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Bundesverwaltungsgericht 02.02.2012 E-5900/2010

2 février 2012·Français·CH·CH_BVGE·PDF·1,314 mots·~7 min·3

Résumé

Demande d'asile présentée à l'étranger et autorisation d'entrée | Pays étrangers

Texte intégral

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour V E­5900/2010 Arrêt   d u   2   février   2012 Composition François Badoud (président du collège),  Emilia Antonioni, Regula Schenker Senn, juges, Antoine Willa, greffier. Parties A._______, né le (…), Togo,  domicilié à (…), par l'entremise de (…), recourant,  contre Office fédéral des migrations (ODM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Demande d'asile à l'étranger et autorisation d'entrée ;  décision de l'ODM du 22 avril 2010 / N (…).

E­5900/2010 Page 2 Faits : A.  Le  2  octobre  2009,  A._______  a  déposé  une  demande  d'asile  écrite  auprès de  l'Ambassade de Suisse à Accra  (Ghana), accompagnée d'un  mémoire. Le 2 novembre suivant, l'intéressé a fait parvenir à l'ambassade  un mémoire complémentaire. B.  Le  requérant  a  en  substance  expliqué  qu'il  figurait  parmi  les  dirigeants  d'une association du nom de "Organisation pour la Paix au service de la  Renaissance africaine" (OPSRA) ; depuis 2000, ce groupement avait eu  mandat  de  superviser  les  processus  électoraux  dans  divers  Etats  d'Afrique francophone. En mars 2009, l'intéressé aurait participé à un séminaire organisé par la  Cour constitutionnelle du Togo sur la gestion des contentieux électoraux.  La Cour ayant  fait valoir un manque de moyen l'empêchant de contrôler  la régularité des élections, le requérant aurait proposé le concours de son  association, qui aurait été accepté. L'OPSRA aurait ainsi reçu de la Cour  le mandat  –  non  finalisé  par  un accord  écrit,  pour  éviter  d'indisposer  le  gouvernement – de rendre un rapport précisant  les moyens nécessaires  à  une  supervision  adéquate  et  déterminant  les  modalités  d'un  contrôle  des élections prévues au Togo en 2010. En  mai  2009,  à  réception  du  rapport,  la  Cour  constitutionnelle  aurait  toutefois  mis  fin  au  mandat  confié  à  l'OPSRA,  le  gouvernement  ayant  exercé  des  pressions  dans  ce  sens.  Le  15  juin  suivant,  le  secrétaire  général de la Cour aurait informé le requérant et les autres dirigeants de  l'OPSRA  que  le  chef  de  l'Etat,  informé  de  leur  rôle,  y  voyait  une  manifestation  d'opposition  ;  il  les  aurait  invités  à  être  prudents.  Le  requérant  aurait  informé  de  cette  situation  les  principales  missions  diplomatiques en poste à Lomé. Parallèlement,  en  juin  2009,  l'intéressé  et  ses  collègues  auraient  reçu  l'appel téléphonique d'un officier des services de renseignements du nom  de  B._______ ;  ce  dernier  les  aurait  finalement  convoqués,  après  plusieurs échanges téléphoniques, au siège de la police. Le requérant et  ses amis auraient donné suite à cette convocation, bien qu'invités par un  correspondant  anonyme  à  ne  pas  le  faire.  Le  22  juin,  le  commandant 

