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Bundesverwaltungsgericht 17.10.2011 E-4329/2006

17 ottobre 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·2,507 parole·~13 min·1

Riassunto

Asile et renvoi | Asile et renvoi, décision de l'ODM du 19 octobre 2005

Testo integrale

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour V E­4329/2006 Arrêt   d u   1 7   octobre   2011   Composition Emilia Antonioni, (présidente du collège), Regula Schenker Senn et Jenny de Coulon Scuntaro, juges,  Céline Longchamp, greffière. Parties A._______, née le (…), B._______, né le (…), Congo (Kinshasa),  recourante,  contre Office fédéral des migrations (ODM),  Quellenweg 6, 3003 Berne,    autorité inférieure.  Objet Asile et renvoi ;  décision de l'ODM du 19 octobre 2005 / N (…).

E­4329/2006 Page 2 Faits : A.  L'intéressée a déposé une demande d'asile  en Suisse  le  11  septembre  2003. B.  Entendue  sommairement  le  16  septembre  2003,  puis  sur  ses  motifs  d'asile  par  les  autorités  cantonales  compétentes  en  présence  d'une  personne de confiance le 15 octobre suivant, la requérante a déclaré être  une  ressortissante  congolaise,  de  mère  rwandaise  (originaire  de  C._______), née à Kinshasa le (date), de confession (…) et appartenir à  l'ethnie D._______.  Lors de  l'arrivé au pouvoir de Laurent­Désiré Kabila,  le 17 mai 1997,  le  père de l'intéressée, militaire sous la dictature de Mobutu Sésé Seko, se  serait trouvé en mission avec un collègue au camp Mobutu à Lemba. Le  soir même ou deux jours plus tard (selon les versions), ce collègue aurait  informé la mère de l'intéressée que son père avait été tué par balle et que  les officiers de Mobutu étaient recherchés. Dans la soirée, sa mère aurait  emmené l'intéressée, son frère et sa sœur chez une amie, où ils auraient  passé la nuit. Le lendemain ou deux jours plus tard (selon les versions),  sa mère  ou  l'amie  de  sa mère  (selon  les  versions)  serait  retournée  au  domicile  familial  et  aurait  constaté  que  celui­ci  avait  été  pillé  par  les  soldats de Kabila. Le jour suivant, sa mère auraient pris un camion avec  ses trois enfants jusqu'à la frontière angolaise puis aurait rejoint Luanda.  Ils auraient vécu dans le quartier de E._______. Le (…) 2002, la mère de  la requérante aurait été tuée par des voleurs armés. Les enfants auraient  été  recueillis  à  l'église  F._______  de  E._______.  Le  (…)  2003,  l'intéressée  aurait  quitté  Luanda,  à  bord  d'un  avion  de  la  compagnie  nationale  G._______,  munie  d'un  passeport  angolais  d'emprunt,  à  destination  de  H._______,  via  I._______.  Après  avoir  passé  cinq  jours  chez  un  compatriote  rencontré  par  hasard  à  la  sortie  de  l'aéroport,  elle  aurait rejoint la Suisse en voiture, accompagnée par celui­ci. L'intéressée  a  déposé  une  attestation  de  naissance  établie  dans  la  commune  de  J._______  le  20  janvier  2002,  disant  ne  jamais  avoir  possédé d'autres documents d'identité. Elle a produit une note médicale,  datée  du  13  octobre  2003,  émanant  du  département  de  médecine  communautaire  des  hôpitaux  universitaires  genevois  (HUG)  selon  laquelle elle est suivie à l'hôpital.

E­4329/2006 Page 3 C.  Le 20 octobre 2003, un tuteur a été nommé en faveur de  la requérante,  mineur non accompagnée. D.  Le 2 mars 2004, l'ancien office fédéral des réfugiés (actuellement ODM) a  diligenté une enquête auprès de l'Ambassade de Suisse à Kinshasa afin  d'obtenir  des  informations  relatives  à  l'adresse  mentionnée  par  l'intéressée  à  Kinshasa,  au  décès  de  son  père  le  17  mai  1997,  à  son  réseau  familial  dans  cette  ville,  au  décès  de  sa  mère  à  Luanda  le  24  décembre  2002,  au  lieu  de  résidence  de  son  frère  et  de  sa  sœur,  à  la  date de naissance fournie par la requérante ainsi que sur l'authenticité de  l'attestation de naissance déposée. E.  Il  ressort  des  réponses  fournies,  le  2 mars  2004,  par  le  biais  de  ladite  ambassade que la famille de la requérante n'est pas connue à l'adresse  indiquée  par  celle­ci,  que,  le  17  mai  1997,  toute  l'administration  était  paralysée  par  l'entrée  des  troupes  de  Kabila  à  Kinshasa,  les  chefs  militaires étant en fuite, qu'aucune information n'a pu être obtenue sur la  lieu de résidence du frère et de la sœur de l'intéressé, sur un quelconque  réseau  familial  à  Kinshasa  ainsi  que  sur  sa  date  de  naissance  dans  la  mesure  où  personne  ne  connaissait  cette  famille  à  l'adresse  indiquée.  Selon  ces  résultats,  l'attestation  de  naissance  est  un  faux  document  puisque le nom du bourgmestre de la commune de J._______ y figurant  est  inexact  et  que  la  signature et  le  cachet  ne  sont  pas  conformes aux  usages locaux. F.  La requérante a été entendue sur le résultat de cette enquête par courrier  du 27 avril 2004. G.  Par  courrier  du  4  mai  2004,  elle  a  repris  les  faits  à  l'origine  de  sa  demande d'asile, précisant qu'il aurait été plus judicieux de se renseigner  sur  la  mort  de  son  père  au  camp  Mobutu  que  dans  la  commune  de  J._______ où sa  famille n'avait passé que peu de  temps. Elle a  indiqué  que la mort de sa mère n'était connue qu'à Luanda et non à Kinshasa et  qu'une  enquête  dans  cette  ville  était  nécessaire.  Elle  a  ajouté  que  les  anciens  combattants  des  Forces  armées  zaïroises  (FAZ),  les membres  de leurs familles ainsi que les rwandais et leurs familles étaient menacés  au  Congo  (Kinshasa).  S'agissant  de  l'attestation  de  naissance,  elle  a 

