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Bundesverwaltungsgericht 05.12.2011 E-3951/2011

5 dicembre 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·2,572 parole·~13 min·3

Riassunto

Asile (non-entrée en matière / procédure Dublin) et renvoi | Asile (non-entrée en matière) et renvoi; décision de l'ODM du 5 juillet 2011

Testo integrale

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour V E­3951/2011 Arrêt   d u   5   d é c emb r e   2011 Composition Jean­Pierre Monnet (président du collège),  Daniele Cattaneo, François Badoud, juges, Anne­Laure Sautaux, greffière. Parties A._______, née le (…), pour elle­même et son fils B._______, né le (…), Syrie, représentés par Me Michael Steiner, avocat,  (…), recourante,  contre Office fédéral des migrations (ODM),  Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Asile (non­entrée en matière) et renvoi (Dublin) ;  décision de l'ODM du 5 juillet 2011 / N (…).

E­3951/2011 Page 2 Faits : A.  Le 7 avril 2010, la recourante a déposé une demande d'asile en Suisse. B.  Selon la réponse transmise, le 8 avril 2010, par l'unité centrale d'Eurodac  à l'ODM, la comparaison des données dactyloscopiques de la recourante  avec celles enregistrées dans la banque de données Eurodac n'a donné  aucun résultat. C.  Lors de  l'audition  sommaire,  le 5 mai  2010, et  lors de  l'audition  sur  ses  motifs d'asile, le 28 mai 2010, la recourante a déclaré, en substance, être  de  nationalité  syrienne,  d'ethnie  kurde  et  de  confession  sunnite.  Elle  serait  mariée  depuis  le  (…)  2009  avec  C._______,  selon  l'acte  de  mariage daté du (…) 2009 qu'elle a fourni en copie. Après son mariage,  elle aurait vécu à D._______ (…) avec ses beaux­parents, voisins de ses  parents,  tandis  que  son  époux  aurait  vécu  à  Damas,  ville  qu'il  n'aurait  quittée qu'une semaine depuis 2008, afin de célébrer leur mariage.  Le (…) 2009, vers une heure du matin, des agents de la police syrienne  auraient fait irruption au domicile de ses beaux­parents. A défaut d'y avoir  trouvé son époux, ce serait elle qu'ils auraient emmenée dans le bâtiment  de la division de la police politique à D._______. A six heures du matin,  elle  aurait  été  transférée  dans  un  endroit  inconnu  situé  à  environ  deux  heures de  route, après que ses yeux eurent été bandés. Elle aurait été  placée dans une pièce  fermée,  ligotée sur une chaise, bâillonnée et  les  mains attachées dans le dos. Elle aurait subi un interrogatoire portant sur  le  lieu  de  séjour  de  son  époux,  lors  duquel  elle  aurait  été menacée  de  mauvais  traitements  et  injuriée  en  lien  avec  son  ethnie.  Elle  aurait  été  violée  plusieurs  fois.  Dans  la  nuit  du  (…)  au  (…)  2009,  elle  aurait  été  enjointe de transmettre un message à son époux, selon lequel il devait se  livrer  le  plus  rapidement  possible,  faute  de  quoi  elle  serait  à  nouveau  arrêtée, puis,  les  yeux bandés, elle aurait  été  reconduite  chez elle. Elle  aurait confié à son époux avoir été violée et, sur le conseil de celui­ci, elle  se  serait  rendue,  le  (…)  2009,  à  Damas,  et  se  serait  cachée  chez  sa  belle­sœur. Durant ce  laps de  temps,  tous  les quinze  jours,  la police se  serait  présentée  au  domicile  de  ses  beaux­parents  et  aurait  fouillé  leur 

E­3951/2011 Page 3 maison. En  février  2010,  munie  de  son  passeport,  elle  aurait  pris  un  vol  à  destination du Caire. Son projet de poursuivre son chemin à destination  de l'Europe aurait toutefois échoué et elle aurait été contrainte de prendre  un vol de retour pour Damas. Le  20 mars  2010,  munie  de  son  passeport,  elle  aurait  gagné  par  voie  aérienne  le Maroc, où elle serait  restée quatre  jours. Toujours munie de  son passeport,  elle aurait  poursuivi  son voyage à destination de Rome,  où  elle  aurait  été  abandonnée  par  son  passeur  qui  était  censé  l'accompagner  jusqu'en  Suisse  et  auquel  elle  venait  de  confier  son  passeport.  Elle  aurait  été  arrêtée  par  la  police  de  l'aéroport ;  ses  empreintes  digitales  auraient  été  relevées  et  elle  aurait  refusé  la  proposition des autorités de déposer une demande d'asile parce qu'elle  avait l'intention de rejoindre son époux en Suisse. Après s'être vu notifier  un ordre d'expulsion d'Italie, qu'elle aurait par la suite jeté, elle aurait été  autorisée  à  quitter  l'aéroport.  Le  27 mars  2010,  elle  serait  entrée  clandestinement en Suisse, via Milan, et se serait rendue auprès de son  époux avant de déposer sa demande d'asile, le 7 avril 2010.  Elle n'aurait pas rencontré de problème lors des contrôles à l'aéroport de  Damas  parce  qu'elle  aurait  remis  de  l'argent  au  passeur  pour  qu'il  corrompe les agents en charge de ceux­là. Elle  serait  opposée  à  son  transfert  en  Italie  parce  que  cela  aurait  pour  conséquence de la séparer de son époux, ainsi qu'à un éventuel transfert  en  Lituanie.  Elle  préférerait  rester  en  Suisse  avec  son  époux,  celui­ci  étant  alors  en  procédure  de  recours  contre  un  transfert  Dublin  vers  la  Lituanie. A l'occasion de sa demande, elle a fourni une copie de sa carte d'identité.  D.  Par  requête  du  14 avril  2011,  l'époux  de  la  recourante  s'est  adressé  à  l'ODM  en  lui  demandant  de  renoncer  à  son  transfert  vers  la  Lituanie  parce  que  plusieurs  éléments  nouveaux  parlaient  en  faveur  de  la  compétence de la Suisse pour examiner sa demande d'asile.  Par courrier du 3 mai 2011,  l'ODM a  transmis cette  requête au Tribunal  administratif  fédéral  (ci­après :  Tribunal)  pour  qu'il  l'examine,  le  cas 

