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Bundesverwaltungsgericht 22.11.2011 E-8664/2010

22 novembre 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·3,063 parole·~15 min·1

Riassunto

Asile et renvoi | Asile

Testo integrale

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour V E­8664/2010 Arrêt   d u   2 2   n o v emb r e   2011 Composition François Badoud (président du collège),  Daniele Cattaneo, Jean­Pierre Monnet, juges, Chrystel Tornare Villanueva, greffière. Parties A._______, née le (…), Ouzbékistan et Russie,  (…), recourante,  contre Office fédéral des migrations (ODM),  Quellenweg 6, 3003 Berne,    autorité inférieure Objet Asile et renvoi ; décision de l'ODM du 30 novembre 2010 /  N (…).

E­8664/2010 Page 2 Faits : A.  Le  9  novembre  2008,  A._______  a  déposé  une  demande  d'asile  au  Centre d'enregistrement et de procédure de (…). B.  Entendue audit centre  le 13 novembre 2008 et plus particulièrement sur  ses motifs d'asile lors de l'audition du 2 avril 2009, elle a déclaré être de  nationalité ouzbek, d'ethnie (…) et (…) et (…) de profession. Elle  a  indiqué  que  son  père  et  son  grand­père  avait  travaillé  pour  les  services  de  renseignements  soviétiques  (KGB).  Après  la  mort  de  son  père,  en  (…),  des  agents  du  KGB  auraient  effectué  des  fouilles  à  plusieurs  reprises  au  domicile  de  sa  mère  avec  qui  elle  vivait  et  les  auraient mises sur écoute. En raison de cette situation, en (…) ou (…), la  mère et le fils de l'intéressée se seraient réfugiés à (…). En 2001, ceux­ci  ont  déposé  une  demande  d'asile  en  Suisse,  où  ils  résident  encore  actuellement.  La  mère  de  l'intéressée  a  reçu  l'admission  provisoire  en  Suisse  le  (…).  Le  fils  de  l'intéressée  a,  quant  à  lui,  reçu  la  nationalité  suisse le (…). En  Ouzbékistan,  l'intéressée  aurait  vécu  à  (…).  Elle  y  aurait  subi  plusieurs agressions et cambriolages. Au printemps ou en automne 2005,  elle aurait été battue par des  inconnus notamment pour avoir  refusé de  céder (…). Elle aurait porté plainte, mais sans résultat. Le 21 mars 2006, elle se serait rendue à Moscou où elle aurait trouvé du  travail comme (…)  jusqu'au mois de septembre 2006. Lors de ce séjour  en Russie, elle aurait été agressée par un skinhead qui lui aurait cassé la  jambe.  Elle  aurait  été  hospitalisée  pendant  un  mois,  puis  aurait  été  contrainte de retourner en Ouzbékistan en novembre ou décembre 2006. En juin 2008, à (...),  l'intéressée aurait été agressée, alors qu'elle entrait  chez  elle,  par  un  individu  armé  d'un  couteau  qui  lui  aurait  arraché  son  sac.  Elle  se  serait  adressée  à  la  police  qui  n'aurait  pas  retrouvé  l'agresseur. Le 3 juillet 2008, elle se serait rendue à Moscou en avion. Elle s'y est fait  établir  un  passeport  russe et  a  obtenu un  visa Schengen délivré  par  le 

E­8664/2010 Page 3 (…) à Moscou, valable du (…) au (…). Elle aurait alors réservé un voyage  pour  la  France  et  aurait  quitté  Moscou  le  18  octobre  2008.  Elle  aurait  séjourné quelques jours à Paris chez une amie, avant d'entrer en Suisse  le 1er novembre 2008 pour rejoindre son fils et sa mère. L'intéressée a remis aux autorités suisses un passeport ouzbek, établi le  (…),  ainsi  qu'un  passeport  russe  établi  le  16  septembre  2008.  Elle  a  également produit plusieurs autres documents, à savoir notamment deux  photographies  d'elle  suite  à  l'agression  de  2005,  son  (…)  du  (…),  son  diplôme  de  l'Université  de  (...)  ainsi  que  deux  certificats  médicaux  des  22 décembre 2005 et 14 octobre 2006. C.  Par décision du 30 novembre 2010, l'ODM a rejeté la demande d'asile de  l'intéressée, a prononcé son  renvoi de Suisse et ordonné  l'exécution de  cette  mesure.  Il  a  estimé,  en  substance,  que  les  agressions  et  cambriolages dont  l'intéressée aurait été victime étaient  l'œuvre de  tiers  et  que  de  tels  agissements  étaient  poursuivis  et  sanctionnés  par  les  autorités compétentes de son pays de sorte que les motifs invoqués par  l'intéressée  n'étaient  pas  pertinents.  Il  a  également  considéré  que  les  déclarations  de  la  requérante  ne  satisfaisaient  pas  aux  exigences  de  vraisemblance énoncées à l'art. 7 LAsi. Il a enfin indiqué que l'exécution  du renvoi était licite, raisonnablement exigible et possible. Il a précisé que  la  requérante  ne  pouvait  se  prévaloir  de  l'art.  8  de  la  Convention  du  4 novembre  1950  de  sauvegarde  des  droits  de  l’homme et  des  libertés  fondamentales  (CEDH,  RS  0.101),  dans  la  mesure  où  elle  avait  vécu  séparée de son fils de 1998 à 2008 alors qu'il était encore mineur et qu'il  était maintenant majeur et autonome. D.  Par  recours  interjeté,  le  17  décembre  2010,  l'intéressée  a  conclu  à  l'annulation de la décision entreprise, à la reconnaissance de la qualité de  réfugié  et  à  l'octroi  de  l'asile,  ainsi  que,  subsidiairement,  à  l'admission  provisoire.  Elle  a  également  requis  l'octroi  de  l'assistance  judiciaire  partielle et la restitution de l'effet suspensif. Elle a rappelé les motifs qui l'avait poussée à quitter son pays et a précisé  qu'elle avait subi des discriminations en raison de son origine ethnique et  de son statut de femme seule. Elle a également indiqué qu'en Russie, les  ressortissants  des  autres  anciens  Etats  de  l'Union  soviétique  étaient 