E­4329/2006 Page 4 relevé qu'elle ne savait pas si elle était authentique, le pasteur de l'église  F._______  la  lui  ayant  donnée  lors  de  son  séjour  à  Luanda.  Elle  a  également  déclaré  qu'elle  souffrait  de  problèmes  psychiques  suite  à  la  mort de ses deux parents et à la vie d'orpheline vécue à Luanda. H.  Par  décision  du  16  septembre  2005,  notifiée  le  20  septembre  suivant,  l'ODM  a  rejeté  la  demande  d'asile  déposée  par  la  requérante  au motif  que  ses  déclarations  illogiques  n'étaient  ni  vraisemblables,  au  sens  de  l'art. 7 de  la  loi  fédérale du 26 juin 1998 sur  l'asile  (LAsi, RS 142.31), ni  pertinentes au sens de l'art. 3 LAsi. L'office fédéral a également prononcé  le  renvoi  de  Suisse  de  l'intéressée  et  a  ordonné  l'exécution  de  cette  mesure, qu'il a jugé licite, raisonnablement exigible et possible.  I.  Dans  son  recours  interjeté  le  19  octobre  2005  auprès  de  l'ancienne  Commission  suisse  de  recours  en  matière  d'asile  (ci­après  :  la  Commission,  actuellement  le  Tribunal),  l'intéressée  a  conclu  à  l'annulation de  la décision entreprise,  implicitement à  la  reconnaissance  de  la  qualité  de  réfugié  et  à  l'octroi  de  l'asile,  subsidiairement  au  prononcé  d'une  admission  provisoire  ainsi  qu'à  l'octroi  de  mesures  provisionnelles,  à  la  dispense du paiement  de  l'avance en garantie  des  frais présumés de la procédure et à l'assistance judiciaire partielle. Elle a  invoqué une violation de son droit d'être entendu, reprochant à l'ODM de  ne  pas  lui  avoir  transmis  une  copie  de  la  demande  de  renseignements  adressée à  l'Ambassade de Suisse à Kinshasa et des résultats de cette  enquête. Elle a relevé qu'il ressortait de ces résultats que les recherches  n'avaient été menées que dans la commune de J._______, aucune autre  piste  n'ayant  été  utilisée. Elle  a  également mis  en  doute  la  fiabilité  des  résultats  obtenus,  expliquant  que,  les  événements  allégués  datant  de  sept ans auparavant,  les voisins ne pouvaient plus la reconnaître et que  les kinois étaient de manière générale réticents à fournir des informations  à des  inconnus. S'agissant du décès de son père, elle a déclaré que,  le  17 mai 1997, elle ne se souvenait que du fait qu'il était absent du domicile  familial  parce  qu'il  se  trouvait  en  mission  et  que  sa  mère  avait  appris,  quelques jours plus tard, d'un collègue qu'il était mort d'une balle dans la  tête.  Elle  a  ajouté  que  les  résultats  de  l'enquête  corroboraient  ses  déclarations à ce sujet puisqu'ils mentionnaient que  l'administration était  paralysée ce jour­là et que les chefs militaires étaient en fuite, l'intéressée  n'ayant  jamais  indiqué que son père avait  reçu  l'ordre d'une mission ce  jour­là. Elle a argué qu'aucune enquête n'avait été effectuée à Luanda et  qu'au vu du manque de fiabilité de celle menée à Kinshasa, les résultats 

E­4329/2006 Page 5 obtenus  ne  devaient  pas  être  pris  en  compte.  S'agissant  de  son  attestation  de  naissance,  elle  a  rappelé  que  le  pasteur  avait  entrepris  toutes  les  démarches  afin  de  la  lui  procurer,  arguant  qu'elle  ne  pouvait  dès lors encourir la responsabilité d'un faux document. Elle a expliqué la  contradiction relative à l'établissement de ce document par un lapsus dû  à des perturbations psychologiques. Concernant l'assassinat de sa mère,  elle  a  mis  en  exergue  le  fait  que  les  autorités  angolaises  étaient  au  courant  de  cet  événement  et  qu'elles  ne  lui  avaient  pas  accordé  la  protection  nécessaire.  Elle  a  également  souligné  qu'en  Angola,  de  nombreux actes commis par des bandits étaient en réalité commandités  par  les  autorités  étatiques  et  que  les  congolais  et  les  rwandais  en  situation  irrégulière  y  subissait  des  actes  prohibés  par  les  conventions  internationales. Invoquant de plus une pression psychique insupportable,  elle a conclu à la vraisemblance et à la pertinence de ses motifs d'asile.  Elle a mis en lumière l'insécurité politique, économique et sociale de son  pays d'origine et affirmé que, partie de Kinshasa à l'âge de onze ans, elle  ne pouvait s'y réintégrer en l'absence d'un quelconque réseau familial ou  social. Elle a enfin souligné qu'elle était suivie médicalement, produisant  un  certificat  médical  daté  du  14  octobre  2005  annonçant  la  production  d'un rapport médical détaillé. J.  Le  3  novembre  2005,  la  recourante  a  fait  parvenir  à  la Commission  un  rapport médical daté du 25 octobre 2005 duquel  il ressort qu'elle souffre  d'un  état  dépressif  sévère,  d'un  syndrome  de  stress  post­traumatique  (PTSD),  de  violences  sexuelles,  d'épigastralgies  chroniques  et  d'une  tuberculose  latente  ayant  nécessité  la  mis  en  place  d'un  suivi  psychologique  et  d'un  traitement médicamenteux  (prophylactique  contre  la tuberculose, antidépresseur). K.  Le 8 novembre 2005,  le  juge  instructeur a accusé réception du recours,  constaté  que  l'intéressée  pouvait  attendre  en  Suisse  l'issue  de  sa  procédure et accordé l'assistance judiciaire partielle. L.  Dans  sa  réponse  du  5  décembre  2005,  l'ODM  a  proposé  le  rejet  du  recours,  précisant  que  le  traitement  de  la  tuberculose ainsi  que  le  suivi  d'un état dépressif pouvaient être effectués à Kinshasa. M.  Par réplique du 24 décembre 2005, la recourante a relevé que l'ODM ne 

