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Bundesverwaltungsgericht 02.02.2012 E-1839/2008

2 febbraio 2012·Français·CH·CH_BVGE·PDF·2,352 parole·~12 min·1

Riassunto

Asile et renvoi | Asile et renvoi; décision de l'ODM du 15 février 2008

Testo integrale

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour V E­1839/2008 Arrêt   d u   2   février   2012   Composition Emilia Antonioni (présidente du collège),  François Badoud, Christa Luterbacher, juges, Céline Longchamp, greffière. Parties A._______, né le (…), B._______, née le (…), C._______, né le (…), D._______, née le (…), Ressortissants du Kosovo,  Tous représentés par le  Centre social protestant (CSP) – Genève,  recourants,  contre Office fédéral des migrations (ODM),  Quellenweg 6, 3003 Berne,    autorité inférieure.  Objet Exécution du renvoi ;  décision de l'ODM du 15 février 2008 / N (...).

E­1839/2008 Page 2 Faits : A.  Le 26 novembre 1996, A._______ et B._______,  accompagnés de  leur  fils, ont déposé une première demande d'asile au centre d'enregistrement  (CERA,  actuellement  CEP)  de  Genève.  Ils  ont  exposé,  en  substance,  appartenir à  la communauté albanaise et avoir vécu ensemble chez  les  parents  de  l'intéressé,  dans  le  village  de  E._______  (commune  de  F._______), depuis 1988. Ils auraient rencontré des problèmes avec des  policiers serbes, lesquels auraient perquisitionné au domicile familial pour  y  chercher  des  armes  et  auraient  confisqué  leurs  passeports  et  leurs  cartes d'identité. B.  Selon  les  résultats  d'une  demande  de  comparaison  des  empreintes  digitales,  adressée  par  l'ODM  auprès  des  autorités  allemandes  compétentes, A._______ a déposé une demande d'asile en Allemagne le  (date),  laquelle  a  été  rejetée  en  date  du  (date).  Il  a  quitté  ce  pays  le  (date). C.  Le (date) est née, en Suisse, la fille des requérants. D.  Par  décision  du  19  février  1998,  l'ancien  Office  fédéral  des  réfugiés  (ODR, actuellement ODM) a  rejeté  leurs demandes d'asile au motif que  leurs déclarations ne remplissaient pas les conditions posées à l'art. 3 de  la loi fédérale du 26 juin 1998 sur l'asile (LAsi, RS 142.31). L'office fédéral  a également prononcé un  renvoi  de Suisse et  a ordonné  l'exécution de  cette  mesure,  qu'il  a  jugé  licite,  raisonnablement  exigible  et  possible.  Cette décision est entrée en force de chose décidée. E.  Par décision du 26 mai 1999, les intéressés ont été mis au bénéfice d'une  admission  provisoire  en  raison  de  leur  appartenance  au  groupe  de  personnes à protéger selon l'arrêté du Conseil fédéral du 28 avril 1999.  F.  Cette mesure a été levée par décision du 16 août 1999.

E­1839/2008 Page 3 G.  Les  intéressés  ont  quitté  la  Suisse,  le  8  août  2000,  à  destination  de  G._______. H.  Le 20  janvier  2003,  l'intéressé,  seul,  a  déposé une deuxième demande  d'asile en Suisse. Il a déclaré être retourné dans son village, à son retour  de Suisse. Ne se sentant pas en sécurité, il a décidé de revenir en Suisse  et  a  envoyé  son  épouse  et  ses  enfants  à H._______,  chez  ses  beaux­ parents. I.  Par décision du 21 mars 2003, l'ancien ODR n'est pas entrée en matière  sur  cette  deuxième  demande  d'asile  sur  la  base  de  l'art.  32  al.  2  let. e LAsi. Il a également prononcé son renvoi de Suisse et l'exécution de  cette  mesure  qu'il  a  jugée  licite,  raisonnablement  exigible  et  possible  dans  la  mesure,  notamment,  où  l'intéressé  pouvait  poursuivre  son  traitement médical (suivi psychiatrique et médicamenteux) dans son pays  d'origine. J.  L'intéressé a été signalé, en Suisse, comme disparu à partir du 1er mai  2003. K.  Le 18 décembre 2006, A._______ et B._______, accompagnés de leurs  deux enfants, ont déposé une nouvelle demande d'asile en Suisse.  L.  Entendus  sommairement  le  20  décembre  2006,  puis  sur  leurs  motifs  d'asile les 22 et 31 janvier 2007, ils ont déclaré avoir vécu dans la maison  familiale  dans  le  village  de  E._______  depuis  (année),  respectivement  (année),  à  leur  retour au Kosovo.  L'intéressé aurait  quitté  la Suisse,  en  (année), par crainte d'être hospitalisé et aurait rejoint I._______, avant de  rentrer au pays.  En 2006,  les  requérants ont décidé de revenir en Suisse principalement  pour  des  motifs  médicaux  (problèmes  psychiques  et  épilepsie  de  leur  fille). A l'appui de leurs demandes d'asile, ils ont produit : – un  rapport,  daté  du  30  janvier  2007,  émanant  d'un  spécialiste  en  médecine  interne,  duquel  il  ressort  que  l'intéressé  souffre  d'un 