E­3951/2011 Page 4 échéant, en tant que demande de révision de son arrêt E­2324/2010 du  29 mars 2011 rejetant  le recours de  l'époux de  la recourante contre son  transfert  vers  la  Lituanie.  A  l'appui  de  sa  demande,  l'époux  de  la  recourante a allégué que celle­ci bénéficiait d'un traitement en raison de  troubles psychiques et qu'elle menaçait de se suicider au cas où la mise  en  œuvre  du  transfert  occasionnerait  une  séparation  de  fait.  Il  a  également  allégué  que  la  recourante  était  enceinte,  le  terme  de  la  grossesse étant prévu le (…) 2011, comme cela ressortait de l'attestation  établie le 12 avril 2011 par son gynécologue.  Par décision incidente du 9 mai 2011 en l'affaire E­2540/2011, le Tribunal  a  suspendu,  à  titre  de  mesures  provisionnelles,  la  mise  en  œuvre  du  transfert de l'époux de la recourante jusqu'à droit connu sur sa demande  de révision et a reporté le prononcé sur cette demande jusqu'à l'issue du  processus  de  détermination  de  l'Etat membre  responsable  de  l'examen  de  la  demande  d'asile  de  la  recourante  engagé  le  3 mai  précédent  par  l'ODM. E.  Le 3 mai 2011,  l'ODM a adressé aux autorités  lituaniennes une  requête  aux  fins  de  prise  en  charge  de  la  recourante  fondée  sur  l'art. 8  du  règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil du 18 février 2003 établissant les  critères  et mécanismes  de  détermination  de  l'Etat membre  responsable  de  l'examen  d'une  demande  d'asile  présentée  dans  l'un  des  Etats  membres par un ressortissant d'un pays tiers (J.O. L 50/1 du 25.2.2003,  ci­après :  règlement  Dublin  II)  comprenant,  en  attachement,  l'acte  de  mariage ainsi que la lettre du 17 décembre 2009 par laquelle ces mêmes  autorités ont accepté la requête de l'ODM aux fins de prise en charge de  l'époux  de  la  recourante  sur  la  base  de  l'art. 9  par. 4  du  règlement  Dublin II.  L'ODM  n'a  pas  complété  la  rubrique  intitulée  "Particulars  of  family  members  living  in  EU  Member  States"  figurant  en  p. 4  du  formulaire de requête, laquelle comprend notamment une question sur le  consentement  des  personnes  concernées  au  rapprochement.  Dans  la  rubrique intitulée "Other useful information" en p. 4 du formulaire, l'ODM a  invité  la Lituanie à accepter sa requête sur  la base de  l'art. 15 par. 1 du  règlement Dublin II (clause humanitaire) si elle estimait que les conditions  à  l'application de  l'art. 8 dudit  règlement n'étaient pas remplies. Dans sa  requête,  l'ODM  a  indiqué  que  la  recourante  avait  déclaré,  lors  de  son  audition, avoir été appréhendée le 26 mars 2010 à Rome et n'y avoir pas  déposé de demande d'asile parce qu'elle souhaitait  rejoindre son époux  en Suisse, qu'elle était enceinte, que le terme prévu était le (…) 2011, et 

E­3951/2011 Page 5 que  le  délai  de  transfert  de  son  époux  arrivait  à  échéance  le  29 septembre 2011. F.  Par écrit du 24 mai 2011, la recourante, par le biais de son mandataire, a  demandé à être entendue sur la réponse des autorités lituaniennes. G.  Par  courriel  du  23 juin  2011,  les  autorités  lituaniennes  ont  accepté  la  prise  en  charge  de  la  recourante  sur  la  base  de  l'art. 8  du  règlement  Dublin II  et  ont  demandé à  l'ODM de  la  transférer en même  temps que  son époux, au plus tard à  l'échéance du délai de transfert de celui­ci,  le  29 septembre 2011. H.  Par courrier du 14 juin 2011, la recourante a soutenu que son transfert en  Lituanie n'était ni  licite ni raisonnablement exigible en raison de son état  de santé et des risques particuliers liés à sa grossesse.  Elle  a  fourni  une  attestation  du  Dr E._______,  psychiatre­ psychothérapeute FMH, datée du 12 juin 2011. Ce dernier a affirmé que  la recourante, qu'il suivait depuis  le mois d'octobre 2010,  lui avait confié  avoir été violée par des policiers syriens à la recherche de son époux. Il a  indiqué  qu'elle  souffrait  "au  départ"  d'un  trouble  dépressif  sévère,  d'un  état  de  stress  post­traumatique  et  d'une  anorexie.  Il  a  constaté  que  le  traitement  médicamenteux  et  psychothérapeutique  avait  permis  de  contenir l'affection psychiatrique et que les réminiscences du traumatisme  subi  avaient  néanmoins  persisté.  Il  a  précisé  que  le  traitement  médicamenteux avait été  interrompu en raison de  la grossesse.  Il a mis  en  évidence  qu'elle  bénéficiait  d'une  psychothérapie  cognitive  à  raison  d'une séance hebdomadaire. Il a relevé qu'il était impératif qu'elle puisse  poursuivre son  traitement psychiatrique qui devrait se dérouler sur deux  ans.  Elle a également transmis à l'ODM une copie du courrier du 24 mai 2011  adressé  au  Tribunal  par  son  époux  dans  la  procédure  de  révision  le  concernant et de son annexe, à savoir l'attestation du 18 mai 2011 de son  gynécologue. Ce dernier a affirmé que  la recourante, qu'il suivait depuis  le 6 janvier 2011, présentait  un  risque élevé d'accouchement prématuré  et  qu'un  renvoi  contraint  exacerbant  son  stress  serait  par  conséquent  dangereux. Il a relevé que la prise pondérale de la recourante était faible, 

