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Genève Tribunal pénal 19.12.2014 P/10476/2012

19 décembre 2014·Français·Genève·Tribunal pénal·PDF·16,161 mots·~1h 21min·3

Résumé

CP.122 CP

Texte intégral

Siégeant : M. Vincent FOURNIER, président, M. Stéphane ZEN-RUFFINEN, juge, et Mme Lorella BERTANI, juge suppléante; Mme Jessica GOLAY, greffière. P/10476/2012 RÉPUBLIQUE ET

CANTON DE GENÈVE POUVOIR JUDICIAIRE

JUGEMENT DU TRIBUNAL CORRECTIONNEL

Chambre 9

19 décembre 2014

MINISTÈRE PUBLIC,

Monsieur A______, partie plaignante, assisté de Me AJ______, Madame B______, partie plaignante, assistée de Me AK______, Monsieur C______, partie plaignante, Madame D______, partie plaignante, Madame E______, partie plaignante, Madame F______, partie plaignante, contre

Monsieur G______, prévenu, né le ______ 1968, domicilié ch. H______37, 1212 Grand-Lancy, assisté de Me AL______ et Me AM______,

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CONCLUSIONS FINALES DES PARTIES : Le Ministère public conclut à un verdict de culpabilité du prévenu du chef des infractions retenues à son encontre dans son acte d'accusation et requiert le prononcé d'une peine privative de liberté de 36 mois, assortie du sursis partiel, la partie ferme de la peine devant être fixée à 12 mois, le solde étant suspendu avec un délai d'épreuve de 3 ans, le sursis étant assorti d'une règle de conduite consistant en la poursuite du traitement ambulatoire ordonné au titre des mesures de substitution. Il se réfère à l'annexe de l'acte d'accusation s'agissant des confiscations et restitutions, étant précisé que le passeport du prévenu, saisi au titre des mesures de substitution, pourra lui être restitué. Il demande, enfin, que le prévenu soit condamné aux frais de la procédure. A______, par la voix de son conseil, conclut à un verdict de culpabilité du prévenu du chef des infractions retenues à l'encontre de celui-ci dans l'acte d'accusation, sans circonstances atténuantes, et persiste dans ses conclusions civiles. B______, par la voix de son conseil, conclut à un verdict de culpabilité du prévenu du chef des infractions retenues à l'encontre de celui-ci dans l'acte d'accusation, sans circonstances atténuantes, et persiste dans ses conclusions civiles. G______, par la voix de Me AM______, conclut, sa culpabilité étant reconnue au bénéfice d'une responsabilité faiblement restreinte et avec la circonstance atténuante du repentir sincère, à ce que celle-ci soit sanctionnée par une peine privative de liberté conforme aux réquisitions du Ministère public, étant précisé que la peine ferme à subir ne devrait pas excéder 6 mois, le sursis devant être assorti d'une règle de conduite telle que préconisée par le Ministère public. Il admet dans son principe la réparation du tort moral sollicitée par les parties plaignantes A______ et B______, s'en rapportant à justice quant à sa quotité. En ce qui concerne les conclusions civiles liées au dommage matériel allégué par la partie plaignante A______, il conclut à ce que celle-ci soit déboutée, subsidiairement renvoyée à mieux agir au civil. En ce qui concerne celles de la partie plaignante B______, il y acquiesce. Il accepte également de prendre à sa charge les frais de justice. EN FAIT A. Par acte d'accusation du 30 septembre 2014, il est reproché à G______ d'avoir à Genève, plus précisément devant son domicile sis 37, chemin H______ au Grand- Lancy, le lundi 23 juillet 2012 en fin d'après-midi, alors que l'intéressé et B______, dont il est séparé depuis plusieurs années, se querellaient régulièrement à propos de leur enfant I______, né le ______ 1997, qu'au début de l'été 2012, les tensions entre, d'une part, lui-même et, d'autre part, la précitée et son nouveau compagnon, A______, étaient devenues de plus en plus vives et que, dans ce contexte conflictuel, B______ et A______ avaient décidé de se rendre chez lui après que des messages SMS avaient été échangés, A______, peu avant 18h00, l'ayant enjoint de descendre :

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- saisi, après avoir bu une tasse à café de whisky, un couteau de cuisine et rempli ladite tasse d'acide sulfurique concentré à plus de 80% – produit dont il disposait pour son activité de dépanneur sanitaire –, avant de descendre au pied de l'immeuble puis, après s'être dirigé vers le couple qui arrivait, jeté à leur hauteur le contenu de sa tasse au visage de A______ et, en lançant la tasse-même avec le résidu de produit à la tête de B______, éclaboussé celle-ci d'acide sulfurique, étant précisé, d'une part, que l'acide jeté au visage de A______ l'a défiguré, lui causant des brûlures au 3ème degré sur le front et le nez, ainsi qu'au 2ème degré profond sur les paupières supérieures et l'oreille supérieure gauche, lesquelles ont nécessité plus d'une dizaine d'opérations chirurgicales incluant plusieurs greffes de peau, la victime conservant à vie des cicatrices sur le visage entier, subissant également une érosion de la cornée de l'œil gauche, avec baisse de l'acuité visuelle, de même qu'un larmoiement chronique, ainsi qu'une sténose du conduit auditif externe gauche, sans séquelle fonctionnelle, d'autre part, que l'acide jeté au visage et sur le corps de B______ lui a occasionné des brûlures au 3ème degré sur la cuisse et la jambe droite ainsi que des brûlures au 2ème degré profond sur le visage, le cou, le bras gauche ainsi que l'abdomen, nécessitant plusieurs opérations, la victime, outre les séquelles physiques qu'elle conservera à vie, notamment une jambe atrophiée par les greffes de peau, subissant également de graves souffrances psychiques engendrées par la douleur particulière des brûlures, les semaines d'hospitalisation, la succession des interventions et consultations médicales, ainsi que l'atteinte durable à son corps de femme, faits qualifiés de lésions corporelles graves au sens de l'art. 122 paragraphes 2 et 3 CP (ch. I. 1. et 2 de l'acte d'accusation);

- dans les circonstances en question, après avoir aspergé ses deux victimes d'acide sulfurique, poursuivi, couteau à la main, A______, qui s'enfuyait, en criant qu'il allait le "planter", l'effrayant ainsi vivement, de sorte à lui faire craindre pour sa vie ou son intégrité corporelle, plainte ayant été déposée en raison de ces faits le 24 juillet 2012, faits qualifiés de menaces au sens de l'art. 180 CP (ch. II. 3. de l'acte d'accusation);

- de retour sur les lieux de l'agression, menacé B______ avec ledit couteau, en lui signifiant "je t'aurai", lui faisant de la sorte craindre pour sa vie ou son intégrité corporelle, plainte ayant été déposée en raison de ces faits le 24 juillet 2012, faits qualifiés de menaces au sens de l'art. 180 CP (ch. II. 4. de l'acte d'accusation);

- dans les circonstances en question, en jetant de l'acide sulfurique en direction de A______ et B______, qui se trouvaient à proximité de quatre véhicules stationnés en épi au bord du trottoir, éclaboussé et endommagé les carrosseries desdits véhicules, occasionnant de la sorte un dommage patrimonial à F______, C______, D______ et E______ équivalent aux frais de réparation des dégâts

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occasionnés, plaintes ayant été déposées en raison de ces faits les 23, 25, 27 et 30 juillet 2014, faits qualifiés de dommages à la propriété au sens de l'art. 144 CP (ch. III. 5. de l'acte d'accusation). B. Il ressort de la procédure les faits pertinents suivants. Constats et enquête a. Selon un rapport du 23 juillet 2012, la police est intervenue le jour-même au chemin H______31 au Grand-Lancy pour une "agression au couteau", à la suite d'une réquisition de sa centrale d'alarme (CECAL) à 18h04. A leur arrivée sur place, les policiers ont constaté que B______ était prise en charge par des ambulanciers, alors que des badauds les ont informés de ce que l'agresseur, G______, habitait au numéro 37 de l'adresse en cause, au 4ème étage. Les policiers sont donc montés et ont trouvé la porte de l'appartement du précité grande ouverte, lequel a été immédiatement interpellé, un couteau placé sur la table de cuisine étant saisi. Les policiers, redescendus, se sont enquis de la situation auprès de J______, témoin, qui leur a expliqué avoir vu G______ courir après B______ et jeter sur elle un récipient contenant un liquide acide puis se retourner contre l'ami de l'intéressée, lequel était parti en courant suivi par G______. J______ avait ensuite porté secours à B______ puis vu G______ revenir, un couteau à la main, menacer de mort l'intéressée, non sans lui asséner plusieurs coups de pieds au niveau du thorax, avant que celui-ci n'aille se réfugier dans son appartement. Les carrosseries de plusieurs véhicules stationnés aux abords immédiats ont été endommagées en raison, d'une part, d'une tasse en porcelaine projetée par G______ sur B______, d'autre part, de l'acide contenu dans ladite. Un linge de cuisine brûlé par l'acide a par ailleurs été retrouvé sur les lieux de l'agression. Un service spécialisé dans les produits toxiques est intervenu afin d'effectuer des prélèvements, alors que les débris de la tasse et traces de liquide retrouvés sur les voitures et le sol ont été traités et nettoyés par les pompiers afin d'éviter toute nouvelle contamination. Selon les premiers éléments d'enquête, G______ avait téléphoné à K______, éducatrice en lien avec le Service de protection des mineurs (SPMI), entre le moment de ses agissements et son interpellation, en lui annonçant qu'il avait tué son ex-compagne. A 18h30, la CECAL a informé les policiers de la découverte à l'avenue L______6 d'une personne – soit A______ – brûlée à l'acide, un rapprochement étant fait avec la personne qui, selon le témoignage de J______, s'était enfuie en étant poursuivie par G______. A______, après s'être fait asperger par le liquide, s'était enfui à bord d'un véhicule puis, ne voyant plus rien à cause de l'acide, avait laissé la voiture au chemin M______ 15 et demandé de l'aide dans un magasin de motos sis plus loin à l'avenue L______. Il avait ensuite également été pris en charge par une ambulance

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et conduit au service des urgences des Hôpitaux universitaires genevois (HUG), son véhicule faisant l'objet d'une décontamination. G______ a refusé de se soumettre au test de l'éthylomètre. La perquisition ultérieure de son appartement a permis la découverte et la saisie d'une bouteille d'acide sulfurique, avec une concentration de plus de 80%, laquelle se trouvait dans une armoire du corridor. b.a. J______, domiciliée au chemin H______23, a expliqué, à l'occasion de son audition par la police du 23 juillet 2012, avoir aperçu sur ledit chemin, de retour d'une promenade, une femme qui criait "appelez la police!". Cette personne – à quelque 6 mètres de l'endroit où elle-même se trouvait – était alors en présence de deux hommes, dont l'un semblait passablement agité et hurlait "je t'aurai salope". La situation était alors confuse; il s'agissait d'une grosse dispute. Après un échange d'insultes, un des hommes avait lancé un projectile en porcelaine sur la femme. Un des deux hommes, toujours, était ensuite parti en courant en direction du stade H______poursuivi par l'autre impliqué dans la bagarre, sans que le témoin puisse dire qui courrait après qui. J______ avait immédiatement porté secours à la femme, qui lui avait dit que ses yeux brûlaient. Elle avait placé des compresses d'eau froide sur les yeux de cette dernière et pansé la blessure que l'intéressée présentait au cuir chevelu, du côté gauche, causée, certainement, par l'impact du projectile reçu. Lorsqu'elle soignait cette femme, l'un des hommes impliqués – en réalité l'excompagnon de celle-ci, selon ce que l'intéressée lui avait ensuite dit – était revenu menacer l'intéressée au moyen d'un couteau et lui avait donné un coup de pied dans les côtes alors qu'elle se trouvait au sol. En quittant les lieux, il avait dit et répété "je t'aurai". A l'arrivée des ambulanciers, J______ avait constaté des brûlures sur le corps de la femme, au niveau du côté gauche de la nuque ainsi que sur le bras gauche. b.b. Par-devant le Ministère public, J______ a confirmé ses déclarations. Elle a précisé que la femme avait reçu le projectile sur la tempe gauche. L'un des hommes, en revenant vers la victime, avait un couteau à la main et avait effectué un geste comme pour toucher celle-ci en direction du thorax. Les coups de pied donnés étaient au nombre de deux ou trois dans le dos, sur le côté droit de la femme, qui était alors au sol. c. Les détenteurs de quatre véhicules stationnés au chemin H______et dont la carrosserie a été abîmée à la suite du jet de la tasse contenant l'acide, ont déposé plainte en temps utile. Il s'agit de F______, de C______, de D______ et de E______, lesquels se sont constitués parties plaignantes. d. i) Le 10 août 2012, N______, employée auprès de la Fondation des services d'aide et de soins à domicile (ci-après : FSASD) de service à la centrale téléphonique le 23 juillet précédent, a été entendue par la police. La précitée a expliqué qu'à cette date, aux alentours de 18h15, elle avait reçu un appel d'un homme inconnu qui disait avoir cherché à atteindre le SPMI et s'être fait rediriger sur le numéro de la FSASD. L'individu avait dit qu'il venait de "massacrer" son exfemme ainsi que le compagnon de cette dernière, qu'il allait certainement se

