Skip to content

Bundesverwaltungsgericht 23.12.2011 E-4374/2011

23 dicembre 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·2,783 parole·~14 min·2

Riassunto

Exécution du renvoi | Exécution du renvoi; décision de l'ODM du 8 juillet 2011

Testo integrale

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l     Cour V E­4374/2011 Arrêt   d u   2 3   d é c emb r e   2011 Composition Jean­Pierre Monnet (président du collège),  Gérard Scherrer, Regula Schenker Senn, juges, Céline Berberat, greffière. Parties A._______, née le (…), Cameroun,  représentée par Service d'Aide Juridique aux Exilé­e­s  (SAJE), en la personne de (…),  recourante,  contre Office fédéral des migrations (ODM),  Quellenweg 6, 3003 Berne,    autorité inférieure.  Objet Exécution du renvoi ; décision de l'ODM du 8 juillet 2011 / N (…).

E­4374/2011 Page 2 Faits : A.  Le  12 mai  2008,  A._______  a  déposé  une  demande  d'asile  au  Centre  d'enregistrement et de procédure (CEP) de Vallorbe. B.  Entendue  les 15 mai  2008,  20 mai  2008 et  31 mai  2011,  l'intéressée a  déclaré avoir  toujours vécu avec sa  famille  (ses parents et ses  frères et  ses sœurs) à Douala  (…) et appartenir au mouvement des Témoins de  Jéhovah.  Elle  aurait  étudié  jusqu'à  l'obtention  de  son  baccalauréat.  Le  (date) 2003, elle aurait épousé, contre l'avis de sa famille et de sa belle­ famille, B._______, commerçant en (…), de confession catholique et issu  d'une famille aisée. Sa propre famille n'aurait pas accepté son époux, car  il  ne  faisait  pas  partie  des  Témoins  de  Jéhovah. Quant  à  la  famille  de  B._______,  elle  aurait  reproché  à  la  recourante  d'être  issue  d'un milieu  social  défavorisé  et  de  s'intéresser  à  leur  argent.  Un  mois  après  leur  mariage,  la  belle­sœur  de  la  recourante,  C._______,  serait  venue  au  domicile du couple (sis à Douala, […]) et, dans un excès de colère, aurait  bousculé  l'intéressée  contre  le  poêle  de  la  cuisine,  renversant  ainsi  de  l'huile chaude sur le pied de cette dernière. Blessée, la recourante aurait  été soignée d'abord dans une permanence médicale, puis chez sa mère  qui  pratiquait  la  médecine  traditionnelle.  Informé  de  cet  événement,  B._______  aurait  convoqué  les membres  de  sa  famille  et  obtenu  d'eux  qu'ils cessent de s'en prendre à son épouse ; il aurait toutefois refusé de  porter plainte contre sa sœur. Malgré qu'elle restait peu appréciée de sa  belle­famille,  la  recourante  aurait  ensuite  pu  vivre  paisiblement.  Durant  son mariage, la recourante aurait pris des cours à D._______ à Douala. A  partir du mois de septembre 2007, elle aurait observé un changement de  comportement  chez  son  époux  qui  devenait  agressif.  Le  15 décembre 2007,  en  rentrant  à  son  domicile,  elle  aurait  trouvé  son  époux  gisant  sur  le  sol  et  aurait  immédiatement  appelé  un  ami  de  ce  dernier,  E._______,  pour  qu'il  l'aide  à  l'amener  à  l'hôpital  de  (…).  Son  époux  serait  décédé  peu  de  temps  après  son  admission  à  l'hôpital.  Avertis par  la  recourante, des membres de  la  famille du défunt auraient  pris  les  choses  en main  à  leur  arrivée  à  l'hôpital,  en  isolant  totalement  l'intéressée, qui n'aurait pas pu demander aux médecins la cause exacte  du  décès  de  son  mari.  Le  corps  aurait  été  exposé  quelques  jours  au  domicile  de  la  recourante  pour  que  les  amis  du  défunt  puissent  s'y 

E­4374/2011 Page 3 recueillir.  La  nuit  du  20  décembre  2007,  vers  trois  heures,  C._______  aurait  invité  la  recourante  à  sortir  de  la maison  pour  régler  des  détails  relatifs  à  l'inhumation  ;  à  l'extérieur,  ses  beaux­frères  et  sa  belle­sœur  l'auraient  frappé.  Alertées  par  ses  cris,  les  personnes  présentes  à  la  veillée  funèbre  lui  auraient  porté  secours.  E._______  l'aurait  amenée  à  l'hôpital  de  (…),  où  elle  serait  restée  dix  jours  et  aurait  été  informée  qu'elle  était  séropositive  et  que  son époux défunt  l'avait  également  été.  Etant  hospitalisée,  elle  n'aurait  pas  été  présente  à  l'inhumation  de  son  époux. A sa sortie de l'hôpital, elle n'aurait pas pu rentrer chez elle, car sa  maison était fermée, sa belle­mère en possédant la seule clef ; elle serait  alors  allée  vivre  chez  ses  parents.  Munie  d'un  certificat  médical  constatant ses blessures, elle aurait fait enregistrer sa plainte contre ses  agresseurs  ou,  du  moins  tenté  de  le  faire  dans  deux  postes  de  police  consécutivement. Toutefois,  l'enquête n'aurait pas avancé. Elle suppose  que les policiers auraient mené des investigations si elle leur avait versé  plus d'argent que sa belle­famille. En janvier 2008, elle aurait commencé  une trithérapie à l'hôpital de (…), dont le coût aurait été subventionné par  une  fondation  ;  elle n'aurait  pas bien  supporté  ce  traitement. Elle aurait  caché  sa  séropositivité  aux membres  de  sa  famille.  Vers  le  (…)  février  2008, sa belle­sœur et ses beaux­frères seraient venus chez ses parents,  auraient  forcé  la  porte  d'entrée  et  frappé  son  père  qui  tentait  de  les  empêcher  d'entrer.  Pour  sa  part,  l'intéressée  aurait  pu  s'enfuir  par  une  fenêtre et se serait  refugiée chez une amie dans  le quartier de  (…). Sa  belle­famille aurait retrouvé sa trace et s'en serait à nouveau violemment  pris à elle au domicile de son amie  le  (…) mai 2008. Grâce aux voisins  (ou aux frères de cette amie) venus lui porter secours, elle aurait pu leur  échapper  et  serait  allée  chez  E._______,  qui  habitait  le même  quartier  que sa belle­famille  (…). Ce dernier aurait organisé son départ du pays  grâce à l'argent versé par le père de l'intéressée. Elle aurait embarqué le  (date)  2008  à  Yaoundé  sur  un  vol  à  destination  d'une  ville  inconnue,  accompagnée  par  un  passeur  et  munie  de  documents  d'identité  d'emprunt, et serait entrée clandestinement en Suisse le 12 mai 2008. A l'appui de ses allégués, la recourante a produit des documents relatifs à  l'école qu'elle aurait fréquentée en 2007 ([D._______]). C.  A la demande de l'ODM, la recourante a produit un rapport médical établi  le 19 août 2010 par  la Dresse  (…), attestant un suivi médical depuis  le  16 octobre 2009 et posant  le diagnostic suivant  :  infection VIH (virus de  l'immunodéficience  humaine),  type  I,  stade  A3  avec  un  taux  de 

