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Bundesverwaltungsgericht 26.07.2011 E-3529/2010

26 luglio 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·1,992 parole·~10 min·1

Riassunto

Asile et renvoi (recours réexamen) | Asile et renvoi (réexamen) ; décision de l'ODM du 16 avril 2010

Testo integrale

Bundesverwaltungsgericht Tribunal   administratif   fédéral Tribunale   a mm inistrativo   federale Tribunal   administrativ   federal Cour V E­3529/2010 Arrêt   d u   2 6   juillet   2011   Composition Emilia Antonioni (présidente du collège),  Claudia Cotting­Schalch, Gabriela Freihofer, juges, Céline Longchamp, greffière. Parties A._______, né le (…), Irak, recourant,  Contre Office fédéral des migrations (ODM),  Quellenweg 6, 3003 Berne,   autorité inférieure.  Objet Asile et renvoi (réexamen) ;  décision de l'ODM du 16 avril 2010 / N (…). 

E­3529/2010 Page 2 Faits : A.  Le  13  novembre  2006,  A._______  a  déposé  une  demande  d'asile  en  Suisse.  Au  cours  de  ses  auditions,  l'intéressé  a,  en  particulier,  déclaré  appartenir  à  la  communauté  kurde et être originaire de Dohuk  (nord de  l'Irak).  Il  aurait  rencontré  des  problèmes  avec  des  membres  de  famille  des victimes d'un accident dans  lequel  il  aurait  été  impliqué. Après  (…)  jours d'hospitalisation, il aurait été arrêté et détenu durant (…) mois avant  d'être relâché et acquitté par jugement du Tribunal B._______ du (date).  Les proches des victimes auraient cependant continué de le menacer. B.  Par  décision  du  9  octobre  2007,  l'ODM  a  rejeté  la  demande  d'asile  de  l'intéressé,  ses  déclarations  ne  remplissant  pas  les  conditions  de  pertinence posées par la loi du 26 juin 1998 sur l’asile (LAsi, RS 142.31).  Cet  office  a  également  ordonné  le  renvoi  de  Suisse  de  l'intéressé  et  l'exécution de cette mesure qu'il  a  jugée  licite,  raisonnablement exigible  s'agissant d'une personne originaire de l'une des trois provinces du nord  de  l'Irak  contrôlées  par  le  gouvernement  régional  kurde,  et  possible.  Aucun  recours  n'a  été  interjeté  contre  cette  décision  de  sorte  qu'elle  a  acquis  force de chose  jugée,  l'intéressé ayant, du reste, disparu à partir  du 31 octobre 2007. C.  Dans sa demande de  reconsidération du 21 octobre 2008,  l'intéressé a  fait  valoir  que  des membres  de  famille  des  deux  victimes  de  l'accident  voulaient  encore  se  venger  et  qu'une menace  de mort  à  son  encontre  était  parvenue  à  sa  propre  famille.  Il  a  ajouté  craindre  que  les  propos  tenus  au  cours  de  ses  auditions  n'aient  souffert  d'une  mauvaise  traduction  en  raison  d'un  dialecte  différent  utilisé  par  l'interprète.  Il  a  ensuite  expliqué  avoir  tenté  en  vain  de  vivre  dans  une  autre  ville  de  Suisse  pour  ne  pas  représenter  une  charge  trop  importante  pour  la  famille de son frère séjournant à C._______. Désespéré, il aurait sollicité  un appui psychologique depuis une année. D.  Par courrier du 31 octobre 2008,  l'ODM a  imparti au  requérant un délai  pour  s'acquitter  d'une  avance  de  frais  de  Fr.  600.­,  considérant  que  la  demande de  réexamen déposée  apparaissait  d'emblée  vouée  à  l'échec  puisqu'elle ne contenait aucun fait ou moyen de preuve nouveau. 

