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Genève Cour de Justice (Cour pénale) Chambre pénale d'appel et de révision 11.12.2024 P/7371/2022

11 décembre 2024·Français·Genève·Cour de Justice (Cour pénale) Chambre pénale d'appel et de révision·PDF·16,942 mots·~1h 25min·1

Résumé

INFRACTIONS CONTRE L'INTÉGRITÉ SEXUELLE;INFRACTIONS CONTRE LA FAMILLE;DISPOSITIONS PÉNALES DE LA LSTUP;VOIES DE FAIT;INTERDICTION D'EXERCER UNE PROFESSION;EXPULSION(DROIT PÉNAL);CONCOURS D'INFRACTIONS;ACTION EN RÉPARATION DU TORT MORAL | CP.187; CP.190; CP.213; CP.126; CP.40; LStup.19.al1.letc; LStup.19.al1.letd; CP.67.al3.letb; CP.67.al3.letc; CP.66a; CP.49; CO.49

Texte intégral

Siégeant : Monsieur Fabrice ROCH, président ; Madame Gaëlle VAN HOVE, juge et Monsieur Pierre BUNGENER, juge-suppléant ; Madame Déborah MO-COSTABELLA, greffière-juriste délibérante

RÉPUBLIQUE E T

CANTON D E GENÈVE POUVOIR JUDICIAIRE P/7371/2022 AARP/448/2024 COUR DE JUSTICE Chambre pénale d'appel et de révision Arrêt du 11 décembre 2024 Entre A______, actuellement en détention à la prison de B______, ______, comparant par Me C______, avocat, appelant et intimé sur appel joint, D______, partie plaignante, comparant par Me E______, avocat, appelante sur appel joint et intimée sur appel principal, contre le jugement rendu le 5 mai 2023 par le Tribunal correctionnel, et LE MINISTÈRE PUBLIC de la République et canton de Genève, route de Chancy 6B, case postale 3565, 1211 Genève 3, F______, G______, représentants légaux de H______, parties plaignantes, comparant par Me I______, avocate, J______, partie plaignante, comparant en personne, intimés.

- 2/80 - P/7371/2022 EN FAIT : A. Saisine de la Chambre pénale d'appel et de révision (CPAR) a.a. En temps utile, A______ appelle du jugement du 5 mai 2023, par lequel le Tribunal correctionnel (TCO) l'a, notamment, reconnu coupable d'actes d'ordre sexuel avec des enfants, de viol, de tentative de viol, d'inceste, d'infraction à la Loi fédérale sur les stupéfiants (LStup), de voies de fait, l'a condamné à une peine privative de liberté de huit ans, sous déduction de la détention avant jugement, et à une amende de CHF 1'400.-, a renoncé à révoquer le précédent sursis, l'a expulsé de Suisse pour une durée de huit ans, avec signalement dans le système d'information Schengen (SIS), lui a fait interdiction à vie d'exercer toute activité professionnelle ou non professionnelle impliquant des contacts réguliers avec des mineurs, a ordonné son maintien en détention pour des motifs de sûreté, l'a condamné à indemniser les parties plaignantes en réparation de leur tort moral (CHF 40'000.- ont été alloués à D______), a procédé aux confiscations et restitutions d'usage et mis 9/10 des frais de la procédure à sa charge. a.b. A______ entreprend partiellement ce jugement, concluant à l'acquittement des chefs d'actes d'ordre sexuel avec des enfants, de viol, de tentative de viol, d'inceste et de voies de fait (sur D______) et à son indemnisation pour la détention injustifiée, frais à la charge de l'Etat. b. En temps utile, D______ appelle du même jugement (appel joint). Elle l'entreprend partiellement, concluant à l'octroi d'une indemnité de CHF 70'000.- en réparation du tort moral. c. Selon l'acte d'accusation du Ministère public (MP) du 13 janvier 2023, il est reproché ce qui suit à A______ : des voies de fait assénées à réitérées reprises à D______, sa fille (chiffre 1.2.1), des viols et une tentative de viol sur celle-ci, relevant de l'inceste, alors qu'elle n'était qu'une enfant (chiffres 1.2.2, 1.2.3 et 1.2.4), et le viol de l'enfant H______ (chiffre 1.3). L'acte d'accusation retenait par ailleurs les faits suivants, qui ne sont plus contestés au stade de l'appel : 1.1.1. "En 2020 ou 2021, dans l'appartement familial sis avenue 1______ no. ______, à [code postal] Genève, A______ a violenté à de réitérées reprises son fils K______, alors âgé de 7 ou 8 ans, dans un but éducatif et/ou pour le punir, soit notamment sous la forme : - de fessées à une ou deux reprises à tout le moins et de coups de ceinture à deux ou trois reprises à tout le moins, après lui avoir dit de s'allonger sur le canapé pour le

- 3/80 - P/7371/2022 frapper, le faisant pleurer et lui occasionnant des marques rouges sur les fesses, sur les bras et sur le dos restées visibles 24 heures au moins ; - de tentatives de donner des fessées et/ou des coups de ceinture entre 2 à 9 reprises, étant précisé que A______ a été empêché d'agir par son épouse L______ qui s'est interposée". Étant précisé que ces faits ont été qualifiés de voies de fait. […] 1.4.1. Voies de fait – art. 126 CP A______ a, le 21 novembre 2021, vers 5h30, au M______ [discothèque] sis rue 2______ no. ______, à [code postal] Genève, frappé avec sa main J______ au niveau de l'épaule, la faisant pleurer et lui causant une contusion douloureuse de 5x6cm. […] 1.5. Trafic de stupéfiants […] A______ a ainsi notamment : - Le 5 juillet 2018, détenu […] 5 grammes de marijuana ou de haschich que N______ lui avait préalablement remis ; […] - Entre mai 2021 et mars 2022, détenu, transporté et remis à des tiers à deux reprises un sachet de marijuana d'une quantité indéterminée et à une reprise une boulette de cocaïne déjà entamée, drogue qu'il avait trouvée sur son lieu de travail". Faits résultant du dossier de première instance B. a. Le 28 août 2020, H______, âgée de 13 ans et demi, a dénoncé les faits suivants. Un vendredi – celui où ils avaient terminé l'école –, libérée 45 minutes avant les autres élèves, elle était rentrée à la maison. Sa "cousine" [D______], surnommée la "Vieille", lui avait proposé de venir chez elle. Elle s'y était donc rendue mais, sur place, il n'y avait personne, hormis le père de celle-ci, qui lui avait dit : "si tu veux tu

- 4/80 - P/7371/2022 peux rester mais la Vieille, elle est partie avec ses amis les raccompagner à la gare". Elle avait donc regardé O______ [plateforme de vidéos à la demande]. Lui était parti dans sa chambre. Il l'avait ensuite appelée pour lui demander ce qu'elle entendait faire avec la "Vieille". Elle s'était approchée mais était restée hors de la chambre – elle n'était pas étonnée qu'il fût au lit car il travaillait de nuit. Il lui avait dit : "c'est quoi le problème, je te parle et tu te mets en dehors de la chambre ?". Sur ce, elle y était entrée et s'était assise parterre. Il lui avait demandé : "pourquoi tu restes par terre ?". Elle avait répondu qu'elle ne savait pas – elle se demandait, dans sa tête : "il est où le problème si je m'assieds par terre, pourquoi je devrais m'asseoir sur le lit, c'est pas logique !". Ne voulant pas qu'il crie davantage, elle s'était toutefois assise sur le lit. Il s'était mis à lui parler et à lui toucher la main, ce qu'elle avait trouvé bizarre. Elle avait alors demandé : "vous avez fini ?" et il avait répondu : "comment ça j'ai fini ? Je suis en train de te parler et tu demandes quand j'ai fini de te parler !". Elle était donc restée assise sur le lit. Puis il s'était levé et l'avait "un peu jetée" sur le lit. Choquée, elle s'était demandée ce qui se passait. "Et après ben voilà". Ensuite, elle était partie aux toilettes. En en ressortant, elle l'avait regardé avec un air de dégoût. Il lui avait alors dit – il était sur son téléphone – d'aller acheter un "truc" au tabac. Elle avait eu l'impression que ce qui venait de se passer, pour lui, était normal, que ce n'était rien. Elle s'était rendue au tabac – elle se disait : "non c'est impossible que c'est arrivé !" et, à son retour, sa "cousine" était là. Elle s'était alors dit qu'elle allait faire comme si rien ne s'était passé, sinon il y aurait des problèmes à cause d'elle. Elle en avait tout de même parlé à une amie – bien qu'à la base elle entendait garder ça pour elle. Elle ne savait pas si c'était vraiment un vendredi. C'était "la fin du premier jour des vacances", quand l'école avait fini – les petits, sa sœur, avaient encore l'école. Elle était arrivée chez "A______" vers 15h00. Elle portait une robe grise. Après s'être assise sur le lit – elle était d'abord assise par terre –, elle lui avait proposé de "sortir ensemble" avec la "Vieille" et K______. Il avait cru qu'elle lui proposait de "sortir ensemble". Elle s'était exclamée : "non mais vous avez mal compris !" et il avait répondu : "arrête de me prendre pour un imbécile !". Elle ne savait pas s'il faisait exprès de ne pas comprendre : comment pouvait-il croire qu'elle veuille sortir avec lui alors qu'il avait trente ans ? Couché sur le lit, torse nu, en caleçon, il s'était redressé, sans vraiment se lever, l'avait prise et retournée. Il l'avait jetée sur le lit, un peu poussée, un peu violemment. Il s'était alors mis sur elle. Elle s'était dit : "mais il fait quoi là, qu'est-ce qu'il lui prend ?". Choquée, elle n'avait plus réussi à parler. Il lui avait chuchoté des mots à l'oreille – son air était chaud, de sorte qu'elle couvrait l'oreille de sa main. Elle l'entendait respirer fort ; ça l'avait dégoûtée et elle avait crié : "laissez-moi aller aux toilettes !". Elle s'y était rendue et en en ressortant après trois minutes, il lui avait dit : "qu'est-ce qu'il y a, va m'acheter des chewing-gums !". Il lui avait donné CHF 10.- et elle était allée acheter des chewing-gums. Ne voulant pas rester seule avec lui, elle était allée chercher K______ à l'école – soit seule soit avec "D______". Elles s'étaient ensuite rendues au centre commercial. "A______" les avait accompagnées.

- 5/80 - P/7371/2022 Ça s'était passé le 21 juillet – elle ne savait plus quel jour de la semaine –, elle en était sûre et certaine car elle avait mis un point dans son calendrier. Elle se souvenait que "D______" l'avait appelée chez elle tandis qu'elle mangeait et que sa petite sœur avait encore l'école. Au lit, elle s'était retrouvée sous lui. Ne parvenant pas à le regarder dans les yeux, elle avait regardé de côté. Elle était choquée. Elle ne pensait pas qu'il allait "faire ça", la violer. Elle ne mentait pas. Mais peut-être se trompaitelle parfois sur la date car elle ne s'en souvenait pas. Au lit, tandis qu'il était sur elle, il avait mis la main en bas et déplacé sa culotte de côté. Puis il lui avait mis le pénis dans le vagin, qu'elle avait senti en elle. Elle n'avait pas eu mal. Mais elle était choquée. Il chuchotait, respirait fort. Elle ne parvenait pas à regarder son visage – elle était traumatisée. Ça avait duré deux ou trois minutes, avant qu'elle ne mette la main devant et crie "hyper fort" : "je vais aux toilettes, laissez-moi aller aux toilettes !". Elle ne voulait pas qu'il y ait de suite à cela, que tout le monde le sache – surtout sa mère – et qu'il y ait des problèmes dans la famille à cause d'elle. Elle s'était donc dit : "tu dois faire comme si cela ne s'était jamais passé" ; sauf que chaque fois qu'elle revoyait le visage de celui-ci, elle ne se sentait pas bien. Elle craignait que, vu qu'elle n'avait pas dit "non !" ou "arrêtez !", cela ne serve à rien d'entreprendre tout cela. Elle avait dû en parler à "Q______", un jour après. Elle en avait également parlé à "R______". b. Le 28 août 2020, G______, mère de H______, a déposé plainte pénale. Le Service de protection des mineurs (SPMi) l'avait appelée pour l'informer que H______ se trouvait dans ses locaux et qu'il y avait un problème. Son mari et elle s'y étaient immédiatement rendus. H______ leur avait révélé qu'un proche de la famille, A______, avait abusé d'elle. c. À teneur du rapport de police, A______ était connu des services de police pour différentes affaires, notamment de drogue. H______ s'était rendue en pédiatrie pour effectuer des examens médicaux/gynécologiques. d. Le rapport du Service d'accueil et d'urgences pédiatriques des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) du 4 septembre 2020 relève : "[…] H______ est adressée par l'équipe de gynécologie pour suite de prise en charge d'une agression sexuelle qui aurait eu lieu le 23.06 par un ami de la famille. En date du 23.06 la patiente s'est rendue à la maison d'amis de la famille, en pensant y retrouver sa copine (fille du monsieur qui l'a agressée). Dans le fait elle s'est retrouvée seule dans l'appartement du monsieur qui avec une excuse l'a fait entrer dans la chambre, puis l'a plaquée contre le lit et l'a agressée avec pénétration complète sans protection. Depuis l'agression ce monsieur est passé régulièrement à la maison et H______ a fait en sorte de ne jamais se retrouver seule avec lui. Depuis le viol H______ a eu

