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Bundesverwaltungsgericht 28.07.2011 E-1934/2011

28 luglio 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·1,991 parole·~10 min·2

Riassunto

Asile et renvoi | Asile et renvoi; décision de l'ODM du 24 février 2011

Testo integrale

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour V E­1934/2011 Arrêt   d u   2 8   juillet   2011 Composition François Badoud (président du collège),  Claudia Cotting­Schalch, Bruno Huber, juges, Chrystel Tornare Villanueva, greffière. Parties A._______, né le (…), Congo (Kinshasa),  (…), recourant,  contre Office fédéral des migrations (ODM),  Quellenweg 6, 3003 Berne,    autorité inférieure. Objet Asile et renvoi ; décision de l'ODM du 24 février 2011 /  N (…).

E­1934/2011 Page 2 Faits : A.  Le 18 décembre 2009, A._______ a déposé une demande d'asile auprès  du Centre d'enregistrement et de procédure (CEP) de Vallorbe. B.  Entendu lors de son audition audit centre,  le 22 décembre 2009, et plus  particulièrement sur ses motifs d'asile,  lors de l'audition du 30 décembre  2009,  il a déclaré être d'ethnie "(…)" et être originaire de  la province du  (…) où il aurait vécu jusqu'à l'âge de vingt et un ans. L'intéressé  a  indiqué  qu'il  faisait  du  commerce  d'huile  de  palme,  à  Kinshasa, au (…) et dans la province de (…). En février 2009, il se serait  installé dans la province de (…), à (…), avec sa compagne et son fils. Il y  aurait  tout d'abord travaillé dans une coopérative d'huile de palme, mais  ce  commerce n'étant  pas  rentable,  il  aurait  abandonné  cette  activité  en  mars 2009.  Il aurait alors rencontré un certain B._______, secrétaire d'une entreprise  d'extraction de diamants appartenant à un prénommé C._______ et à un  militaire du nom de D._______, colonel de son état, qui lui aurait proposé  du  travail en qualité de chercheur de diamant.  Il aurait accepté et aurait  travaillé  dans  une  carrière  située  dans  la  forêt.  Il  aurait  également  été  chargé  de  préparer  la  nourriture  et  les  boissons  des  travailleurs.  L'intéressé  aurait  alors  constaté  que  C._______  faisait  régulièrement  entrer  des  personnes  dans  le  pays.  Le  8 novembre  2009,  il  aurait  entendu à  la  radio que des  rebelles étaient entrés dans  la province. Le  même  jour,  vers  18h00,  B._______  aurait  demandé  à  l'intéressé  de  l'accompagner  pour  apporter  du  café  à  C._______.  Au  cours  du  trajet,  B._______ aurait expliqué à  l'intéressé que C._______,  le colonel et  lui­ même  faisaient  passer  des  personnes  sur  le  territoire  congolais,  lesquelles  étaient  ensuite  envoyées  au  (...).  Alors  que  l'intéressé,  C._______  et  B._______  buvaient  leur  café,  ils  auraient  entendu  des  coups de feu. L'intéressé et B._______ auraient attendu un moment puis  seraient retournés au campement où ils auraient retrouvé leurs collègues  morts, avec un message mentionnant "rebelles infiltrés". Craignant d'être  également  tué  par  les  militaires,  l'intéressé,  à  qui  C._______  aurait  montré un journal dans lequel son nom figurait sur une liste de personnes 

