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Bundesverwaltungsgericht 05.10.2011 E-4624/2011

5 octobre 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·1,660 mots·~8 min·1

Résumé

Renvoi et exécution du renvoi (recours réexamen)

Texte intégral

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l     Cour V E­4624/2011 Arrêt   d u   5   octobre   2011 Composition Jean­Pierre Monnet (président du collège),  Claudia Cotting­Schalch, Kurt Gysi, juges, Anne­Laure Sautaux, greffière. Parties A._______, né le (…), sa compagne, B._______, née le (…), pour eux­mêmes et leurs enfants, C._______, (…), D._______, (…), et E._______, (…), Kosovo,   représentés par Elisa ­ Asile, Assistance juridique aux  requérants d'asile, (…),  recourants, contre Office fédéral des migrations (ODM),  Quellenweg 6, 3003 Berne,    autorité inférieure.  Objet Exécution du renvoi (recours contre une décision en matière  de réexamen) ; décision de l'ODM du 20 juillet 2011 / N (…).

E­4624/2011 Page 2 Vu les  demandes  d'asile  déposées,  le  18 juillet  2006,  en  Suisse  par  les  recourants, A._______ et B._______, la décision du 26 avril 2007, par laquelle l'ODM a rejeté leurs demandes  d'asile déposées pour eux­mêmes et leur enfant C._______, a prononcé  leur renvoi de Suisse et ordonné l'exécution de cette mesure, l'arrêt  E­3652/2007  du  18 juin  2009,  par  lequel  le  Tribunal  administratif  fédéral  (ci­après : Tribunal) a  rejeté  le  recours  interjeté,  le 29 mai 2007,  contre  la  décision  précitée,  laquelle  concernait  également  l'enfant  D._______, née entretemps, l'extrait  du  service  de  l'état  civil  du  canton  d'attribution  attestant  de  la  naissance d'E._______, le (…),  le  rapport des autorités d'exécution compétentes  relatif à  l'annulation,  le  14 mai 2011, du vol de retour des recourants à destination de Pristina en  raison d'un "problème médical", la demande du 4 juillet 2011 des recourants de réexamen de la décision  du 26 avril 2007 de l'ODM en matière d'exécution du renvoi, la décision du 20 juillet 2011, par laquelle l'ODM a rejeté cette demande  de réexamen, rejeté la demande d'assistance judiciaire partielle et mis un  émolument de Fr. 600.­ à la charge des recourants, le recours interjeté, le 22 août 2011, contre cette décision, la décision incidente du 30 août 2011, par laquelle le Tribunal a admis la  demande  de mesures  provisionnelles  des  recourants  et  suspendu  à  ce  titre l'exécution de leur renvoi, et considérant qu'en  vertu  de  l'art.  31  de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF, RS 173.32),  le Tribunal connaît des  recours 

E­4624/2011 Page 3 contre les décisions au sens de l'art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre  1968 sur la procédure administrative (PA, RS 172.021), qu'en  particulier,  les  décisions  sur  réexamen  rendues  par  l'ODM  en  matière  d'exécution  du  renvoi  postérieures  à  la  clôture  d'une procédure  d'asile  ­ lesquelles  n'entrent  pas  dans  le  champ  d'exclusion  de  l'art. 32  LTAF ­  peuvent  être  contestées  devant  le  Tribunal  conformément  à  l'art. 33 let. d LTAF, que le Tribunal est donc compétent pour connaître du présent litige, qu'il statue de manière définitive (cf. art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin  2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110]),  que les recourants ont qualité pour recourir (cf. art. 48 al. 1 PA), que, présenté dans  la  forme (cf. ar. 52 PA) et  le délai  (cf. art. 108 al. 1  LAsi) prescrits par la loi, le recours est recevable, que, sous réserve de la réglementation relative aux cas visés par l'art. 32  al. 2 let. e LAsi, la personne concernée par une décision entrée en force  peut en demander la reconsidération à l'autorité de première instance en  se  prévalant  d'un  changement  notable  de  circonstances,  peu  importe  qu'elle ait fait ou non l'objet d'une décision sur recours, qu'une telle demande de réexamen tend à faire adapter par  l'autorité de  première  instance  sa  décision  parce  que,  depuis  son  prononcé  (ou  en  cas de recours, depuis le prononcé sur recours), s'est créée une situation  nouvelle  dans  les  faits  ou  exceptionnellement  sur  le  plan  juridique,  qui  constitue une modification notable des  circonstances  (cf. ATAF 2010/27  consid. 2.1.1  p. 368 ;  JICRA  2000  n° 5  p.  44  ss,  JICRA  1995  n° 21  consid. 1b p. 203 s. et réf. cit.), qu'en  l'espèce,  à  l'appui  de  leur  demande  de  réexamen,  visant  exclusivement  la  décision  d'exécution  du  renvoi,  les  recourants  se  sont  prévalus d'une dégradation de l'état de santé de la recourante postérieure  à  l'arrêt  E­3652/2007  du  Tribunal  du  18 juin  2009,  pour  conclure  au  caractère désormais  illicite ou du moins  inexigible de  l'exécution de  leur  renvoi, qu'ils  ont  produit  un  certificat  daté  du  25 mai  2011  du  médecin  l'ayant  traitée depuis  le 31 mars 2011, dont  il  ressort qu'elle  lui a été adressée 