E­8664/2010 Page 4 discriminés et qu'il lui avait été impossible d'y trouver un travail stable lui  permettant de subvenir à ses besoins.  Enfin, elle a considéré que l'exécution de son renvoi était inexigible dans  la  mesure  où  elle  n'avait  plus  de  famille  ni  aucun  contact  avec  des  personnes  ni  en  Ouzbékistan  ni  en  Russie.  Elle  a  estimé  qu'elle  se  retrouverait  ainsi  sans  aucun  soutien  ni  logement  et  qu'elle  ne  pourrait  retrouver  un  emploi  pour  subvenir  à  ses  besoins.  Elle  a  également  indiqué souffrir d'un état dépressif. A  l'appui  de  son  recours,  elle  a  produit  un  certificat  médical  établi  le  17 décembre 2010 par un "spécialiste FMH, endocrinologie, diabétologie  et médecine  interne".  Le médecin  y  relève que  l'intéressée  souffre  d'un  état dépressif chronique et qu'elle prend entièrement en charge sa mère,  B._______,  qui  souffre  d'une  affection  psychiatrique  et  nécessite  des  soins au quotidien.  Il  indique que  le  renvoi de  l'intéressée pourrait  ainsi  porter atteinte à sa santé ainsi qu'à celle de sa mère. E.  Par  courrier  du  21  avril  2011,  la  recourante  a  produit  trois  documents  médicaux la concernant et trois autres concernant sa mère, B._______. Il  ressort  de  la  lettre  du  1er  avril  2011,  établie  par  son  médecin  généraliste, que l'intéressée présente un statut post­fracture traumatique  de  la  jambe droite ayant nécessité un  traitement par ostérosynthèse en  2006  et  qu'une  ablation  du  matériel  d'ostéosynthèse  serait  envisagée  prochainement.  Le  médecin  diagnostique  également  un  état  dépressif  sévère pour  lequel  un  traitement médicamenteux existe et  un  important  calcul  rénal  pour  lequel  une  prise  en  charge  urologique  sera  prochainement  envisagée.  Le  médecin  rappelle  également  que  l'intéressée prend soin de sa mère qui souffre d'affection psychiatrique et  de nombreuses pathologies somatiques. Le  rapport  médical  du  7  avril  2011,  établi  par  le  même  médecin,  diagnostique  un  état  dépressif  possible.  Le  traitement  consiste  dans  la  prise de médicament et une psychothérapie. Sans traitement, le médecin  pronostique un risque d'aggravation significative. Dans  l'attestation  établie  le  19  avril  2011,  le  psychiatre  de  l'intéressée  indique  qu'il  l'a  reçue  en  consultation  les  8,  11  et  14  avril  2011  et  que  celle­ci  présente  un  trouble  dépressif  majeur  nécessitant  un  traitement  psychopharmacologique et psychothérapeutique.

E­8664/2010 Page 5 Les  documents  des  26  mai  2004,  8  novembre  2004  et  25  juillet  2007  concernent  la  mère  de  l'intéressée.  Il  ressort,  en  substance,  de  ces  pièces  que  B._______  souffre  de  troubles  de  l'adaptation  avec  perturbation mixte des émotions et des conduites (F43.25). F.  Par  courrier  du  6  mai  2011,  la  recourante,  se  référant  aux  rapports  médicaux déjà produits,  a  rappelé qu'elle était  affaiblie par  ses  troubles  de  santé  et  qu'un  renvoi  porterait  atteinte  à  son  intégrité  psychique  et  physique. G.  Dans  sa  détermination  du  11  mai  2011,  l'ODM  a  maintenu  ses  considérants et proposé le rejet du recours. Il a indiqué que les structures  médicales en Ouzbékistan étaient à même de prendre en charge le suivi  de  personnes  souffrant  des  affections  relevées  dans  les  certificats  médicaux  produits  par  l'intéressée.  Il  a  précisé  que  des  médicaments  appropriés  y  étaient  disponibles  et  que  les  coûts  d'une prise en  charge  médicalisée ne pouvaient pas non plus constituer un obstacle au retour,  dans  la mesure où celui­ci pouvait être assorti d'une aide médicale.  Il a  également  relevé  que  la mère  de  la  recourante  pouvait  compter  sur  le  soutien  de  son  petit­fils  et  que  les  affections  psychiques  dont  celle­ci  souffrait  étaient  connues  des  services  sociaux  genevois  qui  étaient  à  même, le cas échéant, de la prendre en charge. H.  Dans sa réplique du 7 juin 2011, l'intéressée a fait valoir que le système  de  santé  en  Ouzbékistan  ne  pouvait  pas  répondre  aux  besoins  de  la  population  et  que  les  services  de  santé  ainsi  que  les  médicaments  avaient un coût élevé. Elle a rappelé qu'en cas de renvoi dans son pays  elle serait confrontée à une situation extrêmement difficile notamment en  raison de son état de santé et de l'absence de réseau familial sur place. I.  Les autres faits et arguments de la cause seront évoqués, si nécessaire,  dans les considérants en droit ci­dessous.

E­8664/2010 Page 6 Droit : 1.  1.1. Le Tribunal administratif fédéral (le Tribunal), en vertu de l’art. 31 de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF,  RS  173.32), connaît des recours contre les décisions au sens de l’art. 5 de la  loi  fédérale  du  20  décembre  1968  sur  la  procédure  administrative  (PA,  RS 172.021) prises par les autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF. En particulier, les décisions rendues par l’ODM concernant l’asile peuvent  être contestées, par renvoi de l’art. 105 de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile  (LAsi, RS 142.31), devant  le Tribunal,  lequel statue alors définitivement,  sauf demande d’extradition déposée par l’Etat dont le requérant cherche  à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal  fédéral [LTF, RS 173.110]). 1.2. L'intéressée a qualité pour recourir. Présenté dans la forme et dans  le délai prescrits par  la  loi,  le  recours est  recevable  (art. 48 et 52 PA et  108 al. 1 LAsi). 1.3. Le recours ayant, de par la loi, effet suspensif (cf. art. 55 al. 1 PA et  art. 42 LAsi), la requête de restitution de l'effet suspensif est sans objet. 2.  2.1. Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d’origine ou dans  le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices  ou craignent à juste titre de l’être en raison de leur race, de leur religion,  de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou  de  leurs  opinions  politiques.  Sont  notamment  considérées  comme  de  sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l’intégrité corporelle ou  de  la  liberté,  de  même  que  les  mesures  qui  entraînent  une  pression  psychique  insupportable.  Il  y  a  lieu  de  tenir  compte  des motifs  de  fuite  spécifiques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi). 2.2.  Quiconque  demande  l’asile  (recourant)  doit  prouver  ou  du  moins  rendre  vraisemblable  qu’il  est  un  réfugié.  La  qualité  de  réfugié  est  vraisemblable  lorsque  l’autorité  estime  que  celle­ci  est  hautement  probable. Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur  des  points  essentiels,  ne  sont  pas  suffisamment  fondées,  qui  sont  contradictoires,  qui  ne  correspondent  pas  aux  faits  ou  qui  reposent  de 