E­3951/2011 Page 6 dès  lors  qu'elle  pesait  42  kg  au  début  de  la  grossesse,  les  dernières  règles remontant au (…) 2010, et 46 kg lors de la dernière consultation.  I.  Par décision du 5 juillet 2011, l'ODM, se fondant sur l’art. 34 al. 2 let. d de  la  loi  du  26  juin  1998  sur  l’asile  (LAsi,  RS 142.31),  n'est  pas  entré  en  matière sur  la demande d'asile de  la  recourante, a prononcé son renvoi  (transfert) en Lituanie, et ordonné l'exécution de cette mesure, le délai de  départ  ayant  été  fixé  le  jour  suivant  l'échéance  du  délai  de  recours.  L'ODM  a  estimé  que  le  transfert  ne  l'exposait  pas  à  une  dégradation  importante  de  son  état  de  santé  compte  tenu  de  l'existence  de  traitements appropriés sur place. J.  Par  acte  du  13 juillet  2011,  la  recourante  a  interjeté  recours  contre  la  décision  précitée.  Elle  a  conclu  à  l'annulation  de  cette  décision  et  au  renvoi  de  la  cause  à  l'ODM,  pour  violation  du  droit  fédéral  ou  pour  établissement  inexact ou  incomplet de  l'état de  fait pertinent,  sous suite  de  frais et dépens. Elle a sollicité  l'octroi de  l'effet suspensif au recours. Elle  a  invoqué  une  violation  de  son  droit  d'être  entendue  au motif  que  l'ODM ne lui avait pas donné l'occasion de s'exprimer sur la réponse des  autorités  lituaniennes  en  dépit  de  sa  demande  du  24 mai  2011.  Elle  a  invoqué une violation de son droit d'avoir accès au dossier, composante  de son droit d'être entendue, à défaut d'avoir obtenu de l'ODM une copie  des  pièces  B10/5  ("Ersuchen  um  Übernahme")  et  B11/2  ("Proof  of  Delivery")  simultanément  à  la  décision  attaquée,  l'ODM  les  ayant  qualifiées,  dans  son  index,  de  pièces  de  peu  d'importance  à  ne  pas  produire. Elle a fait grief à l'ODM d'avoir violé son obligation de motiver sa  décision, dès lors qu'il n'avait fait référence dans la décision attaquée ni à  l'attestation du 12 juin 2011 de son psychiatre, ni à celle du 18 mai 2011  de son gynécologue, ni à la procédure de révision en suspens concernant  son époux, laquelle avait été assortie de mesures provisionnelles.  Elle  a  allégué  que,  compte  tenu  de  l'écoulement  de  18 mois  depuis  l'acceptation,  le  17 décembre  2009,  par  les  autorités  lituaniennes  de  la  prise en charge de son époux, la durée de la procédure de détermination  de  l'Etat  membre  responsable  de  l'examen  de  leurs  demandes  d'asile  constituait  un  obstacle  à  un  accès  effectif  à  une  procédure  d'asile,  contraire  au  but  du  règlement  Dublin  II.  Elle  a  soutenu  que  la  Suisse 

E­3951/2011 Page 7 devait appliquer la clause de souveraineté dès lors que l'exécution de son  renvoi en Lituanie avec son enfant à naître était illicite et inexigible. K.  Par  courriel  du  13 juillet  2011,  l'ODM  a  demandé  aux  autorités  lituaniennes de reconsidérer l'échéance du délai de transfert mentionnée  dans leur réponse du 23 juin 2011, dès lors que le transfert de l'époux de  la  recourante  était  reporté  en  raison  d'une  procédure  de  révision  ayant  effet suspensif au sens du règlement Dublin II. L.  Par décision incidente du 15 juillet 2011, le Tribunal a admis la demande  d'effet  suspensif,  a  transmis  une  copie  des  pièces  B10/5  et  B11/2  du  dossier  de  l'ODM à  la  recourante et  lui  a  imparti  un délai  de  sept  jours  dès  notification  pour  déposer  une mémoire  complémentaire  comportant  ses éventuelles observations sur ces pièces. M.  Par courriel du 3 octobre 2011, l'ODM a informé les autorités lituaniennes  du  report  du  transfert  de  la  recourante  dû  à  une  procédure  de  recours  ayant effet suspensif. N.  Dans  son  mémoire  complémentaire  du  29  juillet  2011,  la  recourante  a  allégué que la requête aux fins de prise en charge avait été établie sur la  base d'un état de fait incomplet. Elle a rappelé que son époux, dans une  requête  du  14 avril  2011,  avait  informé  l'ODM  qu'elle  était  suicidaire  et  qu'elle était suivie par un psychiatre. Elle a fait valoir que l'ODM aurait dû  par  conséquent  lui  impartir  un  délai  pour  produire  un  certificat  médical  avant  d'adresser une  requête aux  fins de prise en charge aux autorités  lituaniennes; à son avis, l'acceptation lituanienne reposait sur une requête  incomplète. Elle  a enfin  reproché à  l'ODM de n'avoir  pas demandé aux  autorités  lituaniennes  des  assurances  quant  à  la  prise  en  charge  appropriée  de  ses  problèmes  médicaux  (grossesse  à  risque  ainsi  que  trouble dépressif sévère, état de stress post­traumatique et anorexie). O.  Dans sa réponse du 19 août 2011, l'ODM a fait valoir que, conformément  à sa pratique, les informations sur la nécessité d'un traitement médical et  sur  d'éventuelles  mesures  d'accompagnement,  par  exemple  la  remise  d'une  réserve de médicaments ou  l'accompagnement sur  le vol par une 