E­1934/2011 Page 3 recherchées,  se  serait  enfui  avec  celui­ci  et  B._______.  Ils  auraient  gagné l'Europe en bateau. Après son arrivée en Suisse, l'intéressé aurait appris par son cousin que  ses  parents,  ses  frères  et  ses  sœurs  avaient  été  emmenés  par  des  soldats à sa recherche.  Il n'a produit aucun document d'identité ou de voyage. C.  Par  décision  du  24  février  2011,  l'ODM  a  rejeté  la  demande  d'asile  de  l'intéressé,  a  prononcé  son  renvoi  de  Suisse  et  ordonné  l'exécution  de  cette  mesure.  Il  a  estimé,  en  substance,  que  les  déclarations  du  requérant  ne  satisfaisaient  pas  aux  exigences  de  vraisemblance  énoncées à l'art. 7 LAsi. Il a également prononcé son renvoi de Suisse et  ordonné  l'exécution  de  cette  mesure.  Il  a  considéré  que  l'exécution  du  renvoi était licite, possible et raisonnablement exigible. D.  Par  recours  du  30  mars  2011,  l'intéressé  a  principalement  conclu  à  l'annulation de la décision entreprise et au renvoi de la cause à l'autorité  intimée  pour  complément  d'instruction.  Il  a  soutenu  que  si  l'ODM  entendait  remettre  en  cause  son  lieu  d'origine,  cet  office  aurait  dû  lui  accorder au préalable un nouveau droit d'être entendu, sachant qu'il était  disposé à se soumettre à une analyse dite Lingua. Subsidiairement,  il a  conclu à la reconnaissance de la qualité de réfugié et à l'octroi de l'asile,  et plus subsidiairement à  l'admission provisoire.  Il a également requis  le  bénéfice de l'assistance judiciaire partielle.  Il  a  fait  valoir  que  son  récit  devait  être  considéré  comme  hautement  vraisemblable au vu des détails nombreux et précis qu'il avait fournis. Il a  reproché  à  l'ODM  d'avoir  davantage  mis  en  doute  son  lieu  de  socialisation,  à  savoir  la  province  du  (...),  que  la  réalité  de  ses  motifs  d'asile.  Il  a  réitéré ses déclarations selon  lesquelles  il  était originaire du  (...) et a estimé que les autorités ne pouvaient pas le renvoyer dans une  région  où  sa  vie  était  en  danger  et  où  aucun  ressortissant  congolais  n'était  renvoyé  en  raison  de  l'instabilité  régnant  au  (...).  Il  a  également  soutenu  qu'il  ne  pouvait  pas  non  plus  être  renvoyé  à  Kinshasa  étant  donné  qu'il  y  était  activement  recherché  comme  l'attestait  le  mandat  d'amener établi à son encontre et la lettre de son cousin produits à l'appui  du recours. 

E­1934/2011 Page 4 E.  Par  ordonnance  du  6  avril  2011,  le  Tribunal  administratif  fédéral  (ci­après :  le  Tribunal)  a  constaté  que  le  recourant  était  autorisé  à  séjourner  en  Suisse  jusqu'à  l'issue  de  la  procédure  et  l'a  dispensé  du  versement d'une avance sur les frais de procédure présumés. F.  Par détermination du 13 avril 2011, l'ODM a proposé le rejet du recours. S'agissant de l'octroi du droit d'être entendu relatif aux doutes émis sur la  province d'origine du recourant et son séjour en (...),  l'ODM a considéré  qu'il  ne  saurait  être  reconnu  une  telle  prérogative  à  l'intéressé,  dans  la  mesure  où  cet  office  s'était  forgé  sa  conviction  sur  la  base  des  déclarations lacunaires et stéréotypées du recourant. Il a ainsi estimé qu'il  ne  se  justifiait  pas  de  recourir  à  des  mesures  d'instruction  complémentaires. S'agissant des documents produits au stade du recours, l'ODM a précisé  qu'ils n'étaient pas de nature à attester  la vraisemblance des allégations  de l'intéressé. Il a également souligné que ces moyens de preuve étaient  tardifs dans la mesure où ils étaient datés du 22 novembre 2009 (mandat  d'amener)  et  du  26  février  2010  (lettre  du  cousin  du  recourant)  et  que  l'intéressé  n'avait  donné  aucune  explication  quant  à  leur  production  au  stade du recours seulement. L'ODM a par ailleurs estimé que, concernant  la  lettre du cousin de l'intéressé,  tout risque de collusion ne pouvait être  exclu.  Il  a  également  mis  en  cause  la  valeur  probante  du  mandat  d'amener  étant  donné  que,  selon  la  pratique  des  autorités  congolaises,  l'original  d'un  mandat  d'amener  ne  se  trouve  jamais  en  possession  du  justiciable concerné. Il a également souligné qu'une erreur figurait sous la  rubrique  "prévenu  de"  car  l'infraction  dont  l'intéressé  était  censé  s'être  rendu  coupable  n'était  pas  mentionnée.  Enfin,  il  a  rappelé  qu'il  était  notoire en République démocratique du Congo que ce type de document  pouvait s'acquérir facilement illégalement. G.  Invité  à  prendre  position  sur  la  détermination  de  l'ODM,  l'intéressé  a  maintenu  ses  conclusions  tendant  notamment  à  l'annulation  de  la  décision  du  24  février  2011  et  à  un  complément  d'instruction,  par  l'intermédiaire d'une analyse Lingua ou d'une enquête d'ambassade. Il a 

