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Bundesverwaltungsgericht 12.09.2011 E-8788/2010

12 septembre 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·1,641 mots·~8 min·1

Résumé

Asile et renvoi | Asile et renvoi

Texte intégral

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour V E­8788/2010 Arrêt   d u   1 2   sept emb r e   2011 Composition François Badoud (président du collège),  Gérald Bovier, Kurt Gysi, juges, Antoine Willa, greffier. Parties A._______, né le (…),  Turquie, (…), recourant, contre Office fédéral des migrations (ODM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Asile et renvoi ;  décision de l'ODM du 2 décembre 2010 / N (…).

E­8788/2010 Page 2 Faits : A.  Le  8  juin  2010,  A._______  a  déposé  une  demande  d'asile  auprès  du  centre d'enregistrement et de procédure (CEP) de Vallorbe. B.  Entendu  audit  centre,  puis  par  l'ODM,  le  requérant  a  dit  avoir  toujours  vécu à Izmir. Devenu, sous l'influence de son frère, sympathisant du parti  MLPK,  il  aurait  participé,  en  1996,  à  des manifestations  soutenant  des  prisonniers  grévistes  de  la  faim.  Accusé  d'avoir  mis  le  feu  à  un  bus,  il  aurait été arrêté, le 10 janvier 1997, et maltraité par la police. Il aurait été  condamné,  par  le  Tribunal  de  l'état  d'exception  (DGM)  d'Izmir,  à  une  peine réduite de 5 ans et demi de détention, vu son  jeune âge.  Il aurait  été  incarcéré dans plusieurs prisons, à savoir B._______, C._______ et  D._______. L'intéressé  se  serait  plusieurs  fois  opposé,  avec  d'autres  détenus,  aux  interventions violentes des militaires appelés pour  rétablir  l'ordre, ce qui  aurait  provoqué  des  émeutes  au  sein  de  la  prison  de  B._______  ;  le  requérant aurait été frappé à coups de matraque et aurait subi plusieurs  sévices.  Il  aurait  été  transféré  à  C._______  avec  les  principaux  agitateurs. Dans  cet  établissement,  la  pression  collective  des membres  du  groupe  leur  aurait  permis  d'obtenir  de  la  direction  la  remise  d'un  appareil  photographique provenant de  la  famille d'un détenu. Des photographies  montrant  six  prisonniers  blessés  (dont  le  requérant)  auraient  été  adressées au  journal  "E._______",  qui  les  a  publiées  le  18  juillet  1999,  puis  à  nouveau  un  an  plus  tard  ;  ces  documents  ont  été  produits  par  l'intéressé. Le 18 décembre 1999,  le requérant aurait entamé une grève de la faim,  qui aurait duré 148 jours ; on l'aurait transféré à la prison de D._______. Il  aurait été ensuite hospitalisé pendant 45 jours, à partir du 26 mai 2000, et  aurait bénéficié, vu son état de santé, d'une suspension de peine de six  mois.  Cette  suspension  aurait  été  renouvelée  deux  fois,  avant  que  le  procureur ne  libère  l'intéressé du reste de sa peine  ;  il aurait  finalement  fait  l'objet  d'une  mesure  de  grâce  par  arrêté  du  président  de  la  République.

