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Bundesverwaltungsgericht 11.10.2011 E-4644/2010

11 ottobre 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·1,803 parole·~9 min·2

Riassunto

Asile et renvoi (recours réexamen) | Asile et renvoi (recours réexamen); décision de l'ODM du 27 mai 2010

Testo integrale

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour IV E­4644/2010 Arrêt   d u   1 1   octobre   2011 Composition Maurice Brodard (président du collège),  Hans Schürch, Emilia Antonioni, juges, Christian Dubois, greffier. Parties A._______,  son épouse B._______,  leurs enfants C._______, D._______, et E._______, tous ressortissants du Kosovo, représentés par (…) recourants, contre Office fédéral des migrations (ODM),  Quellenweg 6, 3003 Berne,  autorité inférieure.  Objet Exécution du renvoi (réexamen) ;  décision de l'ODM du 27 mai 2010 / N (…).

E­4644/2010 Page 2 Faits : A.    A.a  Le 25 septembre 2000, A._______ a déposé une première demande  d'asile en Suisse, qu'il a retirée le 12 novembre 2001. A.b     Le 10 janvier 2007, son épouse B._______, accompagnée de ses  trois  enfants,  a  demandé  l'asile  à  la Suisse. Par  décision  du  30  janvier  2007,  l'ODM  a  rejeté  cette  demande  et  a  ordonné  le  renvoi  des  requérants ainsi que l'exécution de cette mesure.  A.c Le 8 août 2007, A._______ a déposé une seconde demande d'asile  au centre d'enregistrement et de procédure de Vallorbe (ci­après, CEP).  Par décision du 31 mars 2009, l'ODM a également rejeté cette demande,  a prononcé le renvoi de Suisse de l'intéressé, et en a ordonné l'exécution.  A.d Dans  leurs  recours  formés  les 1er mars 2007 et 4 mai 2009, contre  les décisions de  l'ODM des 30  janvier 2007 et 31 mars 2009,  les époux  A._______ ont conclu, principalement, à  la reconnaissance de  la qualité  de  réfugié  et  à  l'octroi  de  l'asile,  subsidiairement,  au  prononcé  de  leur  admission  provisoire  en  Suisse.  Ils  ont  produit  trois  rapports  médicaux  datés du 26 avril  2007, du 29 avril  2009, et du 9  juin 2009,  laissant en  substance  apparaître  que  B._______  et  A._______  souffraient  d'un  épisode  dépressif  sévère  du  type  F  32.2  (selon  la  classification  internationale des troubles mentaux et des troubles du comportement de  l'OMS;  ci­après  CIM)  avec  trouble  panique  (CIM  –  F  41.0),  respectivement de trouble anxieux et dépressif mixte (CIM ­ F 41.2). A.e  Par  arrêt  du  13  novembre  2009,  le  Tribunal  administratif  fédéral         (ci­après,  le Tribunal) a  rejeté  les  recours des  intéressés.  Il a considéré  que ceux­ci pouvaient faire appel à des structures officielles de protection  efficaces  au  Kosovo  et  qu'en  conséquence,  les  motifs  de  persécution  allégués n'étaient pas pertinents en matière d'asile. Il a par ailleurs estimé  que  l'appartenance des  recourants à  la minorité  torbe ne pouvait en soi  justifier la reconnaissance de la qualité de réfugié.              Le Tribunal a, d'autre part,  jugé que  les  troubles psychiques des époux  A._______  n'avaient  pas  nécessité  de  mesures  curatives  plus  importantes  (comme  des  traitements  lourds  en  milieu  hospitalier)             ou les obligeraient à recourir à de telles mesures à l'avenir. Il en a conclu  que ces troubles n'étaient pas si graves au point de mettre concrètement 