E­3951/2011 Page 8 personne  ayant  une  formation  médicale,  n'étaient  transmises  à  l'Etat  membre responsable de l'examen de la demande d'asile qu'au stade de  la préparation du  transfert. Le  transfert de  la  recourante vers  la Lituanie  ne  pourrait  avoir  lieu  qu'après  l'accouchement.  L'ODM  et  l'autorité  cantonale compétente s'enquerraient de  l'état de santé de  la  recourante  et  de  son  nouveau­né  et  prendraient,  si  nécessaire,  les  précautions  adéquates  lors  des  préparatifs  du  départ  en  veillant  en  particulier  à  informer  les  autorités  lituaniennes  de  la  nature  des  troubles  dont  souffrirait la recourante et des soins médicaux dont elle et son nourrisson  pourraient  avoir  besoin  à  leur  arrivée.  L'attestation  du  12 juin  2011  du  psychiatre  de  la  recourante  serait  incomplète,  dès  lors  qu'elle  ne  serait  pas  détaillée  et  qu'elle  ne  comporterait  ni  anamnèse,  ni  diagnostic,  ni  pronostic. Toujours selon  l'ODM,  la Lituanie aurait  transposé  la directive  "accueil" et disposerait de structures à même de procurer un  traitement  psychiatrique  approprié  à  la  recourante,  par  exemple  la  Clinique  psychiatrique de la République à Vilnius, un établissement clinique et de  réhabilitation à Klaipeda ainsi que des cliniques universitaires à Kaunas  et  à  Vilnius.  Par  conséquent,  la  recourante  n'aurait  pas  rendu  vraisemblable qu'elle n'aurait pas accès à un suivi médical approprié en  cas de transfert. Par courriel du 13 juillet 2011, les autorités lituaniennes  auraient été informées du report du transfert de l'époux de la recourante  dû  à  une  procédure  de  révision  ayant  effet  suspensif  au  sens  du  règlement Dublin  II,  de  sorte que  l'échéance du délai  de  transfert  de  la  recourante qu'elles ont mentionnée dans leur réponse positive du 23 juin  2011 ne serait pas déterminante. P.  Dans sa réplique du 22 septembre 2011, la recourante a fait valoir que le  renvoi  contraint  aurait  pu  survenir  avant  la  naissance  de  son  fils  conformément au ch. 4 du dispositif de  la décision attaquée  lui  fixant un  délai de départ au  jour suivant  l'échéance du délai de recours. A défaut  d'assurances données par les autorités lituaniennes, il n'existerait aucune  garantie  que  celles­ci  prennent  les  précautions  nécessaires.  L'ODM  n'aurait  pas  examiné  si  la  Lituanie  disposait  de  structures  de  santé  à  même de prendre en charge une mère accompagnée d'un nourrisson.  Il  aurait appartenu à l'ODM d'instruire le cas de manière complémentaire s'il  estimait que  l'attestation de son psychiatre était  incomplète. La  réponse  de cet office serait entachée d'une contradiction interne ; en effet, il aurait  examiné  la  question  de  la  disponibilité  des  soins  psychiatriques  en  Lituanie,  admettant  par  là­même  qu'elle  souffrait  de  troubles  psychiatriques, tout en prétendant que l'attestation du psychiatre ne serait 

E­3951/2011 Page 9 pas  probante.  Dans  une  attestation  du  20 septembre  2011  (produite  à  l'appui  de  sa  réplique),  son  psychiatre  aurait  relevé  qu'elle  présentait,  suite  à  la  naissance  de  son  fils,  le  (…)  2011,  une  décompensation  psychique  sur  un  mode  dépressif  sévère  (dépression  du  post­partum)  nécessitant  une prise  en  charge  soutenue d'une durée minimum de  six  mois. Partant, l'exécution de son renvoi serait toujours illicite et inexigible. Par  courrier  du  13 octobre  2011,  elle  a  fourni  un  certificat  que  lui  avait  transmis la veille, par télécopie, son gynécologue. Ce dernier a constaté  que  les  traitements  avaient  provoqué  chez  elle  une  gastrite  mixte,  secondaire  aux médicaments  et  au  stress  palpable  d'une  expulsion  de  Suisse alors qu'elle était déjà très maigre. Il a observé que ces problèmes  s'étaient répercutés sur la croissance de son enfant, lequel ne pesait que  2600 gr à terme, c'est­à­dire un poids inférieur au centile 10, la moyenne  étant  50.  Il  a  mis  en  exergue  avoir  constaté,  lors  de  la  dernière  consultation,  le 3 octobre 2011, des petits problèmes de cicatrisation du  périnée que  la patiente banalisait, une hypotension orthostatique et des  saignements utérins nécessitant des contrôles gynécologiques réguliers.  Il  a  pronostiqué,  à  défaut  de  tels  contrôles,  une  mauvaise  réparation  engendrant des troubles de la fertilité future. Q.  Par courrier du 18 octobre 2011,  la  recourante a produit un certificat de  son psychiatre daté du 13 octobre 2011. Selon ce dernier, qui  la suivrait  depuis  le  25 octobre 2010,  elle  aurait  été  violée durant  sa  détention  du  (…)  au  (…)  2009  en Syrie  par  un  geôlier.  Depuis  sa  libération,  elle  ne  s'alimenterait presque plus, aurait sombré dans une dépression majeure  et  présenterait  tous  les  stigmates  d'un  stress  post­traumatique  sévère.  Son père aurait  rompu toute relation avec elle après avoir appris qu'elle  avait été violée. Elle souffrirait d'une grave perturbation de l'image de son  corps, d'un  trouble alimentaire, d'un amaigrissement  important, d'un état  anxio­dépressif  majeur  d'intensité  sévère  et  d'une  modification  de  la  personnalité,  secondaire  à  l'expérience  d'incarcération  avec  usage  de  torture physique et psychique. Sa dépression se serait aggravée depuis  la naissance de son enfant (dépression du post­partum) ; elle présenterait  des  idées  pseudo­délirantes  de  la  naissance  d'un  enfant  illégitime.  Seraient  diagnostiqués  un  état  de  stress  post­traumatique  (CIM­10  F43.1),  une  modification  durable  de  la  personnalité  (type  anxieuse  [F60.6])  après  une  expérience  de  catastrophe  (F62.0),  une  anorexie  mentale actuellement en rémission (F50.0). Elle bénéficierait d'une prise  en  charge  psychiatrique  à  raison  d'une  séance  hebdomadaire.  La 