E­3529/2010 Page 3 E.  L'intéressé s'est acquitté de ce montant en date du 14 novembre 2008. F.  Par  décision  du  4  décembre  2008,  l'ODM  a  rejeté  cette  demande  de  réexamen,  considérant  que  l'intéressé  n'avait  ni  fait  valoir  d'élément  nouveau ni  produit  le message de menace qui  aurait  été  transmis à  sa  famille. Dite autorité a également relevé qu'aucun problème de traduction  ne  ressortait  des  procès­verbaux  des  auditions.  Aucun  recours  n'a  été  formé contre cette décision de sorte qu'elle a acquis force de juge jugée. G.  Dans une deuxième demande de reconsidération du 11 décembre 2009,  l'intéressé  a,  encore  une  fois,  allégué  le  désir  de  vengeance  des  membres de famille des victimes à son encontre, produisant la télécopie  d'une lettre de menace. Il a également indiqué poursuivre son traitement  psychologique. H.  Par  courrier  du  12  décembre  2009,  l'ODM a  fixé  un  délai  au  requérant  pour  s'acquitter  d'une  avance  de  frais  de  Fr.  600.­,  constatant  que  le  document déposé se rapportait à des faits connus et pris en compte dans  les  précédentes  procédures  closes,  qu'il  n'était  déposé  que  sous  forme  d'une télécopie non datée et qu'aucun certificat médical n'avait été produit  afin d'attester du traitement entrepris. I.  L'intéressé s'est acquitté dudit montant en date du 6 janvier 2010. J.  Par courrier du 11 février 2010,  le requérant a fait parvenir à  l'ODM une  "recommandation  d'autorité  publique"  de  sa  région  d'origine  en  original  ainsi qu'une attestation médicale certifiant qu'il est suivi depuis le mois de  juillet  2004 par  un médecin  psychiatre  de  l'association  "Appartenances"  dans un contexte de décompensation dépressive majeure avec anxiété et  status  de  stress  post­traumatique  (PTSD)  péjoré  par  des  difficultés  d'acculturation et d'instabilité de statut. K.  Par décision du 16 avril 2010, l'ODM a rejeté cette nouvelle demande de  reconsidération,  estimant  qu'aucun  fait  nouveau  n'avait  été  présenté  et  que la "recommandation" déposée, d'ailleurs non datée, n'apportait rien à 

E­3529/2010 Page 4 la  présente  cause.  S'agissant  des  troubles  psychiques  allégués,  dite  autorité  a  opposé  à  l'intéressé  qu'il  n'avait  pas  indiqué  les  raisons  qui  l'auraient  empêché  d'annoncer  ses  problèmes  de  santé  en  procédure  ordinaire et qu'un suivi depuis  le mois de  juillet 2004 était pour  le moins  surprenant  au  vu  de  la  date  du  dépôt  de  sa  demande  d'asile  le  13  novembre 2006. Elle a également considéré que ces affections n'étaient  pas d'une gravité telle à constituer un obstacle à l'exécution de son renvoi  au nord de l'Irak.  L.  Dans  son  recours  interjeté  le  17  mai  2010  auprès  du  Tribunal  administratif  fédéral  (ci­après:  le  Tribunal),  l'intéressé  a  conclu  à  l'annulation de la décision attaquée, à la reconnaissance de la qualité de  réfugié  et  à  l'octroi  de  l'asile,  subsidiairement  au  prononcé  d'une  admission provisoire. Il a argué que le témoignage déposé devant l'ODM  ("recommandation d'autorité publique") confirmait l'accident dans lequel il  avait  été  impliqué  et  a  répété  que,  malgré  son  acquittement  par  le  Tribunal B._______,  les  familles des victimes entretenaient  toujours  leur  désir de vengeance. Au vu de cette situation, il ne lui serait possible ni de  retourner dans sa province d'origine ni de s'établir dans une autre région  sans réseau social ni familial. Il a également fait valoir que l'exécution de  son  renvoi  au  nord  de  l'Irak  devait  être  considéré  comme  inexigible  en  raison de ses troubles psychologiques puisqu'il ne pourrait pas y suivre le  traitement adéquat dont  il a besoin.  Il a produit  l'attestation médicale du  11 février 2010 ainsi que le témoignage en langue arabe et anglaise. Il a  demandé à être mis au bénéfice de l'assistance judiciaire partielle. M.  Par décision  incidente du 20 mai 2010,  le  juge  instructeur du Tribunal a  octroyé des mesures provisionnelles, autorisant  l'intéressé à attendre en  Suisse l'issue de sa procédure, et a renoncé à la perception d'une avance  en garantie des frais présumés de la procédure, réservant son prononcé  sur la demande d'assistance judiciaire partielle. N.  Par courrier du 2  juin 2010,  l'intéressé a  relevé que  les vengeances de  sang ou  les  crimes d'honneur  constituaient  des phénomènes  connus et  répandus dans  les  région  kurdes de  l'Irak  et  que  les  forces  de  sécurité  irakiennes  ou  internationales  n'étaient  pas  en mesure  d'en  protéger  les  victimes, la résolution des conflits par des tribunaux traditionnels n'étant,  du  reste,  pas  garantie.  Il  a  argué  qu'une  relocalisation  interne  pour  les  personnes  impliquées  dans  un  tel  conflit  n'était  pas  possible,  la 