E­1839/2008 Page 4 épisode  dépressif moyen  avec  syndrome  somatique,  nécessitant  un  suivi psychologique et un  traitement médicamenteux  (antidépresseur  et anxiolytique). Il est précisé que l'évolution de l'état de santé de sa  femme et de sa fille joue un rôle important dans le pronostic ; – un  rapport,  daté  du  23  janvier  2007,  émanant  d'un  médecin  du  Département  de  psychiatrie  des  Hôpitaux  universitaires  de  Genève  (HUG),  duquel  il  ressort  que  l'intéressée  souffre  d'un  épisode  dépressif  sévère  avec  symptômes  psychotiques  et  idées  suicidaires  nécessitant  une  prise  en  charge  médicamenteuse  (antidépresseur,  antipsychotique,  anxiolytique,  somnifère,  hypotenseur)  et  psychothérapeutique pluri­hebdomadaire ; – un  rapport,  daté  du  15  février  2007,  émanant  d'un  spécialiste  en  neuro­pédiatrie,  duquel  il  ressort  que  D._______  présente,  depuis  l'âge  de  deux  ans,  des  crises  épileptiques  généralisées,  à  prédominance nocturne. Selon ce rapport, D._______ n'a plus eu de  crises  d'épilepsies  depuis  deux  ans  environ,  un  traitement  médicamenteux  ayant  été  introduit  trois  ans  plus  tôt  au Kosovo. Un  sevrage  progressif  du  traitement  a  été  entrepris  après  un  électro­ encéphalogramme normal. M.  Par décision du 15 février 2008, l'ODM a rejeté ces demandes d'asile au  motif  que  les  déclarations  des  requérants  ne  remplissaient  pas  les  conditions posées à l'art. 3 LAsi. L'office fédéral a, à nouveau, prononcé  leur  renvoi  de Suisse  et  l'exécution  de  cette mesure  qu'il  a  jugée  licite,  raisonnablement  exigible  et  possible,  les  problèmes  de  santé  allégués  par les intéressés et leur fille ne constituant pas aucun obstacle. N.   Par  recours  formé,  le  18  mars  2008,  devant  le  Tribunal  administratif  fédéral (ci­après : le Tribunal), les intéressés ont conclu à l'annulation de  la décision entreprise en  tant qu'elle porte sur  l'exécution de  leur  renvoi  au Kosovo, à  l'inexigibilité de  l'exécution de  leur  renvoi et à  l'assistance  judiciaire  partielle.  Ils  ont  rappelé  qu'ils  n'avaient  pas  pu  obtenir  au  Kosovo les soins appropriés dont ils avaient besoin parce qu'ils n'étaient  pas  disponibles  et  que  les  médicaments  y  étaient  très  chers.  Ils  ont  précisé que  leur  fille allait mieux depuis qu'elle était  soignée en Suisse.  Contestant  l'appréciation  faite  par  l'ODM  dans  la  décision  querellée,  ils  ont  ajouté  que  les  problèmes  psychiques  persistants  de  l'intéressée 

E­1839/2008 Page 5 n'étaient  pas  seulement  liés  à  l'état  de  santé  de  leur  fille  et  que  l'exécution  de  leur  renvoi  au  Kosovo  conduirait  à  une  dégradation  importante de leur état de santé. Ils ont produit : ­ une copie du certificat médical du 23  janvier 2007 déposé à  l'appui de  leurs demandes d'asile auprès de l'ODM ; ­ un certificat, daté du 28 février 2008, émanant des HUG qui atteste que  l'intéressée  est  suivie  depuis  le mois  d'octobre  2007  pour  des  troubles  dépressifs  récurrents,  épisode  actuel  sévère  avec  symptômes  psychotiques,  et  douleurs  somatoformes  persistantes,  nécessitant  un  suivi  psychothérapeutique  mensuel  et  un  traitement  médicamenteux  (antidépresseur, anxiolytique, antipsychotique,  tranquillisant et contre  les  troubles  du  sommeil).  Selon  ce  document,  elle  n'a  pas  d'idées  suicidaires ; ­ un certificat, daté du 10 mars 2008, émanant des HUG duquel il ressort  que  l'intéressée  souffre  d'un  état  dépressif  sévère  avec  symptômes  psychotiques,  d'une  hypertension  artérielle  traitée,  de  céphalées  de  tension et accès migraineux, nécessitant un suivi psychothérapeutique et  médicamenteux.  Le  pronostic  relatif  à  l'hypertension  artérielle  est  favorable  à  condition  que  la  patiente  ait  accès  à  ses  médicaments,  l'évolution des céphalées  tensionnelles et des cervico­brachialgies étant  liée à son bien­être psychosocial et à la santé de sa fille ; ­ une attestation d'assistance, datée du 13 mars 2008. O.  Par ordonnance du 1er avril 2008, le juge instructeur a confirmé que les  recourants  pouvaient  attendre  en  Suisse  l'issue  de  leur  procédure  et  renoncé  à  la  perception  d'une  avance  de  frais,  réservant  son  prononcé  sur  l'assistance  judiciaire  partielle.  Il  a  également  invité  l'ODM  à  se  déterminer sur le recours. P.  Dans sa réponse succincte du 10 avril 2008, l'ODM a proposé le rejet du  recours.  Cette  détermination  a  été  transmise  aux  recourants  pour  information. Q.  Par  ordonnance  du  20  juillet  2011,  le  juge  instructeur  a  invité  les  recourants  à  produire  un  rapport  médical  actualisé  sur  l'état  de  santé 