E­1934/2011 Page 5 reproché à  l'ODM d'avoir  considéré que  les moyens de preuve produits  avaient  été  établis  dans  l'unique  but  de  servir  sa  cause  sans  que  cet  office  ne  procède  à  des  investigations  supplémentaires  qui  auraient,  à  son avis, été nécessaires. H.  Les autres faits et arguments de la cause seront examinés, si nécessaire,  dans les considérants en droit ci­dessous. Droit : 1.  1.1.  Le  Tribunal,  en  vertu  de  l’art.  31  de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF,  RS  173.32),  connaît  des  recours  contre les décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre  1968  sur  la  procédure  administrative  (PA,  RS  172.021)  prises  par  les  autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF. En particulier, les décisions rendues par l’ODM concernant l’asile peuvent  être contestées, par renvoi de l’art. 105 de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile  (LAsi, RS 142.31), devant  le Tribunal,  lequel statue alors définitivement,  sauf demande d’extradition déposée par l’Etat dont le requérant cherche  à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal  fédéral [LTF, RS 173.110]). 1.2. L'intéressé a qualité pour recourir. Présenté dans la forme et dans le  délai  prescrits  par  la  loi,  le  recours  est  recevable  (art.  48  et  52  PA  et  art. 108 al. 1 LAsi). 2.  2.1.  Le  Tribunal  doit  analyser,  à  titre  préliminaire,  la  conclusion  du  recourant  tendant  au  renvoi  de  la  cause  à  l'ODM,  afin  que  cet  office  diligente des mesures d'instruction complémentaires, en particulier en lui  octroyant un nouveau droit d'être entendu concernant sa région d'origine  et son séjour dans la province de (…)  2.2.  Le  droit  d'être  entendu,  inscrit  à  l'art.  29  al.  2  de  la  Constitution  fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101), comprend le droit de s'exprimer, 

E­1934/2011 Page 6 le droit de consulter le dossier, le droit de faire administrer des preuves et  de participer à l'administration de celles­ci, le droit d'obtenir une décision  motivée  et  le  droit  de  se  faire  représenter  ou  assister  (cf.  ANDRÉ  GRISEL, Traité de droit administratif, Neuchâtel 1984, vol. I et II, p. 380ss  et 840ss).  Il  est  consacré, en procédure administrative  fédérale, par  les  art. 26 à 28 PA (droit de consulter  les pièces),  les art. 29 à 33 PA (droit  d'être entendu stricto sensu) et  l'art. 35 PA  (droit d'obtenir une décision  motivée). Par ailleurs,  la procédure en matière d'établissement des  faits  marie  deux  principes  opposés.  Selon  la maxime  inquisitoriale,  l'autorité  définit  les  faits  pertinents  et  ne  tient  pour  existants  que  ceux  qui  sont  dûment  prouvés.  Selon  la  maxime  des  débats,  ce  sont  les  parties  qui  apportent  faits  et  preuves.  La  procédure  administrative  fait  prévaloir  la  procédure  inquisitoriale  (art.  12  PA).  Cependant,  les  parties,  et  particulièrement dans le domaine de l'asile, ont  le devoir de collaborer à  l'instruction de la cause (cf art. 8 LAsi), ce qui les oblige à apporter, dans  la mesure  où  cela  peut  raisonnablement  être  exigé  d'elles,  les  preuves  commandées par  la nature du  litige et des  faits  invoqués,  faute de quoi  elles risqueraient de devoir supporter les conséquences de l'absence de  preuves (ATF 117 V 261). 2.3. En l'espèce, force est de constater que l'ODM a instruit  la cause de  façon complète. Dès lors, cet office disposait de suffisamment d'éléments  objectifs,  ressortant  des deux auditions  lors  desquelles  l'intéressé a été  entendu, pour fonder son appréciation et ainsi émettre des doutes quant  au  lieu  d'origine  de  l'intéressé  et  à  son  séjour  dans  la  région  de  (...).  L'ODM a d'ailleurs expressément expliqué, dans la décision du 24 février  2011,  les  raisons  pour  lesquelles  il  considérait  que  les  déclarations  de  l'intéressé  à  ce  sujet  pouvaient  être  mises  en  doute.  Cet  office  n'avait  donc  pas  à  procéder  à  d'autres  mesures  d'instruction.  En  outre,  si  l'intéressé  entendait  contester  l'appréciation  faite  par  l'ODM,  il  lui  appartenait,  au  stade  du  recours,  d'apporter  des  moyens  de  preuve  permettant d'établir son origine ou son séjour dans la province de (...). En  effet,  le  fardeau  de  la  preuve  repose  sur  le  demandeur  d'asile  et  il  n'incombait  pas  à  l'ODM  de  procéder  à  des  mesures  d'instruction  complémentaires pour établir notamment l'origine de l'intéressé. Il est bon  de  rappeler  encore  que  le  droit  d'être  entendu  ne  porte  pas  sur  l'appréciation  des  faits  mais  sur  les  faits  eux­mêmes.  Dans  ces  circonstances,  le  Tribunal  retient  que  l'ODM  n'a  pas  fait  preuve  d'arbitraire et a statué sur la base d'un état de fait suffisamment complet. 