E­8664/2010 Page 7 manière déterminante sur des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7  LAsi). 3.  3.1. En l’occurrence, l'intéressée n'a pas démontré à satisfaction de droit  que  les exigences  légales requises pour  la reconnaissance de  la qualité  de  réfugié et  l'octroi  de  l'asile étaient  remplies. Son  recours ne contient  sur ce point ni arguments ni moyens de preuve susceptibles de remettre  en cause le bien­fondé de la décision querellée. 3.2. D'entrée de cause, force est de constater que la recourante a déclaré  avoir  quitté  l'Ouzbékistan  pour  se  rendre  en  Russie,  où  elle  aurait  séjourné du 3 juillet au 18 octobre 2008. Elle aurait ensuite voyagé par la  Pologne,  l'Allemagne et  la Belgique avant de rejoindre  la France où elle  serait  restée  quelques  jours.  Elle  a  indiqué  être  entrée  en  Suisse,  le  1er novembre  2008  et  avoir  séjourné  une  semaine  chez  son  fils  et  sa  mère dans le canton de (…). Elle n'a déposé une demande d'asile que le  9 novembre  2008,  soit  huit  jours  après  son  arrivée  en  Suisse.  Or,  si  l'intéressée se sentait réellement en danger, elle n'aurait pas manqué de  demander protection à la première occasion venue, en l'occurrence à son  arrivée en France, et au moins aussitôt entrée en Suisse, ce qu'elle n'a  pas fait.  3.3. Cela précisé, la recourante a allégué notamment comme motif d'asile  que,  par  le passé,  des membres du KGB avaient  fouillé  son domicile à  plusieurs occasions et qu'elle avait été agressée par des  inconnus à de  nombreuses reprises. 3.3.1.  Il  y  a  lieu  de  relever  que  les  faits  se  rapportant  aux  problèmes  qu'elle aurait  rencontrés avec des agents du KGB après  la mort de son  père en (…) et ceux relatifs aux agressions qu'elle aurait subies en 2005  à (...) et en 2006 à Moscou, sans qu'il faille juger de leur vraisemblance,  ne sont pas pertinents pour la reconnaissance de la qualité de réfugié. En  effet,  il n'existe pas de lien de connexité temporel entre  leur survenance  et  le  départ  de  la  recourante  d'Ouzbékistan,  respectivement  de Russie,  pour la Suisse en juillet 2008. S'étant produits plusieurs années avant le  départ de  l'intéressée, ces événements  remontant aux années nonante,  2005 et 2006 ne peuvent manifestement pas être à son origine.  3.3.2. Au demeurant,  l'agression survenue à Moscou en 2006 se  révèle  avoir  été  un  acte  crapuleux  qui  ne  remplit  aucune  des  conditions 

E­8664/2010 Page 8 exhaustivement énumérées à  l'art. 3 LAsi, à savoir des persécutions en  relation avec la race, la religion, la nationalité, l'appartenance à un groupe  social  déterminé  ou  les  opinions  politiques. De  plus,  l'intéressée  n'a  en  rien  établi  que  les  agissements  dont  elle  aurait  été  victime  seraient  tolérés  par  les  autorités  russes,  de  sorte  qu'elle  n'aurait  pas  pu  les  dénoncer et, partant obtenir protection auprès d'elles. 3.3.3.  La  recourante  a  encore  indiqué  n'avoir  jamais  rencontré  de  problème avec les autorités de son pays, mais avoir été agressée par un  inconnu, à (...), en  juin 2008 alors qu'elle entrait chez elle. Elle  fait ainsi  valoir des persécutions émanant de tiers.  Or,  selon  la  jurisprudence, on peut  imputer à  l'Etat  le  comportement de  tiers qui  infligent des préjudices déterminants en matière d'asile,  lorsque  dit  Etat  n'entreprend  rien  pour  les  empêcher  ou  pour  sanctionner  leurs  agissements ou, sans  intention délibérée de nuire, parce qu'il n'a pas  la  capacité de les prévenir (cf. JICRA 2006 n° 18 consid. 7 à 9 p. 190ss). Autrement dit, les persécutions infligées par des tiers ne sont pertinentes  pour l'octroi de l'asile que si le ou les Etats d'origine n'accordent pas une  protection adéquate. En effet,  selon  le  principe de  subsidiarité  de  la  protection  internationale  (in casu celle offerte par  la Suisse) par rapport à  la protection nationale,  principe consacré à l'art. 1A ch. 2 de la Convention relative au statut des  réfugiés du 28 juillet 1951 (Conv., RS 0.142.30), on est en droit d'attendre  d'un requérant qu'il fasse appel en priorité à la protection du ou des pays  dont  il  a  la  nationalité  (cf.  à  ce  propos  JICRA  2006  n°  18  consid.  10.1  p. 201 et JICRA 2000 n°15 p. 107ss, spéc. consid. 7). En  l'espèce,  rien  dans  le  dossier  ne  démontre  que  l'intéressée  n'aurait  pas pu obtenir une protection adéquate contre la survenance d'éventuels  préjudices de  la part de  tiers,  sachant que  le  type d'agression dont elle  aurait fait l'objet ne serait ni soutenu ni approuvé par ses Etats d'origine.  En outre, il est utile de rappeler qu'en cas de persécutions non étatiques,  la  protection  nationale  est  adéquate  lorsque  la  personne  concernée  bénéficie  sur  place  d'un  accès  concret  à  des  structures  efficaces  de  protection  et  qu'il  peut  être  raisonnablement  exigée  d'elle  qu'elle  fasse  appel  à  ces  systèmes  de  protection  internes  (JICRA  2006  n° 18  p. 180ss).