E­1839/2008 Page 6 psychique  de  l'intéressée  et  sur  l'état  de  santé  physique  de  leur  fille  D._______, ainsi que tout moyen de preuve relatif à l'intégration de leurs  enfants en Suisse. R.  Par  courrier  du  22  août  2011,  les  recourants  ont  précisé  que  l'état  de  santé psychique de l'intéressée n'avait pas évolué depuis le début de son  traitement  en  2007  et  qu'il  nécessitait  encore  un  suivi  psychothérapeutique et médicamenteux,  le  risque d'un passage à  l'acte  suicidaire existant en cas d'interruption de ceux­ci. Ils ont soutenu qu'elle  ne  pourrait  pas  bénéficier  d'une  prise  en  charge  adéquate  en  cas  de  retour  au  Kosovo,  certains  médicaments  génériques  ayant  des  effets  secondaires  et  d'autres  n'étant  pas  disponibles.  S'appuyant  sur  un  rapport  de  l'Organisation  d'aide  aux  réfugiés  (OSAR)  du 1er  septembre  2010,  ils ont mis en exergue  le  fait que  le Kosovo ne disposait d'aucun  système  d'assurance­maladie,  que  la  psychothérapie  était  quasiment  inexistante  et  que  la  situation  dans  ce  domaine  n'avait  guère  évolué  depuis  l'introduction  de  leur  recours.  Ils  ont  ajouté  que D._______  était  aujourd'hui  en  bonne  santé  mais  que  la  santé  de  l'intéressé  s'était  fortement  détériorée  suite  au  diagnostic  d'un  carcinome  baso­cellulaire,  ayant  nécessité  deux  interventions  chirurgicales.  Le  recourant  a  été  adressé  au  Centre  de  thérapies  brèves  (CTB)  depuis  le  1er  juin  2011  pour  une  symptomatologie  dépressive  avec  idées  suicidaires.  Les  intéressés  ont  également  mis  en  avant  l'intégration  de  leurs  enfants,  jeunes adolescents scolarisés en Suisse depuis plus de cinq ans. Ils ont  argué  que  leurs  enfants  ayant  passé  les  années  cruciales  de  leur  développement en Suisse et n'ayant plus aucune attache au Kosovo, un  renvoi  dans  leur  pays  d'origine  constituerait  pour  eux  un  important  déracinement.  Ils  ont  conclu au prononcé d'une admission provisoire  et  ont produit: – un rapport, daté du 5 août 2011, émanant d'un spécialiste du Service  de psychiatrie des HUG, selon lequel l'intéressée souffre d'un trouble  dépressif  récurrent,  épisode  actuel  sévère  avec  symptômes  psychotiques  et  de  douleurs  somatoformes  persistantes.  Depuis  2007,  elle  est  toujours  au  bénéfice  d'une  prise  en  charge  psychothérapeutique  et  d'un  traitement  médicamenteux  (antidépresseur, anti­psychotique, tranquillisant), ce qui a permis une  relative  stabilisation  de  son  état  de  santé.  Il  est  précisé  que  les  médicaments  de  l'intéressée  ne  sont  pas  disponibles  au  Kosovo  et  qu'un passage à l'acte suicidaire est à craindre en cas de renvoi ;

E­1839/2008 Page 7 – un  rapport,  daté  du  12  août  2011,  émanant  d'un  spécialiste  en  médecine interne des HUG, duquel il ressort que l'intéressée présente  des  céphalées  de  tensions  et  cervico­brachialgie  myo­faciale,  une  fibromyalgie,  un  déficit  en  vitamines  D  ainsi  qu'une  hypertension  artérielle.  Sa  médication  consiste  en  un  hypotenseur,  un  décontractant musculaire et des antidouleurs ; – un  rapport,  daté  du  26  juillet  2011,  émanant  d'un  pédiatre,  selon  lequel  D._______  n'a  plus  eu  de  crises  d'épilepsies  depuis  plus  de  quatre ans et qu'elle ne suit plus aucun traitement médicamenteux ; – un  rapport,  daté  du  12  juillet  2011,  émanant  du médecin  traitant  de  l'intéressé,  duquel  il  ressort  que  celui­ci  a  subi  deux  interventions  chirurgicales pour ablation d'un carcinome baso­cellulaire. L'intéressé,  considéré  comme  guéri  sur  le  plan  somatique  (ablation  totale  de  la  tumeur), a développé un épisode dépressif, un trouble anxieux et un  trouble hypocondriaque ; – un  certificat,  daté  du  18  juillet  2011,  émanant  du  Service  de  psychiatrie des HUG, selon lequel l'intéressé est suivi au CTB depuis  le  1er  juin  2011  pour  une  symptomatologie  dépressive  avec  idées  délirantes  congruent  à  l'humeur.  Un  suivi  psychothérapeutique  hebdomadaire  a  été  mis  en  place  ainsi  qu'un  traitement  médicamenteux (antidépresseur et neuroleptique) ; – une  attestation,  datée  du  22  juillet  2011,  selon  laquelle  D._______,  élève motivée, sérieuse et bien intégrée dans sa classe, est inscrite à  I._______ ;  – une attestation  de  parcours  scolaire,  datée du  22  juillet  2011,  selon  laquelle  C._______  a  fréquenté  I._______  de  2007  à  2011,  ainsi  qu'un courrier du 4 juillet 2011 informant ses parents que C._______  a été déplacé à J._______ ; – un courrier du 22 juillet 2011 de l'entraîneur de football de C._______  selon lequel celui­ci est bien intégré auprès de ses camarades et a un  comportement exemplaire. S.  Invité une nouvelle fois à formuler ses observations,  l'ODM a proposé le  rejet  du  recours par détermination du 8  septembre 2011.  Il  a  considéré  que les intéressés pouvaient poursuivre, de manière adaptée et dans leur 