E­3951/2011 Page 10 grossesse,  puis  l'allaitement  ne  permettraient  pas  un  traitement  médicamenteux ;  des  anxiolytiques  seraient  toutefois  prescrits  en  réserve. L'évolution  serait  globalement  favorable en dépit  de  la  sévérité  de  ses  troubles  psychiques,  une  solide  relation  de  confiance  ayant  pu  être  établie  entre  elle  et  son  thérapeute,  lequel  s'exprimerait  dans  sa  langue maternelle et aurait mis en place une psychothérapie adaptée au  contexte  culturel.  La  thérapie  devrait  éviter  à  la  patiente  une  psychiatrisation  chronique  et  réduire  significativement  le  risque  de  développement  d'une  psychose  chronique  et/ou  d'un  passage  à  l'acte  suicidaire.  Avec  le  traitement  adéquat,  le  pronostic  à  moyen  ou  long  terme  serait  bon.  Un  départ  en  Lituanie  qui  impliquerait  un  arrêt  du  processus  thérapeutique  alors  qu'une  prise  en  charge  intensive  serait  nécessaire  en  raison  de  la  dépression  du  post­partum  engagerait  le  pronostic  vital.  Un  transfert  en  Lituanie  serait  médicalement  contre­ indiqué et la patiente ne serait de toute façon pas en état de voyager, ce  d'autant moins avec un bébé (…). Compte  tenu de son état de pensée,  elle ne serait pas apte à s'engager dans un processus thérapeutique en  Lituanie.   R.  Sur  invitation du Tribunal,  un décompte de prestations du mandataire a  été fourni par courrier du 3 novembre 2011. Droit : 1.  1.1.  En  vertu  de  l'art. 31  de  la  loi  du  17 juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF, RS 173.32),  le  Tribunal  administratif  fédéral  (ci­après :  le Tribunal) connaît des  recours contre  les décisions au sens  de  l'art. 5  de  la  loi  fédérale  du  20 décembre  1968  sur  la  procédure  administrative (PA, RS 172.021). En particulier, les décisions rendues par  l'ODM  concernant  l'asile  et  le  renvoi  peuvent  être  contestées  devant  le  Tribunal conformément à l'art. 33 let. d LTAF et à l'art. 105 LAsi.  1.2. Le Tribunal  est  donc  compétent  pour  connaître  du  présent  litige.  Il  statue  de manière  définitive  (cf. art.  83  let.  d  ch.  1  de  la  loi  du  17  juin  2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110]).

E­3951/2011 Page 11 1.3. La  recourante a qualité pour  recourir  (cf. art. 48 al. 1 PA).  Interjeté  dans  le délai  (cf. art. 108 al. 2 LAsi) et  la  forme (cf. art. 52 PA) prescrits  par la loi, son recours est recevable. 2.  2.1.  Aux  termes  de  l'art. 34  al. 2  let. d  LAsi,  en  règle  générale,  l'ODM  n'entre pas en matière sur une demande d'asile lorsque le requérant peut  se  rendre  dans  un  Etat  tiers  compétent,  en  vertu  d'un  accord  international, pour mener la procédure d'asile et de renvoi. 2.2. La décision attaquée est une décision de non­entrée en matière sur  la  demande  d'asile  et  de  renvoi  (transfert)  en  Lituanie,  en  tant  qu'Etat  responsable selon le règlement Dublin II. Partant, l'objet du litige ne peut  porter que sur  le bien­fondé de cette décision de non­entrée en matière  (cf. Arrêts du Tribunal administratif  fédéral  [ATAF] 2009/54 consid. 1.3.3  p. 777, ATAF 2007/8 consid. 5 p. 76 ss ; voir aussi ATAF E­7221/2009 du  10 mai 2011 consid. 5).  2.3. En application de l'art. 1 ch. 1 de l'accord du 26 octobre 2004 entre la  Confédération  suisse et  la Communauté européenne  relatif  aux  critères  et  aux  mécanismes  permettant  de  déterminer  l'Etat  responsable  de  l'examen  d'une  demande  d'asile  introduite  dans  un Etat membre  ou  en  Suisse  (AAD, RS 0.142.392.68),  l'ODM examine  la  compétence  relative  au  traitement  d'une  demande  d'asile  selon  les  critères  fixés  dans  le  règlement  Dublin II.  S'il  ressort  de  cet  examen  qu'un  autre  Etat  est  responsable  du  traitement  de  la  demande  d'asile,  l'ODM  rend  une  décision  de  non­entrée  en matière  après  que  l'Etat  requis  a  accepté  la  prise  ou  la  reprise  en  charge  du  requérant  d'asile  (cf. art. 1  et  art. 29a  al. 1  et  al. 2  de  l'ordonnance 1  sur  l'asile  du  11 août 1999  [OA 1,  RS 142.311]).  2.4.  En  vertu  de  l'art. 3  par. 1  2ème  phr.  du  règlement  Dublin  II,  la  demande d'asile est examinée par un seul Etat membre, qui est celui que  les  critères  énoncés  au  chap. III  désignent  comme  responsable.  Toutefois,  en  vertu  de  l'art. 3  par. 2  1ère  phr.  du  règlement  Dublin  II  ("clause de souveraineté"), par dérogation au paragraphe 1, chaque Etat  membre peut examiner une demande d'asile qui lui est présentée par un  ressortissant d'un pays tiers, même si cet examen ne lui incombe pas en  vertu des critères  fixés dans  le  règlement. Ainsi, un Etat a  la  faculté de  renoncer  à  un  transfert  vers  l'Etat  responsable,  notamment  lorsque  ce 

