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Bundesverwaltungsgericht 14.12.2011 D-3090/2011

14 dicembre 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·2,521 parole·~13 min·3

Riassunto

Demande d'asile présentée à l'étranger et autorisation d'entrée | Demande d'asile présentée à l'étranger et autorisation d'entrée; décision de l'ODM du 20 avril 2011

Testo integrale

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l     Cour IV D­3090/2011 Arrêt   d u   1 4   d é c emb r e   2011 Composition Pietro Angeli­Busi (président du collège),  Jean­Pierre Monnet, Daniele Cattaneo, juges; Laure Christ, greffière. Parties A._______, Sri Lanka,  recourant,  contre Office fédéral des migrations (ODM), Quellenweg 6, 3003 Berne,    autorité inférieure.  Objet Demande d'asile présentée à l'étranger et autorisation  d'entrée ; décision de l'ODM du 20 avril 2011 / N (…).

D­3090/2011 Page 2 Faits : A.  Par courriers des 3 juin 2006 et 5 mars 2007, l'intéressé a sollicité l'asile  en Suisse par  le biais de  l'Ambassade de Suisse à Colombo  (ci­après :  l'Ambassade),  qui  a  accusé  réception  de  ces  courriers  et  l'a  invité  à  informer  l'Ambassade  lorsqu'il  serait  libéré  de  prison  et  en  position  d'envoyer des documents complémentaires. Il a allégué en substance être photographe, marié et père d'un enfant.  Il  serait né à (…), mais vivait à B._______ ([district de] Mannar) avant son  arrestation. Selon son récit, alors qu'il se serait rendu à C._______ pour  raisons professionnelles, il aurait été arrêté par l'armée le (…) 2005. Suite  à son arrestation, il aurait été torturé et remis à l'unité de renseignements  à Colombo qui  l'aurait envoyé en prison après  l'avoir également  torturé.  Sa  femme  aurait  elle  aussi  été  arrêtée  pour  être  interrogée.  Pour  ces  raisons, il ne serait pas en sécurité dans son pays d'origine. B.  Par courrier du 22 octobre 2010, l'intéressé a informé l'Ambassade de sa  sortie de prison et  réitéré ses motifs d'asile en ajoutant que depuis son  arrestation,  le  mouvement  des  Tigres  de  libération  de  l'Eelam  tamoul  (LTTE = Liberation Tigers of  the Tamil Eelam ;  ci­après :  le mouvement  LTTE)  le  considéreraient  comme  un  traître,  que  les  forces militaires  du  gouvernement  le  rechercheraient,  car  son cas aurait  été pris en charge  par  la  Commission  des  droits  de  l'homme  de  Hong  Kong  et  qu'il  ne  pourrait se déplacer librement sur le territoire sri­lankais. C.  Par courrier du 18 novembre 2010, l'intéressé a produit à l'Ambassade le  récit  détaillé  de  son  histoire.  Alors  qu'il  se  serait  rendu  avec  un  ami  à  C._______  pour  photographier  les  décorations  de Noël  d'une  église,  ils  auraient été contrôlés à un "check­point" de l'armée le (…) 2005. Alertés  par  la découverte d'une bombe,  les militaires auraient été suspicieux en  raison de l'orteil manquant à son ami. Selon les allégations de l'intéressé,  ils lui auraient posé des questions au sujet du trépied qu'il transportait. Il  aurait  dû  le  sortir,  afin  de  leur  montrer  qu'il  s'agissait  bien  d'un  équipement  vidéo  et  non  d'une  arme.  Un  officier  supérieur  aurait  finalement  ordonné  de  les  mettre  en  garde  à  vue.  Ils  auraient  été  déshabillés,  leurs yeux bandés et  leurs mains attachées dans  le dos, et  ainsi  humiliés  en  pleine  rue.  Ils  auraient  ensuite  été  amenés  au  camp  militaire de C._______, où ils auraient été séparés. 