E­1839/2008 Page 8 langue maternelle,  leur traitement médical au Kosovo où ils avaient déjà  été suivis par des psychiatres par  le passé.  Il a également  retenu qu'ils  pourraient compter sur  le soutien d'un  important  réseau  familial et qu'ils  pouvaient  solliciter  une  aide  médicale  individuelle  au  retour.  Cette  détermination n'a pas été transmise aux recourants. T.  Les autres faits importants du dossier seront évoqués si nécessaire dans  les considérants qui suivent. Droit : 1.  1.1.  Le  Tribunal,  en  vertu  de  l’art.  31  de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF,  RS  173.32),  connaît  des  recours  contre les décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre  1968  sur  la  procédure  administrative  (PA,  RS  172.021)  prises  par  les  autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF. En particulier, les décisions rendues par l’ODM concernant l’asile peuvent  être  contestées,  par  renvoi de  l’art.  105 LAsi,  devant  le Tribunal,  lequel  statue alors définitivement, sauf demande d’extradition déposé par  l’Etat  dont le requérant cherche à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17  juin 2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110]). 1.2. Les  recourants ont qualité pour  recourir. Présenté dans  la  forme et  dans les délais prescrits par la loi, le recours est recevable (art. 48 et 52  PA et 108 al. 1 LAsi). 2.  Les  intéressés  n’ont  pas  recouru  contre  la  décision  de  l'ODM  en  tant  qu'elle  rejette  leur demande d'asile, de sorte que, sous cet angle, elle a  acquis force de chose décidée. 3.  3.1. Lorsqu’il rejette la demande d’asile ou qu’il refuse d’entrer en matière  à ce sujet, l’ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en  ordonne  l’exécution ;  il  tient  compte  du  principe  de  l’unité  de  la  famille 

E­1839/2008 Page 9 (art.  44  al.  1  LAsi).  Le  renvoi  ne  peut  être  prononcé,  selon  l’art.  32  de  l’ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l’asile relative à la procédure (OA 1,  RS 142.311),  lorsque  le  recourant  d’asile  dispose  d’une  autorisation  de  séjour  ou  d’établissement  valable,  ou  qu’il  fait  l’objet  d’une  décision  d’extradition ou d’une décision de renvoi conformément à  l’art. 121 al. 2  de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101). 3.2.  Aucune  exception  à  la  règle  générale  du  renvoi  n’étant  en  l’occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette  mesure. 4.  4.1. L’exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnablement  exigible  et  possible  (art.  44  al.  2  LAsi).  Si  ces  conditions  ne  sont  pas  réunies, l’admission provisoire doit être prononcée. Celle­ci est réglée par  l’art. 83 de  la  loi  fédérale sur  les étrangers du 16 décembre 2005 (LEtr,  RS 142.20), entrée en vigueur le 1er janvier 2008.  4.2.  Les  conditions  de  l'octroi  de  l'admission  provisoire  en  vertu  de  l'art. 83 LEtr  (pour  impossibilité,  illicéité ou  inexigibilité de  l'exécution du  renvoi)  sont  de  nature  alternative  :  dès  qu'il  existe  un  empêchement  conforme  à  l'une  ou  l'autre  de  ces  conditions  légales,  l'exécution  du  renvoi  ne  peut  plus  être  ordonnée  et  le  séjour  de  l'intéressé  en Suisse  doit être réglée par le biais d'une admission provisoire (cf. JICRA 2006 n°  6 consid. 4.2., JICRA 2006 n° 11, JICRA 2006 no 23, JICRA 2001 no 17  consid. 4d). En l'occurrence, c'est la question de l'exigibilité de l'exécution  du renvoi qui doit être examinée. 4.3. Selon l’art. 83 al. 4 LEtr,  l’exécution de la décision peut ne pas être  raisonnablement exigée si le renvoi ou l’expulsion de l’étranger dans son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou  de  nécessité médicale. Cette  disposition  s'applique  en  premier  lieu  aux  "réfugiés  de  la  violence",  soit  aux  étrangers  qui  ne  remplissent  pas  les  conditions  de  la  qualité  de  réfugié  parce  qu'ils  ne  sont  pas  personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de  guerre civile ou de violence généralisée, et ensuite aux personnes pour  qui  un  retour  reviendrait  à  les  mettre  concrètement  en  danger,  notamment  parce  qu'objectivement,  au  regard  des  circonstances  d'espèce,  elles  seraient,  selon  toute  probabilité,  conduites  http://links.weblaw.ch/EMARK-2006/6 http://links.weblaw.ch/EMARK-2006/6 http://links.weblaw.ch/EMARK-2006/6 http://links.weblaw.ch/EMARK-2006/6 http://links.weblaw.ch/EMARK-2006/6 http://links.weblaw.ch/EMARK-2006/6 http://links.weblaw.ch/EMARK-2006/6 http://links.weblaw.ch/EMARK-2006/11 http://links.weblaw.ch/EMARK-2006/11 http://links.weblaw.ch/EMARK-2006/11 http://links.weblaw.ch/EMARK-2006/11 http://links.weblaw.ch/EMARK-2006/11 http://links.weblaw.ch/EMARK-2006/11 http://links.weblaw.ch/EMARK-2006/11

