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Bundesverwaltungsgericht 25.08.2011 E-8107/2010

25 août 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·2,012 mots·~10 min·2

Résumé

Asile et renvoi | Asile et renvoi; décision de l'ODM du 20 octobre 2010

Texte intégral

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour V E­8107/2010 Arrêt   d u   2 5   a oû t   2011 Composition Jenny de Coulon Scuntaro, présidente du collège, Markus König, Maurice Brodard, juges, Astrid Dapples, greffière. Parties A._______, son épouse B._______, Mongolie,   représentés par le Service d'Aide Juridique aux Exilé­e­s  (SAJE),   recourants,  contre Office fédéral des migrations (ODM),  Quellenweg 6, 3003 Berne,    autorité inférieure.  Objet Renvoi et exécution du renvoi; décision de l'ODM du 20 octobre 2010 / N (…).

E­8107/2010 Page 2 Faits : A.  Le 8 janvier 2008, les intéressés ont déposé une demande d'asile auprès  du centre d'enregistrement et de procédure (CEP) de (…). B.  Entendu audit centre, puis directement par l'ODM, le requérant a déclaré  qu'il  travaillait  pour  une  entreprise  C._______,  laquelle  effectuait  le  commerce de peaux d'animaux. En (date),  il aurait été envoyé en Chine  avec un  collègue et  se  serait  vu  confier  la  tâche de prendre  en  charge  des marchandises, convoyées par train  jusqu'en Mongolie. A la frontière  avec  la  Mongolie,  le  chargement  aurait  été  contrôlé.  Les  douaniers  auraient saisi de D._______, interdit d'exportation. L'intéressé aurait alors  été  confiné  dans  l'hôtel  où  il  avait  passé  la  nuit  et  placé  sous  la  surveillance de deux Chinois. Il aurait toutefois pu prendre la fuite de nuit,  en s'échappant par la fenêtre de sa chambre. Grâce à l'aide d'une tierce  personne,  il  aurait  pu  être  conduit  jusqu'à E._______,  puis,  de  là,  chez  F._______.  En  cours  de  route,  il  aurait  pu  informer  son  épouse  des  ennuis subis. Grâce à F._______,  il aurait pu loger chez des parents de  cette dernière jusqu'à son départ de Mongolie. Egalement  entendue  audit  centre  puis  directement  par  l'ODM,  la  requérante a déclaré qu'en date du  (…),  son époux  l'avait  informée par  téléphone  des  problèmes  qu'il  avait  rencontrés  dans  le  cadre  de  son  travail.  Prenant  peur,  elle  aurait  trouvé  refuge  avec  ses  enfants  chez  F._______ puis chez G._______. Le (date), comme elle se serait rendue  au domicile conjugal pour y chercher des affaires, elle aurait été accostée  par  l'adjoint  du  directeur  et  son  interprète.  L'adjoint  du  directeur  aurait  voulu  savoir  où  se  trouvait  son  époux  et  l'aurait menacée.  L'intéressée  aurait  rapporté ces menaces à  la police,  toutefois, cette dernière  l'aurait  traitée  de  menteuse  par  la  suite.  Une  semaine  plus  tard,  l'intéressée  serait  à  nouveau  retournée  au  domicile  conjugal.  Elle  y  aurait  été  agressée  par  trois  individus  et  menacée.  Un  voisin  aurait  appelé  une  ambulance et elle aurait été conduite à l'hôpital, où elle aurait été soignée  puis  renvoyée chez elle. Son état  de  santé ne se  serait  cependant  pas  amélioré  et  (indication  de  temps),  elle  aurait  été  incapable  de marcher.  En  (date),  elle  se  serait  rendue  dans  un  hôpital  privé,  afin  de  faire  contrôler  son  état  physique.  Au  mois  de  (…),  sa  belle­sœur  l'aurait 

