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Bundesverwaltungsgericht 13.02.2012 C-5674/2010

13 febbraio 2012·Français·CH·CH_BVGE·PDF·3,144 parole·~16 min·3

Riassunto

Annulation de la naturalisation facilitée | Annulation de la naturalisation facilitée

Testo integrale

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l     Cour III C­5674/2010 Arrêt   d u   1 3   février   2012 Composition Jean­Daniel Dubey (président du collège),  Andreas Trommer, Antonio Imoberdorf, juges, Aurélia Chaboudez, greffière. Parties A._______,    représenté par Maître Nicolas Stucki, rue des Sablons 2,  case postale 351, 2002 Neuchâtel 2, recourant,  contre Office fédéral des migrations (ODM),  Quellenweg 6, 3003 Berne,    autorité inférieure.  Objet Annulation de la naturalisation facilitée.

C­5674/2010 Page 2 Faits : A.  A._______, ressortissant algérien né le (…) 1969, est entré en Suisse le  18 septembre 1995 et y a déposé une demande d'asile, qui a été rejetée  le 9 avril  1996.  Il  a de nouveau sollicité  l'asile  le 14 avril  1998, et  cette  demande a fait l'objet d'une décision de non­entrée en matière le 14 mai  1998.  B.  Il a épousé, le 18 septembre 1998, B._______, une ressortissante suisse  née le (…) 1961. C.  Sur la base de cette union, il a introduit,  le 19 mars 2003, une demande  de  naturalisation  facilitée  au  sens  de  l'art.  27  de  la  loi  fédérale  du  29 septembre  1952  sur  l'acquisition  et  la  perte  de  la  nationalité  suisse  (LN, RS 141.0), qui a été suspendue jusqu'au 18 septembre 2003, date à  laquelle  la condition de cinq ans de  résidence en Suisse a été  réalisée.  Son  dossier  ayant  été  temporairement  égaré,  il  a  rempli  un  nouveau  formulaire de demande en décembre 2004. Dans le cadre de l'instruction  de sa demande de naturalisation  facilitée,  l'intéressé et  son épouse ont  contresigné, le 17 mai 2004 et le 29 avril 2005, une déclaration écrite aux  termes  de  laquelle  ils  confirmaient  vivre  en  communauté  conjugale  effective  et  stable,  résider  à  la  même  adresse  et  n'envisager  ni  séparation, ni divorce. L'attention de l'intéressé a en outre été attirée sur  le  fait  que  la  naturalisation  facilitée  ne  pouvait  être  octroyée  lorsque,  avant  ou  pendant  la  procédure  de  naturalisation,  l'un  des  conjoints  demandait  le divorce ou  la séparation ou que  la communauté conjugale  effective  n'existait  pas,  et  que  si  cet  état  de  fait  était  dissimulé,  la  naturalisation facilitée pouvait ultérieurement être annulée.   D.  Par décision du 14 juillet 2005, l'ODM a accordé la naturalisation facilitée  à A._______, lui conférant par là­même les droits de cité de son épouse. E.  Le  2  septembre  2009,  les  autorités  cantonales  fribourgeoises  ont  dénoncé  l'intéressé  à  l'ODM,  estimant  que  celui­là  avait  acquis  la  naturalisation  facilitée  de  manière  frauduleuse  au  vu  du  court  laps  de  temps écoulé entre cette dernière et le divorce des époux, le 9 novembre  2007. 

C­5674/2010 Page 3 F.  F.a  Par  courrier  du  3  février  2010,  l'ODM  a  invité  A._______  à  se  déterminer sur les éléments précités en rapport avec le fait que lui et son  épouse avaient signé,  le 29 avril 2005, une déclaration selon laquelle  ils  confirmaient  vivre  en  une  communauté  conjugale  effective  et  stable.  L'intéressé a également été invité à autoriser l'office précité à consulter le  dossier de divorce auprès de l'autorité judiciaire compétente. F.b Par  courrier  du  25  février  2010,  l'intéressé  a  indiqué  qu'il  vivait  en  harmonie avec son épouse depuis sept ans au moment de la décision de  naturalisation,  que  leurs  relations  s'étaient  dégradées  en  2007  au  point  de ne plus avoir de choses à se dire et de ne plus envisager un avenir  ensemble, qu'ils avaient alors décidé d'un commun accord de mettre fin à  leur union, qu'ils  ignoraient, au moment où il écrivait, s'il s'agissait d'une  crise profonde passagère ou définitive, qu'il était  rentré en Suisse après  avoir passé deux ans aux Etats­Unis, qu'il logeait à nouveau chez son ex­ épouse  et  qu'il  n'avait  jamais  voulu  dissimuler  des  faits  ni  fait  de  déclarations  mensongères  en  vue  d'obtenir  la  nationalité  suisse.  Il  a  transmis  des  copies  de  leur  demande  de  divorce  du  10  mai  2007,  du  procès­verbal  d'audience  du  président  du  Tribunal  civil  du  district  de  Neuchâtel du 29  juin 2007, d'une  lettre dudit magistrat du 18 septembre  2007 demandant la confirmation de leur volonté de divorcer et de l'extrait  du jugement de divorce du 27 septembre 2007.   G.  L'intéressé  a  annoncé  à  la  commune  le  26  février  2010  qu'il  s'était  réinstallé chez son ex­épouse au début du mois.  H.  Auditionnée en présence de  son ex­mari  le  16 avril  2010, B._______ a  déclaré  qu'elle  avait  rencontré A._______  en  avril  1997,  qu'elle  ignorait  quelle activité lucrative il exerçait alors, que c'était elle qui avait souhaité  officialiser  leur  relation par  le mariage, notamment par  rapport à sa  fille,  que  leurs  problèmes  conjugaux  avaient  commencé  en  2006  lorsqu'elle  avait  trompé  son  mari  alors  qu'il  se  trouvait  aux  Etats­Unis  pour  régulariser  sa  situation  avec  la  Green  Card,  qu'il  s'était  douté  de  cet  adultère à son retour de sorte que des tensions étaient apparues au sein  du couple, qu'ils s'étaient séparés environ deux mois avant  l'introduction  de  la  demande  de  divorce,  que  son  ex­mari  s'était  rendu  deux  fois  en  Algérie pendant  la durée du mariage, qu'elle ne  l'avait pas accompagné  par manque de moyens financiers et ne voulant pas laisser sa fille seule, 