E­4374/2011 Page 4 lymphocytes CD4 à 522 cell/mm3  (infection diagnostiquée en décembre  2007),  ancienne  hépatite  A,  épisode  de  fièvre  typhoïde  et  de  malaria  dans  l'enfance.  La  virémie  (taux  de  virus  VIH  dans  le  sang)  était  indétectable. Une trithérapie (Emtriva, Viread, Viramune) a été  introduite  à partir de mars 2010. Cette infection requiert la poursuite (probablement  à  vie)  du  traitement  antirétroviral  entrepris  ainsi  qu'une  surveillance  régulière  (suivi  trois  à  quatre  fois  par  an),  avec  contrôle  des  fonctions  hépatique  et  rénale  et  bilans  viro­immunologique  et  hématologique.  En  raison de problèmes post­opératoires  (inflammation de  la paroi colique),  une  laparoscopie  exploratrice  serait  nécessaire,  laquelle  comporte  un  danger pour la recourante vu son refus de recevoir des transfusions. D.  La  recourante  a  déposé  un  second  rapport  médical  du  26  avril  2011,  établi  par  la Dresse  (…),  posant  le même  diagnostic  suivant  :  infection  VIH  de  stade  A3  (CD4  à  552  cell/mm3).  La  virémie  VIH  était  toujours  indétectable et le bilan viro­immunologique était stable. Avec la poursuite  de la trithérapie, le pronostic futur est bon. En revanche, le pronostic est  très mauvais en cas d'arrêt du  traitement, car un  tel arrêt entraînerait  le  développement de maladies opportunistes amenant au décès. E.  Par décision du 8 juillet 2011, notifiée le 13 juillet suivant, l'ODM a rejeté  la  demande  d'asile  de  l'intéressée,  au  motif  qu'elle  n'avait  pas  rendu  vraisemblables  son  identité,  les  circonstances  et  la  cause  du  décès  de  son  époux,  les  relations  avec  sa  belle­famille  et  les  agressions  qu'elle  aurait  subies  de  la  part  de  celle­ci  ainsi  que  les  circonstances  de  son  voyage en Europe. Par la même décision, l'ODM a prononcé le renvoi de  Suisse de l'intéressée et ordonné l'exécution de cette mesure jugée licite,  possible et raisonnablement exigible dès lors que le Cameroun disposait  des structures médicales à même de la prendre en charge. F.  La  recourante  a  interjeté  recours  contre  cette  décision  par  acte  du  8 août 2011  en  concluant  à  son  annulation  et  l'octroi  d'une  admission  provisoire.  Au  plan  médical,  elle  a  fait  valoir  qu'au  Cameroun,  les  traitements  antirétroviraux  ne  sont  accessibles  gratuitement  qu'à  une  partie  seulement  des  personnes  séropositives.  En  sus,  même  si  les  antirétroviraux  sont gratuits dans certains programmes,  les  soins contre  le sida ne le sont pas, ce qui rend les dépenses de santé excessives. Elle  s'est référée au rapport publié par Unicef "Epidemiological Fact sheet on 

E­4374/2011 Page 5 VIH  and  AIDS"  de  septembre  2008  ainsi  qu'à  une  publication  de  l'association  ARCAT  de  décembre  2007.  Dans  son  cas  particulier,  la  thérapie  initiée  au  Cameroun  ne  lui  serait  pas  adaptée.  Elle  allègue  qu'elle ne saurait compter sur  le soutien  financier de ses proches qui  la  rejetteraient s'ils venaient à apprendre sa séropositivité. G.  Le  27  juin  2011,  la  recourante  a  versé  au  dossier  sa  carte  d'identité  nationale. H.  Invité à se prononcer sur le recours, l'ODM en a proposé le rejet dans sa  réponse datée du 16 septembre 2011. Dite détermination a été transmise  pour information à la recourante. I.  Les autres faits et arguments de la cause seront évoqués, si nécessaire,  dans les considérants en droit qui suivent. Droit : 1.  1.1.  En  vertu  de  l'art.  31  de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF, RS 173.32),  le Tribunal  administratif  fédéral  (ci­après  :  le Tribunal) connaît des recours contre  les décisions au sens  de  l'art.  5  de  la  loi  fédérale  du  20  décembre  1968  sur  la  procédure  administrative (PA, RS 172.021). En particulier, les décisions rendues par  l'ODM  concernant  l'asile  et  le  renvoi  –  lesquelles  n'entrent  pas  dans  le  champ d'exclusion de l'art. 32 LTAF – peuvent être contestées devant le  Tribunal  conformément  à  l'art.  33  let.  d  LTAF  (loi  à  laquelle  renvoie  l'art. 105 de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile [LAsi, RS 142.31]).  1.2. Le Tribunal  est  donc  compétent  pour  connaître  du  présent  litige.  Il  statue  de  manière  définitive  (cf.  art.  83  let.  d  ch.  1  de  la  loi  du  17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110]). 1.3. La procédure devant le Tribunal est régie par la PA, pour autant que  ni  la  LTAF  (cf.  art.  37  LTAF)  ni  la  LAsi  (cf.  art.  6  LAsi)  n'en  disposent  autrement.