E­8788/2010 Page 3 Après  sa  libération,  l'intéressé aurait  cessé  toute activité militante, mais  aurait continué, comme ses proches, à subir le harcèlement de la police,  devant subir de nombreuses gardes à vue de quelques heures ;  lors de  ces  arrestations,  il  aurait  été  menacé  de  mort  et  pressé  d'avouer  ses  activités subversives. Pour  interpeller  le  requérant,  les policiers auraient  invoqué  les  procédures  pénales  engagées  contre  lui  devant  le  Tribunal  d'Izmir, en raison de son attitude pendant sa détention, de sa résistance  aux interventions de l'armée et de la sortie en fraude de photographies ;  on l'aurait également accusé d'avoir préparé une évasion. Le requérant aurait été accusé de résistance aux actes de l'autorité, pour  avoir assisté, à (...), aux obsèques d'un compagnon de détention, du nom  de F._______ ;  cette procédure aurait  finalement été classée, en  raison  de  son état  de  santé.  L'intéressé,  interpellé  sur  les  lieux d'une  fusillade  survenue à  Izmir,  le 1er mai 2003, aurait  également été accusé d'y être  impliqué.  Il  risquerait  aussi  des  ennuis  pour  n'avoir  pas  accompli  son  service  militaire  et  n'avoir  pas  régularisé  sa  situation.  Enfin,  il  serait  toujours  sous  instruction  pénale  pour  avoir  assisté,  en  2001,  à  l'enterrement d'un autre camarade dans la localité de (...), ce qui vaudrait  encore à sa famille de recevoir  la visite régulière de la police ;  le procès  aurait été plusieurs fois reporté, vu son état de santé. Après  sa  libération,  l'intéressé  aurait  eu  des  difficultés  à  retrouver  un  emploi, vu ses problèmes de santé (difficultés de locomotion, perte de la  vision à l'œil droit) ; il aurait reçu un traitement médical avec l'aide d'une  association. Durant cette période, le requérant aurait été employé comme  livreur par un ami, et aurait collaboré au journal "G._______". Son avocat  l'ayant averti qu'il risquait une lourde condamnation dans l'affaire de (...),  il aurait finalement décidé de quitter la Turquie. Selon le requérant, après  son  départ,  sa  famille  aurait  reçu  une  convocation  judiciaire  le  concernant,  ensuite  de  quoi  une  condamnation  in  absentia  serait  intervenue. Grâce à son avocat,  l'intéressé aurait  pu se  faire délivrer un passeport,  pour  lequel  une  attestation  d'absence  de  poursuites  pénales  était  nécessaire ;  l'avocat,  essuyant  un  refus  du  parquet  d'Izmir,  se  serait  adressé avec succès à celui d'Antalya. Ayant  obtenu  un  visa  allemand,  l'intéressé  aurait  accompagné,  comme  éclairagiste, une troupe de théâtre partant en tournée en Allemagne. Lors  du transit à l'aéroport d'Istanbul, la police frontière n'aurait pu déceler ses 

E­8788/2010 Page 4 antécédents  pénaux,  la  banque  de  données  informatique  ayant  été  bloquée par des amis du requérant. Parvenu en Suisse par le train, puis  se séparant rapidement de ses compagnons de voyage, l'intéressé aurait  oublié son passeport auprès d'eux. La demande de prise en charge déposée par l'ODM auprès des autorités  allemandes, le 28 juin 2010, a été rejetée par celle­ci le 14 juillet suivant,  le requérant leur étant inconnu. C.  Selon un rapport médical du 2 septembre 2010, le requérant connaît des  problèmes  de  mobilité  d'origine  neurologique  (ataxie)  découlant  des  sévices subis en détention et de sa grève de la faim, et ressent une perte  de la force dans les bras ; il est atteint d'un syndrome de Korsakoff. Déjà  correctement  suivi  en  Turquie,  il  fait  l'objet  en  Suisse  de  contrôles  réguliers  ;  toutefois,  aucun  traitement  n'est  possible,  sa  situation  ne  pouvant plus évoluer. D.  Par  décision  du  2  décembre  2010,  l'ODM  a  rejeté  la  demande  d'asile  déposée par l'intéressé et a prononcé son renvoi de Suisse, tant au vu de  l'invraisemblance que du manque de pertinence de ses motifs. E.  Interjetant  recours  contre  cette  décision,  le  22  décembre  2010,  A._______ a fait valoir  les risques le menaçant en cas de retour, vu ses  antécédents et  le non­accomplissement du service militaire  ;  il a encore  mis  en  avant  son  état  de  santé  et  annoncé  la  production  de  nouvelles  preuves.  L'intéressé  a  conclu  à  l'octroi  de  l'asile  et  au  non­renvoi  de  Suisse, et a requis l'assistance judiciaire totale. F.  Par  ordonnance  du  13  janvier  2011,  le  Tribunal  administratif  fédéral  (le  Tribunal)  a  rejeté  la  requête d'assistance  judiciaire  totale, mais  accordé  l'assistance judiciaire partielle. G.  Le 17 janvier 2011, le recourant a produit plusieurs documents judiciaires.  Il  s'agit  en  premier  lieu  d'un  acte  d'accusation,  émis  par  le  Ministère  public de (...), le 28 août 2009, contre l'intéressé et neuf coaccusés, pour  avoir  pris  part,  le  20  novembre  2005,  à  une  manifestation  illégale,  en  scandant  des  slogans  lors  des  obsèques  du  dénommé  H._______ ; 