E­5900/2010 Page 3 B._______  leur  aurait  demandé de nombreux  renseignements  sur  leurs  activités  et  les  aurait  invités  à  déposer  leurs  photographies,  ce  qu'ils  n'auraient  finalement pas  fait. L'officier aurait aussi  tenté de  les  recruter  comme  agents.  Dans  la même  période,  un  homme  ayant  postulé  pour  travailler  au  sein  de  l'OPSRA  aurait  été  identifié  par  la  direction  de  l'association comme un milicien du parti au pouvoir. En  août  2009,  au  retour  d'une  mission  au  Congo,  les  dirigeants  de  l'OPSRA auraient  demandé  l'aide  financière de plusieurs organismes et  gouvernements  étrangers  ;  en  septembre,  la  Direction  suisse  de  la  coopération aurait marqué son accord, mais son courrier aurait disparu,  sans doute subtilisé, à en croire  le requérant, par  la police togolaise. Le  1er octobre 2009, les policiers auraient tenté en vain d'arrêter, au siège de  l'OPSRA, les personnes ayant travaillé avec la Cour constitutionnelle ; ils  auraient proféré à leur égard des menaces de mort. La nuit suivante, une  descente  de  police  aurait  eu  lieu  au  domicile  du  requérant,  qui  ne  se  trouvait pas sur place. Il aurait aussitôt passé la frontière du Ghana avec  ses collègues. L'intéressé  serait  revenu  à  Lomé,  le  6  octobre  2009,  rencontrant  le  secrétaire  général  de  la Cour  constitutionnelle. Ce dernier  l'aurait  averti  qu'il  était  considéré  comme  un  opposant  par  les  autorités,  vu  ses  antécédents et ses contacts avec des pays étrangers, et se trouvait donc  en danger. Le requérant aurait constaté que son domicile et ses proches  étaient  sous  surveillance,  et  qu'il  avait  été  suivi  jusqu'au  siège  de  l'OPSRA. Revenant au Ghana, le 12 octobre, il serait parti en mission au  Niger.  Il  aurait  constaté  qu'il  y  était  surveillé  par  des  inconnus  en  civil,  certains armés. Se rendant à Cotonou, au Bénin,  il aurait  remarqué que  cette  surveillance  était  maintenue.  Le  29 octobre  2009,  il  aurait  pris  contact avec  la délégation au Bénin du Haut­Commissariat  des Nations  Unies pour les réfugiés (UNHCR), laquelle l'aurait invité à s'adresser à la  Coordination nationale d'assistance aux réfugiés (CNAR) du Bénin, pour  l'ouverture d'une procédure d'asile. C.  Invité  par  l'ODM,  le  18  décembre  2009,  à  fournir  des  renseignements  complémentaires,  le  requérant,  par  lettre  du  26  février  2010,  a  précisé  que plusieurs appels  téléphoniques de menaces avaient été adressés à  l'OPSRA  en  juillet­août  précédent  ;  les  responsables  de  l'association  n'auraient  pu  obtenir  d'explications  du  commandant  B._______  à  ce  sujet.  Des  tiers  (députés  ou  cadres  militaires)  leur  auraient 

E­5900/2010 Page 4 confidentiellement fait savoir qu'ils étaient en danger. Depuis le départ du  requérant,  ses  proches  auraient  été  la  cible  de  pressions.  Un  de  ses  frères aurait disparu, un autre l'aurait rejoint au Bénin ; d'autres proches,  interrogés  à  son  sujet  et  maltraités,  auraient  finalement  quitté  le  Togo.  Par  ailleurs,  le  requérant  aurait  adressé,  le  14  janvier  2010,  une  lettre  ouverte  au  Président  togolais,  largement  diffusée.  En  conséquence,  le  siège  de  l'OPSRA  aurait  été  plusieurs  fois  fouillé  ;  les  membres  de  l'association restés au Togo auraient été  interrogés sur  le  lieu de séjour  du requérant et menacés pour le cas où ils soutiendraient l'opposition. Ils  auraient également quitté le pays, l'OPSRA cessant ainsi ses activités. A._______,  qui  admet  n'avoir  aucun  lien  spécial  avec  la  Suisse,  a  cependant fait valoir qu'il était  toujours surveillé au Bénin et y courait un  risque du  fait  des  autorités  togolaises.  Il  a  produit  un  grand nombre  de  documents,  dont  les  copies  de  ses  correspondances  avec  la  Cour  constitutionnelle,  les réponse des bailleurs de fonds pressentis, diverses  recommandations,  et  une  lettre  de  l'Eglise  protestante  du  Bénin,  qui  atteste l'avoir accueilli le 30 octobre 2009. D.  Par décision du 22 avril 2010, l'ODM a rejeté la demande d'asile déposée  et refusé de délivrer au requérant une autorisation d'entrée en Suisse. E.  Interjetant recours contre cette décision, le 30 juin 2010, A._______ a fait  valoir qu'il  faisait  l'objet, vu ses activités et ses antécédents personnels,  de  recherches  suivies  de  la  part  des  autorités  togolaises,  lesquelles  l'avaient également surveillé à l'étranger ; il courrait donc le risque d'être  enlevé  ou  agressé.  Par  ailleurs,  la  situation  au  Bénin  serait  instable.  L'intéressé  a  conclu  à  l'octroi  de  l'asile  et  à  la  délivrance  d'une  autorisation d'entrée. Outre  des  lettres  de  soutien  émanant  de  plusieurs  associations,  le  recourant  a  produit  deux  attestations  de  résidence  délivrées  (en  novembre  2009  et  juin  2010)  par  la  Commission  nationale  béninoise  chargée des  réfugiés  (CNR), ainsi que plusieurs documents  relatifs aux  risques encourus par les réfugiés togolais au Bénin. F.  Le 7 mars 2011, l'intéressé a déposé une copie de la décision rendue le  30 novembre 2010 par  le  "comité  d'éligibilité"  de  la CNR, qui  rejette  sa 