E­4624/2011 Page 4 par le psychiatre qui la suivait depuis le 24 novembre 2010 en raison de  menaces  de  passage  à  l'acte  suicidaire  médicamenteux,  qu'elle  présentait  une  symptomatologie  anxio­dépressive  réactionnelle  dans  un  contexte de renvoi de Suisse et de menaces de mort reçues de ses frères  en 2005, lorsqu'elle avait refusé d'épouser l'homme que son père ­ depuis  lors  décédé  ­  lui  avait  choisi,  que  l'échec  de  sa  procédure  d'asile  a  réactivé  un  sentiment  de  perte,  de  rejet  et  d'abandon,  qu'elle  déclarait  exercer une certaine violence physique et verbale envers ses enfants en  raison  de  ses  difficultés  à  accepter  sa  situation,  qu'elle  souffrait  de  troubles de l'adaptation avec réaction mixte anxieuse et dépressive (CIM­ 10  F43.22),  qu'elle  bénéficiait  d'un  traitement  "psychiatrique­ psychothérapeutique  intégré  et  médicamenteux"  (composé  de  l'antidépresseur Cipralex et du somnifère Tryptizol), que son état clinique  instable lié au prononcé de son renvoi de Suisse nécessitait une prise en  charge  psychiatrique  de  type  crise  jusqu'au  15 juin  2011  pour  l'aider  à  accepter  un  retour  au  Kosovo,  que  le  pronostic  sans  traitement  médicamenteux  était  réservé,  que  le  pronostic  avec  traitement  médicamenteux  psychotrope  et  traitement  psychiatrique­ psychothérapeutique dépendait de son adhésion aux soins, qu'elle a fait  une crise avec agitation psychomotrice et menace de suicide à l'occasion  d'une  tentative  de  renvoi  en  date  du  "14 mars  2011",  qu'une  récidive  n'était pas exclue en cas de nouvelle tentative de renvoi et qu'elle devra  poursuivre  à  son  retour  au  Kosovo  un  traitement  psychiatrique­ psychothérapeutique  avec  des  psychotropes  en  fonction  de  l'évolution  clinique, qu'ils  ont  également  déposé  une  attestation  datée  du  27 mai  2011  du  pédiatre  de  leurs  deux  enfants  aînés  dont  il  ressort  que  le  recourant  a  affirmé  lors  d'une  consultation  du même  jour  accompagné de  ses deux  enfants  aînés  que  ceux­ci  ont  vu  leur  mère  faire  un  malaise  et  une  tentative  de  suicide  à  l'arrivée,  le  14 mai  2011,  à  6h00,  de  l'escorte  policière chargée de les accompagner jusqu'à l'aéroport, qu'elles ont été  effrayées, que depuis  lors elles avaient un sommeil  très perturbé et que  l'aînée refusait d'aller à l'école, qu'ils  ont  fait  valoir  que  l'exécution  de  leur  renvoi  n'était  plus  licite  ni  raisonnablement  exigible  dès  lors  qu'en  cas  de  retour  au  Kosovo,  la  recourante ne pourrait  pas avoir  accès aux  soins psychothérapeutiques  nécessaires  à  son  état  de  santé  et  qu'il  fallait  attendre  la  stabilisation,  voire  l'amélioration  de  son  état  de  santé,  étant  donné  qu'elle  n'était 