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retrouver en "taule" et qu'il fallait donc prendre en charge son fils. La conversation avait été confuse et peu claire. Suite à cet appel, N______ avait averti la police en composant le 117. ii) K______ a précisé, lors de son audition à la police du 24 juillet 2012, avoir reçu le message suivant de G______ sur sa boîte vocale le jour des faits à 18h14 : "Bonjour, c'est G______, ils ont réussi à me faire péter un plomb, je les ai assommés tous les deux, I______ serait tout seul chez sa mère, la police va venir me rechercher". Juste après l'avoir écouté, elle avait rappelé G______. Ce dernier pleurait, respirait fort et lui était apparu en état de choc. Il lui avait dit : "Ils me harcèlent tout le temps, je les ai mis hors d'état de nuire, ils ne pourront plus m'embêter … je leur ai lancé de l'acide". e. Les recherches accomplies par la police au sujet des échanges téléphoniques survenus entre G______ et A______ à l'époque des faits ont permis de retracer leur chronologie et leur nature. i) Le 19 juillet 2012 à 18h39, A______ a adressé à G______ un message SMS mêlant l'italien au français, traduit ainsi : "T'es un connard de merde comme la couleur de la chatte de ta copine ne te permet pas de retoucher I______ sinon tu vas me trouver de suite chez toi. soi un homme 1 fois dans ta vie. au lieu de frapper des + faibles". S'en sont suivis, de 18h49 à 19h28, deux échanges du même acabit entre les intéressés. ii) Le 23 juillet 2012, B______ a appelé G______ notamment à 10h27, 10h30, 11h35, 11h38 et 16h37. Ce jour-là, G______ a appelé A______ à 12h20, 14h49 et 15h08; A______, lui, a appelé G______ à 16h24, 16h25, 16h32, 17h05 et 17h44. Les deux se sont également échangés des messages SMS, le premier ayant été adressé par A______ à 16h30 avec la teneur suivante : "Ecoute les habits c est nous qui les avons achete donc demaon cela sera prêt si tu des couilles Viens les chercher". G______ y a répondu à 17h04 : "Caffar de la pire espèce oublié mon téléphone Tu es insignifiant pour moi et va te faire soigner. Addio. Scarrafone [grand caffard en dialecte napolitain]". Puis, A______ lui a envoyé à 17h15 : "Va t Injecter j arrive in cullo tutto A.POSTO". S'en sont suivis à 17h25, toujours de la part de A______ les messages SMS qui suivent : "15, min j arrive", auquel G______ a répondu à 17h43 : "Ca fait déjà 30", puis, à 17h51, de A______ : "J arrive" et à 17h57 "descend". iii) Après les faits et être remonté dans son appartement, G______ a notamment composé les numéros du SPMI, à 18h07, de la centrale de la FSASD, à 18h08, enfin celui de K______, à 18h11, celle-ci l'ayant rappelé à 18h14. A l'heure de l'appel effectué par G______ au SPMI, un message préenregistré invite l'appelant à prendre contact avec la centrale de la FSASD en cas d'urgence. Le message laissé par G______ sur le répondeur de K______ a été retranscrit : "Putain, ils sont arrivés à me faire péter les plombs hein … ce soir moi la police va venir me chercher, la mère et son compagnon ils sont hors d'état …".

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f. Selon rapport de la police du 30 juillet 2012, les recherches effectuées au journal des événements pour la période allant du 1er janvier 2006 au 23 juillet 2012 permettent de mettre en avant que : - B______ a fréquenté le milieu toxicomane entre janvier 2006 et juillet 2008 notamment; - A______ a en tous les cas consommé des stupéfiants entre février 2006 et mai 2012, consommation ayant entraîné un comportement agressif envers ses parents durant de nombreux mois; - aucune intervention n'a été relevée pour G______ uniquement; - seul un conflit entre le couple B______ / A______ et G______ est enregistré au journal. A ce titre, B______ et A______ se sont présentés à un poste de gendarmerie le 3 juin 2011 pour dénoncer le fait que G______ aurait menacé de défigurer son ex-compagne, de tuer A______ puis de s'en prendre à I______. Il ne s'agirait, selon le couple, que de menaces car G______ ne serait pas assez courageux pour passer à l'acte. Aucune plainte n'a alors été déposée, le couple ayant été invité à prendre contact avec le SPMI. Le 11 juin 2011, B______ a déposé plainte contre G______ des chefs de lésions corporelles simples, violation du devoir d'assistance ou d'éducation et menaces. g. i) O______, concubine depuis 2008 de G______ sans faire ménage commun, a été entendue au Ministère public. Elle a expliqué que les rapports du précité avec la mère de son enfant étaient difficiles. G______ lui avait notamment dit que l'intéressée l'agressait au téléphone et qu'il valait donc mieux qu'elle s'abstînt de tout contact avec elle. Elle ne connaissait pas non plus A______ mais à une occasion, alors qu'elle revenait de ses commissions avec G______, l'intéressé avait appelé au téléphone son concubin et l'avait menacé de le "planter". Elle avait pris le téléphone pour lui demander d'arrêter d'importuner son compagnon. A______ avait alors proféré des insultes à caractère raciste à son encontre, la traitant de "sale noire". B______ et A______ étaient aussi passés à l'appartement de G______ pour donner des coups de pied dans la porte. G______ n'était pas quelqu'un qui parlait beaucoup. Toutefois, lorsqu'il recevait de tels téléphones ou messages SMS, elle constatait qu'il était affecté et tous deux parlaient alors de ce qui se passait. B______ agressait G______ au téléphone à propos de l'éducation de I______, lui reprochant ce qu'il faisait et qui n'était jamais bien. O______ a précisé que G______ en souffrait mais lui disait de ne pas s'en mêler. Dans le cadre de cette relation conflictuelle, son concubin avait beaucoup supporté, "acceptant tout". La façon dont B______ le persécutait n'était pas normale. O______ a dit qu'elle avait eu G______ au téléphone, le 23 juillet 2012 vers midi, et que l'intéressé allait alors très bien. Tous deux avaient rigolé. ii) Le Ministère public a procédé le 5 septembre 2012 à l'audition de P______, installateur-sanitaire indépendant et ami proche de G______ depuis une dizaine d'années.

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L'intéressé a notamment déclaré avoir été le témoin de menaces formulées par A______ par téléphone à l'endroit de son ami, il y avait environ deux ans, alors que tous deux étaient sur le lac pour une partie de pêche. Il avait tout d'abord entendu G______ répondre, sur un ton calme, qu'il ne voulait pas d'histoires puis celui-ci avait raccroché. Le téléphone avait pourtant continué à sonner et, à la 5ème sonnerie, P______ avait lui-même pris l'appel. Il avait eu en ligne un homme qui parlait en italien, avec un accent napolitain, soit A______, qui disait : "je vais te tuer, brûler ta voiture, ta maison". Alors qu'un rendez-vous avait été fixé ultérieurement avec l'interlocuteur, qui l'avait accepté, celui-ci ne s'y était pas présenté. Ce n'était d'ailleurs pas la première fois que A______ menaçait son ami, qui ne comprenait pas pourquoi c'était le cas. Après une période d'accalmie, la situation s'était à nouveau péjorée selon ce que lui avait confié G______, qui recevait à nouveau des insultes et des menaces par téléphone et les vivait mal, ayant peur et se sentant démuni. P______ lui avait conseillé d'aller porter plainte à la police. L'acte reproché à son ami l'étonnait dans la mesure où il ne le connaissait pas comme quelqu'un de colérique Il interprétait son geste comme un "pétage de plombs". h. Selon rapport de police du 20 février 2013, l'examen des vêtements des victimes permettait d'affirmer que celles-ci faisaient très probablement face à G______, lorsque celui-ci leur avait jeté l'acide dessus, sans qu'il ne soit possible de déterminer le nombre de jets d'acide reçus par les victimes. Par ailleurs, sur 250 trous présents sur le T-shirt alors porté par B______, seuls 5 n'avaient pas été causés par l'acide et deux d'entre eux – vers l'épaule droite – n'apparaissaient pas consécutifs à la découpe des vêtements, sur place, par les ambulanciers. i.a. Diverses photographies ayant trait aux blessures des victimes ont été versées au dossier. Elles illustrent l'état dans lequel les victimes ont été hospitalisées (cf. P B031 à B039), avec des traces brunâtres sur la peau causées par les brûlures à l'acide – s'agissant essentiellement du visage pour A______ et du visage ainsi que des cou, bras gauche et jambe droite pour B______ –, respectivement l'évolution de ces blessures en fonction des opérations chirurgicales subies et leur état cicatriciel à la suite des soins donnés (cf. P B256, B406 à 410 produites par la Dresse Q______ pour A______, B419 à 430 produites par le Dr R______pour B______, les médecins précités œuvrant au département de chirurgie, service de chirurgie plastique, reconstructive et esthétique des HUG). i.b.a. Selon constats de lésions traumatiques établis par le Centre universitaire romand de médecine légale (ci-après : CURML) suite à l'examen par les Dr S______ et T______des victimes aux HUG peu après les faits, celles-ci présentaient : - s'agissant de A______, des lésions brunâtres au niveau du visage, notamment du front, du nez et des pommettes, ainsi qu'au pli du coude droit. Il s'agissait de

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brûlures consécutives à un contact avec une substance acide des 1er, 2ème et 3ème degrés, celles du 3ème degré concernant le front et le nez nécessitant une greffe de peau. Le précité présentait également une érosion de la cornée de l'œil gauche. Sa vie n'avait pas été mise en danger; cependant, les brûlures du 3ème degré laisseraient très probablement des séquelles sous forme de cicatrices et de rétractions cutanées, alors que le pronostic au niveau de l'œil gauche était réservé en raison de l'atteinte subie; - s'agissant de B______, de nombreuses brûlures cutanées du 1er degré, en forme de "carte géographique" évoquant des giclures, prédominant au niveau du côté gauche du haut du corps (visage, tronc et membres supérieurs) et prédominant au niveau du côté droit de la portion inférieure du corps (membres inférieurs), ainsi qu'une brûlure cutanée du 3ème degré située au niveau de la cuisse droite, nécessitant une greffe cutanée ultérieure. Ces blessures étaient compatibles avec des lésions consécutives à un contact avec une substance acide. La vie de B______ n'avait pas été mise en danger. Des séquelles seraient très probables au niveau de la cuisse droite sous la forme de cicatrices et/ou de rétractions cutanées. Le pronostic était réservé quant à l'œil droit de l'intéressée, celle-ci souffrant à cet endroit d'une hyperémie de la conjonctive et d'une tuméfaction de la paupière supérieure. i.b.b. i) Selon lettre de sortie des HUG du 2 octobre 2012 signée notamment par la Dresse Q______, A______ a été hospitalisé du 23 juillet au 21 septembre 2012. A son arrivée, l'intéressé présentait des brûlures profondes du 3ème degré aux nez et front et du 2ème degré "profond" des paupières supérieures et de la partie supérieure de l'oreille gauche, le haut du thorax étant également atteint et présentant des lésions superficielles de type projection, non compte tenu d'une rétractation des paupières supérieures avec ectropion bilatéral et d'une érosion cornéenne de l'œil gauche, avec diminution d'apport sanguin et perte d'acuité. La peau du nez et du front était "cartonnée", de coloration grisâtre et insensible. Du 26 juillet au 12 septembre 2012, A______ a subi 11 opérations consistant en une succession de débridements et couvertures cutanées par greffes prélevées sur son cuir chevelu, au niveau sous-claviculaire ou inguinal. L'évolution des greffes a été favorable mais, en raison de foyers infectieux, un traitement antibiotique a été prescrit sur de nombreux jours à A______. Afin de prévenir des cicatrices hypertrophiques, un masque de compression sur mesure a été confectionné en vue d'être porté par le précité pendant plusieurs mois. En ce qui concerne l'atteinte cornéenne gauche, un suivi ophtalmologique a été prescrit à A______, avec prise de sérum. Par ailleurs, le suivi psychiatrique dont a bénéficié l'intéressé devrait continuer dès sa sortie d'hôpital, ainsi qu'un suivi ambulatoire auprès de la consultation de chirurgie plastique pour ses cicatrices encore instables, avec prise de médicaments, dont du Xanax et du Seroquel. ii) Selon lettres de sortie des HUG des 16 août et 8 octobre 2012 signées notamment par le Dr R______, B______ a été hospitalisée du 23 juillet au 15 août 2012 puis du 20 août au 7 septembre 2012. Les brûlures du 3ème degré de la cuisse et de la jambe droite en forme de "placards … cartonnés sans recoloration"