E­3529/2010 Page 5 réintégration durable dans la société irakienne n'étant envisageable qu'en  présence  d'un  réseau  familial  stable.  Il  a  ajouté  que  la  précarité  de  la  situation dans laquelle il ne manquerait pas de se retrouver à son retour  en Irak aurait un impact direct sur son état de santé déjà fragile, d'autant  plus qu'un traitement adéquat des troubles dépressifs et du syndrome de  stress post­traumatique n'était pas disponible dans la région autonome du  Kurdistan. Son état de santé se dégraderait donc rapidement au point de  mettre sa vie en danger. O.  Par courrier du 7  juin 2010,  le  recourant a  fait parvenir au Tribunal une  attestation médicale  datée  du  28  avril  2010  rectifiant  l'attestation  du  11  février  2010,  produite  devant  l'ODM  à  l'appui  de  sa  demande  de  reconsidération,  dans  le  sens  que  l'intéressé  est  suivi  par  l'association  "Appartenances" depuis le 18 janvier 2007 et non depuis le mois de juillet  2004. P.  Par  ordonnance  du  5  octobre  2010,  le  juge  instructeur  du  Tribunal  a  imparti un délai au recourant pour produire un rapport médical détaillé et  actualisé. Q.  Par  courrier  du  22  octobre  2010,  le  recourant  a  versé  au  dossier  un  rapport  médical  émanant  de  son  psychiatre,  daté  du  18  octobre  2010,  lequel  diagnostique  un  épisode  dépressif  moyen  avec  symptôme  psychotique,  un  état  de  stress  post­traumatique  et  des  difficultés  d'acculturation,  nécessitant  un  encadrement  psychosocial  et  psychothérapeutique bimensuel, une médication quotidienne ([noms des  médicaments]) ainsi qu'un environnement sécurisant. Il ressort également  de  ce document  que  l'évolution  du patient  reste  précaire,  des éléments  démontrant  déjà  une  modification  durable  de  la  personnalité  avec  troubles  de  l'humeur  et  du  comportement  chronique.  En  cas  de  retour  dans  le  contexte  traumatique  antérieur,  les  troubles  psychiatriques  pourraient s'aggraver au point de comporter un risque pour  l'intégrité du  patient, invalidant toute possibilité de soins ou d'amélioration pronostique,  le PTSD ne pouvant que régresser sans le suivi actuel. R.  Invité  à  se  déterminer,  l'ODM  a  proposé  le  rejet  du  recours  dans  sa  réponse  du  23  novembre  2010.  Il  a  retenu  que  le  suivi  nécessaire  à  l'intéressé pouvait être assuré au nord de  l'Irak, où  les  infrastructures et 

E­3529/2010 Page 6 les  soins médicaux,  bien  que  n'y  atteignant  pas  les  standards  suisses,  étaient suffisantes. L'ODM a relevé que l'hôpital Azadi de Dohuk disposait  depuis  2007  d'un  département  psychiatrique,  qu'il  existait  un  centre  de  psychologie et un département de psychiatrie à Arbil, et que les autorités  locales ainsi que l'Organisation mondiale de la santé étaient actives dans  l'amélioration des structures médicales dans les régions du nord de l'Irak.  Il  a ajouté que  les principaux médicaments étaient disponibles dans  les  hôpitaux,  les  pharmacies  ou  les  marchés  locaux,  que  les  coûts  des  traitements dans les hôpitaux étatiques étaient faibles et que le recourant  pouvait obtenir une aide médicale au retour. S.  Dans  sa  réplique  du  13  décembre  2010,  le  recourant  a  répété  qu'il  ne  pourrait  pas  suivre  un  traitement  adéquat  au  nord  de  l'Irak  puisqu'il  n'existait dans cette région qu'un seul hôpital psychiatrique, que, dans les  autres hôpitaux, les départements associés ne pouvaient offrir qu'un mois  de traitement et qu'il y avait pénurie de personnel spécialisé. S'appuyant  sur  un  rapport  de  l'Organisation  suisse  d'aide  aux  réfugiés  (OSAR)  du  mois de mai 2010 sur la situation socio­économique au nord de l'Irak, il a  ajouté  que  70%  des  personnes  souffrant  d'une  maladie  psychologique  avaient  des  idées  suicidaires  et  que  les  difficultés  socio­économiques  auxquelles  il  serait  confronté  aurait  un  impact  tant  sur  l'accès  à  des  traitements  médicaux  que  sur  son  état  de  santé  général.  Même  s'il  pouvait  effectivement  obtenir  des  médicaments,  il  ne  pourrait  pas  poursuivre un  traitement psychothérapeutique adéquat de  longue durée,  ce que son psychiatre recommandait. Il ne pourrait pas non plus compter  sur  le soutien de son clan au vu des  raisons qui ont motivé sa  fuite de  son  pays  d'origine.  Il  serait  enfin  à  nouveau  confronté  au  contexte  à  l'origine de son PTSD, ce qui constituerait un facteur aggravant. Citant la  jurisprudence publiée  aux ATAF 2008/5,  il  a  rappelé  que  l'exécution du  renvoi  des  personnes malades  devait  être  admise  qu'avec  une  grande  retenue. T.  Par ordonnance du 8 mars 2011, le juge instructeur a invité le recourant à  s'exprimer  sur  la  contradiction  contenue  dans  le  rapport médical  du  18  octobre 2010 relative à la présence de symptômes psychotiques. U.  Il ressort de l'attestation médicale du 15 mars 2010, produite dans le délai  imparti,  que  l'intéressé  souffre  d'un  épisode  dépressif  sévère  sans  symptômes psychotiques.