E­4329/2006 Page 6 s'était pas prononcé, dans sa  réponse, sur son  réseau  familial, élément  pourtant  primordial  s'agissant  de  l'exécution  de  son  renvoi.  Elle  a  contesté un véritable accès aux soins dont elle a besoin, rappelant qu'elle  ne disposait d'aucun réseau familial ou social à Kinshasa. Etant mineure  à son arrivée en Suisse, elle a également  reproché à  l'ODM de ne pas  avoir  vérifié  l'endroit  où  elle  pourrait  retourner  à  Kinshasa  et  les  personnes  qui  pourraient  la  prendre  en  charge.  Elle  a  par  ailleurs  souligné ses efforts d'intégration en Suisse, produisant  les  témoignages  du service des classes d'accueil et d'insertion et du salon de (…) où elle a  débuté un apprentissage. N.  L'intéressée a fait parvenir, à la demande du Tribunal, un rapport médical  actualisé.  Il  ressort  de  ce  document,  daté  du  14  mai  2008,  qu'actuellement  enceinte,  la  recourante  souffre  de  reflux  gastriques,  de  douleurs ostéo­articulaires, de troubles du sommeil, d'un PTSD, d'un état  dépressif,  épisode  actuel  sévère  sans  symptômes  psychotiques,  et  de  ténosynovite du membre supérieur gauche. Selon ce document, son état  de  santé  nécessite  une  psychothérapie  de  soutien,  la  médication  (antidépresseur), arrêtée en début de grossesse, ayant été reprise. O.  Le 28 juillet 2008 est né le fils de l'intéressée. P.  Le 13 octobre 2009, cet enfant a été reconnu par son père, titulaire d'une  autorisation de séjour (permis B). Q.  Le 13 août 2011, la recourante a fait parvenir, à la demande du Tribunal,  une  copie  des  attestations  de  domicile  et  du  contrat  de  bail  confirmant  qu'elle vit en ménage commun avec le père de son enfant, une copie de  son contrat de travail, de ses décomptes salaire des mois de mai à juillet  2011  ainsi  que  de  son  certificat  de  salaire  de  l'année  2010.  Elle  a  également  transmis  une  copie  d'une  attestation  d'indépendance  financière et de  la confirmation de  la  reconnaissance de son enfant par  son  père.  Elle  a  ajouté  qu'elle  était  dans  l'attente  des  documents  nécessaires à l'introduction d'une procédure en vue du mariage avec son  concubin,  père  de  son  enfant.  Elle  a  enfin  requis  une  prolongation  du  délai imparti pour produire le rapport médical actualisé demandé.

E­4329/2006 Page 7 R.  Dans  le  délai  imparti  et  prolongé,  la  recourante  a  produit  un  rapport  médical  daté  du  6  septembre  2011,  lequel  diagnostique  un  PTSD,  un  trouble  dépressif  récurrent,  épisode  actuel  sévère,  des  lombalgies  communes  et  une  douleur  face  interne  du  pied  gauche  en  cours  d'investigation.  Selon  ce  document,  le  suivi  psychothérapeutique,  interrompu en 2009, a été réintroduit suite à une dégradation de son état  de santé, le traitement antidépresseur s'étant poursuivi. S.  Invité  une  nouvelle  fois  à  se  déterminer,  l'ODM  a  reconsidéré  partiellement sa décision du 16 septembre 2005 et mis l'intéressée et son  fils au bénéfice d'une admission provisoire. T.  Par  décision  incidente  du  27  septembre  2011,  le  juge  instructeur,  constatant  que  le  recours portant  sur  l'exécution du  renvoi  était  devenu  sans objet, a invité la recourante à lui indiquer si elle entendait maintenir  ou  retirer  son  recours  en  tant  qu'il  portait  encore  sur  les  questions  litigieuses  de  la  reconnaissance  de  la  qualité  de  réfugié,  de  l'octroi  de  l'asile et du principe du renvoi. U.  Le 5 octobre 2011, la recourante a déclaré qu'elle maintenait son recours. V.  Les  autres  faits  et  arguments  de  la  cause  seront  examinés,  en  cas  de  besoin, dans les considérants qui suivent. Droit : 1.  1.1.  Le  Tribunal,  en  vertu  de  l’art.  31  de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF,  RS  173.32),  connaît  des  recours  contre les décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre  1968  sur  la  procédure  administrative  (PA,  RS  172.021)  prises  par  les  autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF. En particulier, les décisions rendues par l’ODM concernant l’asile peuvent  être contestées, par renvoi de l’art. 105 de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile 