D­3090/2011 Page 3 L'intéressé  aurait  été  interrogé  par  des  militaires  masqués  au  sujet  de  l'emplacement des camps du mouvement LTTE, sur la meilleure stratégie  pour  attaquer  certains  camps,  et  sur  l'emplacement  de  la  branche  de  renseignement militaire du mouvement LTTE. En tant que civil, il n'aurait  pas  été  en  mesure  de  répondre  à  ces  questions.  Accusé  de  mentir,  il  aurait alors été longuement torturé. Le (…) 2005, il aurait été conduit au  poste de police de C._______ et placé en cellule. Le jour suivant, il aurait  été examiné par un médecin de l'hôpital de C._______ qui aurait établi un  rapport  en  anglais,  dont  il  n'aurait  pas  reçu  de  copie.  Le  (…) 2006,  il  aurait été remis au Département d'enquête contre le terrorisme (DET) et  détenu  durant  le  déroulement  d'une  enquête  complémentaire.  Le  (…) 2006,  il  aurait  comparu  pour  la  première  fois  devant  un  tribunal  de  première  instance.  Il  n'aurait  pas  osé  se  plaindre  des  actes  de  torture,  conformément  aux  instructions  données  par  le  DET.  Selon  ses  allégations,  la procédure se serait déroulée à huis clos et  les débats en  cinghalais. Le DET l'aurait informé que le tribunal précité avait autorisé sa  détention pour deux mois,  car  il  était  accusé de  transporter une bombe  dans  son  sac.  Il  aurait  été  interrogé par  le DET, mais  n'aurait  pas  subi  d'autres tortures. A  plusieurs  reprises,  il  aurait  dû  comparaître  devant  le  tribunal  situé  à  Colombo,  qui  aurait  prolongé  la  durée  de  sa  détention.  Selon  ses  allégations,  il aurait été transféré successivement dans plusieurs prisons  (…) [énumération des prisons]. Son procès se serait finalement tenu à la  Haute Cour de D._______ (ci­après : la Cour) en avril 2010. Il aurait été accusé d'avoir transporté une bombe dans la zone contrôlée  par  le  gouvernement.  Aucune  accusation  relative  à  une  éventuelle  appartenance  au  mouvement  LTTE  n'aurait  été  retenue  contre  lui.  Il  aurait été libéré après avoir accepté de plaider coupable en échange de  la suspension de sa condamnation. La Cour aurait alors retenu toutes les  charges  contre  lui  et  l'aurait  condamné  à  une  peine  de  cinq  ans  d'emprisonnement  avec  sursis  (respectivement  de  deux  ans  d'emprisonnement avec cinq ans de sursis ; cf. traduction du jugement de  la Haute Cour de D._______ du (…) 2010, pièce 5). Sa  libération aurait  eu lieu le (…) 2010. Depuis  sa  libération,  il  vivrait  sous  la menace  constante  d'être  arrêté  à  nouveau pour de fausses accusations. Il ne se serait pas fait enregistrer  auprès  de  la  police  locale  pour  ne  pas  alerter  les  autorités  de  sa  présence. Il n'aurait pas pu retourner à C._______, car il aurait été averti  des  enlèvements  d'ex­détenus  pratiqués  par  le  groupe Karuna.  Il  serait 

D­3090/2011 Page 4 également dans une position vulnérable  face à  la communauté  tamoule  qui  connaît  la  pratique des  forces de  sécurité,  à  savoir  l'utilisation d'ex­ détenus comme informateurs. Dès sa libération,  il serait allé chez le père E.______ à C._______, puis  le jour suivant dans un couvent à F._______ [district de Nuwara Eliya].  Il  a  encore  précisé  n'avoir  jamais  été membre  du mouvement  LTTE  et  être photographe indépendant. Il a produit différentes pièces, à savoir : – un  courrier  de  la  Commission  asiatique  des  droits  de  l'homme  (CADH)  daté  du  (…)  2008  destiné  à  la  section  des  détentions  arbitraires  du  Haut­Commissariat  aux  droits  de  l'homme  (HCDH)  à  Genève (pièce 1) ; – un  courrier  du  (…)  2008  de  l'inspecteur  général  de  la  police  de  Colombo,  accusant  réception  du  courrier  de  la  CADH  et  prévoyant  qu'un rapport serait soumis à celle­ci jusqu'au (…) 2008 (pièce 2) ; – un  document  de  l'Office  des  droits  de  l'homme  de  Kandy  du  (…)  2009,  résumant  les  plaintes  faites  par  l'intéressé  à  cet  office  (pièce 3) ; – une quittance d'un paiement de 5'000 roupies en faveur de  la Haute  Cour de D._______ (pièce 4) ; – les  charges  d'accusation  du  (…)  2009,  ainsi  que  le  jugement  de  la  Haute  Cour  précitée  du  (…)  2010  et  leurs  traductions  en  anglais  (pièce 5) ; – sa carte du Comité international de la Croix­Rouge (CICR) (pièce 6) ; – une  attestation  de  l'église  St.  Mary  du  (…)  2008,  confirmant  que  l'intéressé était emprisonné à la prison (…) et qu'il allait aux services  religieux dominicaux (pièce 7) ; – un  certificat  de  mariage  du  (…)  2001  et  sa  traduction  en  anglais  (pièce 8) ; – une attestation de détention du CICR du (…) 2010, selon  laquelle  la  première  visite  du  CICR  a  eu  lieu  à  la  prison  (…)  en  date  du 