E­3529/2010 Page 7 V.  Par ordonnance du 23 juin 2011, le juge instructeur a invité le recourant à  fournir  des  informations  complémentaires  actualisées  sur  son  état  de  santé physique, levant toute ambiguïté quant au diagnostic.  W.  Par courrier du 6 juillet 2011, l'intéressé a fait parvenir un rapport médical  daté du 30  juin 2011 selon  lequel  il  souffre principalement d'un épisode  dépressif  sévère  sans  symptômes  psychotiques  et  d'un  état  de  stress  post­traumatique  nécessitant  une  prise  en  charge  médicamenteuse  et  psychothérapeutique bimensuelle. X.  Les  autres  faits  de  la  cause  seront  examinés,  si  nécessaire,  dans  les  considérants qui suivent. Droit : 1.  1.1. Sous  réserve des exceptions prévues à  l'art. 32 de  la  loi du 17 juin  2005 sur le Tribunal administratif fédéral (LTAF, RS 173.32),  le Tribunal,  en  vertu  de  l'art. 31  LTAF,  connaît  des  recours  contre  les  décisions  au  sens de  l'art. 5 de  la  loi  fédérale du 20 décembre 1968 sur  la procédure  administrative (PA, RS 172.021) prises par les autorités mentionnées aux  art. 33  et  34  LTAF.  En  particulier,  les  décisions  rendues  par  l'ODM  concernant l'asile et le renvoi peuvent être contestées devant le Tribunal  conformément  à  l'art. 105 de  la  loi  sur  l’asile  du 26 juin  1998  (LAsi, RS  142.31). 1.2. Le  recourant  a qualité pour  recourir. Présenté dans  la  forme et  les  délais  prescrits  par  la  loi,  le  recours  est  recevable  (48ss PA  et  108 al. 1 LAsi). 2.  2.1.  La  personne  concernée  par  une  décision  entrée  en  force  peut  en  demander  la  reconsidération  à  l'autorité  de  première  instance,  en  se  prévalant d'un changement notable de circonstances; peu importe qu'elle  ait fait ou non l'objet d'une décision sur recours. Ainsi, lorsqu'une décision  n'a pas fait l'objet d'un recours ou que le recours interjeté contre celle­ci a 