E­4374/2011 Page 6 1.4. L'intéressée a qualité pour recourir  (art. 48 al. 1 PA) et son recours  interjeté dans  la forme (cf. art. 52 PA) et  le délai (cf. art. 108 al. 1 LAsi)  prescrits par la loi, est recevable. 2.  La  recourante  n'a  pas  contesté  la  décision  de  l'ODM  en  tant  que  cette  dernière  refusait  de  reconnaître  sa  qualité  de  réfugiée,  rejetait  sa  demande  d'asile  et  prononçait  son  renvoi  de  Suisse.  Dite  décision  est  donc entrée en force sur ces points. 3.  3.1.  L’exécution  du  renvoi  est  ordonnée  si  elle  est  licite,  raisonnablement  exigible  et  possible  (art.  44  al.  2  LAsi).  Si  ces  conditions  ne  sont  pas  réunies, l'admission provisoire doit être prononcée. Celle­ci est réglée par  l'art. 83 de  la  loi  fédérale sur  les étrangers du 16 décembre 2005 (LEtr,  RS 142.20). 3.2. L'exécution n'est  pas  licite  lorsque  le  renvoi  de  l'étranger dans son  Etat d'origine ou de provenance ou dans un Etat  tiers est  contraire aux  engagements  de  la  Suisse  relevant  du  droit  international  (art.  83  al. 3 LEtr). Aucune personne ne peut être contrainte, de quelque manière  que ce soit, à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle  ou  sa  liberté  serait menacée  pour  l'un  des motifs mentionnés  à  l'art.  3  al. 1 LAsi, ou encore d'où elle risquerait d'être astreinte à se rendre dans  un tel pays (art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut être soumis à la torture ni à des  peines ou traitements  inhumains ou dégradants (art. 3 de  la Convention  du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés  fondamentales [CEDH, RS 0.101]). 3.3. L'exécution de  la décision peut ne pas être raisonnablement exigée  si  le  renvoi  ou  l'expulsion  de  l'étranger  dans  son  pays  d'origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple  en  cas  de  guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée  ou  de  nécessité  médicale (art. 83 al. 4 LEtr). 3.4. L'exécution n'est pas possible  lorsque  l'étranger ne peut pas quitter  la Suisse pour son Etat d'origine, son Etat de provenance ou un Etat tiers,  ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr).

E­4374/2011 Page 7 4.  4.1. L'exécution du renvoi est  illicite,  lorsque la Suisse, pour des raisons  de droit  international public, ne peut contraindre un étranger à se rendre  dans  un  pays  donné  ou  qu'aucun  autre  Etat,  respectant  le  principe  du  non­refoulement,  ne  se  déclare  prêt  à  l'accueillir  ;  il  s'agit  d'abord  de  l'étranger  reconnu  réfugié,  mais  soumis  à  une  clause  d'exclusion  de  l'asile, et ensuite de l'étranger pouvant démontrer qu'il serait exposé à un  traitement prohibé par  l'art. 3 CEDH ou encore  l'art. 3 de  la Convention  du  10  décembre  1984  contre  la  torture  et  autres  peines  ou  traitements  cruels,  inhumains ou dégradants (Conv. torture, RS 0.105) (Message du  Conseil  fédéral  à  l'appui  d'un  arrêté  fédéral  sur  la  procédure  d'asile  (APA), du 25 avril 1990, in: FF 1990 II 624). 4.1.1.  En  l'occurrence,  l'exécution  du  renvoi  de  la  recourante  ne  contrevient pas au principe de non­refoulement de  l'art. 5 LAsi. Comme  exposé  plus  haut,  l'ODM  n'a  pas  reconnu  la  qualité  de  réfugiée  de  l'intéressée et cette dernière n'a pas contesté la décision sur ce point. 4.1.2. En ce qui concerne les autres engagements de la Suisse relevant  du droit international, il sied d'examiner particulièrement si l'art. 3 CEDH,  qui  interdit  la  torture,  les  peines  ou  traitements  inhumains,  trouve  application  dans  le  présent  cas  d'espèce.  Si  l'interdiction  de  la  torture,  des  peines  et  traitements  inhumains  ou  dégradants  s'applique  indépendamment de  la  reconnaissance de  la qualité de  réfugié, cela ne  signifie pas encore qu'un renvoi ou une extradition serait prohibée par le  seul  fait  que  dans  le  pays  concerné  des  violations  de  l'art.  3  CEDH  devraient  être  constatées  ;  une  simple  possibilité  de  subir  des mauvais  traitements ne suffit pas. Il faut au contraire que la personne qui invoque  cette disposition démontre à satisfaction qu'il existe pour elle un véritable  risque  concret  et  sérieux  d'être  victime  de  tortures,  ou  de  traitements  inhumains ou dégradants en cas de renvoi dans son pays. 4.1.3.  En  l'occurrence,  il  n'est  pas  établi  qu'un  tel  risque  pèse  sur  la  recourante.  A  l'instar  de  l'ODM,  il  sied  de  relever  que  le  récit  de  l'intéressée est entaché de nombreuses imprécisions et  incohérences. A  titre  d'exemple,  le motif  pour  lequel  la  recourante  serait  recherchée par  les  membres  de  sa  belle­famille  –  point  essentiel  de  ses  motifs  de  protection – a évolué au cours de ses auditions. En effet,  l'acharnement  de  sa  belle­famille  à  son  égard  était,  selon  ses  dires,  uniquement  lié  à  ses  prétentions  successorales  sur  la maison de  son époux  (cf.  p.­v.  de 