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correspondaient à 1% de la surface corporelle. L'œil droit présentait une légère atteinte cornéenne, sans lésion vasculaire, qui a évolué favorablement. Un CT cérébral a mis en évidence une tuméfaction focale des parties molles sous-cutanées au niveau pariéto-temporal gauche, sans hématome extra ou intra crânien, alors qu'un examen IRM a fait apparaître une lésion parenchymateuse de 7 mm post traumatique au niveau frontopolaire droit. Le 26 juillet 2012, un premier débridement et greffe de peau fine, prélevée sur la fesse droite, a été effectué au bloc opératoire sur la jambe droite. Cependant, en raison de nécroses des zones greffées, B______ a dû être réopérée le 20 août 2012 et subir un nouveau débridement et couverture par greffe de peau fine à la cuisse et jambe droites. Ses pied et cheville étaient légèrement œdématiés. Lors de son séjour hospitalier, l'intéressée a été également été suivie par le service de psychiatrie ainsi que par l'unité de la prévention de la violence. A sa sortie d'hôpital, un suivi ambulatoire auprès de la consultation de chirurgie plastique lui a été prescrit, non compte tenu de la prise de Xanax, Phénobarbital et Seroquel. i.b.c. i) Selon certificat établi le 14 février 2014 par le Dr U______, médecin traitant de A______, le processus de sevrage progressif d'opiacés débuté par son patient avant son agression a dû être interrompu en raison de celle-ci, soit en raison des douleurs générées par les brûlures subies, et n'a pu être repris. Par ailleurs, A______ subissait des douleurs de la face antérieure de la cuisse gauche, secondaires à l'exposition à l'acide, ce qui nécessitait l'emploi d'un traitement antalgique chronique. Enfin, l'agression avait mis un terme aux perspectives d'emploi de A______, alors même que l'intéressé en avait trouvé un avant celle-ci, motif pour lequel une demande auprès de l'assurance-invalidité était en cours d'instruction. ii) La Dresse V______, médecin psychiatre, a attesté de ce que A______ suivait auprès d'elle une psychothérapie depuis le 24 septembre 2012, à raison d'une consultation par semaine, avec une "évolution lentement progressive". A______ prenait un traitement médicamenteux anxiolytique et antidépresseur complexe. iii) Selon rapport de consultation établi le 29 avril 2014 par le Dr W______, spécialiste en oculoplastie au service d'ophtalmologie aux HUG, A______ présentait une baisse de son acuité visuelle à gauche (de 0,5 sans correction et de 0,7 avec correction) probablement consécutive à la cicatrice cornéenne, tout comme un larmoiement chronique gauche lié à l'éversion de sa paupière. Un traitement chirurgical en ambulatoire pour repositionner la paupière pouvait améliorer les symptômes y relatifs, alors que la cicatrice cornéenne devait être réévaluée par un ophtalmologue spécialiste en cornée afin de déterminer si un traitement serait en mesure d'améliorer du moins partiellement la vision à l'œil gauche de l'intéressé. iv) Selon rapport de consultation du 13 mai 2014 d'otologie des HUG, A______ présentait un rétrécissement du conduit auditif externe gauche modérée, lequel pourrait être expliqué par son agression, sans séquelles fonctionnelles.

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i.c. La Dresse Q______, qui s'est occupée à titre principal de A______ durant son séjour hospitalier puis lors de son suivi post opératoire, a été entendue le 3 octobre 2013 par le Ministère public. Elle a confirmé la lettre de sortie du 2 octobre 2012. Elle a précisé qu'à l'hôpital, elle avait dû fermer l'œil gauche de A______ pendant une dizaine de jours, après les premiers traitements, avant que celui-ci ne subisse un nouveau traitement sous forme de larmes artificielles et d'antibiotiques, ce qui lui avait permis de récupérer partiellement la vue. Les tissus greffés provenaient du crâne pour le front rétabli en premier, du cou pour le nez débridé en second, enfin de l'aine pour les yeux, l'œil droit présentant une rétractation cicatricielle. Ainsi, A______ avait subi 11 opérations sur une période de 2 mois. L'intéressé avait également souffert d'une mycose sur le front, ce qui était caractéristique chez les personnes brûlées sévèrement, subissant plusieurs épisode de colonisation bactérielle, étant précisé qu'un champignon angio-invasif, soit dans les vaisseaux sanguins, était particulièrement dangereux. Quant aux autres lésions plus superficielles, elles avaient été débridées – la peau étant retirée – au "couteau hydrique". A______ n'était pas considéré sur le plan médical comme un grand brûlé parce que la surface de son corps n'avait pas été brûlée à 30%. Il était, en revanche, un "brûlé sévère" dans la mesure où il avait été atteint à la face, soit dans une région fonctionnelle. L'évolution de A______ avait été positive tant sur le plan psychologique – il avait bien réagi dans une période très difficile – que sur le plan physique, dans la mesure où les greffes avaient pris. A______ avait fait face alors même qu'il était "extrêmement difficile de supporter 11 opérations et de ne pas savoir si au bout on retrouvera un visage". L'intéressé s'était très bien pris en charge dès sa sortie d'hôpital et n'avait pas dû être réopéré. Il n'avait toutefois plus le même visage qu'avant et conserverait des cicatrices à vie – les "stigmates" d'une personne brûlée – sur le visage entier. La Dresse Q______ a tenu à ajouter qu'en Europe continentale, ce genre de lésions était extrêmement rare. Elles étaient extrêmement graves car le patient pouvait perdre la vue, voire la vie, car il pouvait être victime d'une dépression sévère subissant une isolation sociale totale. En l'occurrence, A______ se reconstruisait petit à petit et son évolution était également positive à ce titre. i.d. Le 9 octobre 2013, le Dr R______, en sa qualité de chef de clinique de garde lors de l'admission de B______ aux HUG puis de médecin en charge des soins donnés à l'intéressée tout comme lors de son suivi post opératoire, enfin, de cosignataire des lettres de sortie, a été entendu par le Ministère public. Il a confirmé les lettres de sortie en cause. S'agissant de son état actuel, B______ n'avait pas de séquelles au niveau du visage, même si elle s'en plaignait. Comme elle avait été brûlée aux 1er et 2ème degrés de manière superficielle dans cette région, il restait quelques rougeurs, dont certaines

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s'étaient déjà estompées, alors que d'autres s'estomperaient avec le temps. Les brûlures de ce type au visage, cou et bras représentaient 9% de la surface corporelle totale. Les brûlures aux cou et bras avaient nécessité un débridement, sans greffe. Au niveau de la jambe droite, qui présentait des brûlures du 3ème degré correspondant à 1% à 2% de la surface corporelle totale – 1% représentant la surface totale de la paume d'une main –, le genou, le mollet et la cheville avaient dû être greffés et par deux fois, s'agissant des genou et mollet. Comme ces dernières greffes présentaient des irrégularités et des dépressions, elles avaient été retouchées en juillet 2013 et ne pourraient plus être améliorées, de même que la différence de couleur de peau. Sur le plan chirurgical, compte tenu du status initial très inquiétant, le résultat obtenu pouvait être considéré comme satisfaisant, même si ce n'était pas le cas du point de vue de la patiente, au vu des séquelles. B______ était encore très touchée par ses cicatrices, qui lui posaient problèmes dans ses relations à autrui. Elle ne pouvait par ailleurs pas s'exposer au soleil pendant une année. i.e. X______, médecin généraliste traitant de B______ depuis le 10 juillet 2003, a été entendue par le Ministère public le 19 mars 2014. L'intéressée a expliqué avoir suivi sa patiente dès sa sortie d'hôpital. Au niveau du traitement médicamenteux, rien ne lui avait été ajouté depuis lors. La morphine retard, qui lui avait été prescrite en raison de douleurs dues aux greffes, était actuellement en phase de sevrage. En raison d'un déficit enzymatique, il avait été hésité à mettre en place un traitement antidépresseur. B______ avait également dû consulter un ophtalmologue pour ses problèmes d'acuité visuelle. La situation à ce titre s'était améliorée; cependant, B______ restait en attente de lunettes pour corriger une perte partielle de son champ visuel. La Dresse X______ a précisé que sa patiente avait un problème d'entorse à la cheville droite consécutif à sa chute lors de son agression, bien que cet élément ne ressortisse pas de la lettre de sortie des HUG. L'œdème que B______ présentait à la jambe droite avait fait que l'entorse avait été négligée. Ce problème avait été repris et traité en ambulatoire par physiothérapie et port d'une attelle. La patiente conservait des douleurs à la marche parce que les lésions en cause n'avaient pas été assez rapidement prises en charge. B______ souffrait également d'un trouble de l'audition, non investigué, pouvant être lié à un coup ou une chute. Sa patiente ne s'était jamais plainte de douleurs à la cheville ou de problèmes auditifs ou visuels avant son agression. Sur le plan psychologique, B______ bénéficiait d'un suivi mis en place à la suite de l'agression auprès d'un psychothérapeute. L'intéressée subissait un syndrome de stress post-traumatique, lequel engendrait angoisses et état dépressif. Avant l'agression, sa patiente avait une vie normale, partait en voyage et sortait. Même si B______ avait connu par périodes un état dépressif, un tel état n'était pas présent dans les mois qui avaient précédé l'agression. Les seules angoisses de l'intéressée étaient liées aux conflits rencontrés avec son fils alors en pleine adolescence. Depuis l'agression, B______ souffrait autant physiquement des greffes au niveau de