E­8107/2010 Page 3 conduite dans un hôpital, disposant du matériel nécessaire pour soigner  (…).  Le  (date)  ou  le  (date),  elle  a  subi  une  intervention  chirurgicale,  laquelle  a  établi  qu'elle  souffrait  de  (…)  et  il  lui  a  été  conseillé  de  se  rendre en Chine ou en Allemagne, pour se faire soigner. Sa fille, (donnée  personnelle), a alors trouvé sur internet des informations sur un hôpital en  Suisse, à même de prendre en charge la maladie dont souffrait sa mère.  Au mois de décembre 2007, l'intéressée a quitté le pays avec son époux. A l'appui de leur demande d'asile, ils ont produit une attestation médicale  remise à H._______ à l'intéressée. C.  En date du 12 février 2008, l'ODM a reçu un certificat médical rédigé par  le  docteur  A.  C.,  médecin  assistant  à  I._______,  duquel  il  ressort  que  l'intéressée  a  été  hospitalisée  du  28  janvier  au  8  février  2008  en  vue  d'investigations  en  raison  de  douleurs  (…)  et  d'une  limitation  de  sa  mobilité. Le diagnostic fait état de (termes médicaux).  En date du 22 septembre 2008, l'ODM a reçu un second certificat médical  rédigé  par  la  doctoresse  C.  P.,  de  I._______,  et  duquel  il  ressort  que  l'intéressée  suit  une  (thérapie)  depuis  le  24  juin  2008,  laquelle  devrait  s'achever à la fin de l'année 2008. Par ailleurs, l'intéressée est également  prise en charge par un physiothérapeute, pour une rééducation à (…). Par  courrier  du  6  avril  2010,  l'ODM  a  invité  les  intéressés  à  leur  faire  parvenir un nouveau rapport médical. En date du 16 avril 2010, l'ODM a  reçu un certificat médical établi par la doctoresse B. G., de I._______, le  14 avril 2010, duquel il ressort que l'intéressée a bénéficié d'un traitement  (termes  médicaux)  ayant  débuté  le  1er  février  2008  pour  se  finir  le  27  novembre  2008  avec,  dans  l'intervalle,  une  intervention  chirurgicale.  Après  une  évolution  initialement  favorable  avec  une  mobilisation  importante,  l'intéressée  n'est  à  l'heure  actuelle  (information  médicale).  Enfin, elle doit bénéficier d'un scanner (terme médical) tous les trois mois  ainsi qu'une  (terme médical)  tous  les six mois. Un contrôle clinique doit  être  effectué  tous  les  trois  mois,  une  prise  de  sang  large  doit  être  effectuée  une  fois  par  an  au  minimum.  Ce  certificat  médical  a  été  complété  par  un  second  document,  reçu  par  l'ODM  en  date  du  7  mai  2010  et  rédigé  par  le  Centre  J._______,  Département  K._______,  en  date du 4 mai 2010.

E­8107/2010 Page 4 D.   Par  décision  du  20  octobre  2010,  l'ODM  a  rejeté  la  demande  d'asile  déposée par les intéressés et a prononcé leur renvoi de Suisse, au vu du  manque  de  vraisemblance  de  leur  récit.  S'agissant  de  l'exécution  du  renvoi  des  intéressés,  il  a  estimé  qu'elle  était  licite,  possible  et  raisonnablement exigible, en dépit de l'état de santé de l'intéressée. Sous  cet angle, l'ODM a retenu que l'intéressée avait été opérée en Suisse et  nécessitait un traitement médicamenteux, lequel était disponible dans son  pays  d'origine,  bien  que  sous  une  autre  forme  que  celle  prescrite  en  Suisse. Par ailleurs,  il a  relevé que si  l'intéressée devait se soumettre à  une nouvelle intervention chirurgicale, le Centre L._______ était à même  de la pratiquer. E.  Interjetant  recours  contre  cette  décision,  le  19  novembre  2010,  les  intéressés  ont  reconnu  avoir  quitté  leur  pays  dans  le  seul  but  de  permettre  une  prise  en  charge  ad  hoc  de  la  maladie  de  l'intéressée.  Aussi,  et  compte  tenu  de  l'état  de  santé  actuel  de  l'intéressée  –  qui  nécessite  un  traitement  médicamenteux  à  base  de  (…)  pour  l'aider  à  supporter  les  douleurs  subséquentes  à  l'intervention  chirurgicale  et  est  immobilisée  dans  un  fauteuil  roulant  –  l'exécution  de  leur  renvoi  en  Mongolie n'est pas  raisonnablement exigible. De  l'avis des  intéressés,  il  faut également tenir compte du fait que la recourante dépend entièrement  de  l'aide  de  son  époux,  excluant  ainsi  ce  dernier  du marché  du  travail.  Enfin,  le  fait  qu'ils  ne  disposent  pas  d'une  famille  étendue  en Mongolie  s'oppose également à leur renvoi dans cet Etat.  Ils ont conclu au prononcé de l'admission provisoire et ont requis l'octroi  de l'assistance judiciaire partielle. A  l'appui de  leur mémoire de recours,  ils ont produit plusieurs certificats  médicaux, soit  les deux certificats médicaux résumés sous la lettre C ci­ avant ainsi que deux autres certificats médicaux. Le premier, établi par le  docteur S. C. du Département K._______, en date du 11 novembre 2010,  retient que l'évolution peut être jugée favorable à deux ans de la prise en  charge  globalement  mais  au  prix  de  douleurs  résiduelles  importantes  nécessitant  la  prise  d'un  traitement  médicamenteux  conséquent.  Le  second,  établi  par  la  doctoresse  I.  D.,  de  I._______,  en  date  du  12  novembre  2010,  retient  que  l'intéressée  reçoit  un  traitement  médicamenteux à base de  (…), de  (…), de  (…) et de  (…). Par ailleurs,  elle bénéficie d'un traitement de physiothérapie une fois par semaine.

