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Bundesverwaltungsgericht 10.02.2012 E-4726/2011

10 février 2012·Français·CH·CH_BVGE·PDF·1,665 mots·~8 min·4

Résumé

Exécution du renvoi

Texte intégral

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour V E­4726/2011 Arrêt   d u   1 0   février   2012 Composition François Badoud (président du collège),  Hans Schürch, Jean­Pierre Monnet, juges, Chrystel Tornare Villanueva, greffière. Parties A._______, né le (…), Sri Lanka,   représenté par Caritas Suisse ­ EPER ­ BCJ,  en la personne de (…), recourant,  contre Office fédéral des migrations (ODM),  Quellenweg 6, 3003 Berne,    autorité inférieure.  Objet Exécution du renvoi ;  décision de l'ODM du 27 juillet 2011 / N (…).

E­4726/2011 Page 2 Faits : A.  Le 4  février 2008, A._______ a déposé une demande d'asile au Centre  d'enregistrement et de procédure de Bâle. B.  Entendu  sommairement  au  dit  centre  le  7  février  2008  et  plus  particulièrement sur ses motifs d'asile lors de l'audition du 4 juillet 2008, il  a  déclaré  être  de  nationalité  sri­lankaise,  d'ethnie  tamoule  et  être  originaire de (...), dans la région de Jaffna (province du nord), où il aurait  vécu avec sa mère et ses deux frères jusqu'au début de l'année 2007.  Il  aurait  quitté  cette  région  pour  rejoindre  Colombo  avec  sa  famille  en  raison des nombreux contrôles effectués par les autorités quand il y avait  des attentats. Il aurait vécu à Colombo, dans une pension, de (…) à (…),  soit  environ  cinq  mois.  En  mai  2007,  suite  à  un  contrôle,  il  aurait  été  arrêté par  la police pour être  renvoyé vers  Jaffna.  Il  aurait  toutefois été  libéré après trois ou quatre jours de détention. En  juillet  2007,  l'intéressé  et  sa  famille  se  seraient  installés  à  (...)  (province de  l'ouest). Le  (...) 2007,  la police et  l'armée auraient effectué  une perquisition au domicile de l'intéressé. Celui­ci, ainsi que sa mère et  ses deux frères auraient été emmenés au poste de police de (...), où  ils  auraient été détenus pendant 27 jours, soupçonnés de terrorisme. Durant  cette période, ils auraient été interrogés et frappés. Grâce à l'intervention  du père de l'intéressé, qui réside en Suisse, ils auraient reçu la visite de  délégués  du  Comité  international  de  la  Croix­Rouge  (CICR)  et  d'un  avocat. Le (...) 2007,  l'intéressé et sa famille auraient été relaxés par un  tribunal, mais avec l'obligation de se présenter chaque semaine au poste  de  police.  La  police  aurait  toutefois  continué  à  effectuer  régulièrement  des contrôles au domicile familial. Par jugement du (...), un tribunal aurait  annulé  l'obligation  faite  à  l'intéressé  et  à  sa  famille  de  se  présenter  au  poste.  Cependant,  la  police  aurait  poursuivi  ses  contrôles.  Dès  lors,  craignant d'être à nouveau arrêté, l'intéressé aurait décidé de s'enfuir. Il aurait quitté le Sri Lanka, le (...) 2008, par l'aéroport de Colombo, muni  de son propre passeport, à destination de l'Italie, après avoir transité par  Dubaï. Il aurait séjourné 23 jours en Italie avant de gagner la Suisse, où il  serait entré clandestinement, en train, le 3 février 2008.