C­5674/2010 Page 4 qu'elle  avait  fait  la  connaissance  des  frères  de  son  ex­époux  lorsqu'ils  étaient venus en visite en Suisse et celle du reste de la famille lors de son  voyage  en  Algérie  en  juin 2008,  que  l'union  avec  son  ex­mari  était  effective et stable au moment de la naturalisation de son ex­époux, qu'ils  étaient  partis  aux  Etats­Unis  quelques  mois  après,  que  c'était  son  adultère  qui  était  la  cause  de  leur  séparation,  qu'ils  n'avaient  pas  eu  d'enfants car elle ne pouvait pas en avoir, que le fait que A._______ était  sous  le coup d'une mesure de  renvoi n'avait  joué aucun  rôle en  rapport  avec leur souhait de se marier, que cela faisait une année à une année et  demie qu'ils avaient de nouveau des contacts et envisageaient de revivre  ensemble,  que  l'intéressé  s'était  réinstallé  chez  elle  début  février  2010,  qu'elle  pensait  qu'il  avait  travaillé  chez  son  frère  aux  Etats­Unis  mais  n'avait pas trouvé ce qu'il souhaitait et était revenu en Suisse, qu'il y avait  trouvé du travail mais qu'elle ignorait combien il gagnait, qu'actuellement,  on  pouvait  les  considérer  comme  des  colocataires,  mais  qu'ils  envisageaient  de  se  remarier,  ce  dont  ils  parlaient  depuis  près  d'une  année. I.  Invitée à donner des  informations sur  la personne avec qui elle avait eu  des relations extraconjugales et à décrire comment son ex­époux avait eu  connaissance  de  celles­ci,  B._______  a  indiqué,  par  lettre  du  15 mai  2010, qu'elle ne connaissait que le prénom de son amant, qu'elle n'avait  eu qu'une fois une aventure avec lui et qu'elle l'avait dit à son mari, qui se  doutait  de  quelque  chose  car  elle  n'avait  plus  le même  comportement.  Elle a produit une copie de son passeport. Ces  renseignements ont été  communiqués à A._______ par courrier du 17 mai 2010 et  la  faculté de  se déterminer lui a été accordée à ce sujet.  J.  Interrogé sur ses déplacements aux Etats­Unis, l'intéressé a expliqué, par  lettre du 17 mai 2010, qu'il n'avait pas besoin de visas ni de timbres pour  s'y rendre puisqu'il possédait  la Green Card, qu'il y était notamment allé  en 2000 avec son épouse et non en 2006 comme elle l'avait déclaré. Il a  versé  en  cause  des  photos  de  lui  et  son  ex­épouse,  des  copies  de  sa  Green Card et de son passeport et du passeport de son ex­épouse, sur la  base desquelles  il a allégué qu'il avait quitté  l'Algérie à destination de  la  Suisse  le  30 janvier  2010,  soit  avant  l'ouverture  de  la  procédure  d'annulation  de  sa  naturalisation  facilitée,  qu'il  était  venu  en  Suisse  au  bénéfice  d'un  visa  pour  s'y  marier,  et  qu'il  s'était  rendu  avec  son  ex­ épouse en Algérie du 21 au 24 janvier 2009.

C­5674/2010 Page 5 K.  Le  8  juin  2010,  les  autorités  cantonales  fribourgeoises  ont  donné  leur  assentiment  à  l'annulation  de  la  naturalisation  facilitée  accordée  à  A._______. Le canton de Neuchâtel en a fait de même le 9 juin 2010.   L.  Par courrier du 11 juin 2010, l'intéressé a fait valoir, par l'intermédiaire de  son  mandataire,  que  la  procédure  intervenait  presqu'à  l'échéance  du  délai  de  prescription,  qu'il  avait  rencontré  son  ex­épouse  par  hasard  et  non par préméditation, que c'était à l'instigation de B._______ seule que  le mariage avait eu lieu, qu'il avait duré plus de dix ans, soit une longue  période, que  l'intéressé n'avait pas de mobile de  faire un mariage blanc  pour  obtenir  la  nationalité  suisse  puisqu'il  était  en  droit  de  s'établir  aux  Etats­Unis  et  avait  accès  au  marché  du  travail  d'un  autre  pays  industrialisé,  que  les  problèmes  conjugaux  avaient  été  causés  par  l'adultère  commis  par  son  ex­épouse,  soit  un  élément  qui  pouvait  logiquement  avoir  des  conséquences  sur  leur  vie  de  couple,  qu'au  contraire,  s'il  y  avait  été  indifférent,  cela  aurait  pu  être  un  signe  d'un  mariage blanc, qu'en plus de dix ans, il ne s'était rendu que deux fois seul  en  Algérie,  que  si  B._______  n'avait  pas  pu  l'accompagner  pour  des  raisons financières, elle avait accueilli  les frères de l'intéressé en Suisse  et avait rencontré le reste de la famille dès qu'elle avait pu se rendre en  Algérie, quand bien même le divorce avait déjà été prononcé. Il a invoqué  qu'ils  n'avaient  pas  pu  avoir  d'enfants,  de  la  même  manière  que  B._______  n'avait  pas  pu  en  avoir  lors  de  son  précédent  mariage  qui  avait duré douze ans, qu'ils avaient démontré la réalité de leur union par  les  photos  de  leur  voyage  aux  Etats­Unis  produites,  que  depuis  leur  séparation,  ils essayaient de  reconstituer  leur couple, qu'il était  venu se  réinstaller chez son ex­épouse à son retour des Etats­Unis, que même s'il  possédait un emploi dans ce pays et que deux de ses frères y vivaient, il  avait préféré revenir en Suisse, qu'il participait désormais à l'entretien de  son ex­épouse et que la vie de couple avait repris déjà avant l'ouverture  de la présente procédure. M.  Par  décision  du  8  juillet  2010,  l'ODM a  annulé  la  naturalisation  facilitée  accordée à A._______ ainsi qu'aux membres de sa famille qui  l'auraient  acquise en vertu de  la décision annulée.  Il a estimé que  la présomption  de l'obtention frauduleuse de la naturalisation facilitée par l'intéressé était  fondée  au  vu  de  l'enchaînement  rapide  des  événements,  soit  une  première décision d'asile négative assortie d'un renvoi de Suisse, l'entrée  dans  la  clandestinité de  l'intéressé, qui avait  entretenu une  liaison avec 