E­5900/2010 Page 5 demande, vu  les développements du processus démocratique au Togo.  Selon  une  lettre  d'accompagnement  de  la  Ligue  pour  la  défense  des  droits de l'homme au Bénin, du 7 mars 2011, cette décision peut avoir été  influencée  par  des  considérations  politiques  ;  si  "rien  ne  permet  de  penser  que  le  Bénin  serait  amené  à  violer  le  principe  d'interdiction  du  refoulement",  l'attestation de résidence délivrée à l'intéressé n'a plus été  renouvelée depuis lors. Droit : 1.  1.1. Le Tribunal administratif fédéral (le Tribunal), en vertu de l’art. 31 de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF,  RS  173.32), connaît des recours contre les décisions au sens de l’art. 5 de la  loi  fédérale  du  20  décembre  1968  sur  la  procédure  administrative  (PA,  RS 172.021) prises par les autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF. En particulier, les décisions rendues par l’ODM concernant l’asile peuvent  être contestées, par renvoi de l’art. 105 de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile  (LAsi, RS 142.31), devant  le Tribunal,  lequel statue alors définitivement,  sauf demande d’extradition déposée par l’Etat dont le requérant cherche  à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal  fédéral [LTF, RS 173.110]). 1.2.  Le  recourant  n'a  qualité  pour  recourir.  Présenté  dans  la  forme  et  dans les délais prescrits par la loi, le recours est recevable (art. 48 et 52  PA et 108 al. 1 LAsi). 2.  2.1. Selon  l'art.  52  LAsi,  l’asile  peut  être  refusé  à  une  personne  qui  se  trouve à l’étranger et dont on peut attendre qu’elle s’efforce d’être admise  dans un autre Etat. 2.2. Aux  termes  de  l'art.  19  al.  1  LAsi,  une  demande  d'asile  peut  être  déposée  à  l'étranger  auprès  d'une  représentation  suisse  (cf. ATAF 2007/30  p. 357 ss).  En  vertu  de  l'art.  20  al.  1  LAsi,  la  représentation  suisse  transmet  à  l'ODM  la  demande  d'asile,  accompagnée d'un rapport.

E­5900/2010 Page 6 Pour  établir  les  faits,  l'ODM autorise  le  requérant  à  entrer  en Suisse  si  celui­ci ne peut  raisonnablement être astreint à  rester dans son Etat de  domicile  ou  de  séjour  ni  à  se  rendre  dans  un  autre  Etat  (art. 20 al. 2 LAsi).  Le  Département  fédéral  de  justice  et  police  peut  habiliter  les  représentations suisses à accorder  l'autorisation d'entrer en  Suisse  aux  requérants  qui  rendent  vraisemblable  que  leur  vie,  leur  intégrité  corporelle  ou  leur  liberté  sont  exposées  à  une  menace  imminente  pour  l'un  des motifs mentionnés  à  l'art.  3  al.  1  LAsi  (art.  20  al. 3 LAsi). 2.3. Selon  l'art.  10  al.  1  de  l'ordonnance  1  du  11  août  1999  sur  l'asile  relative  à  la  procédure  (OA 1,  RS  142.311),  la  représentation  suisse  à  l'étranger procède, en règle générale, à l'audition du requérant d'asile ; si  cela n'est pas possible, elle invite le requérant à lui exposer par écrit ses  motifs (art. 10 al. 2 OA 1). La représentation suisse transmet à l'ODM le  procès­verbal de l'audition ou la demande d'asile écrite, ainsi que tous les  autres documents utiles et un rapport complémentaire dans lequel elle se  prononce sur la requête (art. 10 al. 3 OA 1). Il se peut  toutefois que  l'audition du  requérant soit  impossible, pour des  raisons  d'organisation  ou  de  capacités  auprès  de  la  représentation  suisse, à la suite d'obstacles de fait dans le pays concerné, ou pour des  raisons personnelles relevant du requérant lui­même ; dans un tel cas, le  requérant  doit  être  invité,  par  lettre  individualisée  lui  signalant  son  obligation  de  collaborer,  à  exposer  ses  motifs  d'asile  sur  la  base  de  questions  concrètes  qui  lui  auront  été  posées.  Une  audition  ou  une  déclaration écrite peut cependant s'avérer superflue si, sur la base de la  demande d'asile, les faits apparaissent déjà comme suffisamment établis  pour permettre de rendre une décision ; le requérant doit être entendu sur  ce point, la renonciation à l'audition devant être motivée en conséquence  (cf. ATAF 2007/30 p. 357 ss) 2.4. Dans le cas d'espèce, ces conditions sont remplies. Après réception  et  transmission  de  la  demande  écrite,  la  représentation  diplomatique  compétente a expliqué, dans sa correspondance du 11 novembre 2009,  n'être pas en mesure de procéder à une audition ; l'ODM a donc invité, le  18  décembre  suivant,  le  requérant  à  exposer  ses  motifs,  ce  que  ce  dernier  a  fait  dans  deux  mémoires  du  26  février  2010,  accompagnés  d'une abondance de documents.