E­4374/2011 Page 8 l'audition du 15 mai 2008 p. 5 ; p.­v. de l'audition du 20 mai 2008 Q 73­ 77, 93­94), puis, lorsque la recourante s'est rendue compte que ce motif  ne pouvait être plausible puisqu'elle n'avait pas  touché d'héritage, elle a  indiqué, au contraire, que sa belle­famille la tenait pour responsable de la  mort de son époux et voulait se venger sur elle (cf. p.­v. de l'audition du  31 mai 2011 Q 175­176, 245). Ensuite, elle a affirmé que son époux était  mort  du  sida  (cf.  p.­v.  de  l'audition  du  15 mai  2008  p.  5),  puis  qu'il  se  serait  suicidé  en  apprenant  sa  maladie  (cf.  p.­v.  de  l'audition  du  20 mai 2008  Q  44).  Bien  qu'elle  prétende  avoir  découvert  son  époux  agonisant dans leur salon suite à une tentative de suicide, elle n'a donné  aucune précision sur le moyen avec lequel celui­ci aurait tenté de mettre  fin  à  ses  jours  (présence  d'une  arme,  de  médicaments,  de  traces  de  sang,  etc.  ;  cf.  p.­v.  de  l'audition  du  20  mai  2008  Q  44­48  ;  p.­v.  de  l'audition  du  31 mai  2011  Q  77).  Elle  s'est  également  contredite  en  indiquant  tout d'abord avoir été  informée de sa séropositivité et de celle  de son époux par E._______ (cf. p.­v. de l'audition du 15 mai 2008 p. 5 ;  p.­v. de  l'audition du 20 mai 2008 Q 52, 83­84  ; p.­v de  l'audition du 31  mai  2011  Q  210­211)  puis,  en  alléguant  que  ce  dernier  ignorait  leur  maladie (cf. p.­v. de l'audition du 31 mai 2011 Q 207­209). Sur ce point, il  n'est  pas  plausible  que  la  recourante  ne  soit  plus  en  mesure  de  se  souvenir  des  circonstances  dans  lesquelles  elle  a  appris  une  nouvelle  aussi  importante  la  concernant.  Enfin,  s'agissant  de  la  maison  revendiquée  par  sa  belle­famille,  la  recourante  s'est  contredite  en  prétendant  d'abord  avoir  bâti  cette  maison  avec  son  époux  et  en  être  propriétaire (cf. p.­v. de l'audition du 20 mai 2008 Q 76), puis que celle­ci  appartenait  à  son  beau­père  et  qu'il  s'agissait  d'un  bien  de  famille  transmissible de père en fils (cf. p.­v. de l'audition du 31 mai 2011 Q 116­ 117).  Pour  le  surplus,  il  peut  être  renvoyé  à  la  décision  de  l'ODM  (cf.  consid.  1  et  2)  qui  relève  également  d'autres  divergences,  notamment  concernant le déroulement du voyage de l'intéressée jusqu'en Europe et  la manière dont elle aurait pu, à deux  reprises, échapper aux membres  de sa belle­famille. Les éléments d'invraisemblance qui précèdent ne sont  pas remis en cause par les arguments du recours. 4.1.4.  Il y a  lieu d'examiner si  l'exécution du renvoi de  la  recourante est  illicite en raison de son état de santé physique.  4.1.5.  S'agissant  des  personnes  en  traitement  médical,  la  Cour  européenne des Droits de l'Homme (ci­après CourEDH) a certes appliqué  l'art.  3 CEDH,  compte  tenu de  son  importance  fondamentale,  dans des  situations  qui  n'engageaient  pas,  directement  ou  indirectement,  la 