D­3090/2011 Page 5 (…) 2006,  puis  dans  différentes  prisons  entre  le  (…)  2006  et  le  (…) 2010, le jour précédant la sortie officielle de prison de l'intéressé  (pièce 9) ; – son certificat de naissance, ainsi que ceux de sa femme et de son fils  (pièce 10). D.  En date du 25 février 2011, l'intéressé a été entendu à l'Ambassade. Il a  en  substance  allégué  les  mêmes  faits  que  dans  son  courrier  du  18 novembre 2010 (cf. let. C supra). E.  Par décision du 20 avril 2011, transmise au requérant par l'entremise de  l'Ambassade  le 3 mai 2011,  l'ODM a rejeté  la demande d'asile déposée  par  celui­ci  et  lui  a  refusé  l'autorisation  d'entrée  en  Suisse.  Pour  l'essentiel,  l'office  a  estimé  qu'il  n'avait  allégué  aucune  activité  antigouvernementale  et  qu'il  n'avait  pas  de  profil  politique  particulier  et,  partant,  n'avait  pas de  crainte  objectivement  fondée d'être  exposé à de  sérieux préjudices au sens de l'art. 3 LAsi. Subjectivement, en raison des  années  passées  en  prison  et  des  tortures  subies,  l'ODM  a  indiqué  comprendre  sa  volonté  de  venir  en  Suisse  pour  éviter  d'autres  poursuites ; néanmoins, au vu de l'évolution positive de la situation suite  à  la  fin  de  la  guerre  civile  en  mai  2009,  cet  office  a  estimé  que  rien  n'indiquait  qu'il  pourrait  être  exposé  en  raison  de  sa  précédente  arrestation,  dans  un  avenir  proche,  à  des  poursuites  de  l'Etat.  Selon  l'ODM, les documents produits à l'appui de sa demande (cf. let. C supra)  apporteraient  de  la  crédibilité  aux  événements  narrés.  Ils  n'étaient  toutefois pas remis en cause par cet office. F.  Dans  son  recours  en  français  du  27 mai  2011  (date  du  sceau  postal),  l'intéressé a allégué des faits  identiques à ceux déjà exposés auprès de  l'Ambassade.  Il  a  insisté  sur  le  fait  que  l'ODM  se  serait  basé  sur  une  évaluation  partielle  et  inexacte  de  la  situation  générale  des  droits  de  l'homme au Sri Lanka depuis  la  fin de  la guerre civile.  Il a  implicitement  conclu à l'autorisation d'entrer en Suisse, ainsi qu'à la reconnaissance de  la qualité de réfugié et à l'octroi de l'asile, faisant valoir qu'il était exposé à  une  menace  imminente,  mettant  en  jeu  sa  liberté  et  son  intégrité  corporelle. A l'appui de son recours, il a produit les pièces suivantes :

D­3090/2011 Page 6 – un article de presse du "Valampuri Tamil News Paper" du  (…) 2011  (pièce 11) ; – un certificat de détention établi en 2010 par les autorités de la prison  de (…) (pièce 12) ; – un  rapport  de  la  CADH  du  (…) 2008  destiné  à  la  section  des  détentions arbitraires du HCDH à Genève (cf. pièce 1) ; – un accusé de réception du rapport précité par l'inspecteur général de  la  police  de  Colombo  daté  du  (…) 2008,  prévoyant  qu'un  rapport  serait soumis à la CADH jusqu'au (…) 2008 (cf. pièce 2) ; – une attestation de détention du CICR du (…) 2010, selon  laquelle  la  première  visite  du  CICR  a  eu  lieu  à  la  prison  (…)  en  date  du  (…) 2006,  puis  dans  différentes  prisons  entre  le  (…) 2006  et  le  (…) 2010,  jour  précédant  la  sortie  officielle  de  prison  de  l'intéressé  (cf. pièce 9) ; – les  charges  d'accusation  du  (…)  2009  et  le  jugement  de  la  Haute  Cour de D._______ du (…) 2010 (cf. pièce 5) ; – un  extrait  du  rapport  du  panel  d'experts  nommés  par  le  Secrétaire  général des Nations Unies sur les problèmes de responsabilités dans  le conflit du Sri Lanka daté du 31 mars 2011, p. 46 s. (pièce 13) ; – le  rapport  annuel  d'Amnesty  International  du  13  mai  2011  sur  la  situation au Sri Lanka (pièce 14) ; – le rapport de Law and Society Trust (LST) du 11 mai 2011 concernant  les menaces, harcèlements et restrictions imposés aux ex­détenus et  à leur famille dans le district de Vanni (pièce 15) ; – le  rapport  concernant  l'enlèvement  de  deux  garçons  à  C._______,  daté du 17 janvier 2011 (pièce 16) ; – un tableau résumant les incidents violents au Nord du Sri Lanka entre  novembre 2010 et janvier 2011, compilé par le Centre pour la paix et  la réconciliation (CPR), ainsi que le LST (pièce 17) ; G.  Les autres faits et arguments de la cause seront évoqués, si nécessaire,  dans les considérants en droit qui suivent.