- 6/80 - P/7371/2022 des douleurs abdominales importantes pendant 1 semaine, puis des sécrétions vaginales blanchâtres plus importantes pendant 10 jours qui se sont complètement estompées […] STATUS […] Uro-génital : LRSI, pas d'érythème au niveau vulvaire ni écoulement, pas d'hématome ni lésions vaginales […]". e.a. A______, à la police, a contesté les faits. Il était ami avec le grand-frère de H______, "S______". Ils s'étaient présentés leurs familles. Il arrivait ainsi à H______ et ses sœurs de se rendre chez lui. Ils se promenaient alors en ville, au bord du lac ou au parc. La maman de H______ leur préparait, à son épouse, ses enfants et lui, à manger tous les dimanches – H______ et sa petite sœur venaient leur apporter les plats. Il y avait une très bonne entente entre eux. H______ voyait un garçon. Il disposait de captures d'écran de leurs échanges – sa fille avait prêté sa carte SIM à H______. Il avait averti H______ de ce que si elle continuait à voir ce garçon et à mentir à ses parents, il ne pourrait plus la prendre chez lui. Le comportement de H______ n'avait toutefois fait que de se dégrader. Celle-ci déposait sa sœur chez lui puis repartait avec des copines, parfois un moment, parfois tout l'après-midi. Elle ne respectait pas sa famille en agissant de la sorte. Elle ne le respectait pas davantage, puisqu'elle disparaissait alors qu'il en était responsable. Il le lui avait dit à plusieurs reprises. Le problème s'était déclenché lors de l'anniversaire de son fils, K______, né le ______ 2012. H______, plutôt que de venir aider D______ à préparer l'anniversaire, était allée rejoindre un garçon. Elle lui avait même manqué de respect, en lui parlant mal. Il avait alors arrêté de la couvrir et appelé le grand-frère de celle-ci pour dénoncer son comportement. "S______" avait été choqué. Le lendemain de son appel à "S______", la famille de H______, soit son père, sa mère et sa grande sœur, s'était présentée chez lui pour lui signifier que H______ les avait informés avoir été violée par lui trois mois auparavant. D______, présente, leur avait fait remarquer qu'en se renseignant à l'école, ils constateraient par eux-mêmes que leur fille n'avait pas un bon comportement. Il avait alors transféré les captures d'écran à la famille de H______ et le père de celle-ci, en en prenant connaissance, avait été bouleversé. Les accusations de H______ à son sujet étaient un mensonge. Jamais il ne s'était trouvé seul avec elle. Il se sentait trahi car il traitait H______ et ses sœurs comme ses propres enfants. e.b. Au MP, A______ a persisté dans ses dénégations. Les accusations de H______ étaient fausses "à 200%". Le père de H______ devait prochainement prendre sa retraite. Il était question que la famille [de] H______ retourne au Mali. Craignant que sa famille ne souffre économiquement de ce retour au pays, la mère de H______ lui avait demandé de prendre la garde de celle-ci pour qu'elle puisse demeurer en Suisse. Il n'avait

- 7/80 - P/7371/2022 toutefois pas donné suite. Aussi, peut-être la maman de H______, mécontente, étaitelle derrière tout cela. Ou alors H______ voulait-elle se venger qu'il ait dénoncé ses agissements à sa famille. H______ avait des relations avec beaucoup de garçons – cela ressortait d'un message. Il avait d'ailleurs écrit à l'un d'eux qu'elle était mineure et qu'il ne devait pas la harceler. Il avait fait remarquer à H______, à deux ou trois reprises, que son comportement ne lui plaisait pas. Elle avait rétorqué qu'elle "s'en battait les couilles". Elle n'avait pas dû apprécier ses remarques. C'était le 31 août 2020 qu'il avait transféré les captures d'écran à la famille de H______, soit le lendemain du jour où il avait porté à la connaissance de "S______" que H______ manipulait les siens en soutenant qu'elle se rendait chez lui alors qu'elle allait en réalité voir des garçons. "S______" avait nécessairement dû rapporter à sa famille ce que lui-même lui avait rapporté. f. À teneur des rapports de police, la fouille du téléphone de A______ mettait en évidence une conversation WHATSAPP qu'il avait eue avec T______, ayant le même âge que H______, le 4 mars 2020 : - A______ : "Ecoute moi petit Buffon là prochain fois que tu appelle ce numéro je te balance aux flic pour accélération mineurs ok" ; - T______ : "Bon si ça dérangeais les parents moi j en savais rien j étais par le dernier ni le premier gars a H______ […] Mais tu crois que je suis le seul à être tombé amoureux de H______ avant moi y avait plain Et j'ai rien fais si jamais Et j'ai 13ans et elle a 13 ans". L'analyse des téléphones de A______ mettait en évidence 32 captures d'images effectuées le 9 février 2020 de conversations entre H______ et T______ se composant de beaucoup d'émojis, dont des cœurs, les deux protagonistes semblant se déclarer leur flamme respective. Rien ne permettait de déterminer la date à laquelle A______ aurait appelé "S______" pour l'informer du comportement de H______ avant que la famille de celle-ci ne vienne l'accuser de viol. Par contre, A______ avait envoyé un e-mail contenant les 32 images visées supra à la grande sœur de H______ le 31 août 2020. À l'issue de l'analyse des extractions du téléphone de H______, le seul élément pouvant être mis en lien avec l'affaire était une discussion entre elle et T______ dans laquelle elle écrivait "Je t'aime". g. T______ a confirmé avoir été en couple avec H______. Mais cela n'avait plus été possible car quelqu'un, son père ou un oncle, n'était pas d'accord et lui envoyait des messages. Ça s'était donc arrêté là. Ils n'avaient pas de relations sexuelles.

- 8/80 - P/7371/2022 h. D______ a déclaré que la famille de H______ – H______ était comme une sœur pour elle – était passée à la maison. Le père de H______ avait accusé son propre père d'avoir violé celle-ci trois mois auparavant. Ce dernier avait rétorqué que ce n'était pas vrai. À son anniversaire [D______ est née le ______ 2002], H______ avait dit à sa famille qu'elle viendrait aider à sa préparation. Or H______ était arrivée avec une ou deux heures de retard car elle avait rendez-vous avec un "gars". H______ l'utilisait donc comme excuse. Son père [A______] avait vu les messages échangés entre celle-ci et ce garçon et avait voulu en informer "S______". Elle avait objecté qu'elle en parlerait à H______, de sorte que son père avait renoncé à lui en faire part. Quelques jours après l'anniversaire en question, H______ lui avait dit que sa mère avait intercepté ses messages et que, mécontente, elle lui avait confisqué son téléphone. Ensuite, le comportement de H______ avait changé. Chaque dimanche, cette dernière venait leur apporter à manger avec sa petite sœur, qu'elle laissait alors chez eux pour sortir de son côté – elle disait qu'elle partait avec des amis. Pour sa part, elle la couvrait. Son père [A______] s'était fâché à ce sujet. Il en avait parlé à H______, qui n'avait pas fourni d'explication, ni ne s'était excusée. C'était là qu'il en avait informé "S______" – elle ignorait quand – pour lui dire que, à cause du comportement de H______, leurs familles ne se verraient plus. H______ n'était pas vierge – selon ce que celle-ci lui avait dit. H______ lui avait en outre rapporté avoir été violée par son oncle au Mali. Jamais elle n'avait ramené des copines à la gare en demandant simultanément à H______ de passer à la maison. Jamais elle n'avait appelé H______ pour qu'elle vienne à la maison sans qu'elle ne soit là à son arrivée. Jamais H______ n'était restée seule avec son père [A______]. Jamais il n'était arrivé qu'elle fasse du shopping à U______ [centre commercial] avec H______ et son père [A______]. Elle ne comprenait pas. C'était comme s'il y avait un complot. La maman de H______ avait demandé, en cas de retour au Mali, s'ils pouvaient garder H______. Peut-être la famille de H______ avait-elle été déçue par son père, en particulier du téléphone que ce dernier avait eu avec "S______" au sujet du comportement de H______. Pour sa part, elle s'entendait bien avec son papa [A______]. Tout se passait bien à la maison. i. Q______, amie et confidente de H______, a déclaré que celle-ci lui avait parlé des faits en plusieurs fois. La première fois, c'était trois ou quatre jours après ceux-ci, en été 2020, la semaine après que l'école fut terminée, juste après le début des vacances. H______ avait dit avoir été agressée par un garçon de 14 ans à un anniversaire

- 9/80 - P/7371/2022 auquel elle s'était rendue avec D______. La deuxième fois, une ou deux semaines plus tard, lors d'une promenade au bord du Rhône, H______ lui avait dit la vérité, à savoir que c'était en fait le "chacal", soit "A______", qui avait fait cela, et non un garçon de 14 ans. Elle n'avait pas donné de détail sur l'agression – elle n'en lui donnera que plus tard. H______ avait raconté que, un jour avant les faits, elle avait demandé à "A______" s'ils pouvaient sortir ensemble pour aller au magasin, mais lui n'avait pas compris le sens de "sortir ensemble". Le lendemain, "la Vieille" l'avait appelée pour lui demander de passer, pour faire du shopping. À son arrivée, "la Vieille" n'était pas là – elle avait dû ramener des copines. H______ avait donc regardé la télévision et "A______" l'avait appelée depuis sa chambre. Il avait dit à H______ de s'asseoir sur le lit. Trouvant bizarre de s'asseoir sur le lit, H______ s'était assise au sol. "A______" avait demandé pourquoi elle s'asseyait au sol. Elle s'était donc assise sur le lit et il l'avait agressée. Il s'était mis sur elle, avait essayé de l'embrasser et l'avait pénétrée. Au début de l'acte, elle avait été choquée, puis elle lui avait dit d'arrêter. L'acte n'avait pas duré longtemps car elle s'était rapidement ressaisie. Elle était partie s'enfermer dans la salle de bain et se doucher. Ensuite, il lui avait demandé d'aller acheter des cigarettes, ce qu'elle avait fait, avant d'attendre "la Vieille". H______, voulant faire comme si de rien n'était, comme si rien ne s'était passé, avait caché cet événement à tout le monde. H______ avait dit avoir évoqué un garçon de 14 ans, plutôt qu'"A______", car elle avait eu pitié de "la Vieille". H______ s'inquiétait pour celle-ci, qui n'avait pas beaucoup d'amis et s'occupait de la maison. Depuis l'agression, H______ lui demandait de l'accompagner quand elle devait amener des plats à la famille A______/D______/K______/L______. H______ ne restait plus dans la famille de celui-ci : elle donnait les plats et repartait. Avant, H______ et sa sœur aimaient bien le "chacal" car ils pouvaient faire du shopping et des activités avec lui ; et elle restait toujours dans la famille de celui-ci quand elle apportait un plat. Désormais, elle faisait tout pour éviter d'être seule avec lui. Après l'agression, durant les vacances d'été, H______ avait fait un test de grossesse, en sa présence. Elle avait peur d'être enceinte. j. R______, camarade de classe de H______, a expliqué qu'à la rentrée des classes, en septembre 2020, H______ n'allait pas bien. Elle avait dit s'être fait agresser par un proche de la famille. La fille de l'homme en question, dont elle était très proche, avait proposé une sortie. H______ avait accepté et était allée la rejoindre chez elle. C'était l'été, pendant les vacances. Le père avait ouvert la porte et dit que "D______" avait raccompagné des amies à la gare, tout en lui proposant de rester, le temps qu'elle

