l’étranger  dans  son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple  en  cas  de 

E­521/2009 Page 12 guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée  ou  de  nécessité  médicale (art. 83 al. 4 LEtr). 5.4. L’exécution n’est pas possible  lorsque l’étranger ne peut pas quitter  la  Suisse  pour  son  Etat  d’origine,  son  Etat  de  provenance  ou  un  Etat  tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr). 6.  6.1. L’exécution du renvoi est illicite,  lorsque la Suisse, pour des raisons  de droit  international public, ne peut contraindre un étranger à se rendre  dans  un  pays  donné  ou  qu’aucun  autre  Etat,  respectant  le  principe  du  non­refoulement,  ne  se  déclare  prêt  à  l’accueillir ;  il  s’agit  d’abord  de  l’étranger  reconnu  réfugié,  mais  soumis  à  une  clause  d’exclusion  de  l’asile, et ensuite de l’étranger pouvant démontrer qu’il serait exposé à un  traitement prohibé par l’art. 3 CEDH ou encore l’art. 3 de la convention du  10  décembre  1984  contre  la  torture  et  autres  peines  ou  traitements  cruels,  inhumains ou dégradants (Conv. torture, RS 0.105) (Message du  Conseil  fédéral  à  l’appui  d’un  arrêté  fédéral  sur  la  procédure  d’asile  [APA], du 25 avril 1990, in : FF 1990 II 624). 6.2.  Dans  le  cas  concret,  l’exécution  du  renvoi  ne  contrevient  pas  au  principe de non­refoulement de l’art. 5 LAsi. Comme exposé plus haut, le  recourant n'a pas rendu vraisemblable qu’en cas de retour dans son pays  d’origine, il serait exposé à de sérieux préjudices au sens de l’art. 3 LAsi. 6.3. En ce qui concerne les autres engagements de la Suisse relevant du  droit international, il sied d’examiner particulièrement si l’art. 3 CEDH, qui  interdit la torture, les peines ou traitements inhumains, trouve application  dans le présent cas d’espèce. 6.3.1. Si  l'interdiction de  la  torture,  des peines et  traitements  inhumains  (ou dégradants) s'applique  indépendamment de  la reconnaissance de la  qualité  de  réfugié,  cela  ne  signifie  pas  encore  qu'un  renvoi  ou  une  extradition serait prohibée par le seul fait que dans le pays concerné des  violations  de  l'art. 3  CEDH  devraient  être  constatées ;  une  simple  possibilité  de  subir  des  mauvais  traitements  ne  suffit  pas.  Il  faut  au  contraire  que  la  personne  qui  invoque  cette  disposition  démontre  à  satisfaction  qu'il  existe  pour  elle  un  risque  réel,  fondé  sur  des  motifs  sérieux  et  avérés,  d'être  victime  de  tortures  ou  encore  de  traitements  inhumains ou dégradants en cas de  renvoi dans son pays.  Il en  ressort  qu'une situation de guerre, de guerre civile, de troubles intérieurs graves 

E­521/2009 Page 13 ou de tension grave accompagnée de violations des droits de l'homme ne  suffit  en  principe  pas  (hormis  des  cas  exceptionnels  de  violence  d'une  extrême  intensité) à  justifier  la mise en oeuvre de  la protection  issue de  l'art. 3 CEDH, tant que la personne concernée ne peut rendre hautement  probable qu'elle serait visée personnellement ­ et non pas simplement du  fait  d'un  hasard  malheureux  ­  par  des  mesures  incompatibles  avec  la  disposition  en  question  (JICRA  1996  n°  18  consid. 14b  let. ee  p. 186s;  cf. également  arrêt  de  la  Cour  européenne  des  droits  de  l'homme  en  l'affaire  en  l'affaire  F.H.  c/Suède  du  20 janvier  2009  et  requête  n° 32621/06  et  en  l'affaire  Saadi  c/Italie  du  28 février  2008,  requête  n° 37201/06). 6.3.2.  En  l’occurrence,  le  Tribunal  estime,  pour  les  mêmes  motifs  que  ceux  exposés  au  consid.  3  ci­dessus,  que  le  dossier  ne  fait  pas  apparaître  d'éléments  dont  il  y  aurait  lieu  d'inférer  que  le  recourant  pourrait  être  victime,  en  cas  de  retour  dans  son  pays  d'origine,  et  autrement  que  par  le  fait  d'un  hasard  malheureux,  de  la  torture  ou  de  traitements  prohibés.  Il  a  quitté  son  pays  légalement  et  ne  présente  aucun profil  politique  particulier,  n'a  fait  valoir  aucun  fait  dont  il  y  aurait  lieu  de  déduire  un  risque  concret  qu'il  soit  personnellement  considéré  comme  ayant  eu  des  contacts  étroits  avec  des  cadres  des  LTTE.  Le  recourant  invoque  encore  le  risque  d'être  victime  (en  particulier  s'il  retourne  dans  sa  région  d'origine  où  persistent  certains  foyers  d'insécurité)  d'un  enlèvement  ou  d'un  autre  acte  criminel,  parce  que,  revenant  de  l'étranger,  il  pourrait  être  soupçonné  d'être  dans  l'aisance  financière.  Le  Tribunal  n'ignore  pas  que  certaines  personnes  disposant  de  moyens  considérables,  tels  des  hommes  d'affaires  influents  ou  des  dirigeants  d'entreprise  constituent  des  cibles  potentielles  d'enlèvements  ou  d'autres  actes  de  chantage  dans  le  contexte  actuel  au  Sri  Lanka  (cf. arrêt  E­6220/2006  précité,  consid.  8.5).  Cependant,  le  recourant  ne  correspond  pas  à  ce  type  de  personnes.  Le  seul  fait  que  certains  compatriotes  pourraient  penser  qu'il  a  acquis  une  certaine  richesse  à  l'étranger ne suffit  pas à établir  un  risque  réel,  sérieux et  concret d'être  victime d'actes prohibés. 6.4.  Dès  lors,  l’exécution  du  renvoi  du  recourant  sous  forme  de  refoulement ne transgresse aucun engagement de la Suisse relevant du  droit international, de sorte qu’elle s’avère licite (art. 44 al. 2 LAsi et 83 al.  3 LEtr).