D­3090/2011 Page 7 Droit : 1.  1.1.  En  vertu  de  l'art.  31  de  la  loi  du  17 juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF, RS 173.32),  le Tribunal  administratif  fédéral  (ci­après :  le Tribunal) connaît des  recours contre  les décisions au sens  de  l'art.  5  de  la  loi  fédérale  du  20 décembre  1968  sur  la  procédure  administrative (PA, RS 172.021). En particulier, les décisions rendues par  l'ODM,  portant  sur  des  demandes  d'asile  et  d'autorisation  d'entrée  en  Suisse déposées à l'étranger, peuvent être contestées devant le Tribunal  conformément à l'art. 33 let. d LTAF et à l'art. 105 LAsi. 1.2. Le Tribunal est donc compétent pour connaître de la présente cause  sur laquelle il statue de manière définitive (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du  17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110]). 1.3. La procédure devant le Tribunal est régie par la PA, pour autant que  ni  la  LTAF  ni  la  LAsi  n'en  disposent  autrement  (art.  37  LTAF  et  art. 6 LAsi). 1.4. Le  recourant  a  qualité  pour  recourir  (art.  48 PA). Présenté  dans  la  forme  (art.  52 PA) et  le délai  (art.  108 al.  1 LAsi) prescrits par  la  loi,  le  recours est recevable. 1.5. Dans la procédure de recours,  la langue est en générale celle de la  décision  attaquée.  Si  les  parties  utilisent  une  autre  langue  officielle,  celle­ci peut être adoptée (art. 33a al. 2 PA, en relation avec l'art. 6 LAsi).  En l'espèce, l'autorité inférieure a rendu sa décision en allemand, mais le  recours  a  été  interjeté  en  français.  Le  présent  arrêt  est  dès  lors  rédigé  dans cette langue. 1.6. Saisi d'un recours contre une décision de  l'ODM rendue en matière  d'asile, le Tribunal tient compte de la situation et des éléments tels qu'ils  se  présentent  au  moment  où  il  se  prononce  (cf.  ATAF  2010/57  consid. 2.6,  ATAF  2009/29  consid.  5.1  i.i.,  ATAF  2008/12  consid.  5.2,  ATAF  2008/4  consid.  5.4 ;  Jurisprudence  et  informations  de  la  Commission  suisse  de  recours  en  matière  d’asile  [JICRA]  2000  n°  2  p. 20). Ce faisant,  il prend en considération  l'évolution  intervenue depuis  le dépôt de la demande d'asile.

D­3090/2011 Page 8 2.  2.1. Selon  l'art. 19 al. 1 LAsi, une demande d'asile peut être déposée à  l'étranger auprès d'une représentation suisse (cf. ATAF 2007/30). 2.1.1.  En  vertu  de  l'art.  20  al.  2  LAsi,  lorsqu'une  demande  d'asile  est  présentée  à  l'étranger,  l'office  autorise  le  requérant  à  entrer  en  Suisse  afin d'établir  les  faits,  si  celui­ci ne peut  raisonnablement être astreint à  rester  dans  son Etat  de  domicile  ou  de  séjour,  ni  à  se  rendre  dans  un  autre Etat. Dans  le  cas  contraire,  la  représentation  suisse  procède  en  général,  en  vertu de l'art. 10 de l’ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l’asile relative à la  procédure  (OA 1,  RS  142.311),  à  l'audition  du  requérant  d'asile.  Si  l'audition  n'est  pas  possible,  le  requérant  est  invité  par  lettre  individualisée,  comportant  des  questions  concrètes  et  lui  signalant  son  obligation de collaborer, à exposer par écrit ses motifs d'asile. Il peut être  renoncé à ces exigences si, sur  la base de  la demande d'asile,  les  faits  apparaissent  déjà  comme  suffisamment  établis  pour  permettre  une  décision.  Afin  de  respecter  le  droit  d'être  entendu  du  requérant,  la  renonciation  à  une  audition  doit  être motivée  par  l'ODM et  le  recourant  doit, dans tous les cas, pouvoir se prononcer, au moins par écrit, avant la  prise d'une décision négative (cf. ATAF 2007/30 p. 357 ss). 2.1.2. En l'espèce,  l'intéressé a valablement déposé sa demande d'asile  auprès  de  l'Ambassade  et  il  a  été  entendu  avant  le  prononcé  de  la  décision rejetant sa demande d'asile (cf. let. D supra).  A la lecture du dossier, le Tribunal est également d'avis que l'état de fait  pertinent  a  été  établi  à  suffisance  de  droit,  le  droit  d'être  entendu  de  l'intéressé ayant été respecté. Ce point n'est d'ailleurs pas contesté. 3.  3.1. Ne peut être réfugié que celui qui a quitté le pays dans lequel il craint  d'être  persécuté.  Lorsqu'une  demande  d'asile  est  présentée  depuis  le  pays  donné  pour  persécuteur,  il  n'y  a  pas  lieu  de  se  prononcer  sur  la  qualité de réfugié (cf. dans ce sens JICRA 1997 n° 15 consid. 2c p. 130). 3.2.  En  l'espèce,  l'intéressé  se  trouvait  dans  son  pays  d'origine  au  moment de déposer sa demande d'asile. Il s'y trouve encore à ce jour, si  l'on se  réfère à  l'adresse de domiciliation qu'il  a  indiqué sur  l'enveloppe  de son recours. N'ayant pas fui ou quitté son pays d'origine, soit  le pays 