E­1934/2011 Page 7 2.4.  La  requête  tendant  à  un  complément  d'instruction  et  au  renvoi  du  dossier  à  l'ODM  pour  ce  motif  doit  donc  être  écartée,  l'affaire  étant  suffisamment instruite pour être jugée. 3.  3.1. Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d’origine ou dans  le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices  ou craignent à juste titre de l’être en raison de leur race, de leur religion,  de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou  de  leurs  opinions  politiques.  Sont  notamment  considérées  comme  de  sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l’intégrité corporelle ou  de  la  liberté,  de  même  que  les  mesures  qui  entraînent  une  pression  psychique  insupportable.  Il  y  a  lieu  de  tenir  compte  des motifs  de  fuite  spécifiques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi). 3.2.  Quiconque  demande  l’asile  (recourant)  doit  prouver  ou  du  moins  rendre  vraisemblable  qu’il  est  un  réfugié.  La  qualité  de  réfugié  est  vraisemblable  lorsque  l’autorité  estime  que  celle­ci  est  hautement  probable. Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur  des  points  essentiels,  ne  sont  pas  suffisamment  fondées,  qui  sont  contradictoires,  qui  ne  correspondent  pas  aux  faits  ou  qui  reposent  de  manière déterminante sur des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7  LAsi). 4.  4.1.  En  l’occurrence,  l'intéressé  n'a  pas  démontré  que  les  exigences  légales requises pour la reconnaissance de la qualité de réfugié et l'octroi  de  l'asile  étaient  remplies.  Son  recours  ne  contient  sur  ce  point  ni  arguments  ni  moyens  de  preuve  susceptibles  de  remettre  en  cause  le  bien­fondé de la décision querellée. 4.2.  Le  recourant  a  déclaré  avoir  quitté  son  pays  parce  qu'il  craignait  d'être  tué  par  des  militaires  et  qu'il  était  recherché  par  les  autorités  congolaises qui l'accusaient d'être un rebelle. Force  est  toutefois  de  constater  que  le  recourant  n'a  pas  établi  la  crédibilité de ses motifs. En effet, les craintes alléguées ne constituent que de simples affirmations  de sa part et ne reposent sur aucun fondement concret et sérieux.