E­5900/2010 Page 7 La  représentation  suisse,  dans  sa  lettre  d'accompagnement  du  11 novembre 2009 évoquée ci­dessus, n'a certes pas pris position sur la  demande, ainsi que le prescrit l'art. 10 al. 3 OA1 ; toutefois, le requérant  ayant  eu  tout  loisir  de  faire  valoir  ses  motifs  de  manière  détaillée,  ce  manquement n'a pas de portée décisive. 3.  3.1. Une  fois  l'instruction  correctement  menée,  si  le  requérant  n'a  pas  rendu  vraisemblables  les  persécutions  dont  il  se  dit  victime  (art.  3  et  7  LAsi) ou si  l'on peut attendre de sa part qu'il s'efforce d'être admis dans  un autre Etat (art. 52 al. 2 LAsi),  l'ODM peut lui refuser l'asile (cf. sur ce  point  et  sur  les  autres  conditions  permettant  l'octroi  d'une  autorisation  d'entrée  en  Suisse,  Jurisprudence  et  informations  de  la  Commission  suisse de  recours en matière d’asile  [JICRA] 2005 n° 19 consid. 3 et  4  p. 173  ss,  JICRA 2004  n° 21  consid. 2  p. 136  s.,  JICRA  2004  n° 20  consid. 3 p. 130 s., JICRA 1997 n° 15 consid. 2 p. 129 ss). 3.2. Les conditions mises à l'octroi d'une autorisation d'entrée en Suisse  doivent  être  définies  de  manière  restrictive,  l'autorité  disposant  d'une  marge  d'appréciation  étendue.  Le  fait,  pour  un  requérant  d'asile,  de  séjourner dans un Etat tiers ne signifie pas ipso facto qu'on puisse exiger  qu'il se fasse admettre dans cet Etat ;  l'autorité doit cependant examiner  les éléments qui font apparaître comme exigible son admission dans cet  Etat  (ou  dans  un  autre  pays),  et  aussi  les mettre  en  balance  avec  les  éventuelles  relations  qu'il  entretient  avec  la  Suisse  (JICRA  2005  n°  19  précitée,  JICRA  2004  n° 21  consid.  2b  p.  137   et  consid.  4  p. 138  ss,  JICRA 2004 n° 20 et JICRA 1997 précitées). Une autorisation d'entrée ne  peut  donc  être  délivrée  que  si  la  poursuite  du  séjour  dans  l'Etat  de  résidence ne peut être exigée (ATAF 2011/10 consid. 3­5 p. 126­131). Outre l'existence d'une mise en danger au sens de l'art. 3 LAsi, l'autorité  prend  donc  en  considération  d'autres  éléments  (dont  la  liste  n'est  pas  exhaustive), notamment l'existence de relations étroites avec la Suisse ou  avec  un  pays  tiers,  l'assurance  d'une  protection  dans  un  autre  Etat,  la  possibilité  effective  et  l'exigence  objective  de  rechercher  une  protection  ailleurs qu'en Suisse, ainsi que les possibilités d'intégration (JICRA 2004  n° 20 consid. 3 p. 130 s). Le refus de l'autorisation d'entrée emporte rejet  de la demande d'asile (JICRA 2000 n° 12 consid. 7, p. 97­98)