E­3951/2011 Page 12 transfert  serait  contraire  aux  obligations  du  droit  international  public  auquel  il  est  lié,  ou  à  son  droit  interne.  En  d'autres  termes,  comme  la  jurisprudence  l'a  retenu  (cf. ATAF 2010/45  p. 630 ss ;  voir  aussi  ATAF  D­2076/2010  du  16 août  2011  consid. 2.5),  il  y  a  lieu  de  renoncer  au  transfert au cas où celui­ci ne serait pas conforme aux engagements de  la  Suisse  relevant  du  droit  international,  ou  encore  pour  des  raisons  humanitaires, en application de l'art. 29a al. 3 OA 1. 3.  3.1. La  recourante  a  déposé  une  demande  d'asile  en  Suisse,  le  7 avril  2010  (soit  plus  de  cinq  mois  après  le  dépôt  de  la  demande  de  son  époux).  Le 3 mai 2011,  soit  plus d'une année après  l'introduction de sa  demande  d'asile  en  Suisse  et  alors  que  son  époux  était  sous  le  coup  d'une  décision  de  non­entrée  en  matière  et  de  transfert  en  Lituanie  définitive  et  exécutoire,  l'ODM a  adressé  à  la  Lituanie  une  requête  aux  fins de sa prise en charge fondée sur l'art. 8 du règlement Dublin II ou, à  défaut,  sur  l'art. 15  par. 1  du  règlement  Dublin  II.  Nonobstant  l'acceptation, le 23 juin 2011, par la Lituanie de cette requête sur la base  de  l'art. 8  du  règlement  Dublin II,  il  n'est  pas  du  tout  certain  que  la  Lituanie  soit  effectivement  l'Etat  membre  désigné  comme  responsable  pour  l'examen  de  la  demande  d'asile  de  la  recourante  par  les  critères  énoncés au chap. III du  règlement Dublin  II, en  raison notamment de  la  formulation par l'ODM de la requête manifestement au­delà de l'échéance  prévue à l'art. 17 par. 1 1ère phr. du règlement Dublin II, de la demande de  la Lituanie, dans son acceptation à bien plaire, de procéder au  transfert  au  plus  tard  le  29 septembre  2011,  du  silence  de  la  Lituanie  à  la  demande du 13 juillet 2011 de l'ODM de "reconsidérer" cette échéance et  des  conditions  d'application  des  art. 8,  voire  14  let.  b  du  règlement  Dublin II.  Ces  points,  de  même  que  la  question  connexe  du  caractère  "self­executing"  des  dispositions  réglementaires  concernées  (cf.  ATAF  2010/27  consid.  4  à  6),  n'ont  toutefois  pas  lieu  d'être  examinés  de  manière approfondie dans le présent cas, vu les considérants qui suivent.  Compte tenu de l'issue au fond du litige,  il n'y a pas non plus lieu de se  prononcer sur les griefs formels de la recourante. 4.  4.1.  La  recourante  a  fait  valoir  qu'à  titre  dérogatoire  la  Suisse  devait  examiner  la  demande  d'asile  qu'elle  lui  a  présentée,  le  7 avril  2011,  en  application de  la clause de souveraineté prévue à  l'art. 3 par. 2 1ère phr. 