E­1934/2011 Page 8 De plus, son  récit est stéréotypé,  imprécis et manque considérablement  de  substance  de  sorte  qu'il  ne  satisfait  pas  aux  conditions  de  vraisemblance de  l'art. 7 LAsi. En outre,  les moyens de preuve produits  ne sont pas de nature à corroborer ses dires. Ainsi,  les  déclarations  du  recourant  concernant  notamment  son  lieu  de  travail dans une forêt et la description de son activité professionnelle sont  vagues et dépourvues des détails significatifs d'une expérience vécue. Il  en va de même de ses propos relatifs à  la mention de son nom dans la  presse. En effet, il s'est trouvé dans l'incapacité de donner des précisions  sur  le  journal dont  il était question et sur  l'article qui  l'incriminait  (cf. p­v  d'audition du 30 décembre 2009, p. 10). A cela s'ajoute qu'il est resté flou,  voire  inexacte,  dans  les  réponses  aux  questions  d'ordre  général  ou  géographique concernant  sa  région d'origine et  la province de  (...)  où  il  aurait été domicilié avant son départ. Toutes ces imprécisions laissent à  penser qu'il n'a pas vécu les événements tels qu'invoqués à l'appui de sa  demande. Par ailleurs, il n'est pas crédible que l'intéressé ait pu entendre les coups  de  feu  prétendument  tirés  par  les  militaires,  dans  la  mesure  où  il  a  déclaré  qu'à  ce  moment  il  se  trouvait  à  l'endroit  où  se  reposait  C._______,  soit  à  environ  une  heure  et  trente  minutes  de  marche  du  campement  où  ses  collègues  de  travail  auraient  été  tués  (cf.  p­v  d'audition du 30 décembre 2009, p. 9 questions 91ss et p. 11 questions  116s.).  Invité à expliquer comment  il avait pu entendre  les coups de feu  alors  qu'il  se  trouvait  à  une  distance  relativement  importante  du  campement,  il a  répondu de  façon  incohérente qu'"ils avaient déjà  leurs  problèmes  lorsqu'il  y  a  eu  des  coups  de  feu"  et  qu'"on  aurait  dit  eux­ mêmes qu'ils le savaient" (cf. p­v d'audition précité, p. 11 question 118). A  cela  s'ajoute  que  la  description  de  son  voyage  relève  du  stéréotype,  l'intéressé  étant  au  surplus  incapable  de  fournir  des  précisions  sur  l'endroit d'où il serait parti en bateau du Congo ni d'indiquer la localité ou  le  pays  où  il  aurait  débarqué.  Il  n'est  en  outre  pas  convaincant  que  le  secrétaire de l'entreprise pour laquelle il travaillait ait organisé et financé  son voyage sans aucune contrepartie.  Il n'est pas crédible non plus que  le  recourant  ait  été  en  mesure  de  rejoindre  la  Suisse,  dans  les  circonstances  décrites,  sans  disposer  de  documents  de  voyage  ou  d'identité  et  sans  avoir  subi  aucun  contrôle  aux  frontières.  Dans  ces  conditions,  le Tribunal est en droit de conclure que l'intéressé cherche à  cacher  les causes et  les circonstances exactes de son départ ainsi que 

E­1934/2011 Page 9 les  conditions  de  son  voyage  à  destination  de  l'Europe,  soit  autant  de  motifs  qui  permettent  de  douter  de  la  vraisemblance  des  faits  qu'il  rapporte. Pour le surplus, renvoi est fait aux considérants pertinents de la décision  de l'ODM. 4.3. S'agissant des documents produits au stade du recours, force est de  constater que ceux­ci ne sont pas déterminants eu égard à  la définition  de la qualité de réfugié. La lettre de son cousin, E._______, datée du 26 février 2010, confirmant  notamment le danger que l'intéressé encourrait en cas de retour au pays  et l'arrestation de membres de sa famille, ne constitue pas un moyen de  preuve pertinent, tout risque de collusion ne pouvant être exclu. En outre, l'examen du mandat d'amener, établi le 22 novembre 2009 par  l'officier  du ministère  public  de Kinshasa  /  (…),  permet  de  formuler  des  doutes quant à son authenticité. En effet, ce document est par nature à  usage interne et, en conséquence, n'aurait jamais dû être communiqué à  l'intéressé  ou  à  son  cousin,  du  moins  en  tant  qu'original.  De  plus,  l'intéressé n'a fourni aucune explication quant à la façon dont cette pièce  avait pu être obtenue. En particulier, il n'indique pas comment son cousin  serait parvenu à obtenir l'original de ce document censé établi à la fin de  l'année 2009 et  pour quelles  raisons  il  ne  l'aurait  donc pas produit  plus  tôt. Par ailleurs, s'agissant du contenu du document  litigieux,  la rubrique  "prévenu  de"  ne  mentionne  pas  l'infraction  pour  laquelle  il  serait  recherché. A cela s'ajoute que le document indique que l'intéressé réside  dans le quartier de (...), dans la commune de (...), commune du sud de la  ville de Kinshasa, alors que le recourant avait indiqué avoir été domicilié  dans la province de (...) avant son départ du pays (cf. p­v d'audition du 22  décembre 2009, p. 1s.). Enfin, ce document ne permet pas d'expliquer les  éléments d'invraisemblance manifestes relevés plus haut (cf. consid. 3.2).  Dans  ces  conditions,  il  n'y  a  pas  lieu  de  procéder  à  des  investigations  complémentaires en vue de déterminer l'authenticité de cet acte. Au vu de ce qui précède,  les pièces produites ne sont pas de nature à  corroborer les dires de l'intéressé, mais semblent plutôt avoir été établies  pour les seuls besoins de la cause.  4.4. Il s’ensuit que le recours, en tant qu’il conteste le refus de l’asile, doit  être rejeté.