E­8664/2010 Page 9 Par ailleurs,  la notion de protection adéquate ne peut s'entendre comme  la nécessité d'une protection absolue,  aucun Etat  n'étant  en mesure de  garantir une telle protection à chacun de ses citoyens en tout lieu et à tout  moment (JICRA précitée et 1996 n° 28 p. 272). En  l'occurrence,  la  recourante s'est adressée à  la police ouzbèque pour  lui faire part de l'agression dont elle aurait fait l'objet en 2008. Selon ses  propres  dires,  celle­ci  n'aurait  pas  retrouvé  son  agresseur  (cf.  p­v  d'audition du 13 novembre 2008, p. 6). Dans ces conditions, on ne saurait  considérer  que  l'Etat  est  demeuré  passif  ou  a  refusé  d'accorder  sa  protection à la recourante. Si toutefois l'intéressée estimait que la police se désintéressait totalement  de  son  cas  et  qu'elle  demeurait  inactive,  il  lui  appartenait  d'engager  d'autres démarches, à un échelon supérieur, pour faire valoir ses droits et  obtenir  une  protection  adéquate,  ce  d'autant  qu'elle  est  (...)  et  doit  en  conséquence être habituée à ce genre de procédure. En d'autres termes,  il  lui  incombait  de  s'adresser  en  premier  lieu  aux  autorités  ouzbèques  dans la mesure où, comme indiqué plus haut, la protection internationale  revêt  un  caractère  subsidiaire  par  rapport  à  la  protection  nationale,  lorsque comme en  l'espèce, celle­ci existe,  s'avère efficace et peut être  requise sans restriction. On peut en effet attendre d'un requérant d'asile  qu'il  épuise  dans  son  propre  pays  les  possibilités  de  trouver  une  protection adéquate avant de solliciter celle d'un Etat tiers. En  conséquence,  faute  pour  l'intéressée  d'avoir  démontré  qu'elle  s'était  réellement  employée  à  chercher  une  protection  dans  l'un  de  ses  pays  d'origine et que les autorités de ces pays ne seraient pas en mesure de la  lui  apporter,  le  Tribunal  constate  que  les  motifs  invoqués  ne  sont  pas  pertinents, si tant est que ceux­ci aient été rendus vraisemblables. 3.4. Cela étant,  le Tribunal constate, cependant, qu'indépendamment de  la question de  la pertinence de ses motifs,  l'intéressée n'a pas établi  la  crédibilité des événements qu'elle a  rapportés et sur  lesquels elle  fonde  sa demande d'asile. Il y a  lieu de souligner que  les craintes alléguées ne constituent que de  simples  affirmations  de  sa  part  et  ne  reposent  sur  aucun  fondement  concret et sérieux ni ne sont étayées par un quelconque commencement  de preuve pertinent.

E­8664/2010 Page 10 Certes,  la  recourante  a  produit  divers  documents.  Toutefois,  ceux­ci  ne  démontrent  pas  la  véracité  de  ses  allégations  quant  aux  persécutions  qu'elle aurait personnellement subies ou qu'elle craint de subir en cas de  retour  dans  l'un  de  ses  pays  d'origine.  De  plus,  ces  pièces  concernent  des  événements  qui  ont  été  considérés  comme  non  pertinents  par  le  Tribunal en  raison de  l'absence de  lien de connexité entre ceux­ci et  le  départ  de  l'intéressée  d'Ouzbékistan,  respectivement  de  Russie  (cf. consid. 3.3.1  et  3.3.2).  En  effet,  aucune de  ces  pièces  ne  concerne  directement  l'agression  de  juin  2008  qui  serait  à  l'origine  de  la  fuite  de  l'intéressée. 3.5.  Pour  le  surplus,  renvoi  est  fait  aux  considérants  pertinents  de  la  décision de l'ODM. 3.6. Il s’ensuit que le recours, en tant qu’il conteste le refus de l’asile, doit  être rejeté. 4.  4.1. Lorsqu’il rejette la demande d’asile ou qu’il refuse d’entrer en matière  à ce sujet, l’ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en  ordonne  l’exécution ;  il  tient  compte  du  principe  de  l’unité  de  la  famille  (art.  44  al.  1  LAsi).  Le  renvoi  ne  peut  être  prononcé,  selon  l’art.  32  de  l’ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l’asile relative à la procédure (OA 1,  RS 142.311),  lorsque  le  recourant  d’asile  dispose  d’une  autorisation  de  séjour  ou  d’établissement  valable,  ou  qu’il  fait  l’objet  d’une  décision  d’extradition ou d’une décision de renvoi conformément à  l’art. 121 al. 2  de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101). 4.2.  Aucune  exception  à  la  règle  générale  du  renvoi  n’étant  en  l’occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette  mesure. 4.3. Par  ailleurs,  le  Tribunal  relève  que  l'intéressée,  qui  a  la  nationalité  ouzbèque,  détient  aussi  un  passeport  russe  et  a  donc  également  cette  nationalité.  C'est  dès  lors  aussi  bien  vers  l'Ouzbékistan  que  vers  la  Russie que son renvoi peut avoir lieu. 5.  5.1. L’exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnablement  exigible  et  possible  (art.  44  al.  2  LAsi).  Si  ces  conditions  ne  sont  pas 

E­8664/2010 Page 11 réunies, l’admission provisoire doit être prononcée. Celle­ci est réglée par  l’art. 83 de  la  loi  fédérale sur  les étrangers du 16 décembre 2005 (LEtr,  RS 142.20). 5.2. L’exécution n’est pas  licite  lorsque  le  renvoi de  l’étranger dans son  Etat d’origine ou de provenance ou dans un Etat  tiers est  contraire aux  engagements  de  la  Suisse  relevant  du  droit  international  (art.  83  al.  3  LEtr). Aucune personne ne peut être contrainte, de quelque manière que  ce soit, à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa  liberté  serait  menacée  pour  l’un  des  motifs  mentionnés  à  l’art.  3  al.  1  LAsi, ou encore d’où elle  risquerait d’être astreinte à se  rendre dans un  tel pays (art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut être soumis à  la  torture ni à des  peines ou traitements inhumains ou dégradants (art. 3 CEDH). 5.3. L’exécution de  la décision peut ne pas être raisonnablement exigée  si  le  renvoi  ou  l’expulsion  de  l’étranger  dans  son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple  en  cas  de  guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée  ou  de  nécessité  médicale (art. 83 al. 4 LEtr). 5.4. L’exécution n’est pas possible  lorsque l’étranger ne peut pas quitter  la  Suisse  pour  son  Etat  d’origine,  son  Etat  de  provenance  ou  un  Etat  tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr). 6.  6.1. L’exécution du renvoi est illicite,  lorsque la Suisse, pour des raisons  de droit  international public, ne peut contraindre un étranger à se rendre  dans  un  pays  donné  ou  qu’aucun  autre  Etat,  respectant  le  principe  du  non­refoulement,  ne  se  déclare  prêt  à  l’accueillir ;  il  s’agit  d’abord  de  l’étranger  reconnu  réfugié,  mais  soumis  à  une  clause  d’exclusion  de  l’asile, et ensuite de l’étranger pouvant démontrer qu’il serait exposé à un  traitement prohibé par  l’art. 3 de  la Convention du 4 novembre 1950 de  sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (CEDH,  RS  0.101)  ou  encore  l’art.  3  de  la  convention  du  10  décembre  1984  contre  la  torture  et  autres  peines  ou  traitements  cruels,  inhumains  ou  dégradants  (Conv.  torture,  RS  0.105)  (Message  du  Conseil  fédéral  à  l’appui d’un arrêté fédéral sur la procédure d’asile [APA], du 25 avril 1990,  in : FF 1990 II 624). 6.2. En l'espèce,  l’exécution du renvoi ne contrevient pas au principe de  non­refoulement de l’art. 5 LAsi. Comme exposé plus haut, la recourante 