E­1839/2008 Page 10 irrémédiablement  à  un  dénuement  complet,  exposées  à  la  famine,  et  ainsi à une dégradation grave de leur état de santé, à l'invalidité, voire à  la mort (cf. ATAF 2007/10 consid. 5.1 p. 111 ; JICRA 2002 n° 11 consid.  8a p. 99). L’autorité à qui incombe la décision doit donc dans chaque cas  confronter  les  aspects  humanitaires  liés  à  la  situation  dans  laquelle  se  trouverait  l’étranger concerné dans son pays après  l’exécution du renvoi  à  l’intérêt public militant en faveur de son éloignement de Suisse (ATAF  2009/52  consid.  10.1,  ATAF  2008/34  consid.  11.2.2  et  ATAF  2007/10  consid. 5.1). 4.4. L'exécution du renvoi des personnes en traitement médical en Suisse  ne  devient  inexigible,  en  cas  de  retour  dans  leur  pays  d'origine  ou  de  provenance, que dans la mesure où elles pourraient ne plus recevoir les  soins essentiels garantissant des conditions minimales d'existence  ; par  soins  essentiels,  il  faut  entendre  les  soins  de  médecine  générale  et  d'urgence  absolument  nécessaires  à  la  garantie  de  la  dignité  humaine  (cf. GABRIELLE  STEFFEN,  Droit  aux  soins  et  rationnement,  Berne  2002,  p. 81 s. et 87). L'art. 83 al. 4 LEtr. ne saurait en revanche être interprété  comme  conférant  un  droit  général  d'accès  en  Suisse  à  des  mesures  médicales visant à  recouvrer  la santé ou à  la maintenir, au simple motif  que  l'infrastructure  hospitalière  et  le  savoir­faire  médical  dans  le  pays  d'origine  ou de destination  de  l'intéressé n'atteint  pas  le  standard  élevé  qu'on  trouve  en Suisse  (JICRA  1993  n°38  p.  274s.).  Ainsi,  si  les  soins  essentiels nécessaires peuvent être assurés dans le pays d'origine ou de  provenance  de  l'étranger  concerné,  l'exécution  du  renvoi  sera  raisonnablement exigible. Elle ne  le sera plus, au sens de  l'art. 83 al. 4  LEtr si, en raison de l'absence de possibilités de traitement adéquat, l'état  de  santé  de  l'intéressé  devait  se  dégrader  très  rapidement  au  point  de  conduire d'une manière certaine à la mise en danger concrète de sa vie  ou  à  une  atteinte  sérieuse,  durable,  et  notablement  plus  grave  de  son  intégrité physique (JICRA 2003 n° 24 consid. 5b p. 157s.). Cela étant,  il  sied de préciser que si, dans un cas d'espèce, le grave état de santé ne  constitue  pas  en  soi  un motif  d'inexigibilité  sur  la  base  des  critères  qui  précèdent,  il  peut  demeurer  un  élément  d'appréciation  dont  il  convient  alors de tenir compte dans le cadre de la pondération de l'ensemble des  éléments ayant trait à l'examen de l'exécution du renvoi (cf. JICRA 2003  n° 24 consid. 5b p. 157 s.). http://links.weblaw.ch/BVGE-2007/10 http://links.weblaw.ch/BVGE-2007/10 http://links.weblaw.ch/BVGE-2007/10 http://links.weblaw.ch/EMARK-2002/11%20S.99 http://links.weblaw.ch/EMARK-2002/11%20S.99 http://links.weblaw.ch/EMARK-2002/11%20S.99 http://links.weblaw.ch/EMARK-2002/11%20S.99 http://links.weblaw.ch/EMARK-2002/11%20S.99 http://links.weblaw.ch/EMARK-2002/11%20S.99 http://links.weblaw.ch/EMARK-2002/11%20S.99 http://links.weblaw.ch/EMARK-2003/24%20S.157 http://links.weblaw.ch/EMARK-2003/24%20S.157 http://links.weblaw.ch/EMARK-2003/24%20S.157 http://links.weblaw.ch/EMARK-2003/24%20S.157 http://links.weblaw.ch/EMARK-2003/24%20S.157 http://links.weblaw.ch/EMARK-2003/24%20S.157 http://links.weblaw.ch/EMARK-2003/24%20S.157

E­1839/2008 Page 11 5.  5.1. Le système de santé publique du Kosovo étant toujours en phase de  reconstruction  depuis  la  fin  de  la  guerre,  son  niveau  laisse  encore  à  désirer. 5.1.1.  Selon  les  informations  à  disposition  du  Tribunal  (cf.  notamment  OSAR,  Kosovo:  Etat  des  soins  de  santé  [mise  à  jour],  Berne,  1er  septembre  2010),  le  pays  n'a  pas  à  l'heure  actuelle  de  système  d'assurance­maladie  publique,  de  sorte  que  seuls  des  contrats  privés  peuvent  assurer  l'accès  à  l'ensemble  des  prestations  hospitalières  et  ambulatoires.  Cela  étant,  les  services  de  santé  sont  théoriquement  fournis  gratuitement  par  les  institutions  de  santé  publique  à  certains  groupes spécifiques, comme par exemple les enfants jusqu'à 15 ans, les  élèves et étudiants jusqu'à la fin de leur formation de base, ou encore les  bénéficiaires de l'assistance sociale et leur famille proche. Dans les faits,  en  raison  des  contraintes  financières  et  matérielles  ne  permettant  pas  toujours de faire face à la demande, les patients concernés sont toutefois  parfois amenés à payer une partie des frais générés, voire leur intégralité.  5.1.2. Le système kosovar des soins de santé comprend trois niveaux, à  savoir  les  niveaux  primaire  (centres  médicaux  situés  dans  chaque  municipalité), secondaire (hôpitaux au niveau régional) et tertiaire (Centre  Clinique Universitaire et  institutions spécialisées à Pristina). De manière  générale,  les  Kosovars  peuvent  se  faire  soigner  dans  des  cabinets  et  cliniques publics et privés, les prix étant plus élevés dans le secteur privé.  Les  pharmacies  sont  elles  aussi  publiques  ou  privées.  Seuls  certains  médicaments de base sont distribués gratuitement. 5.1.3. En ce qui concerne le système de santé mentale, sa réhabilitation  est l'une des priorités du Ministère de la santé. Les besoins en la matière  sont  en  effet  importants,  de  nombreux  Kosovars  souffrant  de  troubles  d'origine  psychique,  et  les  moyens  pour  y  faire  face  étant  encore  insuffisants.  Le  pays manque de professionnels  qualifiés,  et  le  système  actuel de formation est sous­développé, particulièrement en dehors de la  capitale Pristina. Ainsi, en 2009, il n'y avait encore qu'un psychiatre pour  90'000 habitants, un employé du secteur de la santé mentale pour 40'000  habitants,  cinq  psychologues  cliniciens  et  un  faible  nombre  d'assistants  sociaux.  Dès  lors,  les  moyens  les  plus  utilisés  pour  faire  face  à  la  demande  sont  l'administration  de  médicaments  et  l'hospitalisation,  lorsque le manque de lits ne s'y oppose pas.