C­5674/2010 Page 6 sa  future  épouse  alors  qu'elle  était  encore  mariée,  le  dépôt  d'une  seconde  demande  d'asile  sanctionnée  d'une  non­entrée  en  matière,  la  conclusion d'un mariage – lui permettant de régulariser son séjour – avec  une épouse de huit ans son aînée ayant été mariée deux fois et ayant un  enfant d'une précédente union, qui ne correspondait pas à l'épouse type  du  pays  de  provenance  de  l'intéressé,  le  dépôt  d'une  demande  de  naturalisation  facilitée,  l'absence  d'enfant  issu  de  cette  union  et  une  demande de divorce introduite moins de deux ans après l'obtention de la  naturalisation  facilitée.  L'office  précité  a  relevé  que  l'ex­épouse  n'avait  pas  été  en  mesure  de  dire  si  l'intéressé  exerçait  une  activité  lucrative  avant son mariage, ni quels étaient les revenus actuels de celui­ci et les  raisons  de  son  départ  des  Etats­Unis  alors même  qu'il  s'était  réinstallé  chez elle et envisageaient de se remarier, qu'elle avait menti au sujet des  activités  du  couple  postérieures  à  la  naturalisation  puisque  leur  voyage  aux Etats­Unis  remontait  à  2000,  qu'il  convenait  de  tenir  compte  de  ce  comportement  pour  jauger  ses  déclarations  au  sujet  de  la  prétendue  relation extraconjugale qui  aurait  été  à  l'origine du divorce,  qu'elle  avait  été incapable de dire quoi que ce soit au sujet de son amant et qu'aucune  des pièces de son dossier de divorce ni des premières déterminations de  l'intéressé ne faisaient mention d'un tel événement. L'ODM a, par ailleurs,  retenu  qu'il  était  significatif  que  l'intéressé  n'ait  jamais  impliqué  son  ex­ épouse  dans  ses  projets  outre­Atlantique  contrairement  à  ce  qu'on  pourrait attendre aux termes de la définition de la communauté conjugale  telle que requise en matière de naturalisation et a constaté que son ex­ épouse  ignorait  tout  de  l'activité  qu'il  avait  déployée  aux  Etats­Unis  malgré les contacts électroniques qu'ils affirmaient avoir entretenus après  leur  divorce.  Enfin,  l'ODM  a  considéré  que  l'emménagement  de  l'intéressé chez son ex­épouse relevait avant tout de l'opportunisme, que  les  photographies  produites  n'étaient  pas  pertinentes  étant  donné  qu'aucune  d'elles  n'était  postérieure  à  2000,  et  que  l'intéressé  n'avait  apporté  aucun  élément  permettant  de  renverser  la  présomption  selon  laquelle  il  avait  obtenu  la  naturalisation  facilitée  d'une  manière  frauduleuse.  N.  A._______ a recouru contre cette décision  le 10 août 2010, concluant à  son annulation.  Il  a  soutenu que  celle­ci  n'était  pas basée  sur  la  réalité  mais  était  intervenue  car  le  délai  de  prescription  pour  annuler  sa  naturalisation arrivait à échéance et qu'il s'agissait d'un abus de droit. Il a  déclaré  qu'il  ne  pouvait  lui  être  reproché  de  ne  pas  avoir  eu  d'enfant  puisque B._______  avait  expliqué  clairement  qu'elle  ne  pouvait  plus  en  avoir, qu'il ne s'agissait pas d'un mariage blanc, que son ex­épouse s'était 

C­5674/2010 Page 7 même  convertie  à  l'Islam,  qu'il  avait  rompu  après  qu'elle  l'avait  trompé,  qu'il avait quitté  la Suisse  "pour se changer  les  idées et pour passer sa  douleur",  mais  était  resté  en  contact  avec  son  ex­épouse,  qu'il  aimait  toujours,  et  qu'une  fois  la  crise  passée,  il  était  revenu  en  Suisse  le  30 janvier  2010,  qu'une  année  auparavant  ils  s'étaient  déjà  rendus  ensemble à Tunis,  soit bien avant  l'ouverture de  la présente procédure,  qu'il  avait  entretenu  son  épouse depuis  2002 et  l'entretenait  à  nouveau  aujourd'hui,  qu'ainsi,  elle  n'émargeait  plus  aux  services  sociaux,  qu'ils  n'avaient  une différence d'âge que de huit  ans et  qu'il  était  au bénéfice  d'un  visa  d'entrée  lorsqu'ils  s'étaient  mariés,  que  la  cause  de  leurs  problèmes  conjugaux  était  l'adultère  commis  par  son  ex­épouse,  qu'il  s'agissait d'un amant de passage, ce qui expliquait pourquoi elle n'avait  pas retenu son nom entier, qu'il était courant qu'un ménage éclate suite à  un  seul  adultère,  d'autant  plus  au  regard  de  la  religion  islamique,  qu'il  s'agissait d'un événement extraordinaire au sens de  la  jurisprudence en  matière d'annulation de la naturalisation, que c'était à tort que l'ODM avait  retenu  que B._______  ignorait  quelle  était  l'activité  de  son  ex­mari  aux  Etats­Unis puisqu'elle avait  déclaré qu'il  travaillait  dans  le  snack de son  frère lors de son audition et que l'intéressée correspondait à l'épouse type  en Algérie dans  la mesure où elle s'était convertie à  l'Islam et pratiquait  cette religion de manière assidue. Il a par ailleurs invoqué qu'il n'était pas  choquant  que  B._______  ignorait  ce  qu'il  faisait  au  moment  de  leur  rencontre, étant donné qu'il était en situation  illégale, que cela datait de  treize ans en arrière,  ce qui  expliquait  pourquoi  l'intéressée n'avait  plus  de souvenirs précis, qu'elle avait elle­même corrigé l'erreur concernant la  date de  leur voyage aux Etats­Unis en  l'indiquant sur une copie de son  passeport envoyé à l'ODM, qu'il avait obtenu la Green Card dans le cadre  d'une  loterie à  laquelle un de ses frères  l'avait  inscrit, qu'il n'avait pas  le  projet de s'installer là­bas, mais s'y était rendu suite à sa rupture, qu'il ne  possédait pas de photos datées et que de nombreux documents avaient  été perdus  lors du divorce, qu'il n'avait pas voulu dévoiler qu'il avait  fait  l'objet d'un adultère par pudeur et par honneur, "laissant à la seule fautive  le  soin  de  le  faire".  Enfin,  il  a  ajouté  que  la  décision  attaquée  violait  le  principe de la proportionnalité puisque lui et B._______ envisageaient de  se  remarier  et  qu'elle  était  arbitraire  dans  la mesure  où  les  éléments  à  décharge  étaient  systématiquement  passés  sous  silence.  Il  a  annexé  à  son recours des documents figurant déjà au dossier.  O.  Dans  sa  détermination  du  14  septembre  2010,  l'ODM  a  retenu  qu'en  matière  d'annulation  de  la  naturalisation,  la  durée  du  mariage  formel  n'était  pas  significative,  qu'il  importait  peu  que  l'intéressé  soit  entré  en 