E­8664/2010 Page 12 n'a pas démontré qu’en cas de retour en Ouzbékistan ou en Russie, elle  serait exposée à de sérieux préjudices au sens de l’art. 3 LAsi. 6.3. En ce qui concerne les autres engagements de la Suisse relevant du  droit international, il sied d’examiner particulièrement si l’art. 8 CEDH, qui  consacre le droit au respect de la vie privée et familiale, et l'art. 3 CEDH,  qui  interdit  la  torture,  les  peines  ou  traitements  inhumains,  trouvent  application dans le présent cas d’espèce. 6.3.1.1 Dans son recours, l'intéressée a implicitement invoqué le droit au  respect  de  sa  vie  familiale  en  faisant  valoir  que  son  fils  majeur  et  sa  mère, qui vivent en Suisse depuis 2001, seraient  les seuls membres de  sa  famille directe qui  lui  resteraient.  Il s'agit dès  lors de déterminer si  la  recourante peut s'opposer à une éventuelle séparation d'avec son fils et  sa mère, en vertu de l'art. 8 CEDH. 6.3.1.2 Cette norme vise à protéger principalement  les relations existant  au  sein  de  la  famille  au  sens  étroit  (famille  nucléaire),  et  plus  particulièrement  entre  époux  et  entre  parents  et  enfants mineurs  vivant  en  ménage  commun.  Cette  disposition  ne  saurait  être  invoquée  pour  protéger  d'autres  liens  familiaux  ou  de  parenté  qu'à  la  condition  que  l'étranger concerné se trouve en Suisse dans un rapport de dépendance  particulier,  dépassant  les  liens  affectifs  ordinaires,  vis­à­vis  de  la  personne établie en Suisse. Tel est le cas lorsque celui­ci a besoin d'une  attention  et  de  soins que  seuls  les proches parents  sont  en mesure de  prodiguer.  Cela  vaut  notamment  pour  les  enfants  majeurs  vis­à­vis  de  leurs parents résidant en Suisse (ATF 129 II 11 consid. 2 p. 14). On peut  en  effet  généralement  présumer  qu'à  partir  de  dix­huit  ans  un  jeune  adulte  est  en  mesure  de  vivre  de  manière  indépendante,  sauf  circonstances particulières telles qu'un handicap – physique ou mental –  ou une maladie grave rendant  irremplaçable  l'assistance permanente de  ses proches (résidant en Suisse) dans sa vie quotidienne (cf. ATF 125 II  521 consid. 5, ATF 120 Ib 257 consid. 1/d­e, ATF 115 Ib 1 consid. 2b­c ;  JICRA  1995  n° 24  consid.  7  p.  227s.,  JICRA  1994  n°  7  consid.  3d  p.  63s.).  La  condition  de  la  relation  de  dépendance  posée  par  la  jurisprudence du Tribunal fédéral est conforme à la pratique des organes  conventionnels (cf. ATF 120 Ib 257 consid. 1d p. 261; 115 Ib 1 consid. 2c  p. 5).  Ainsi,  la  Cour  européenne  des  droits  de  l'homme  subordonne  également  la  protection  de  l'art.  8  CEDH,  s'agissant  d'adultes  et  notamment d'enfants adultes vis­à­vis de  leurs parents, à  l'existence de  facteurs  de  dépendance  allant  au­delà  des  sentiments  d'attachement 

E­8664/2010 Page 13 ordinaires  (cf.  CHRISTOPH  GRABENWARTER,  Europäische  Menschenrechtskonvention,  3e  éd.,  2008,  §  22  no  18 ;  Jens  Meyer­ Ladewig,  Europäische  Menschenrechtskonvention,  Handkommentar,  2e  éd., 2006, no 18b ad art. 8 CEDH). Dans tous  les cas,  l'art. 8 CEDH ne  peut être invoqué que si les relations familiales en cause sont intactes et  sérieusement vécues (cf. ATF 129 II 193 consid. 5.3.1). 6.3.1.3  En  l'espèce,  s'agissant  de  la  relation  familiale  que  l'intéressée  entretient  avec  son  fils,  ces  conditions  ne  sont  manifestement  pas  remplies.  Tout  d'abord,  l'intéressée  et  son  fils,  âgé  de  (…) ans,  ne  forment pas une famille au sens étroit, comme définie ci­dessus. De plus,  la recourante n'a pas allégué se trouver dans un rapport de dépendance  particulier  envers  celui­ci.  Cela  dit,  la  recourante  ne  souffre  pas  d'un  handicap ou d'une maladie grave nécessitant une assistance permanente  dans sa vie quotidienne. Par ailleurs,  il y a  lieu de relever, qu'avant son  arrivée en Suisse, l'intéressée ne vivait plus avec son fils depuis 1998 ou  1999,  soit  depuis  près  de  dix  ans.  Pour  ces  motifs,  il  n'y  a  pas  lieu  d'admettre  l'existence  d'un  rapport  de  dépendance  au  sens  strict  défini  par  la  jurisprudence précitée et ce malgré  la  rigueur sur  le plan humain  que peut représenter une séparation d'une mère avec un fils majeur. 6.3.1.4 S'agissant de sa relation avec sa mère, force est de constater que  la recourante est majeure et apte à mener une existence autonome. Elle  a cependant fait valoir qu'il existait entre elle et sa mère, aujourd'hui âgée  de  (…) ans,  un  rapport  de  dépendance  étroit  qui  nécessitait  impérativement  sa  présence  auprès  d'elle.  Elle  a  indiqué  en  effet  que  l'équilibre  physique  et  psychique  de  sa mère  était  précaire,  qu'elle  était  âgée  et  atteinte  dans  sa  santé  (cf.  rapports  médicaux  concernant  B._______)  et  que  le  soutien  qu'elle  lui  apportait  était  absolument  primordial  pour éviter une dégradation de  l'état  de santé de celle­ci. En  l'état  du  dossier,  le  Tribunal  considère  que  l'existence  d'un  rapport  de  dépendance  au  sens  de  la  jurisprudence  défini  ci­dessus  (cf. consid. 6.3.1.2) n'est toutefois pas établie, même si les relations entre  l'intéressée  et  sa mère  paraissent  étroites  et  de  nature  à  accroître  leur  sentiment d'attachement réciproque et à rendre une éventuelle séparation  plus difficile. Certes,  il  ressort des documents médicaux produits que  la  mère de la recourante souffre de troubles notamment au plan psychique.  Néanmoins, rien n'indique que ces affections nécessitent impérativement  une prise en  charge absolue et  permanente de  la part  de  sa  fille. A  ce  sujet,  il  y  a  lieu  de  relever  que  la  mère  et  la  fille  ont  vécu  séparées  pendant  près  de  dix  ans  avant  l'arrivée  en  Suisse  de  A._______.  Dès 