E­1839/2008 Page 12 Cela  étant,  il  existe  au  Kosovo  sept  centres  de  traitement  ambulatoire  pour  les  maladies  psychiques  (Centres  Communautaires  de  Santé  Mentale),  dont  un  à  K._______.  En  outre,  certains  hôpitaux  généraux  disposent d'espaces réservés à la neuropsychiatrie pour le traitement des  cas  de  psychiatrie  aiguë,  ce  qui  est  le  cas  également  à  K._______.  Finalement, grâce à la coopération internationale, de nouvelles structures  appelées  "Maisons  de  l'intégration"  ont  vu  le  jour  dans  certaines  villes,  dont  K._______.  Ces  établissements  peuvent  loger  des  personnes  atteintes de troubles mineurs de la santé mentale dans des appartements  protégés  et  leur  proposer  un  soutien  thérapeutique  et  socio­ psychologique (cf. Kosovo: Etat des soins de santé [mise à jour], op. cit.  p. 12ss). 5.2.  Dans  ce  contexte,  il  n'est  pas  du  tout  assuré  que  les  intéressés  seront  en  mesure  de  recevoir  le  traitement  nécessaire,  pas  davantage  que  l'exécution  du  renvoi  ne  conduisent  pas  à  une  dégradation  importante  de  leur  état  de  santé,  compte  tenu  de  leur  vulnérabilité  actuelle. En effet, si la fourniture de médicaments ne devrait pas poser de  problèmes  insurmontables,  il  ressort  des  différents  rapports  médicaux  produits que l'intéressée souffre d'un trouble dépressif récurrent, épisode  actuel  sévère  avec  symptômes  psychotiques  et  de  douleurs  somatoformes  persistantes,  nécessitant,  depuis  2007,  une  psychothérapie  individuelle  et  un  traitement  médicamenteux  (antidépresseur,  antipsychotique,  tranquillisant).  L'intéressée  présente  également des céphalées de tensions et cervico­brachialgie myo­faciale,  une  fibromyalgie,  un  déficit  en  vitamines  D  ainsi  qu'une  hypertension  artérielle,  requérant  la  prise  d'un  hypotenseur,  d'un  décontractant  musculaire  et  d'antidouleurs.  Le  recourant  souffre,  quant  à  lui,  d'un  épisode  dépressif,  d'un  trouble  anxieux  et  d'un  trouble  hypocondriaque,  développés  suite  à  la  découverte  d'un  carcinome  basocellulaire  ayant  nécessité  deux  interventions  chirurgicales.  Comme  on  l'a  vu,  l'état  des  ressources  de  la  médecine  psychique  au  Kosovo  est  encore  rudimentaire, une prise en charge complète n'étant à  la rigueur possible  qu'à  l'hôpital universitaire de Pristina  (clinique neuropsychiatrique), mais  dans  une mesure  que  les  possibilités  pratiques  rendent  très  limitée,  et  d'un accès difficile (cf. OSAR, Kosovo­Etat des soins de santé, juin 2007).  Il est dès  lors  très  improbable que  les  recourants aient accès aux soins  indispensables dont  ils  ont  besoin. Or,  selon  les  thérapeutes en charge  de  l'intéressée,  son  état  de  santé  risque  de  se  dégrader  de  manière  importante en cas d'interruption de son traitement, le risque d'un passage  à  l'acte  suicidaire  étant  à  craindre.  Dès  lors,  vu  ces  carences  des 