E­4374/2011 Page 9 responsabilité des autorités publiques du pays de destination ou qui pris  isolément, n'enfreignaient pas par eux­mêmes les normes de cet article.  Cependant, dans ce type de contexte, la CourEDH soumet à un examen  rigoureux  toutes  les  circonstances  de  l'affaire.  Elle  a  en  particulier  jugé  que  lorsque  l'affaire  n'engageait  pas  la  responsabilité  directe  de  l'Etat  partie  à  la CEDH à  raison  du  tort  causé,  par  exemple  lorsque  l'état  de  santé du requérant menacé d'expulsion était grave, le seuil pour admettre  un risque suffisamment réel d'un traitement contraire à l'art. 3 CEDH était  élevé. Les étrangers qui  sont  sous  le  coup d'une décision de  renvoi ne  peuvent en principe revendiquer un droit à rester sur le territoire d'un Etat  contractant afin de continuer à bénéficier de  l'assistance et des services  médicaux,  sociaux  ou  autres  fournis  par  cet  Etat.  Le  fait  qu'en  cas  de  renvoi  de  l'Etat  contractant  l'étranger  concerné  connaîtrait  une  dégradation  importante  de  sa  situation,  et  notamment  une  réduction  significative  de  son  espérance  de  vie,  n'est  pas  en  soi  suffisant  pour  emporter violation de l'art. 3 CEDH. La décision de renvoyer un étranger  atteint  d'une  maladie  physique  ou  mentale  grave  vers  un  pays  où  les  moyens de  traiter  cette maladie sont  inférieurs à ceux disponibles dans  l'Etat contractant est susceptible de soulever une question sous l'angle de  cette  disposition,  mais  seulement  dans  des  cas  très  exceptionnels,  lorsque  les  considérations  humanitaires  militant  contre  l'expulsion  sont  impérieuses. Dans l'affaire du 2 mai 1997 D. c/ Royaume­Uni (requête no  30240/96),  les circonstances  très exceptionnelles  tenaient au  fait que  le  requérant  était  très  gravement  malade  et  paraissait  proche  de  la mort,  qu'il n'était pas certain qu'il pût bénéficier de soins médicaux ou infirmiers  dans son pays d'origine et qu'il n'avait là­bas aucun parent désireux ou en  mesure  de  s'occuper  de  lui  ou  de  lui  fournir  ne  fût­ce  qu'un  toit  ou  un  minimum de nourriture ou de soutien social. La CourEDH n'a pas exclu  qu'il puisse exister d'autres cas  très exceptionnels où  les considérations  humanitaires  seraient  tout  aussi  impérieuses.  Toutefois,  elle  a  estimé  qu'elle devait conserver  le seuil élevé  fixé dans  l'affaire D. c/ Royaume­ Uni et appliqué dans sa jurisprudence postérieure, étant donné que, dans  ces  affaires,  le  préjudice  futur  allégué  proviendrait  non  pas  d'actes  ou  d'omissions  intentionnels  des  autorités  publiques  ou  d'organes  indépendants de l'Etat, mais bien d'une maladie survenant naturellement  et de l'absence de ressources suffisantes pour y faire face dans le pays  de destination. Ainsi,  l'art. 3 ne fait pas obligation à  l'Etat contractant de  pallier  les  disparités  socio­économiques  entre Etats,  en  particulier  dans  les  niveaux  de  traitements  médicaux  disponibles,  en  fournissant  des  soins de santé gratuits et illimités à tous les étrangers dépourvus du droit  de  demeurer  sur  son  territoire  ;  conclure  le  contraire  ferait  peser  une 

E­4374/2011 Page 10 charge  trop  lourde  sur  les  Etats  contractants  (arrêt  du  27 mai  2008  en  l'affaire  N.  c/  Royaume­Uni;  cf.  aussi  arrêt  du  6 février 2001  en  l'affaire  Bensaid c/ Royaume­Uni, requête no 44599/98). 4.1.6.  Il  existe  deux  systèmes  de  classification  communément  utilisés  pour décrire  la progression de  l'infection par  le VIH,  le premier proposé  par les «Centers for Disease Control and Prevention » (CDC) d'Atlanta, le  second  par  l'Organisation  mondiale  de  la  santé  (sur  le  système  de  classification américain en stades A à C, cf. ATAF 2009/2 précité consid.  9.1.4  p.  20,  et  la  jurisprudence  citée,  et  http://www.cdc.gov  ;  sur  le  système de  classification  de  l'OMS en  stades  cliniques  1  à  4,  cf. www.  who.int).  Selon  le  système  de  classification  américain,  la  personne  infectée par  le VIH au stade A (phase dite asymptomatique), hormis  les  éventuels  signes  de  primo­infection  qu'elle  a  présentés  dans  les  semaines  qui  ont  suivi  la  contamination  (lesquels  disparaissent  spontanément), est simplement séropositive aux anticorps du VIH, sans  manifestations  pathologiques  particulières.  Au  stade  B  (phase  dite  symptomatique),  elle  présente  en  revanche  des  symptômes  cliniques  persistants  traduisant  une  atteinte modérée  du  système  immunitaire  et,  au  stade  C  (phase  dite  du  sida  déclaré  ou  stade  sida),  des  maladies  (affections opportunistes) ou  tumeurs malignes  indicatrices du sida  liées  à un déficit  immunitaire majeur. Chaque stade est par ailleurs subdivisé  en  trois  niveaux  de  gravité  (1  à  3)  en  fonction  du  taux  de  lymphocytes  CD4  présent  dans  le  sang.  Le  niveau  1  correspond  à  un  taux  de  lymphocytes CD4 égal ou supérieur à 500 cellules par millimètre cube de  sang  (cell./mm3),  le  niveau  2  à  un  taux  de  lymphocytes  CD4  compris  entre 200 et 499 cell./mm3 et le niveau 3 à un taux de lymphocytes CD4  inférieur à 200 cell./mm3, étant précisé que  le critère déterminant est  la  valeur  la plus basse présentée par  le sujet depuis sa contamination, qui  ne correspond pas nécessairement au dernier résultat obtenu (lequel est  généralement  plus  élevé  grâce  au  traitement  antirétroviral  administré  à  l'intéressé). 4.1.7. La recourante souffre d'une infection par le VIH au stade A3. Grâce  à la trithérapie qu'elle suit depuis le 16 octobre 2009, elle présente, selon  le dernier certificat médical (cf. supra let. D) une virémie VIH indétectable  et  un  taux  de CD4  (552  cell./mm3)  la mettant  totalement  hors  d'atteinte  des  complications  les  plus  graves  du  sida.  A  titre  de  comparaison,  les  adultes  en  bonne  santé  ont  un  taux  de  CD4  variant  de  500  à  1450  cell./mm3.  La  recourante  ne  se  trouve  manifestement  pas  dans  une  situation  comparable  à  celle  sur  laquelle  se  fonde  l'arrêt D  c/Royaume­