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sa jambe droite – elle ne pouvait notamment porter que des pantalons larges pour éviter tout frottement – que psychologiquement dans la mesure où les greffes n'étaient pas esthétiques. Elle était mal à l'aise, ne voulait plus sortir et avait perdu beaucoup de poids. Par ailleurs, les greffes ne lui permettaient plus de s'exposer au soleil, de sorte qu'elle ne pouvait plus porter de vêtements courts. Elle avait ainsi perdu la bonne image qu'elle avait d'elle, soit l'image d'une "femme belle qui prenait soin d'elle-même". Elle devait s'habiller différemment et ne pouvait plus porter notamment de jupes. Déclarations des parties j.a. A______ a déposé plainte à l'occasion de son audition par la police le 24 juillet 2012 aux HUG. Il a expliqué que, la veille, B______ voulait discuter avec G______ à propos de leur fils, qui ne voulait plus aller chez son père parce qu'il y avait des problèmes de violence entre eux. Il avait appris que leur fils avait déjà été frappé par son père avec une ceinture et un sac de glaçons. G______ lui avait envoyé un message SMS, peu avant leur rencontre, par lequel il lui disait qu'il avait 15 mn de retard. La veille encore, l'intéressé lui avait déjà envoyé des messages d'insultes en italien. Il lui était par ailleurs déjà arrivé de l'insulter mais cela restait rare. Sur place, alors qu'il attendait avec B______ au bas de l'immeuble dans lequel G______ était domicilié, il avait vu le précité arriver dans sa voiture, en sortir, passer devant son allée puis s'approcher d'eux avec une main dans le dos, avant de projeter – à quelques mètres de l'endroit où ils se trouvaient – le contenu d'une tasse à leur encontre. Il était alors 18h00. Lorsque G______ avait jeté le contenu de sa tasse, A______ a précisé avoir immédiatement senti la brûlure. Il avait rapidement saisi qu'il s'agissait d'acide. G______ avait dès lors jeté le reste du contenu sur B______, avant de lancer à la tête de l'intéressée la tasse elle-même, celle-ci s'étant alors cassée. G______ avait ensuite sorti un couteau et s'était dirigé sur lui en criant qu'il allait le planter. A______ était alors parti en courant et s'était caché entre deux voitures, sans être rejoint par le précité. De retour sur les lieux de l'agression, il avait vu B______ prise en charge, une vingtaine de personnes se trouvant auprès d'elle. Il s'était dès lors mis au volant et avait conduit un peu, jusqu'à ce qu'il ne vît plus rien, la douleur empirant. Il avait laissé sa voiture et s'était rendu dans un magasin de scooters, d'où le personnel avait fait appel aux secours et lui avait permis de rincer ses brûlures. A______ pensait que G______ avait agi de la sorte à cause de son fils. Plus spécifiquement, il pensait que les messages SMS qu'il avait adressés au précité, par lesquels il lui faisait part de ce que, si celui-ci touchait encore à son fils, il aurait à faire à lui, avaient dû le mettre hors de lui-même. S'agissant des conséquences médicales de l'agression, les médecins lui avaient dit que son œil droit devrait dégonfler dans les prochains jours. En revanche, la cornée

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de son œil gauche était touchée et rien n'était certain quant à sa récupération de la vision. j.b.a. A______ a été entendu par le Ministère public le 10 octobre 2012. Il a confirmé ses déclarations à la police et précisé le déroulement des faits ainsi qu'expliqué quelles en étaient les conséquences sur son état de santé. Il avait rencontré B______ quatre ans auparavant, ayant été présentés l'un à l'autre par un ami commun, et vivait en concubinage depuis trois ans et demi. Il avait, dans le même temps, fait la connaissance de G______, ne l'ayant vu qu'à deux ou trois reprises. Il s'en était fait une idée par le biais de ce que lui en avait raconté B______. Par la suite, il l'avait eu parfois au téléphone mais c'était plutôt rare. B______ lui tendait le téléphone quand le dialogue ne passait plus, dialogue qu'il voulait essayer de rétablir. Au début, cela avait fonctionné mais plus par la suite. Il s'entendait très bien avec I______. Lorsqu'un incident avec un ceinturon était survenu, il avait parlé au téléphone avec son père, à qui il avait demandé d'arrêter de frapper son fils. Ce genre d'incidents et de téléphones avait eu cours à trois ou quatre reprises, lorsque I______ venait lui en parler ou qu'il l'apprenait d'un copain de l'intéressé, à l'instar d'un épisode au cours duquel I______ avait reçu un coup donné avec des glaçons dans un sac. A chaque fois qu'il appelait G______, celui-ci lui répondait que cela ne le regardait pas. Au début, les discussions avaient été courtoises puis elles s'étaient envenimées. B______ lui avait aussi demandé de l'accompagner aux réunions de parents d'élève concernant I______, ne se sentant pas en sécurité et pour le bien de son enfant. Quant à l'incident relatif aux coups de pied donnés dans la porte de G______, A______ a indiqué que B______ et lui-même avaient rendez-vous avec l'intéressé et que, dans la mesure où il avait pensé qu'il se trouvait dans son appartement mais ne répondait pas, il s'était énervé, raison pour laquelle il avait mis deux coups de pied dans la porte. Il avait reçu des menaces de G______ par la suite, menaces qu'il avait prises au sérieux. B______, I______ et lui-même étaient rentrés de leurs vacances en Turquie environ une semaine avant le 23 juillet 2012. I______ devait rester avec eux jusqu'à fin juillet mais était finalement allé chez son père une semaine plus tôt, sans qu'il ne sût pour quels motifs. Il n'avait pas le souvenir d'un quelconque incident avant le 23 juillet 2012. Ce matin-là, un nouveau conflit avait éclaté entre B______ et G______ à propos de I______. Ils s'étaient parlé à deux reprises au téléphone, lui semblait-il. B______ lui avait alors paru très nerveuse. Elle lui avait juste dit qu'il était à nouveau impossible de dialoguer sans lui préciser de quoi il en retournait exactement. Il pensait avoir pris l'initiative d'adresser le premier message SMS à G______ pour qu'il arrête et calmer la situation. Très vite, tous deux avaient échangé des insultes par messages SMS.

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Un rendez-vous avait été fixé à 17h30 au bas de l'immeuble de G______ pour lui remettre des vêtements appartenant à I______ en vue de son prochain départ en vacances. Avec B______, ils y étaient arrivés en retard, à 18h00. Une fois au pied de l'immeuble, G______ n'y était pas. Après lui avoir envoyé un message SMS, le précité lui avait répondu qu'il arrivait. Il lui semblait que l'intéressé était arrivé en voiture et l'avait stationnée non loin de l'endroit où B______ et lui-même se tenaient. A______ ne se rappelait plus si G______ était tout de suite venu en sortant de sa voiture. Il avait un "blanc". L'image suivante dont il se souvenait était celle où il voyait G______ s'approcher d'eux, une main dans le dos et l'autre devant, dans laquelle il n'avait rien. G______ portait un jeans d'hiver et un pull en polaire. Lorsqu'il était arrivé à 3 ou 4 mètres d'eux, il avait d'abord jeté du produit sur le visage de A______. Au début, le précité avait cru qu'il s'agissait de café. Il pensait que G______ avait visé son visage. Il était alors épaule contre épaule avec B______. Il avait senti des douleurs au front. Le liquide était dans un vase que G______ tenait dans sa main cachée derrière le dos, vase qu'il avait ensuite projeté en direction de B______, qui l'avait reçu sur le crâne et s'était écroulée. Entre ces deux gestes, G______ avait également jeté de l'acide contre B______. A______ avait averti cette dernière de faire attention à ses yeux. A son avis, il y avait eu trois gestes de la part de G______, qui l'avait ensuite poursuivi sur quelques mètres avec un couteau. A son souvenir, G______ n'avait pas dit un mot pendant toute l'action. Cinq minutes plus tard, les brûlures étaient telles qu'il avait compris qu'il ne s'agissait pas de café. Il avait pu reprendre sa voiture pour fuir mais avait dû s'arrêter quelques minutes plus tard à cause des douleurs et parce qu'il n'y voyait plus. Il avait été pris en charge par les employés du garage où il se trouvait, lesquels lui avaient dit qu'il devait s'agir d'acide vu les trous qu'il avait sur les vêtements. A cause des brûlures aux yeux, il avait perdu la vue pendant trois jours. A______ a expliqué que, depuis le 23 juillet 2012, il avait subi onze opérations, dont cinq greffes (aux front, nez et deux paupières ainsi qu'à l'oreille). Il était toujours sous morphine, somnifères et antidépresseurs. Il prenait également des médicaments pour son visage. Au niveau de sa vision, celle-ci n'était conservée qu'à 50% s'agissant de l'œil gauche, ayant retrouvé sa pleine capacité s'agissant de l'autre œil, alors que le pronostic y relatif n'était pas bon. Il avait perdu 10 mm de cornée, touchée par l'acide, et en avait récupéré 9 mm par cicatrisation mais il restait 1 mm qui n'avait pas été rétabli, raison pour laquelle une nouvelle opération pourrait être envisagée à ce titre, ses deux paupières devant être regreffées. Il avait également reçu quelques éclaboussures d'acide au bras droit, sans subir de greffe à cet endroit, le bras ayant cicatrisé alors que des marques demeuraient. Il était sorti des HUG le 21 septembre 2012. Le plus difficile concernait son œil gauche et son front qui avait été brûlé au 3ème degré. Il présentait de nombreuses cicatrices, irréparables, et avait perdu tous les cheveux de devant, même si certains recommençaient à pousser. C'était très difficile à vivre dans la mesure où il ne se reconnaissait plus dans le miroir.

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Au niveau mental, cela n'allait pas du tout. Il était suivi par une psychologue et une psychiatre. Il se sentait très mal dans sa peau et passait ses journées enfermé chez lui à prendre des médicaments et à se soigner. Il ne sortait plus si ce n'était pour ses rendez-vous médicaux ou pour voir son avocat car il devait humecter son œil avec du sérum toutes les deux heures ainsi que prendre de la morphine toutes les huit heures. La nuit, il devait dormir avec un masque pour, d'une part, éviter que les cicatrices des greffes ne gonflassent, d'autre part, que celles-ci prissent bien. Il n'avait plus de vie sociale et vivait chez ses parents pour que ceux-ci pussent lui prêter assistance. j.b.b. Aux audiences de confrontation du Ministère public des 23 janvier et 5 février 2013, A______ s'est exprimé. Pour tenter d'arranger les choses entre B______ et G______, il avait essayé d'appeler ce dernier à plusieurs reprises le 23 juillet 2012. Soit l'intéressé ne décrochait pas, soit il décrochait et lui disait "blablabla" avant de lui raccrocher au nez. Ensuite, les messages SMS avaient été échangés, A______ convenant que la teneur desdits messages était "peut-être" excessive alors que c'était le seul moyen qu'il avait trouvé pour dialoguer après cinq ou six tentatives de téléphone infructueuses, excédé par leur "dialogue de sourd", ayant été insulté lui et sa famille. Sur le moment, les mots étaient sortis comme cela et avaient dépassé sa pensée. A______ a dit n'avoir jamais été mêlé à des bagarres. Il n'était pas violent hormis quelques conflits qu'il avait eus au sein de sa famille, ayant été condamné pour avoir donné une gifle à sa mère. S'il avait précédemment donné deux coups de pied dans la porte de G______, c'était parce qu'il avait pensé que celui-ci était à l'intérieur et qu'il ne voulait pas leur ouvrir. Il n'avait par ailleurs jamais vraiment rencontré G______, c'est-à-dire pris le temps de parler ensemble. En arrivant devant le domicile de G______, A______ était très tendu et énervé compte tenu des échanges qui avaient précédé. S'il était venu sur place, alors même qu'il disait avoir pris les menaces du précité au sérieux et qu'il avait eu peur, c'était parce que I______ n'arrêtait pas de se plaindre qu'il prenait des coups. B______ portait le bagage de I______. Ils avaient essayé de rentrer dans l'immeuble au moyen du code d'entrée qu'ils connaissaient mais qui ne fonctionnait pas. G______, en arrivant vers eux, avait effectué trois gestes : l'un vers A______ pour lui jeter l'acide, un deuxième vers B______, sans qu'il ne puisse dire si celle-ci avait reçu ou non du liquide, enfin, un troisième, lançant sa tasse sur la précitée, en visant la tête. Par la suite, G______ l'avait poursuivi avec le couteau, à deux ou trois mètres de lui, sans que A______ ne se souvinsse si, alors, il marchait ou courrait. Il imaginait que, si G______ l'avait voulu, il aurait pu le tuer. A______ a précisé que, depuis le mois d'octobre 2012, trois complications étaient apparues. En premier lieu, l'acide attaquait toujours la cornée de son œil gauche et la situation n'était donc pas stabilisée, alors que la peau greffée à proximité de cet