E­521/2009 Page 14 7.  7.1. Selon l’art. 83 al. 4 LEtr,  l’exécution de la décision peut ne pas être  raisonnablement exigée si le renvoi ou l’expulsion de l’étranger dans son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou  de  nécessité médicale. Cette  disposition  s’applique  en  premier  lieu  aux  « réfugiés de la violence », soit aux étrangers qui ne remplissent pas les  conditions  de  la  qualité  de  réfugié  parce  qu’ils  ne  sont  pas  personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de  guerre civile ou de violence généralisée, et ensuite aux personnes pour  qui  un  retour  reviendrait  à  les  mettre  concrètement  en  danger,  notamment parce qu’elles ne pourraient plus recevoir les soins dont elles  ont  besoin.  L’autorité  à  qui  incombe  la  décision  doit  donc  dans  chaque  cas confronter  les aspects humanitaires  liés à  la situation dans  laquelle  se  trouverait  l’étranger  concerné  dans  son  pays  après  l’exécution  du  renvoi à  l’intérêt public militant en  faveur de son éloignement de Suisse  (ATAF  2009/52  consid.  10.1,  ATAF  2008/34  consid.  11.2.2  et  ATAF  2007/10 consid. 5.1). 7.2.  Dans  son  arrêt  de  principe  E­6220/2006  précité,  le  Tribunal  a  procédé  à  une  nouvelle  analyse  circonstanciée  de  la  situation  au  Sri Lanka.  Il  est  arrivé  à  la  conclusion  qu'il  convenait,  vu  en  particulier  l'amélioration  de  la  situation  sécuritaire  depuis  la  fin  officielle  du  conflit  militaire entre l'armée sri­lankaise et  les LTTE, en mai 2009, de modifier  sa pratique en matière d'exécution du  renvoi vers  le nord et  l'est du Sri  Lanka, telle que définie dans la jurisprudence publiée (cf. ATAF 2008/2).  Il considère désormais que l'exécution du renvoi est, en principe, exigible  dans  toute  la  région  de  la  province  de  l'Est  (cf.  consid.  13.1­13.2).  S'agissant  de  la  province  du Nord,  l'exécution  du  renvoi  est  également  considérée comme, en principe, raisonnablement exigible – à l'exception  de  la  région  du  Vanni,  longtemps  restée  sous  contrôle  des  LTTE  et  présentant  des  infrastructures  particulièrement  détruites  et  des  régions  minées – étant précisé qu'il s'impose, s'agissant de personnes provenant  de cette province, d'évaluer avec soin les critères d'exigibilité individuels,  en particulier lorsque les intéressés ont quitté la région depuis longtemps  (cf. consid.  13.2).  Lorsque  l'exécution  du  renvoi  vers  cette  province  n'apparaît  pas  comme  raisonnablement  exigible  en  fonction  de  circonstances  personnelles  particulières  ou  en  raison  d'une  provenance  du  Vanni,  il  convient  d'examiner  s'il  existe  une  possibilité  de  refuge  interne  dans  une  autre  région  du  Sri  Lanka ;  celle­ci  sera  admise  en 