E­3951/2011 Page 13 du  règlement  Dublin II,  pour  des  raisons  humanitaires  au  sens  de  l'art. 29a al. 3 OA 1, en lien avec son état de santé. 4.2. Les Etats membres  de  l'espace Dublin  sont  présumés  disposer  de  conditions  d'accessibilité  à  des  soins  de médecine  générale  ou  urgents  nécessaires à la garantie de la dignité humaine, au moins pour le temps  que durera la procédure d'asile. Dans ces conditions, la nécessité, avérée  dans  un  cas  particulier,  de  tels  soins  ne  constitue  pas  en  soi  un motif  suffisant  pour  appliquer  l'art.  29a  al.  3  OA1  et  ainsi  faire  usage  de  la  clause de souveraineté de l'art. 3 par. 2 1ère phr. du règlement Dublin II. Il  convient  au  contraire  de  s'en  tenir  à  une  pratique  restrictive  (cf. ATAF 2010/45  consid. 8.2.2  p. 643 ;  cf. aussi  ATAF E­7221/2009  du  10 mai 2011 consid. 8.1 et 8.2 et arrêt E­3301/2010 du 25 octobre 2010  consid. 3.1.6). Pour  retenir  l'existence de  raisons humanitaires,  il  faut  ainsi  procéder à  une appréciation d'ensemble des éléments du cas d'espèce, où peuvent,  en particulier, entrer en ligne de compte des expériences traumatisantes  vécues  dans  le  pays  d'origine  ou  postérieurement,  en  particulier  dans  l'Etat  membre  de  l'espace  Dublin  où  le  requérant  serait  amené  à  retourner,  ainsi  que  le  besoin  d'un  traitement  médical,  sa  nature,  en  particulier sa spécificité, sa complexité et sa durée prévisible, la durée et  les premiers résultats du traitement prodigué en Suisse, de même que les  effets  d'une  éventuelle  interruption  de  celui­ci,  et  enfin  les  possibilités  réelles  d'accès  dans  l'Etat  de  destination  à  un  traitement  spécifique  comparable ou du moins adéquat (cf. ATAF E­7221/2009 du 10 mai 2011  consid. 7.3,  7.4  et  8 ;  voir  également  arrêt  du  Tribunal  E­3508/2011  du  20 juillet 2011 consid. 6.2 et 6.3).  4.3.  Dans  un  rapport  datant  de  2007,  le  réseau  académique  d'études  juridiques sur l'immigration et l'asile a fait part de ses graves inquiétudes  s'agissant des conditions d'accueil en Lituanie pour les requérants d'asile  ayant  des  besoins  particuliers.  Il  a  mis  en  évidence  que  le  Centre  d'enregistrement  des  étrangers  de  Pabrade  était  le  seul  établissement  lituanien  hébergeant  tous  les  demandeurs  d’asile  (à  l'exception  des  mineurs non accompagnés) pendant le traitement de leur demande sous  un  régime ouvert, ainsi que  les migrants  irréguliers  (dont  les  requérants  d'asile déboutés) sous un régime de détention. Il a mentionné que même  si les requérants d'asile ayant des besoins particuliers avaient droit à une  aide  psychologique  pendant  leur  séjour  audit  centre,  celui­ci  n'avait  en  réalité pas le caractère d'une institution sociale et n'employait ni assistant 

E­3951/2011 Page 14 social ni psychologue (cf. JAKULEVICIENE LYRA, Nation report done by the  Odysseus network for the european commission on the implementation of  the  directive  on  reception  conditions  for  asylum  seekers  in:  Lithunia,  2007,  en  ligne  sur :  http://ec.europa.eu/home­ affairs/doc_centre/asylum/asylum_studies_en.htm  [Europa  >  European  Commission > Home Affairs > Documentation centre > Asylum > Studies]  > Lithuania, consulté le 27 octobre 2011). Dans un rapport de mars 2011,  le  Haut  Commissariat  des  Nations  Unies  pour  les  réfugiés  (ci­après :  HCR) a constaté l'amélioration des conditions d'accueil des demandeurs  d'asile  dans  le  Centre  d'enregistrement  des  étrangers  en  raison  de  la  création,  en  janvier  2008,  de  deux  nouveaux  postes  permanents  constitués  par  un  travailleur  social  et  un  psychologue  garantissant  un  niveau  minimum  d'assistance  sociale  et  une  aide  psychologique  aux  personnes hébergées dans  ledit centre.  Il a salué  l'introduction en 2010  d'une procédure pour identifier les demandeurs d'asile ayant des besoins  particuliers  à  l'arrivée  audit  centre,  afin  que  ces  besoins  soient  dûment  pris  en  considération  lors  de  leur  séjour  et  pendant  toute  la  procédure  d'asile.  Il  s'est  toutefois  déclaré  préoccupé  s'agissant  des  conditions  d’accueil  des  demandeurs  d’asile  traumatisés  qui  avaient  subi  des  tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique,  physique ou sexuelle, dès lors qu'en particulier pour ces personnes ledit  centre  était  sous­équipé  en  services  sociaux,  psychologiques  et  de  réadaptation.  Il  a  laissé  entendre  que  le  placement  des  personnes  traumatisées dans un environnement social pauvre, entourées de gardes­ frontières en uniforme et à proximité  immédiate des migrants  irréguliers  placés  en  détention,  pouvait  conduire  à  une  retraumatisation.  Il  a  enfin  fait part de sa préoccupation  liée à  l’absence de mesures de prévention  des agressions et du harcèlement des  femmes seules dans  ledit  centre  (cf. HCR,  Submission  by  the  United  Nations  High  Commissioner  for  Refugees  for  the  Office  of  the  High  Commissioner  for  Human  Rights’  Compilation Report ­ Universal Periodic Review: Lithuania, March 2011 ;  voir  également  Assemblée  générale  des  Nations  Unies,  Compilation  établie  par  le Haut­Commissariat  aux  droits  de  l’homme,  conformément  au paragraphe 15 b) de l’annexe à la résolution 5/1 du Conseil des droits  de l’homme Lituanie, 25 juillet 2011, A/HRC/WG.6/12/LTU/2, par. 74). 4.4. En l'espèce, la recourante a déclaré lors de l'audition sur ces motifs  d'asile  avoir  subi  plusieurs  viols  ainsi  que  d'autres  formes  graves  de  violence physique et psychologique  lors de sa détention du  (…) au  (…)  2009 en Syrie. Elle souffre d'un état de stress post­traumatique (CIM­10  F43.1),  d'une  modification  durable  de  la  personnalité  (type  anxieuse  http://europa.eu/index_en.htm http://ec.europa.eu/index_en.htm http://ec.europa.eu/index_en.htm http://ec.europa.eu/index_en.htm http://ec.europa.eu/dgs/home-affairs/index_en.htm http://ec.europa.eu/dgs/home-affairs/index_en.htm http://ec.europa.eu/dgs/home-affairs/index_en.htm http://ec.europa.eu/home-affairs/doc_centre/intro/doc_intro_en.htm http://ec.europa.eu/home-affairs/doc_centre/intro/doc_intro_en.htm http://ec.europa.eu/home-affairs/doc_centre/intro/doc_intro_en.htm http://ec.europa.eu/home-affairs/doc_centre/asylum/asylum_intro_en.htm