E­1934/2011 Page 10 5.  5.1. Lorsqu’il rejette la demande d’asile ou qu’il refuse d’entrer en matière  à ce sujet, l’ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en  ordonne  l’exécution ;  il  tient  compte  du  principe  de  l’unité  de  la  famille  (art.  44  al.  1  LAsi).  Le  renvoi  ne  peut  être  prononcé,  selon  l’art.  32  de  l’ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l’asile relative à la procédure (OA 1,  RS 142.311),  lorsque  le  recourant  d’asile  dispose  d’une  autorisation  de  séjour  ou  d’établissement  valable,  ou  qu’il  fait  l’objet  d’une  décision  d’extradition ou d’une décision de renvoi conformément à  l’art. 121 al. 2  de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101). 5.2.  Aucune  exception  à  la  règle  générale  du  renvoi  n’étant  en  l’occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette  mesure. 6.  6.1. L’exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnablement  exigible  et  possible  (art.  44  al.  2  LAsi).  Si  ces  conditions  ne  sont  pas  réunies, l’admission provisoire doit être prononcée. Celle­ci est réglée par  l’art. 84 de  la  loi  fédérale sur  les étrangers du 16 décembre 2005 (LEtr,  RS  142.20),  entrée  en  vigueur  le  1er  janvier  2008.  Cette  disposition  a  remplacé  l’art.  14a  de  l’ancienne  loi  fédérale  du  26  mars  1931  sur  le  séjour et l’établissement des étrangers (LSEE). 6.2. L’exécution n’est pas  licite  lorsque  le  renvoi de  l’étranger dans son  Etat d’origine ou de provenance ou dans un Etat  tiers est  contraire aux  engagements  de  la  Suisse  relevant  du  droit  international  (art.  83  al.  3  LEtr). Aucune personne ne peut être contrainte, de quelque manière que  ce soit, à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa  liberté  serait  menacée  pour  l’un  des  motifs  mentionnés  à  l’art.  3  al.  1  LAsi, ou encore d’où elle  risquerait d’être astreinte à se  rendre dans un  tel pays (art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut être soumis à  la  torture ni à des  peines ou  traitements  inhumains ou dégradants  (art. 3 de  la convention  du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés  fondamentales [CEDH, RS 0.101]).