E­8107/2010 Page 5 F.  Par ordonnance du 3 décembre 2010, le Tribunal administratif fédéral (le  Tribunal)  a  rejeté  la  requête  tendant  à  l'octroi  de  l'assistance  judiciaire  partielle  et  fixé  un  délai  aux  intéressés  pour  s'acquitter  du  versement  d'une avance de frais fixée à Fr. 600.­. Les intéressés ont fait suite à cette  requête par versement du 17 décembre 2010. G.  Par  courrier  du  17  décembre  2010,  les  intéressés  ont  réitéré  les  conclusions formulées à l'appui du mémoire de recours du 19 novembre  2010, insistant sur la nécessité pour l'intéressée de pouvoir bénéficier de  contrôles cliniques réguliers ainsi que d'un traitement médicamenteux ad  hoc. En annexe à leur courrier, ils ont joint une prise de position effectuée  par le Centre M._______, datée du (…), qui a pris contact avec le docteur  N._______,  le  professeur  O._______  et  le  docteur  P._______(…).  Le  docteur  N._______  a  (…).  Invité  à  se  déterminer  sur  la  situation  personnelle  de  la  recourante,  il  a  relevé  que  le  système  de  santé  en  Mongolie était extrêmement précaire avec une médecine à deux vitesse  et  que  l'approvisionnement  en  médicaments  était  inconstant  avec  des  génériques "douteux", de sorte que les personnes se procuraient souvent  leurs médicaments en Allemagne. S'agissant de l'intéressée, il a déclaré  que  ses  inquiétudes ne portaient  pas  tant  sur  l'accès aux médicaments  que  sur  le  suivi  chirurgical,  nécessaire  tant  et  aussi  longtemps  que  la  situation de (…) n'était pas cicatrisée. Quant au professeur O._______, il  a relevé que le rythme d'examens suggéré pour la patiente correspondait  à  des  normes  occidentales  et  était  impensable  en  Mongolie.  En  effet,  aucun patient vivant en Mongolie et souffrant d'un  (terme médical) n'est  pris en charge de manière si pointue que l'intéressée en Suisse pour de  multiples  raisons,  à  savoir manque de moyens  financiers et  logistiques,  coût,  niveau  de  compétences  médicales,  prestations  de  l'assurance  maladie  très  limitées,  etc.  Enfin,  le  docteur  P._______  a  indiqué  que,  généralement,  les  patients  devaient  payer  les  traitements  eux­mêmes,  même  dans  les  hôpitaux  publics,  et  qu'il  existait  des  caisses  maladies  mais qu'elles ne couvraient pas tous les traitements. H.  Par  courrier  daté  du  4  janvier  2011,  les  intéressés  ont  fait  parvenir  au  Tribunal un nouveau certificat médical établi par I._______ en date du 14  décembre  2010.  Il  ressort  de  ce  document  que  l'intéressée  se  trouve  dans  un  état  général  modéré.  Du  point  de  vue  de  la  mobilisation,  elle  présente  (information  médicale)  et  étant  totalement  dépendante  d'une 