E­1839/2008 Page 13 infrastructures médicales,  un  risque grave et  sérieux de dégradation de  l'état psychique des  intéressés,  tout particulièrement de  l'épouse, existe  dans  l'hypothèse  d'un  retour  au  Kosovo.  A  cela  s'ajoute  que  leurs  perspectives  de  réinsertion  professionnelle  sont  mauvaises,  les  époux,  sans  profession,  ayant  quitté  le  Kosovo  depuis  plus  de  cinq  ans  (l'intéressé n'a que peu travaillé depuis son retour au Kosovo en 2003 et  l'épouse n'ayant jamais exercé d'activité lucrative), les époux ne seraient  donc  pas  non  plus  en mesure  d'assumer  les  frais  de  leurs  traitements  médicaux,  l'aide  de  leurs  proches  restés  à  E._______  ne  pouvant  vraisemblablement être suffisante. 5.3. A  la  situation  particulièrement  vulnérable  des  deux  époux  s'ajoute  également la bonne intégration de leurs enfants en Suisse. 5.3.1. Lors de l'appréciation des aspects humanitaires en effet, il convient  de  tenir  compte du principe,  consacré à  l'art.  3 de  la Convention du 20  novembre  1989  relative  aux  droits  de  l'enfant  [CDE,  RS  0.107],  selon  lequel  l'intérêt  supérieur  de  l'enfant  doit  être  une  considération  primordiale  (cf.  JICRA  2006  n°  13  consid. 3.5  et  3.6  p.  142  ss,  JICRA  2005 n° 6 consid. 6 p. 57 s. et JICRA 1998 n° 13 consid. 5e p. 98 s.). Les  critères applicables pour déterminer  l'intérêt supérieur de  l'enfant n'étant  pas divisibles entre la situation qui serait la sienne en cas de retour dans  son pays d'origine et celle qui demeurerait acquise en cas de poursuite  de son séjour en Suisse, le Tribunal intègre dans la notion de la mise en  danger  concrète  des  éléments  comme  l'âge  de  l'enfant,  son  degré  de  maturité,  ses  liens  de  dépendance,  la  nature  de  ses  relations  avec  les  personnes  de  soutien  (proximité,  intensité,  importance  pour  son  épanouissement), l'engagement, la capacité de soutien et les ressources  de  celles­ci,  l'état  et  les  perspectives  de  son  développement  et  de  sa  formation  scolaire,  respectivement  pré­professionnelle,  le  degré  de  réussite  de  son  intégration,  ainsi  que  les  chances  et  les  risques  d'une  réinstallation  dans  le  pays  d'origine.  Dans  l'examen  de  ces  chances  et  risques,  la  durée  du  séjour  en  Suisse  est  un  facteur  de  grande  importance, car l'enfant ne doit pas être déraciné, sans motif valable, de  son  environnement  familier.  Du  point  de  vue  du  développement  psychologique  de  l'enfant,  il  s'agit  de  prendre  en  considération  non  seulement la proche famille, mais aussi les autres relations sociales. Une  forte  intégration  en  Suisse,  découlant  en  particulier  d'un  long  séjour  et  d'une  scolarisation  dans  ce  pays  d'accueil,  peut  avoir  comme  conséquence un déracinement dans  le pays d'origine susceptible, selon  les  circonstances,  de  rendre  le  retour  inexigible  (cf. ATAF  2009/51  http://links.weblaw.ch/EMARK-2006/13 http://links.weblaw.ch/EMARK-2006/13 http://links.weblaw.ch/EMARK-2006/13 http://links.weblaw.ch/EMARK-2006/13 http://links.weblaw.ch/EMARK-2006/13 http://links.weblaw.ch/EMARK-2006/13 http://links.weblaw.ch/EMARK-2006/13 http://links.weblaw.ch/EMARK-2005/6%20S.57 http://links.weblaw.ch/EMARK-2005/6%20S.57 http://links.weblaw.ch/EMARK-2005/6%20S.57 http://links.weblaw.ch/EMARK-2005/6%20S.57 http://links.weblaw.ch/EMARK-2005/6%20S.57 http://links.weblaw.ch/EMARK-2005/6%20S.57 http://links.weblaw.ch/EMARK-2005/6%20S.57 http://links.weblaw.ch/EMARK-1998/13%20S.98 http://links.weblaw.ch/EMARK-1998/13%20S.98 http://links.weblaw.ch/EMARK-1998/13%20S.98 http://links.weblaw.ch/EMARK-1998/13%20S.98 http://links.weblaw.ch/EMARK-1998/13%20S.98 http://links.weblaw.ch/EMARK-1998/13%20S.98 http://links.weblaw.ch/EMARK-1998/13%20S.98