E­4726/2011 Page 3 L'intéressé a  remis aux autorités suisses sa carte d'identité ainsi qu'une  traduction de son acte de naissance. Il a également produit un jugement  d'acquittement  du  tribunal  de  (...)  du  (...),  ainsi  que  sa  traduction  en  anglais, une lettre non datée de son avocat, une attestation de détention  du CICR datée du (...) et un message Croix­Rouge du (...). C.  Par  décision  du  27  juillet  2011,  l'ODM  a  rejeté  la  demande  d'asile  de  l'intéressé,  a  prononcé  son  renvoi  de  Suisse  et  ordonné  l'exécution  de  cette  mesure.  Il  a  estimé  que  les  déclarations  du  requérant  ne  satisfaisaient  pas aux  conditions  requises  pour  la  reconnaissance de  la  qualité de  réfugié.  Il  a ainsi  relevé que  les contrôles,  les arrestations et  les détentions mentionnés par l'intéressé n'étaient pas pertinents au sens  de l'art. 3 LAsi, en raison de leur faible  intensité et du fait qu'il s'agissait  de mesures étatiques  légitimes, datant de  fin 2007, en  lien avec  la  lutte  engagée  par  le  gouvernement  sri­lankais  contre  les  activités  terroristes  des LTTE (Liberation Tigers of Tamil Eelam).  Il a constaté qu'il n'y avait  pas  non  plus  d'indice  ressortant  du  dossier  permettant  de  craindre  des  persécutions  futures  par  les  autorités  sri­lankaises.  Il  a  encore  souligné  que l'intéressé avait quitté son pays par  l'aéroport de Colombo, muni de  son  propre  passeport,  ce  qui  démontrait  qu'il  ne  craignait  pas  d'être  arrêté. L'ODM  a  enfin  indiqué  que  l'exécution  du  renvoi  était  licite,  raisonnablement  et  possible,  dans  la  mesure  où  les  conditions  de  vie  s'étaient suffisamment améliorées pour qu'un renvoi au nord et à l'est du  Sri Lanka soit, en principe, à nouveau exigible. Il a relevé que l'intéressé  était jeune et en bonne santé, que sa mère et ses frères vivaient à (...) et  qu'il avait également de  la parenté susceptible de  l'aider dans sa région  d'origine.  Enfin,  il  a  précisé  que  son  père,  qui  était  installé  en  Suisse  depuis  de  nombreuses  années  pourrait  également  lui  apporter  son  soutien en cas de retour au pays. D.  Par recours  interjeté,  le 25 août 2011,  l'intéressé a conclu à  l'annulation  de  la  décision,  en  tant  qu'elle  porte  sur  l'exécution  de  son  renvoi  et  à  l'octroi  de  l'admission  provisoire.  Il  a  également  requis  le  bénéfice  de  l'assistance judiciaire totale et partielle.  Il  a  rappelé,  en  substance,  les motifs  qui  l'avaient  amené  à  quitter  son  pays. Se référant à plusieurs rapports internationaux et à la jurisprudence 