E­8664/2010 Page 14 lors,  il ne s'agit pas  ici de maintenir une unité  familiale préexistante. De  plus,  la  mère  de  l'intéressée  souffrait  déjà  de  troubles  de  l'adaptation  avant l'arrivée de sa fille en Suisse, ce qui ne l'a pas empêchée de vivre  de manière autonome. Enfin,  il est constant que  la mère de  l'intéressée  pourra compter en Suisse sur  la présence et  le soutien de son petit­fils  majeur qui a maintenant la nationalité suisse. Le cas échéant, elle pourra  également  être  prise  en  charge  par  les  services  sociaux  genevois  qui  sont au courant des affections psychiques dont elle souffre. 6.3.1.5 Dans ces conditions, aussi difficile que puisse être, surtout sous  l'angle affectif, une séparation de la recourante d'avec sa mère et son fils,  l'intéressée  ne  saurait  valablement  invoquer  l'art.  8  CEDH  pour  faire  obstacle à l'exécution de son renvoi. 6.3.2.  Cela  dit,  si  l’interdiction  de  la  torture,  des  peines  et  traitements  inhumains  (ou  dégradants)  s’applique  indépendamment  de  la  reconnaissance de la qualité de réfugié, cela ne signifie pas encore qu’un  renvoi ou une extradition serait prohibée par le seul fait que dans le pays  concerné des violations de l’art. 3 CEDH devraient être constatées ; une  simple possibilité de subir des mauvais traitements ne suffit pas. Il faut au  contraire  que  la  personne  qui  invoque  cette  disposition  démontre  à  satisfaction  qu’il  existe  pour  elle  un  véritable  risque  concret  et  sérieux  d’être victime de tortures, ou de traitements inhumains ou dégradants en  cas de renvoi dans son pays. Il en ressort qu’une situation de guerre, de  guerre  civile,  de  troubles  intérieurs  graves  ou  de  tension  grave  accompagnée de violations des droits de l’homme ne suffit pas à justifier  la  mise  en œuvre  de  la  protection  issue  de  l’art.  3  CEDH,  tant  que  la  personne  concernée  ne  peut  rendre  hautement  probable  qu’elle  serait  visée  personnellement  –  et  non  pas  simplement  du  fait  d’un  hasard  malheureux  –  par  des  mesures  incompatibles  avec  la  disposition  en  question (JICRA 1996 n° 18 consid. 14b let. ee p. 186s). En l’occurrence, rien n'indique que l'exécution du renvoi en Ouzbékistan,  respectivement en Russie, exposerait  l'intéressée à un risque concret et  sérieux de traitements de cette nature.  6.4.  Dès  lors,  l’exécution  du  renvoi  de  la  recourante  sous  forme  de  refoulement ne transgresse aucun engagement de la Suisse relevant du  droit international, de sorte qu’elle s’avère licite (art. 44 al. 2 LAsi et 83 al.  3 LEtr).

E­8664/2010 Page 15 7.  7.1. Selon l’art. 83 al. 4 LEtr,  l’exécution de la décision peut ne pas être  raisonnablement exigée si le renvoi ou l’expulsion de l’étranger dans son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou  de nécessité médicale.  Cette disposition s’applique en premier lieu aux "réfugiés de la violence",  soit aux étrangers qui ne remplissent pas  les conditions de la qualité de  réfugié  parce  qu’ils  ne  sont  pas  personnellement  persécutés,  mais  qui  fuient  des  situations  de  guerre,  de  guerre  civile  ou  de  violence  généralisée, et ensuite aux personnes pour qui un retour reviendrait à les  mettre concrètement en danger, notamment parce qu’elles ne pourraient  plus recevoir  les soins dont elles ont besoin. L’autorité à qui  incombe  la  décision doit donc dans chaque cas confronter  les aspects humanitaires  liés à la situation dans laquelle se trouverait l’étranger concerné dans son  pays après l’exécution du renvoi à l’intérêt public militant en faveur de son  éloignement  de  Suisse  (ATAF  2009/52  consid.  10.1,  ATAF  2008/34  consid. 11.2.2 et ATAF 2007/10 consid. 5.1). 7.2.  En  l'occurrence,  le  Tribunal  ne  saurait  admettre  que  la  situation  actuelle prévalant en Ouzbékistan, respectivement en Russie, est en soi  constitutive  d'un  empêchement  à  la  réinstallation  de  la  recourante.  En  effet,  ces  pays  ne  connaissent  pas  une  situation  de  guerre,  de  guerre  civile  ou  de  violence  généralisée  qui  permettrait  d’emblée  –  et  indépendamment  des  circonstances  du  cas  d’espèce  –  de  présumer,  à  propos  de  tous  leurs  ressortissants,  l’existence  d’une  mise  en  danger  concrète au sens de l’art. 83 al. 4 LEtr. 7.3. Il s'agit dès lors de déterminer si, au vu de la situation personnelle de  la  recourante,  l'exécution  de  son  renvoi  est  également  raisonnablement  exigible. 7.3.1. En  l'espèce, A._______  fait  valoir  des problèmes d'ordre médical  qui, selon elle, s'opposent à l'exécution de son renvoi. 7.3.2.  S'agissant  des  personnes  en  traitement  médical  en  Suisse,  l'exécution  du  renvoi  ne  devient  inexigible,  en  cas  de  retour  dans  leur  pays  d'origine  ou  de  provenance,  que  dans  la  mesure  où  elles  ne  pourraient plus  recevoir  les soins essentiels garantissant des conditions  minimales d'existence ; par soins essentiels, il faut entendre les soins de 