D­3090/2011 Page 9 où il prétend encore actuellement être persécuté, il ne remplit donc pas la  condition  essentielle  à  une  éventuelle  reconnaissance  de  la  qualité  de  réfugié.  4.  4.1. Toutefois,  l'autorisation d'entrer en Suisse sera également accordée  au  requérant qui  rend vraisemblable que sa vie, son  intégrité corporelle  ou sa liberté sont exposées à une menace imminente pour l'un des motifs  mentionnés  à  l'art.  3  al.  1  LAsi  (cf. art.  20  al.  3  LAsi),  à  moins  qu'on  puisse  attendre  de  lui  qu'il  s'efforce  d'être  admis  dans  un  autre  Etat  membre (cf. art. 52 al. 2 LAsi). Lors  de  l'examen  des  conditions  d'application  de  l'art.  52  al.  2  LAsi,  l'autorité  prendra  notamment  en  considération  l'existence  de  relations  étroites  avec  la  Suisse  ou  avec  un  autre  pays,  l'assurance  d'une  protection dans un Etat tiers, la possibilité pratique et l'exigibilité objective  d'une admission dans un autre pays, en d'autres termes, la possibilité et  l'exigibilité de  rechercher une protection ailleurs qu'en Suisse, ainsi que  les possibilités d'intégration et d'assimilation. Dans ce contexte, le fait pour une personne, qui a déposé une demande  d'asile à  l'étranger, de séjourner dans un Etat  tiers ne signifie pas pour  autant qu'on puisse exiger d'elle qu'elle se fasse admettre dans cet Etat ;  qu'en pareil cas, il s'agit non seulement d'examiner les éléments qui font  apparaître comme exigible son admission dans cet Etat (ou dans un autre  pays),  mais  encore  de  les  mettre  en  balance  avec  les  éventuelles  relations  qu'elle  entretient  avec  la  Suisse  (cf. JICRA  2005  n° 19  consid. 4.3,  JICRA  2004  n° 21  consid.  2b  et  4,  JICRA  2004  n° 20  consid. 3b). Ainsi,  si  le  requérant  n'a  pas  rendu  vraisemblable  des  persécutions  (cf. art. 3 et 7 LAsi) ou si l'on peut attendre de sa part qu'il s'efforce d'être  admis dans un autre Etat (cf. art. 52 al. 2 LAsi),  l'autorité est  légitimée à  rendre une décision matérielle rejetant la demande d'asile. 4.2. En premier lieu, force est de constater que la situation sécuritaire au  Sri  Lanka  s'est  nettement  améliorée  et  stabilisée  depuis  que  le  gouvernement sri­lankais a déclaré sa victoire face au mouvement LTTE  en  mai  2009,  suite  à  la  conquête  des  derniers  territoires  du  Nord  contrôlés  par  ce  groupe  armé  d'opposants  au  pouvoir  (cf. UNHCR,  UNHCR  Eligibility  Guidelines  for  Assessing  the  International  Protection 

D­3090/2011 Page 10 Needs  of  Asylum­Seekers  from  Sri Lanka,  5 juillet 2010,  p. 1,  ci­après :  UNHCR Guidelines). Ainsi, de par  leur défaite et  leur démantèlement,  le  mouvement  LTTE  ne  peut  plus  être  considéré  comme  persécuteur.  En  outre, la fin du conflit a permis à des centaines de milliers de personnes  déplacées  et  installées  dans  des  camps,  de  rentrer  chez  elles  (cf. U.S.  Department  of  State,  2009  Human  Rights  Report :  Sri  Lanka ;  Danish  Immigration  Service,  Human  Rights  and  Security  Issues  concerning  Tamils  in  Sri  Lanka,  octobre  2010).  Grâce  à  l'ouverture  des  camps,  la  liberté de mouvement a augmenté. De manière générale,  les conditions  de vie  se  sont améliorées et  s'améliorent  encore progressivement dans  tous  le  pays  et  particulièrement  dans  le  Nord  et  l'Est,  territoires  anciennement  occupés  par  le  mouvement  LTTE  durant  la  guerre  civile  (cf. ATAF E­6220/2006 du 27 octobre 2011 consid. 7.1). Néanmoins,  la  situation  des  droits  de  l'homme  s'est  détériorée,  notamment au regard de la liberté d'opinion et de la liberté de la presse.  Ainsi, tout opposant politique est considéré par le gouvernement comme  un  ennemi  de  l'Etat  (cf.  ATAF  E­6220/2006  précité  consid.  6  et  7).  Le  Tribunal  a  dégagé  plusieurs  groupes  de  personnes  dits  "à  risque"  susceptibles  d'être  exposés  à  des  persécutions.  Sont  particulièrement  visés  les  anciens  membres  du  mouvement  LTTE  ou  les  personnes  soupçonnées d'avoir entretenu des  liens avec ceux­ci,  les opposants au  régime  du  président  Rajapakse  ou  les  partisans  de  l'ancien  général  Fonseka (cf. ATAF E­6220/2006 précité consid. 8.1) ; les journalistes, les  représentants  de  média,  les  défenseurs  des  droits  de  l'homme  et  les  représentants  d'organisations  non  gouvernementales  (ONG)  critiques  à  l'égard  du  régime  (cf. ATAF  E­6220/2006  précité  consid.  8.2) ;  les  victimes ou témoins de graves violations des droits de l'homme ou qui ont  engagé  des  procédures  judiciaires  à  ce  titre,  ainsi  que  les  femmes –  particulièrement  touchées  par  les  violences  d'ordre  sexuel  –  et  les  enfants  –  parfois  recrutés  par  le  EPDP  (Eelam  People's  Democratic  Party)  et  le  PLOTE  (People's  Liberation  Organization  of  Tamil  Eelam)  (cf. ATAF E­6220/2006 précité consid. 8.3).  4.3. Afin de démontrer  la  réalité de ses allégations,  l'intéressé a produit  différents  moyens  de  preuve  avec  son  courrier  du  18  novembre  2010  (cf. let. C supra), ainsi qu'à l'appui de son recours (cf. let. F supra). En premier  lieu,  force est  de  constater  que  tous  les documents  ont  été  produits  sous  forme  de  copie.  Le  Tribunal  rappelle  que  les  documents  produits  sous  cette  forme ont  une  valeur  probante  limitée,  compte  tenu 