- 10/80 - P/7371/2022 arrive. Elle s'était assise sur le canapé. Ils avaient discuté. Il était parti dans sa chambre. Elle avait regardé la télé. Il avait appelé H______. Il avait crié sur celle-ci, demandant pourquoi elle avait proposé qu'ils "sortent ensemble" la veille. Elle avait expliqué que ce n'était pas le cas – H______ avait proposé à celui-ci de sortir plus souvent en famille et l'homme l'avait pris pour "sortir ensemble". Il avait demandé pourquoi elle restait hors de la chambre quand il lui parlait, soutenant que ce n'était pas respectueux, et lui avait dit de venir plus près. Puis il lui avait reproché de ne pas le regarder et proposé de s'asseoir sur le lit – ce qu'elle avait fait. À un moment, il l'avait poussée. Elle était tombée en position couchée. Il l'avait retournée et tenue. Puis il l'avait fait. H______ avait dit qu'il l'avait violée. Elle avait crié, demandé qu'il la laisse, et il l'avait forcée encore plus. À un moment, elle avait crié fort quelque chose comme : "laisse-moi aller aux toilettes !". Et il l'avait lâchée. Elle était allée aux toilettes, avait pleuré et s'était essuyée car elle trouvait ça "dégueulasse". Elle s'était dit qu'elle devait faire comme si rien ne s'était passé. Elle était sortie des toilettes et partie acheter des cigarettes avec l'argent qu'il lui avait donné – elle voulait sortir du logement. À son retour, "D______" était là. Ils étaient allés faire du shopping à U______. H______ avait dit avoir menti à "D______", en lui disant s'être fait violer par un garçon de 14 ans, car elle ne souhaitait pas lui dire que c'était son père qui l'avait violée. H______ était triste en évoquant les faits. Elle lui avait demandé de ne le dire à personne – elle lui faisait confiance. Elle en avait cependant parlé, quant à elle, à sa (propre) mère, le soir même, laquelle avait appelé le secrétariat de l'école, qui l'avait dirigée vers le service social du cycle. Et, pour sa part, elle en avait parlé à V______. k. V______, assistant-social, a déclaré qu'après qu'une jeune fille, probablement R______, s'était confiée à sa maman au sujet de ce qu'une camarade de classe lui avait rapporté, il était allé chercher H______ en classe. Il avait dit à celle-ci ce qu'il avait appris. Dans son bureau, H______ avait évoqué une contrainte sexuelle et désigné un ami de la famille. Il avait fallu la rassurer. Il avait décrit la procédure à H______ et l'avait convaincue de le laisser l'accompagner à la permanence du SPMi. H______ avait pu y raconter ce qu'elle avait subi – il était présent. H______ avait peur que cela se sache et que ses parents l'apprennent. La première approche de H______ n'était pas de dénoncer. La peur prédominait et il avait dû la rassurer, ainsi que la convaincre. H______ avait fait preuve de courage et de résilience pour faire face à ce qui lui était arrivé. Jamais, jusque-là, il n'avait dû intervenir auprès de H______. Il ne la connaissait pas.

- 11/80 - P/7371/2022 l. F______, père de H______, a déclaré avoir reçu un appel de son épouse, disant que leur fille se trouvait au SPMi car elle avait été victime d'un abus sexuel. Il était tombé des nues. Après avoir passé la journée à la police puis être rentré à la maison, il s'était rendu compte que sa fille souffrait. Il avait vu chez elle des attitudes qu'il ne lui connaissait pas. Elle se morfondait, était très triste. Elle disait avoir mal au ventre. Il avait observé un isolement inhabituel chez elle, qui n'avait presque plus de contact avec les autres membres de sa famille. Ils avaient coupé les ponts avec la famille A______/D______/K______/L______ – pour que sa fille ne voie plus A______. Avant cela, le 31 août 2020, il s'était rendu chez celui-ci, accompagné de son épouse et de l'une de ses filles. Il avait confronté A______ aux faits. L'intéressé avait répondu n'avoir rien fait. D______ avait fait irruption en se comportant comme une lionne, comme une avocate. Elle s'était mise à diaboliser H______, à raconter qu'elle fréquentait des garçons. A______ avait fait de même, en expliquant que H______ voyait des garçons en cachette, alors qu'elle prétendait se rendre chez lui. Il avait dit en avoir la preuve – il leur avait envoyé des captures d'écran. A______ avait dit ne plus pouvoir assumer cette situation, ne plus pouvoir couvrir H______, dont il se sentait responsable, et en avoir parlé à "S______". Quant à lui, il s'était dit que, même si par hypothèse H______ n'était pas une sainte, cela n'empêchait pas qu'il y ait eu une agression sexuelle. Il n'avait pas évoqué avec H______ ce que A______ lui avait fait subir. C'était son épouse qui s'en était chargée. Toutefois, en sa présence, aux HUG, H______, qui avait du mal à trouver les mots, avait dit avoir été violée – c'était le terme qu'elle avait utilisé. Jamais il n'avait douté de la véracité des dires de sa fille. H______ avait dit être soulagée qu'il la croie. Depuis que H______ était suivie par un psychologue, les choses n'avaient cessé de s'améliorer. Elle se sentait mieux, était plus investie dans les activités familiales, moins isolée. Il avait été très surpris en apprenant qu'il aurait demandé à A______ de s'occuper de H______ en cas de retour au Mali car il ne pourrait pas confier sa fille à un tiers. m. G______ a confirmé que le SPMi l'avait avisée des faits. Elle se souvenait d'un appel de D______, passé fin juin 2020, invitant H______ à la rejoindre chez elle pour qu'elles aillent faire les magasins. H______ avait insisté et elle avait fini, quant à elle, par donner son accord. Elle se souvenait comment était alors habillée sa fille : elle portait une robe grise. Plus tard dans la journée, elle avait croisé H______, A______ et ses enfants à U______. H______, qui était très nerveuse, avait demandé à pouvoir rentrer avec elle à la maison. Elle avait répondu qu'elle pourrait rentrer avec [la famille] A______/D______/K______, qui la

- 12/80 - P/7371/2022 déposeraient comme d'habitude. Le soir, une fois H______ de retour à la maison, elle n'avait rien observé de spécial chez elle. Après avoir déposé plainte à la police, elle avait demandé à pouvoir parler à H______. Sa fille lui avait rapporté que, une fois chez A______, ce dernier avait dit que "la Vieille" était allée accompagner des visiteurs à la gare. H______ s'était installée au salon pour regarder la télévision. A______ l'avait appelée dans sa chambre. H______ s'était assise par terre. Il lui avait dit de s'asseoir sur le lit. H______ avait hésité mais l'avait fait. A______ avait dit qu'il savait ce que H______ insinuait quand elle proposait qu'ils "sortent ensemble". H______ avait rétorqué qu'il avait mal compris. Il avait rétorqué à son tour qu'il ne fallait pas le prendre pour un idiot ou pour un "con" – quelque chose du genre. Il l'avait ensuite poussée sur le lit, s'était mis sur elle et avait tiré sa robe vers le haut, avant de mettre son sexe en elle. Elle avait demandé à H______ si elle s'était débattue ou si elle avait fait quelque chose. Celle-ci avait répondu par la négative, en précisant qu'elle n'avait rien pu faire – elle ne sentait que son souffle contre sa tête. À un moment donné, H______ avait dit à A______ d'arrêter et réussi à se dégager pour se rendre aux toilettes. Celui-ci l'avait ensuite envoyée au magasin de tabac. En revenant, elle avait vu "la Vieille" devant la porte et ils étaient partis à U______ [centre commercial]. H______ avait également expliqué avoir d'abord dit à "la Vieille" que c'était un garçon de 14 ans qui l'avait agressée, à un anniversaire, car elle n'avait pas voulu lui révéler qu'il s'agissait de son père. Elle croyait sa fille. Elle avait observé que, le dimanche, quand il fallait apporter à D______ le plat traditionnel malien, H______ disait vouloir attendre sa copine Q______ pour y aller. Elle s'en était étonnée et avait questionné H______ à ce sujet, qui avait simplement répondu qu'elle préférait attendre Q______. Elle avait réellement remarqué un changement chez H______, qui restait davantage dans sa chambre. H______ avait souhaité suivre des cours de self-défense. Ils avaient confronté A______ aux faits. Celui-ci avait réagi en disant : "pourquoi est-ce que je ferais ça à H______, je suis déjà marié et il y a des filles là où je travaille ?". La "Vieille" s'était montrée très agressive, en disant que H______ était une menteuse et parlait beaucoup trop des garçons. A______ avait voulu montrer que H______ était une mauvaise fille, en présentant des captures d'écran, et dit avoir

- 13/80 - P/7371/2022 appelé "S______" pour lui faire part du mauvais comportement de H______ – elle n'avait, quant à elle, pas questionné "S______" à ce sujet, ils n'en avaient pas parlé. Elle avait observé, précédemment, que H______ échangeait des messages avec un garçon de l'école coranique, lequel avait écrit "je t'aime", de sorte qu'elle lui avait confisqué son téléphone. Elle le lui avait rendu à l'anniversaire de K______, soit "en juin", sauf erreur. Jamais il n'avait été question de confier la garde de H______ à A______ en cas de retour au Mali. A______ et D______ étaient très liés. On les voyait toujours ensemble, les trois avec K______. À une reprise, elle avait vu D______ poser la tête sur les cuisses de son père, ce qui l'avait surprise car en Afrique, passé un certain âge, ces choses ne se faisaient pas. n. H______ a produit les pièces médicales suivantes :  Un rapport psychologique de W______, psychologue-psychothérapeute, du 24 octobre 2022, dans lequel elle "atteste avoir reçu H______ pour des séances de psychothérapie régulières de septembre 2020 à décembre 2021, à la demande de ses parents et dans le cadre de mon ancienne activité au CTAS (centre spécialisé dans la prise en charge de patients ayant subi un psycho traumatisme). H______ est une adolescente plutôt réservée, soucieuse de bien faire et qui parfois présente un discours un peu confus, peu compatible avec une démarche construite ou vindicative. Les éléments factuels concernant l'agression présumée me sont délivrés par bribes et le plus souvent de manière détournée. Ainsi l'accusation de viol n'est pas directement énoncée par H______, en revanche elle évoque de vives craintes à l'idée d'être enceinte et raconte avoir effectué un test de grossesse après les faits à l'origine du dépôt de plainte. Puis, quelques mois plus tard, elle mentionne avoir récemment ressenti comme "une sensation de viol dans le bassin" (qui fait penser à une douleur fantôme). Elle relate également se sentir sale depuis les faits car "plus vierge" et craindre le regard et le jugement d'autrui, comme s'il était écrit sur son front "violez-moi". Elle confie à plusieurs reprises redouter que le jour de sa première relation sexuelle avec un amoureux "tout remonte". Au plan émotionnel, au début de la prise en charge H______ témoigne d'un intense sentiment de culpabilité, se reprochant de ne pas avoir su anticiper les intentions de son agresseur, comme si ce qui était arrivé était de sa faute. Elle raconte être parfois en proie à de soudaines irruptions de pleurs, sans lien identifiable avec la situation du moment et éprouver un sentiment récurent de tristesse à la pensée de ce qui lui est arrivé. Elle craint des représailles de la part de son

- 14/80 - P/7371/2022 agresseur et la diffusion d'éléments faisant d'elle une menteuse ou une fille de mauvaises mœurs au travers notamment des réseaux sociaux, ce qui est source d'anxiété et d'une perte de confiance en soi marquées. Parmi les symptômes typiques d'un syndrome de stress post traumatique, sont présents chez H______ des flashbacks et cauchemars, dont elle décrit très peu le contenu mais qui selon elle comprennent des scènes de l'agression et perturbent son sommeil. Figurent également des comportements d'évitement (pendant plusieurs semaines, elle effectue des détours pour ne pas passer devant le domicile de celui qu'elle désigne comme son agresseur, elle ne porte pas ses lunettes dans la rue en espérant ainsi ne pas le reconnaitre au cas où elle le croiserait). Mentionnons aussi des réactions d'hyper-vigilance (sursaut au contact d'une main sur son épaule, réagit avec peur et impulsivité au moment où un camarade de sexe masculin l'effleure involontairement). La sensation au niveau génital évoquée plus haut peut être comprise comme un phénomène dissociatif (réminiscence somatique), de même que la manière dont elle raconte avoir vécu l'agression : "j'étais partie ailleurs", "je ne sentais plus rien". "J'ai essayé de survivre". A ces symptômes cliniques évocateurs d'une agression, s'ajoutent des retombées au plan relationnel, notamment avec sa mère. Cette dernière, se sentant elle-même coupable de ne pas avoir su protéger sa fille, est devenue très craintive et surprotectrice, restreignant drastiquement les heures voire les occasions de sortie. De son côté, H______, n'osant parfois plus demander la permission de rencontrer des copines, a fini par se limiter d'elle-même, ce qui va à l'encontre de la tendance naturelle d'une jeune adolescente et de ses propres aspirations. Par ailleurs, probablement autant pour rassurer ses parents que dans une stratégie de mise à distance des souvenirs et de restauration de son estime de soi, H______ s'est focalisée de manière à mon sens quasi obsessionnelle sur son travail et ses résultats scolaires. J'ai été préoccupée aussi de l'attention excessive qu'elle portait à son poids et au contrôle de son alimentation, craignant à termes le développement d'un trouble alimentaire. Les éléments cliniques exposés dans le présent rapport concordent selon mon expérience avec la survenue d'une agression sexuelle. Malgré une amélioration apparente des symptômes en cours de suivi, je reste préoccupée pour l'évolution de cette jeune patiente. C'est pourquoi, au moment où prend fin mon intervention en raison du déménagement imminent de la famille pour P_____ [France], je recommande vivement à H______ et ses parents de reprendre, une fois installés, une thérapie spécialisée".  Une attestation de X______, thérapeute, du 23 novembre 2022, qui certifie "avoir reçu en consultation ce jour [H______] pour une séance d'EMDR concernant un traumatisme survenu à l'âge de 14 ans. Cette séance a permis de baisser notablement la détresse élevée ayant son origine dans ce traumatisme".