E­8788/2010 Page 5 ensuite  d'un  mandat  d'arrêt  lancé  contre  le  recourant  par  le  Tribunal  correctionnel  de  (...),  le  18  décembre  2009,  pour  avoir  organisé  une  manifestation  illégale  ;  enfin,  de  l'extrait  du  procès­verbal  de  l'audience  tenue par ce même tribunal,  le 10 décembre 2010, constatant  l'absence  de  l'intéressé  et  de  trois  autres  accusés,  et  renvoyant  l'audience  au  18 mars 2011. H.  Invité à se prononcer sur  le recours,  l'ODM en a préconisé  le rejet dans  sa  réponse  du  7  juin  2011,  au motif  que  la  procédure  pénale  en  cours  pouvait  connaître  une  issue  favorable  à  l'intéressé,  celui­ci  ayant  tout  loisir  de  se  défendre.  Le  recourant  n'a  pas  fait  usage  de  son  droit  de  réplique. Droit : 1.  1.1.  Le  Tribunal,  en  vertu  de  l’art.  31  de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF,  RS  173.32),  connaît  des  recours  contre les décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre  1968  sur  la  procédure  administrative  (PA,  RS  172.021)  prises  par  les  autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF. En particulier, les décisions rendues par l’ODM concernant l’asile peuvent  être contestées, par renvoi de l’art. 105 de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile  (LAsi, RS 142.31), devant  le Tribunal,  lequel statue alors définitivement,  sauf demande d’extradition déposée par l’Etat dont le requérant cherche  à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal  fédéral [LTF, RS 173.110]). 1.2. Le recourant a qualité pour recourir. Présenté dans la forme et dans  les délais prescrits par la loi, le recours est recevable (art. 48 et 52 PA et  108 al. 1 LAsi). 2.  2.1. Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d’origine ou dans  le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices  ou craignent à juste titre de l’être en raison de leur race, de leur religion, 

E­8788/2010 Page 6 de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou  de  leurs  opinions  politiques.  Sont  notamment  considérées  comme  de  sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l’intégrité corporelle ou  de  la  liberté,  de  même  que  les  mesures  qui  entraînent  une  pression  psychique  insupportable.  Il  y  a  lieu  de  tenir  compte  des motifs  de  fuite  spécifiques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi). 2.2.  Quiconque  demande  l’asile  (recourant)  doit  prouver  ou  du  moins  rendre  vraisemblable  qu’il  est  un  réfugié.  La  qualité  de  réfugié  est  vraisemblable  lorsque  l’autorité  estime  que  celle­ci  est  hautement  probable. Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur  des  points  essentiels,  ne  sont  pas  suffisamment  fondées,  qui  sont  contradictoires,  qui  ne  correspondent  pas  aux  faits  ou  qui  reposent  de  manière déterminante sur des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7  LAsi). 3.  3.1.  En  l’occurrence,  le  recourant  n'a  pas  été  en  mesure  de  faire  apparaître la pertinence, voire la crédibilité de ses motifs. 3.2.  Il est certes établi que l'intéressé a bien été incarcéré entre 1997 et  2000 et qu'il a alors subi des sévices, ces éléments se trouvant attestés  par les photographies et les extraits de presse déposés ; ses troubles de  santé peuvent aussi trouver leur origine dans ces événements, ainsi que  dans sa participation à une grève de la faim. L'intéressé n'a pu cependant  pu produire aucune pièce attestant de sa condamnation et de sa remise  en  liberté,  quand  bien  même  celle­ci  aurait  été  ratifiée  par  une  grâce  présidentielle. Cela dit, ces faits maintenant très anciens ne sont toutefois pas à l'origine  du départ du recourant, aucun rapport de causalité direct n'existant entre  eux. Ils ne sont donc plus pertinents. En effet, l'institution de l'asile a pour  objet  de  protéger  le  requérant  d'un  risque  de  persécution  actuel,  et  n'a  pas  vocation  à  compenser  les  effets  d'une  persécution  passée,  qui  a  perdu  son  actualité  ;  si  la  personne  intéressée  ne  revêtait  pas,  au  moment du départ de son pays d'origine,  la qualité de réfugié,  l'asile ne  peut en principe être accordé (cf. à ce sujet Jurisprudence et informations  de la Commission suisse de recours en matière d’asile [JICRA] 2000 n° 2  consid. 8b p. 20­21).