E­4644/2010 Page 3 en  danger  la  vie  ou  l'intégrité  physique  des  intéressés  au  cas  où  ils  retourneraient au Kosovo.  Il a ajouté que ces derniers pouvaient obtenir  dans  leur  pays  d'origine  les  médicaments  indispensables,  en  tout  cas  sous forme générique. B.  Par  acte  du 10  février  2010, A._______ et B._______ ont  sollicité  pour  eux­mêmes et leurs enfants le réexamen des décisions de l'ODM des 30  janvier  2007 et  31 mars 2009 en  ce qu'elles ordonnaient  l'exécution du  renvoi de leur famille au Kosovo. Ils ont produit les documents médicaux  suivants :   Deux  attestations,  établies  en  dates  des  11  et  15  décembre  2009,     par  le  docteur  F._______,  respectivement  Mme  G._______,  psychologue,  dont  il  ressortait  que  B._______  avait  tenté  de  se  suicider par administration de médicaments après avoir été invitée par  le  Service  cantonal  vaudois  de  la  population  à  recevoir  ses  documents de voyage. La patiente présentait un visage  très  fatigué,  son corps semblait figé, elle exprimait sa crainte de perdre le contrôle  en cas de nouvelle décision de renvoi et bénéficiait d'un suivi psycho­ thérapeutique  intensif.  La  psychologue  consultée  jugeait  élevé  le  risque de passage à l'acte.    Un  certificat  médical  délivré,  le  15  décembre  2009,  par  le  docteur  H._______,  révélant  que  l'état  de  santé  de  A._______  ne lui permettait alors pas de voyager.   Un certificat médical concernant D._______, daté du 7  janvier 2010.  Selon ce document, l'enfant souffrait de malformation et de dysplasie  séquellaire  de  la  hanche  droite.  Elle  avait  subi  une  ostéotomie  de  Wagner,  d'allongement  du  col.  La  rééducation  consécutive  à  cette  intervention devait se poursuivre pendant six mois, au moins.  A l'appui de leur requête du 10 février 2010, les époux A._______ ont fait  valoir que l'exécution du renvoi de leur famille n'était pas raisonnablement  exigible  à  cause de  la  dégradation de  leur  état  de  santé et  de  celui  de  leur  enfant  D._______  relatée  dans  les  documents  médicaux  susmentionnés.  Ils  ont  expliqué  que  les  infrastructures  médicales  au  Kosovo  ne  pouvaient  assurer  la  mise  en  oeuvre  des  traitements  indispensables dont leur famille avait besoin. Ils ont souligné à cet égard  que la situation précaire des membres de la minorité ethnique torbe dans 

E­4644/2010 Page 4 ce  pays  y  rendraient  plus  ardues  encore  leurs  perspectives  de  réintégration et d'obtention de soins après leur retour.  C.  Le 10 mars 2010, l'autorité inférieure a reçu plusieurs rapports médicaux  complémentaires dont deux concernant plus particulièrement B._______  et A._______,  émis  en  dates  des  18  janvier  et  23  février  2010,  par  les  docteurs I._______ et J._______, respectivement  le docteur H._______.  Leur contenu fait apparaître les éléments saillants essentiels suivants :  B._______  souffre  d'un  trouble  dépressif,  avec  de  probables  traits  impulsifs,  manifestés  par  les  passages  à  l'acte  récent.  Elle  devra  bénéficier  d'un  soutien  continu  à  l'avenir.  A._______  a,  quant  à  lui,  vu son état de santé s'aggraver au mois de décembre 2009 en réaction à  la tentative de suicide de son épouse et à la menace de renvoi immédiat  de sa  famille. Le docteur H._______ ajoute que  le patient présente une  vulnérabilité accrue de décompensation sur un mode anxieux et dépressif  lié à son vécu au Kosovo.  Il considère qu'une nouvelle confrontation de  l'intéressé  à  des  événements  traumatisants  risque  d'aggraver  ses  affections  chroniques  et  représente  donc  un  facteur  militant  contre  un  traitement  médical  dans  son  pays  d'origine.  Le  pronostic  demeure  réservé  et  dépend  principalement  d'une  stabilisation  du  contexte  psychosocial  avec  un  risque  important  d'aggravation  des  symptômes  dépressifs  et  anxieux  en  cas  d'insécurité  psycho­sociale  durable              (le renvoi du requérant dans son pays d'origine représentant à cet égard  le facteur de stress principal).   D.  Par  décision  du  27  mai  2010,  l'ODM  a  rejeté  la  demande  de  reconsidération  du  10  février  2010.  Il  a  notamment  considéré  que  les  problèmes de santé des époux A._______ étaient la conséquence directe  de leur renvoi et a ajouté que leurs médecins traitants étaient en mesure  de  les  préparer  à  un  retour  dans  leur  pays  d'origine,  afin  d'exclure  un  dommage  concret  à  leur  santé.  Dit  office  a,  en  tout  état  de  cause,  estimé que  le  Kosovo  disposait  d'infrastructures  médicales  pouvant  prendre en charge les intéressés.  E.  Dans  leur  recours  formé  le  28  juin  2010,  A._______  et  B._______  ont conclu à l'annulation de cette décision et au prononcé de l'admission  provisoire de  leur  famille en Suisse. Réitérant  les arguments exposés à  l'appui  de  leur  demande  de  reconsidération  du  10  février  2010,                