- 15/80 - P/7371/2022  Un rapport de Y______, psychologue clinicienne et psychothérapeute, du 28 avril 2023, dans lequel elle atteste avoir reçu H______ "de mi-décembre 2022 à aujourd'hui de manière régulière […] H______ est une jeune fille réservée qui dit qu'elle préfèrerait éviter de parler de l'agression sexuelle tant les souvenirs traumatiques restent douloureux et honteux pour elle. Elle se dit très culpabilisée de la souffrance et des inquiétudes que la situation génère chez ses parents, même si elle peut rationnellement dire qu'elle est la victime. Elle se montre très mature et intelligente, prudente dans les mots qu'elle emploie et dans sa volonté de vouloir exprimer clairement les faits, mais surtout les émotions et les sensations qui y restent attachées. Elle dit qu'elle aurait aimé mettre ses souvenirs de côté et poursuivre sa vie de jeune fille, mais elle dit que cela n'est pas possible, elle dit être triste lorsqu'elle y pense. Elle se montre très volontaire dans le suivi psychologique. Lorsqu'elle évoque le viol subi, la douleur est toujours vive, nous constatons que cela la met rapidement en état dissociatif. Elle dit être généralement dans l'évitement de tout ce qui peut lui rappeler l'agression. À la faveur d'une visite à une ancienne amie d'école à Genève pendant les vacances scolaires, elle nous dit appréhender de retourner dans le quartier où l'agression a eu lieu par peur de croiser la fille de l'agresseur ou l'agresseur lui-même. Au seul fait d'y penser elle montre des signes de peur et d'angoisse en séance […] Après le procès, étape fondamentale de sa reconstruction psychique, nous avons prévu de poursuivre la thérapie par des séances EMDR en parallèle de séances de psychoéducation. Elle a en effet besoin de traiter la mémoire traumatique, liée à la dissociation survenue au moment du viol mais aussi de retrouver des repères dans la relation aux autres qui reste altérée par des sentiments d'insécurité et de perte de confiance. Nous tenions à souligner que les éléments cliniques décrits dans ce rapport attestent selon notre expérience du traumatisme sexuel subi et de la nécessité de poursuivre la thérapie afin d'en soigner les séquelles".  Un rapport complémentaire de Y______ du 26 janvier 2024, qui relève : "[…] J'ai reçu H______ de mi-décembre 2022 au 2 décembre 2023 suite à la demande des parents me racontant le viol qu'elle a subi d'un ami de la famille […] H______ s'est engagée dans un travail thérapeutique d'EMDR avec détermination souhaitant apaiser ses souffrances, séquelles du traumatisme subi […] Nous avons pu revisiter les évènements et toutes les images, émotions, sensations qu'elle n'a pas pu intégrer au moment de l'agression afin qu'elle puisse les considérer comme des souvenirs passés et se sentir à nouveau en sécurité […]". o.a. Au Tribunal, H______ a persisté dans ses déclarations.

- 16/80 - P/7371/2022 Elle était entrée dans la chambre de A______ lorsqu'il lui avait dit : "quand un adulte te parle, pourquoi tu restes aussi loin, je ne t'entends pas !". Elle ne pouvait pas défier son autorité. Après qu'elle avait expliqué qu'il y avait un malentendu sur la signification de "sortir ensemble" et qu'il s'était énervé en disant qu'il ne fallait pas le prendre pour un imbécile car il avait très bien compris ce qu'elle avait voulu dire, il l'avait entraînée dans le lit brusquement, s'était mis sur elle, lui avait chuchoté quelque chose à l'oreille, avait essayé de l'embrasser, mis les mains vers ses cuisses et décalé sa culotte, avant de la pénétrer avec son sexe. Elle était restée comme ça un moment et n'avait plus bougé, choquée, ne parvenant pas à croire ce qu'il se passait, jusqu'à ce qu'elle revienne à elle et crie qu'elle voulait aller aux toilettes. Elle se sentait humiliée, en colère, se demandant comment elle avait pu accepter de rester et pourquoi elle n'en avait pas fait plus pour se libérer. Suite aux faits, cela avait été l'incompréhension. Elle avait eu peur de tomber enceinte et acheté un test de grossesse. Elle en avait d'abord parlé à sa meilleure amie, Q______, puis à D______. Elle avait menti en disant que l'auteur était un garçon de 14 ans car elle ne voulait pas dire à cette dernière qu'il s'agissait de son père. A______ était très tactile, vis-à-vis d'elle mais aussi de sa fille et de son fils. Il cherchait à lui faire la bise mais elle esquivait. Parfois, chez D______, elle allait lui dire bonjour dans la chambre, où ils discutaient. Il pouvait alors arriver qu'il la tire ou la pousse. Il était habitué à faire cela – il le faisait aussi avec d'autres – c'était comme un jeu. Elle ne trouvait pas cela bizarre car il le faisait souvent. Elle se disait que c'était sa manière de faire, mais elle était mal à l'aise. Il était ainsi arrivé que D______ la voie "couchée sur son père". Jamais elle ne s'était retrouvée seule avec A______, hormis la fois des faits dénoncés. Elle contestait être allée chez D______ pour ensuite sortir avec d'autres personnes, de sorte que cette dernière devait la couvrir. Elle n'avait pas le souvenir que A______ lui ait dit d'arrêter de voir des garçons et de changer de comportement. o.b. A______ a contesté les faits. Tout était faux – c'était un "plan de chantage". Il n'avait pas touché H______, d'une quelconque manière. C. a. Selon le rapport d'arrestation du 30 mars 2022, la police avait été contactée la veille par le Centre LAVI. D______ affirmait avoir été victime d'inceste.

- 17/80 - P/7371/2022 Le 26 mars 2022, une patrouille de police était intervenue au domicile de A______. Ce jour-là, en effet, Z______, voisine, avait approché les services de police pour les informer qu'elle avait accueilli D______, qui était paniquée et disait avoir été droguée par son père. Sur place, la patrouille avait constaté que D______ se plaignait de troubles visuels et respiratoires. A______ avait expliqué avoir acheté des Bubble Tea à ses enfants, que sa fille s'était rapidement senti mal après en avoir bu et qu'elle s'était réfugiée chez la voisine. Après l'avoir auscultée, les ambulanciers avaient décidé d'acheminer la jeune femme en milieu hospitalier. Les analyses toxicologiques avaient révélé un résultat positif à la MDMA. On l'avait ensuite conduite au foyer AA_____, en placement d'urgence, car elle avait dit ne pas vouloir rentrer chez elle. Le 29 mars 2022, D______ s'était présentée à VHP pour expliquer les faits. À la fin de son audition, elle avait refusé de signer le procès-verbal, disant ne pas vouloir gâcher la vie de son père et le faire souffrir. Le 30 mars 2022, A______ avait été interpellé à son domicile en présence de son épouse, L______, et de leur fils, K______. Ce dernier, âgé de 9 ans et demi, avait été entendu en audition EVIG. Cette audition n'avait pas amené d'élément probant à l'enquête. Le garçon avait néanmoins expliqué se faire gronder par son père et taper par sa mère. b. À VHP, D______ a expliqué que, le 26 mars 2022, vers 14h00 ou 15h00, son père était rentré du travail. Son frère et elle regardaient la télévision. Son père s'était rendu à la salle de bain, avant de dire qu'il avait une surprise pour eux et de leur donner deux Bubble Tea, un au chocolat pour K______, l'autre à la coco pour elle. Les couvercles étaient déjà troués, avec les pailles à l'intérieur. Elle en avait bu la moitié. Elle avait proposé l'autre moitié à son père, qui avait dit ne pas en vouloir car il avait déjà bu le sien dehors. Elle lui avait servi le repas au salon et son père lui avait dit de venir s'asseoir à ses côtés. Elle avait fini de boire son Bubble Tea et, pour pouvoir manger les bulles au fond, enlevé le couvercle. En le léchant, elle avait noté un goût amer. Ensuite, tandis qu'elle révisait sur le canapé, elle avait eu sommeil. Elle s'était allongée et endormie. Sa respiration s'était mise à s'accélérer. Elle était allée au balcon – elle voyait des "trucs" bizarres, comme si tout s'effondrait, les choses bougeaient. Elle était retournée vers son père et lui avait attrapé la main. Il avait demandé si ça allait et à son frère d'aller chercher une couverture. Il avait mis la main sur son dos et commencé à descendre vers ses fesses. Elle lui avait dit d'arrêter. Son père, qui avait bu du jus, avait eu la gorge sèche et du mal à respirer. Cela l'avait inquiétée. Elle était allée à la salle de bain pour prendre un bain, pour se détendre ; elle avait ouvert le robinet, avant de retourner vers son père et, vu qu'il n'était pas bien, décidé de se rendre chez la voisine pour que celle-ci appelle une ambulance, pour elle et lui. Son père l'avait suivie hors de l'appartement et lui avait demandé : "Qu'est-ce que tu fais ? Tu vas tout déballer aux voisins ? Je peux t'emmener moi à l'hôpital. Je vais appeler un taxi pour y aller. Tu veux me créer des problèmes ? J'aurai des problèmes à cause de ça !" – il était paniqué. La façon de réagir de celuici l'avait amenée à suspecter qu'il l'avait droguée. Assise au sol, perdue, elle avait dit à la voisine d'appeler la police – son père ne le voulait pas – et était restée chez celle-ci le temps que les secours arrivent. Sur place, les policiers lui avaient demandé

- 18/80 - P/7371/2022 pourquoi son père aurait voulu la droguer et elle avait répondu que c'était pour abuser d'elle. À l'hôpital, on lui avait dit que son urine contenait de la drogue. Pendant les faits, K______ dessinait vers la table à manger. Il lui avait juste apporté une couverture. Elle n'avait rien remarqué de particulier par rapport à lui. Le lendemain, 27 mars, son père l'avait appelée, énervé. Il ne comprenait pas pourquoi elle était allée chez la voisine – il allait essayer de la faire passer pour une folle, comme il le faisait tout le temps. Il lui avait dit avoir bu lui aussi une gorgée de Bubble Tea et eu la gorge sèche. Son père la violait depuis 2016. C'était arrivé beaucoup de fois. Il ne faisait pas exprès et lui demandait pardon, en disant que ce n'était pas elle la fautive mais lui. La situation était devenue presque normale, après tout ce qu'elle avait vécu petite : elle avait été élevée sans ses parents (par sa grand-mère paternelle) et violée par un proche de la famille à l'âge de huit ans. La première fois, son père l'avait appelée dans sa chambre. Il avait mis sur la tablette des chansons qu'elle aimait. Elle était allongée à ses côtés. Il l'avait alors mise sur son ventre [à lui] et lui avait enlevé le short. Après ce premier viol – jamais elle n'en avait parlé jusque-là – elle était partie en courant au salon, en pleurant. Son père s'était excusé. Il avait dit avoir juste voulu la prendre dans ses bras pour rattraper le temps perdu, vu qu'il n'avait pas été là pour elle. Les viols se produisaient plusieurs fois par mois. Son père la dominait, la forçait mentalement. Il y avait toujours un moment où elle lui disait d'arrêter mais il faisait en sorte qu'elle ait pitié de lui et elle finissait par accepter. Il disait des choses qui lui faisaient du mal ; elle ne pouvait pas refuser. Si ça ne marchait pas, il faisait la tête, n'était pas content. Vers ses 18 ans, les paroles de son père n'avaient plus suffi. Il s'était alors mis à la maintenir avec force pour pouvoir la violer. La dernière fois – à la fin de ses 18 ans ou au début de ses 19 ans – il l'avait tenue avec force. Il lui avait enlevé le pantalon de force. Elle lui avait opposé sa propre force pour empêcher qu'il ne la viole. Elle avait demandé : "Pourquoi tu fais ça ?". Il avait répondu : "Arrête de bouger !". Elle était en bas et lui au-dessus. Elle lui avait dit que, s'il n'arrêtait pas, elle quitterait la maison. Il y avait toujours eu pénétration du pénis dans le vagin. Il n'utilisait pas de préservatif.