E­1934/2011 Page 11 6.3. L’exécution de  la décision peut ne pas être raisonnablement exigée  si  le  renvoi  ou  l’expulsion  de  l’étranger  dans  son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple  en  cas  de  guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée  ou  de  nécessité  médicale (art. 83 al. 4 LEtr). 6.4. L’exécution n’est pas possible  lorsque l’étranger ne peut pas quitter  la  Suisse  pour  son  Etat  d’origine,  son  Etat  de  provenance  ou  un  Etat  tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr). 7.  7.1. L’exécution du renvoi est illicite,  lorsque la Suisse, pour des raisons  de droit  international public, ne peut contraindre un étranger à se rendre  dans  un  pays  donné  ou  qu’aucun  autre  Etat,  respectant  le  principe  du  non­refoulement,  ne  se  déclare  prêt  à  l’accueillir ;  il  s’agit  d’abord  de  l’étranger  reconnu  réfugié,  mais  soumis  à  une  clause  d’exclusion  de  l’asile, et ensuite de l’étranger pouvant démontrer qu’il serait exposé à un  traitement prohibé par l’art. 3 CEDH ou encore l’art. 3 de la convention du  10  décembre  1984  contre  la  torture  et  autres  peines  ou  traitements  cruels,  inhumains ou dégradants (Conv. torture, RS 0.105) (Message du  Conseil  fédéral  à  l’appui  d’un  arrêté  fédéral  sur  la  procédure  d’asile  [APA], du 25 avril 1990, in : FF 1990 II 624). 7.2. En l'espèce,  l’exécution du renvoi ne contrevient pas au principe de  non­refoulement de  l’art. 5 LAsi. Comme exposé plus haut,  le  recourant  n'a pas rendu vraisemblable qu’en cas de retour dans son pays d’origine,  il serait exposé à de sérieux préjudices au sens de l’art. 3 LAsi. 7.3. En ce qui concerne les autres engagements de la Suisse relevant du  droit international, il sied d’examiner particulièrement si l’art. 3 CEDH, qui  interdit la torture, les peines ou traitements inhumains, trouve application  dans le présent cas d’espèce. 7.4. Si l’interdiction de la torture, des peines et traitements inhumains (ou  dégradants)  s’applique  indépendamment  de  la  reconnaissance  de  la  qualité  de  réfugié,  cela  ne  signifie  pas  encore  qu’un  renvoi  ou  une  extradition serait prohibée par le seul fait que dans le pays concerné des  violations  de  l’art.  3  CEDH  devraient  être  constatées ;  une  simple  possibilité  de  subir  des  mauvais  traitements  ne  suffit  pas.  Il  faut  au 

E­1934/2011 Page 12 contraire  que  la  personne  qui  invoque  cette  disposition  démontre  à  satisfaction  qu’il  existe  pour  elle  un  véritable  risque  concret  et  sérieux  d’être victime de tortures, ou de traitements inhumains ou dégradants en  cas de renvoi dans son pays. Il en ressort qu’une situation de guerre, de  guerre  civile,  de  troubles  intérieurs  graves  ou  de  tension  grave  accompagnée de violations des droits de l’homme ne suffit pas à justifier  la  mise  en œuvre  de  la  protection  issue  de  l’art.  3  CEDH,  tant  que  la  personne  concernée  ne  peut  rendre  hautement  probable  qu’elle  serait  visée  personnellement  –  et  non  pas  simplement  du  fait  d’un  hasard  malheureux  –  par  des  mesures  incompatibles  avec  la  disposition  en  question (JICRA 1996 n° 18 consid. 14b let. ee p. 186s). 7.5. En  l’occurrence,  le Tribunal  relève que  le  recourant  n'a  pas été en  mesure  de  démontrer  qu'il  existait  pour  lui  un  risque  concret  et  sérieux  d'être victime de traitements de cette nature. 7.6.  Dès  lors,  l’exécution  du  renvoi  du  recourant  sous  forme  de  refoulement ne transgresse aucun engagement de la Suisse relevant du  droit international, de sorte qu’elle s’avère licite (art. 44 al. 2 LAsi et 83 al.  3 LEtr). 8.  8.1. Selon l’art. 83 al. 4 LEtr,  l’exécution de la décision peut ne pas être  raisonnablement exigée si le renvoi ou l’expulsion de l’étranger dans son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou  de  nécessité médicale. Cette  disposition  s’applique  en  premier  lieu  aux  « réfugiés de la violence », soit aux étrangers qui ne remplissent pas les  conditions  de  la  qualité  de  réfugié  parce  qu’ils  ne  sont  pas  personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de  guerre civile ou de violence généralisée, et ensuite aux personnes pour  qui  un  retour  reviendrait  à  les  mettre  concrètement  en  danger,  notamment parce qu’elles ne pourraient plus recevoir les soins dont elles  ont  besoin.  L’autorité  à  qui  incombe  la  décision  doit  donc  dans  chaque  cas confronter  les aspects humanitaires  liés à  la situation dans  laquelle  se  trouverait  l’étranger  concerné  dans  son  pays  après  l’exécution  du  renvoi à  l’intérêt public militant en  faveur de son éloignement de Suisse  (ATAF  2009/52  consid.  10.1,  ATAF  2008/34  consid.  11.2.2  et  ATAF  2007/10 consid. 5.1).