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œil ou juste en-dessous était sur le point de céder. Deuxièmement, la fermeture de son œil gauche ne s'effectuait pas correctement de sorte qu'il voyait le jour même avec l'œil fermé. En attendant une prochaine opération, on lui avait proposé de porter des lunettes de ski avec de la ouate dedans, ce qu'il devait faire pour dormir, en sus d'un masque rigide, le tout appuyant sur ses cicatrices. Troisièmement, les cicatrices sur son visage tiraient tellement que la peau se détachait de l'œil et que celui-ci ne cessait de couler. Une nouvelle greffe à ce niveau était donc envisagée, sans compter une autre au front. Sur le plan psychique, il n'allait toujours pas bien du tout. Il sortait peu de chez lui, vivant en alternance chez ses parents et chez B______. Son psychiatre lui prescrivait des antidépresseurs, anxiolytiques et somnifères, sans compter les autres médicaments pour les maux physiques dont il souffrait. k.a. B______ a déposé plainte lorsqu'elle a été entendue par la police le 24 juillet 2012 aux HUG. A cette occasion, elle a expliqué que la veille vers 17h00 et alors qu'en compagnie de A______, elle attendait G______ devant son domicile pour discuter avec lui de leur fils afin de "trouver un arrangement", soit que celui-ci passe une nuit de plus chez elle, elle l'avait vu venir vers eux de lui-même. G______ était au courant qu'elle allait venir accompagnée de A______. Il s'était approché avec une main dans le dos et avait soudain projeté sur eux un liquide, sans dire un mot. Elle avait appris aux HUG qu'il s'agissait d'acide. Elle avait reçu le liquide dans les yeux et n'avait plus rien vu. Elle s'était recroquevillée sous l'effet de la brûlure, alors que A______ lui avait crié de se baisser et de faire attention. Elle avait ensuite senti que G______ lui cassait quelque chose sur la tête et était tombée au sol. Elle n'avait pas vu l'objet en question. Une dame âgée s'était alors approchée d'elle pour la soigner. Lorsqu'elle était au sol, G______ était revenu vers elle avec un couteau à la main, dont la lame devait faire 20 cm, et avait lacéré son T-shirt au moyen de cette arme, ce qui lui avait causé des coupures superficielles sur son torse. Elle avait crié d'appeler la police et G______ était parti à la poursuite de A______, le couteau à la main, à travers la pelouse. Elle les avait ensuite perdus de vue. Des ambulanciers l'avaient prise en charge et, pour cela, avaient dû découper son vêtement. k.b.a. Entendue par le Ministère public le 20 septembre 2012, B______ a apporté certaine précisions quant au déroulement des faits. Au retour de leurs vacances en Turquie, elle avait demandé à I______ d'appeler son père pour lui donner des nouvelles. A cette occasion, G______ lui avait dit qu'il lui manquait des affaires pour I______ en vue de leurs prochaines vacances en Italie. Il avait donc été convenu qu'elle les lui amenât le lundi 23 juillet en question, rendezvous ayant été fixé au pied de l'immeuble de G______ pour 17h30. Il était prévu qu'elle vînt avec A______. Comme ils avaient du retard, G______ avait envoyé un message SMS à A______ pour leur dire de se dépêcher car ils avaient déjà un quart d'heure de retard. En arrivant au pied de l'immeuble, l'intéressé n'était pas encore là. B______ a affirmé avoir avec elle une valise dans laquelle elle avait placé les affaires de I______.

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G______ était arrivé depuis le côté de l'immeuble, en marchant assez rapidement, avec une main dans le dos. Alors qu'il faisait très chaud, il était revêtu d'un pullover à manches longues et d'un pantalon. A______ lui avait dit : "B______, fais attention à tes yeux". A ce moment-là, elle avait eu la jambe droite ainsi que le visage et les yeux qui brûlaient, tout comme le torse et le bras gauche, étant précisé qu'elle portait alors un T-shirt sans manches avec un léger décolleté et un short court; elle ne voyait plus rien. Elle avait reçu, dans l'enchaînement, un grand choc sur la tête et était tombée à terre. Avant de perdre connaissance, elle avait vu une lame de couteau briller au soleil et entendu G______ dire "Je vais te buter, salope". Tout était allé très vite et elle n'avait pas vu de geste de la part de G______, en particulier s'il en eût effectué avec son couteau. Elle ne se souvenait de rien entre sa chute et l'arrivée de l'ambulance. B______ a confirmé quasiment l'entier de ses déclarations à la police, précisant cependant que tout était un peu flou dans sa tête en raison de la morphine qui lui avait été alors administrée. Elle est revenue sur un point, en ce sens qu'elle n'avait en fait pas vu G______ courir après A______. En ce qui concerne son état de santé, B______ a expliqué avoir subi trois greffes de peau à deux reprises à la jambe droite ainsi qu'un débridage au visage et au bras gauche dans le but de retirer la peau touchée par l'acide afin de tenter d'y laisser le moins de traces possibles. Elle avait également été touchée à l'oreille gauche, dans laquelle de l'acide avait pénétré, ainsi qu'aux deux yeux. Son acuité visuelle était moins bonne depuis lors. Une poche de sang s'était formée sur le côté gauche de sa tête après avoir reçu le "vase" dans lequel se trouvait l'acide. Sur le plan psychologique, elle ne se sentait pas bien du tout; elle avait perdu 6 kilos, avait de la peine à se regarder dans le miroir car son visage était tacheté et vivait dans la crainte de représailles de la part de G______. Elle bénéficiait d'un appui psychologique auprès de la LAVI. Par ailleurs, elle culpabilisait énormément par rapport à l'état dans lequel se trouvait A______, qui était complètement défiguré. k.b.b. Les 23 janvier et 5 février 2013, B______ s'est encore exprimée au sujet de l'évolution de son état de santé. Elle a indiqué qu'à sa jambe droite, il y avait des germes qui poussaient sous la greffe de la cuisse. Elle était de ce fait sous traitement antibiotique et ne savait pas encore si une nouvelle greffe devait être entreprise. Elle ne pouvait plus poser son poids sur la jambe en question en raison des lésions au genou et effectuait des séances de physiothérapie pour tenter d'améliorer la situation. Elle portait constamment une attelle à la cheville et marchait avec des béquilles, alors qu'elle n'avait jamais eu aucun problème à cette jambe auparavant. De grosses rigoles étaient apparues sur le mollet, de sorte qu'une nouvelle greffe à cet endroit était envisagée. La greffe sur le tibia s'était par ailleurs ouverte, ce qui nécessitait la pose de "strips". En ce qui concernait le reste de son corps, la situation avait peu évolué. Elle avait toujours des marques au visage et sur le corps, ainsi que des problèmes de vision latérale du côté droit. Un caillot de sang s'était par ailleurs développé à l'endroit où elle avait reçu le vase sur la tête.

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Sur le plan psychologique, elle sombrait dans la dépression. Elle devait absolument se faire suivre, étant précisé qu'elle ne supportait pas les antidépresseurs. Elle voyait un psychologue et son médecin traitant régulièrement. l.a. G______, à la suite de son interpellation, s'est refusé dans un premier temps à toute déclaration. Le lendemain, il a expliqué à la police que, le lundi en question, il était à son travail – exerçant une activité de dépanneur-sanitaire – avec son véhicule d'entreprise, comme d'habitude, et était rentré de sa journée aux alentours de 16h00. Il avait pris un bain dans l'attente du retour de son fils, qui se trouvait alors chez sa mère. Il l'avait d'ailleurs appelé sur son téléphone portable pour lui rappeler de prendre avec lui ses affaires personnelles. Ultérieurement, il avait reçu un message SMS de A______, qui lui parlait d'habits, en évoquant le fait que "c'étaient eux qui les avaient payés" et que s'il avait des "couilles", il devait venir les chercher chez eux. Il avait répondu en traitant l'intéressé de cafard, tout en lui disant qu'il ne voulait pas avoir à faire avec lui. Il y avait encore eu plusieurs appels et messages échangés, s'agissant essentiellement de provocations provenant principalement de la part de son interlocuteur selon G______, étant précisé que les messages provoquants avaient déjà été de mise la veille. A______ lui avait notamment dit qu'il allait monter dans 5 minutes lui "casser la gueule" puis avait raccroché. Il y avait eu d'autres messages SMS, dont l'un annonçant que l'intéressé allait venir dans 15 minutes, puis un autre disant qu'il serait là dans 10 minutes, enfin un troisième indiquant qu'il arrivait dans 5 minutes. G______ avait le souvenir d'avoir répondu en disant que cela faisait 25 minutes qu'il l'attendait. Comme il était énervé, il s'était servi une tasse de whisky, après être sorti du bain et s'être rhabillé. Il avait quitté son appartement avec la tasse remplie de l'équivalent d'un verre de whisky et avait attendu durant une dizaine de minutes au bas de son immeuble sans voir personne. Il était donc remonté chez lui; il était nerveux. Il avait alors reçu un dernier message SMS de A______, lui indiquant qu'il était en bas. C'était là que "tout s'[était] embrouillé dans [s]a tête". Il avait pris un couteau de cuisine à longue lame et l'avait mis dans la poche avant gauche de son pantalon. Il avait aussi pris la bouteille d'acide – qu'il utilisait pour déboucher les éviers – dans un cagibi et en avait rempli le fond de sa tasse à whisky. Il était alors dans un état d'angoisse très profond. Il n'était plus lui-même. Il avait fait une prière et était descendu avec le couteau dans la poche et la tasse d'acide dans la main droite, couverte par un chiffon, pris dans la cuisine. Il avait pris l'ascenseur et, au bas de son immeuble, avait aperçu au loin A______ et B______. Il avait marché tout droit sur le précité, la tasse devant lui, et, une fois à sa hauteur, avait jeté l'acide dans sa direction, sans viser son ex-compagne qui se tenait sur le côté, en criant à l'attention de A______ que, s'il avait voulu en arriver là, il avait gagné. Puis, dans un accès de colère, il avait lancé la tasse à la tête de B______. Il se trouvait alors à environ 1 mètre d'elle. Il pensait l'avoir touchée au niveau de la tête et que quelques gouttes d'acide avaient pu l'avoir atteinte. Il avait ensuite sorti son couteau pour impressionner A______ et avait marché derrière lui sur une centaine de mètres

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jusqu'au parking du stade H______. Il s'était alors un peu apaisé et était revenu sur ses pas. En arrivant vers B______, il n'excluait pas lui avoir donné, son couteau à la main, un coup de pied – tout se bousculait dans sa tête – et lui avoir dit quelque chose comme "voilà ce que tu voulais, on en est arrivé là". Il contestait toutefois avoir frappé B______ au moyen de son couteau. Une fois de retour dans son appartement, il avait posé le couteau sur la table de la cuisine, téléphoné au SPMI depuis son téléphone portable et, une fois en contact avec une dame du service d'urgence du SPMI [note: dévié, à l'époque, à partir de 18h00 auprès de la FSASD], dit à celle-ci qu'il avait fait une "connerie", que son fils était seul et qu'il fallait que quelqu'un s'occupe de lui. Puis, il avait tenté de joindre K______, l'ancienne éducatrice de I______, et, tombé sur un répondeur, y avait laissé un message. L'intéressée l'avait ensuite rappelé. Il lui avait expliqué avoir fait une "bêtise", que quelqu'un devait s'occuper de son fils, qu'"ils avaient remis ça et qu'ils étaient de nouveau venus chez [lui]", enfin qu'il les avait brûlés avec de l'acide. Il avait ensuite été interpellé par la police. G______ a confirmé que l'acide qu'il avait versé dans la tasse provenait bien de la bouteille saisie à son domicile par la police. Il a émis le souhait que A______ et B______ cessent de le harceler, de l'insulter ou de le menacer. La situation entre la précitée et lui-même étant déjà suffisamment conflictuelle au sujet de leur fils, il n'y avait nul besoin que A______ vinsse "mettre de l'huile sur le feu", étant précisé que l'intéressé était toujours présent lorsque, par exemple, il était amené à rencontrer B______ au SPMI. A______ constituait "surtout un boulet dans cette affaire" et G______ aurait préféré l'éviter, tout comme il aurait préféré éviter son ex-compagne. A______ l'avait au demeurant déjà menacé à plusieurs reprises, notamment de lui "casser la gueule", de brûler sa maison en Italie, sinon de le tuer. G______ a rappelé qu'un an auparavant [note : le journal des événements de la police fait remonter ces faits au 2 juin 2011], le couple était venu en son absence à sa porte pour fracasser celle-ci, selon ce qu'une voisine lui avait narré. l.b. G______ a été entendu à plusieurs reprises par-devant le Ministère public. l.b.a. Le 30 juillet 2012, il a confirmé ses précédentes déclarations à la police. D'emblée, il a tenu à exprimer ses profonds regrets par rapport à son geste, espérant que les conséquences n'en seraient pas trop graves pour les victimes. Il connaissait les effets de l'acide et les fortes brûlures que le produit employé – dont il disposait à la maison pour déboucher ses tuyaux – pouvait causer. Il se rendait compte de la gravité de ses actes, notamment au-regard des séquelles que ceux-ci pouvaient entraîner aux yeux de A______. Confronté aux photographies prises des victimes le lendemain des faits, l'intéressé a dit que "malheureusement, on ne p[ouvait] pas revenir en arrière". Les premiers contacts téléphoniques avec A______ remontaient à environ 2 ans. Dès le début, il y avait eu des menaces de mort de la part de l'intéressé, comme le fait que, se prévalant d'être napolitain, il allait le retrouver, mettre le feu à sa