E­4644/2010 Page 5 ils ont notamment soutenu que les problèmes vécus par les membres de  leur  ethnie  au  Kosovo  entraveraient  considérablement  leur  accès  aux  traitements  indispensables  devant  leur  être  accordés  à  long  terme.            Les  recourants  ont  aussi  fait  valoir  qu'une  aggravation  de  leur  état  psychique les empêcherait d'assumer leurs responsabilités parentales et  porterait  ainsi  gravement  atteinte  à  l'intérêt  supérieur  de  leurs  enfants.                      Ils ont requis les mesures provisionnelles et la dispense du paiement de  l'avance des frais de procédure.  F.  Par  décision  incidente  du  29  juin  2010,  le  juge  instructeur  a  admis            les demandes de mesures provisionnelles et de dispense du paiement de  l'avance des frais de procédure.  G.  Dans  sa  réponse  du  7  juillet  2010,  transmise  pour  information  aux  intéressés, l'ODM a préconisé le rejet du recours.  H.  Accédant à  la demande du Tribunal  de  livrer des documents actualisés  sur  l'état  de  santé  de  leur  famille,  les  époux  A._______  ont  produit  un  nouveau  certificat médical  du docteur H._______,  daté  du 6  septembre  2011,  de  contenu presqu'identique  à  celui  du  précédent  certificat  de  ce  médecin du 23 février 2010. Ils ont également déposé un rapport médical  établi, le 13 septembre 2011, par la doctoresse K._______, dont il ressort  que B._______ souffre de trouble dépressif récurrent (CIM ­ F 33.1 et Z  63.0). Elle doit suivre un traitement psychiatrique et psycho­thérapeutique  intégré  doublé  d'une  thérapie  médicamenteuse  anti­dépressive  et  anti­ anxiolytique  (Cipralex, Xanax et Zoldorm). De  tels soins devront  lui être  accordés  pendant  une  durée  indéterminée.  Selon  cette  doctoresse  toujours,  "l'évaluation  du  risque  suicidaire  témoigne  d'un  risque  élevé,  d'une urgence élevée ainsi que d'une dangerosité élevée." I.  Les autres faits de la cause seront évoqués en tant que de besoin dans  les considérants juridiques qui suivent.

E­4644/2010 Page 6 Droit : 1.   1.1. Selon  l'art. 31 de  la  loi du 17  juin 2005 sur  le Tribunal administratif  fédéral  (LTAF,  RS  173.32),  le  Tribunal  connaît  des  recours  contre  les  décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre 1968 sur la  procédure  administrative  (PA,  RS 172.021),  dont  en  particulier  celles  rendues par  l’ODM en matière d'asile  (cf. art. 33  let. d LTAF, applicable  de  par  le  renvoi  de  l'art.  105  LAsi),  qui  n'entrent  pas  dans  le  champ  d'exclusion de l'art. 32 LTAF. Le Tribunal est donc compétent pour connaître du présent litige. Il statue  de manière définitive, sauf demande d’extradition déposée par l’Etat dont  le requérant cherche à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin  2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110]). 1.2.  La  procédure  est  régie  par  la  PA,  sous  réserve  de  dispositions  contraires de la PA ou de la LAsi (art. 37 LTAF, resp. 6 LAsi). Les intéressés ont qualité pour recourir (art. 48 al. 1 PA). Présenté dans  la  forme  (art.  52  PA)  et  le  délai  (art.  50  al.  1  PA)  prescrits  par  la  loi,  leur recours est recevable. 2.   2.1.  La  demande  de  réexamen  (aussi  appelée  demande  de  nouvel  examen ou de reconsidération), définie comme une requête non soumise  à  des  exigences  de  délai  ou  de  forme,  adressée  à  une  autorité  administrative en vue de la reconsidération de la décision qu'elle a prise  et  qui  est  entrée  en  force,  n'est  pas  expressément  prévue  par  la  PA.         La  jurisprudence  et  la  doctrine  l'ont  cependant  déduite  de  l'art.  4  de  la  Constitution fédérale du 29 mai 1874 (aCst), qui correspond, sur ce point,  à l'art. 29 al. 2 Cst. et de l'art. 66 PA, qui prévoit le droit de demander la  révision  des  décisions  sur  recours.  En  principe,  une  demande  de  réexamen ne constitue pas une voie de droit (ordinaire ou extraordinaire).  Partant,  l'ODM  n'est  tenu  de  s'en  saisir  que  dans  deux  situations  :  lorsqu'elle  constitue  une  «  demande  de  reconsidération  qualifiée  »,            à  savoir  lorsqu'une  décision  n'a  pas  fait  l'objet  d'un  recours  (ou  que  le  recours  interjeté  contre  celle­ci  avait  été  déclaré  irrecevable)  et  que  le  requérant  invoque  un  des  motifs  de  révision  prévus  à  l'art.  66  PA,  applicable  par  analogie,  ou  lorsqu'elle  constitue  une  «  demande  d'adaptation », à savoir lorsque le requérant se prévaut d'un changement 