E­8107/2010 Page 6 tierce personne dans ses activités de la vie quotidienne. Par ailleurs, les  bilans radiologiques (terme médical) effectués le 17 août 2010 ainsi qu'un  bilan  par  scanner  (terme  médical)  du  3  novembre  2010  mettent  en  évidence  une  situation  de  rémission,  sans  que  l'on  puisse  parler  de  guérison à ce stade­là de la prise en charge. I.  Par courrier daté du 3 février 2011, Y. S., assistante au Q._______, s'est  adressée au Tribunal en sollicitant une prolongation du séjour en Suisse  de l'intéressée, pour lui permettre d'améliorer sa mobilité. Droit : 1.  1.1.  Le  Tribunal,  en  vertu  de  l’art.  31  de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF,  RS  173.32),  connaît  des  recours  contre les décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre  1968  sur  la  procédure  administrative  (PA,  RS  172.021)  prises  par  les  autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF. En particulier, les décisions rendues par l’ODM concernant l’asile peuvent  être contestées, par renvoi de l’art. 105 de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile  (LAsi, RS 142.31), devant  le Tribunal,  lequel statue alors définitivement,  sauf demande d’extradition déposée par l’Etat dont le requérant cherche  à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal  fédéral [LTF, RS 173.110]). 1.2. Les  recourants ont qualité pour  recourir. Présenté dans  la  forme et  dans les délais prescrits par la loi, le recours est recevable (art. 48 et 52  PA et 108 al. 1 LAsi). 2.  Les  recourants  n'ont  pas  recouru  contre  la  décision  de  l’ODM  en  tant  qu’elle  rejette  leur demande d’asile, de sorte que, sous cet angle, elle a  acquis force de chose décidée. 3.  3.1. Lorsqu’il rejette la demande d’asile ou qu’il refuse d’entrer en matière  à ce sujet, l’ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en  ordonne  l’exécution ;  il  tient  compte  du  principe  de  l’unité  de  la  famille 

E­8107/2010 Page 7 (art.  44  al.  1  LAsi).  Le  renvoi  ne  peut  être  prononcé,  selon  l’art.  32  de  l’ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l’asile relative à la procédure (OA 1,  RS 142.311),  lorsque  le  recourant  d’asile  dispose  d’une  autorisation  de  séjour  ou  d’établissement  valable,  ou  qu’il  fait  l’objet  d’une  décision  d’extradition ou d’une décision de renvoi conformément à  l’art. 121 al. 2  de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101). 3.2.  Aucune  exception  à  la  règle  générale  du  renvoi  n’étant  en  l’occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette  mesure. 4.  4.1. L’exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnablement  exigible  et  possible  (art.  44  al.  2  LAsi).  Si  ces  conditions  ne  sont  pas  réunies, l’admission provisoire doit être prononcée. Celle­ci est réglée par  l’art. 83 de  la  loi  fédérale sur  les étrangers du 16 décembre 2005 (LEtr,  RS 142.20), entrée en vigueur le 1er janvier 2008. 4.2. L’exécution n’est pas  licite  lorsque  le  renvoi de  l’étranger dans son  Etat d’origine ou de provenance ou dans un Etat  tiers est  contraire aux  engagements  de  la  Suisse  relevant  du  droit  international  (art.  83  al.  3  LEtr). Aucune personne ne peut être contrainte, de quelque manière que  ce soit, à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa  liberté  serait  menacée  pour  l’un  des  motifs  mentionnés  à  l’art.  3  al.  1  LAsi, ou encore d’où elle  risquerait d’être astreinte à se  rendre dans un  tel pays (art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut être soumis à  la  torture ni à des  peines ou  traitements  inhumains ou dégradants  (art. 3 de  la convention  du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés  fondamentales [CEDH, RS 0.101]). 4.3. L’exécution de  la décision peut ne pas être raisonnablement exigée  si  le  renvoi  ou  l’expulsion  de  l’étranger  dans  son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple  en  cas  de  guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée  ou  de  nécessité  médicale (art. 83 al. 4 LEtr). 4.4. L’exécution n’est pas possible  lorsque l’étranger ne peut pas quitter  la  Suisse  pour  son  Etat  d’origine,  son  Etat  de  provenance  ou  un  Etat  tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr). 5. 