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maison et le tuer. L'un de ses amis, P______, en avait d'ailleurs été témoin, tout comme sa compagne, O______. A son avis, A______ devait être persuadé qu'il frappait son fils et tous les faibles, de sorte qu'il l'appelait à chaque fois pour le menacer, que ce soit à la suite de disputes verbales qu'il pouvait avoir avec B______ ou sans motif déclencheur. G______ a rappelé le contexte concernant les problèmes rencontrés par B______ et lui-même en leur qualité de parents, lequel était, à son avis, à l'origine de l'altercation du 23 juillet 2012. Ce jour-là, après les échanges de messages SMS avec A______, les "choses [étaient] ensuite confuses dans [s]a tête". Il lui semblait que le précité l'avait encore appelé à une reprise mais il ne se souvenait plus de ce que celui-ci lui avait dit. Lorsqu'il avait compris que B______ et A______ allaient venir, il était descendu une première fois avec sa tasse remplie de whisky, qu'il avait bu, puis, après être remonté, il avait eu " un gros trou noir dans [s]a tête". Il avait pris un couteau et rempli le fond de sa tasse avec de l'acide, soit l'équivalent de deux doigts, environ un demi-décilitre. Il ne savait pas s'il allait l'utiliser ou seulement leur faire peur. Lorsqu'il s'était retrouvé face à A______, sa tête avait "explosé" et il avait "fait un geste pour lui jeter le produit sans toutefois viser le torse ou la tête". Il ne reconnaissait qu'un seul geste aux fins de projeter le liquide vers A______ mais en aucun cas vers B______, qui se tenait à environ 1,5 mètres de lui. Il était probable, d'après lui, que l'intéressée ait reçu des projections d'acide résiduelles lorsqu'il avait lancé la tasse dans sa direction. Il en avait lui-même pris une ou deux gouttes sur les habits sans que sa peau n'ait été touchée. l.b.b. Le 20 septembre 2012, confronté à B______, G______ a réitéré ses excuses. Il a dit à l'intéressée qu'il était "profondément désolé de ce qui [était] arrivé … que cela en soit arrivé là", étant "touché" en l'entendant, mais que "c'[était] le destin qui l'a[vait] voulu". l.b.c. Le 10 octobre 2012, face à A______, G______ a fait part de ce qu'il était bouleversé au-regard de ce qu'il venait d'entendre. Il n'avait pas de mots pour décrire le dégoût qu'il avait de lui-même et a dit que tout cela n'aurait jamais dû arriver. Il a présenté ses excuses à l'intéressé et indiqué qu'on ne pouvait "malheureusement pas revenir en arrière". Au cours de cette audience, G______ a évoqué n'avoir été menaçant envers A______ qu'à une reprise par le passé, soit lorsque ce dernier et B______ étaient venus à son domicile donner des coups de pied dans sa porte en juin 2011. Il avait dit qu'il "le planterait s'il n'arrêtait pas" mais a ajouté, selon un rapport de police du 19 octobre 2011 produit à l'audience, que ces paroles avaient été dites "en l'air" sous le coup de la colère et qu'il ne le ferait jamais. l.b.d. Le 23 janvier 2013, en confrontation au Ministère public, G______ s'est encore déterminé sur les faits, non sans présenter à nouveau ses excuses aux victimes, face à leurs "souffrances qui n'avaient pas lieu d'être". Son acte était impardonnable; en tous les cas, il ne se le pardonnait pas.

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Le 23 juillet 2012, il était habillé d'un pull d'été léger à manches longues et d'une paire de jeans. A______ et B______ n'avaient pas de valise avec eux lorsqu'ils étaient arrivés, quand bien même les précités affirmaient le contraire. G______ a précisé que s'il avait bu une tasse de whisky, cela avait été pour faire descendre l'angoisse qui montait en lui. Lorsqu'il était descendu, ni A______ ni B______ n'avaient eu de parole ou de geste menaçants. Ils n'auraient d'ailleurs pas eu le temps d'en avoir. Il avait agi en deux temps, projetant tout d'abord, à brève distance – autour d'un mètre –, le contenu de sa tasse en direction de A______ puis lançant celle-ci sur B______, qui se trouvait légèrement à droite de A______, étant précisé qu'il ne se rappelait plus très bien s'il avait visé une partie précise du corps de l'intéressée, pensant qu'il ne s'agissait pas de sa tête. S'il avait décidé de jeter l'acide sur A______, c'était parce que celui-ci le mettait dans un état d'angoisse et de peur indescriptible. En particulier, les messages dans lesquels A______ lui disait qu'il allait venir lui "casser la gueule" l'avaient mis dans un tel état, étant précisé que l'intéressé disposait du code d'entrée de l'immeuble. A la question de savoir s'il avait envisagé que B______ pusse être aspergée lorsqu'il avait effectué son geste en direction de A______, G______ a dit que, dans l'explosion de colère et l'état d'angoisse dans lequel il se trouvait, il ne pouvait pas "l'évaluer". Le "risque était toutefois évident et [il] l'assum[ait] pleinement". S'il avait suivi A______ avec le couteau sur une cinquantaine de mètres, c'était pour l'impressionner. Il aurait pu facilement le rattraper s'il l'avait voulu. Il avait eu le sentiment que A______ venait pour lui "régler son compte, c'est-à-dire [lui] casser la gueule voire pire". Il le craignait parce que l'intéressé l'avait déjà menacé par le passé. Le contenu des messages SMS adressés le vendredi précédent et le jourmême lui faisait redouter le pire. Il était "revenu sur terre" et s'était calmé en entendant les automobilistes lui crier d'arrêter. De retour vers B______, il avait toujours le couteau dans la main mais n'avait effectué aucun geste avec celui-ci. Il avait donné un coup de pied à l'intéressée, vers les hanches lui semblait-il, avant de repartir vers l'immeuble. Il contestait avoir dit à B______ "je vais te buter, salope". l.b.e. A l'occasion de son audition finale du 19 mars 2014 au Ministère public, G______ s'est déterminé sur l'accusation que le Procureur retiendrait à son encontre. S'agissant des faits concernant A______, G______ les a reconnus dans le sens de ses déclarations en procédure et a annoncé qu'il ne contestait pas leur qualification des chefs de lésions corporelles graves au sens de l'art. 122 2ème paragraphe CP et de menaces. G______ a également reconnu les faits concernant l'acide projeté sur B______, se réservant toutefois au sujet de leur qualification du chef de lésions corporelles graves au sens de l'art. 122 3ème paragraphe CP. Concernant les menaces proférées à l'encontre de la précitée, G______ les contestait en ce sens qu'il ne reconnaissait pas les propos que le Ministère public lui prêtait et réservait, dès lors, sa détermination à cet égard.

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G______ reconnaissait, enfin, les faits constitutifs de dommages à la propriété concernant les dégâts causés aux véhicules stationnés sur les lieux de ses agissements. l.c. i) Le 20 septembre 2012, le conseil de G______ a acheminé aux conseils des victimes, à l'attention de chacune d'elles, des courriers d'excuses de G______, dans lesquels celui-ci faisait part de ce qu'il n'arrivait toujours pas à comprendre son geste, de ce qu'il avait conscience que l'acte commis était gravissime et qu'il était juste qu'il en payât les conséquences, étant précisé qu'il ne se "tirerai[t] pas en arrière pour assumer l'aspect financier, par rapport à [ses] moyens". ii) Le 10 octobre 2012, après sa confrontation avec A______, G______ a écrit à sa compagne, O______, depuis la prison. Il lui a fait savoir qu'il n'allait pas bien du tout, souffrant "au plus profond de [son] âme". Son esprit était "submergé par le récit de séquelles que [l'intéressé] d[evait] subir à cause de ce geste dont [il] n'arriv[ait] pas à s'expliquer". Il ne savait pas pourquoi il en était arrivé là, n'ayant jamais voulu faire tout ce mal, et avait l'impression d'être un "monstre" car, pour A______ complètement défiguré, la vie serait "gâchée pour toujours". Il avait beau se dire qu'on l'avait poussé et qu'il n'était pas complètement responsable, il n'en demeurait pas moins qu'il avait commis ce qu'on lui reprochait et qu'il allait devoir vivre avec ce poids. Au début de son incarcération, il avait pensé que ce n'était pas aussi grave et que tout allait s'arranger mais il se rendait compte que la réalité était toute autre. iii) Par courrier du 23 janvier 2013, le conseil de G______ a sollicité des conseils des victimes les références bancaires permettant au précité de contribuer financièrement, selon ses moyens, à la réparation des préjudices, sous l'angle du dommage et du tort moral. Il n'a pas été donné suite à cette demande, en ce sens que les victimes ne se sont pas déclarées prêtes à recevoir de tels versements, raison pour laquelle le conseil de G______ les informait de ce qu'en conséquence, les versements mensuels auxquels procéderait son client seraient collectés sur le compte de son étude. iv) Le 19 mars 2014 par-devant le Ministère public, G______ a informé B______ et le conseil de A______ de ce qu'il versait mensuellement CHF 600.- sur le compte de son avocat, soit CHF 300.- pour chacune des victimes, afin de les dédommager. Ces versements étaient effectifs depuis la fin mars 2013 et l'ont été jusqu'au début décembre 2014. Situation familiale m. Les auditions de G______, B______, K______ et Y______, les dossiers du SPMI et ordonnances du Tribunal tutélaire versés à la procédure, ainsi que les débats ont permis de dégager ce qui suit. G______ et B______ se sont rencontrés dans le cadre du travail et liés quelque temps avant la naissance de I______, survenue le ______ 1997. Les intéressés ne se sont jamais mariés et ont vécu 4 ou 5 ans en concubinage. B______ a rapporté qu'environ 8 à 9 mois après s'être mise en ménage, elle avait fait l'objet de violences de la part de G______ – violences contestées par l'intéressé –, au point qu'elle était