E­3529/2010 Page 8 été  déclaré  irrecevable,  son  destinataire  peut,  par  une  "demande  de  reconsidération  qualifiée",  en  demander  la  modification  auprès  de  l'autorité  de  première  instance,  en  invoquant  un  des motifs  de  révision  prévus à  l'art. 66 PA, applicable par analogie, notamment  l'existence de  faits ou des moyens de preuve nouveaux. Une  telle  demande  de  réexamen  vise  à  faire  adapter  par  l'autorité  de  première  instance  sa  décision  parce  que,  depuis  son  prononcé,  s'est  créée une situation nouvelle dans  les  faits ou exceptionnellement sur  le  plan  juridique,  qui  constitue  une modification  notable  des  circonstances  (cf. Jurisprudence et informations de la Commission suisse de recours en  matière d’asile  [JICRA] 1995 n° 21 consid. 1b p. 203s. et  réf. cit.  ; Arrêt  du Tribunal fédéral [ATF] 109 Ib 253 et jurisp. cit. ; cf. également PIERRE  TSCHANNEN/ULRICH  ZIMMERLI,  Allgemeines  Verwaltungsrecht,  2e  éd.,  Berne 2005, p. 275 ; PIERRE MOOR, Droit administratif, vol. II, 2e éd. Berne  2002,  p.347  ;  ALFRED KÖLZ/ISABELLE HÄNER,  Verwaltungsverfahren  und  Verwaltungs­rechtspflege  des  Bundes,  2e  éd.,  Zurich  1998,  p.  160).  Conformément au principe de la bonne foi, le requérant ne peut pas, par  le  biais  d'une  telle  demande,  invoquer  des  faits  qu'il  aurait  pu  invoquer  précédemment (cf. JICRA 2000 no 5 p. 44ss).  La demande d'adaptation doit être suffisamment motivée (cf. JICRA 2003  n° 7 p. 41), en ce sens que l'intéressé ne peut pas se contenter d'alléguer  l'existence  d'un  changement  de  circonstances,  mais  doit  expliquer,  en  substance,  en  quoi  les  faits  dont  il  se  prévaut  représenteraient  un  changement  notable  des  circonstances  depuis  la  décision  entrée  en  force; à défaut,  l'autorité de première  instance n'entre pas en matière et  déclare la demande irrecevable. 3.  3.1.  En  l'occurrence,  l'intéressé  a  demandé  la  reconsidération  de  la  décision  de  l'ODM  du  9  octobre  2007  rejetant  sa  demande  d'asile  et  prononçant son  renvoi de Suisse en produisant, d'une part,  la  télécopie  d'un témoignage dans le but d'attester de la véracité de ses motifs d'asile  (conflit  avec  les  membres  des  familles  des  victimes  de  l'accident  dans  lequel  il  a  été  impliqué)  et  d'autre  part,  une  attestation médicale  du  11  février  2010,  et  son  corrigendum  daté  du  28  avril  2010,  ainsi  qu'un  rapport médical du 18 octobre 2010, relatif à son état de santé psychique,  tendant à prouver le caractère inexigible de l'exécution de son renvoi au  nord de l'Irak. 

E­3529/2010 Page 9 3.2. Le premier document est un moyen de preuve produit sous l'angle de  l'asile. Il tend à attester un fait dont la vraisemblance a été niée par l'ODM  dans sa décision prise  le 9 octobre 2007 dans  le cadre de  la procédure  ordinaire  de  sorte  qu'il  s'agit  d'un moyen  de  preuve  nouveau  tendant  à  prouver un fait allégué antérieurement. Dans la mesure où aucun recours  n'a été  introduit contre  la décision précitée, c'est à  juste  titre que  l'ODM  était fondé de se saisir de ce motif sous l'angle du réexamen. S'agissant  de la situation médicale de l'intéressé, le Tribunal constate, contrairement  à  l'ODM, que des  troubles d'ordre psychique avaient déjà été annoncés  en procédure ordinaire (cf. pv. de l'audition sommaire p. 5) de même que  lors  de  la  première  procédure  extraordinaire  (cf.  demande  de  reconsidération du 21 octobre 2008 p. 2  in  fine), de sorte qu'il  ne s'agit  pas  d'un  fait  nouveau.  Toutefois,  les  documents  relatifs  à  la  situation  médicale de l'intéressé sont des moyens de preuve nouveaux qui tendent  à démontrer une dégradation de son état de santé. C'est donc également  à  juste  tire  que  l'ODM s'est  saisi  de  ce  deuxième motif  sous  l'angle  du  réexamen. 4.  S'agissant, tout d'abord, de la télécopie du témoignage attestant  le désir  de vengeance des membres de famille des victimes de l'accident de (…)  dans  lequel  l'intéressé aurait  été  impliqué,  le Tribunal  considère que ce  nouveau  moyen  de  preuve  ne  permet  pas  de  remettre  en  cause  l'appréciation  faite  par  l'ODM  des motifs  d'asile  présentés.  Outre  le  fait  que  ce  document  n'est  produit  que  sous  la  forme  d'une  télécopie,  procédé offrant toutes possibilités de manipulation, force est de constater  qu'il  n'est  pas  daté  et  qu'il  ne  s'agit  que  de  déclarations  de  tierces  personnes,  de  sorte  qu'aucune  valeur  probante  ne  saurait  lui  être  reconnu. 5.  Les  autres  documents  produits  dans  la  présente  procédure  concernent  l'état de santé de l'intéressé. C'est donc sur la question de l'exigibilité de  l'exécution de son renvoi au nord de l'Irak que le Tribunal doit porter son  examen. 5.1. A cet égard, il faut tout d'abord rappeler la jurisprudence portant sur  les trois provinces kurdes du nord de l'Irak (Dohuk, Erbil et Suleimaniya).  Le  Tribunal  a,  en  effet,  considéré  que  l'exécution  du  renvoi  y  était  raisonnablement  exigible,  à  condition  que  l'intéressé  soit  originaire  de  l'une de ces provinces ou qu'il y ait vécu pendant une longue période, et  qu'il  y dispose d'un  réseau social  (famille, parenté ou amis) ou de  liens 