E­8107/2010 Page 8 5.1. L’exécution du renvoi est illicite,  lorsque la Suisse, pour des raisons  de droit  international public, ne peut contraindre un étranger à se rendre  dans  un  pays  donné  ou  qu’aucun  autre  Etat,  respectant  le  principe  du  non­refoulement,  ne  se  déclare  prêt  à  l’accueillir  ;  il  s’agit  d’abord  de  l’étranger  reconnu  réfugié,  mais  soumis  à  une  clause  d’exclusion  de  l’asile, et ensuite de l’étranger pouvant démontrer qu’il serait exposé à un  traitement prohibé par l’art. 3 CEDH ou encore l’art. 3 de la convention du  10  décembre  1984  contre  la  torture  et  autres  peines  ou  traitements  cruels,  inhumains ou dégradants (Conv. torture, RS 0.105) (Message du  Conseil  fédéral  à  l’appui  d’un  arrêté  fédéral  sur  la  procédure  d’asile  [APA], du 25 avril 1990, in : FF 1990 II 624). 5.2. En ce qui concerne les autres engagements de la Suisse relevant du  droit international, il sied d’examiner particulièrement si l’art. 3 CEDH, qui  interdit la torture, les peines ou traitements inhumains, trouve application  dans le présent cas d’espèce. 5.3. Si l’interdiction de la torture, des peines et traitements inhumains (ou  dégradants)  s’applique  indépendamment  de  la  reconnaissance  de  la  qualité  de  réfugié,  cela  ne  signifie  pas  encore  qu’un  renvoi  ou  une  extradition serait prohibée par le seul fait que dans le pays concerné des  violations  de  l’art.  3  CEDH  devraient  être  constatées ;  une  simple  possibilité  de  subir  des  mauvais  traitements  ne  suffit  pas.  Il  faut  au  contraire  que  la  personne  qui  invoque  cette  disposition  démontre  à  satisfaction  qu’il  existe  pour  elle  un  véritable  risque  concret  et  sérieux  d’être victime de tortures, ou de traitements inhumains ou dégradants en  cas de renvoi dans son pays. Il en ressort qu’une situation de guerre, de  guerre  civile,  de  troubles  intérieurs  graves  ou  de  tension  grave  accompagnée de violations des droits de l’homme ne suffit pas à justifier  la  mise  en œuvre  de  la  protection  issue  de  l’art.  3  CEDH,  tant  que  la  personne  concernée  ne  peut  rendre  hautement  probable  qu’elle  serait  visée  personnellement  –  et  non  pas  simplement  du  fait  d’un  hasard  malheureux  –  par  des  mesures  incompatibles  avec  la  disposition  en  question (JICRA 1996 n° 18 consid. 14b let. ee p. 186s). 5.4. En  l'occurrence,  le  Tribunal  constate  que  l'exécution  du  renvoi  ne  contrevient  pas  au  principe  de  non  refoulement  de  l'art.  5  LAsi,  les  recourants  n'ayant  pas  remis  en  cause  la  décision  de  l'ODM  en  tant  qu'elle rejetait leur demande d'asile.