E­8788/2010 Page 7 3.3.  S'agissant  de  la  période  postérieure,  il  n'apparaît  pas  que  le  recourant ait été la cible d'une persécution délibérée ou, faute d'intensité,  d'une  pression  psychologique  telle  qu'elle  pouvait  être  qualifiée  d'insupportable (cf. ATAF 2010/28 consid. 3.3.1.1 p. 400­401). En effet, si  l'intéressé  dit  avoir  été  interpellé  à  de  multiples  reprises  et  brièvement  retenu, il n'aurait cependant jamais été maltraité. De  plus,  autant  qu'on  puisse  le  déterminer,  ces  gardes  à  vue,  même  exagérément fréquentes, n'auraient pas été décidées arbitrairement, mais  ordonnées dans le cadre d'une procédure pénale en cours (cf. audition du  25 août 2010, questions 69­70 ; audition du 22 novembre 2010, questions  41­43 et 77). Une seule de ces procédures a d'ailleurs été documentée  par l'intéressé, qui n'a pas réellement donné d'explications satisfaisantes  à sa carence à fournir d'autres pièces. 3.4.  Au  sujet  de  cette  procédure  trouvant  son  origine  dans  les  événements  de  (...),  le Tribunal  constate  qu'elle  aurait  débuté  en 2005,  selon  l'acte  d'accusation,  et  non  en  2001  comme  l'affirme  le  recourant   (cf. audition du 22 novembre 2010, question 52)  ; elle apparaît en outre  avoir connu plusieurs  reports et suspensions, et n'est pas  terminée à  la  date du présent arrêt, là encore contrairement aux dires de l'intéressé. On  ne  peut  donc  soutenir  que  les  autorités  turques  aient  poursuivi  celui­ci  avec acharnement ; à preuve, le fait que le mandat d'arrêt, contrairement  à ce qu'a moult fois affirmé le recourant, a été émis plusieurs mois avant  son départ, et qu'aucune arrestation n'a cependant eu lieu. Le  Tribunal  doit  également  constater  que  les  documents  judiciaires  déposés au  stade du  recours,  sans explications  complémentaires,  sous  forme de simples photocopies, ne comportent ni timbre ni signature, et ne  sont pas désignés comme des copies conformes ; ils ne revêtent dès lors  aucune force probante. 3.5. Les circonstances dans lesquelles l'intéressé aurait quitté la Turquie  ne sont pas non plus dignes de foi. En effet, le Tribunal ne peut tenir pour  vraisemblable que ses amis aient pu bloquer le service informatique de la  police  frontière au moment exact de son passage.  Il  n'est pas non plus  crédible  que  son  avocat  ait  pu  obtenir  une  attestation  d'absence  de  poursuites pénales en s'adressant aux autorités d'une autre province, qui  n'avaient ni qualité ni motif pour la délivrer.