E­1839/2008 Page 14 consid.  5.6  et  5.8.2,  ATAF  2009/28  consid.  9.3.2  ;  JICRA  2005  n°  6  consid. 6 et JICRA 1998 n° 31 p. 255 ss). Ainsi, lorsqu'un enfant a passé  les premières années de sa vie en Suisse ou lorsqu'il y a juste commencé  sa  scolarité,  il  reste  encore dans une  large mesure attaché à  son pays  d'origine  par  ses  parents. Son  intégration  au milieu  socioculturel  suisse  n'est  alors  pas  si  profonde  et  irréversible  qu'un  retour  au  pays  constituerait  un déracinement  complet  (cf. ATAF 2007/16  consid.  5.3 p.  196).  Avec  la  scolarisation,  l'intégration  au  milieu  suisse  s'accentue.  Il  convient, dans cette perspective, de tenir compte de l'âge de l'enfant lors  de son arrivée en Suisse et, au moment où se pose la question du retour,  des  efforts  consentis,  de  la  durée,  du  degré  et  de  la  réussite  de  la  scolarité, ainsi que de  la possibilité de poursuivre ou de pouvoir utiliser,  dans  le  pays  d'origine,  la  scolarisation  ou  la  formation  professionnelle  commencées en Suisse. Un retour peut, en particulier, être d'une rigueur  excessive  pour  des  adolescents  ayant  suivi  l'école  durant  plusieurs  années  et  achevé  leur  scolarité  avec  de  bons  résultats.  L'adolescence  est,  en  effet,  une  période  essentielle  du  développement  personnel,  scolaire  et  professionnel,  entraînant  une  intégration  accrue  dans  un  milieu déterminé  (cf. ATAF 2009/28 consid. 9, ATF 123  II 125 consid. 4  p. 128ss;  arrêt  du  Tribunal  fédéral  2A.718/2006  du  21  mars  2007  consid. 3). 5.4.  En  l'occurrence,  le  Tribunal  retient  que  les  enfants  C._______  et  D._______ sont revenus en Suisse, avec leurs parents, en (année), soit à  l'âge de (…) et de (…) ans. Actuellement âgé de (…) ans, C._______ a  terminé sa scolarité et est inscrit dans un école de commerce. Maintenant  guérie, D._______, âgée de (…) ans, est, quant à elle, scolarisée depuis  (…) ans dans le canton de (…), où elle vient de commencer sa dernière  année  d'école  obligatoire  (cf.  let. Q  de  l'état  de  fait).  Les  deux  enfants,  scolarisés depuis plusieurs années en Suisse, ont également commencé  à  vivre  en  Suisse  les  premières  années  de  leur  adolescence,  période  cruciale pour leur développement personnel. Entièrement socialisés dans  leur pays d'accueil, ces enfant sont imprégnés du contexte culturel et du  mode  de  vie  suisses,  si  bien  qu'un  retour  au Kosovo  constituerait  pour  eux un important déracinement tel que défini ci­dessus. 5.5. Dans ce contexte, après pesée de l'ensemble des circonstances de  la  présente  cause,  le  Tribunal  estime  que  l'exécution  du  renvoi  de  la  famille de A._______ doit être considérée comme inexigible. Dès lors, au  vu du cumul de facteurs défavorables affectant  les  intéressés,  il y a  lieu  de prononcer leur admission provisoire ; celle­ci, en principe d'une durée  http://links.weblaw.ch/EMARK-2005/6 http://links.weblaw.ch/EMARK-2005/6 http://links.weblaw.ch/EMARK-2005/6 http://links.weblaw.ch/EMARK-2005/6 http://links.weblaw.ch/EMARK-2005/6 http://links.weblaw.ch/EMARK-2005/6 http://links.weblaw.ch/EMARK-2005/6 http://links.weblaw.ch/EMARK-1998/31 http://links.weblaw.ch/EMARK-1998/31 http://links.weblaw.ch/EMARK-1998/31 http://links.weblaw.ch/EMARK-1998/31 http://links.weblaw.ch/EMARK-1998/31 http://links.weblaw.ch/EMARK-1998/31 http://links.weblaw.ch/EMARK-1998/31 http://links.weblaw.ch/BVGE-2007/16 http://links.weblaw.ch/BVGE-2007/16 http://links.weblaw.ch/BVGE-2007/16 http://links.weblaw.ch/ATF-123-II-125 http://links.weblaw.ch/ATF-123-II-125 http://links.weblaw.ch/ATF-123-II-125 http://links.weblaw.ch/ATF-123-II-125 http://links.weblaw.ch/ATF-123-II-125 http://links.weblaw.ch/2A.718/2006

E­1839/2008 Page 15 d'un an (art. 85 al. 1 LEtr), renouvelable si nécessaire, apparaît mieux à  même d'écarter les risques sérieux qu'ils courent actuellement en cas de  retour.  6.  Au demeurant,  il ne  ressort d'aucun élément du dossier que  l'admission  provisoire serait à exclure en application de l'art. 83 al. 7 LEtr. 7.  Partant,  le  recours  est  admis  et  la  décision  du  15  février  2008,  en  tant  qu'elle prononce l'exécution du renvoi, annulée. L'ODM est donc invité à  régler  leurs  conditions  de  résidence  en  Suisse  conformément  aux  dispositions de la LEtr réglant l'admission provisoire (cf. art. 44 al. 2 LAsi).  8.  La  détermination  du  8  septembre  2001  n'a  pas  été  transmise  aux  recourants.  Dans  la  mesure  où  le  recours  est  admis,  il  y  est  renoncé  (art. 30 al. 2 let. c PA), cette écriture étant annexée au présent arrêt. 9.  9.1.  Les  recourants  ayant  obtenu  gain  de  cause,  il  n'y  a  pas  lieu  de  percevoir des frais de procédure (cf. art. 63 al. 1 et 2 PA). 9.2. Dans la mesure où le Tribunal a fait droit au chef de conclusions des  recourants, ils ont droit à des dépens, en application de l'art. 64 al. 1 PA  et de l'art. 7 du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif  fédéral  (FITAF,  RS  173.320.2).  Aussi  au  vu  de  l'ensemble  des  circonstances  du  cas,  il  se  justifie  d'octroyer  un montant  de  300  francs,  à  titre  de  dépens,  compte  tenu du  fait qu'ils ne sont  représentés par un mandataire, d'ailleurs non  professionnel, que depuis le mois d'août dernier (cf. art. 10 al. 2 FITAF). (dispositif page suivante)  

E­1839/2008 Page 16 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est admis. 2.  Les  chiffres  4  et  5  de  la  décision  de  l'ODM  du  15  février  2008  sont  annulés. 3.  L'ODM  est  invité  à  régler  les  conditions  de  résidence  en  Suisse  des  recourants  conformément  aux  dispositions  relatives  à  l'admission  provisoire. 4.  Il n'est pas perçu de frais de procédure. 5.  L'ODM versera aux recourants des dépens d'un montant de 300 francs. 6.  Le  présent  arrêt  est  adressé  aux  recourants,  à  l’ODM  et  à  l’autorité  cantonale compétente. La présidente du collège : La greffière : Emilia Antonioni Céline Longchamp Expédition :

E-1839/2008 — Bundesverwaltungsgericht 02.02.2012 E-1839/2008 — Swissrulings