D­3090/2011 Page 11 des  possibilités  de  manipulation  que  permet  cette  technique  de  reproduction. Quant aux autres moyens de preuve produits, un certain nombre de ces  documents  sont  de  nature  générale  et  ne  concernent  pas  personnellement  l'intéressé.  Ils  ne  sont  ainsi  pas  déterminants  en  l'espèce, dans la mesure où ils ne sont pas susceptibles de remettre en  cause le raisonnement du Tribunal. Il s'agit en particulier des moyens de  preuve suivants : le rapport du panel d'experts nommés par le Secrétaire  général  des Nations Unies  sur  les  problèmes  de  responsabilité  dans  le  conflit du Sri Lanka daté du 31 mars 2011,  le  rapport annuel d'Amnesty  International  du  13  mai  2011,  le  rapport  de  LST  du  11  mai  2011,  le  rapport d'enlèvement de deux garçons à C._______ du 17 janvier 2011,  ainsi que le tableau résumant les incidents violents au Nord du Sri Lanka  (à savoir les pièces 13 à 17). S'agissant finalement de son certificat de naissance établi le (…) 1973, et  bien  qu'il  ne  puisse  être  considéré  comme  un  document  d'identité  au  sens  de  l'art.  1a  let.  c  de  l’ordonnance 1  du  11 août  1999  sur  l’asile  relative  à  la  procédure  (OA 1,  RS  142.311),  il  confirme  l'identité  de  l'intéressé, qui n'est mise en doute ni par l'ODM, ni par le Tribunal. C'est  également  le  cas  du  certificat  de  mariage  du  (…)  2001,  ainsi  que  des  certificats  de naissance de  son épouse et  de  leur  fils,  qui  confirment  la  situation familiale du recourant (cf. pièce 10). Les  autres moyens  de  preuve  seront  analysés  selon  les  besoins  de  la  cause dans les considérants suivants. 4.4.  4.4.1. Au vu du récit  linéaire et détaillé de  l'intéressé,  il est admis qu'en  tant  que  photographe  indépendant  ­  vivant  dans  une  région  à  l'époque  occupée  par  le  mouvement  LTTE  et  se  rendant  régulièrement  à  C._______, ville alors administrée par le gouvernement sri­lankais – il ait  pu être arrêté puis  incarcéré,  torturé et  interrogé  sur  son  implication au  sein  du  mouvement  LTTE  et  sur  les  activités  de  ceux­ci.  Il  n'est  également  pas  contesté  que  suite  à  son  arrestation  et  à  son  emprisonnement, prolongé en raison du report à de réitérées reprises de  son  procès,  il  ait  fait  l'objet  d'une  procédure  judiciaire  ayant  finalement  abouti  à  une  condamnation  à  l'emprisonnement  avec  sursis  et  à  sa  libération, le (…) 2010.

D­3090/2011 Page 12 Bien que les moyens de preuve produits par  l'intéressé aient une valeur  probante  limitée,  il  y  a  lieu  de  préciser,  à  titre  superfétatoire,  que  les  pièces  1,  3,  4,  5,  6,  7,  9  et  12  (à  savoir :  le  courrier  de  la  CADH,  le  document  de  l'Office  des  droits  de  l'homme  de  Kandy,  la  quittance  de  paiement,  les  charges  d'accusation  ainsi  que  le  jugement  de  la  Haute  Cour de D._______, sa carte du CICR,  l'attestation de  l'église St. Mary,  l'attestation  de  détention  du  CICR  et  celle  de  la  prison  de  […])  corroborent parfaitement le récit de l'intéressé. 4.4.2.  En  raison  de  sa  longue  incarcération,  il  craint  d'être  à  nouveau  arrêté  pour  de  fausses  accusations.  Cette  crainte  l'aurait  empêché  de  retourner  auprès  de  sa  famille,  dans  le  nord  du  pays.  Il  vivrait  donc  à  F._______ où il aurait trouvé refuge dans un couvent, puis dans un hôtel.  Toutefois,  force  est  de  constater  qu'un  jugement  a  été  rendu  à  son  encontre et que l'intéressé a été libéré. Certes,  il ne peut être exclu que  depuis  sa  libération  il  soit  surveillé  par  les  autorités  sri­lankaises.  Cependant,  le seul  fait d'être surveillé par  les autorités après une sortie  de  prison  ne  revêt  pas  une  intensité  suffisante  ni  ne  signifie  que  le  recourant soit mis en danger de manière imminente. 4.4.3. L'intéressé a allégué avoir dénoncé, à des entités de protection des  droits  de  l'homme,  les  mesures  prises  à  son  égard  lors  de  son  arrestation, de sa détention ainsi que les actes de tortures commis par les  militaires. Au vu des courriers de  la CADH  (cf.  pièce 1),  de  l'inspecteur  général  de  la  police  de Colombo  (cf.  pièce  2),  du  document  établit  par  l'Office  des  droits  de  l'homme  de  Kandy  (cf. pièce  3),  l'attestation  de  détention du CICR (cf. pièce 9) et le certificat de détention de la prison de  (…)  (cf.  pièce  12),  il  n'y  a  pas  lieu  de  douter  des  déclarations  de  l'intéressé.  Néanmoins,  force  est  de  constater  que  les  démarches  entreprises  par  la  Commission  nationale  pour  les  droits  de  l'homme  (CNDH)  ou  par  la  CADH  (cf.  courrier  du  18 novembre  2010  p. 7  et  recours  p.  8)  datent  de  l'époque  où  il  était  incarcéré,  à  savoir  entre  fin  2005  et  octobre  2010,  et  qu'elles  n'ont  eu,  à  ce  jour,  aucune  conséquence négative pour l'intéressé depuis sa libération. Dès lors que  le  recourant  a  visiblement  renoncé  à  dénoncer  les  abus  dont  il  a  fait  l'objet,  il  n'y  a  pas  lieu  de  penser  qu'il  court  actuellement  un  risque  de  persécution au sens de l'art. 3 LAsi. 4.4.4.  Selon  l'intéressé,  il  ne  pourrait  rejoindre  sa  famille,  domicilié  au  nord du pays pour trois motifs. Le parti démocratique populaire de l'Eelam  (EPDP = Eelam People's Democratic Party) et le groupe Karuna auraient 