C­5674/2010 Page 8 Suisse  avec  un  visa  puisqu'il  avait  fait  l'objet  de  deux  décisions  d'asile  négatives  avant  d'entrer  dans  la  clandestinité,  que  son  ex­épouse  avait  expressément  été  invitée  à  compléter  ses  déclarations  lors  de  son  audition puis par  courrier,  que  le  recourant  avait  également  été  invité à  verser toute pièce pertinente à son dossier, que l'existence d'un adultère  n'était  pas  vraisemblable  vu  l'impossibilité  de  l'ex­épouse  à  fournir  un  quelconque renseignement au sujet de  l'amant ou des circonstances de  l'acte  invoqué  et  qu'il  n'était  pas  crédible  que  le  recourant  ait  été  empêché,  dans  un  premier  temps,  de  parler  de  ce  fait  pour  des motifs  religieux,  alors  que  ces  derniers  ne  l'avaient  nullement  empêché  d'entretenir  des  relations  avec  une  femme  mariée  puis  de  partager  le  même toit qu'elle sans être marié à elle. P.  Par  réplique  du  19  octobre  2010,  le  recourant  a  produit  son  contrat  de  travail  actuel,  une  attestation  selon  laquelle  son  ex­épouse  n'émargeait  plus  aux  services  sociaux,  un  courrier  de  cette  dernière  avec  un  lot  de  photographies,  notamment  du  mariage  de  sa  belle­fille  dont  il  était  le  témoin, des cartes postales expédiées entre 1997 et 2002, des preuves  de  leurs  voyages,  des  attestations  des  membres  de  la  famille  de  B._______,  de  voisins  et  d'amis  affirmant  qu'il  ne  s'agissait  pas  d'un  mariage blanc et une attestation d'un centre de transfusion selon laquelle  les époux étaient  régulièrement  venus ensemble pour donner  leur  sang  depuis 2003. Il a versé en cause des documents relatifs à l'égarement de  son dossier de naturalisation, les textes des messages instantanés et des  SMS échangés avec son ex­épouse en 2009 et 2010, un extrait de casier  judiciaire  vierge,  un  extrait  de  poursuite,  la  promesse  de  mariage  qu'il  avait  déposée  à  l'ambassade  en  1998  et  une  déclaration  de  perte  de  permis  de  conduire  faite  le  22  décembre  2008,  où  il  avait  indiqué  l'adresse  de  son  ex­épouse.  Il  a  fait  valoir  que  l'ODM  n'avait  pas  démontré  qu'il  n'était  pas  titulaire  d'un  permis  pour  requérant  d'asile  au  moment  où  il  avait  rencontré  B._______,  qu'il  n'était  pas  demeuré  en  Suisse dans  la  clandestinité  puisqu'il  était  rentré dans son pays,  que  le  fait que B._______ n'ait pas été en mesure de fournir les coordonnées et  l'identité  complète  d'un  amant  de  passage  ne  signifiait  pas  que  cette  relation  extraconjugale  n'avait  pas  eu  lieu,  que  tel  aurait  été  le  cas  seulement si cette relation avait été suivie, que  le recourant avait pensé  que  les  explications  données  dans  sa  lettre  du  25 février  2010  étaient  suffisantes pour convaincre l'ODM de l'inexistence d'un mariage blanc et  qu'il  avait  fait  preuve  d'une  certaine  pudeur  et  de  retenue  dans  ce  courrier.

C­5674/2010 Page 9 Droit : 1.  1.1. Sous réserve des exceptions prévues à  l'art. 32 de  la  loi du 17  juin  2005 sur  le Tribunal administratif  fédéral  (LTAF, RS 173.32),  le Tribunal  administratif  fédéral  (ci­après  :  le  Tribunal),  en  vertu  de  l'art.  31  LTAF,  connaît  des  recours  contre  les  décisions  au  sens  de  l'art.  5  de  la  loi  fédérale  du  20 décembre  1968  sur  la  procédure  administrative  (PA,  RS 172.021) prises par les autorités mentionnées à l'art. 33 LTAF.  En particulier, les décisions de l'ODM (cf. art. 33 let. d LTAF) en matière  d'annulation de la naturalisation facilitée sont susceptibles de recours au  Tribunal,  qui  statue  comme  autorité  précédant  le  Tribunal  fédéral  (cf.  art. 1  al.  2 LTAF en  relation avec  l'art.  83  let.  b a  contrario de  la  loi  du  17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110]). 1.2. A moins que la LTAF n'en dispose autrement, la procédure devant le  Tribunal est régie par la PA (cf. art. 37 LTAF et art. 51 al. 1 LN). 1.3. L'intéressé a qualité pour recourir (cf. art. 48 al. 1 PA). Son recours,  présenté dans la forme et les délais prescrits par la loi, est recevable (cf.  art. 50 et 52 PA). 2.  Le recourant peut invoquer devant le Tribunal la violation du droit fédéral,  y  compris  l'excès  ou  l'abus  du  pouvoir  d'appréciation,  la  constatation  inexacte ou incomplète des faits pertinents ainsi que l'inopportunité de la  décision  entreprise,  sauf  lorsqu'une  autorité  cantonale  a  statué  comme  autorité de recours (cf. art. 49 PA).  A  teneur de  l'art. 62 al. 4 PA,  l'autorité de recours n'est pas  liée par  les  motifs  invoqués à  l'appui du recours. Aussi peut­elle admettre ou rejeter  le  pourvoi  pour  d'autres motifs  que  ceux  invoqués. Dans  son arrêt,  elle  prend en considération l'état de fait régnant au moment où elle statue (cf.  ATAF 2011/1 consid. 2 p. 4 et jurisprudence citée). 3.   En vertu de  l'art. 27 al. 1 LN, un étranger peut, ensuite de son mariage  avec  un  ressortissant  suisse,  former  une  demande  de  naturalisation  facilitée,  s'il  a  résidé  en  Suisse  pendant  cinq  ans  en  tout  (let.  a),  s'il  y  réside depuis une année (let. b) et s'il vit depuis trois ans en communauté  conjugale avec un ressortissant suisse (let. c).

C­5674/2010 Page 10 3.1. La notion de communauté conjugale dont  il est question dans  la  loi  sur la nationalité, en particulier aux art. 27 al. 1 let. c et 28 al. 1 let. a LN,  présuppose non  seulement  l'existence  formelle  d'un mariage –  à  savoir  d'une union conjugale au sens de  l'art. 159 al. 1 du code civil suisse du  10  décembre  1907  (CC,  RS  210)  –  mais  implique,  de  surcroît,  une  communauté de fait entre les époux, respectivement une communauté de  vie  effective,  fondée  sur  la  volonté  réciproque  des  époux  de  maintenir  cette union (cf. ATF 135 II 161 consid. 2 p. 164s. et jurisprudence citée).  Une communauté conjugale au sens des dispositions précitées suppose  donc  l'existence,  au  moment  de  la  décision  de  naturalisation  facilitée,  d'une volonté matrimoniale intacte et orientée vers l'avenir, autrement dit  la ferme intention des époux de poursuivre la communauté conjugale au­ delà  de  la  décision  de  naturalisation  facilitée.  L'introduction  d'une  procédure  de  divorce  ou  la  séparation  des  époux  peu  après  la  naturalisation  facilitée  constitue  un  indice  permettant  de  présumer  l'absence d'une telle volonté lors de l'octroi de la citoyenneté helvétique.  La communauté conjugale telle que définie ci­dessus doit non seulement  exister au moment du dépôt de la demande, mais doit subsister pendant  toute  la  procédure  jusqu'au  prononcé  de  la  décision  sur  la  requête  de  naturalisation  facilitée  (cf. ATF  135  II  161  consid.  2  p.  164s.  et  jurisprudence citée). 3.2. Il sied de relever que le législateur fédéral, lorsqu'il a créé l'institution  de  la  naturalisation  facilitée  en  faveur  du  conjoint  étranger  d'un  ressortissant  suisse,  avait  en  vue  la  conception  du  mariage  telle  que  définie par les dispositions du code civil sur le droit du mariage, à savoir  une  union  contractée  par  amour  en  vue  de  la  constitution  d'une  communauté de vie étroite (de toit, de table et de lit) au sein de laquelle  les conjoints sont prêts à s'assurer mutuellement fidélité et assistance, et  qui est envisagée comme durable, à savoir comme une communauté de  destins (cf. art. 159 al. 2 et al. 3 CC ; ATF 124 III 52 consid. 2a/aa p. 54,  ATF  118  II  235  consid.  3b  p.  238),  voire  dans  la  perspective  de  la  création d'une famille (cf. art. 159 al. 2 CC in fine). 3.3.  Malgré  l'évolution  des  mœurs  et  des  mentalités,  seule  cette  conception  du  mariage,  communément  admise  et  jugée  digne  de  protection  par  le  législateur  fédéral,  est  susceptible  de  justifier  –  aux  conditions  prévues  aux  art.  27  et  28  LN  –  l'octroi  de  la  naturalisation  facilitée  au  conjoint  étranger  d'un  ressortissant  helvétique  (cf.  ATAF  2010/16 consid. 4.4 p. 198s.).