E­4329/2006 Page 8 (LAsi, RS 142.31), devant  le Tribunal,  lequel statue alors définitivement,  sauf demande d'extradition déposée par  l'Etat dont  le requérant cherche  à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal  fédéral [LTF, RS 173.110]). 1.2.  Les  recours  qui  sont  pendants  devant  la  Commission  au  31 décembre  2006  sont  traités  par  le Tribunal  dans  la mesure  où  il  est  compétent (art. 53 al. 2 phr. 1 LTAF). 1.3. Le nouveau droit de procédure s’applique (art. 53 al. 2 phr. 2 LTAF). 1.4. L'intéressée a qualité pour recourir (art. 48 let. a PA, dans sa version  antérieure  au  1er  janvier  2007).  Présenté  dans  la  forme  et  le  délai  prescrits  par  la  loi,  le  recours  est  recevable  (art. 48  et  52  PA  et  108 al. 1 LAsi). 2.  A  titre  liminaire,  le  Tribunal  se  doit  d'examiner  les  griefs  de  nature  formelle  avancés  par  la  recourante.  Celle­ci  a  en  effet  invoqué  une  violation de son droit d'être entendu, en particulier de la consultation des  pièces, reprochant à l'ODM de ne pas lui avoir transmis une copie de la  demande  de  renseignement  adressée  à  l'Ambassade  et  des  résultats  obtenus.  Elle  a  également  requis  des  mesures  d'instruction  complémentaires. 2.1.  Le  droit  d'être  entendu,  inscrit  à  l'art.  29  al.  2  de  la  Constitution  fédérale du 18 avril 1999 (Cst.; RS 101), comprend le droit de s'exprimer,  le droit de consulter le dossier, le droit de faire administrer des preuves et  de participer à l'administration de celles­ci, le droit d'obtenir une décision  motivée et le droit de se faire représenter ou assister (cf. ANDRÉ GRISEL,  Traité  de  droit  administratif,  Lausanne  1984,  vol.  I  et  II,  p.  380ss  et  840ss).  Le  droit  d'être  entendu  est  consacré  en  procédure  d'administrative  aux  art.  26  à  33  PA.  L'art.  30  al.  1  PA  en  particulier  implique notamment que  l'autorité ne base pas sa décision sur des faits  au sujet desquels  les requérants n'ont pas auparavant pu se prononcer.  Ainsi, le droit de consulter le dossier s'étend non seulement à la réponse  écrite  de  la  représentation  suisse  à  l'étranger,  mais  encore  au  questionnaire que lui a adressé l'ODM (cf. ATF 132 II 485 consid. 3; 126 I  7 consid. 2b, 124 II 132 consid. 2b et jurisprudence citée ; Jurisprudence  et  informations  de  la  Commission  suisse  de  recours  en matière  d'asile  [JICRA] 1994 n° 1 consid. 3b p. 9ss). http://links.weblaw.ch/ATF-132-II-485 http://links.weblaw.ch/ATF-132-II-485 http://links.weblaw.ch/ATF-132-II-485 http://links.weblaw.ch/ATF-132-II-485 http://links.weblaw.ch/ATF-132-II-485 http://links.weblaw.ch/ATF-126-I-7 http://links.weblaw.ch/ATF-126-I-7 http://links.weblaw.ch/ATF-126-I-7 http://links.weblaw.ch/ATF-126-I-7 http://links.weblaw.ch/ATF-126-I-7 http://links.weblaw.ch/ATF-124-II-132 http://links.weblaw.ch/ATF-124-II-132 http://links.weblaw.ch/ATF-124-II-132 http://links.weblaw.ch/ATF-124-II-132 http://links.weblaw.ch/ATF-124-II-132