E­8788/2010 Page 8 De plus, il n'est pas convaincant que le recourant, ayant obtenu à grand­ peine un passeport, l'ait inopinément oublié. Ce passeport, contrairement  à  ce qu'affirme  l'intéressé,  ne contenait  d'ailleurs pas de visa allemand,  comme  l'atteste  le  fait  que  les  autorités  allemandes,  ne  le  connaissant  pas, aient refusé sa prise en charge. Il y a donc tout lieu d'admettre que  l'intéressé  dissimule  son  passeport,  qui  comporte  des  données  inconciliables avec sa version des  faits,  ou qu'il  a accompli  son voyage  dans de tout autres conditions. 3.6.  Enfin,  le  Tribunal  n'est  pas  convaincu  que  le  recourant  court  un  risque sérieux de sanction pour n'avoir pas accompli son service militaire  ;  en  effet,  même  si  sa  situation  n'est  pas  régularisée,  sa  manifeste  inaptitude  physique,  déjà  constatée  par  les  militaires  eux­mêmes  (cf.  audition du 22 novembre 2010, questions 56­57),  devrait  lui  valoir  sans  difficulté  une  exemption  de  cette  obligation,  une  fois  les  démarches  nécessaires accomplies. 3.7. L'intéressé n'a donc pas rendu vraisemblable, à satisfaction de droit,  le  risque d'une persécution en cas de  retour  ;  quand aux sévices subis  lors de sa détention, ils sont très antérieurs à son départ et sans relation  avec lui. Il s’ensuit que le recours, en tant qu’il conteste le refus de l’asile,  doit être rejeté. 4.  4.1. Lorsqu’il rejette la demande d’asile ou qu’il refuse d’entrer en matière  à ce sujet, l’ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en  ordonne  l’exécution ;  il  tient  compte  du  principe  de  l’unité  de  la  famille  (art.  44  al.  1  LAsi).  Le  renvoi  ne  peut  être  prononcé,  selon  l’art.  32  de  l’ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l’asile relative à la procédure (OA 1,  RS 142.311),  lorsque  le  recourant  d’asile  dispose  d’une  autorisation  de  séjour  ou  d’établissement  valable,  ou  qu’il  fait  l’objet  d’une  décision  d’extradition ou d’une décision de renvoi conformément à  l’art. 121 al. 2  de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101). 4.2.  Aucune  exception  à  la  règle  générale  du  renvoi  n’étant  en  l’occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette  mesure. 5. 

E­8788/2010 Page 9 5.1. L’exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnablement  exigible  et  possible  (art.  44  al.  2  LAsi).  Si  ces  conditions  ne  sont  pas  réunies, l’admission provisoire doit être prononcée. Celle­ci est réglée par  l’art. 84 de  la  loi  fédérale sur  les étrangers du 16 décembre 2005 (LEtr,  RS  142.20),  entrée  en  vigueur  le  1er  janvier  2008.  Cette  disposition  a  remplacé  l’art.  14a  de  l’ancienne  loi  fédérale  du  26  mars  1931  sur  le  séjour et l’établissement des étrangers (LSEE). 5.2. L’exécution n’est pas  licite  lorsque  le  renvoi de  l’étranger dans son  Etat d’origine ou de provenance ou dans un Etat  tiers est  contraire aux  engagements  de  la  Suisse  relevant  du  droit  international  (art.  83  al.  3  LEtr). Aucune personne ne peut être contrainte, de quelque manière que  ce soit, à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa  liberté  serait  menacée  pour  l’un  des  motifs  mentionnés  à  l’art.  3  al.  1  LAsi, ou encore d’où elle  risquerait d’être astreinte à se  rendre dans un  tel pays (art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut être soumis à  la  torture ni à des  peines ou  traitements  inhumains ou dégradants  (art. 3 de  la convention  du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés  fondamentales [CEDH, RS 0.101]). 5.3. L’exécution de  la décision peut ne pas être raisonnablement exigée  si  le  renvoi  ou  l’expulsion  de  l’étranger  dans  son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple  en  cas  de  guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée  ou  de  nécessité  médicale (art. 83 al. 4 LEtr). 5.4. L’exécution n’est pas possible  lorsque l’étranger ne peut pas quitter  la  Suisse  pour  son  Etat  d’origine,  son  Etat  de  provenance  ou  un  Etat  tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr). 6.  6.1. L’exécution du renvoi est illicite,  lorsque la Suisse, pour des raisons  de droit  international public, ne peut contraindre un étranger à se rendre  dans  un  pays  donné  ou  qu’aucun  autre  Etat,  respectant  le  principe  du  non­refoulement,  ne  se  déclare  prêt  à  l’accueillir ;  il  s’agit  d’abord  de  l’étranger  reconnu  réfugié,  mais  soumis  à  une  clause  d’exclusion  de  l’asile, et ensuite de l’étranger pouvant démontrer qu’il serait exposé à un  traitement prohibé par l’art. 3 CEDH ou encore l’art. 3 de la convention du  10  décembre  1984  contre  la  torture  et  autres  peines  ou  traitements  cruels,  inhumains ou dégradants (Conv. torture, RS 0.105) (Message du 