C­5674/2010 Page 11 4.  Avec  l'assentiment de  l'autorité du canton d'origine,  l'ODM peut, dans  le  délai prévu par la loi, annuler la naturalisation ou la réintégration obtenue  par  des  déclarations  mensongères  ou  par  la  dissimulation  de  faits  essentiels et qui n'aurait pas été accordée si ces faits avaient été connus  (art.  41 al.  1 LN; cf.  également Message du Conseil  fédéral  relatif  à un  projet de loi sur l'acquisition et la perte de la nationalité suisse du 9 août  1951, FF 1951 II 700/701, ad art. 39 du projet). 4.1. L'annulation de la naturalisation présuppose donc que celle­ci ait été  obtenue  frauduleusement,  c'est­à­dire  par  un  comportement  déloyal  et  trompeur. A cet égard, il n'est pas nécessaire qu'il y ait eu fraude au sens  du droit pénal. Il faut néanmoins que l'intéressé ait consciemment donné  de  fausses  indications  à  l'autorité,  respectivement  qu'il  ait  laissé  faussement croire à l'autorité qu'il se trouvait dans la situation prévue par  l'art.  27 al.  1  let.  c  LN,  violant  ainsi  le  devoir  d'information  auquel  il  est  appelé à se conformer en vertu de cette disposition  (cf. ATF 135  II 161  consid.  2  i.  f.  p.  165,  ATF  132  II  113  consid.  3.1  p.  114s.  et  les  arrêts  cités).  Tel  est  notamment  le  cas  si  le  requérant  déclare  vivre  en  communauté stable avec son conjoint, alors qu'il envisage de se séparer  une fois obtenue la naturalisation facilitée ; peu importe que son mariage  se  soit  ou  non  déroulé  jusqu'ici  de  manière  harmonieuse  (arrêt  du  Tribunal fédéral 1C_158/2011 du 26 août 2011 consid. 4.2.1). 4.2.  La  nature  potestative  de  l'art.  41  al.  1  LN  confère  une  certaine  latitude à l'autorité. Dans l'exercice de cette liberté, celle­ci doit s'abstenir  de tout abus. Commet un abus de son pouvoir d'appréciation l'autorité qui  se  fonde  sur  des  critères  inappropriés,  ne  tient  pas  compte  de  circonstances pertinentes ou rend une décision arbitraire, contraire au but  de la loi ou au principe de la proportionnalité (cf. notamment ATF 129 III  400  consid.  3.1  p.  403  et  références  citées ;  voir  également  arrêt  du  Tribunal fédéral 1C_158/2011 précité ibid.). 4.2.1. La procédure administrative fédérale est régie par le principe de la  libre  appréciation  des  preuves  (art.  40  de  la  loi  fédérale  de  procédure  civile fédérale du 4 décembre 1947 [PCF, RS 273], applicable par renvoi  de  l'art. 19  PA).  Par  renvoi  de  l'art.  37  LTAF,  ce  principe  prévaut  également devant  le Tribunal. L'appréciation des preuves est  libre en ce  sens  qu'elle  n'obéit  pas  à  des  règles  de  preuve  légales  prescrivant  à  quelles  conditions  l'autorité  devrait  admettre  que  la  preuve  a  abouti  et  quelle valeur probante elle devrait  reconnaître aux différents moyens de  preuve  les  uns  par  rapport  aux  autres.  Lorsque  la  décision  intervient – 

C­5674/2010 Page 12 comme  en  l'espèce  –  au  détriment  de  l'administré,  l'administration  supporte  le  fardeau  de  la  preuve.  Si  elle  envisage  d'annuler  la  naturalisation facilitée, elle doit rechercher si le conjoint naturalisé a menti  lorsqu'il  a  déclaré  former  une  union  stable  avec  son  époux  suisse.  Comme il s'agit  là d'un fait psychique en relation avec des faits relevant  de  la  sphère  intime,  qui  sont  souvent  inconnus  de  l'administration  et  difficiles  à  prouver,  il  apparaît  légitime  que  l'autorité  s'appuie  sur  une  présomption. Partant, si  l'enchaînement rapide des événements fonde la  présomption de fait que la naturalisation a été obtenue frauduleusement,  il incombe alors à l'administré, en raison, non seulement de son devoir de  collaborer à l'établissement des faits (art. 13 al. 1 let. a PA ; cf. à ce sujet  ATF 132 II 113 consid. 3.2 p. 115s.), mais encore de son propre intérêt,  de renverser cette présomption (cf. ATF 135 II 161 consid. 3 p. 165s. et  références  citées;  arrêt  du  Tribunal  fédéral  1C_158/2011  précité  consid. 4.2.2). 4.2.2. S'agissant  d'une présomption de  fait,  qui  ressortit  à  l'appréciation  des  preuves  et  ne modifie  pas  le  fardeau  de  la  preuve,  l'administré  n'a  pas  besoin,  pour  la  renverser,  de  rapporter  la  preuve  contraire  du  fait  présumé, à savoir faire acquérir à l'autorité la certitude qu'il n'a pas menti.  Il  suffit  qu'il  parvienne  à  faire  admettre  l'existence  d'une  possibilité  raisonnable  qu'il  n'ait  pas  menti  en  déclarant  former  une  communauté  stable avec son conjoint. Il peut le faire en rendant vraisemblable, soit la  survenance  d'un  événement  extraordinaire,  susceptible  d'expliquer  une  détérioration  rapide du  lien conjugal, soit  l'absence de conscience de  la  gravité de ses problèmes de couple et, ainsi,  l'existence d'une véritable  volonté de maintenir une union stable avec son conjoint  lorsqu'il a signé  la déclaration (cf. ATF 135 II 161 consid. 3 p. 166; voir également  l'arrêt  du Tribunal fédéral 1C_158/2011 précité consid. 4.2.2). 5.  A  titre  préliminaire,  le Tribunal  constate que  les  conditions  formelles  de  l'annulation  de  la  naturalisation  facilitée  prévues  par  l'art.  41  LN  sont  réalisées  dans  le  cas  particulier.  En  effet,  la  naturalisation  facilitée  accordée à A._______ par décision du 14 juillet 2005 a été annulée par  l'autorité  intimée  avec  l'assentiment  des  autorités  compétentes  des  cantons de Fribourg et Neuchâtel, par décision du 8 juillet 2010 (notifiée  le 13 juillet 2010), soit avant l'échéance du délai péremptoire prévu par la  disposition précitée (pour le calcul du délai, cf. arrêts du Tribunal fédéral  1C_336/2010  du  28  septembre  2010  consid.  3  et  1C_255/2011  du  27 septembre 2011 consid. 2.1.3).