E­4726/2011 Page 4 du  Tribunal  administratif  fédéral,  il  a  fait  valoir  que  son  renvoi  était  inexigible  et/ou  illicite,  dans  la  mesure  où  la  situation  sécuritaire  et  humanitaire  à  l'est  et  au  nord  du  Sri  Lanka, malgré  la  fin  de  la  guerre  civile,  en mai  2009,  était  toujours  préoccupante.  Il  a  également  précisé  craindre pour sa sécurité en cas de renvoi, en raison du fait qu'il était déjà  connu  des  autorité  et  qu'étant  originaire  de  Jaffna,  il  serait  considéré  comme une personne suspecte dès son arrivée à l'aéroport de Colombo.  Il a ainsi estimé que l'exécution de son renvoi, dans de telles conditions,  aurait pour conséquence de mettre sa vie en danger. Il a ajouté que, mis  à  part  un  cousin  de  sa mère,  il  n'avait  aucun  réseau  familial  ou  social  dans sa région d'origine. Il a, par ailleurs, précisé que l'exécution de son  renvoi  n'était  pas  non  plus  exigible  dans  la  ville  de  Colombo,  dans  la  mesure  où  il  n'y  disposait  d'aucun  réseau  social  et  n'y  avait  vécu  que  quelques mois. S'agissant d'une réinstallation à (...),  il a  indiqué qu'il n'y  avait séjourné que six mois et y avait rencontré des problèmes avec  les  autorités. De plus, depuis son départ du pays, la police aurait continué à  se  rendre  au  domicile  de  sa mère  pour  prendre  des  renseignements  à  son sujet et ses  frères auraient été contraints de se cacher.  Il a précisé  que, six mois après son arrivée en Suisse, sa mère et un de ses  frères  avaient quitté (...), probablement pour rejoindre le nord du pays, mais qu'il  ne  savait  pas  exactement  où  ils  se  trouvaient  actuellement.  En  conséquence, il n'aurait plus aucun proche vivant à (...).  E.  Par ordonnance du 2 septembre 2011, le Tribunal administratif fédéral (le  Tribunal), estimant que ni la situation de fait ni les questions juridiques qui  se posaient n'étaient d'une difficulté particulière, a rejeté  la demande de  nomination d'un avocat d'office. F.  Dans  sa  détermination  du  19  septembre  2011,  l'ODM  a  maintenu  ses  considérants et proposé  le  rejeté du  recours.  Il  a estimé que  le  recours  était  en grande partie  constitué d'informations générales sur  la situation  des Tamouls au Sri Lanka connues et prises en compte par l'ODM lors de  la prise de sa décision. Il a rappelé que l'intéressé n'avait joué aucun rôle  au sein des LTTE et qu'il avait été blanchi de l'accusation d'avoir servi le  mouvement  en  2007.  Selon  cet  office,  il  n'y  a  donc  aucune  raison  de  penser que les autorités sri­lankaises pourraient encore à l'heure actuelle  avoir  des  soupçons  à  l'égard  du  recourant.  S'agissant  de  l'absence  de  réseau  familial  au  Sri  Lanka,  l'ODM  a  souligné  que  les  indications  données  par  le  recourant,  dans  son  recours,  étaient  purement 

E­4726/2011 Page 5 déclaratoires  et  contredisaient  les  informations  fournies  lors  des  auditions.  Il  a  encore  souligné  qu'en  raison  de  l'importance  des  liens  familiaux dans la société sri­lankaise, il apparaissait  improbable que tout  contact entre d'une part, le recourant et son père, et d'autre part, sa mère  et ses frères, restés au pays, soit actuellement coupé, ce d'autant que les  liens existaient en temps de guerre. G.  Dans sa réplique du 7 octobre 2011, l'intéressé a rappelé que, selon une  jurisprudence  constante,  l'exécution  du  renvoi  de  requérants  d'origine  tamoule,  provenant  des  régions  du  nord  et  de  l'est  du  Sri  Lanka,  en  l'absence de possibilité de refuge interne, était inexigible. Il a indiqué que  les rapports cités dans son recours démontraient que la situation dans la  région de Jaffna était encore instable, malgré la fin de la guerre civile. Il a  fait valoir qu'en 2007, il avait été relaxé faute de preuve attestant de liens  avec les LTTE, mais qu'il pouvait légitimement craindre de figurer sur une  liste de personnes suspectes. A son avis, même s'il  n'était  pas sur une  telle  liste,  il  risquait  tout  de  même  d'être  considéré  comme  un  sympathisant des LTTE par les autorités, en raison du fait qu'il avait déjà  été arrêté pour soupçon de terrorisme par le passé et qu'il avait séjourné  plusieurs années à  l'étranger. Enfin,  il a réaffirmé que sa mère et un de  ses  frères  avaient  quitté  (...)  six mois  après  son  départ,  que  son  autre  frère  vivait  toujours  caché  et  qu'il  ne  savait  pas  exactement  où  ils  se  trouvaient. Selon lui, ils n'auraient pas réessayé de prendre contact pour  des raisons de sécurité.  H.  Les autres faits et arguments de la cause seront évoqués, si nécessaire,  dans les considérants en droit ci­dessous.