E­521/2009 Page 15 présence  de  facteurs  particulièrement  favorables  (cf. consid.  13.2.2  et  13.2.2.3 i.f.). 7.3. En l'occurrence,  le recourant a déclaré venir de B._______, dans le  district  de  Jaffna  (province  du  Nord).  Selon  les  déclarations  faites  à  l'époque de son audition,  il y vivait avec sa mère et  l'une de ses sœurs.  Son père serait décédé. Dans sa détermination du 30 novembre 2011, le  recourant  a  laissé  entendre  que  sa  mère  et  sa  jeune  sœur  vivaient  toujours  dans  cette  région.  Leur  présence  permet  de  conclure  qu'il  dispose pour  le moins d'un point de chute à Jaffna. Cependant, comme  lui­même,  à  l'époque  où  il  a  quitté  la  région,  vivait  de  manière  relativement  isolée, s'occupant de son père et des terres de la famille,  il  ne doit pas disposer d'un  réseau social particulièrement apte à  l'aider à  trouver  un  emploi;  à  cela  s'ajoute  qu'il  n'a,  selon  ses  déclarations,  pas  bénéficié d'une formation professionnelle et que l'expérience acquise par  son  activité  en  Suisse  n'apparaît  pas  comme  du  type  de  celles  susceptibles de  faciliter sa prise d'emploi dans  la région. Cependant, sa  famille  possédait  des  terres  qui  suffisaient  à  les  faire  vivre.  Il  est  donc  permis  de  penser  que  celles­ci  lui  permettraient,  encore  aujourd'hui,  d'assurer sa subsistance, même à supposer qu'il ne puisse plus compter  sur une aide  financière de  la part de sa sœur ou de son oncle vivant à  Londres.  Au  surplus,  le  recourant  est  jeune  et  n'a  pas  allégué  de  problème de santé particulier. 7.4. Tout bien pesé,  le Tribunal estime ainsi que l'ensemble des critères  favorables (présence de parents, possibilité de logement, possession de  terres assurant un certain revenu, capacités physiques et psychiques de  l'intéressé)  l'emporte  en  l'occurrence  sur  les  éléments  (absence  d'un  solide  réseau  social,  éloignement  du  pays,  absence  d'expérience  professionnelle utile) susceptibles de rendre plus difficile sa réinstallation  sur  place.  En  conclusion,  il  arrive  à  la  conclusion  que  l'exécution  du  renvoi du recourant est raisonnablement exigible, au sens de l'art. 83 al. 4  LEtr.   8.  Enfin,  le  recourant  est  en  possession  de  documents  suffisants  pour  rentrer dans son pays ou, à tout le moins, est en mesure d’entreprendre  toute  démarche  nécessaire  auprès  de  la  représentation  de  son  pays  d’origine en vue de l’obtention de documents de voyage lui permettant de  quitter  la  Suisse.  L’exécution  du  renvoi  ne  se  heurte  donc  pas  à  des 

E­521/2009 Page 16 obstacles  insurmontables  d’ordre  technique  et  s’avère  également  possible, au sens de l'art. 83 al. 2 LEtr.  9.  9.1.  Cela  étant,  l’exécution  du  renvoi  doit  être  déclarée  conforme  aux  dispositions légales. 9.2. Il s’ensuit que le recours, en tant qu’il conteste la décision de renvoi  et son exécution, doit être également rejeté. 10.   10.1.   Au vu de l’issue de la cause,  il y aurait  lieu de mettre  les frais de  procédure à la charge du recourant, conformément aux art. 63 al. 1 PA et  2 et 3 let. b du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif  fédéral  (FITAF,  RS  173.320.2). 10.2.    Toutefois,  le  recourant  a  demandé  à  être  dispensé  des  frais  en  raison de son  indigence. Le Tribunal estime que celle­ci est établie, dès  lors que le salaire du recourant ne lui permettrait pas d'assumer les frais  de  procédure  sans  entamer  le minimum  nécessaire  à  la  couverture  de  ses besoins vitaux et des autres frais indispensables.  10.3.  Partant,  la  demande  de  dispense  des  frais  est  admise,  en  application de l'art. 65 al.1 PA, dès lors que les conclusions du recours ne  pouvaient être considérées comme, d'emblée, vouées à l'échec. (dispositif page suivante)   

E­521/2009 Page 17 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est rejeté. 2.   La demande d'assistance judiciaire partielle est admise.  3.  Il n'est pas perçu de frais de procédure. 4.  Le présent arrêt est adressé au recourant, par son mandataire, à  l’ODM  et à l’autorité cantonale compétente. Le président du collège : La greffière : Jean­Pierre Monnet Isabelle Fournier Expédition :

E-521/2009 — Bundesverwaltungsgericht 15.02.2012 E-521/2009 — Swissrulings