C­5674/2010 Page 13 6.  Il convient dès lors d'examiner si les circonstances de la présente cause  répondent  aux  conditions matérielles de  l'annulation de  la naturalisation  facilitée  résultant du  texte de  la  loi, de  la volonté du  législateur et de  la  jurisprudence développée en la matière.  7.   7.1. En premier  lieu,  il convient de préciser que, contrairement à ce que  soutient le recourant, l'examen par l'ODM d'une éventuelle annulation de  la  naturalisation  facilitée  qui  a  été  octroyée  à  l'intéressé  n'est  pas  intervenu à cause de l'échéance prochaine du délai de prescription pour  procéder à une telle annulation, mais en raison de la dénonciation dont il  a  fait  l'objet  de  la  part  des  autorités  cantonales  dans  leur  courrier  du  2 septembre  2009  adressé  à  l'ODM,  dans  lequel  ces  autorités  ont  constaté  le  rapide  enchaînement  entre  la  décision  de  naturalisation  facilitée et le divorce des intéressés (cf. let. E ci­dessus).  7.2. Dans  son  recours,  l'intéressé  a  soutenu  que  la  décision  attaquée  était arbitraire car  les éléments à sa décharge étaient systématiquement  passés sous silence.  7.2.1. Il y a arbitraire, prohibé par l'art. 9 de la constitution fédérale de la  Confédération suisse du 18 avril 1999 (Cst., RS 101), lorsque la décision  attaquée  viole  gravement  une  règle  ou  un  principe  juridique  clair  et  indiscuté  ou  lorsqu'elle  contredit  d'une manière  choquante  le  sentiment  de la justice ou de l'équité. Le Tribunal ne s'écarte de la solution retenue  par  l'autorité  inférieure que si elle est manifestement  insoutenable ou en  contradiction évidente avec la situation de fait, si elle a été adoptée sans  motif objectif ou en violation d'un droit certain. Par ailleurs, il ne suffit pas  que les motifs de la décision attaquée soient insoutenables, encore faut­il  que  celle­ci  soit  arbitraire  dans  son  résultat  (cf.  ATF  136  I  316  consid. 2.2.2  p.  318s.,  ATF  134  I  263  consid.  3.1  p. 265s.  et  la  jurisprudence  citée).  S'agissant  plus  précisément  de  l'appréciation  des  preuves et de  l'établissement des  faits,  il  y a arbitraire  lorsque  l'autorité  ne  prend  pas  en  compte,  sans  aucune  raison  sérieuse,  un  élément  de  preuve propre à modifier la décision, lorsqu'elle se trompe manifestement  sur  son  sens  et  sa  portée,  ou  encore  lorsque,  en  se  fondant  sur  les  éléments recueillis, elle en tire des constatations insoutenables (arrêt du  Tribunal  fédéral  1C_474/2009  du  21  décembre  2009  consid.  2.1,  ATF  134 V 53 consid. 4.3 p. 62;  ATF 129 I 8 consid. 2.1 p. 9). 

C­5674/2010 Page 14 7.2.2.  Le  recourant  invoque  concrètement  que  l'ODM  a  retenu  dans  la  décision querellée que B._______ émargeait aux services sociaux alors  que tel n'était plus le cas. Il apparaît toutefois que l'ODM a mentionné cet  élément  dans  le  résumé  des  déclarations  que  l'intéressée  avait  tenues  lors  de  son  audition  et  qu'elle  avait  effectivement  dit  qu'elle  était  dépendante  de  l'aide  sociale  à  ce  moment­là  (cf.  procès­verbal  de  l'audition du 16 avril 2010 p. 5). Le fait que la décision ne précise pas que  l'intéressée était  redevenue financièrement  indépendante ne saurait être  décisif puisque l'autorité inférieure n'a tiré aucun argument juridique de la  situation  financière de B._______ et n'a donc pas  fondé sa décision sur  cet  élément.  Le  recourant  allègue  par  ailleurs  que  c'est  de  manière  arbitraire  que  l'ODM  a  reproché  aux  intéressés  de  ne  pas  avoir  eu  d'enfants puisque B._______ ne pouvait pas en avoir pour des raisons de  stérilité.  A  cet  égard,  l'ODM  n'a  fait  que  mentionner  qu'aucun  enfant  n'était  issu  de  leur  union,  ceci  en  relation  avec  les  situations  familiales  typiques en Algérie, pays dans lequel l'absence d'enfant dans un mariage  reste effectivement inhabituel, quelle qu'en soit la cause (cf. par exemple  les articles "La stérilité, un malheur pour le couple algérien" sur dziriya.net  > Maman > Désir d'enfants, et "Stérilité du couple: un drame familial" sur  liberte­algerie.com  >  A  la  une  >  Enquêtes  >  articles  du  29  décembre  2008), de sorte que cette constatation ne peut être qualifiée d'arbitraire.  L'intéressé invoque ensuite que l'ODM n'a pas mentionné qu'il était entré  en Suisse au bénéfice d'un visa pour s'y marier. Il ne s'agit toutefois pas  là  d'un  élément  déterminant  qui  pourrait  être  susceptible  de modifier  la  décision  attaquée  et  il  n'est,  en  outre,  pas  contesté  que  l'intéressé  a  sollicité  à  deux  reprises  l'asile  en  Suisse  avant  de  pouvoir  s'y  établir  grâce  à  son  mariage,  comme  le  retient  l'ODM.  Le  recourant  remet  également  en  cause  l'argument  de  l'ODM  selon  lequel  son  ex­épouse  ignorait  quelle  activité  il  exerçait  aux Etats­Unis.  Il  faut  toutefois  relever  que  B._______  n'a  effectivement  pas  été  capable  de  répondre  de  manière  précise,  mais  est  restée  vague  en  émettant  une  hypothèse :  "D'après moi,  il a  travaillé chez son frère qui  tient un snack" (cf. procès­ verbal d'audition du 16 avril 2010 p. 4). S'agissant des considérations de  l'ODM  relatives  au  fait  que  l'intéressé  a  obtenu  une  Green  Card  postérieurement  à  son  mariage,  elles  ne  sauraient  être  qualifiées  d'insoutenables puisque même si c'est son frère qui l'a inscrit à la loterie  grâce à laquelle il a gagné ce titre de séjour, il n'y a pas renoncé, de sorte  qu'il  devait  forcément  avoir  le  projet  de  se  rendre  –  même  temporairement  –  aux  Etats­Unis,  ce  qu'il  a  d'ailleurs  fait.  Enfin,  si  l'on  peut reconnaître que l'argument de l'ODM selon lequel "l'emménagement  de l'intéressé auprès de son ex­épouse relève plus de l'opportunisme que  d'un  retour  amoureux"  est  déplacé  et  contraire  aux  allégations  de 