E­3529/2010 Page 10 avec  les partis  dominants. Pour  les  femmes seules et  les  familles avec  enfants, ainsi que pour les malades, les personnes âgées, les personnes  qui critiquent les deux partis au pouvoir, les journalistes et les islamistes,  l'exigibilité de  l'exécution du renvoi ne doit  toutefois être admise qu'avec  une grande  retenue  (cf. ATAF 2008/5 consid. 7.5, spéc. 7.5.8 p. 72 s.  ;  ATAF 2008/4 consid. 6.6 ss p. 46 ss). 5.2. En l'occurrence, le recourant est originaire du nord de l'Irak, puisqu'il  est né à Dohuk, où il dispose encore d'un large réseau familial (cf. pv. de  l'audition  sommaire  p.  3,  pv.  de  l'audition  cantonale  p.  4).  Ses  craintes  relatives  aux  membres  des  familles  des  victimes  n'ayant  été  jugées  ni  vraisemblables ni pertinentes (cf. décision du 9 octobre 2007 p. 2 et 3) et  le nouveau moyen de preuve produit n'ayant aucune valeur probante, des  difficultés avec des membres de son clan ne sauraient être  reconnues  ;  elles  ne  sauraient,  dès  lors,  pas  non  plus  constituer  un  obstacle  à  sa  réinsertion dans sa région d'origine. Il reste, par conséquent, à examiner  si, comme il le soutient l'intéressé, des motifs médicaux peuvent conduire  à la reconnaissance de l'inexigibilité de l'exécution de son renvoi. 5.2.1.  S'agissant  des  personnes  en  traitement  médical  en  Suisse,  il  convient  de  rappeler  que  l'exécution du  renvoi  ne devient  inexigible,  en  cas  de  retour  dans  leur  pays  d'origine  ou  de  provenance,  que  dans  la  mesure  où  elles  pourraient  ne  plus  recevoir  les  soins  essentiels  garantissant des conditions minimales d'existence ; par soins essentiels,  il faut entendre les soins de médecine générale et d'urgence absolument  nécessaires à  la garantie de  la dignité humaine. L'art.  83 al.  4 de  la  loi  fédérale  sur  les  étrangers  du  16  décembre  2005  (LEtr,  RS  142.20)  ne  saurait  être  interprété  comme  conférant  un  droit  général  d'accès  en  Suisse  à  des  mesures  médicales  visant  à  recouvrer  la  santé  ou  à  la  maintenir, au simple motif que l'infrastructure hospitalière et le savoir­faire  médical  dans  le  pays  d'origine  ou  de  destination  de  l'intéressé  n'atteint  pas  le  standard élevé qu'on  trouve en Suisse  (cf.  JICRA 1993 n° 38 p.  274 s.). Ce qui compte, c'est la possibilité pratique d'accès à des soins, le  cas échéant alternatifs, qui tout en correspondant aux standards du pays  d'origine,  sont  adéquats  à  l'état  de  santé  de  la  personne  intéressée,  fussent­ils d'un niveau de qualité, d'une efficacité de terrain (ou clinique)  et d'une utilité (pour la qualité de vie) moindres que ceux disponibles en  Suisse.  Ainsi,  si  les  soins  essentiels  nécessaires  peuvent  être  assurés  dans  le  pays  d'origine  ou  de  provenance  de  l'étranger  concerné,  l'exécution  du  renvoi  sera  raisonnablement  exigible.  Elle  ne  le  sera  plus,  au  sens  de 