E­1934/2011 Page 13 8.2.  Malgré  les  troubles  prévalant  toujours  dans  l'est  du  pays,  la  République démocratique du Congo n'est pas en proie, sur l'ensemble de  son  territoire,  en  particulier  à  Kinshasa,  à  une  situation  de  guerre,  de  guerre  civile  ou  de  violence  généralisée  qui  permettrait  d’emblée  –  et  indépendamment  des  circonstances  du  cas  d’espèce  –  de  présumer,  à  propos  de  tous  les  ressortissants  du  pays,  l’existence  d’une  mise  en  danger concrète au sens de l’art. 83 al. 4 LEtr. 8.3. En  outre,  il  ne  ressort  du  dossier  aucun  élément  dont  on  pourrait  inférer  que  l’exécution  du  renvoi  impliquerait  une  mise  en  danger  concrète du recourant. A cet égard, le Tribunal relève que l'intéressé est  jeune,  au  bénéfice  d'une  formation  scolaire  et  professionnelle  de  (…)  ainsi que d’une expérience professionnelle notamment en qualité de (…).  Il  n'a  par  ailleurs  pas  allégué,  ni  a  fortiori  établi,  qu'il  souffrait  de  problèmes  de  santé  particuliers  pour  lesquels  il  ne  pourrait  pas  être  soigné  au  Congo.  Enfin,  comme  développé  plus  haut,  le  recourant  n'a  pas  rendu vraisemblable qu'il  serait  recherché à Kinshasa. Dès  lors, un  retour  en  République  démocratique  du  Congo,  par  exemple  dans  la  région  de  Kinshasa,  où  il  a  exercé  une  activité  professionnelle  et  où  il  peut  ainsi  être  présumé  qu'il  pourra  compter  sur  un  réseau  social,  ne  devrait pas  lui causer des difficultés excessives.  Il est également  relevé  qu'un de ses oncles maternels vit dans la capital et que, bien que cela ne  soit  pas  déterminant  en  l'espèce,  celui­ci  pourra  aussi  lui  fournir  un  soutien lors de sa réinstallation. 8.4. Pour  ces motifs,  l’exécution  du  renvoi  doit  être  considérée  comme  raisonnablement exigible. 9.  Enfin,  le  recourant  est  en  possession  de  documents  suffisants  pour  rentrer dans son pays ou, à tout le moins, est en mesure d’entreprendre  toute  démarche  nécessaire  auprès  de  la  représentation  de  son  pays  d’origine en vue de l’obtention de documents de voyage lui permettant de  quitter  la  Suisse.  L’exécution  du  renvoi  ne  se  heurte  donc  pas  à  des  obstacles  insurmontables  d’ordre  technique  et  s’avère  également  possible (cf. ATAF 2008/34 consid. 12 p. 513­515). 10.  Cela  étant,  l’exécution  du  renvoi  doit  être  déclarée  conforme  aux  dispositions  légales.  Il  s’ensuit  que  le  recours,  en  tant  qu’il  conteste  la  décision de renvoi et son exécution, doit être également rejeté.

E­1934/2011 Page 14 11.  Dans  la mesure où  l'intéressé n'a pas établi son  indigence,  la demande  d'assistance judiciaire partielle est rejetée (art. 65 PA). 12.  Vu  l’issue  de  la  cause,  il  y  a  lieu  de mettre  les  frais  de  procédure  à  la  charge du recourant, conformément aux art. 63 al. 1 PA et 2 e 3 let. b du  règlement du 21 février 2008 concernant  les frais, dépens et  indemnités  fixés par le Tribunal administratif fédéral (FITAF, RS 173.320.2). (dispositif : page suivante)

E­1934/2011 Page 15 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est rejeté. 2.  La demande d'assistance judiciaire partielle est rejetée. 3.  Les frais de procédure, d'un montant de Fr. 600.­, sont mis à la charge du  recourant. Ce montant doit être versé sur le compte du Tribunal dans les  30 jours dès l'expédition du présent arrêt. 4.  Le  présent  arrêt  est  adressé  au  recourant,  à  l’ODM  et  à  l’autorité  cantonale compétente. Le président du collège : La greffière : François Badoud Chrystel Tornare Villanueva Expédition :

E-1934/2011 — Bundesverwaltungsgericht 28.07.2011 E-1934/2011 — Swissrulings