E­4726/2011 Page 6 Droit : 1.  1.1.  Le  Tribunal,  en  vertu  de  l’art.  31  de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF,  RS  173.32),  connaît  des  recours  contre les décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre  1968  sur  la  procédure  administrative  (PA,  RS  172.021)  prises  par  les  autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF. En particulier, les décisions rendues par l’ODM concernant l’asile peuvent  être contestées, par renvoi de l’art. 105 de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile  (LAsi, RS 142.31), devant  le Tribunal,  lequel statue alors définitivement,  sauf demande d’extradition déposée par l’Etat dont le requérant cherche  à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal  fédéral [LTF, RS 173.110]). 1.2. L'intéressé a qualité pour recourir. Présenté dans la forme et dans le  délai prescrit par la loi,  le recours est recevable (art. 48 et 52 PA et 108  al. 1 LAsi). 2.  Dans  la mesure où  le  recourant n'a pas contesté  la décision prononcée  par  l'ODM  en  tant  qu'elle  rejette  sa  demande  d'asile  et  prononce  son  renvoi de Suisse, ces points ont acquis  force de chose décidée. L'objet  du  litige porte donc exclusivement sur  la question de  l'exécution de son  renvoi. 3.  3.1. L’exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnablement  exigible  et  possible  (art.  44  al.  2  LAsi).  Si  ces  conditions  ne  sont  pas  réunies, l’admission provisoire doit être prononcée. Celle­ci est réglée par  l’art. 83 de  la  loi  fédérale sur  les étrangers du 16 décembre 2005 (LEtr,  RS 142.20), entrée en vigueur le 1er janvier 2008.  3.2. L’exécution n’est pas  licite  lorsque  le  renvoi de  l’étranger dans son  Etat d’origine ou de provenance ou dans un Etat  tiers est  contraire aux  engagements  de  la  Suisse  relevant  du  droit  international  (art.  83  al.  3  LEtr). Aucune personne ne peut être contrainte, de quelque manière que  ce soit, à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa  liberté  serait  menacée  pour  l’un  des  motifs  mentionnés  à  l’art.  3  al.  1 

E­4726/2011 Page 7 LAsi, ou encore d’où elle  risquerait d’être astreinte à se  rendre dans un  tel pays (art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut être soumis à  la  torture ni à des  peines ou  traitements  inhumains ou dégradants  (art. 3 de  la convention  du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés  fondamentales [CEDH, RS 0.101]). 3.3. L’exécution de  la décision peut ne pas être raisonnablement exigée  si  le  renvoi  ou  l’expulsion  de  l’étranger  dans  son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple  en  cas  de  guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée  ou  de  nécessité  médicale (art. 83 al. 4 LEtr). 3.4. L’exécution n’est pas possible  lorsque l’étranger ne peut pas quitter  la  Suisse  pour  son  Etat  d’origine,  son  Etat  de  provenance  ou  un  Etat  tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr). 4.  4.1. L’exécution du renvoi est illicite,  lorsque la Suisse, pour des raisons  de droit  international public, ne peut contraindre un étranger à se rendre  dans  un  pays  donné  ou  qu’aucun  autre  Etat,  respectant  le  principe  du  non­refoulement,  ne  se  déclare  prêt  à  l’accueillir ;  il  s’agit  d’abord  de  l’étranger  reconnu  réfugié,  mais  soumis  à  une  clause  d’exclusion  de  l’asile, et ensuite de l’étranger pouvant démontrer qu’il serait exposé à un  traitement prohibé par l’art. 3 CEDH ou encore l’art. 3 de la convention du  10  décembre  1984  contre  la  torture  et  autres  peines  ou  traitements  cruels,  inhumains ou dégradants (Conv. torture, RS 0.105) (Message du  Conseil  fédéral  à  l’appui  d’un  arrêté  fédéral  sur  la  procédure  d’asile  [APA], du 25 avril 1990, in : FF 1990 II 624). 4.2. En l'occurrence, l’exécution du renvoi ne contrevient pas au principe  de non­refoulement de l’art. 5 LAsi. Comme exposé plus haut, l'ODM n'a  pas reconnu la qualité de réfugié au recourant et celui­ci n'a pas contesté  la décision sur ce point. 4.3. En ce qui concerne les autres engagements de la Suisse relevant du  droit international, il sied d’examiner particulièrement si l’art. 3 CEDH, qui  interdit la torture, les peines ou traitements inhumains, trouve application  dans le présent cas d’espèce.