- 19/80 - P/7371/2022 Personne n'avait vu ce qu'il se passait – peut-être son petit frère K______ ; il était possible qu'il les ait entendus. Quand elle disait à son père pendant l'acte qu'elle allait crier, il répondait : "si tu cries, ton petit frère va venir, va nous voir et tu auras honte !". Un jour, deux copines prénommées AB_____ et AC_____ étaient venues à la maison car elle ne pouvait pas sortir – son père ne la laissait pas sortir avec ses amies car il disait qu'elle se prostituerait en cas de sortie – et, tandis qu'elles se trouvaient au salon, il avait abusé d'elle dans la chambre. Elle ignorait si ses copines avaient entendu quelque chose. Elle ne savait pas si sa belle-mère était au courant de ce qu'il se passait. Celle-ci travaillait à plein temps et était toujours au travail lorsque cela arrivait – les viols se déroulaient la journée. Elle avait rencontré son père au Mali en 2016. Celui-ci l'avait emmenée en Suisse. Ils se disputaient souvent. Mais ils s'entendaient bien et rigolaient également souvent ensemble. Son père savait tout d'elle. Elle ne lui cachait rien, lui racontait tout. Il était là quand elle ne se sentait pas bien. Il était comme sa mère. Quand elle n'était pas à la maison, ça ne fonctionnait pas car elle s'occupait de tout : elle cuisinait, nettoyait et s'occupait de son petit frère. Elle ne parlait pas trop à sa belle-mère – cette dernière ne répondait pas quand elle la saluait. Quand K______ faisait des bêtises, son père le frappait de sa main, tout comme il la tapait elle. Son père s'énervait pour des choses inutiles. Il n'écoutait pas les autres et pensait avoir toujours raison. K______ avait peur de lui mais elle lui donnait le courage de tenir, en lui apprenant à être fort – "ce sont nos parents, on doit les aimer !". Elle ne voulait pas déposer plainte. Elle avait peur. Son père avait tout fait pour qu'elle ait une vie meilleure. Elle avait eu la chance de pouvoir venir en Suisse et maintenant elle lui gâchait la vie. Il allait tellement lui en vouloir. c.a. À teneur du rapport d'expertise du Centre universitaire romand de médecine légale (CURML) du 3 août 2022, examinée aux urgences de la Maternité des HUG le 27 mars 2022 à 06h15, D______, capable de discernement, avait expliqué qu'elle pensait que son père l'avait droguée – elle s'était senti mourir – pour pouvoir abuser d'elle. Il avait placé la main dans son dos, l'avait caressée au niveau des lombaires, sur et sous les vêtements, et était descendu en direction de ses fesses, sans les toucher, avant qu'elle ne lui demande d'arrêter, ce qu'il avait fait. C'était la réaction qu'avait eue son père lorsqu'elle avait demandé de l'aide à la voisine – "tu veux me dévoiler au monde ? Tu veux me causer des problèmes ?" – qui l'avait interpellée et amenée à penser qu'il voulait la droguer pour abuser d'elle. Il le faisait depuis 2016, soit depuis ses 13 ans, sous la forme de pénétrations péniennes au niveau vaginal. Elle n'avait pas d'autre partenaire sexuel. Elle n'avait aucune contraception.

- 20/80 - P/7371/2022 Elle niait toute consommation de drogue, d'alcool, de tabac et de médicaments. Elle rapportait des violences verbales et physiques fréquentes, notamment des gifles et un épisode d'étranglement un ou deux mois auparavant. Elle disait avoir "vraiment peur de [son] père", qui l'avait déjà menacée de mort – il connaissait beaucoup de monde. c.b. Selon le rapport du CURML, lors de l'examen de la tête, du tronc et des membres supérieurs et inférieurs de D______, qui montraient des lésions, des cicatrices et une brûlure, quelques photographies avaient été prises. Des frottis au niveau du dos, en région lombaire, avaient été effectués en vue d'éventuelles recherches ADN. L'examen gynécologique mettait en évidence : "Vulve : sans particularité. Vagin : sans particularité. Hymen : ovalaire sans lésion". Le test de grossesse s'était révélé négatif, tout comme le dépistage de maladies sexuellement transmissibles. Les échantillons d'urine et de sang s'étaient révélés positifs à la MDMA. Les analyses toxicologiques, pratiquées sur trois mèches de cheveux [récoltées le 6 avril 2022], révélaient la présence de cette substance dans le premier segment et, à moindre mesure, de cocaïne sur les trois segments. Ce résultat était évocateur d'une consommation de MDMA dans les deux à quatre semaines précédant le prélèvement et d'une consommation/exposition à la cocaïne dans les deux à trois mois précédant ledit prélèvement. En conclusion, l'examen clinique médico-légal ne mettait pas en évidence de lésion traumatique pouvant entrer chronologiquement avec les faits. L'absence de lésion au niveau de la sphère génitale ne permettait ni d'affirmer ni d'infirmer les déclarations de l'expertisée concernant la survenue de rapports sexuels répétés. Les résultats étaient indicateurs d'une consommation d'ecstasy récente, compatible avec les symptômes indiqués par celle-ci. c.c. Le Dr. AD_____, co-auteur du rapport d'expertise, a déclaré que les résultats étaient compatibles avec une consommation de MDMA le 26 mars 2022. Pour la cocaïne, le résultat était très faible – on n'avait retrouvé que des traces – de sorte qu'il était difficile de dire s'il s'agissait de consommation ou seulement d'exposition. À titre d'exemples d'exposition, on pouvait citer typiquement le cas de celui qui trafiquait sans consommer, le cas de celui qui vivait ou travaillait au quotidien dans une salle où de la cocaïne était manipulée ou consommée, le cas de celui qui respirait de l'air contaminé par de la cocaïne, le dépôt de cocaïne sur les cheveux et le cas de celui qui portait les doigts à la bouche après avoir touché une table ou un CD sur lesquels se trouvait de la poudre. L'un des effets recherchés par les consommateurs de MDMA, en milieu festif, était un effet "contactogène", c'est-à-dire facilitant le contact, euphorisant et provoquant des hallucinations agréables. Il pouvait comprendre qu'on la surnomme la "drogue de

- 21/80 - P/7371/2022 l'amour". Mais elle pouvait également provoquer une kyrielle d'effets indésirables, dont de l'apathie, des nausées et des vertiges. L'endormissement n'était pas un symptôme que l'on s'attendait à voir après une prise d'ecstasy – qui avait plutôt un effet stimulant. d. Z______, voisine, a déclaré que le 26 mars 2022 D______ pleurait. Elle était perturbée, bouleversée. Elle avait peur de son père. Elle pensait que celui-ci l'avait droguée pour la violer – elle s'était déjà fait violer par lui. Ses propos étaient cohérents. e.a. AE_____, gendarme intervenu au domicile de la famille A______/D______/K______/L______ le 26 mars 2022, a déclaré que D______ était prostrée, apeurée, en larmes – elle était authentique. Sa respiration était forte, irrégulière. Elle avait dit avoir bu du Bubble tea et s'être immédiatement senti mal. Le 144 avait été appelé et elle n'avait plus dit grand-chose. A______ avait l'air calme. Il était inquiet en raison de sa propre brûlure/gêne à l'abdomen. Il avait expliqué que, après que sa fille avait bu du Bubble Tea et s'était senti mal, il le lui avait pris des mains et l'avait goûté. Cela lui avait piqué la bouche, de sorte qu'il avait recraché et jeté les contenants à la poubelle. Il avait voulu s'en débarrasser car il avait eu peur des effets secondaires. Pour sa part, avec son collègue, ils avaient cherché les contenants mais ne les avaient pas trouvés. Questionné à ce sujet, A______ avait alors dit avoir jeté les Bubble Tea dans une poubelle dans la rue. Ils ne les avaient toutefois pas davantage retrouvés dans la poubelle en bas de l'immeuble. Les ambulanciers avaient ausculté la fille et, rapidement, le père. e.b. AF_____, gendarme intervenu aux côtés de AE_____ ce jour-là, a corroboré les déclarations de son collègue. Ils avaient essayé de savoir où se trouvaient les contenants et contenus et, questionné à ce sujet à trois reprises, A______ avait à chaque fois fourni une réponse différente. L'intéressé avait fini par dire qu'il les avait brûlés et jetés dans la cuvette des WC. Interrogé sur les raisons pour lesquelles il l'avait fait, il avait été question de peur ou de superstition. A______ s'était montré inquiet lorsque sa gorge s'était mise à le gratter. f. AG_____, éducatrice en foyer, a déclaré que D______ y avait été intégrée le dimanche [27 mars 2022] après avoir passé la nuit aux HUG. Elle était faible et pleurait. Elle avait expliqué que son père abusait d'elle depuis ses 13 ans et que c'était la première fois qu'elle en parlait – elle en avait parlé à l'hôpital. Très vite, elle avait dit ne pas vouloir "casser" la famille, que si son père lui faisait cela, c'était pour rattraper le temps perdu et qu'il l'avait sauvée du Mali. Pour sa part, ne pouvant en rester là, elle avait évoqué la police et la LAVI, instance qui avait reçu D______ et activé la Brigade des mœurs.

- 22/80 - P/7371/2022 Au début, D______ était terrorisée. Puis, vite, elle avait commencé à participer aux tâches ménagères, ce qui était assez remarquable pour une jeune femme de 19 ans. Cette dernière était dans un conflit de loyauté énorme : elle aimait son père ; elle avait peur qu'il ne la trouve mais était également très inquiète pour lui. g. Il ressort des rapports de police que, du 26 au 30 mars 2022, A______ a tenté de joindre au téléphone D______ à plusieurs reprises, de même que les HUG, pour avoir de ses nouvelles. Dans ses messages, il tentait de calmer sa fille, souhaitait qu'elle revienne à la maison et semblait très inquiet pour le futur de celle-ci, pour leur réputation. Il lui faisait comprendre qu'il n'était pas fâché contre elle et indiquait avoir lui-même dû se rendre à l'hôpital le 27 mars 2022. L'analyse des données extraites des téléphones de A______ montrait que, employé de l'établissement de nuit M______, celui-ci participait à des "after" avec des connaissances et des collègues. Il entretenait des relations extraconjugales. Les séquences vidéo le montraient en soirée avec des femmes – sur l'une d'elles, on le voyait en pleins ébats sexuels. Parmi les images enregistrées dans son téléphone figuraient deux ovules contenant vraisemblablement de la cocaïne (photo C-573). Il apparaissait en outre que "N______", identifié comme étant N______, défavorablement connu des services de police pour trafic de cocaïne, avait écrit à A______ le 5 juillet 2018 en lui demandant "quelle taille", ce à quoi ce dernier avait répondu "5". Avaient en outre été extraits des téléphones de A______ les divers échanges de messages qui s'y trouvaient. Il avait également été procédé à l'extraction du téléphone de D______. L'analyse des données n'avait pas permis de relever d'élément probant pour l'enquête. h.a. Au MP, D______ a persisté dans ses déclarations. Elle avait tout détruit, tout perdu. À présent, elle n'avait plus personne – ni papa ni maman. Elle ne voulait vraiment pas causer de tort à son père. Elle se sentait coupable car il était allé la chercher au Mali pour lui offrir une vie meilleure et elle, en échange, détruisait la sienne. Son père disait qu'ils étaient une famille et qu'il fallait se soutenir. Mais elle n'avait pas pu supporter. Elle avait toujours pensé que ce qu'elle vivait – les abus, ce qu'ils subissaient à la maison – se terminerait un jour. Mais elle n'avait pas réussi à tenir jusqu'à ce jour-là. Son père les disputait souvent, son frère et elle. Il leur disait des mots blessants – pour sa part, que si elle sortait elle se prostituerait, que c'était bien fait qu'elle se soit fait violer au Mali, que c'était de sa faute, qu'elle était une "pute" et qu'il n'était pas