E­4374/2011 Page 11 Uni  précité  dans  la  mesure  où  elle  ne  présente  pas  le  même  stade  clinique et qu'elle bénéfice en outre d'un  important  réseau  familial et de  possibilités de traitement au Cameroun (cf. infra consid. 5.4). Partant, elle  ne saurait se prévaloir de l'illicéité de l'exécution de son renvoi. 4.2.  Dès  lors,  l'exécution  du  renvoi  de  la  recourante  sous  forme  de  refoulement ne transgresse aucun engagement de la Suisse relevant du  droit  international,  de sorte qu'elle  s'avère  licite  (art.  44 al.  2 LAsi et 83  al. 3 LEtr). 5.  5.1. Selon  l'art. 83 al. 4 LEtr,  l'exécution de  la décision peut ne pas être  raisonnablement exigée si le renvoi ou l'expulsion de l'étranger dans son  pays  d'origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou  de  nécessité médicale. Cette  disposition  s'applique  en  premier  lieu  aux  "réfugiés  de  la  violence",  soit  aux  étrangers  qui  ne  remplissent  pas  les  conditions  de  la  qualité  de  réfugié  parce  qu'ils  ne  sont  pas  personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de  guerre  civile  ou  de  violence  généralisée  (ATAF  2009/52  consid.  10.1,  JICRA 2003 n°24 p. 154 ss). 5.2. S'agissant plus spécifiquement des personnes en traitement médical  en Suisse,  l'exécution  du  renvoi  ne  devient  inexigible,  en  cas  de  retour  dans leur pays d'origine ou de provenance, que dans la mesure où elles  pourraient  ne  plus  recevoir  les  soins  essentiels  garantissant  des  conditions minimales  d'existence ;  par  soins  essentiels,  il  faut  entendre  les soins de médecine générale et d'urgence absolument nécessaires à  la garantie de la dignité humaine (cf. GABRIELLE STEFFEN, Droit aux soins  et  rationnement,  Berne  2002,  p. 81s  et  87).  L'art.  83  al.  4  LEtr  est  une  disposition  exceptionnelle  tenant  en  échec  une  décision  d'exécution  du  renvoi, et ne saurait être  interprété comme une norme qui comprendrait  un droit de séjour lui­même induit par un droit général d'accès en Suisse  à des mesures médicales visant à recouvrer la santé ou à la maintenir, au  simple  motif  que  l'infrastructure  hospitalière  et  le  savoir­faire  médical  dans  le  pays  d'origine  ou  de  destination  de  l'intéressé  n'atteint  pas  le  standard élevé qu'on trouve en Suisse. Ce qui compte ce sont, d'une part, la gravité de l'état de santé et, d'autre  part, l'accès à des soins essentiels.

E­4374/2011 Page 12 Ainsi,  l'exécution  du  renvoi  demeure  raisonnablement  exigible  si  les  troubles  physiologiques  ou  psychiques  ne  peuvent  être  qualifiés  de  graves, à savoir s'ils ne sont pas tels que, en l'absence de possibilités de  traitement  adéquat,  l'état  de  santé  de  l'intéressé  se  dégraderait  très  rapidement  au  point  de  conduire  d'une  manière  certaine  à  la  mise  en  danger  concrète  de  sa  vie  ou  à  une  atteinte  sérieuse,  durable,  et  notablement plus grave de son intégrité physique. De même, l'exécution du renvoi est raisonnablement exigible si l'accès à  des  soins essentiels,  au  sens défini  ci­dessus,  est  assuré dans  le pays  d'origine  ou  de  provenance.  Il  pourra  s'agir,  cas  échéant,  de  soins  alternatifs  à  ceux prodigués en Suisse, qui  ­  tout en correspondant aux  standards  du  pays  d'origine  ­  sont  adéquats  à  l'état  de  santé  de  l'intéressé,  fussent­ils  d'un  niveau  de  qualité,  d'une  efficacité  de  terrain  (ou  clinique)  et  d'une  utilité  (pour  la  qualité  de  vie) moindres  que  ceux  disponibles  en  Suisse ;  en  particulier,  des  traitements  médicamenteux  (par exemple constitués de génériques) d'une génération plus ancienne  et  moins  efficaces  peuvent,  selon  les  circonstances,  être  considérés  comme adéquats (cf. JICRA 2003 n° 24 consid. 5b p. 157s.). 5.3.  Le  Cameroun  ne  connaît  pas,  à  l'heure  actuelle,  une  situation  de  guerre,  de  guerre  civile  ou  de  violence  généralisée  qui  permettrait  d'emblée  ­ et  indépendamment des circonstances du cas d'espèce  ­ de  présumer, à propos de tous les ressortissants du pays,  l'existence d'une  mise en danger concrète au sens de l'art. 83 al. 4 LEtr. 5.4.  Il  reste dès  lors à déterminer si  le retour de  la recourante dans son  pays  équivaudrait  à  la mettre  concrètement  en  danger  en  raison  de  sa  situation personnelle.  5.4.1.  A  ce  jour,  la  recourante  suit  une  thérapie  composée  des  trois  antirétroviraux suivants : Emtriva, Viread et Viramune. Son état de santé  requiert  la  poursuite,  probablement  à  vie,  d'une  telle  médication  et  un  suivi médical à raison de trois à quatre contrôles par année. Le pronostic  avec traitement est bon. En revanche, l'interruption de ce traitement serait  néfaste en raison de l'apparition de maladies opportunistes.  5.4.2. Selon  la  jurisprudence  du  Tribunal  et  de  l'ancienne  Commission  suisse  de  recours  en matière  d'asile  (CRA),  l'exécution  du  renvoi  d'une  personne  infectée  par  le  VIH  est  en  principe  raisonnablement  exigible  tant  que  la  maladie  n'a  pas  atteint  le  stade  C  (selon  la  classification 