E­4726/2011 Page 8 4.3.1. Si  l’interdiction de  la  torture,  des peines et  traitements  inhumains  (ou dégradants) s’applique indépendamment de la reconnaissance de la  qualité  de  réfugié,  cela  ne  signifie  pas  encore  qu’un  renvoi  ou  une  extradition serait prohibée par le seul fait que dans le pays concerné des  violations  de  l’art.  3  CEDH  devraient  être  constatées ;  une  simple  possibilité  de  subir  des  mauvais  traitements  ne  suffit  pas.  Il  faut  au  contraire  que  la  personne  qui  invoque  cette  disposition  démontre  à  satisfaction  qu’il  existe  pour  elle  un  véritable  risque  concret  et  sérieux  d’être victime de tortures, ou de traitements inhumains ou dégradants en  cas de renvoi dans son pays. Il en ressort qu’une situation de guerre, de  guerre  civile,  de  troubles  intérieurs  graves  ou  de  tension  grave  accompagnée de violations des droits de l’homme ne suffit pas à justifier  la  mise  en œuvre  de  la  protection  issue  de  l’art.  3  CEDH,  tant  que  la  personne  concernée  ne  peut  rendre  hautement  probable  qu’elle  serait  visée  personnellement  –  et  non  pas  simplement  du  fait  d’un  hasard  malheureux  –  par  des  mesures  incompatibles  avec  la  disposition  en  question (JICRA 1996 n° 18 consid. 14b let. ee p. 186s). 4.3.2. En l'espèce, le recourant n'a pas rendu crédible qu'il existe pour lui  un véritable risque concret et sérieux d'être victime d'actes prohibés par  l'art. 3 CEDH en cas d'exécution du renvoi (cf. concernant situation au Sri  Lanka  arrêt  de  principe  du  Tribunal  administratif  fédéral  [ATAF]  E­6220/2006 du 27 octobre 2011, consid. 10.4.2), au vu en particulier de  l'invraisemblance  manifeste  des  préjudices  qu'il  dit  craindre  de  subir  à  l'avenir  de  la  part  des  autorités  sri­lankaises.  Force  est  tout  d'abord  de  constater  que  rien  dans  les  déclarations  du  recourant  ne  laisse  transparaître  un  engagement  politique  particulier  ou  un  comportement,  voire une activité, qui pourrait être perçu, par  les autorités sri­lankaises,  comme  un  soutien  actif  aux  LTTE ;  il  a  lui­même  déclaré  ne  pas  être  impliqué  dans  des mouvements  ou  activités  politiques,  ne  jamais  avoir  fait partie des LTTE et qu'aucun membre de sa famille n'appartenait à ce  groupe (cf. p­v d'audition du 4 juillet 2008 p. 18). Dès lors, il n'y a pas lieu  d'admettre que les autorités pourraient nourrir des soupçons particuliers à  son  encontre.  De  plus,  le  jugement  du  (...),  indépendamment  de  la  question de l'authenticité de ce document, démontre que l'intéressé a été  acquitté,  au  motif  que  les  soupçons  portés  sur  lui  s'étaient  révélés  infondés faute de preuve. A cela s'ajoute que, comme l'ODM l'a relevé à  juste  titre,  l'intéressé  a  quitté  le  Sri  Lanka  par  l'aéroport  de  Colombo  muni, selon ses déclarations (cf. p­v d'audition du 4 juillet 2008 p. 19), de  son propre passeport, ce qui démontre qu'il ne craignait pas d'être arrêté.  Partant,  rien  ne permet  de penser  qu'il  pourrait,  dans  les  circonstances 