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allée demander une carte de protection auprès du Ministère public. A cette époque, G______ consommait des drogues dures et B______ avait commencé à consommer, elle aussi, des produits stupéfiants avec l'intéressé. Les violences ont apparemment perduré après la naissance de leur fils, ce qui a valu à G______ une mesure d'éloignement, le couple – qui avait "commencé à couler en raison de problèmes de drogue" – se séparant alors que I______ était âgé d'environ 1 an. B______ a poursuivi sa consommation d'héroïne après la séparation d'avec G______, alors que l'intéressé a réussi petit à petit à la maîtriser puis à la cesser dans le but d'être auprès de son fils. Depuis leur séparation, la relation du couple est restée tendue, G______ et B______ étant toujours en conflit au sujet de leur enfant. I______ a vécu avec sa mère jusqu'à ce que sa garde soit confiée à G______ puis à ses grands-parents paternels en raison de la toxicomanie de B______ signalée notamment par le précité au SPMI en mai 1999. La garde de I______ a été restituée en octobre 2003 à B______, qui n'a toutefois pas su la gérer correctement en raison de sa toxicomanie persistante et de ses fréquentations nuisibles au développement de l'enfant; elle a ainsi été confiée à nouveau à G______, d'abord provisoirement en août 2008 puis de manière définitive en avril 2009. B______ a disposé d'un large droit de visite, qui s'est "toujours plus ou moins bien passé" selon le père de l'enfant, qui pensait qu'il y avait du ressenti du côté de la mère, et a relevé qu'il y avait fréquemment des disputes verbales "pour tout et rien". La situation de I______ s'est dégradée courant 2010, selon ce qu'a rapporté Y______ du SPMI. A la fin de l'année scolaire, c'est-à-dire en juin 2010, I______ a adopté un comportement inadéquat à l'école en raison de mauvaises fréquentations. Après la rentrée scolaire, à fin octobre 2010, G______ a rapporté que I______ avait commis un vol à l'étalage. A cette époque, la tension entre I______ et son père était montée et G______, débordé, avait de la peine à se faire respecter par son fils. Dans ces circonstances, il est arrivé à G______ de porter la main sur I______, singulièrement de le frapper avec un ceinturon à une reprise vers la fin 2010, lors d'une crise, parce qu'il n'arrivait plus à tenir son enfant. Le SPMI, après avoir reçu un appel de B______ le 9 décembre 2010 à ce sujet et la confirmation de ce qui s'était passé de la part de I______, a averti G______ par courrier du 17 janvier 2011, avec copie au Ministère public, le signalement ayant abouti ultérieurement au prononcé d'une amende, considérée comme injuste par l'intéressé, qui regrettait son geste. Y______, en charge de la surveillance du placement de I______ chez son père, a revu les parents de l'enfant à cette époque. La situation s'était alors améliorée. A la suite de la demande d'aide formulée par G______, une action éducative en milieu ouvert (AEMO) a été mise en place par le SPMI et confiée à K______, qui a soutenu G______ dans le cadre de l'éducation de I______ d'avril 2011 au 30 juin 2012, en intervenant directement à domicile. K______ a décrit, au début de son intervention, un père en proie aux difficultés comportementales et scolaires de son enfant, alors en école spécialisée, et de vives tensions entre celui-ci et son enfant. G______ n'arrivait pas à mesurer les sanctions qu'il devait prononcer à l'égard de son fils et il y avait des problèmes de communication entre eux. Par la suite, le comportement de I______ s'était

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rapidement amélioré, de même que sa relation avec son père. Cela dit, en juin 2011, bien que K______ n'ait rien remarqué de particulier, B______ a reformulé de nouvelles accusations de maltraitance envers G______, qui ressentait beaucoup de pression car il était constamment sous le joug de la précitée, étant précisé que celleci l'appelait souvent pour le questionner ou lui donner des instructions, lui reprochait de ne pas bien s'occuper de leur fils, lui réclamait de l'argent pour les moments où elle avait avec elle I______. G______ était quelqu'un qui ne savait pas bien dialoguer et qui avait tendance à élever la voix; il était de nature inquiète et, face à ce sentiment, il avait tendance à "monter les tours", c'est-à-dire hausser la voix. Il avait l'impression que B______ cherchait à le contrôler. I______ a été entendu au SPMI à cette époque et n'a pas évoqué de maltraitance de la part de son père, ce qu'il avait d'ailleurs confirmé à K______. Quoiqu'il en soit, la situation entre les parents de I______ était tendue, ce qu'a pu constater Y______ lors d'une séance de bilan ayant eu lieu en juillet 2011, parce que les actes de maltraitance dénoncés n'avaient pas été confirmés. En mars 2012, B______ a, à nouveau, accusé G______ de maltraitance envers I______, en s'en ouvrant auprès du SPMI lors d'un bilan AEMO. Elle a dit avoir appris d'un copain de son fils que celui-ci aurait été frappé avec un sachet de glaçons. L'épisode a été qualifié de "flou" par le SPMI, après quelques investigations, et les choses n'ont pas été plus loin, vu la situation "confuse". Le 7 mai 2012, K______ a dit avoir appris des parents de I______ que, suite à une dispute entre le précité et son père, celui-ci avait quitté le domicile pour se réfugier chez sa mère. I______ avait eu une réaction bizarre : il s'était déshabillé devant son père et lui avait dit : "vas-y, tape moi, cela laissera des marques, comme ça j'irai porter plainte", tout en le traitant de "sale toxico". K______ a su de B______ que celle-ci avait déjà conseillé à son fils d'agir de la sorte, si son père le tapait, afin qu'il y ait une preuve. Elle a été surprise de ce revirement de comportement inattendu chez I______, alors que les choses lui semblaient aller dans le bon sens et que I______ était parvenu jusqu'alors à se positionner en-dehors du conflit existant entre ses parents. Ce changement de comportement de l'enfant a induit, selon la procédure mise en place par le SPMI, une nouvelle réévaluation de la situation, Y______ ayant été ainsi amenée à rencontrer les parents de I______ et celui-ci afin d'éclaircir la situation, étant précisé que B______ a allégué la commission de nouvelles violences de la part de son père sur I______. Y______ a mis en œuvre une médiation, l'entretien ad hoc du 24 mai 2012 ne permettant toutefois aucun progrès, la situation entre parents étant tendue et I______ ne voulant alors plus voir son père. B______ a toutefois encouragé I______ à reprendre contact avec son père, alors que A______ a fait part de ce que la situation n'allait pas et qu'ils – c'est-à-dire la précitée et lui-même – allaient "de toute façon passer par un avocat" pour obtenir la garde de I______, qui avait l'air alors "perdu" et "désemparé". Le SPMI, d'accord avec G______, a provisoirement placé I______ chez sa mère pour le mois de juin 2012 et l'enfant est parti deux semaines en vacances en Turquie avec B______ et A______ vers la fin du mois en question. A fin juin 2012, K______ a encore aidé G______ dans le cadre des démarches d'inscription de I______ au Centre de transition professionnel, étant précisé qu'il lui était apparu que le père allait bien, avait envie de s'occuper de son fils et que le

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contact entre eux s'était amélioré. L'enquête du SPMI a – semble-t-il – été classée juste avant les vacances scolaires de l'été 2012. Depuis son retour de vacances avec sa mère, I______ est allé dormir à quelques reprises chez son père et il était prévu que tous deux partissent en vacances en Italie en août 2012, ce qui avait été communiqué à B______ par Y______ le 9 juillet 2012 et était conforme au calendrier relatif au droit de visite mis en place pour les vacances. I______ s'est également disputé avec sa mère, au cours du mois de juillet 2012, pour une question d'argent relative à son entretien au point que celle-ci voulait le renvoyer chez son père – parce qu'il était intenable – une semaine avant la date prévue pour la passation de la garde. I______ a dit à Y______ que le motif de la dispute avec sa mère avait trait à une "histoire de sous", B______ n'en en ayant plus, alors que, pour la précitée, le motif du retour de I______ chez son père, cette fin de semaine-là, tenait au fait que I______ était pressé de rentrer voir ses copains. I______ est bien rentré chez son père le jeudi précédent le 23 juillet 2012, G______ en en ayant informé Y______ le 20 juillet 2012. I______ a ensuite passé une partie du week-end chez des copains et de nouveau auprès de sa mère, où il a passé la nuit du dimanche au lundi en question. Le samedi 21 juillet 2012, G______ a dit avoir retrouvé deux Dormicum et un antidépresseur dans les poches des habits de I______ qu'il s'apprêtait à laver. Il les avait même montrés à O______. Après avoir atteint I______ aux fins d'explications, celui-ci lui a dit au téléphone qu'il s'agissait d'un pantalon de sa mère. B______ a rappelé G______ afin de se voir restituer les pilules en question et une nouvelle altercation verbale s'en est suivie. Le retour de I______ était prévu le 23 juillet 2012. G______ lui avait dès lors demandé de reprendre toutes ses affaires avec lui car il en avait oublié chez sa mère trois jours auparavant. B______ n'a effectué aucune démarche concrète tendant à l'obtention de la garde de son enfant depuis son retrait. A la suite des faits reprochés à G______, I______ a été placé chez la sœur du précité, les parents disposant d'un droit de visite un week-end sur deux. I______ a précisé à son père, également après les faits, que la paire de pantalons dans lesquelles celui-ci avait retrouvé les pilules appartenait à A______. Expertise n.a. Le 31 octobre 2012, un rapport d'expertise psychiatrique a été rendu par le Dr Z______ concernant G______. Le diagnostic posé est celui d'une anxiété généralisée et d'un trouble explosif intermittent de sévérité légère à modéré. L'expertisé souffre de manière chronique d'une anxiété généralisée, non traitée depuis de nombreuses années. Ce vécu anxieux envahissant le rend particulièrement vulnérable face à des situations qu'il ne maîtrise pas et se manifeste par une série de symptômes physiques et un sentiment de détresse psychologique.

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De ce point de vue, la description de ses réactions face aux sollicitations continues et intrusives de son ex-compagne (nervosité, désarroi, angoisse profonde) et le vécu corporel associé (bourdonnements, sentiment de flou dans la tête) sont caractéristiques de la présence d'un tel trouble pour l'expert. L'arrêt de la consommation de drogues lorsqu'un soutien psychosocial et médical fort a été accordé à l'expertisé, ainsi que sa capacité à maîtriser ses réactions vis-à-vis de son enfant après l'intervention de l'éducatrice du SPMI, corroborent ce diagnostic et démontrent que certains de ces comportements ouvertement désadaptés peuvent s'améliorer lorsqu'un contexte relationnel sécurisant est présent. Selon l'expert, les raptus agressifs de l'expertisé sont donc largement contextuels et prennent le caractère d'un trouble explosif intermittent. Ce type de réactions hétéroagressives a été présent à différentes périodes de la vie de l'expertisé et de manière brutale, toujours en lien avec des situations stressantes qui dépassent les capacités d'analyse cognitive de l'intéressé, notamment lorsqu'il s'est retrouvé dans un sentiment d'impasse cognitive, conditionnant son impulsivité. Il ne s'agit pas d'un trait stable de sa personnalité. Le mode de réaction de l'expertisé est basé sur l'évitement du danger, témoin clair de la composante anxieuse prédominante dans son tableau clinique. L'expertisé présentait à l'évidence, au moment des faits, un état de stress très important. La pathologie anxieuse de base a donné lieu, sous l'effet du stress, à la manifestation du trouble explosif intermittent sous forme de passage à l'acte hétéroagressif. L'expertisé, bien que très tendu et anxieux, se rappelait une grande partie des faits qui lui sont reprochés et était partiellement conscient de ce qu'il était en train de commettre. L'expertisé a également été capable de stopper son acte, réalisant vaguement son impact. L'état de tension interne chez l'expertisé au moment des faits avait très certainement atteint un sommet difficilement supportable pour lui et son acte devait se comprendre sur un fond de trouble explosif intermittent et d'anxiété généralisée, de nature à avoir altéré ses facultés cognitives et volitives. Une responsabilité faiblement restreinte pouvait ainsi être retenue et seule une diminution faible de la responsabilité pouvait être envisagée. L'expertisé en est déjà venu aux mains par le passé, notamment contre son fils. La modalité explosive est sa seule manière de gérer le débordement de tension anxieuse, et ceci de longue date. Cette dernière peut prendre la forme d'actes hétéro-agressifs parfois violents, à l'instar de ce qui s'est passé le 23 juillet 2012. Cette situation reste toutefois exceptionnelle et très contextuelle et l'expertisé regrette sincèrement ses actes. L'accumulation d'un stress chronique, de menaces et pressions récurrentes de la part de son ex-compagne et de son conjoint ont fragilisé les défenses de l'expertisé, faisant émerger le trouble explosif. En l'absence de tels stress, il est plus qu'envisageable que l'expertisé puisse se contenir, raison pour laquelle le risque de récidive est faible en dehors de ce contexte particulier, ce pour autant que l'expertisé puisse bénéficier d'un suivi l'aidant à canaliser cette tension et pour autant qu'il n'abuse pas de substances psychoactives. L'expert a ainsi recommandé la mise en place d'un suivi ambulatoire par un psychiatre-psychothérapeute sur le long terme afin de permettre un travail en