E­8107/2010 Page 9 5.5.  Ils  n'ont  en  outre  pas  établi  qu'il  existerait,  pour  eux,  un  risque  concret  et  sérieux  d'être  victime,  en  cas  de  retour  dans  leur  pays  d’origine,  de  traitement  contraire  à  l’art.  3  LAsi  et  aux  engagements  internationaux  contractés  par  la  Suisse  (cf.  art.  3  de  la  Convention  du  4 novembre  1950  de  sauvegarde  des  droits  de  l’homme et  des  libertés  fondamentales  [CEDH,  RS  0.101]  et  art.  3  de  la  Convention  du  10 décembre  1984  contre  la  torture  et  autres  peines  ou  traitements  cruels, inhumains ou dégradants [Conv. torture, RS 0.105]). Au contraire,  dans  leur  mémoire  de  recours,  les  intéressés  ont  reconnu  que  l'introduction de leur demande d'asile était intimement liée aux problèmes  de santé affectant l'intéressée. 5.6. Pour ce qui a trait à ces problèmes de santé, le Tribunal estime qu'ils  ne  sont  pas  à  ce  point  exceptionnels  que  l'exécution  du  renvoi  serait  illicite au sens de  l'art. 3 CEDH. En effet,  il  ressort de  l'arrêt de  la Cour  européenne  des  droits  de  l'homme  (CourEDH)  du  27  mai  2008,  N.  c.  Royaume­Uni,  publié  sous  n° 26565/05  et  confirmant  sa  pratique,  que  l'art.  3  CEDH  ne  peut  faire  obstacle  au  refoulement,  s'agissant  d'une  personne touchée dans sa santé, que si elle se trouve dans un stade de  sa maladie avancée et terminal, sans possibilité de soins et de soutien en  cas de retour dans son pays, au point que sa mort apparaît comme une  perspective  proche  ;  il  s'agit  donc  là  de  cas  que  la  CourEDH  définit  comme "très exceptionnels". Selon le rapport médical le plus récent au dossier (cf. lettre H ci­dessus),  l'intéressée se trouve dans un état général modéré. Du point de vue de la  mobilisation, elle présente (information médicale). Elle nécessite en outre  une aide d'une  tierce personne dans ses activités de  la vie quotidienne.  Par ailleurs, les bilans radiologiques (terme médical) par IRM effectués le  17  août  2010  ainsi  qu'un  bilan  (terme  médical)  du  3  novembre  2010  mettent  en  évidence  une  situation  de  rémission,  sans  que  l'on  puisse  parler de guérison à ce stade­là de la prise en charge. Force est donc de  constater que  l'intéressé ne se  trouve pas dans une situation de gravité  telle  que  décrite  au  paragraphe  précédent  et  qui  justifierait  une  suspension de l'exécution du renvoi. 5.7.  Dès  lors,  l’exécution  du  renvoi  des  recourants  sous  forme  de  refoulement ne transgresse aucun engagement de la Suisse relevant du  droit international, de sorte qu’elle s’avère licite (art. 44 al. 2 LAsi et 83 al.  3 LEtr).

E­8107/2010 Page 10 6.  6.1. Selon l’art. 83 al. 4 LEtr,  l’exécution de la décision peut ne pas être  raisonnablement exigée si le renvoi ou l’expulsion de l’étranger dans son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou  de  nécessité médicale. Cette  disposition  s’applique  en  premier  lieu  aux  « réfugiés de la violence », soit aux étrangers qui ne remplissent pas les  conditions de  la qualité de  réfugié parce qu’ils ne sont pas personnelle­ ment persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de guerre civile  ou de violence généralisée, et ensuite aux personnes pour qui un retour  reviendrait  à  les  mettre  concrètement  en  danger,  notamment  parce  qu’elles  ne  pourraient  plus  recevoir  les  soins  dont  elles  ont  besoin.  L’autorité à qui incombe la décision doit donc dans chaque cas confronter  les  aspects  humanitaires  liés  à  la  situation  dans  laquelle  se  trouverait  l’étranger concerné dans son pays après  l’exécution du renvoi à  l’intérêt  public militant  en  faveur  de  son  éloignement  de Suisse  (ATAF 2009/52  consid. 10.1, ATAF 2008/34 consid. 11.2.2 et ATAF 2007/10 consid. 5.1). 6.2. Il est notoire que la Mongolie ne connaît pas, dans sa globalité, une  situation  de  guerre,  de  guerre  civile  ou  de  violence  généralisée  qui  permettrait  d’emblée  –  et  indépendamment  des  circonstances  du  cas  d’espèce  –  de  présumer,  à  propos  de  tous  les  ressortissants  du  pays,  l’existence d’une mise en danger concrète au sens de l’art. 83 al. 4 LEtr.  Par ailleurs, depuis le 28 juin 2000, cet Etat est reconnu comme un Etat  sûr au sens de l'art. 6 al. 2 let. a LAsi. 6.3. S'agissant plus spécifiquement des personnes en traitement médical  en Suisse,  l'exécution  du  renvoi  ne  devient  inexigible,  en  cas  de  retour  dans leur pays d'origine ou de provenance, que dans la mesure où elles  pourraient  ne  plus  recevoir  les  soins  essentiels  garantissant  des  conditions minimales d'existence. Par soins essentiels, il faut entendre les  soins  de médecine  générale  et  d'urgence  absolument  nécessaires  à  la  garantie  de  la  dignité  humaine  (GABRIELLE STEFFEN,  Droit  aux  soins  et  rationnement, Berne 2002, p. 81ss et 87). L'art. 83 al. 4 LEtr, disposition  exceptionnelle  tenant  en  échec  une  décision  d'exécution  du  renvoi,  ne  saurait en  revanche être  interprété comme une norme qui comprendrait  un droit de séjour lui­même induit par un droit général d'accès en Suisse  à des mesures médicales visant à recouvrer la santé ou la maintenir, au  simple  motif  que  l'infrastructure  hospitalière  et  le  savoir­faire  médical  dans  le  pays  d'origine  ou  de  destination  de  l'intéressé  n'atteint  pas  le  standard élevé qu'on trouve en Suisse (JICRA 1993 n° 38 p. 274ss).