E­4726/2011 Page 9 présentes, attirer l'attention des autorités sur sa personne, vu le contexte  d'apaisement qui prévaut désormais au Sri Lanka.  Par ailleurs, les différents rapports cités par l'intéressé, dans son recours  ne sont pas déterminants dans la mesure où ils sont de portée générale  et ne le concernent pas directement.  Enfin, s'agissant de son départ du pays, comme déjà relevé, l'intéressé a  déclaré avoir quitté  le Sri Lanka par  l'aéroport de Colombo muni de son  propre passeport et n'a pas rapporté avoir rencontré des problèmes pour  sortir du pays ni pour entrer à Dubaï. Dans ces conditions, on ne saurait  considérer  qu'il  a  quitté  son  pays  dans  des  circonstances  et  d'une  manière  propres  à  le  rendre  particulièrement  suspect  aux  yeux  des  autorités.  Rien  ne  permet  non  plus  d'affirmer  que  le  recourant,  s'il  coopère  activement  à  l'exécution  du  renvoi,  serait  astreint  à  un  retour  contraint  dans  son  pays  d'origine  de  nature  à  éveiller  des  soupçons  particuliers  de  la  part  des  autorités  sri­lankaises.  Le  seul  fait  d'avoir  déposé une demande d'asile à  l'étranger, en  l'occurrence en Suisse, ne  l'expose pas, en soi, à des traitements prohibés. De plus,  il ne présente  aucun profil politique particulier et le dossier ne fait en l'espèce apparaître  aucun élément, relatif en particulier à des contacts que le recourant aurait  pu  avoir  durant  son  séjour  en  Suisse  avec  des  (anciens)  responsables  des  LTTE,  pouvant  constituer  un  indice  concret  d'une  crainte  objectivement  fondée  ou  d'un  risque  réel  à  cet  égard  (cf.  ATAF  E­ 6220/2006 précité consid. 8.4 et 10.4). 4.4.  En  outre,  mutatis  mutandis  pour  les  mêmes  raisons  que  celles  énoncées  plus  haut  (cf.  consid.  4.3.2),  l'intéressé  n'a  pas  démontré  à  satisfaction  de  droit  qu'il  existe  pour  lui  un  véritable  risque  concret  et  sérieux  d'être  victime,  en  cas  de  retour  dans  son  pays  d'origine,  de  traitements contraires à l'art. 3 Conv. torture. 4.5.  Dès  lors,  l’exécution  du  renvoi  du  recourant  sous  forme  de  refoulement ne transgresse aucun engagement de la Suisse relevant du  droit international, de sorte qu’elle s’avère licite (art. 44 al. 2 LAsi et 83 al.  3 LEtr). 5.  5.1. Selon l’art. 83 al. 4 LEtr,  l’exécution de la décision peut ne pas être  raisonnablement exigée si le renvoi ou l’expulsion de l’étranger dans son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par 