- 23/80 - P/7371/2022 sûr qu'elle soit de son sang. Cela la détruisait petit à petit mais elle avait fini par en faire abstraction. Très souvent, il finissait par les taper. Il tapait plus souvent son petit frère qu'elle. Elle voyait que K______ avait peur de son père. Elle recevait, quant à elle, des gifles au visage et des coups de poing dans le dos. À une reprise, elle avait saigné de la bouche. Il lui donnait aussi des coups de ceinture – c'était en 2016. Il l'avait également étranglée, elle avait eu très peur : il y avait quelques mois, en 2022, elle était rentrée avec cinq minutes de retard ; son père le lui avait fait remarquer ; elle lui avait dit que, contrairement à son petit frère, il n'avait pas à se faire de souci car elle avait 19 ans ; il l'avait alors saisie à la gorge et étranglée ; elle avait essayé de lui parler pour s'excuser mais, vu son étreinte, n'y était pas parvenue ; ne parvenant plus à respirer, ses yeux étaient partis en arrière et elle avait perdu le contrôle de ses membres ; elle avait cru mourir et eu mal pendant plusieurs jours. À une reprise, elle était allée chez le coiffeur ; cela n'avait pas plu à son père et il lui avait rasé la tête. Les violences s'étaient produites en 2016 ; de 2017 à 2020, elle avait reçu deux gifles par année en moyenne et, dès 2021, les coups avaient repris. Il y avait aussi un côté positif chez son père, telles les sorties ou le fait qu'ils rigolaient ensemble. Mais il était toujours à leur contact, contrôlait tout. Ils avaient l'interdiction de sortir sans lui et ne pouvaient rien faire seuls. C'était comme une prison. Ses amitiés étant source de dispute à la maison, elle avait pris de la distance avec ses amis. Son père et elle avaient souvent des échanges téléphoniques. À ce propos, elle agissait par obligation, mais pas toujours car, à la maison, elle était la personne qui se souciait le plus de lui. Elle s'efforçait de suivre ce que disait son père, d'être la fille parfaite pour lui. Elle n'avait pas signé son procès-verbal d'audition à la police car elle ne voulait pas que les problèmes de son père viennent d'elle. Elle confirmait malgré tout toutes les déclarations qu'elle avait faites à la police. Jamais son père n'avait dû la menacer dans l'hypothèse où elle en viendrait à parler des abus, parce qu'il savait que jamais elle ne le "balancerait", vu qu'il était son père. Elle ne savait pas, ce 26 mars, que ça finirait comme ça. h.b. D______ a persisté dans sa description du premier abus sexuel. Elle n'avait pas réagi ; elle venait d'arriver en Suisse et il n'y avait personne à la maison – qu'auraitelle pu faire ? Il s'était écoulé quelques jours, voire une semaine, entre la première et la deuxième fois. Ensuite, cela avait été régulier, plusieurs fois par semaine, chaque fois que l'occasion se présentait, c'est-à-dire chaque fois que sa belle-mère était absente. Lorsqu'il l'appelait dans sa chambre, elle savait ce qui allait se passer. Il lui demandait, par exemple, de venir lui faire un massage du dos et elle ne pouvait refuser. D'abord parce que c'était son père et elle n'avait que lui ; ensuite parce qu'elle en avait peur et, de manière générale, on devait obéir à ses parents ; et par le recours

- 24/80 - P/7371/2022 à la force il serait de toute façon parvenu à ses fins. Dans la chambre, c'était tout le temps la même chose : il trouvait une excuse pour qu'elle le rejoigne et il la mettait sur lui, sur son ventre. Elle se laissait faire, attendait qu'il ait fini. Elle avait peur qu'il ne s'en prenne à elle physiquement, qu'il ne la tue. Il lui arrivait de refuser l'acte sexuel : elle lui disait d'arrêter et le suppliait de ne pas le faire. Il faisait alors la tête pendant quelques jours jusqu'à ce qu'il obtienne ce qu'il voulait. Elle ne savait pas s'il éjaculait mais il l'envoyait se laver après les actes sexuels. Elle se souvenait d'avoir vu du sperme sur le lit ou la couverture. Après chaque acte sexuel, il venait s'excuser. Il arrivait qu'il lui dise, après l'acte, qu'il était amoureux d'elle. À l'âge de 17 ou 18 ans, elle s'était mise – quand il commençait à la toucher ou qu'elle comprenait ce qui allait se passer – à manifester son refus, en s'écartant ou en quittant les lieux. Il n'était alors pas content, faisait la tête, mais ne disait rien et n'essayait pas de la retenir physiquement. Elle partait simplement – ou disait "non" et partait. Peu après la mort de sa mère [à lui], le 17 février 2021, il avait usé de la force physique pour parvenir à ses fins. Quand il commençait à lui toucher les cuisses, elle partait mais il la retenait en la tirant par le bras. Parfois elle parvenait tout de même à partir mais parfois elle n'y arrivait pas, à cause de sa force. Elle tentait de le repousser des mains, de se débattre, pour se défaire de son emprise. Mais il lui bloquait les mains avec ses propres mains et les pieds avec ses propres pieds, pour qu'elle ne puisse plus bouger. Il se couchait sur elle quand il recourait à la force. Il tirait avec force sur ses habits – elle était habillée normalement, tandis que lui était toujours en short/caleçon –, qu'elle retenait et qu'il lui arrivait donc de déchirer, pendant qu'elle se débattait. Il la pénétrait toujours au niveau du sexe – elle était sur le dos. Lors de la pénétration, elle continuait d'essayer de bouger, en faisant des mouvements avec le bassin. Mais il y parvenait quand même et elle pleurait. Jusqu'à ce qu'il arrive à la maintenir, cela prenait du temps. Elle disait : "s'il te plait papa, laisse-moi, pourquoi tu fais ça ?". Il ne répondait pas. Il éjaculait soit en elle soit hors d'elle. Après l'acte, il ne s'excusait plus – il n'y avait plus d'excuses à présenter. Si les actes sexuels survenaient dès que l'occasion se présentait, ils avaient toutefois diminué quand elle s'était mise à opposer de la résistance physique. À partir de ses 18 ans, ils étaient devenus rares. Il y avait eu cinq épisodes où son père avait dû faire usage de la force physique. Le dernier abus avait eu lieu en janvier ou février 2022. Jamais son petit frère n'était venu voir et jamais il n'avait posé de question. K______ n'était pas susceptible d'entrer dans la chambre car leur père était très strict et tout le monde essayait de ne pas avoir de problème avec lui. À l'occasion de l'acte sexuel commis alors que ses deux copines étaient présentes au salon, elle leur avait dit en les rejoignant qu'elle était allée se laver. Bien que triste,

- 25/80 - P/7371/2022 elle avait caché ses émotions et fait comme si tout allait bien. Ses copines ne lui avaient pas posé de question. Mais après le 26 mars 2022, elle leur avait demandé si elles avaient entendu quelque chose ce jour-là. Elles avaient répondu par la négative. Elle leur avait alors dit ce qu'il s'était passé – de même que pour les autres fois – sans entrer dans les détails. h.c. D______ a expliqué que, lorsqu'elle avait été entendue au sujet des accusations portées par H______ à l'encontre de son père [le 6 octobre 2021] (cf. B.h. supra), elle n'avait pas dévoilé ce que celui-ci lui faisait subir. En effet, elle ne voulait pas le trahir – c'était son père – et elle le protègerait toujours. Son père l'avait préparée en vue de son audition [du 6 octobre 2021]. Il lui avait expliqué ce qu'il fallait dire, en particulier que H______ se comportait mal avec les garçons – ce qui était vrai. Elle avait donc menti et déclaré ce que son père lui avait dit de déclarer. Voici quelle était la vérité. Ce jour-là, son père lui avait demandé d'appeler H______. C'était au début des vacances scolaires – ceux qui étaient au cycle étaient en vacances et ceux qui étaient en primaire allaient encore à l'école. Il voulait prouver que, quelques jours auparavant, au cours d'une promenade, H______ avait souhaité pouvoir se retrouver seule avec lui. Elle avait donc appelé H______, qui s'était présentée chez eux. Elle s'était cachée à la salle de bain. Son père avait dit à H______, à l'arrivée de celle-ci, qu'elle était partie à la gare avec des copines – alors que ce n'était pas vrai – et qu'il ne savait pas quand elle serait de retour. Les choses s'étaient passées dans la chambre de son père – elle n'avait rien vu, juste entendu. Il y avait eu une discussion. Son père avait rappelé à H______ qu'elle voulait le voir seul. H______ avait nié, soutenant n'avoir pas dit cela. Elle avait ensuite entendu des bisous, qu'ils gémissaient, qu'ils faisaient l'amour, avant que H______ ne dise "stop !" et ne parte aux toilettes – distinctes de la salle de bain. Ensuite son père avait dit à celle-ci d'aller acheter des chewing-gums, ce qu'elle avait fait. Pour sa part, elle avait pleuré et demandé à son père pourquoi il avait fait ça. De retour, H______ s'était montrée normale, même contente. Ils s'étaient rendus à U_____ et H______ avait rigolé avec son père. Quant à elle, elle s'en voulait – elle s'en voudrait toujours – son père l'avait utilisée. Lorsqu'elle avait revu H______ par la suite, celle-ci lui avait dit tout autre chose, la première fois, à savoir qu'elle avait couché avec un garçon âgé de 14 ans, puis, la deuxième fois – c'était proche de l'anniversaire de son petit frère – mais sans donner de détails, que son père l'avait violée. En relatant la relation sexuelle avec un garçon, H______ avait simplement dû changer les personnages, pour parler en réalité de ce qu'il s'était passé avec son père. H______ n'allait alors pas bien. Elle était en colère contre son père [A______] ; elle n'était plus la même. On voyait qu'elle était sur le point de parler – elle en avait déjà parlé à Q______. H______ réalisait que ce qui

- 26/80 - P/7371/2022 s'était passé avec lui n'était pas correct. Elle avait dit avoir fait un test de grossesse. Pour sa part, elle n'avait pas su que dire à H______, c'était grave mais voilà… Quant à son père [A______], il disait que H______ n'avait pas de preuve. Entre H______ et son père [A______] ça avait toujours été bizarre. Parfois, lorsqu'elle rentrait à la maison, H______ était là : une fois, elle était en train de cuisiner, une autre, elle était couchée sur son père dans la chambre, les stores baissés – ils étaient simplement comme ça. h.d. D______ a persisté dans ses explications au sujet des faits du 26 mars 2022. C'était dans la cage d'escaliers, quand son père avait dit qu'elle était folle et allait "tout dévoiler" au monde, qu'elle avait compris qu'il avait quelque chose à se reprocher. h.e.a. Elle tenait un journal intime – elle ne le tenait plus car son père fouillait dans ses affaires. Elle se souvenait d'y avoir écrit que son papa, soit la personne qu'elle aimait le plus au monde, la traitait de "pute" – de sorte qu'elle se demandait à quoi elle servait. h.e.b. Le journal intime de D______ contient les extraits suivants :  "Moi ? qui suis-je ? Moi-même je ne sais pas […] Je fais que du mal aux gens qui m'aimer. Car je suis une chienne, une salope, une petasse, qui ne pense pas aux autres, qui est horrible. la personne que j'aime au monde que su suis prêt à tout qui me dise ça" (C-367) ;  "il faut pas fini qui t'as encinté. Djon (illisible) tu y tombe où quand je vais te tuer" (C-369) ;  "[…] Si tu danses Cette chanson ça y dire que tu es enciente pareuseuse" (C- 72) ;  "[…] tu as fait bcp pour moi tu ne m'as même pas laisse une chance tu fais quel que chose me si je sais que je ne pourrais jamais te rembourse tous ce que tu m'as fais. alors tu m'as dit que j'allais cuisine pour toi que j'allais dormir à côté de toi. tous ça alors qu'est ce que dois je fais (illisible) laisse moi te dire ça ou plus profond de mon coeure Je T'aime (cœur)" (C-376) ;  "me toi que m'as-tu fais ? je sens que je ne contrôle plus mes cellule, je sens que mon âme ne m'apartient plus et j'ai un sensation bizarre à chaq fois que je te vois, je fais tous pour que tu remarque, pour que tu pisse me faire une petit souric. quand je vois que tu n'est pas ton assiette je me sen encore plus mal que toi. quand je te vois souris j'oublie tous mes probleme. je ne sais pas