E­8107/2010 Page 11 Ainsi,  il ne suffit pas en soi de constater, pour admettre  l'inexigibilité de  l'exécution  du  renvoi,  qu'un  traitement  prescrit  sur  la  base  de  normes  suisses ne pourrait être poursuivi dans le pays de l'étranger. On peut citer  ici  les  cas  de  traitements  visant  à  atténuer  ou  guérir  des  troubles  psychiques ou physiques qui ne peuvent être qualifiés de graves. 6.4.  Si  les  soins  essentiels  nécessaires  peuvent  être  assurés  dans  le  pays  d'origine  ou  de  provenance  de  l'étranger  concerné,  cas  échéant  avec d'autres médications que celles prescrites en Suisse, l'exécution du  renvoi  dans  l'un  ou  l'autre  de  ces  pays  doit  être  considérée  comme  raisonnablement exigible. Elle ne  le sera plus, au sens de  l'art. 83 al. 4  LEtr si, en raison de l'absence de possibilités de traitement adéquat, l'état  de  santé  de  l'intéressé  se  dégraderait  très  rapidement  au  point  de  conduire d'une manière certaine à la mise en danger concrète de sa vie  ou  à  une  atteinte  sérieuse,  durable  et  notablement  plus  grave  de  son  intégrité physique (cf. JICRA 2003 n° 24 p. 154 ss). 6.5. Dans  le présent cas, ainsi que cela  ressort des différents certificats  médicaux produits par l'intéressée, celle­ci a été opérée au (…) le 13 mai  2008, en raison d'une maladie (terme médical) ([…]; cf. certificat médical  établi  par  la  doctoresse  B.  G.  le  14  avril  2010).  L'intéressée  a  eu  connaissance  du  diagnostic  alors  qu'elle  était  encore  en  Mongolie  et  l'équipe soignante de ce pays lui a conseillé de se rendre en Chine ou en  Allemagne  (cf.  avis  du  professeur O._______,  résumé dans  la  prise  de  position émanant du M._______).  6.5.1. (explication médicale) 6.5.2. Dès son arrivée en Suisse (survenue le 8 janvier 2008), l'intéressée  a  été  prise  en  charge  et  a  subi  un  traitement  multidisciplinaire,  (explication médicale).  Actuellement,  le  traitement  suivi  consiste  en  des  séances  hebdomadaires  de  (thérapie)  et  la  prise  d'antalgiques  à  des  doses  importantes.  Par  ailleurs,  elle  doit  pouvoir  bénéficier  d'une  IRM  (terme médical)  tous  les trois mois et d'un scanner (terme médical)  tous  les six mois. Enfin, un contrôle clinique doit avoir lieu tous les trois mois.  Selon  l'ODM,  ce  suivi  peut  être  assuré  dans  le  pays  d'origine  de  l'intéressée, plus exactement à H._______.  Comme  rappelé  au  point  6.3  ci­avant,  par  soins  essentiels,  il  faut  entendre  les  soins  de  médecine  générale  et  d'urgence  absolument  nécessaires à la garantie de la dignité humaine, respectivement les soins 