E­8788/2010 Page 10 Conseil  fédéral  à  l’appui  d’un  arrêté  fédéral  sur  la  procédure  d’asile  [APA], du 25 avril 1990, in : FF 1990 II 624). 6.2.  L’exécution  du  renvoi  ne  contrevient  pas  au  principe  de  non­ refoulement  de  l’art.  5  LAsi. Comme exposé plus haut,  le  recourant  n'a  pas  rendu vraisemblable qu’en cas de  retour dans son pays d’origine,  il  serait exposé à de sérieux préjudices au sens de l’art. 3 LAsi. 6.3. En ce qui concerne les autres engagements de la Suisse relevant du  droit international, il sied d’examiner particulièrement si l’art. 3 CEDH, qui  interdit la torture, les peines ou traitements inhumains, trouve application  dans le présent cas d’espèce. 6.4.  Si  l’interdiction  de  la  torture,  des  peines  et  traitements  inhumains    (ou dégradants) s’applique indépendamment de la reconnaissance de la  qualité  de  réfugié,  cela  ne  signifie  pas  encore  qu’un  renvoi  ou  une  extradition serait prohibée par le seul fait que dans le pays concerné des  violations  de  l’art.  3  CEDH  devraient  être  constatées ;  une  simple  possibilité  de  subir  des  mauvais  traitements  ne  suffit  pas.  Il  faut  au  contraire  que  la  personne  qui  invoque  cette  disposition  démontre  à  satisfaction  de  droit  qu’il  existe  pour  elle  un  véritable  risque  concret  et  sérieux  d’être  victime  de  tortures,  ou  de  traitements  inhumains  ou  dégradants en cas de renvoi dans son pays. Il en ressort qu’une situation  de  guerre,  de  guerre  civile,  de  troubles  intérieurs  graves  ou  de  tension  grave accompagnée de violations des droits de  l’homme ne suffit pas à  justifier la mise en œuvre de la protection issue de l’art. 3 CEDH, tant que  la personne concernée ne peut rendre hautement probable qu’elle serait  visée  personnellement  –  et  non  pas  simplement  du  fait  d’un  hasard  malheureux  –  par  des  mesures  incompatibles  avec  la  disposition  en  question (JICRA 1996 n° 18 consid. 14b let. ee p. 186s). 6.5.  En  l’occurrence,  le  Tribunal  relève  que  l'intéressé  n'a  pas  rendu  crédible  qu'il  soit  exposé  à  un  danger  de  cette  nature  en  raison  des  éventuelles  procédures  pénales  encore  ouvertes  contre  lui,  ou  risque  encore  des  sanctions  en  raison  de  sa  situation  militaire.  Dès  lors,  l’exécution  du  renvoi  du  recourant  sous  forme  de  refoulement  ne  transgresse  aucun  engagement  de  la  Suisse  relevant  du  droit  international, de sorte qu’elle s’avère  licite  (art. 44 al. 2 LAsi et 83 al. 3  LEtr).