- 27/80 - P/7371/2022 ce qui m'arrive. Ahh ils disent que c'est l'amour. Hee toi ! Je pense que je suis amoureuse de toi (illisible)" (C-378) ;  "qui suis-je ? PK je suis dans ce monde ? Je sers à quoi ? c'est quoi mon devoir ? pourquoi la vie est-elle comme ça ? Pk la vie est incomprehensive ? Pk ces emotion douloureuse / tristesse / peur, joix etc" (C-384). h.f. D______ a ajouté que son père vendait de la drogue, de la "poudre blanche" – elle en avait vue à la maison mais ne savait pas ce que c'était. Elle l'avait vu répartir le contenu d'un emballage d'environ 10 cm sur 3 cm en plusieurs petits emballages, qu'il vendait. À chaque fois qu'il finissait un emballage, il en reprenait un autre. Il lui avait dit vendre cette drogue à son travail. Elle lui avait demandé d'arrêter, vu qu'il "avait une procédure en cours", mais il avait répondu ne pas pouvoir car l'argent manquait. Elle connaissait les cachettes de son père à la maison : au fond de l'armoire de la chambre dans une paire de gants, sur l'armoire de la salle de bain et dans la cuisine. C'était depuis la mort de sa mère, en février 2021, qu'il s'était mis à en vendre beaucoup. Avant, il ne le faisait qu'occasionnellement. Sa belle-mère savait qu'il en vendait. Elle ne consommait pas de drogue – la drogue ce n'était pas bien, elle faisait la morale à ses copines à ce sujet. i. Dans la foulée des déclarations de D______, la police a procédé à la perquisition du domicile conjugal, en présence de L______. La fouille des lieux s'est avérée négative. j. L______ a expliqué que sa relation avec son mari était bonne. Comme dans tous les couples, il y avait des hauts et des bas. Son mari avait quitté le Mali lorsque son ex-femme était enceinte de D______. Il n'avait donc pas été présent à la naissance de celle-ci et ne l'avait pas vu grandir. Mais il lui envoyait de l'argent. Son mari et D______ avaient une relation père-fille. Celle-ci faisait tout pour lui. Ils étaient très proches. C'était surtout D______ qui était proche de lui – elle était comme sa femme ou sa mère. D______ la voyait comme une rivale et était jalouse d'elle. Elle faisait des scènes à son père quand il rentrait tard du travail. Lorsqu'il allait s'allonger sur le canapé, D______ allait se coucher à côté de lui, en frottant parfois ses pieds contre ceux de son père. C'était elle qui allait vers son père – pas l'inverse. Elle disait à son mari que ce n'était pas normal qu'il soit si proche de sa fille et étrange qu'elle aille toujours vers lui comme cela. Parfois, dans la rue, elle mettait le bras sur l'épaule de son père. Elle était tactile avec lui. Elle le regardait comme on regarde un amoureux, comme une femme regarde un homme. D______ disait

- 28/80 - P/7371/2022 fréquemment "papa j'ai mal !" ou "papa j'ai mal à la tête !" car elle avait besoin d'attention – plusieurs fois ils l'avaient amenée chez le médecin, qui ne trouvait rien. C'était déplacé car c'était une femme de 19 ans à présent, plus une enfant. Elle ne savait pas si D______ subissait des violences sexuelles de son père. Mais elle avait des doutes. Elle se posait la question. Elle pensait qu'ils avaient pu avoir des rapports sexuels, en tout cas qu'il s'était passé quelque chose entre eux. Elle avait posé la question à son mari dimanche [27 mars 2022]. Il avait répondu que non. Quand D______ lui avait dit au téléphone, ce 27 mars, que de la drogue avait été trouvée dans son urine et qu'elle allait être auscultée par un gynécologue, elle avait dit en retour à celle-ci ne pas comprendre car elle restait toujours à la maison. D______ sortait uniquement pour aller à l'école ou en commissions avec son père et ne sortait jamais seule. C'était cela qui avait dirigé ses pensées, qui l'avait amenée à interroger son époux. Elle avait pensé à lui – et pas à un voisin ou à un tiers – car pour elle il n'y avait personne d'autre : D______ allait à l'école, rentrait et ne voyait personne. Le lendemain de l'arrestation de son mari, quand au téléphone D______ lui avait dit vouloir venir récupérer des habits à la maison, elle lui avait demandé "est-ce que c'est papa qui t'a abusée ?" et D______ avait répondu "oui". Elle avait alors cru sa "fille". Son mari était autoritaire. Tout devait être carré pour lui. Il s'énervait vite, pour rien. Il était trop strict avec eux – avec les deux enfants. Il faisait attention à leurs études. Il fallait partir à une heure précise à l'école, revenir à une heure précise de l'école. Son mari disait à K______ qu'il fallait qu'il ait de bonnes notes. Au parc, K______ regardait toujours en direction de la fenêtre, chez eux, en particulier quand on lui offrait de l'eau ou des bonbons. La relation entre K______ et son père se passait bien. Ils étaient proches. L'enfant réclamait toujours après lui. Il arrivait à son mari de taper K______, de lui donner des fessées. Il lui mettait également des coups de ceinture sur les fesses : il disait à K______ de s'allonger sur le canapé et le frappait avec la ceinture. C'était arrivé à deux ou trois reprises. Une fois, elle avait vu des traces sur le dos de l'enfant pouvant correspondre à des coups de ceinture, soit deux marques rouges, parallèles, qui faisaient toute la surface du dos. À plusieurs reprises – en tout cas deux fois mais moins de dix fois – elle avait dû empêcher son mari de le frapper. Lors d'une discussion entre le père et la fille, elle avait vu le premier donner une gifle à la seconde, au visage, avec la main ouverte. Elle n'avait pas vu de marque mais les larmes couler sur le visage de D______. C'était une "bonne gifle" et D______ était restée sur place, immobile, en se tenant les mains et en pleurant. Elle n'avait pas le souvenir d'autres épisodes de violence physique contre celle-ci.

- 29/80 - P/7371/2022 Elle ne savait pas si son mari se livrait au trafic de drogue. Elle n'avait jamais vu de drogue à la maison – comme ils étaient mari et femme, elle préférait ne pas répondre à ce sujet. Elle n'avait pas connaissance de cas de maladies psychiques dans la famille de son mari. Elle ne pouvait rien dire de la relation entre celui-ci et H______. Tous deux discutaient normalement lorsque cette dernière venait à la maison. Son mari lui avait dit que cette fille, qui était sur la mauvaise pente, l'accusait mais qu'il n'avait rien fait. l. AB_____, amie de D______, a déclaré que celle-ci, gentille et débrouillarde, faisait la lessive, la cuisine et allait chercher son frère à l'école. À une occasion, D______ s'était absentée pour se doucher et était revenue avec un linge autour d'elle. Elle avait l'air "entre neutre et triste", normale. Pour sa part, elle ne s'était doutée de rien, n'avait rien entendu. Après les faits lors desquels D______ supposait avoir été droguée avec du Bubble Tea, celle-ci avait dit avoir menti sur le fait qu'elle avait pris une douche : elle était partie voir son père, qui avait fait des "choses sexuelles" avec elle. Elle n'avait pas osé, quant à elle, demander des détails à D______, qui lui avait également parlé d'autres "scènes", soit que cela avait été à répétition. Jamais elle n'avait vu D______ consommer des stupéfiants. k. AC_____, amie de D______, a déclaré que celle-ci était quelqu'un de sérieux, qui devait s'occuper de la maison, faire la cuisine, les courses et aller chercher son frère – elle tenait le rôle de la mère. D______ disait de son père qu'il lui interdisait de sortir, d'avoir un amoureux, et répétait qu'elle était à l'école pour avoir de bonnes notes, "pas pour jouer les putes". Elle se sentait seule. Mais elle n'osait pas le dire car elle avait peur que son père s'énerve contre elle. À une occasion, tandis qu'elles cuisinaient, D______ avait dit qu'elle allait prendre une douche. En revenant, celle-ci avait l'air dépité ; elle avait les yeux rouges et humides – elle s'était demandée, quant à elle, si elle avait pleuré. D______ avait alors dit aller bien mais, pour sa part, elle savait très bien qu'elle mentait au sujet de la douche. D______ n'avait d'ailleurs plus eu le même comportement après la douche – elle ne parlait plus beaucoup, cherchait ses mots – qu'avant la douche – elle rigolait et relatait des anecdotes de l'école. Le père de celle-ci était bien présent ce jour-là. Cet épisode s'était déroulé lors de leur dernière soirée pyjama, en 2022. Après le dépôt de la plainte, D______ s'était excusée car elle avait dit avoir menti pour ne pas gâcher la soirée pyjama. Pour sa part, elle avait voulu savoir ce qu'il s'était passé et D______ avait dit que son père l'avait forcée à avoir des relations sexuelles. Elle avait expliqué l'avoir repoussé et s'être débattue pour qu'il la laisse tranquille. Elle avait ajouté que tout avait commencé à cette soirée pyjama, que la

- 30/80 - P/7371/2022 première agression sexuelle avait eu lieu lors de celle-ci. Elle n'avait pas dit s'il y avait eu d'autres agressions sexuelles auparavant, mais, à la façon dont elle en avait parlé, elle avait eu l'impression, quant à elle, que c'était un peu nouveau. Au sujet du dernier viol, D______ avait expliqué s'être levée et avoir eu mal partout, surtout aux parties intimes ; elle avait vu des flashs, eu mal à la tête et envie de vomir, avant de sortir et de demander de l'aide à ses voisins ; elle avait tout de suite compris que son père l'avait violée. D______ ne consommait pas de produits stupéfiants. Elle disait que la pire des choses était que des gens sombrent dans cette addiction car c'était la meilleure façon de gâcher sa vie. Or elle ne voulait pas gâcher la sienne. D______ leur faisait la morale à ce sujet. Celle-ci relatait que des gens fumaient de la drogue dans les couloirs de l'école, alors que ce n'était pas autorisé, et que la plupart venaient en classe "défoncés". D______ trouvait cela insupportable car ceux-ci se relâchaient, ne tenaient pas compte du règlement et étaient irrespectueux. Cette dernière avait toujours été contre la drogue. l. AI_____, "tata" de D______, a déclaré que celle-ci était une fille timide, discrète, responsable et sérieuse, qui avait la tête sur les épaules. En mai 2022 – cela faisait deux ans qu'elle n'avait plus eu de contacts avec la famille A______/D______/K______/L______ – D______ l'avait appelée. Elle avait dit être en foyer, que son père avait été arrêté car il avait tenté de l'agresser sexuellement, que, pour parvenir à ses fins, il lui avait remis un Bubble Tea contenant de la drogue, que ce n'était pas la première fois qu'il abusait d'elle – il le faisait depuis qu'elle était arrivée du Mali – et que, à un moment donné, elle avait dit à son père que s'il recommençait, elle le dénoncerait – c'était certainement à cause de cette mise en garde qu'il avait dû mettre de la drogue dans sa boisson. D______ avait dit ne pas en avoir parlé avant car elle avait eu peur des retombées. Pour sa part, cela l'avait choquée. Mais elle savait A______ capable de tout. Elle avait entretenu en 2010-2011 une relation amoureuse toxique avec A______, qui n'était pas une bonne personne. À l'époque, celui-ci avait une sexualité épanouie, compte tenu du nombre de femmes qu'il fréquentait en parallèle. Il s'adonnait au trafic de drogue. Un jour, cinq ou six boulettes de cocaïne étaient tombées de sa poche. Il avait dit trafiquer pour pouvoir s'en sortir, étant donné sa situation. Elle avait continué de fréquenter régulièrement la famille A______/D______/K______/L______ par la suite, le samedi, car elle donnait des cours d'appui à D______. Elle n'avait pas remarqué de comportement inapproprié chez celle-ci envers son père, en particulier qu'elle se serait comportée plus comme sa femme que comme sa fille. À une occasion, D______, qui était allée chez le coiffeur, lui avait envoyé une photographie d'elle, avant de lui en envoyer une autre, sur laquelle on la voyait avec le crâne rasé. D______ avait dit que son père n'avait

- 31/80 - P/7371/2022 pas aimé sa coiffure et l'avait donc rasée. Elle s'en était, quant à elle, offusquée auprès de A______, qui avait rétorqué qu'elle n'avait pas son mot à dire au sujet de l'éducation de sa fille et qu'elle ignorait tout des bêtises de D______. D______ avait expliqué que A______ avait également abusé de l'une de ses amies, âgée de 13 ans, qu'elle avait dû, à la demande de celui-ci, mentir lors de son audition et qu'elle culpabilisait. Elle avait expliqué que son père lui avait demandé de contacter cette fille pour qu'elle vienne à la maison. À l'arrivée de cette dernière, D______ était sortie et, à son retour, elle avait surpris cette fille et son père sur le lit, dans la chambre de celui-ci, laquelle était allongée sur lui. m. N______ a déclaré, au sujet de son échange de messages avec A______ du 5 juillet 2018, qu'il y avait eu une transaction. C'était lui qui avait dû apporter de la drogue à ce dernier – ça devait être du shit ou du cannabis. n. AJ_____, ami de A______, a dit de lui qu'il était une belle personne, respectable. A______ avait une relation extraordinaire, magnifique, avec ses deux enfants. Il était peu concevable que D______ se soit sentie "comme en prison" ; lorsqu'il la voyait avec son père, elle était libre de ses mouvements. o.a. À la police, A______ a contesté les faits. Le 26 mai 2022, il avait quitté le travail à 07h00, était allé au sauna et, vers 13h00, fatigué, il était rentré à la maison, après s'être arrêté à la rue 3______ pour acheter des Bubble Tea. Arrivé chez lui, dans le hall d'entrée, il avait percé de leurs pailles les Bubble Tea, avant de s'approcher des enfants, qui étaient installés au salon devant la télé, et de les leur donner. D______, surnommée la "Vieille", lui avait apporté à manger et tous trois, sur le canapé, avaient, respectivement, bu et mangé. Dans le Bubble Tea de sa fille, qui était à la noix de coco, il y avait de la poudre. Il ne savait pas ce que c'était mais il avait demandé, en les achetant, que les Bubble Tea soient plus concentrés, de sorte qu'on y avait ajouté de la poudre. Il en avait bu une gorgée – il n'en avait pas bu beaucoup – pour s'assurer qu'il n'était pas trop concentré. Trente à soixante minutes après avoir terminé son Bubble-Tea, sa fille avait commencé à faire "son petit malaise habituel". C'était là son habitude, raison pour laquelle il n'avait pas appelé l'ambulance. Il y avait des antécédents psychiatriques dans la famille. Sa sœur, qui vivait au Mali, avait "perdu la tête" et son frère, qui vivait à AK_____ [Espagne], se trouvait dans un centre psychiatrique. D______ courait le même genre de risque, à cause de ses maux de tête. Lors de précédentes consultations aux urgences, les médecins n'avaient toutefois rien trouvé chez elle, pas de maladie en particulier – ils préconisaient de lui donner du sucre. Ce 26 mars, la réaction de sa fille l'avait dépassé. Elle s'était mise sous son bras et lui avait dit : "Serre-moi dans tes bras, ça va passer !". Quand elle avait été mieux, c'était lui qui avait commencé à avoir mal à la gorge et le nez bouché. D______ était allée faire couler un bain, non