E­4726/2011 Page 10 exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou  de  nécessité médicale. Cette  disposition  s’applique  en  premier  lieu  aux  "réfugiés  de  la  violence",  soit  aux  étrangers  qui  ne  remplissent  pas  les  conditions  de  la  qualité  de  réfugié  parce  qu’ils  ne  sont  pas  personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de  guerre civile ou de violence généralisée, et ensuite aux personnes pour  qui  un  retour  reviendrait  à  les  mettre  concrètement  en  danger,  notamment parce qu’elles ne pourraient plus recevoir les soins dont elles  ont  besoin.  L’autorité  à  qui  incombe  la  décision  doit  donc  dans  chaque  cas confronter  les aspects humanitaires  liés à  la situation dans  laquelle  se  trouverait  l’étranger  concerné  dans  son  pays  après  l’exécution  du  renvoi à  l’intérêt public militant en  faveur de son éloignement de Suisse  (ATAF  2009/52  consid.  10.1,  ATAF  2008/34  consid.  11.2.2  et  ATAF  2007/10 consid. 5.1). 5.2. Actuellement, le Sri Lanka ne connaît pas une situation de guerre, de  guerre civile ou de violence généralisée sur  l'ensemble de son  territoire  qui  permettrait  de  présumer,  à  propos  de  tous  les  requérants  ressortissants  de  cet  Etat,  et  indépendamment  des  circonstances  de  chaque cas particulier, l'existence d'une mise en danger concrète au sens  de la disposition légale précitée. Dans son arrêt de principe E­6220/2008  précité, le Tribunal a procédé à une nouvelle analyse circonstanciée de la  situation au Sri Lanka, eu égard à l'évolution de la situation depuis la fin  officielle du conflit militaire entre l'armée sri­lankaise et les LTTE, en mai  2009.  Il  est  arrivé  à  la  conclusion  qu'il  convenait,  vu  en  particulier  l'amélioration  de  la  situation  sécuritaire,  de  modifier  sa  pratique  en  matière d'exécution du renvoi vers le nord et l'est du Sri Lanka, telle que  définie  dans  la  jurisprudence  publiée  (cf.  ATAF  2008/2).  Il  considère  désormais que l'exécution du renvoi est, en principe, exigible dans toute  la  région de  la province de  l'Est  (cf. consid. 13.1­13.2). S'agissant de  la  province  du  Nord,  l'exécution  du  renvoi  est  également  considérée  comme, en principe, raisonnablement exigible ­ à l'exception de la région  du  Vanni,  longtemps  restée  sous  contrôle  des  LTTE  et  présentant  des  infrastructures  particulièrement  détruites  et  des  régions  minées  ­  étant  précisé  qu'il  s'impose,  s'agissant  de  personnes  provenant  de  cette  province,  d'évaluer  avec  soin  les  critères  d'exigibilité  individuels,  en  particulier,  lorsque  l'intéressé  a  quitté  la  région  depuis  longtemps  (cf. consid.  13.2).  Lorsque  l'exécution  du  renvoi  vers  cette  province  n'apparaît  pas  comme  raisonnablement  exigible  en  fonction  de  circonstances  personnelles  particulières  ou  en  raison  d'une  provenance  du  Vanni,  il  convient  d'examiner  s'il  existe,  pour  les  personnes 

E­4726/2011 Page 11 concernées,  une  possibilité  de  refuge  interne  dans  une autre  région  du  Sri Lanka ; celle­ci sera admise en présence de facteurs particulièrement  favorables (cf. consid. 13.2.2 et 13.2.2.3 i.f.). 5.3. Le recourant vient, selon ses déclarations de (...), dans la région de  Jaffna (province du nord), où il aurait vécu jusqu'au début 2007. Il aurait  ensuite  séjourné  durant  environ  cinq mois  à  Colombo,  puis  environ  six  mois  à  (...)  [province  de  l'ouest]  avant  son  départ  du  pays.  Le  Tribunal  relève  que,  conformément  aux  développements  susmentionnés  (cf. consid. 5.2) l'exécution du renvoi, aussi bien dans la région de Jaffna  que celle de Colombo ou de (...), est en principe raisonnablement exigible  (cf. ATAF E­6220/2006 consid. 13.2 et 13.3). 5.4.  Cela  dit,  il  ne  ressort  du  dossier  aucun  élément  dont  on  pourrait  inférer  que  l’exécution  du  renvoi  impliquerait  une  mise  en  danger  concrète du  recourant. Certes,  le Tribunal est conscient qu'un  retour au  Sri  Lanka  après  trois  ans  d'absence  ne  sera  pas  exempt  de  difficultés.  Toutefois, même dans ces conditions, une réinstallation dans la région de  Jaffna – que le recourant connaît fort bien puisqu'il y a, selon ses propres  dires, toujours vécu jusqu'en 2007 – reste admissible. De plus, l'intéressé  est jeune et n'a pas allégué de problème de santé particulier. En outre, il  bénéficie  d'une  bonne  formation  scolaire  de  onze  ans  et  bien  qu'il  n'ait  appris aucun métier,  il dispose  tout de même d'une certaine expérience  professionnelle. En effet, selon ses déclarations, il a travaillé comme (…)  [cf. p­v d'audition du 4 juillet 2008 p. 4]. Par ailleurs, rien n'indique qu'il ne  disposerait  pas  d'une  pleine  capacité  de  travail.  Partant,  malgré  la  situation  difficile  dans  sa  région  d'origine,  il  devrait,  au moins  à moyen  terme,  pouvoir  trouver  un emploi.   A  cela  s'ajoute qu'il  pourra  retourner  habiter dans la maison, située à (...), appartenant à sa famille et dont son  oncle s'est occupé durant son absence (cf. p­v d'audition du 4 juillet 2008  p. 6). Il pourra également bénéficier, dans un premier temps, de l'aide de  cet  oncle.  De  plus,  à  l'instar  de  l'ODM,  le  Tribunal  estime  que  les  allégations du recourant, selon lesquelles il n'aurait actuellement plus de  contact avec sa mère et ses deux frères, pour des raisons de sécurité, et  ne saurait pas exactement où  ils se  trouvent, ne sont pas crédibles. En  effet,  il  ne  s'agit  là  que  de  simples  affirmations  de  sa  part  nullement  étayées et  contraires à  toute  logique,  dans  la mesure notamment  où  le  contact  avec sa  famille aurait  été maintenu durant  la période de guerre  régnant au Sri Lanka, mais ensuite rompu alors que  la situation dans  le  pays s'améliorait. Enfin, au besoin, l'intéressé pourra également compter  sur l'aide financière de son père qui vit en Suisse depuis de nombreuses 