E­4329/2006 Page 9 2.2. En l'espèce, cette exigence n'a manifestement pas été satisfaite par  l'ODM. Dans  son  courrier  du  27  avril  2004,  cet  office  s'est  contenté  de  donner  connaissance  à  l'intéressé  d'un  résumé  des  renseignements  obtenus  par  le  truchement  de  l'Ambassade  de  Suisse  à  Kinshasa.  Il  a  cependant  omis  de  lui  communiquer  la  teneur  des  questions  qu'elle  lui  avait soumise. 2.3. Le droit d'être entendu étant de nature formelle, sa violation entraîne  en principe l'annulation de la décision attaquée, sans qu'il soit nécessaire  de  savoir  si  celle­ci  a  eu  une  influence  sur  le  résultat  de  la  décision.  Toutefois,  en  présence  d'une  telle  violation,  l'autorité  de  recours  peut  renoncer au renvoi de la cause à l'instance inférieure lorsque celle­ci est  de  moindre  importance  et  que  l'intéressé  a  été  mis  effectivement  en  situation de s'expliquer sur  les  faits dont  il  s'agit devant une autorité de  recours  jouissant d'une pleine cognition et  revoyant  librement  toutes  les  questions qui  auraient  pu être  soumises à  l'autorité  inférieure  si  celle­ci  avait  normalement  entendu  la partie  (cf. Arrêts  du Tribunal  administratif  fédéral [ATAF] 2007/30 consid. 8.2 p. 371 ss ; JICRA 2004 n° 38 consid.  7.1 p. 265 et JICRA 1994 n° 1 consid. 6 p. 15ss).  2.4. Dans  le  cas  d'espèce,  le  Tribunal  renonce  à  guérir  le  vice  dans  le  cadre  de  la  procédure  de  recours  ou  à  annuler  la  décision  entreprise  dans  la  mesure  où  il  considère  que  l'affaire  peut  être  jugée  sans  tenir  compte  des  résultats  obtenus.  Pour  cette même  raison,  la  question  de  leur fiabilité peut donc rester ouverte. 2.5.  S'agissant  ensuite  de  la  question  de  l'établissement  des  faits,  la  procédure  marie  deux  principes  opposés.  Selon  la  maxime  d'office,  l'autorité définit  les  faits pertinents dans  la mesure où  l'exige  la correcte  application de  la  loi  (cf. ATF 116 V 26 consid. 3c et 3d) et ne tient pour  existants  que  ceux  qui  sont  dûment  prouvés.  Selon  la  maxime  des  débats,  ce  sont  les parties qui  apportent  faits  et  preuves.  La procédure  administrative  fait  prévaloir  la  maxime  d'office  (art. 12  PA).  Cependant,  les parties, et particulièrement dans le domaine de l'asile, ont le devoir de  collaborer  à  l'instruction  de  la  cause  (art.  8  LAsi),  ce  qui  les  oblige  à  apporter, dans la mesure où cela peut raisonnablement être exigé d'elles,  les  preuves  commandées  par  la  nature  du  litige  et  des  faits  invoqués,  faute  de  quoi  elles  risquent  de  devoir  supporter  les  conséquences  de  l'absence de preuves (cf. ATF 135 II 161 consid. 3 p. 165­166, ATF 117 V  261, ATF 110 V 109 consid. 3b p. 112­113, ATF 110 V 48 consid. 4, ATF  110  V  199  consid. 2b).  L'autorité  doit  donc  prendre  toutes  les mesures  propres à établir les faits pertinents avec le concours de l'intéressé, qui a  http://links.weblaw.ch/ATF-116-V-23 http://links.weblaw.ch/ATF-116-V-23 http://links.weblaw.ch/ATF-116-V-23 http://links.weblaw.ch/ATF-116-V-23 http://links.weblaw.ch/ATF-116-V-23 http://links.weblaw.ch/ATF-135-II-161 http://links.weblaw.ch/ATF-135-II-161 http://links.weblaw.ch/ATF-135-II-161 http://links.weblaw.ch/ATF-135-II-161 http://links.weblaw.ch/ATF-135-II-161 http://links.weblaw.ch/ATF-117-V-261 http://links.weblaw.ch/ATF-117-V-261 http://links.weblaw.ch/ATF-117-V-261 http://links.weblaw.ch/ATF-117-V-261 http://links.weblaw.ch/ATF-117-V-261 http://links.weblaw.ch/ATF-110-V-109 http://links.weblaw.ch/ATF-110-V-109 http://links.weblaw.ch/ATF-110-V-109 http://links.weblaw.ch/ATF-110-V-109 http://links.weblaw.ch/ATF-110-V-109 http://links.weblaw.ch/ATF-110-V-48 http://links.weblaw.ch/ATF-110-V-48 http://links.weblaw.ch/ATF-110-V-48 http://links.weblaw.ch/ATF-110-V-48 http://links.weblaw.ch/ATF-110-V-48 http://links.weblaw.ch/ATF-110-V-199 http://links.weblaw.ch/ATF-110-V-199 http://links.weblaw.ch/ATF-110-V-199 http://links.weblaw.ch/ATF-110-V-199 http://links.weblaw.ch/ATF-110-V-199

E­4329/2006 Page 10 par  conséquent  l'obligation  d'apporter  toute  preuve  utile  ou,  à  tout  le  moins,  tout  élément  de  preuve  permettant  de  fonder  ses  allégations  (cf. PIERRE MOOR  /  ETIENNE  POLTIER,  Droit  administratif,  vol.  II,  3e  éd.,  Berne 2011, p. 292ss). 2.6.  A  l'examen  du  dossier,  le  Tribunal  constate  que  la  cause  est  suffisamment  instruite,  les  faits  étant  établis  à  satisfaction  pour  que  l'affaire  puisse  être  jugée  en  l'état.  La  requête  tendant  à  des  mesures  d'instruction complémentaires est, dès lors, rejetée. 3.  3.1. Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d'origine ou dans  le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices  ou craignent à juste titre de l'être en raison de leur race, de leur religion,  de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou  de  leurs  opinions  politiques.  Sont  notamment  considérées  comme  de  sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l'intégrité corporelle ou  de  la  liberté,  de  même  que  les  mesures  qui  entraînent  une  pression  psychique  insupportable.  Il  y  a  lieu  de  tenir  compte  des motifs  de  fuite  spécifiques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi). 3.2.  Quiconque  demande  l’asile  (requérant)  doit  prouver  ou  du  moins  rendre  vraisemblable  qu'il  est  un  réfugié.  La  qualité  de  réfugié  est  vraisemblable  lorsque  l'autorité  estime  que  celle­ci  est  hautement  probable. Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur  des  points  essentiels,  ne  sont  pas  suffisamment  fondées,  qui  sont  contradictoires,  qui  ne  correspondent  pas  aux  faits  ou  qui  reposent  de  manière déterminante sur des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7  LAsi). 3.3.  Selon  la  jurisprudence  de  la  Commission,  laquelle  est  toujours  d'actualité, et la doctrine (cf. JICRA 2000 n°9, consid. 5a p.78 ; 1998 n°4  consid. 5d p.27, 1998 n°18 consid. 9 p. 161s. ; 1997 n°10 p.73ss ; 1996  n° 18 p. 170ss ; n° 30 p. 292ss ; 1994 n° 5 p. 47 ; 1993 n° 11 p.67 et n°  21  p.134  ;  MINH SON NGUYEN,  Droit  public  des  étrangers,  Berne  2003,  p. 447ss  ;  MARIO  GATTIKER,  La  procédure  d'asile  et  de  renvoi,  Berne  1999,  p.  69s  ;  WALTER  KÄLIN,  Grundriss  des  Asylverfahrens,  Basel/Francfort­sur­le  Main  1990,  p.142,  302  et  312),  l'expression  "craindre à juste titre une persécution" comprend un aspect subjectif et un  aspect objectif. En effet, le seul fait qu'une personne se sente anxieuse et  éprouve  quelque  crainte  à  retourner  dans  son  pays  d'origine  (aspect 