E­4624/2011 Page 5 actuellement  pas  en  mesure  d'accepter  l'éventualité  d'un  retour  au  Kosovo, où elle craignait encore d'être exposée à un crime d'honneur,  qu'ils  ont  soutenu  que  sa  crainte  était  fondée,  compte  tenu  de  son  appartenance à une famille encore marquée par la tradition albanaise, que, s'agissant de l'inexigibilité de l'exécution de leur renvoi, ils ont ajouté  qu'en cas de renvoi au Kosovo, le recourant ne serait pas en mesure de  travailler pour subvenir aux besoins de sa famille, de surveiller sa femme  suicidaire  et  de  s'occuper  de  ses  trois  enfants  en  bas  âge,  dont  un  nourrisson,  et  dont  l'intérêt  supérieur  devait  être  une  considération  primordiale  conformément  à  l'art. 3  al. 1  de  la  Convention  du  20 novembre 1989 relative aux droits de l'enfant (CDE, RS 0.107), que,  dans  la  décision  attaquée,  l'ODM  a  estimé  que  la  dégradation  de  l'état de santé de la recourante était réactionnelle à l'échec de son projet  migratoire et à l'obligation imminente pour sa famille de quitter la Suisse,  de sorte qu'elle ne  faisait pas obstacle à  l'exécution de son  renvoi, qu'il  appartenait à ses médecins de  l'aider à accepter son retour au Kosovo,  qu'il existait du reste au Kosovo des structures médicales susceptibles de  prendre  en  charge  de  manière  adaptée  les  personnes  souffrant  de  troubles  psychiques  et  qu'il  lui  était  loisible  de  demander  une  aide  au  retour médicale, que,  dans  leur  recours,  les  recourants  ont  répété  les  arguments  développés à l'appui de leur demande, que,  selon  la  jurisprudence  de  la  Cour  européenne  des  Droits  de  l'Homme  (ci­après :  CourEDH),  la  décision  de  renvoyer  un  étranger  atteint  d'une  maladie  physique  ou  mentale  grave  vers  un  pays  où  les  moyens de  traiter  cette maladie sont  inférieurs à ceux disponibles dans  l'Etat contractant est susceptible de soulever une question sous l'angle de  l'art. 3 CEDH, mais seulement dans des cas  très exceptionnels,  lorsque  les  considérations  humanitaires  militant  contre  l'expulsion  sont  impérieuses, que,  dans  l'affaire  D.  c. Royaume­Uni  no 30240/96  du  2 mai  1997,  les  circonstances  très exceptionnelles  tenaient au  fait que  le  requérant était  très  gravement malade  et  paraissait  proche  de  la mort,  qu'il  n'était  pas  certain qu'il pût bénéficier de soins médicaux ou infirmiers dans son pays  d'origine  et  qu'il  n'avait  là­bas  aucun  parent  désireux  ou  en mesure  de 