E­8788/2010 Page 11 7.  7.1. Selon l’art. 83 al. 4 LEtr,  l’exécution de la décision peut ne pas être  raisonnablement exigée si le renvoi ou l’expulsion de l’étranger dans son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou  de  nécessité médicale. Cette  disposition  s’applique  en  premier  lieu  aux  « réfugiés de la violence », soit aux étrangers qui ne remplissent pas les  conditions  de  la  qualité  de  réfugié  parce  qu’ils  ne  sont  pas  personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de  guerre civile ou de violence généralisée, et ensuite aux personnes pour  qui  un  retour  reviendrait  à  les  mettre  concrètement  en  danger,  notamment parce qu’elles ne pourraient plus recevoir les soins dont elles  ont  besoin.  L’autorité  à  qui  incombe  la  décision  doit  donc  dans  chaque  cas confronter  les aspects humanitaires  liés à  la situation dans  laquelle  se  trouverait  l’étranger  concerné  dans  son  pays  après  l’exécution  du  renvoi à  l’intérêt public militant en  faveur de son éloignement de Suisse  (ATAF  2009/52  consid.  10.1,  ATAF  2008/34  consid.  11.2.2  et  ATAF  2007/10 consid. 5.1). 7.2.  Il  est  notoire  que  la  province  d'Izmir  ne  connaît  pas  de  troubles  particuliers  qui  permettraient  d’emblée  –  et  indépendamment  des  circonstances  du  cas  d’espèce  –  de  présumer,  à  propos  de  toutes  les  personnes  originaires  de  cette  région  de  la  Turquie,  l’existence  d’une  mise en danger concrète au sens de l’art. 83 al. 4 LEtr. 7.3. En  outre,  il  ne  ressort  du  dossier  aucun  élément  dont  on  pourrait  inférer  que  l’exécution  du  renvoi  impliquerait  une  mise  en  danger  concrète  du  recourant.  A  cet  égard,  le  Tribunal  relève  en  effet  qu'il  est  encore  jeune,  au  bénéfice  d’une  expérience  professionnelle  et  sans  charge de famille. S'agissant  de  ses  problèmes  de  santé,  ils  n'apparaissent  pas  d'une  gravité  telle  qu'elle  exclue  un  retour  (cf.  à  ce  sujet  Jurisprudence  et  informations  de  la  Commission  suisse  de  recours  en  matière  d’asile  [JICRA] 2003 n° 24 consid. 5b p. 157s.). En effet, l'intéressé est atteint de  troubles  de  la  mémoire  (découlant  du  syndrome  de  Korsakoff)  et  de  difficultés  de  locomotion  d'origine  neurologique.  De  l'avis  des  thé­ rapeutes,  aucun  traitement  n'est  possible,  ni  d'ailleurs  nécessaire,  des  contrôles périodiques étant suffisants. Si son état est certes de nature à  compliquer  sa  vie  quotidienne,  il  y  a  lieu  de  rappeler  que  le  recourant 

E­8788/2010 Page 12 dispose d’un réseau familial important (parents et quatre frères et sœurs)  dans son pays, sur lequel il pourra compter à son retour. 7.4. Pour  ces motifs,  l’exécution  du  renvoi  doit  être  considérée  comme  raisonnablement exigible. 8.  Enfin,  le  recourant  est  en  mesure  d’entreprendre  toute  démarche  nécessaire auprès de  la représentation de son pays d’origine en vue de  l’obtention de documents de voyage  lui  permettant de quitter  la Suisse.  L’exécution  du  renvoi  ne  se  heurte  donc  pas  à  des  obstacles  insurmontables  d’ordre  technique  et  s’avère  également  possible  (cf.  ATAF 2008/34 consid. 12 p. 513­515). 9.  Il  s’ensuit  que  le  recours,  en  tant qu’il  conteste  la décision de  renvoi  et  son exécution, doit être également rejeté. 10.  Le  bénéfice  de  l'assistance  judiciaire  partielle  ayant  été  accordé  au  recourant (art. 65 al. 1 PA), il n'est pas perçu de frais. (dispositif page suivante)  

E­8788/2010 Page 13 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est rejeté. 2.  Il n'est pas perçu de frais. 3.  Le  présent  arrêt  est  adressé  au  recourant,  à  l’ODM  et  à  l’autorité  cantonale compétente. Le président du collège : Le greffier : François Badoud Antoine Willa Expédition :

E-8788/2010 — Bundesverwaltungsgericht 12.09.2011 E-8788/2010 — Swissrulings