E­4329/2006 Page 11 subjectif)  ne  suffit  pas.  Une  crainte  subjective  de  persécution  devient  objectivement  fondée si, au vu d'une situation politique déterminée, elle  serait ressentie par une personne normalement douée de sensibilité et si  elle  repose  sur  des  indices  qui  démontrent  qu'elle  encourt  un  danger  imminent de persécution (aspect objectif). Ces  indices peuvent ressortir,  par  exemple,  du  contexte  de  vie  familial  du  requérant,  de  son  appartenance à un groupe social, politique ou racial ; de sa religion ou de  sa  nationalité,  de  ses  expériences  personnelles  ou  encore  de  persécutions  déjà  subies.  Ils  peuvent  également  consister  dans  une  vulnérabilité particulière tenant à sa personne, voire dans des préjudices  sérieux  infligés  à  des  proches  (cf. JICRA  1994  n°  5  op.  cité  ;  n° 7  p.  132ss  ;  n°  24  p.  177ss  ;  1993  n°  39  p.  280ss).  La  crainte  fondée  de  persécution  n'est  en  outre  déterminante  au  sens  de  l'art.  3  LAsi  que  lorsque le requérant établit ou rend hautement vraisemblable qu'il pourrait  être  victime  de  persécutions  avec  une  haute  probabilité  et  dans  un  proche avenir. Une simple éventualité de persécution ne suffit pas. Des  indices  concrets  et  sérieux  doivent  faire  apparaître  ces  persécutions  comme  imminentes  et  réalistes.  Ainsi,  une  crainte  de  persécution  n'est  objectivement  fondée  que  si,  placée  dans  les  mêmes  conditions,  une  personne  douée  d'une  sensibilité  normale  aurait  des  raisons  objectivement  reconnaissables  de  craindre,  selon  toute  vraisemblance,  d'être victime de persécutions à tel point que l'on ne saurait exiger d'elle  qu'elle rentre dans son pays.  3.4.  Conformément  à  une  jurisprudence  constante,  le  Tribunal  tient  compte de la situation dans l'Etat concerné et des éléments tels qu'ils se  présentent au moment où  il  se prononce  (cf. ATAF 2008/12 consid. 5.2  p. 154 s., ATAF 2008/4 consid. 5.4 p. 38 s. ; cf. également dans ce sens  JICRA 2005 n°18 consid. 5.7.1 p. 164 et JICRA 2000 n°2 consid. 8 p. 20  ss).  Il  prend  ainsi  en  considération  l'évolution  de  la  situation  intervenue  depuis le dépôt de la demande d'asile. 4.  En l'occurrence, outre l'absence, en six ans de procédure, de production  de documents permettant d'attester l'une ou l'autre de ses déclarations, la  recourante a livré un récit inconsistant et d'incohérent, qui ne permet pas  de rendre crédible ses motifs d'asile. 4.1.  En  effet,  le  Tribunal  retient,  tout  d'abord,  que  la  recourante  a  présenté  une  chronologie  confuse,  divergeant  sur  le  jour  exact  où  sa  mère l'aurait emmenée elle et ses frères et sœurs chez une amie (cf. pv.  de l'audition sommaire p. 4, pv. de l'audition cantonale p. 4) ainsi que sur  https://portal.bger.admin.ch/alfresco/faces/jsp/extension/archiweb-content.jsp https://portal.bger.admin.ch/alfresco/faces/jsp/extension/archiweb-content.jsp https://portal.bger.admin.ch/alfresco/faces/jsp/extension/archiweb-content.jsp https://portal.bger.admin.ch/alfresco/faces/jsp/extension/archiweb-content.jsp https://portal.bger.admin.ch/alfresco/faces/jsp/extension/archiweb-content.jsp https://portal.bger.admin.ch/alfresco/faces/jsp/extension/archiweb-content.jsp https://portal.bger.admin.ch/alfresco/faces/jsp/extension/archiweb-content.jsp