C­5674/2010 Page 15 B._______ au sujet d'un éventuel remariage, cela ne suffit pas à rendre la  décision  arbitraire  puisque  celle­ci mentionne  d'autres  éléments  en  vue  d'établir  que  la  communauté  conjugale  n'était  pas  effective,  stable  et  tournée  vers  l'avenir  au  moment  de  la  signature  de  la  déclaration,  le  29 avril 2005, et de l'octroi de la naturalisation facilitée.  7.2.3.  Il  en  résulte  que  le  grief  du  recourant  selon  lequel  la  décision  attaquée est arbitraire doit être rejeté.  8.  8.1. Après  avoir  fait  l'objet  de  deux  décisions  d'asile  négatives  en  avril  1996  et  mai  1998,  A._______  est  revenu  en  Suisse  pour  y  épouser  B._______,  le  18 septembre  1998.  Se  fondant  sur  cette  union,  il  a  introduit  une  procédure  de  naturalisation  facilitée  le  19 mars  2003,  soit  avant même l'échéance des cinq ans de vie en Suisse prévue à l'art. 27  LN. Les époux ont  contresigné,  le 17 mai 2004 et  le 29 avril  2005, une  déclaration relative à  la stabilité de  leur mariage et  le  recourant s'est vu  octroyer  la  naturalisation  facilitée  le  14  juillet  2005. Or,  le  10 mai  2007  déjà,  les  époux  ont  déposé  une  requête  commune  de  divorce  avec  accord  complet  sur  les  effets  accessoires  du  divorce,  après  s'être  séparés  depuis  environ  deux  mois  (cf.  procès­verbal  de  l'audition  du  16 avril 2010 p. 2) et leur union conjugale a été dissoute par jugement du  27 septembre 2007.  8.2.  Ces  éléments  et  leur  déroulement  chronologique  particulièrement  rapide sont de nature à fonder la présomption selon laquelle, au moment  de la signature de la déclaration commune et a fortiori lors de la décision  de  naturalisation,  les  époux  n'avaient  plus  la  volonté  de  maintenir  une  communauté  conjugale  stable  au  sens  de  l'art.  27  LN  (cf.  arrêts  du  Tribunal  fédéral  1C_158/2011  précité  et  1C_472/2011  du  22 décembre  2011,  dans  lesquels  le  temps  écoulé  entre  l'octroi  de  la  naturalisation  facilitée et  le dépôt de  la requête de divorce était respectivement de 20   et 19 mois). 8.3. Pour  renverser  cette  présomption,  les  ex­époux  ont  fait  valoir  que  leurs problèmes de couple n'avaient commencé qu'en 2007 et avaient été  causés  par  l'adultère  commis  par  B._______  en  2006,  alors  que  le  recourant était en voyage à  l'étranger. Celle­ci a expliqué qu'il s'agissait  d'une aventure d'un soir et qu'elle connaissait tout juste le prénom de son  amant. On peut s'étonner que la prénommée ait manqué de fidélité à son  mari  s'ils  vivaient  effectivement  un  mariage  heureux  et  orienté  vers 

C­5674/2010 Page 16 l'avenir  comme  ils  l'ont  affirmé  en  2005.  Quoi  qu'il  en  soit,  s'il  est  compréhensible qu'un  tel événement ait eu des répercussions sur  la vie  conjugale des  intéressés,  il n'est  toutefois pas crédible que ceux­ci, s'ils  formaient réellement un couple uni et stable jusqu'alors, n'aient pas tenté  de sauver leur couple avant d'envisager une solution aussi radicale que le  divorce,  d'autant  plus  qu'il  s'agissait  d'une  aventure  passagère  qui  ne  semble pas avoir eu d'importance sentimentale pour B._______, au vu de  la  teneur  de  sa  lettre  du  15  mai  2010.  Le  recourant  a  invoqué,  à  cet  égard,  qu'il  avait  perdu  le  lien  de  confiance  avec  son  épouse  et  que  l'adultère  avait  une  importance  particulière  pour  lui  en  raison  de  sa  religion. Rien n'explique  toutefois pourquoi B._______ n'a pas  tenté par  tous  les moyens de  le dissuader du divorce, mais a consenti à déposer  une requête commune quelques mois après, sans au préalable solliciter  de mesures protectrices de  l'union conjugale. Par ailleurs, s'il arrive que  des ménages éclatent à  la suite d'un adultère, on ne saurait  considérer  en  l'espèce  que  l'adultère  représente,  aux  yeux  de  l'intéressé,  un  événement  rendant  impossible  toute  continuation  de  la  vie  conjugale  puisqu'après que celui­ci a découvert qu'il avait été trompé, les intéressés  ont  continué  à  vivre  ensemble  quelques  mois  avant  d'envisager  une  séparation et que, même par la suite, il n'y a eu aucune rupture claire et  abrupte  entre  eux,  étant  donné  qu'après  avoir  déposé  la  requête  de  divorce,  le 10 mai 2007,  le recourant a été témoin de mariage de la fille  de  B._______,  fin  mai  2007,  et  a  encore  participé  à  un  pique­nique  familial  au mois  d'août  2007  (cf.  photos  datées  produites  le  19 octobre  2010).  Le  Tribunal  est  ainsi  d'avis  que  l'adultère  que  B._______  aurait  commis n'est pas, au vu des circonstances du cas d'espèce, un élément  permettant d'expliquer une dégradation aussi rapide de l'union conjugale  des intéressés.  8.4.  Force  est  au  contraire  de  conclure  que  les  tensions  entre  le  recourant  et  son  ex­épouse  étaient  présentes  depuis  un  certain  temps  déjà et  importantes au point de  les conduire à parler de séparation vers  mars 2007 déjà  (cf.  procès­verbal d'audition du 16 avril  2010 p. 2) et  à  déposer une requête commune de divorce en mai 2007. Cette conclusion  est confirmée par la lettre du recourant du 25 février 2010, dans laquelle il  expose  que  leur  divorce  avait  été  causé  par  la  dégradation  de  leurs  relations,  au  point  qu'ils  n'avaient  plus  de  choses  à  se  dire  et  n'envisageaient  plus  un  avenir  commun  à  long  terme.  Or,  selon  l'expérience générale,  les éventuelles difficultés qui peuvent surgir entre  époux, après plusieurs années de vie commune, dans une communauté  de  vie  effective,  intacte  et  stable  n'entraînent  la  désunion  qu'au  terme  d'un  processus  prolongé  de  dégradation  des  rapports  conjugaux,  en 