E­8664/2010 Page 16 médecine générale et d'urgence absolument nécessaires à la garantie de  la  dignité  humaine  (JICRA  2003  n°  24  consid.  5b  p.  157s.  ; GABRIELLE  STEFFEN,  Droit  aux  soins  et  rationnement,  Berne  2002,  p.  81s.  et  87).  L'art.  83  al.  4  LEtr,  disposition  exceptionnelle  tenant  en  échec  une  décision  d'exécution  du  renvoi,  ne  saurait  en  revanche  être  interprété  comme  une  norme  qui  comprendrait  un  droit  de  séjour  lui­même  induit  par un droit général d'accès en Suisse à des mesures médicales visant à  recouvrer  la santé ou à  la maintenir, au simple motif que  l'infrastructure  hospitalière  et  le  savoir­faire  médical  dans  le  pays  d'origine  ou  de  destination de  l'intéressé n'atteint pas  le standard élevé qu'on  trouve en  Suisse (cf. JICRA 2003 n° 24 précitée, JICRA 1993 n° 38 p. 274s.).  Ainsi,  il ne suffit pas en soi de constater, pour admettre  l'inexigibilité de  l'exécution  du  renvoi,  qu'un  traitement  prescrit  sur  la  base  de  normes  suisses ne pourrait être poursuivi dans le pays de l'étranger. On peut citer  ici  les  cas  de  traitements  visant  à  atténuer  ou  guérir  des  troubles  psychiques ou physiques qui ne peuvent être qualifiés de graves.  Si  les  soins  essentiels  nécessaires  peuvent  être  assurés  dans  le  pays  d'origine  ou  de  provenance  de  l'étranger  concerné,  cas  échéant  avec  d'autres  médications  que  celles  prescrites  en  Suisse,  l'exécution  du  renvoi  dans  l'un  ou  l'autre  de  ces  pays  sera  raisonnablement  exigible.  Elle  ne  le  sera  plus,  au  sens  de  l'art.  83  al.  4  LEtr  si,  en  raison  de  l'absence  de  possibilités  de  traitement  adéquat,  l'état  de  santé  de  l'intéressé  se  dégraderait  très  rapidement  au  point  de  conduire  d'une  manière certaine à la mise en danger concrète de sa vie ou à une atteinte  sérieuse, durable, et notablement plus grave de son intégrité physique ou  psychique  (GOTTFRIED ZÜRCHE, Wegweisung  und  Fremdenpolizeirecht  :  die  verfahrensmässige  Behandlung  von  medizinischen  Härtefällen,  in  Schweizerisches  Institut  für Verwaltungskurse, Ausgewählte Fragen des  Asylrechts, Lucerne 1992 ; JICRA 2003 n° 24 précitée). 7.3.3. En  l'occurrence,  la  recourante  est  suivie médicalement  en  raison  de  problèmes  de  santé  tant  psychiques  (état  dépressif  sévère),  nécessitant  un  traitement  médicamenteux  et  psychothérapeutique,  que  physiques  (calcul  rénal  et  problèmes orthopédiques),  pour  lesquels  une  prise  en  charge  urologique  et  une  ablation  du matériel  d'ostéosynthèse  étaient "envisagées". Si ces affections sont certes sérieuses, en particulier en ce qui concerne  les troubles psychiques, il n'apparaît cependant pas qu'elles soient d'une 

E­8664/2010 Page 17 gravité propre à constituer un obstacle à l'exécution du renvoi au sens de  la jurisprudence précitée. Plus précisément, il n'appert pas qu'elles soient  à  ce  point  intenses  qu'elles  nécessitent  un  traitement  particulièrement  lourd  et  pointu,  qui  ne  pourrait,  éventuellement,  pas  être  poursuivi  en  Ouzbékistan,  en  particulier  à  (...),  ou  en  Russie,  ou  qu'elles  puissent  occasionner  une  mise  en  danger  concrète  en  cas  de  retour  dans  ces  pays.  A  cet  égard,  le  Tribunal  constate  que  le  suivi  thérapeutique  dont  bénéficie la recourante est de nature ambulatoire, limité à des traitements  médicamenteux et à une psychothérapie. Il est à relever, à ce sujet, qu'un  retour  lui  permettra  de  suivre  sa  thérapie  dans  sa  propre  langue.  Cela  étant, les médicaments nécessaires à l'intéressée pourront lui être fournis  dans  le cadre d'une aide au retour appropriée, ce qui devrait  faciliter sa  réadaptation.  S'agissant  en  particulier  de  l'Ouzbékistan,  selon  les  informations  à  disposition  du  Tribunal  (cf.  notamment  World  Health  Organization  (WHO) – AIMS  Report  on  Mental  Health  System in Uzbekistan, 2007,  http://www.who.int/mental_health/evidence/uzbekistan_who_aims_report. pdf,  site  consulté  le  18  juillet  2011),  ce  pays  dispose  de  structures  hospitalières  et  médicales  dans  le  domaine  des  troubles  psychiques  à  même  de  prendre  en  charge  les  personnes  souffrant  de  ce  genre  de  problèmes, y compris celles atteintes de  troubles d'une certaine gravité.  De plus,  les patients souffrant de problèmes psychiques ont en principe  un  accès  gratuit  (ou  du  moins  pris  en  charge  à  hauteur  de  80%)  aux  médicaments essentiels et bénéficie également gratuitement de soins et  de  traitement  en  hôpital  psychiatrique.  Il  peut  être  relevé  en  particulier  que  la  ville  de  Tachkent  dispose  de  plusieurs  services  hospitaliers,  notamment  un  dispensaire  spécialisé  dans  les  maladies  psychiques,  à  même de  prodiguer  des  soins  adaptés  aux  personnes  souffrant  de  tels  troubles (cf. http://www.kliniki.uz/index.php?option=com_content&view=ar ticle&id=810:2011­03­26­06­01­39&catid=648:2011­05­13­13­47­ 43&Itemid=56, site consulté le 27 juillet 2011).  S'agissant  des  problèmes  physiques,  le  rapport  médical  est  imprécis  dans  la  mesure  où  il  indique  uniquement  qu'une  prise  en  charge  sera  envisagée. Il peut ainsi être parti du principe que ces problèmes ne sont  pas  graves  et  que,  si  nécessaire,  l'intéressée  pouvait  prendre  ses  dispositions  pour  effectuer  les  actes  médicaux  envisagés  avant  son  départ de Suisse. En outre, l'intéressée a déjà été suivie en Ouzbékistan  pour  ses problèmes orthopédiques et  les  calculs  rénaux peuvent  y  être  traités (cf. à ce sujet Medizinisches Web­Portal Usbekistan, février 2009, 