E­4329/2006 Page 12 celui où sa mère aurait constaté que le domicile familial avait été pillé (cf.  pv.  de  l'audition  sommaire  p.  4,  pv.  de  l'audition  cantonale  p.  4).  L'intéressé  a  ajouté  une  contradiction  en  indiquant  tantôt  que  sa  mère  était  elle­même  retournée  au  domicile  familial,  comportement  qui  représenterait d'ailleurs un  risque  inconsidéré,  tantôt que c'est  l'amie de  sa  mère  qui  avait  constaté  que  leur  maison  avait  été  pillée  (cf.  pv.  de l'audition sommaire p. 4, pv. de  l'audition cantonale p. 4 et 8). A cela  s'ajoute  le  fait que ses déclarations ne sont que de simples affirmations  de  sa  part  nullement  étayés  et  que  ses  indications  sur  son  voyage  jusqu'en  Angola  se  sont  révélées  très  vagues  (cf. pv. de  l'audition  sommaire p. 4). 4.2. S'agissant ensuite de son séjour en Angola,  le Tribunal constate  le  même manque de consistance dans  les propos de  l'intéressée,  laquelle  n'a, en particulier, pas été capable de préciser l'adresse exacte à laquelle  elle aurait habité durant pourtant cinq ans avec sa mère et ses frères et  sœurs à Luanda (cf. pv. de son audition sommaire p. 2, pv. de l'audition  cantonale p. 4). De même, l'appellation du marché [("K._______")] auquel  sa  mère  aurait  travaillé  n'est  pas  vraisemblable  (cf.  pv.  de  l'audition  cantonale p. 5), de même que le fait qu'elle n'ait pas appris ne serait­ce  que quelques mois  de  portugais  durant  son  prétendu  séjour  dans  cette  ville.  Si  elle  avait  effectivement  été  amenée  à  faire  commerce  de  l'eau  pour se faire un peu d'argent, elle aurait immanquablement dû apprendre  quelques rudiments de cette langue (cf. pv. de l'audition cantonale p. 9).  Le  Tribunal  remarque  également  que  les  problèmes  invoqués  par  la  recourante relatifs à  l'Angola consistent principalement en des difficultés  relatives  à  sa  situation  d'orpheline  suite  à  la mort  de  sa mère,  soit  des  raisons  économiques  qui  n'entrent  pas  dans  le  champ  d'application  de  l'art. 3 LAsi. Les allégations, avancées au stade du recours uniquement,  selon lesquelles elle aurait risqué de sérieux préjudices dans ce pays en  raison  de  son  origine  congolaise  et  rwandaise  ne  sont  que  de  simples  affirmations  nullement  étayées,  de  sorte  qu'elles  ne  sauraient,  à  l'évidence,  être  suffisantes  à  établir  l'existence  d'une  crainte  fondée  de  persécution  future,  la  question  de  la  protection  effective  des  autorités  angolaises pouvant, pour le surplus, rester indécise. 4.3. En outre, son hasardeuse rencontre avec un ancien collègue de son  père, prétendument réfugié en L._______ et de passage à Luanda, lequel  aurait  ensuite  envoyé  de  l'argent  au  pasteur  pour  financer  son  voyage  jusqu'en  Europe,  semble  en  outre  peu  réaliste  (cf.  pv.  de  l'audition  cantonale p. 6). Son récit de son voyage en avion jusqu'en Europe, munie  d'un  passeport  d'emprunt  ne  contenant  pas  sa  photo  et  sans  subir  un 

E­4329/2006 Page 13 quelconque  contrôle,  n'est  pas  non  plus  vraisemblable,  l'intéressée  ne  sachant, du  reste, même pas sous quelle  identité elle aurait voyagé (cf.  pv. de  l'audition  sommaire p. 5, pv. de  l'audition  cantonale p. 5­6). Une  nouvelle rencontre fortuite avec un compatriote à la sortie de l'aéroport à  H._______,  lequel  l'aurait  ensuite  hébergée  durant  cinq  jours  avant  de  l'accompagner  jusqu'en Suisse, n'est pas davantage crédible  (cf. pv. de  l'audition  cantonale  p.  5­6).  Ces  éléments  permettent  de  penser  que  l'intéressée  dissimule  des  informations  relatives  à  son  voyage  et  aux  véritables circonstances de sa venue en Suisse. 4.4. De même, le Tribunal considère que les déclarations de l'intéressée  ne permettent pas d'étayer une crainte  fondée de persécution  future en  cas  de  retour  au  Congo  (Kinshasa).  En  effet,  rien  ne  permet  d'établir  l'allégation  selon  laquelle  elle  serait  effectivement  la  fille  d'un  ancien  militaire  mobutiste,  décédé  le  jour  de  l'entrée  des  troupes  de  Laurent­ Désiré  Kabila  à  Kinshasa.  Le  Tribunal  rappelle  également  que,  de  pratique  constante,  il  considère  que  le  fait  d'avoir  appris  un  événement  par des tiers ne suffit pas pour établir l'existence d'une crainte fondée de  future  persécution  (cf. dans  ce  sens  ALBERTO  ACHERMANN/CHRISTINA  HAUSAMMANN, Les notions d'asile et de réfugié en droit suisse, in : Walter  Kälin  (éd), Droit des  réfugiés, Enseignement de 3e cycle de droit 1990,  Fribourg  1991,  p. 44).  Or,  la  trame  principale  du  récit  de  l'intéressée  repose  sur  des  ouï­dires.  Elle  aurait  ainsi  appris  par  sa  mère  d'un  collègue  de  son  père  que  celui­ci  était  décédé  et  que  sa  famille  était  recherchée.  Elle  affirme  encore  avoir  appris  par  des  voisins  que  les  soldats de Kabila avaient pillé leur domicile (cf. pv. de l'audition cantonale  p. 8).  Il  sied par ailleurs de constater qu'il  subsiste des zones d'ombres  sur  l'origine  rwandaise  alléguée  par  l'intéressée  dans  la  mesure  où  C._______, qu'elle  indique être  le  lieu d'origine de sa mère au Rwanda  (cf. pv. de  l'audition cantonale p. 9),  se situe en Ouganda et où elle n'a  jamais  parlé  d'une  appartenance  ethnique  rwandaise,  élément  pourtant  d'importance dans  le  contexte des émeutes  intervenues suite à  la prise  de  pouvoir  de  Laurent­Désiré  Kabila  en  1997.  Au  demeurant,  force  est  d'admettre  que  la  situation  au  Congo  (Kinshasa)  a  évolué  de  manière  favorable depuis le prétendu départ de l'intéressée de Kinshasa en 1997  (cf. dans ce sens JICRA 2004 n° 33 p. 232ss). Dans ces conditions, elle  ne  saurait  craindre  tant  objectivement  que  subjectivement  une  persécution  future  et  non  hypothétique  à  son  retour  dans  son  pays  d'origine,  en  raison  de  son  originaire  rwandaise  alléguée  ou  de  son  prétendu lien de filiation avec un ancien militaire mobutise.