E­3529/2010 Page 11 l'art. 83 al. 4 LEtr si, en raison de l'absence de possibilités de traitement  adéquat,  l'état de santé de  l'intéressé se dégraderait  très rapidement au  point de conduire d'une manière certaine à la mise en danger concrète de  sa vie ou à une atteinte sérieuse, durable, et notablement plus grave de  son  intégrité  physique. Cela  dit,  il  sied  de préciser  que  si,  dans un  cas  d'espèce,  le  mauvais  état  de  santé  ne  constitue  pas  en  soi  un  motif  d'inexigibilité sur  la base des critères qui précèdent,  il peut demeurer un  élément  d'appréciation  dont  il  convient  alors  de  tenir  compte  dans  le  cadre  de  la  pondération  de  l'ensemble  des  éléments  ayant  trait  à  l'examen de  l'exécution du renvoi  (cf. not. JICRA 2003 n° 24 consid. 5b  p. 157s.). 5.2.2.  Il  ressort,  en  l'espèce,  des  attestations  des  11  février  et  28  avril  2010,  ainsi  que  des  rapports médicaux  des  18  octobre  2010  et  30  juin  2011,  que  le  recourant  souffre  actuellement  d'un  épisode  dépressif  sévère,  d'un  état  de  stress  post­traumatique  et  de  difficultés  d'acculturation,  nécessitant  un  encadrement  psychosocial  et  psychothérapeutique bimensuel, une médication quotidienne ([noms des  médicaments]),  ainsi  qu'un  environnement  sécurisant.  Malgré  un  suivi  depuis  le mois de  janvier 2007  (date  rectifiée par  le psychiatre  traitant),  l'évolution  du  patient  reste  précaire  puisque  des  éléments  d'une  modification  durable  de  la  personnalité  avec  troubles  de  l'humeur  et  du  comportement  chronique  sont  déjà  présents,  un  retour  ne  pouvant  qu'aggraver  les  troubles  psychiatriques  et  comportant  un  risque  d'acte  auto­agression. Sur la base des documents déposés, il apparaît, dès lors,  que  l'état  de  santé  psychique  de  l'intéressé  est  préoccupant  et  qu'il  souffre  actuellement  d'une  sérieuse atteinte  à  sa  santé nécessitant,  sur  une  longue période,  des  soins  continus  (tant  psychothérapeutiques que  médicamenteux). 5.2.3. Or,  les  régions du nord de  l'Irak,  et  en particulier  celle de Dohuk  d'où  provient  l'intéressé,  souffrent  encore  d'un  manque  réel  d'infrastructures  psychiatriques,  de  personnel  spécialisé,  d'équipements  médicaux et de médicaments. Le système de santé est jugé globalement  mauvais, le traitement des PTSD en particulier, dans ces trois provinces,  étant  négligé  depuis  longtemps.  Les  soins  psychiatriques  et  psychothérapeutiques n'appartiennent d'ailleurs, pas à  la  tradition kurde,  que  la  population  craint  encore  en  grande  partie.  Les  besoins  dans  ce  domaine étant énormes et  la recherche de personnel médical spécialisé  étant  un  des  grands  défis  du  Ministère  de  la  santé,  des  experts  internationaux ont été envoyés afin de former du personnel sur place. De  même,  des  médecins  irakiens  sont  encouragés  à  compléter  leur 