E­8664/2010 Page 18 http://med.uz/documentation/detail.php?ID=2208, site consulté le 22 juillet  2011). A  cela  s'ajoute  que  la  Russie  dispose  également  des  structures  médicales  à  même  de  prendre  en  charge  les  troubles  dont  souffre  la  recourante  (cf.  à  ce  sujet  arrêt  du  Tribunal  administratif  fédéral  D­ 630/2011 du 27 mai 2011). Ainsi,  en  l'état  actuel,  il  n'apparaît  pas  que  les  troubles  dont  souffre  la  recourante soient de nature à mettre sa vie ou sa santé concrètement en  danger  à brève échéance,  en  cas de  retour  dans  l'un ou  l'autre  de  ses  pays. Certes,  le  médecin  en  charge  de  l'intéressée  craint  une  péjoration  de  l'état  de  santé  de  sa  patiente  en  cas  d'interruption  du  traitement  et  de  retour en Ouzbékistan,  respectivement en Russie. Quand bien même  le  Tribunal est conscient de  l'impact négatif qu'est susceptible d'engendrer  une  décision  relative  à  l'exécution  du  renvoi  sur  l'état  de  santé  de  l'intéressée,  il considère qu'il appartiendra à ses thérapeutes de prendre  les mesures  adéquates  pour  la  préparer  à  la  perspective  d'un  retour  et  aux  autorités  d'exécution  de  vérifier  le  besoin  de mesures  particulières  que  requerrait  son  état  lors  de  l'organisation  du  renvoi.  En  effet,  une  péjoration  éventuelle  de  l'état  psychique  est  une  réaction  qui  peut  être  couramment observée chez une personne dont la demande de protection  a  été  rejetée,  sans  qu'il  faille  pour  autant  y  voir  un  obstacle  sérieux  à  l'exécution  du  renvoi.  Enfin,  on  ne  saurait  d'une  manière  générale  prolonger  indéfiniment  le séjour d'une personne en Suisse au seul motif  que  la  perspective  d'un  retour  serait  hypothétiquement  susceptible  de  générer une aggravation dépressive. Dans  ces  conditions,  le Tribunal  considère que  les problèmes de  santé  de la recourante, bien que non négligeables, ne sont pas graves au point  de devoir  renoncer  à  l'exécution de  son  renvoi. Ce d'autant moins que,  comme indiqué plus haut,  l'Ouzbékistan, et en particulier  la ville de (…),  ainsi  que  la  Russie  disposent  de  structures  médicales  susceptibles  de  prendre en charge les problèmes de santé évoqués. Cela dit, le Tribunal relève encore que l'art. 83 al. 4 LEtr ne saurait servir  à faire échec à une décision de renvoi au simple motif que l'infrastructure  hospitalière et  le savoir­faire médical prévalant en Suisse correspondent 

E­8664/2010 Page 19 à un standard élevé non accessible dans  les pays d'origine ou  les pays  tiers de résidence (cf. dans ce sens JICRA 2003 n° 24 précitée). 7.4. En  outre,  il  ne  ressort  du  dossier  aucun  élément  dont  on  pourrait  inférer  que  l’exécution  du  renvoi  impliquerait  une  mise  en  danger  concrète  de  la  recourante.  Le  Tribunal  constate  que  celle­ci  est  encore  jeune, sans charge de  famille et au bénéfice d’une excellente  formation  professionnelle, ainsi que d'expériences pratiques notamment en qualité  de (...). En outre, la recourante ayant vécu la plus grande partie de sa vie  à  (...),  elle  y  dispose assurément  d’un  réseau  social,  ­  dont  notamment  des  amies  d'enfance  et  en  particulier  une  certaine C._______  chez  qui  elle a d'ailleurs vécu avant son départ  (cf. p­v d'audition du 2 avril 2009  p. 5s.)  ­,  sur  lequel  elle  pourra  compter  à  son  retour.  Au  demeurant,  l'intéressée,  qui  a  la  nationalité  russe,  pourra  également  s'installer  en  Russie.  En  effet,  l'obligation  d'obtenir  l'accord  des  autorités  de  police  russes avant de prendre résidence en un lieu donné a maintenant disparu  et  elle  pourra  donc  s'établir  en  tout  point  de  la  Russie,  y  compris  à  Moscou  où  elle  a  déjà  vécu  et  travaillé. De  plus,  son  récit  dénote  que  l'intéressée est une femme d'une grande autonomie qui saura trouver les  moyens nécessaires à sa réinstallation en Ouzbékistan, voire en Russie.  Dans ces conditions,  il y a  tout  lieu de penser qu'elle pourra mener une  existence  conforme à  la  dignité  humaine  lors  de  son  retour, malgré  les  difficultés qu'elle pourra rencontrer dans un premier temps. Enfin, en cas  de besoin,  la  recourante pourra présenter à  l'ODM une demande d'aide  au retour au sens des art. 93 LAsi et en particulier une aide  individuelle  telle  que  prévue  à  l'al.  1  let.  d  de  cette  disposition  et  aux  art.  73ss  de  l'ordonnance 2 du 11 août 1999 sur l'asile relative au financement (OA 2,  RS 142.312).  Une  telle  aide  devrait  lui  permettre  de  faire  face  dans  un  premier temps aux difficultés inhérentes à son retour. 7.5. Au surplus, le Tribunal rappelle que les motifs résultant de difficultés  consécutives  à  une  crise  socio­économique  (pauvreté,  condition  d'existence  précaires,  difficultés  à  trouver  un  emploi  et  un  logement,  revenus  insuffisants, absence de  toute perspective d'avenir) auxquelles,  dans le pays concerné, chacun peut être confronté, ne sont pas non plus,  en  tant  que  tels,  déterminants  sous  l'angle  de  l'exécution  du  renvoi  (cf. dans  ce  sens  JICRA  2005  n° 24,  JICRA  2003  n° 24  consid.  5e  p. 159).

E­8664/2010 Page 20 7.6. En définitive, et après pesée de tous les éléments du cas d'espèce,  l’exécution  du  renvoi  doit  être  considérée  comme  raisonnablement  exigible. 8.  Enfin,  la  recourante  est  en  possession  d'un  passeport  ouzbek  et  d'un  passeport  russe  valables  lui  permettant  de  regagner  un  de  ces  pays.  L’exécution  du  renvoi  ne  se  heurte  donc  pas  à  des  obstacles  insurmontables  d’ordre  technique  et  s’avère  également  possible  (cf.  ATAF 2008/34 consid. 12 p. 513­515). 9.  9.1.  Cela  étant,  l’exécution  du  renvoi  doit  être  déclarée  conforme  aux  dispositions légales. 9.2. Il s’ensuit que le recours, en tant qu’il conteste la décision de renvoi  et son exécution, doit être également rejeté. 10.  10.1.  Vu  l’issue  de  la  cause,  il  y  aurait  lieu  de  mettre  les  frais  de  procédure à  la charge de  la  recourante, conformément aux art. 63 al. 1  PA et 2 et 3  let. b du règlement du 21 février 2008 concernant  les frais,  dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif  fédéral  (FITAF,  RS 173.320.2). 10.2.  Toutefois,  compte  tenu  de  la  particularité  du  cas  d'espèce,  il  est  renoncé à la perception de frais de procédure (cf. art. 6 let. b FITAF). La  demande d'assistance judiciaire partielle devient ainsi sans objet. (dispositif : page suivante)  

E­8664/2010 Page 21 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est rejeté. 2.  Il  n'est  pas  perçu  de  frais  de  procédure.  La  demande  d'assistance  judiciaire partielle est sans objet. 3.  Le  présent  arrêt  est  adressé  à  la  recourante,  à  l’ODM  et  à  l’autorité  cantonale compétente. Le président du collège : La greffière : François Badoud Chrystel Tornare Villanueva Expédition :

E-8664/2010 — Bundesverwaltungsgericht 22.11.2011 E-8664/2010 — Swissrulings