E­4374/2011 Page 13 CDC), respectivement tant que le sida n'est pas déclaré. L'examen de la  question  ne  dépend  toutefois  pas  seulement  du  stade  de  la maladie  et  des niveaux de lymphocytes CD4 (stades A1 à C3), mais également de la  situation concrète de la personne concernée dans son pays d'origine, en  particulier  ses  possibilités  d'accès  aux  soins  médicaux,  de  sa  situation  personnelle  (réseau  familial  et  social,  qualifications  professionnelles,  situation financière) et de  la situation sécuritaire régnant dans son pays.  Les  circonstances  concrètes  d'un  cas  peuvent  rendre  inexigible  l'exécution du renvoi d'une personne qui se trouve au stade B3 ou même  B2, alors que cette mesure ne sera pas considérée comme telle pour une  personne  au  stade  C,  en  raison  de  circonstances  particulièrement  favorables (cf. ATAF 2009/2 consid. 9.3.4.p. 2 ; JICRA 2004 n° 7 consid.  5 d) p. 50ss). 5.4.2.1 Comme le Tribunal l'a constaté dans son arrêt du 20 janvier 2010  en  la  cause  C­651/2006  (consid.  6.3.2),  la  situation  des  personnes  infectées  par  le  VIH  et  celles  atteintes  du  sida  proprement  dit  s'est  sensiblement  améliorée  ces  dernières  années  au  Cameroun.  De  nombreux  traitements  antirétroviraux  (trithérapies)  de  première  et  de  deuxième  ligne  y  sont  aujourd'hui  disponibles  gratuitement  pour  les  personnes  qui  remplissent  les  critères  d'éligibilité  définis  par  les  Directives  nationales  de  prise  en  charge  des  personnes  vivant  avec  le  VIH  par  les  antirétroviraux,  émises  en mars  2007.  En  outre,  beaucoup  d'examens  médicaux  sont  actuellement  subventionnés  par  l'Etat.  Les  principales  villes  du  pays  (Yaoundé  et  Douala)  comptent  chacune  plusieurs  Centres  de  Traitement  Agréés  (CTA)  et  Unités  de  Prise  en  Charge (UPEC), des structures équipées en matériel et personnel formé  dans  la  prise  en  charge  du  VIH/sida  et  ouvertes  à  toute  personne  diagnostiquée  séropositive  vivant  au  Cameroun.  A  l'heure  actuelle,  on  dénombre neuf CTA et neuf UPEC à Yaoundé, et trois CTA et dix UPEC  à  Douala.  S'agissant  du  suivi  biologique  requis  par  les  personnes  infectées par le VIH, il est à noter que, les UPEC n'ont en principe pas la  capacité de déterminer  le  taux de  lymphocytes CD4, mais seulement  le  taux de  lymphocytes  total et se  limitent à des examens standards, alors  que  les  CTA  sont  des  centres  de  référence  ayant  la  capacité  de  déterminer  le taux de lymphocytes CD4 et d'effectuer des examens plus  complexes  (dosages  de  l'amylase,  de  la  créatinine  et  de  l'urée,  bilan  lipidique). Les CTA et UPEC sont ouverts à toute personne infectée par le  VIH et vivant au Cameroun. 

E­4374/2011 Page 14 5.4.2.2 Dans cet Etat, seuls quatre laboratoires, pourvus d'un équipement  et  de  produits  chimiques  appropriés,  sont  en  mesure  de  déterminer  la  charge virale (virémie) chez les patients atteints de VIH, alors que ce test  fait  partie  des examens standards en Europe  (cf. Ministère de  la Santé  publique de la République du Cameroun, Comité National de lutte contre  le  sida,  rapport  annuel  2010  sur  les  activités  de  prévention  et  de  surveillance des résistances du VIH aux médicaments antirétroviraux au  Cameroun). De plus, la mesure de la virémie n'est pas subventionnée (à  l'inverse des examens réalisés dans les CTA et les UPEC). Selon l'OMS,  bien que ce test soit souhaitable,  il n'est pas une condition préalable au  traitement  par  des  antirétroviraux.  En  l'absence  d'un  tel  examen,  l'évolution de l'infection à VIH est évaluée par comptage des lymphocytes  totaux et par interprétation des symptômes physiques.  Selon  le  rapport  cité  en  dernier  lieu,  les  principes  actifs  composant  la  médication  prescrite  à  la  recourante  (associant  les  molécules  Emtricitabine (Emtriva)  / Tenofovir  (Viread)  / Névirapine (Viramune) sont  disponibles au Cameroun, dans le cadre du programme national de lutte  contre  le  VIH/sida,  en  tant  que  thérapie  de  première  ligne.  Les  antirétroviraux  de  la  première  et  deuxième  lignes  sont  en  principe  disponibles de façon permanente dans les villes de Yaoundé et Douala. Il  sied  également  de  retenir  que  la  recourante  aura  accès  à  un  suivi  médical  (clinique  et  biologique)  approprié  dans  tous  les  CTA.  Ainsi,  indépendamment  de  la  question  financière,  il  y  a  lieu  de  retenir  que  la  recourante pourra obtenir à Douala, ville dont elle provient,  le  traitement  et le suivi que son état de santé requiert. 5.4.2.3 Il reste encore à examiner si la recourante disposera des moyens  financiers  suffisants  pour  disposer  du minimum  vital  et  faire  face  à  ses  frais médicaux.  Sont  éligibles  aux  traitements  antirétroviraux  au  Cameroun  ­  selon  les  Directives nationales édictées en  la matière  ­ notamment  les personnes  infectées par  le VIH ayant présenté,  depuis  leur  contamination,  un  taux  de  lymphocytes CD4  "proche de"  ou  "inférieur  à"  200  cell./mm3  comme  valeur la plus basse. Peu importe à cet égard que l'état de la personne se  soit  amélioré  dans  l'intervalle  et  que  le  taux  de  lymphocytes  CD4  présenté par celle­ci soit supérieur à 200 cell./mm3 grâce à la trithérapie  qui  lui  a  été  administrée,  l'objectif  d'un  tel  traitement  étant  précisément  d'atteindre,  respectivement  de  maintenir  un  taux  de  lymphocytes  CD4  supérieur  à  200  cell./mm3  (cf.  arrêt  du  Tribunal  C­651/2006  précité 