E­3529/2010 Page 12 formation  à  l'étranger,  de  sorte  qu'une  certaine  amélioration  dans  le  domaine  de  la  santé  psychique  est  à  noter.  Néanmoins,  même  si  certaines unités spécialisées commencent à se développer, à  l'exemple  de  l'hôpital Azadi de Dohuk, elles  restent encore  rares et ne permettent  souvent  pas  des  soins  de  longue  durée.  Certains  observateurs  internationaux  affirment  même  que  le  traitement  du  PTSD  au  nord  de  l'Irak n'existe pas, aucune clinique privée ne pouvant pallier aux déficits  publics pour une prise en charge psychothérapeutique. Le traitement des  maladies chroniques n'est d'ailleurs pas  la priorité. De plus, si  les soins  de base coûtent peu chers et que des médicaments sont souvent fournis  gratuitement, les patients se voient néanmoins très fréquemment dirigés,  en  raison  de  la  forte  pénurie  de  médicaments  et  des  difficultés  d'acheminement,  vers  des  pharmacies  privées  ou  vers  le  marché  noir,  lesquels  pratiquent  des  prix  très  élevés  (cf.  Organisation  suisse  d'aide  aux réfugiés [OSAR], Irak : Behandlung von PTSD in Erbil, 10 mars 2010  ; OSAR : Irak : Die sozioökonomische Situation im Nordirak, mai 2010, p.  4­9  en  particulier  ;  UN  High  Commissioner  for  Refugees,  UNHCR  Eligibility Guidelines  for Assessing  the  International Protection Needs of  Iraqi Asylum­Seekers, April 2009).  5.3. Au vu de ce qui précède, on peut donc pratiquement exclure que le  recourant  puisse  bénéficier,  dans  son  pays,  des  soins  et  du  suivi  de  longue durée dont  il a besoin. Or, selon son psychiatre, en l'absence de  traitement, une aggravation progressive de l'état de santé de son patient  aboutirait à une modification durable de sa personnalité avec troubles de  l'humeur et du comportement chronique, errance et auto­agression. Une  exacerbation des états anxieux et des éléments perturbateurs comporte  un  risque  pour  l'intégrité  de  son  patient.  Renvoyé  dans  son  pays,  l'intéressé  courrait  donc  le  risque de ne pas pouvoir  être  soigné,  ou de  l'être que sur une très courte période puis d'être  livré à lui­même et à  la  charge  des  siens,  cela  alors  que  la  situation  socio­économique  de  sa  région d'origine   est difficile. C'est pourquoi dans  la pondération qu'il  lui  revient  d'effectuer  entre  les  possibilités  effectives  du  requérant  de  bénéficier  dans son pays d'origine de soins analogues à  ceux dont  ses  thérapeutes  disent  qu'ils  doivent  lui  être  prodigués  et  le  risque,  non  négligeable, de dégradation de son état auquel  l'expose sa vulnérabilité  psychique en cas de renvoi, le Tribunal estime, en définitive, qu'eu égard  à cette vulnérabilité, ou encore aux incertitudes liées aux garanties qu'il a  de se faire soigner adéquatement au nord de l'Irak, son intérêt à pouvoir  demeurer encore en Suisse l'emporte sur celui de la Suisse à le renvoyer  dans son pays d'origine.

E­3529/2010 Page 13 5.4. En conséquence et pour  les motifs qui précèdent,  le  recourant doit  être mis au bénéfice de l'admission provisoire. 6.  Il s'ensuit que  le recours doit être admis et  les décision de  l'ODM des 9  octobre 2007, 4 décembre 2008 et 16 avril 2010 annulées en tant qu'elles  portent sur l'exécution du renvoi de l'intéressé en Irak. 7.  7.1. Les conclusions du recours n'étant pas d'emblée vouées à l'échec et  l'intéressé étant  indigent,  la demande d'assistance  judiciaire partielle est  admise. Le  recourant n'a donc actuellement pas à supporter de  frais de  procédure (cf. art. 65 al. 1 PA). Par conséquent, la somme de Fr. 1200.­  versée par le recourant à l'ODM les 13 novembre 2008 et 6 octobre 2010  à titre d'avance de frais lui sera restituée. 7.2. Conformément à  l'art.  7 al.  1 et 2 du  règlement du 21  février 2008  concernant  les  frais,  dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif  fédéral  (FITAF,  RS  173.320.2),  le  recourant,  qui  a  eu  partiellement gain de cause, a droit à des dépens réduits de moitié pour  les  frais  nécessaires  causés  par  le  litige  Au  vu  de  l'ensemble  des  circonstances  du  cas,  et  en  l'absence  de  production  d'un  décompte  de  prestation,  le  Tribunal  estime,  au  regard  des  art.  8ss  FITAF,  que  le  versement  d'un montant  de  Fr.  600.­,  TVA  comprise,  à  titre  de  dépens  réduits apparaît équitable. (dispositif page suivante)

E­3529/2010 Page 14 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est rejeté en tant qu'il porte sur la reconnaissance de la qualité  de réfugié, l'octroi de l'asile et le principe du renvoi. 2.  Le recours est admis en tant qu'il porte sur l'exécution du renvoi. 3.  Les chiffres 4 et 5 du dispositif de la décision du 9 octobre 2007 ainsi que  le  chiffre  2  des  décisions  des  4  décembre  2008  et  16  avril  2010  sont  annulés. 4.  L'ODM  est  invité  à  mettre  l'intéressé  au  bénéfice  d'une  admission  provisoire. 5.  La demande d'assistance judiciaire partielle est admise. 6.  Il est  renoncé à  la perception des  frais de procédure. L'avance de  frais,  d'un montant de Fr. 1'200.­, sera restituée par l'ODM au recourant. 7.  L'ODM versera à l'intéressé des dépens d'un montant de Fr. 600.­ (TVA  comprise). 8.  Le  présent  arrêt  est  adressé  au  recourant,  à  l'ODM  et  à  l'autorité  cantonale compétente. La présidente du collège : La greffière : Emilia Antonioni Céline Longchamp Expédition :

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