C­5674/2010 Page 17 principe entrecoupé de  tentatives de  réconciliation  (cf.  arrêt  du Tribunal  fédéral  1C_493/2010  du  28  février  2011  consid.  6).  De  même,  un  ménage  uni  depuis  plusieurs  années  ne  se  brise  pas  en  quelques  semaines sans qu'un événement extraordinaire en soit  la cause et sans  que les conjoints en aient eu le pressentiment, et cela même en l'absence  d'enfant, de  fortune ou de dépendance  financière de  l'un des époux par  rapport à l'autre (cf. arrêt du Tribunal fédéral 5A.11/2006 du 27 juin 2006  consid. 4).  8.5. Les intéressés ont fait valoir qu'ils avaient renoué contact et envisagé  de refaire vie commune à partir de fin 2008 ­ début 2009, soit un peu plus  d'une  année  après  leur  divorce,  qu'ils  s'étaient  rendus  ensemble  en  Tunisie début 2009, que  le recourant s'était  installé chez son ex­épouse  en  février  2010  et  qu'ils  envisagent  actuellement  de  se  remarier  (cf.  procès­verbal  de  l'audition  de  B._______  p.  4  et  recours  p.  5).  Ces  allégations  ne  permettent  toutefois  pas  d'établir  que  la  communauté  conjugale était stable au moment de la décision de naturalisation (cf. arrêt  du Tribunal fédéral 5A.31/2004 du 6 décembre 2004 consid. 3.3; arrêt du  Tribunal  administratif  fédéral  C­3066/2010  du  1er  septembre  2011  consid. 7.4). Le grief selon lequel la décision attaquée violerait le principe  de proportionnalité en raison de leurs projets de remariage n'est donc pas  pertinent.  8.6. Au vu de  ce qui  précède,  le Tribunal  est  amené à  conclure que  le  recourant n'a pas rendu vraisemblable que les problèmes conjugaux avec  son  ex­épouse  ne  sont  survenus  qu'après  la  décision  de  naturalisation  facilitée, ni que ceux­ci ont été, en quelques mois seulement, propres à  influencer  leur  vie  de  couple  au  point  de  les  conduire  au  divorce,  sans  séparation  préalable  ni  mesures  protectrices  de  l'union  conjugale.  Dès  lors,  il  y  a  lieu  de  s'en  tenir  à  la  présomption  de  fait,  fondée  essentiellement  sur  l'enchaînement  rapide  des  événements,  selon  laquelle  l'union formée par  les  intéressés ne présentait plus  l'intensité et  la stabilité requises lors de la signature de la déclaration de vie commune  et, a fortiori, au moment de la décision de naturalisation facilitée. 9.  Au demeurant, sans que cela soit de nature à remettre en cause  l'issue  du  litige,  on  peut  constater  que  les  éléments  du  dossier  ne  permettent  pas d'exclure que l'union conjugale des intéressés était sincère et stable  au moment de  leur mariage (cf. arrêts du Tribunal  fédéral 5A.2/2005 du  24 mars 2005 consid. 6.2 et 1C_469/2010 du 21  février 2011 consid.4),  contrairement à ce que l'ODM laisse entendre dans la décision attaquée. 

C­5674/2010 Page 18 S'il est vrai que B._______ est huit ans plus âgée que son ex­mari, cette  différence d'âge et le fait que les intéressés se soient mariés alors que la  deuxième demande d'asile du recourant avait fait l'objet d'une décision de  non­entrée en matière ne suffisent pas à remettre en cause l'effectivité de  leur union conjugale, compte tenu de la durée de leur vie commune (huit  ans  et  demi),  de  leurs  bons  contacts  avec  leurs  belles­familles  respectives, de  leurs  loisirs communs, des vacances passées ensemble  et  des  témoignages  de  leurs  amis  qui  ont  été  versés  au  dossier.  Néanmoins,  le  fait  que  l'union  conjugale  formée par  les  intéressés  était  fondée sur l'amour et qu'ils ont vécu durant plusieurs années une vie de  couple harmonieuse est sans  incidence sur  le présent  litige (cf. arrêt du  Tribunal  fédéral  1C_158/2010  précité  consid.  4.2.1).  Il  en  est  de même  pour  les  arguments  avancés  par  le  recourant  relativement  à  sa  bonne  intégration  socioprofessionnelle  en  Suisse  (cf.  arrêt  du  Tribunal  fédéral  1C_48/2010 du 15 avril 2010 consid. 3.5). 10.  Partant,  l'ODM  était  fondé  à  considérer  que  la  naturalisation  facilitée  conférée le 14 juillet 2005 à A._______ avait été obtenue sur la base de  déclarations mensongères,  voire  d'une  dissimulation  de  faits  essentiels,  et  donc  à  prononcer,  avec  l'assentiment  des  cantons  d'origine,  l'annulation de cette naturalisation en application de l'art. 41 LN. 11.  Il ressort de ce qui précède que, par sa décision du 8 juillet 2010, l'ODM  n'a pas violé  le droit  fédéral, ni constaté des  faits pertinents de manière  inexacte  ou  incomplète ;  en  outre,  la  décision  attaquée  n'est  pas  inopportune (cf. art. 49 PA).  En conséquence, le recours est rejeté. 12.  Vu  l'issue de  la cause,  il  y a  lieu de mettre  les  frais de procédure, d'un  montant  de  Fr.  900.­,  à  la  charge  du  recourant  (cf.  art.  63  al.  1  PA  en  relation avec les art. 1 à 3 du règlement du 21 février 2008 concernant les  frais,  dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif  fédéral  [FITAF, RS 173.320.2]). (dispositif page suivante) 

C­5674/2010 Page 19 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est rejeté. 2.  Les frais de procédure, d'un montant de Fr. 900.­, sont mis à la charge du  recourant.  Ce  montant  est  compensé  par  l'avance  de  frais  versée  le  27 août 2010. 3.  Le présent arrêt est adressé : – au recourant (Acte judiciaire ; les photos produites le 19 octobre 2010  seront restituées au recourant après l'entrée en force du présent  arrêt) – à l'autorité inférieure (annexe : dossier n° K 389 204) Le président du collège : La greffière : Jean­Daniel Dubey Aurélia Chaboudez Indication des voies de droit : Le  présent  arrêt  peut  être  attaqué  devant  le  Tribunal  fédéral,  1000  Lausanne 14, par la voie du recours en matière de droit public, dans les  trente  jours  qui  suivent  la  notification  (art. 82  ss,  90  ss  et  100  de  la  loi  fédérale  du  17 juin  2005  sur  le  Tribunal  fédéral  [LTF, RS 173.110]).  Le  mémoire  doit  être  rédigé  dans  une  langue  officielle,  indiquer  les  conclusions,  les  motifs  et  les  moyens  de  preuve,  et  être  signé.  L'arrêt  attaqué  et  les  moyens  de  preuve  doivent  être  joints  au mémoire,  pour  autant qu'ils soient en mains du recourant (art. 42 LTF). Expédition :

C-5674/2010 — Bundesverwaltungsgericht 13.02.2012 C-5674/2010 — Swissrulings