E­4644/2010 Page 7 notable  de  circonstances  depuis  le  prononcé  de  la  décision  concernée  ou,  en  cas  de  recours,  depuis  le  prononcé  de  l'arrêt  sur  recours          (ATAF 2010/27 consid. 2.1 p. 367), soit en l'occurrence, celui du Tribunal  du  13  novembre  2009  confirmant matériellement  les  décisions  de  refus  d'asile, de renvoi et d'exécution du renvoi de l'ODM des 30 janvier 2007  et 31 mars 2009. 2.2.  La  demande  d'adaptation  tend  à  faire  adapter  par  l'autorité  de  première  instance  sa  décision  parce  que,  depuis  son  prononcé,           s'est  créée  une  situation  nouvelle  dans  les  faits  ou  exceptionnellement  sur  le  plan  juridique,  qui  constitue  une  modification  notable  des  circonstances  (arrêt précité  consid. 2.1.1 p. 368). Une  telle  requête doit  être  suffisamment  motivée,  en  ce  sens  que  l'intéressé  ne  peut  pas  se  contenter  d'alléguer  l'existence  d'un  changement  de  circonstances,  mais doit  expliquer,  en  substance,  en  quoi  les  faits  dont  il  se  prévaut  représenteraient  un  changement  notable  des  circonstances  depuis  la  décision entrée en force ; à défaut, l'autorité de première instance n'entre  pas en matière et déclare la demande irrecevable (ibid. consid. 2.1.2). 3.  3.1. En  l'espèce,  les époux A._______ ont  invoqué une dégradation de  leur état de santé postérieure à l'arrêt du Tribunal du 13 novembre 2009  et  ont  étayé  leur  argumentation  par  plusieurs  documents  médicaux.  Pareille  péjoration  constitue  en  l'occurrence  un  changement  de  circonstances justifiant un nouvel examen de leur situation et de celle de  leurs enfants, sous l'angle de l'exigibilité du renvoi. C'est donc à juste titre  que l'ODM est entré en matière sur la demande de reconsidération du 10  février  2010.  Dans  le  cas  particulier,  il  l'a  rejetée  au  motif  que  les  affections  des  recourants  décrites  dans  les  documents  médicaux  susvisés, n'étaient pas de nature à faire obstacle au renvoi de leur famille  au  Kosovo.  Aussi  convient­il  désormais  de  vérifier  si  les  troubles  psychiques des époux A._______ invoqués dans le cadre de la présente  procédure  extraordinaire  de  réexamen  constituent  (ou  non)                    une  modification  notable  des  circonstances  (cf.  consid.  2.2  supra)               de  nature  à  rendre  non  raisonnablement  exigible  l'exécution  de  leur  renvoi et de celui de leurs enfants. 