E­4726/2011 Page 12 années. Au demeurant,  le  recourant aura également  la possibilité de se  réinstaller à Colombo ou à (...), où  il a vécu durant cinq, respectivement  six mois, avant son départ. 5.5. Pour  ces motifs,  l’exécution  du  renvoi  doit  être  considérée  comme  raisonnablement exigible. 6.  Enfin,  le  recourant  est  en  possession  de  documents  suffisants  pour  rentrer dans son pays ou, à tout le moins, est en mesure d’entreprendre  toute  démarche  nécessaire  auprès  de  la  représentation  de  son  pays  d’origine en vue de l’obtention de documents de voyage lui permettant de  quitter  la  Suisse.  L’exécution  du  renvoi  ne  se  heurte  donc  pas  à  des  obstacles  insurmontables  d’ordre  technique  et  s’avère  également  possible  au  sens  de  l'art.  83  al.  2  LEtr  (cf.  ATAF  2008/34  consid. 12  p. 513­515). 7.  7.1.  Cela  étant,  l’exécution  du  renvoi  doit  être  déclarée  conforme  aux  dispositions légales. 7.2. Il s’ensuit que le recours, en tant qu’il conteste la décision de renvoi  et son exécution, doit être également rejeté. 8.  8.1. Selon  l'art. 65 al. 1 PA,  la partie qui ne dispose pas de  ressources  suffisantes et dont les conclusions ne paraissent pas d'emblée vouées à  l'échec est, après  le dépôt de son  recours et à sa demande, dispensée  par l'autorité de recours, son président ou le juge instructeur de payer les  frais de procédure. 8.2.  En  l'occurrence,  l'intéressé  a  produit  une  attestation  d'assistance  financière  établie  le  31  août  2011.  Il  doit  ainsi  être  considéré  comme  indigent. De plus,  les conclusions du recours, au moment de leur dépôt,  ne paraissaient pas d'emblée vouées à l'échec. 8.3. Partant,  le Tribunal  fait droit à  la  requête du  recourant et admet sa  demande d'assistance  judiciaire partielle. Dès  lors,  il n'est pas perçu de  frais de procédure.

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E­4726/2011 Page 14 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est rejeté. 2.  La demande d'assistance judiciaire partielle est admise. 3.  Il n'est pas perçu de frais de procédure. 4.  Le présent arrêt est adressé à la mandataire du recourant, à l’ODM et à  l’autorité cantonale compétente. Le président du collège : La greffière : François Badoud Chrystel Tornare Villanueva Expédition :

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