E­8107/2010 Page 12 essentiels  garantissant  des  conditions  minimales  d'existence.  Dans  le  présent cas,  les soins essentiels dont doit pouvoir bénéficier  l'intéressée  consistent  en  un  traitement  antalgique,  afin  de  l'aider  à  supporter  les  fortes  douleurs  consécutives  à  l'opération  subie  en  mai  2008  et  en  un  suivi  régulier,  pour  détecter  à  temps  une  éventuelle  récidive  de  (terme  médical).  Selon  le  docteur  N._______,  un  suivi  de  l'intéressée  en  Mongolie  est  assuré,  si  la  situation  (information médicale).  Le  certificat  médical  daté  du  14  décembre  2010  laisse  entendre  que  tel  est  le  cas,  l'intéressée se trouvant en stade de rémission. Ainsi, même si la prise en charge de l'intéressée sera vraisemblablement  différente  de  celle  à  laquelle  elle  est  aujourd'hui  habituée  en Suisse,  le  Tribunal  constate  cependant  que  l'intéressée  a  pu  bénéficier  d'un  traitement  de  pointe,  qui  n'exclut  cependant  pas  tout  à  fait  (terme  médical)  ­ traitement  préconisé  en  Mongolie  –  en  cas  de  récidive.  Le  traitement  actuellement  ordonné  en  Suisse  est  donc  un  traitement  de  nature  conservateur,  qui  peut  être  assuré  dans  le  pays  d'origine  de  l'intéressée.  Certes,  l'intéressée  met  en  avant  qu'elle  est  étroitement  dépendante  de  l'aide  de  tierces  personnes,  (information  médicale),  de  sorte  que  son  époux  ne  pourrait  pas  se  réinsérer  dans  le  monde  du  travail. Or,  force est de constater que  l'époux de  l'intéressée travaille en  Suisse, de sorte que la recourante semble pouvoir se prendre en charge  partiellement seule ou avec l'aide d'une autre personne. Or, il convient de  relever  que  les  intéressés  ont  encore  de  la  famille  dans  leur  pays  d'origine, en particulier à H._______ où ils ont déjà vécu avec F._______.  En outre, ils ont leurs (..) enfants en Mongolie, ces derniers étant, lors de  leur  départ,  encore  aux  études.  De  plus,  ils  sont  propriétaires  d'un  appartement  à  H._______.  Enfin,  tous  deux  sont  au  bénéfice  (donnée  personnelle) et s'il est entendu que  l'intéressée n'est aujourd'hui pas en  mesure de travailler, il en va différemment de son époux. Les intéressés  peuvent encore prétendre à une aide au  retour, notamment  sous  forme  médicamenteuse.  6.6. Pour  ces motifs,  l’exécution  du  renvoi  doit  être  considérée  comme  raisonnablement exigible. 7.  Enfin,  les  recourants  sont  en  mesure  d’entreprendre  toute  démarche  nécessaire auprès de la représentation de leur pays d’origine en vue de 

E­8107/2010 Page 13 l’obtention de documents de voyage leur permettant de quitter la Suisse.  L’exécution  du  renvoi  ne  se  heurte  donc  pas  à  des  obstacles  insurmontables  d’ordre  technique  et  s’avère  également  possible  (cf.  ATAF 2008/34 consid. 12 p. 513­515). 8.  Il  s’ensuit  que  le  recours,  en  tant qu’il  conteste  la décision de  renvoi  et  son exécution, doit être rejeté. 9.  Au vu de l’issue de la cause, il y a lieu de mettre les frais de procédure de  Fr. 600.­ à la charge des recourants, conformément aux art. 63 al. 1 PA  et  2  e  3  let.  b  du  règlement  du  21  février  2008  concernant  les  frais,  dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif  fédéral  (FITAF,  RS 173.320.2). Ce montant sera entièrement compensé avec l'avance de  frais déjà versée en date du 17 décembre 2010. (dispositif : page suivante)  

E­8107/2010 Page 14 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est rejeté. 2.  Les  frais de procédure, d’un montant de Fr. 600.­, sont mis à  la charge  des  recourants.  Ce  montant  doit  être  entièrement  compensé  avec  l’avance de frais déjà versée en date du 17 décembre 2010. 3.  Le  présent  arrêt  est  adressé  aux  recourants,  à  l’ODM  et  à  l’autorité  cantonale compétente. La présidente du collège : La greffière : Jenny de Coulon Scuntaro Astrid Dapples Expédition :

E-8107/2010 — Bundesverwaltungsgericht 25.08.2011 E-8107/2010 — Swissrulings