E­4644/2010 Page 8 3.2.  3.2.1.  Selon  l'art. 83  al. 4  LEtr,  dite  mesure  peut  ne  pas  être  raisonnablement exigée si le renvoi ou l'expulsion de l'étranger dans son  pays  d'origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou  de  nécessité médicale. Cette  disposition  s'applique  en  premier  lieu  aux  "réfugiés  de  la  violence",  soit  aux  étrangers  qui  ne  remplissent  pas          les  conditions  de  la  qualité  de  réfugié  parce  qu'ils  ne  sont  pas  personnellement  persécutés,  mais  qui  fuient  des  situations  de  guerre,  de guerre  civile  ou  de  violence  généralisée,  et  ensuite  aux  personnes  pour  qui  un  retour  reviendrait  à  les  mettre  concrètement  en  danger,  notamment parce qu'elles ne pourraient plus recevoir les soins dont elles  ont  besoin.  L'autorité  à  qui  incombe  la  décision  doit  donc  dans  chaque  cas confronter  les aspects humanitaires  liés à  la situation dans  laquelle  se  trouverait  l'étranger  concerné  dans  son  pays  après  l'exécution  du  renvoi à  l'intérêt public militant en  faveur de son éloignement de Suisse  (ATAF 2009/51  consid.  5.5 p.  748, ATAF 2009/28  consid.  9.3.1 p.  367,  ATAF 2007/10 consid. 5.1 p. 111 et jurisprudence citée). 3.2.2.  S'agissant  plus  spécifiquement  des  personnes  en  traitement  médical en Suisse, l'exécution du renvoi ne devient inexigible, en cas de  retour dans leur pays d'origine ou de provenance, que dans la mesure où  elles  pourraient  ne  plus  recevoir  les  soins  essentiels  garantissant  des  conditions minimales  d'existence ;  par  soins  essentiels,  il  faut  entendre  les soins de médecine générale et d'urgence absolument nécessaires à  la  garantie  de  la  dignité  humaine.  L'art.  83  al.  4  LEtr,  disposition  exceptionnelle  tenant  en  échec  une  décision  d'exécution  du  renvoi,  ne  saurait en  revanche être  interprété comme une norme qui comprendrait  un droit de séjour lui­même induit par un droit général d'accès en Suisse  à des mesures médicales visant à recouvrer la santé ou à la maintenir, au  simple  motif  que  l'infrastructure  hospitalière  et  le  savoir­faire  médical  dans  le  pays  d'origine  ou  de  destination  de  l'intéressé  n'atteint  pas  le  standard élevé qu'on trouve en Suisse.  Ainsi,  il ne suffit pas en soi de constater, pour admettre  l'inexigibilité de  l'exécution  du  renvoi,  qu'un  traitement  prescrit  sur  la  base  de  normes  suisses ne pourrait être poursuivi dans le pays de l'étranger. On peut citer  ici  les  cas  de  traitements  visant  à  atténuer  ou  guérir  des  troubles  psychiques ou physiques qui ne peuvent être qualifiés de graves. Si  les 