- 32/80 - P/7371/2022 sans revenir trois à quatre fois vers lui pour s'assurer qu'il allait bien. Ensuite, elle avait "perdu la tête". D'un coup, elle était sortie de l'appartement et avait sonné aux portes. Elle avait fait comme si elle avait peur de lui, comme si elle voulait se réfugier chez les voisins. Il avait élevé la voix : "Mais qu'est-ce qu'il t'arrive, tu es en train de perdre la tête ou quoi ?". Elle avait répondu : "Appelle l'ambulance !". La fille de la voisine était arrivée et il était rentré chez lui. Il avait dit à la police, une fois sur place, qu'il ne savait pas si D______ avait "perdu la tête" ou si elle voulait le piéger. Vu qu'elle refusait de rentrer à la maison, il se posait en effet des questions : est-ce qu'elle avait fait des bêtises ou mis quelque chose dans son Bubble Tea ? Il ne comprenait pas le changement de comportement de sa fille : de 14h00 à 17h00, elle avait été proche de lui et demandé qu'il la garde dans les bras, sans bouger, et, d'un coup, fait comme si elle avait eu peur de lui. Peut-être que sa fille, qui aimait bien mélanger des ingrédients dans la nourriture, s'était fait du mal – ainsi qu'à lui. À ce propos, quand il lui restait un peu plus de la moitié de son Bubble Tea, sa fille s'était dirigée vers la cuisine, sans qu'il ne sache ce qu'elle y avait fait, avant de le rejoindre à nouveau sur le canapé. Il avait eu peur que ça ne lui "retombe dessus" et brûlé les Bubble-Tea dans l'évier de la cuisine. S'il avait fait le choix de les brûler plutôt que de les amener à l'hôpital ou dans tout autre lieu susceptible de les analyser pour déterminer ce qu'ils avaient pu ingérer, c'était pour se protéger, car il ne savait pas ce qu'elle y avait mis. Il avait bien consommé du Bubble Tea : il en avait juste pris une gorgée pour goûter au moment où il avait planté la paille. À sa connaissance, sa fille ne prenait pas de drogue. Ni sa femme ni lui n'en prenaient. Il n'y avait pas de drogue à leur domicile. Sa fille ne consommait pas davantage d'alcool, à sa connaissance. Il avait une bonne relation avec ses enfants, qui l'adoraient et qu'il adorait en retour. D______ était obéissante, sage, elle n'avait pas de comportement négatif à l'école. Elle n'avait pas "trop trop" d'amis. L'accusation de relations sexuelles non-consenties de 2016 à 2022 n'était pas vraie. C'était un mensonge total. Il ne comprenait pas que D______ puisse dire cela. Comment était-il possible qu'elle n'ait pas sollicité d'aide à l'extérieur dans ce cas ? Que sa fille ait menti à ce sujet ne l'étonnait pas, compte tenu du comportement qu'elle avait eu le 26 mars 2022. À son avis, elle voulait avoir une belle vie facile sans travailler, comme la majorité des femmes noires ici. Elle disait l'aimer mais il n'y croyait pas. Ce qu'elle faisait le touchait énormément, après tout ce qu'il avait fait pour elle. S'il n'était pas allé la chercher au Mali, on l'y aurait mariée à 13 ans. Il était bouleversé – c'était une douleur impossible à exprimer. o.b.a. Au MP, A______ a affirmé n'avoir rien à se reprocher. Il était sous le choc. Peut-être sa fille avait-elle pris de la drogue, ce 26 mars, et paniqué. Il n'y avait pas

- 33/80 - P/7371/2022 de raison qu'elle se mette dans un état pareil, à moins de "perdre la tête" ou de faire une grosse bêtise et paniquer. Pourquoi sa fille l'accusait-elle sans déposer plainte ? Il y avait de nombreux cas de maladie mentale dans la famille. La personne qui en était atteinte détestait de façon viscérale et incompréhensible les autres membres de celle-ci. Sa fille était atteinte de ce mal. C'était ce qui l'avait amenée à agir comme elle le faisait. Elle se blottissait souvent dans ses bras comme un bébé. Son attitude était bizarre. Elle n'avait plus l'âge d'agir ainsi. Il se sentait "coincé" car il ne savait plus comment réagir face à ce comportement. Pourtant les HUG n'avaient rien diagnostiqué. Son épouse lui en faisait le reproche et ils avaient de grosses disputes au sujet de l'attitude de D______. Selon la première, la seconde les prenait pour des "cons" car elle n'avait pas de malaises mais était amoureuse de lui. Sa fille l'appelait à toute heure ; parfois elle voulait même "rester en vidéo" avec lui quand il était au travail, pour pouvoir s'endormir. Sa fille voulait qu'il abandonne sa femme et parte vivre avec elle. Le 26 mars 2022, D______ était restée dans ses bras et s'était endormie, tout comme lui. Il ne lui avait touché ni le dos ni les fesses. Soit elle avait "perdu la tête" soit elle avait voulu le piéger, par jalousie vis-à-vis de sa femme et parce qu'il était rentré tard ce jour-là. D______ était toujours derrière lui et contrôlait tous ses mouvements, peut-être en avait-elle marre que les choses n'aillent pas comme elle le voulait. Peutêtre avait-elle mis dans son verre un produit "qui donne la mort" ou agisse sur la santé. Peut-être lui avait-elle "mis une drogue" pour qu'il perde connaissance. En voyant comment elle réagissait – c'était du cinéma – il avait pensé qu'elle n'assumait pas d'avoir mélangé quelque chose dans son Bubble Tea. Il n'avait pas bien réagi en brûlant les Bubble Tea, qu'il avait jetés dans la cuvette des WC quand sa fille était allée se réfugier chez la voisine. Il avait voulu, ce faisant, la protéger : si elle avait mis quelque chose dans la boisson, elle aurait pu avoir des soucis avec la justice, qui aurait pu la placer en hôpital psychiatrique. Sa fille, qui était amoureuse de lui, était une manipulatrice, ce qui pouvait la pousser à séparer la famille et à le mettre "dans la merde". Au moment d'offrir le Bubble Tea à D______, il en avait bu une goutte. Plus tard, elle avait quitté le salon pour se rendre à la cuisine ou dans la chambre et, à son retour, il n'y avait plus eu le couvercle du Bubble Tea. Là, elle avait à nouveau proposé qu'il en boive une goutte, ce qu'il avait fait car sinon sa fille ne l'aurait "pas lâché" ; elle avait insisté pour qu'il en prenne. Jamais elle ne lui avait demandé d'appeler une ambulance. Une fois sur place, les ambulanciers avaient constaté qu'il avait mal à la gorge – ce n'était pas grave – et la police lui avait conseillé de consulter. Il avait donc consulté deux permanences.

- 34/80 - P/7371/2022 Il ne savait pas d'où pouvait provenir la drogue retrouvée dans le sang de sa fille. Il ne connaissait pas la MDMA. Il y avait déjà eu de la drogue à son domicile, "par oubli". Sur son lieu de travail, il arrivait que des clients jettent des cigarettes, de la cocaïne ou de la marijuana dans un seau à bouteilles. Il pouvait alors arriver qu'il récupère et offre cette drogue à un collègue ou à un client lors d'un "after", en échange d'un verre. Souvent il en oubliait dans sa poche et c'était comme ça que ça arrivait à la maison. Il contestait avoir entreposé et préparé de la drogue à son domicile, comme le soutenait sa fille. Il était impossible qu'une photo d'ovules de cocaïne ait été retrouvée dans son téléphone. Il ne se livrait pas au trafic de drogue. Il était vrai qu'en 2009, à son arrivée en Suisse, il avait fait deux mois puis un mois de prison pour en avoir vendue. Sa fille pensait du mal de la drogue. Jusqu'en 2016, il s'était débrouillé pour subvenir aux besoins de D______. Il était allé la chercher au Mali pour lui offrir une vie meilleure. Leur relation était bonne. Jamais il n'avait abusé d'elle sexuellement. D______ lui avait dit avoir été violée au Mali. Elle ne faisait que répéter aujourd'hui ce qu'il s'y était passé. Il contestait avoir demandé à sa fille de mentir à la police au sujet de H______ – D______ essayait par tous les moyens de le détruire. Au sujet de son fils K______, A______ a d'abord déclaré [le 31 mars 2022] qu'il ne le frappait pas, à part "pour jouer". Jamais il ne lui avait donné de fessée violente. Si K______ faisait une bêtise, il lui donnait une petite tape, sans force. Lorsque sa femme déclarait qu'il lui était arrivé à plusieurs reprises de fesser leur fils, y compris avec une ceinture, elle mentait. A______ a finalement reconnu [le 24 mai 2022] avoir donné à K______ deux fois des fessées et une fois un coup de ceinture. o.b.b. A______ a produit des pièces médicales :  Un certificat médical des HUG du 27 mars 2022, qui relève à titre de synthèse : "Allergie alimentaire possible Sensation de gorge serrée après avoir bu une gorgée d'un bubble tea, sans red flags. A peur d'avoir été drogué. Sympthômes complètement résolus au moment de la consultation. Pas de nausées ni vomissements ni trouble du transit" ;  Une attestation du Dr. AL_____, qui certifie l'avoir reçu "en urgence le 28 mars 2022 à 15h25 (consultation unique). Motif de consultation : Dyspnée

- 35/80 - P/7371/2022 sur boisson x" […] Status : Etat général conservé. Pas de Température ni adénopathies. Pharynx sans particularité". p. À teneur du rapport d'expertise psychiatrique du CURML du 19 octobre 2022, l'examen de A______ ne mettait en évidence ni trouble mental ni toxicodépendance ou addiction. Il n'y avait pas suffisamment d'éléments permettant de justifier un diagnostic de pédophilie : le développement pubertaire de H______ était avancé et l'âge de 13 ans dès lequel les faits avaient débuté concernant D______ se situait à la limite supérieure du développement pubertaire susceptible de générer un intérêt pédophile. L'expertisé possédait, au moment des faits, la faculté d'apprécier le caractère illicite de ses actes et celle de se déterminer d'après cette appréciation. Il rejetait toutes les accusations dont il faisait l'objet. Interrogé sur les raisons pour lesquelles sa fille pouvait l'accuser à tort, il évoquait la possibilité qu'elle n'ait pas voulu poursuivre ses études. Quant à H______, elle se vengeait de lui et D______ était sa complice – cette dernière avait planifié les accusations contre lui. Il ne manifestait pas d'empathie vis-à-vis des plaignantes, se montrait critique et tenait des propos dévalorisants concernant D______. q.a.a. Au Tribunal, D______ a confirmé ses déclarations sur chaque point. Ce qu'elle avait vécu de ses 13 à ses 18 ans, soit les viols, les injures, les mots rabaissants et les agressions physiques et psychologiques – le rasage de la tête avait eu lieu en 2018 ou 2019 –, avait été difficile. En sus de ces années d'abus, il y avait eu le "contrôle". Si, à la police, elle n'avait voulu ni déposer plainte ni signer le procès-verbal, c'était parce qu'elle avait eu peur de séparer la famille, de priver son petit frère d'un père et d'être à l'origine

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