E­5900/2010 Page 8 3.3. Dans  le cas d'espèce,  le Tribunal ne voit pas de motifs de remettre  en  cause  la  réalité  des  activités  décrites  par  le  recourant,  sa  version  s'appuyant sur plusieurs preuves documentaires. Vu  les fonctions qu'il a  occupées  au  sein  de  l'OPSRA,  ses  relations  avec  la  Cour  constitutionnelle  du  Togo  et  l'implication  de  son  association  dans  la  surveillance des élections à  travers  l'Afrique,  il  est  vraisemblable que  le  gouvernement  togolais se soit défavorablement  intéressé à  lui. Dans ce  contexte,  les mesures de surveillance prises envers lui, ses collègues et  ses  proches  à  la  fin  de  2009,  sont  crédibles, même  s'il  est  improbable  qu'elles se soient exercées jusqu'au Niger ;  il est donc explicable que le  recourant ait préféré quitter le Togo. Le  Tribunal  n'est  cependant  pas  convaincu,  au  vu  de  l'évolution  de  la  situation  politique  du  Togo,  que  ce  danger  reste  actuel  ;  les  autorités  béninoises n'ont d'ailleurs pas  reconnu à  l'intéressé  le statut de  réfugié,  sans  que  des  éléments  solides  laissent  présumer  l'influence,  sur  cette  décision, de considérations politiques. La question de la réalité du risque  encouru  par  A._______,  du  fait  des  organes  officiels  togolais,  peut  toutefois en l'occurrence rester indécise. 3.4.  En  effet,  l'intéressé  réside  légalement  au  Bénin,  sans  y  courir  de  risques particuliers. Bien  que  sa  qualité  de  réfugié  n'ait  pas  été  reconnue  par  cet  Etat,  il  dispose toujours du droit d'y séjourner, rien ne montrant, selon la lettre de  soutien de la Ligue pour la défense des droits de l'homme au Bénin, que  les  autorités  envisagent  de  le  refouler  au  Togo.  Par  ailleurs,  si  les  documents  produits  par  le  recourant  autorisent  à  penser  que  certains  réfugiés  togolais ont été pourchassés au Bénin par  les autorités de  leur  pays d'origine, tel n'a pas été le cas de l'intéressé ; il se trouve en effet au  Bénin  depuis  maintenant  plus  de  deux  ans,  sans  y  avoir  rencontré  de  difficultés  spécifiques  ;  il  apparaît  donc  que  la  poursuite  de  son  séjour  dans  ce  pays  est  exigible,  et  qu'il  y  est  protégé  contre  les  dangers  éventuels encourus dans son pays d'origine. Si  quelque  6000  réfugiés  togolais  se  trouvent  toujours  au  Bénin,  et  connaissent  parfois  des  conditions  de  vie  difficiles,  seuls  sont  toutefois  rapatriés  ceux  se  déclarant  volontaires  pour  retourner  dans  leur  pays  d'origine, ce en vertu d'un accord conclu en 2007 entre les deux Etats et  le UNHCR  ;  les Togolais se voyant dénier  la qualité de  réfugié peuvent  recevoir  une  autorisation  de  résidence  des  autorités  béninoises  (cf.  US 

E­5900/2010 Page 9 Department  of  State,  Country Report  on  human Rights  Practices, mars  2011). A cela s'ajoute que l'intéressé n'entretient aucun lien avec la Suisse, où il  n'a jamais séjourné et où ne réside aucun de ses proches ; la Suisse n'a  donc pas vocation à l'accueillir. Ce critère peut certes être laissé de côté,  mais uniquement si le requérant, exposé à un risque de persécution dans  son  Etat  d'origine,  n'a  pas  la  possibilité  pratique  de  demander  la  protection  de  son Etat  de  résidence,  et  si  cette  démarche  ne  peut  être  exigée de  lui  (JICRA 2005 n° 19 consid. 4 p. 174­176). Tel n'est pas  le  cas en l'espèce, ainsi que démontré ci­dessus. 4.  4.1.  Dans  ces  conditions,  c'est  à  juste  titre  que  l'ODM  a  refusé  au  recourant l'autorisation d'entrer en Suisse et a écarté sa demande d'asile.  Il s'ensuit que le recours doit être rejeté. 4.2.  Il  est  renoncé  à  un  échange  d’écritures,  le  présent  arrêt  n’étant  motivé que sommairement (cf. art. 111a al. 1 e 2 LAsi). 5.  Vu l’issue de la cause, il y aurait lieu de mettre les frais de procédure à la  charge du recourant, conformément aux art. 63 al. 1 PA et 2 et 3 let. b du  règlement du 21 février 2008 concernant  les frais, dépens et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif  fédéral  (FITAF,  RS  173.320.2).  Toutefois,  compte  tenu  de  la  particularité  du  cas,  il  est  renoncé  à  leur  perception (cf. art. 6 let. b FITAF). (dispositif page suivante)  

E­5900/2010 Page 10 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est rejeté. 2.  Il n'est pas perçu de frais. 3.  Le présent arrêt est adressé au recourant et à l’ODM. Le président du collège : Le greffier : François Badoud Antoine Willa Expédition :

E-5900/2010 — Bundesverwaltungsgericht 02.02.2012 E-5900/2010 — Swissrulings