E­4329/2006 Page 14 4.5.  S'agissant  enfin  de  l'attestation  de  naissance  établie  le  20  janvier  2002,  le  Tribunal  considère  que  la  question  de  son  authenticité  peut  rester  ouverte  dans  la  mesure  où  il  ne  s'agit  de  toute  façon  pas  d'un  document de nature à établir l'identité de la recourante. Selon l’art. 1a let.  c  de  l’ordonnance  1  du  11  août  1999  sur  l’asile  relative  à  la  procédure  (OA 1, RS 142.311), est, en effet, considérée comme une pièce d’identité  tout document officiel comportant une photographie délivré dans le but de  prouver l’identité du détenteur. Conformément à la jurisprudence, de tels  documents doivent, d'une part, prouver l'identité, y compris la nationalité,  de  sorte  qu'il  ne  subsiste  aucun  doute  et  d'une manière  qui  garantisse  l'absence de  falsification et, d'autre part, permettre  l'exécution du  renvoi  de Suisse,  respectivement  le  retour  dans  le  pays  d'origine.  Ainsi,  seuls  les  documents  de  voyage  (passeports)  ou  pièces  d'identité  remplissent  en principe les exigences précitées, au contraire des documents établis à  d'autres fins, comme les permis de conduire, les cartes professionnelles,  les  certificats  scolaires  et  les  actes  de  naissance  (cf.  ATAF  2007/7  p. 55ss).  Force  est  donc  de  constater  que  tel  n'est  pas  le  cas  de  l'attestation  de  naissance  produite,  laquelle  ne  comporte  pas  de  photographie.  A  ce  sujet,  il  convient  encore  de  noter  que  la  recourante  s'est  fourvoyée  sur  la  période  à  laquelle  ce  document  aurait  été  établi  puisqu'elle  l'a  située  après  le  décès  de  sa mère,  qu'elle  date  au  (date)  2002,  affirmant  que  le  pasteur  de  l'église  qui  l'aurait  recueillie  se  serait  chargé de  toutes  les démarches administratives à son obtention  (cf. pv.  de  l'audition  cantonale  p.  9).  L'explication  avancée  par  l'intéressée  relative  aux  troubles  psychiques  dus  au  décès  successifs  de  ses  deux  parents ne saurait être considérée comme suffisante. Partant, les doutes  entourant  l'identité de  l'intéressé constitue un élément d'invraisemblance  supplémentaire. 4.6. Au demeurant,  l'intéressée n'a  pas,  dans  son mémoire  de  recours,  avancé  d'arguments  susceptibles  de  rendre  davantage  crédibles  ses  propos,  les  extraits  des  rapports  internationaux  cités  ne  contenant  du  reste que des informations de portée générale.  4.7. Au  vu  de  ce  qui  précède,  la  recourante  n'a  pas  démontré  que  les  exigences  requises  pour  la  reconnaissance  de  la  qualité  de  réfugié  et  l'octroi de  l'asile étaient  remplies. Celle­ci ne peut donc pas se prévaloir  d'une crainte fondée de subir de sérieux préjudices en cas de renvoi dans  son  pays  d'origine,  pas  davantage  que  d'une  pression  psychique  insupportable, au sens de l'art. 3 LAsi.

E­4329/2006 Page 15 5. Il s'ensuit que le recours, en tant qu'il conteste la non­reconnaissance  de la qualité de réfugié et le refus de l'asile, doit être rejeté et la décision  confirmée sur ces points. 6.  6.1. Lorsqu’il rejette la demande d'asile ou qu'il refuse d'entrer en matière  à ce sujet, l'ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en  ordonne  l'exécution  ;  il  tient  compte  du  principe  de  l'unité  de  la  famille  (art. 44 al. 1 LAsi). Le renvoi ne peut être prononcé, selon l'art. 32 OA1,  lorsque  le  requérant  d’asile  dispose  d’une  autorisation  de  séjour  ou  d’établissement valable, ou qu’il fait l’objet d’une décision d’extradition ou  d’une décision de renvoi conformément à l’art. 121 al. 2 de la Constitution  fédérale du 18 décembre 1998 (Cst., RS 101). 6.2.  Aucune  exception  à  la  règle  générale  du  renvoi  n'étant  en  l'occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette  mesure. 6.3. La recourante et son fils ayant été mis au bénéfice d'une admission  provisoire à  la suite de  la décision de reconsidération partielle de  l'ODM  du  23  septembre  2011,  le  recours  en  tant  qu'il  porte  sur  l'exécution  du  renvoi est sans objet. 7.  Le  Tribunal  tient  encore  à  préciser  que  la  faculté  de  délivrer  une  autorisation de séjour pour cas de  rigueur grave, en application de  l'art.  14  al.  2  LAsi,  appartient  aux  autorités  cantonales,  lesquelles  doivent  encore obtenir l'approbation préalable de l'ODM. Le Tribunal n'a donc pas  à statuer sur ce point.  8.  8.1.  La  recourante  a  été  mise  au  bénéfice  de  l'assistance  judiciaire  partielle le 8 novembre 2005. Il est donc renoncé à la perception des frais  de procédure. 8.2.  Dans  la  mesure  où  l'intéressée  n'était  pas  assistée  par  un  mandataire professionnel et qu'il ressort du dossier que son recours ne lui  a pas occasionné de frais particuliers,  il ne lui ai pas attribué de dépens  (art. 64 al. 1 PA). 

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E­4329/2006 Page 17 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours en tant qu'il conteste le refus de reconnaissance de la qualité  de réfugié, le refus de l'asile et le principe du renvoi est rejeté. 2.  Le recours en tant qu'il conteste l'exécution du renvoi est sans objet. 3.  Il n'est pas perçu de frais de procédure. 4.  Il n'est pas alloué de dépens. 5.  Le  présent  arrêt  est  adressé  à  la  recourante,  à  l'ODM  et  à  l'autorité  cantonale compétente. La présidente du collège : La greffière : Emilia Antonioni Céline Longchamp Expédition :

E-4329/2006 — Bundesverwaltungsgericht 17.10.2011 E-4329/2006 — Swissrulings