E­3951/2011 Page 15 [F60.6]) après une expérience de catastrophe  (F62.0) et d'une anorexie  mentale  actuellement  en  rémission  (F50.0).  De  plus,  ses  troubles  dépressifs se sont aggravés en raison d'une dépression du post­partum.  Elle  est  particulièrement  vulnérable,  dès  lors  que  la  grossesse  puis  l'allaitement ne permettent pas un  traitement médicamenteux, seuls des  anxiolytiques étant prescrits en  réserve. Ainsi,  le maintien du  traitement  psychothérapeutique  instauré  depuis  plus  d'une  année  en  Suisse  revêt  une importance particulière pour elle, eu égard également à la relation de  confiance qu'elle a pu établir avec son psychiatre. Cela est d'autant plus  vrai que, pour les personnes traumatisées ayant subi des formes graves  de  violence  – ce  qui  paraît  être  son  cas  sur  la  base  d'une  appréciation  préjudicielle  de  ses  déclarations  mises  en  relation  avec  le  certificat  du  13 octobre 2011 de son psychiatre (appréciation qui ne lie pas l'ODM qui  sera  chargé  de  l'examen  au  fond  de  sa  demande  d'asile) –  le  centre  d'enregistrement des étrangers (où elle serait amenée à loger en cas de  transfert)  est  sous­équipé  en  services  sociaux,  psychologiques  et  de  réadaptation. De plus, un  transfert en Lituanie  l'obligerait à s'exprimer à  nouveau  sur  ses  motifs  d'asile  et  donc  à  relater  dans  le  détail  les  événements  qui  l'auraient  traumatisée,  source  potentielle  de  retraumatisation.  Il y a  lieu de mettre en évidence qu'au  lieu d'introduire  une  procédure  de  détermination  de  l'Etat  membre  responsable  de  l'examen de  sa demande d'asile  et  d'essayer  ainsi  de  coordonner  cette  procédure  (cf. art. 14  let. b  du  règlement  Dublin II ;  voir  par  exemple  l'arrêt  D­5886/2010  du  Tribunal  du  26 octobre  2010)  avec  celle  de  son  époux (dont le recours était alors en suspens auprès du Tribunal), dans le  délai  prévu  à  l'art. 17  par. 1  du  règlement  Dublin II  pour  formuler  une  requête aux fins de prise en charge, l'ODM l'a entendue, le 28 mai 2010,  sur ses motifs d'asile. Ce n'est que près d'une année après cette audition,  le 3 mai 2011, en réaction à la requête du 14 avril 2011 de l'époux de la  recourante,  que  l'ODM a adressé à  la  Lituanie une  requête aux  fins de  prise en charge de celle­ci. La conduite de la procédure par l'ODM dans  cette affaire jusqu'au 3 mai 2011 a donc permis à la recourante de penser  de bonne foi que cet office examinait sa demande d'asile au fond et avait  renoncé à tout transfert Dublin. 4.5.  Compte  tenu  de  l'ensemble  de  ces  éléments  très  particuliers,  le  Tribunal  estime  qu'indépendamment  de  la  question  de  savoir  si  la  Lituanie  est  ou  non  l'Etat membre  désigné  comme  responsable  par  les  critères énoncés au chap. III du règlement Dublin II, il y a lieu d'admettre  la  compétence  de  la  Suisse  pour  examiner  la  demande  d'asile  de  la 

E­3951/2011 Page 16 recourante pour des raisons humanitaires au sens de l'art. 29a al. 3 OA 1  en relation avec l'art. 3 par. 2 1ère phr. du règlement Dublin II.  5.  Au  vu  de  ce  qui  précède,  le Tribunal  constate  que  la Suisse,  et  non  la  Lituanie,  est  l'Etat  membre  responsable  de  l'examen  de  la  demande  d'asile de la recourante. Les conditions d'application de l'art. 34 al. 2 let. d  LAsi  ne  sont  donc  pas  remplies.  Le  recours  doit  donc  être  admis,  la  décision attaquée annulée pour violation du droit fédéral (cf. art. 106 al. 1  let. a LAsi) et le dossier de la cause retourné à l'ODM pour qu'il examine  la demande d'asile présentée par la recourante. 6.  La  recourante ayant eu gain de cause,  il n'y a pas  lieu de percevoir de  frais de procédure (cf. art. 63 al. 1 à 3 PA). 7.  Conformément à l'art. 7 al. 1 du règlement du 21 février 2008 concernant  les  frais, dépens et  indemnités  fixés par  le Tribunal administratif  fédéral  (FITAF,  RS  173.320.2),  la  partie  qui  obtient  gain  de  cause  a  droit  aux  dépens pour les frais nécessaires causés par le litige. En  l'occurrence,  les  dépens  sont  fixés  sur  la  base  du  décompte  de  prestations  du  3 novembre  2011,  à  Fr. 2 592,30  auxquels  s'ajoute  un  montant de Fr. 207,40 de TVA, soit un montant total de Fr. 2 799,70.

E­3951/2011 Page 17 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est admis ; la décision du 5 juillet 2011 de l'ODM est annulée. 2.  Le  dossier  de  la  cause  est  renvoyé  à  l'ODM  pour  qu'il  examine  la  demande d'asile de la recourante. 3.  Il n'est pas perçu de frais de procédure. 4.  L'ODM  versera  à  la  recourante  un  montant  de  Fr. 2 799,70  pour  ses  dépens. 5.  Le présent arrêt est adressé au mandataire de la recourante, à l’ODM et  à l’autorité cantonale compétente. Le président du collège : La greffière : Jean­Pierre Monnet Anne­Laure Sautaux Expédition :

E-3951/2011 — Bundesverwaltungsgericht 05.12.2011 E-3951/2011 — Swissrulings