D­3090/2011 Page 13 ouvert des bureaux à C._______ et sa femme aurait été interrogée à son  sujet par la police à leur domicile de C._______ le (…) 2010. D'autre part,  le  service  des  enquêtes  criminelles  (CID  =  Criminal  Investigation  Department)  serait  allé  chez  sa  sœur  à  Jaffna  pour  savoir  s'il  avait  été  relâché  et  suite  à  cet  événement,  le  cousin  du mari  de  sa  sœur  aurait  disparu. Finalement,  il craint de devoir s'enregistrer au camp militaire de  (…) en cas de retour à C._______ et d'être placé sous la surveillance de  la police locale. De prime abord, il y a lieu de préciser que l'intéressé a été avisé de ces  deux premiers événements par des  tiers. D'une manière générale,  il est  insuffisant  d'avoir  appris  par  des  tiers  qu'on  est  recherché  pour  établir  l'existence d'une crainte  fondée de  future persécution  (cf.  dans ce sens  ALBERTO ACHERMANN/CHRISTIAN HAUSAMMANN,  Les  notions  d'asile  et  de  réfugié  en  droit  suisse,  in :  Walter  Kälin  [éd],  Droit  des  réfugiés,  Enseignement  de  3ème  cycle  de  droit  1990,  Fribourg  1991,  p.  44).  Nonobstant cette précision, l'allégation ­ nullement étayée ­ selon laquelle  le EPDP et le groupe Karuna auraient ouvert des bureaux à C._______,  n'est  pas propre à établir  une menace  imminente pour  le  recourant. En  effet, bien que le Tribunal ne conteste pas que la protection de la part des  autorités  contre  ce  genre  de  groupe  paramilitaire  est  limitée  dans  les  provinces  du  Nord  et  de  l'Est  du  pays  (cf.  ATAF  E­6220/2006  précité  consid.  8.5),  il  y  a  lieu  de  relever  que  le  risque  de  chantage  et  d'enlèvement  est  principalement  lié  à  la  situation  financière  des  personnes  visées.  Dès  lors  que  l'intéressé  n'a  pas  allégué  être  particulièrement  aisé,  le  risque  pour  lui  d'être  personnellement  inquiété  par ces entités, en cas de retour à C._______, n'est pas établi. Quant à la  visite de la police chez sa femme, il y a lieu de relever que cet événement  est  isolé  et  a  eu  lieu  il  y  a  près  d'une année ;  il  n'est  pas établi  que  le  recourant était alors recherché de manière ciblée pour des motifs relevant  de  l'art.  3  LAsi.  En  outre,  selon  les  propos  de  l'intéressé,  cette  visite  n'aurait pas engendré de conséquences directes pour lui, qui se trouvait  déjà à F._______. Pour étayer  ses allégations  relatives à  la disparition d'un membre de  la  famille du mari de sa sœur,  le recourant a produit une copie d'un article  du "Valampuri Tamil News Paper" du 9 janvier 2011 (cf. pièce 11). Selon  la  traduction  produite,  cet  article  de  presse  se  limite  à  indiquer  qu'une  plainte  a  été  déposée  à  la  police  de  G._______  pour  signaler  la  disparition d'un nommé H._______, âgé de 52 ans. Quand bien même le  nom  de  ce  tiers  correspond  à  celui  donné  par  l'intéressé  lors  de  son 