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profondeur, de sorte à permettre à l'expertisé – qui en est conscient – d'acquérir une maturité interne qui pourrait amender son trouble explosif intermittent et lui permettre d'éviter de tels dérapages. Un tel suivi d'orientation psychothérapeutique devait être couplé avec un traitement de l'anxiété généralisée dont l'expertisé souffrait de longue date. n.b. Le Dr Z______ a confirmé son rapport d'expertise au cours d'une audience qui s'est tenue le 9 octobre 2013 par-devant le Ministère public. L'expert a ajouté que lors des faits, l'alcool – avec son effet désinhibant – avait certainement permis l'expression de la manifestation impulsive, à l'occasion de ce qu'il fallait appeler communément un "pétage de plombs", sur une certaine vulnérabilité que l'expertisé n'arrivait pas à expliquer. Il fallait un facteur de stress chronique, soit une répétition de situations stressantes, comme celle qui s'était présentée en juillet 2012, pour qu'une telle réaction survînt chez l'expertisé et l'emportât dans son élan, comme dans un état second. L'anxiété généralisée et le trouble explosif intermittent de l'expertisé étaient de nature à rendre compte de la moindre résistance au stress de l'intéressé et du fait qu'il était plus sensible que tout un chacun dans les situations où il était mis sous pression. L'expertisé avait dû être soumis à une situation extrême ou extraordinaire en terme de stress, s'exprimant comme un stress chronique, intense et répété, de sorte qu'il n'y avait aucune échappatoire à ses yeux et qu'il n'avait pas vu d'issue, si ce n'est celle de se débarrasser de ses deux "contradicteurs", soit de mettre fin à la situation qu'il vivait. En l'espèce, l'impulsivité avait dû se manifester chez l'expertisé 2 ou 3 heures avant son passage à l'acte, soit au moment où il avait rempli la tasse de whisky ou d'acide. Il n'y avait pas forcément de notion de rapidité dans l'impulsivité. En-dehors d'une telle situation, comme chez les personnes en proie à une anxiété généralisée, l'expertisé aurait eu tendance à éviter le conflit et anticiper les problèmes, raison pour laquelle le risque de récidive chez G______ était minime. L'expert a précisé que le suivi entrepris par G______ dès sa sortie de prison correspondait exactement au traitement qu'il avait préconisé. Ce type de traitement pouvait durer quelques mois ou plusieurs années en fonction des capacités du patient à assimiler les compétences de gestion du stress et de ses émotions. o.a. G______ a été mis en liberté le 20 novembre 2012 et diverses mesures de substitution à la détention ont été ordonnées, notamment celle de se soumettre à un traitement psychothérapeutique ainsi qu'à une prise en charge par l'association VIRES, dont le contrôle a été confié au Service de probation et d'insertion (ci-après : SPI). o.b. G______ a ainsi débuté un suivi psychothérapeutique sous la responsabilité du Dr AA______à Onex, les soins – une séance tous les 15 jours – étant délégués à AB______, psychologue spécialisée en gestion des émotions, à compter de mars 2013, laquelle a été entendue au Ministère public le 30 janvier 2014. Il était alors difficile de fixer un terme à cette prise en charge, dans laquelle G______ s'impliquait avec sérieux, étant motivé à progresser. L'intéressé avait

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évolué et AB______ a précisé qu'elle avait constaté plus de flexibilité chez son patient, s'agissant de ses croyances et schémas qu'il était désormais capable de remettre en cause, comme le fait, par exemple, d'accepter les remarques d'un collègue ou d'un chef. G______ savait depuis lors faire preuve d'introspection. La thérapie lui avait notamment permis d'identifier les situations stressantes et d'y faire face de manière correcte. AB______ a dit avoir remarqué, à chaque séance, la culpabilité et les regrets manifestés G______. o.c. Le SPI a régulièrement fait part à la direction de la procédure de ce que G______ suivait scrupuleusement les obligations posées pour sa mise en liberté. C. A l'audience de jugement, le Tribunal a procédé à l'audition de G______, des victimes et de témoins. a. G______ a reconnu l'ensemble des faits reprochés tels que décrits dans l'acte d'accusation. Il a précisé qu'il avait déjà eu avec A______ des échanges téléphoniques houleux, soit du même type que ceux qui avaient eu lieu le 23 juillet 2012, à cinq ou six reprises pendant les deux années précédentes. C'était toujours l'intéressé qui était à l'origine de ces échanges. A______ l'insultait, l'humiliait, notamment dans son rôle de père, et le faisait passer pour un faible, ce qui le blessait intérieurement. Par ailleurs, l'intéressé l'outrepassait dans son rôle de père, en formulant des prétentions sur son fils. Il n'avait pas compté le nombre de fois où A______ avait été présent aux réunions de parents d'élève ou dans les locaux du SPMI mais c'était à une dizaine de reprises en 2011. S'il l'avait laissé s'investir dans l'éducation de I______, c'était parce que celui-ci était dans une période difficile et qu'il ne voulait pas "rajouter de conflit au conflit". Il était cependant sûr que A______ avait dû le voir comme une faiblesse de sa part. Le lundi 23 juillet en question, il avait ressenti les échanges avec A______ essentiellement comme humiliant et un peu menaçant. Il n'avait pas le souvenir de la teneur des derniers échanges parlés mais, plus tôt dans l'après-midi, le précité lui avait dit qu'il allait monter pour lui "casser la gueule". Lorsqu'il avait reçu le dernier message SMS lui demandant de descendre, il venait de boire le contenu d'une grosse tasse à café de whisky, étant précisé qu'il n'avait pas l'habitude de consommer des alcools forts, car l'intéressé lui avait dit qu'il allait monter chez lui. Il était alors angoissé et avait voulu se donner du courage. Il avait cherché des explications "dans sa tête" et éprouvé une grosse explosion de colère, mélangée à de la peur et de l'angoisse. Il était sûr qu'il y aurait une confrontation physique avec A______. La tasse en question était celle dans laquelle il avait ensuite versé l'acide. Il s'agissait d'une grosse tasse en porcelaine d'une profondeur de 8 cm. Il avait versé dans cette tasse deux doigts d'acide, soit deux à trois centimètres, sans le diluer. Une fois la tasse remplie, il avait pris un chiffon qu'il avait placé sur sa main pour se protéger. Il s'était ensuite muni d'un couteau, qu'il avait placé soit dans

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sa poche arrière soit dans sa poche avant. Il avait fait une prière, sous forme d'une demande d'aide à Dieu, conscient de ce qu'il faisait quelque chose de terrible. Il aurait voulu avoir un déclic dans sa tête pour arrêter cela. Entre la réception du dernier message SMS et le moment où il s'était retrouvé à l'extérieur, après avoir pris l'ascenseur, il avait dû s'écouler quelques minutes. En sortant, il avait la tasse dans sa main, celle-ci le long du corps. G______ avait le souvenir de ce qu'une fois devant A______, celui-ci avait dû se baisser par réflexe. Il pensait avoir voulu viser le torse de l'intéressé. Il avait d'abord exécuté le geste en direction du précité puis avait lancé sa tasse à la tête de B______ à la suite d'une explosion de colère. Tout s'était passé rapidement. G______ a dit n'avoir aucune notion de ce qu'il faisait. Il n'en pouvait plus de ce que les deux intéressés lui faisaient subir, surtout son ex-compagne depuis que I______ était petit. S'il avait poursuivi A______, c'était surtout pour lui faire comprendre d'arrêter de le harceler, de l'humilier et pour qu'il comprenne qu'il ne devait plus avoir à faire à lui. Il n'avait pas le souvenir d'avoir donné des coups de pieds à B______ mais c'était possible. Il n'avait pas non plus le souvenir des mots exacts qu'il avait adressés à l'intéressée. Avec le recul, il regrettait de ne pas avoir contacté la police au-regard de la situation, qui était surmontable, ce dont il se rendait compte aujourd'hui, alors même qu'à l'époque, il ne voyait pas d'issue et avait le sentiment de se retrouver face à un mur. Plus il en faisait pour s'en sortir, plus A______ et B______ l'enfonçaient. G______ a exprimé des regrets. Il a souhaité que les victimes acceptent l'argent qu'il avait mis de côté pour elles, considérant que même s'il ne s'agissait pas vraiment d'une réparation, cet argent pourrait les aider dans leurs démarches, leur venir en aide. Se tournant vers les victimes, G______ s'est d'abord adressé en ces mots à A______ : "je ne sais pas comment nous en sommes arrivés là. Nous aurions pu avoir d'autres relations. Je suis désolé. Je dois assumer ce que j'ai fait et vous vous devez assumer vos séquelles" puis, envers B______, il a dit : "je suis désolé même si c'est elle qui a instigué tout cela". Réitérant ses excuses, G______ a fait part de ce qu'il était conscient de la gravité de ses agissements. Il aurait tout fait – même donner sa vie – pour revenir en arrière. Il ne pouvait qu'assumer ses actes et en réparer les conséquences dans la mesure de ses moyens. L'intéressé a déposé un chargé de pièces relatives à sa situation personnelle, illustrant notamment ce qui précède, dont un budget démontrant – sur la base d'une projection de ses revenus actuels moyens – que son disponible par mois était d'un peu plus de CHF 600.-. Par ailleurs, le SPI, dans son rapport social du 10 décembre 2014, a notamment fait état de ce que G______ avait toujours exprimé des regrets quant aux actes reprochés. L'intéressé avait conscience que "le jour où il aura

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effectué et terminé la peine qui lui sera ordonnée, ce sera fini pour lui contrairement aux victimes qui auront des séquelles à vie". G______ a dit qu'il souscrivait à l'anamnèse figurant dans l'expertise psychiatrique judiciaire. Il voyait toujours la psychologue AB______ compte tenu des mesures de substitution mais au rythme d'une séance mensuelle, étant en phase de rémission. Sa psychologue estimait que sa psychothérapie était terminée, alors que celle-ci l'avait aidé à cerner certains traits de sa personnalité et savoir comment réagir dans le cadre de situations à risque. Lui-même pensait également avoir fait le tour de la question. b. A______ a expliqué que, suite aux faits, il ne lui avait pas été possible de poursuivre sa relation avec B______, soit en raison de leur perte d'autonomie, soit du fait que c'était devenu trop pesant. Il n'avait pas revu I______ car celui-ci avait très mal pris leur séparation. Quand il séjournait à l'hôpital, I______ était venu le voir tous les jours. Lui-même était retourné vivre chez ses parents durant une année. Sa perte d'autonomie était encore difficile à ce jour au quotidien. S'agissant de ses relations avec I______, elles avaient été très bonnes, même s'il était vrai que le "gamin en faisait de toutes les couleurs". I______ lui avait fait part des violences subies de la part de son père. Quant à G______, il n'y avait jamais eu de messages SMS échangés de la sorte de ceux qui le furent le lundi 23 juillet 2012, si ce n'était un ou deux la veille. Ce jour-là, dès le matin, des insultes avaient fusé de la part de G______ lorsqu'il avait pris le téléphone de B______, qui n'arrivait pas à communiquer avec l'intéressé. C'était dans ce contexte que les messages SMS avaient été adressés car la situation ne faisait que dégénérer. A______ a dit que, le lundi en question, il avait eu "l'impression d'avoir vu la mort". B______ et lui-même étaient venus ramener des affaires de I______, le rendez-vous ayant été fixé à 17h30, alors qu'ils avaient un peu de retard. Ils avaient déjà sonné chez G______ mais personne n'avait répondu. A______ a précisé qu'il avait ensuite envoyé un message SMS à G______ pour lui dire qu'ils étaient là et le précité était arrivé, une minute plus tard, en voiture. G______ ne devait donc pas être chez lui. Il était arrivé vers eux avec une main dans le dos, vêtu d'un gros pull polaire et d'un jeans. Lui-même étant en T-shirt et short, il avait immédiatement compris le problème et fait part à B______ de ce que ce n'était pas normal parce qu'il faisait 35°C. G______ s'était immédiatement dirigé vers eux et leur avait projeté le liquide. A______ a dit avoir d'abord pensé à du café chaud mais, après quelques instants, il avait compris que c'était autre chose parce que ses vêtements étaient en train d'être rongés par l'acide. Concernant sa santé, A______ a confirmé avoir subi 11 opérations avec narcose complète et encore deux autres interventions, non considérées comme des opérations, pour un total de 85 heures. Les sept premières opérations avaient eu pour but de retirer les parties brûlées de son visage, les autres étant consacrées aux greffes. "C'était une opération un jour oui un jour non, compte tenu des effets de l'acide qui se perpétuaient". Il avait eu cinq

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