E­4644/2010 Page 9 soins essentiels nécessaires peuvent être assurés dans le pays d'origine  ou de provenance de  l'étranger  concerné,  le  cas échéant avec d'autres  médications que  celles  prescrites  en Suisse,  l'exécution  du  renvoi  dans  l'un ou l'autre de ces pays sera raisonnablement exigible. Elle ne le sera  plus,  au  sens  de  l'art.  83  al.  4  LEtr  si,  en  raison  de  l'absence  de  possibilités  de  traitement  adéquat,  l'état  de  santé  de  l'intéressé  se  dégraderait très rapidement au point de conduire d'une manière certaine  à  la  mise  en  danger  concrète  de  sa  vie  ou  à  une  atteinte  sérieuse,  durable, et notablement plus grave de son intégrité physique.  Cela dit, il sied de préciser que si, dans un cas d'espèce, le grave état de  santé  ne  constitue  pas  en  soi  un  motif  d'inexigibilité  sur  la  base  des  critères  qui  précèdent,  il  peut  demeurer  un  élément  d'appréciation            dont il convient alors de tenir compte dans le cadre de la pondération de  l'ensemble des éléments ayant  trait à  l'examen de  l'exécution du  renvoi  (sur  l'ensemble de  ces questions,  voir  Jurisprudence et  informations  de  l'ancienne  Commission  suisse  de  recours  en  matière  d’asile  [JICRA],  JICRA 2003 no 24 consid. 5b p. 157s.  [jurisprudence et doctrine citées],  qui  est  toujours  d'actualité  ;  cf.  à  ce  propos ATAF 2009/2  consid.  9.3.2       p. 21).  3.3.  3.3.1.  En  l'occurrence  B._______,  qui  a  tenté  de  se  suicider  après  le  prononcé  de  l'arrêt  du  13  novembre  2009  (cf.  let.  B  supra),  souffre  de  troubles  dépressifs  récurrents  (CIM  ­  F  33.1  et  Z  63.0)  nécessitant  un  important  traitement,  médicamenteux,  psychothérapeutique,  et  psycho­ pharmaceutique  intégré  de  durée  indéterminée  (cf.  let.  H  supra).                   De  l'avis  du médecin  traitant  consulté,  "l'évaluation  du  risque  suicidaire  témoigne  d'un  risque  élevé,  d'une  urgence  élevée  ainsi  que  d'une  dangerosité élevée." (ibid.). Dans ses certificats médicaux des 23 février  2010 et 6 septembre 2011 (cf.  let. C et H supra),  le docteur H._______  précise de son côté que A.________ a vu son état de santé s'aggraver au  mois  de  décembre  2009  en  réaction  à  la  tentative  de  suicide  de  son  épouse  et  à  la menace  de  renvoi  immédiat  de  sa  famille.  Il  ajoute  que  l'intéressé  présente  une  vulnérabilité  accrue  de  décompensation  sur  un  mode anxieux et dépressif lié à son vécu au Kosovo. Il estime par ailleurs  qu'une  nouvelle  confrontation  de  l'intéressé  à  des  événements  traumatisants  risque  d'aggraver  ses  affections  chroniques  et  constitue  donc  un  facteur  militant  contre  un  traitement  médical  dans  son  pays  d'origine.

E­4644/2010 Page 10 3.3.2. Sur  la  base  des  informations  à  disposition  du  Tribunal,  relatives  aux  traitements  des maladies  psychiques  au  Kosovo,  les médicaments  dont  B._______  a  besoin  devraient  pouvoir  être  obtenus  sur  place,  en  tous  les cas sous  leur  forme générique, même si  leur gratuité n'est pas  assurée.  Leur  approvisionnement  n'est,  toutefois,  pas  toujours  garanti.  S'agissant  du  suivi  psycho­thérapeutique  régulier,  lequel  apparaît  également essentiel au  traitement des  troubles de  la  recourante,  il n'est  pas  garanti  que  celle­ci  puisse  bénéficier  d'une  thérapie  appropriée  en  cas  de  retour  dans  son  pays  d'origine.  En  effet,  malgré  les  efforts  accomplis  au  Kosovo  dans  le  domaine  de  la  santé  et  la  sensible  amélioration de l'infrastructure médicale, la capacité des hôpitaux à traiter  les  maladies  psychiques  demeure  insuffisante,  eu  égard  à  l'importante  demande  de  la  population  en  termes  de  soins  psychiatriques.  Les  personnes  –  telle  que  l'intéressée  –  souffrant  d'affections  psychiques  graves nécessitant une thérapie spécifique de longue durée, ne peuvent  donc  souvent  pas  recevoir  les  soins  appropriés.  En  particulier,  les  structures hospitalières, y compris l'Hôpital universitaire de Pristina, n'ont  généralement pas  la possibilité d'offrir de psychothérapies et se bornent  généralement  à  fournir  des  médicaments,  en  raison  du  manque  endémique de professionnels de la santé mentale, et les entretiens avec  les  nombreux  patients  se  limitent  souvent  à  évaluer  l'efficacité  de  la  médication  prescrite  (cf.  GRÉGOIRE  SINGER,  OSAR,  Kosovo :  Mise  à  jour,  Etat des soins de santé, 1er septembre 2010, spéc. ch. 3.2, p. 12 ss ; cf.  aussi United Nations Kosovo Team [UNKT], Initial Observations on Gaps  in Health Care Services in Kosovo, janvier 2007). Dans  son  appréciation  d'ensemble,  le  Tribunal  retient  encore  que  les  époux A._______, membres de la communauté torbe – soit une minorité  de musulmans  slaves originaires  du Kosovo –  ne parlent  que  le  serbo­ croate. En dépit de  la présence dans ce pays de thérapeutes maîtrisant  cet idiome, les intéressés se heurteront donc à des difficultés encore plus  importantes que celles rencontrées par la population autochtone d'ethnie  et  de  langue  albanaises  pour  mettre  en  oeuvre  les  traitements  à  long  terme  qui  leur  sont  aujourd'hui  indispensables  ou  pourraient  l'être  à  l'avenir (à supposer que leur renvoi au Kosovo soit envisageable, vu les  risques de décompensation et de suicide de A._______, respectivement  B._______  déjà  évoqués  ci­dessus  ;  cf.  consid.  3.3.1  supra).                 Ces  constatations  valent,  il  est  vrai,  aujourd'hui  principalement  pour  B._______,  mais  pourraient  également  concerner  son  époux  dans  le  futur,  en  cas  de  péjoration  ultérieure  de  l'état  de  santé  de  ce  dernier 