E­4374/2011 Page 15 consid. 6.3.3). Au vu du stade actuel de  l'infection VIH de  la  recourante  (A3),  il  apparaît  qu'elle  devrait  remplir  les  critères  définis  par  ces  directives  pour  accéder  gratuitement  à  un  traitement  par  antirétroviraux  dans son pays.  Selon  les  informations à disposition du Tribunal,  le coût annuel du suivi  médical  requis  en  relation  avec  l'infection  par  le  VIH  (avec  bilan  subventionné  et  examen  de  la  charge  virale  [non  subventionné  actuellement])  peut  être  estimé  à  un  montant  global  de  l'ordre  de  50'000 FCFA  (cf.  arrêt  du  Tribunal  du  20  janvier  2010  en  la  cause  C­ 651/2006 consid. 6.3.2), équivalent à environ Fr. 100.­. La recourante dispose d'un important réseau familial à Douala (sa mère,   […] frères et […] sœurs), où elle est née et a vécu jusqu'à son départ du  pays en mai 2008, qui sera en mesure de lui apporter un soutien (moral  et matériel) à son retour et de favoriser sa réinstallation. Vu l'âge, le bon  niveau  de  formation,  l'appui  familial  et  le  fait  que  sa  capacité  de  travail  n'est pas altérée par son infection asymptomatique, il sied de retenir que  la recourante sera en mesure d'exercer un emploi à son retour. En sus, il  ressort des déclarations de la recourante que sa famille a pu trouver les  fonds  nécessaires  pour  lui  payer  des  études  ainsi  qu'à  ses  frères  et  sœurs  et  pour  financer  son  voyage  par  avion  –  forcément  coûteux –  jusqu'en  Europe  (cf.  p.­v.  de  l'audition  du  15  mai  2008  p.  6  ;  p.­v.  du  31 mai  2011  Q  65­66).  Ainsi,  les  membres  de  sa  famille  ne  sont  pas  dépourvus de ressources et seront en mesure d'apporter à la recourante  un soutien financier complémentaire pour payer son suivi médical, dont le  coût est abordable. A ce sujet,  les allégations de  la  recourante relatives  au  fait  que  ses  proches  lui  refuseraient  leur  aide,  en  raison  de  leurs  croyances  religieuses,  s'ils  avaient  connaissance  de  son  infection  asymptomatique,  ne  sont  que  de  simples  affirmations  de  sa  part,  nullement  étayées.  En  particulier,  elle  n'a  pas  indiqué  en  quoi  le  fait  qu'elle  ait  contracté  le  VIH,  transmis  sexuellement  par  son  époux,  et  qu'elle doive suivre une médication (les Témoins de Jéhovah ne refusant  pas l'accès aux médicaments) s'opposerait aux croyances de sa famille. Enfin, la recourante peut aussi solliciter une aide au retour sous forme de  médicaments pour éviter une  rupture de son  traitement  (cf. art. 93 al. 1  let. d LAsi et art. 75 de l'ordonnance 2 sur l'asile relative au financement  du 11 août 1999 [OA 2, RS 142.312]).

E­4374/2011 Page 16 5.5. Pour  ces motifs,  l'exécution  du  renvoi  doit  être  considérée  comme  raisonnablement exigible. 6.  Enfin,  la  recourante  est  en  possession  de  documents  suffisants  pour  rentrer dans son pays ou, à tout le moins, est en mesure d'entreprendre  toute  démarche  nécessaire  auprès  de  la  représentation  de  son  pays  d'origine en vue de l'obtention de documents de voyage lui permettant de  quitter  la  Suisse.  L'exécution  du  renvoi  ne  se  heurte  donc  pas  à  des  obstacles  insurmontables  d'ordre  technique  et  s'avère  également  possible au sens de l'art. 83 al. 2 LEtr. 7.  7.1.  Cela  étant,  l'exécution  du  renvoi  doit  être  déclarée  conforme  aux  dispositions légales. 7.2. Il s'ensuit que le recours doit être rejeté. 8.  8.1.  La  recourante  ayant  succombé,  les  frais  de  la  présente  procédure  devraient  en  principe  être  mis  à  sa  charge  (art.  63  al.  1  phr.  1  PA).  Toutefois,  au  vu  des  particularités  de  la  présente  cause,  le  Tribunal  considère  qu'il  convient,  à  titre  exceptionnel,  de  renoncer  à  leur  perception  (art.  63  al.  1  phr.  3  PA  et  art.  6  du  règlement  du  21  février  2008  concernant  les  frais,  dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif fédéral (FITAF, RS 173.320.2). 8.2.    Partant,  la  demande  d'assistance  judiciaire  partielle  devient  sans  objet (art. 65 al. 1 PA). (dispositif : page suivante)

E­4374/2011 Page 17 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est rejeté. 2.  Il n'est pas perçu de frais. 3.  La demande d'assistance judiciaire partielle est sans objet. 4.  Le présent arrêt est adressé au mandataire de la recourante, à l’ODM et  à l’autorité cantonale compétente. Le président du collège : La greffière : Jean­Pierre Monnet Céline Berberat Expédition :

E-4374/2011 — Bundesverwaltungsgericht 23.12.2011 E-4374/2011 — Swissrulings