D­3090/2011 Page 14 audition du 25 février 2011 (cf. PV de l'audition précitée, p. 9), cet article  n'établit pas de lien entre la disparition de cette personne et l'intéressé. S'agissant  de  sa  crainte  de  devoir  s'annoncer  dans  un  camp  militaire,  force  est  de  constater  que  l'obligation  d'enregistrement  pour  les  personnes  réinstallées  dans  le  Nord  et  les  Tamouls  de  Colombo  qui  prévalait  auparavant,  n'est  actuellement  plus  en  vigueur  (cf.  Office  français  de  protection  des  réfugiés  et  apatrides  [OFPRA],  Rapport  de  mission  en  République  démocratique  et  socialiste  de  Sri  Lanka,  septembre  2011,  p.  73  s.).  Bien  que  dans  les  faits,  cette  procédure  n'aurait pas été abrogée dans  la  région du Vanni,  rien ne porte à croire  que cela serait également le cas dans la région de C._______. Il est dès  lors peu probable que  l'intéressé soit obligé de s'annoncer aux autorités  ni a fortiori qu'il soit surveillé pour cette raison. Au  vu  de  ce  qui  précède,  le  recourant  ne  peut  se  prévaloir  d'un  risque  objectif  et  actuel  d'être  persécuté  au  Sri  Lanka,  en  particulier  dans  sa  région de provenance, à savoir celle de Mannar. 4.4.5. S'agissant de sa situation personnelle, il a allégué ne plus avoir eu  d'altercation  avec  les  autorités  sri­lankaises  depuis  sa  libération  parce  que,  selon  lui,  il  serait  resté  caché  et  aurait  limité  au  maximum  ses  déplacements.  Au  contraire,  force  est  de  constater  qu'il  a  pu  quitter  le  couvent où il habitait et trouver différentes sources de revenus. Dans un  premier  temps,  il  aurait  travaillé  dans  un  magasin  de  photo/vidéo  à  F._______ en tant que photographe de mariages, puis comme homme à  tout  faire  dans  un  hôtel  (cf. recours  p.  8  et  p.  19)  où  il  effectuerait  des  petits  travaux  en  échange  de  la  gratuité  de  la  chambre.  Selon  ses  propres allégations, il a également pu se rendre à Colombo en bus pour  se  faire  auditionner  à  l'Ambassade  en  date  du  25  février  2011,  sans  rencontrer  de  difficultés  particulières  (cf. PV  de  l'audition  du  25 février  2011  p.  10). Ainsi,  il  ne  vit  pas  dans  l'isolement  le  plus  total,  caché  du  monde. Subjectivement,  il  est  compréhensible  que,  en  raison  des  événements  passés,  le  recourant  craigne  d'être  à  nouveau  pris  pour  cible  par  les  autorités  sri­lankaises. Néanmoins,  dans  l'hypothèse  où  il  ne  serait  pas  envisageable pour lui de retourner à C._______, il y a lieu de relever qu'il  a pu trouver refuge dans le centre du Sri Lanka, à F._______, où sa vie,  son  intégrité  corporelle,  ou  sa  liberté  ne  sont  clairement  pas mises  en  danger de manière imminente. 

D­3090/2011 Page 15 4.4.6. Partant,  le Tribunal estime qu'on peut attendre de  l'intéressé qu'il  poursuive son séjour au Sri Lanka, du fait qu'il n'y est pas exposé à une  persécution  imminente. Si  le Tribunal n'entend pas mettre en doute ses  conditions de vie difficiles,  cela ne saurait  suffire  ­ au vu de  la situation  actuelle  au  Sri  Lanka  (cf.  ATAF  E­6220/2006)  et  en  particulier  à  F._______  (province  du  centre)  ­  à  considérer  qu'une  poursuite  de  son  séjour ne peut y être exigée.  4.4.7.  Au  surplus,  il  n'existe  pas  de  relations  particulières  entre  le  recourant  et  la  Suisse.  En  effet,  il  a  allégué  ne  pas  avoir  de  famille  à  l'étranger,  et  en  particulier  en Suisse,  pays  qu'il  est  incapable  de  situer  géographiquement (cf. audition du 25 février 2011, p.3 et 11). Le Tribunal estime ainsi que, bien que l'intéressé se sente menacé dans  son pays d'origine, on peut attendre de lui qu'il sollicite la protection d'un  autre Etat que la Suisse, où les possibilités d'intégration et d'assimilation  seront supérieures.  5.  Au vu de ce qui précède, il convient de confirmer la décision attaquée, en  ce  qui  concerne  tant  le  rejet  de  la  demande  d'asile  que  le  refus  de  l'autorisation d'entrée en Suisse. Partant, le recours doit être rejeté. 6.  Vu l'issue de la cause, il y aurait lieu de mettre les frais de procédure à la  charge du recourant, conformément à l'art. 63 al. 1 PA et aux art. 2 et 3  let.  b  du  règlement  du  21 février  2008  concernant  les  frais,  dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif  fédéral  (FITAF,  RS 173.320.2). Toutefois, à titre exceptionnel et compte tenu des particularités du cas, ils  sont entièrement remis (art. 63 al. 1 PA et art. 6 let. b FITAF). (dispositif page suivante)

D­3090/2011 Page 16 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est rejeté. 2.  Il n'est pas perçu de frais de procédure. 3.  Le  présent  arrêt  est  adressé  au  recourant,  par  l'entremise  de  l'Ambassade de Suisse à Colombo, et à l'ODM. Le président du collège : La greffière : Pietro Angeli­Busi Laure Christ Expédition :

D-3090/2011 — Bundesverwaltungsgericht 14.12.2011 D-3090/2011 — Swissrulings