E­4644/2010 Page 11 notamment  provoquée  par  l'aggravation  de  la  situation  de  ses  proches         (ibid.). Pour les motifs exposés ci­dessus, et compte tenu également du contexte  économique  et  social  général  précaire  du  Kosovo  ainsi  que  des  répercussions  négatives  importantes  d'une dégradation  de  la  santé  des  époux A._______ sur  leur propre situation et celle de  leurs  trois enfants  (dont l'intérêt supérieur doit aussi être pris en considération ; cf. art. 3 al.  1 de  la Convention  relative aux droits de  l'enfant du 20 novembre 1989  [Conv.  enfants,  RS  0.107],  JICRA  2006  no  13  consid.  3.5  p.  143  et  JICRA 1998 no 31 consid. 8c/ff/bbb p. 259s.),  le Tribunal estime que  les  motifs  de  réexamen  invoqués  (cf.  let.  B  à  I  supra)  représentent  une  modification notable des circonstances (cf. consid. 2.2 supra) rendant non  raisonnablement exigible (cf. consid. 3.2 supra) l'exécution du renvoi des  membres de la famille A._______ au Kosovo. 4.  Dès  lors,  le  recours  du  28  juin  2010  doit  être  admis.  La  décision  sur  réexamen du 27 mai 2010 ainsi que les chiffres 4 et 5 des dispositifs des  prononcés des 30 janvier 2007 et 31 mars 2009, relatifs à l'exécution du  renvoi  des  intéressés  (cf.  let.  A.b  et  A.c  supra),  sont donc  annulés.     L'ODM est  en  conséquence  invité  à  régler  les  conditions de  séjour  des  membres  de  la  famille  A._______  conformément  aux  dispositions  gouvernant l'admission provisoire.  5.   Les recourants ayant eu gain de cause, n'ont pas à supporter les frais de  procédure  (art. 63  al. 1  et  2  PA).  Défendus  successivement  par  deux  mandataires  professionnels,  ils  ont  droit  à  des  dépens  pour  les  frais  nécessaires  causés  par  le  litige  (art. 64  PA  et  7  al. 1  du  règlement  du  21 février  2008  concernant  les  frais,  dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif  fédéral  [FITAF,  RS  173.320.2]).  En  l'absence  de  décompte de prestations (art. 14 al. 2 FITAF [2ème phr.]), ces dépens sont  fixés à Fr. 1'200.­ (art. 8, 9 al. 1 et 10 al. 2 FITAF). (dispositif : page suivante)

E­4644/2010 Page 12 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est admis et la décision du 27 mai 2010 annulée. 2.  L'ODM  est  invité  à  régler  les  conditions  de  résidence  en  Suisse  de  A._______  et  de  B._______,  ainsi  que  de  leurs  enfants  C._______,  D._______, et E._______, conformément aux dispositions sur l'admission  provisoire des étrangers. 3.  Il est statué sans frais. 4.  L'ODM  versera  le  montant  de  Fr.  1'200.­  aux  recourants  à  titre  de  dépens. 5.  Le présent arrêt est adressé à la mandataire des recourants, à l'ODM et à  l'autorité cantonale compétente. Le président du collège : Le greffier : Maurice Brodard Christian Dubois Expédition :

E-4644/2010 — Bundesverwaltungsgericht 11.10.2011 E-4644/2010 — Swissrulings