E­4624/2011 Page 6 s'occuper de  lui ou de  lui  fournir ne  fût­ce qu'un  toit ou un minimum de  nourriture ou de soutien social, que  la  CourEDH  n'a  pas  exclu  qu'il  puisse  exister  d'autres  cas  très  exceptionnels  où  les  considérations  humanitaires  seraient  tout  aussi  impérieuses, qu'elle a toutefois estimé qu'elle devait conserver le seuil élevé fixé dans  l'arrêt  D.  c. Royaume­Uni  précité  et  appliqué  dans  sa  jurisprudence  postérieure  (cf. CourEDH,  arrêt N.  c. Royaume­Uni,  no26565/05,  27 mai  2008 ;  cf. aussi  CourEDH,  arrêt  Bensaid  c. Royaume­Uni,  requête  no 44599/98, 6 février 2001), qu'en outre, toujours selon la jurisprudence de la CourEDH, le fait qu'une  personne dont l'éloignement a été ordonné émet des menaces de suicide  n'astreint  pas  l'Etat  contractant  à  s'abstenir  d'exécuter  la  mesure  envisagée  s'il  prend  des  mesures  concrètes  pour  en  prévenir  la  réalisation  (cf. CourEDH,  décision  Dragan  et  autres  c. Allemagne,  no 33743/03,  7 octobre  2004,  par. 2a ;  JICRA 2005  no 23  consid. 5.1  p. 212), qu'en  l'espèce,  il  y  a  lieu  de  mettre  en  évidence  que  dans  son  arrêt  E­3652/2007  du  18 juin  2009,  le  Tribunal  a  estimé  que  la  crainte  de  la  recourante  d'être  exposée  en  cas  de  retour  au Kosovo  à  des  actes  de  violence  de  la  part  de  membres  de  sa  famille  pour  avoir  en  2005  transgressé la tradition en ayant pris le recourant comme concubin alors  qu'un  autre  homme  lui  était  destiné  comme  époux,  n'était  ni  objectivement fondée ni pertinente, que cet arrêt bénéficie de la force et de l'autorité de chose jugée, qu'à  l'appui de  leur demande de réexamen,  les recourants n'ont apporté  aucun  élément  de  fait  nouveau  ni  aucun  moyen  de  preuve  nouveau,  relatif aux motifs de protection allégués, et susceptible d'ouvrir la voie de  la révision ou celle du réexamen, qu'il leur est donc vain de répéter que la recourante craint d'être exposée  à  un  crime  d'honneur  pour  tenter  de  justifier  son  refus  de  quitter  la  Suisse, 

E­4624/2011 Page 7 qu'ils  sollicitent  par  là  implicitement  une  nouvelle  appréciation  de  faits  connus  et  allégués  en  procédure  ordinaire,  ce  qui  ni  l'institution  du  réexamen ni celle de la révision ne permettent, qu'il  y  a  donc  lieu  de  constater  que  la  dégradation  de  l'état  de  santé  psychique de la recourante est essentiellement réactionnelle à l'échec de  son  projet  migratoire  et  à  la  menace  d'un  renvoi  imminent  de  Suisse,  comme  cela  ressort  d'ailleurs  clairement  du  certificat  médical  daté  du  25 mai 2011, que,  sans  sous­estimer  les  appréhensions  que  la  recourante  peut  ressentir à l'idée d'un renvoi dans son pays d'origine, il y a lieu de retenir  que  le  séjour  de  personnes  en  Suisse  ne  saurait  de manière  générale  être  prolongé  indéfiniment  au  motif  que  la  perspective  d'un  retour  exacerbe un état dépressif et réveille des idées de suicide, dès lors que  des  mesures  d'accompagnement  spécialisées  peuvent  être  mises  en  œuvre, afin de prévenir tout risque concret et sérieux d'atteinte à la santé, qu'il appartiendra ainsi aux autorités chargées de l'exécution du renvoi de  prévoir  un  accompagnement  par  une  personne  ayant  une  formation  médicale adéquate pour tout le voyage de retour, s'il résulte d'un examen  médical  avant  le  départ  qu'un  tel  accompagnement  est  nécessaire  notamment  parce  qu'il  faudrait  toujours  prendre  très  au  sérieux  les  menaces de suicide émises par  la recourante (cf. art. 93 al. 1  let. d LAsi  et art. 58 al. 2 et al. 3 de l'ordonnance 2 sur l'asile du 11 août 1999 [OA 2,  RS 142.312]), qu'en  outre,  il  y  a  lieu  d'admettre  la  nécessité  pour  la  recourante  de  poursuivre le traitement médicamenteux à son retour au Kosovo, que, selon  les  informations à disposition du Tribunal  (cf. GRÉGOIRE SINGER,  OSAR,  Kosovo :  Mise  à  jour,  Etat  des  soins  de  santé,  1er  septembre  2010,  spéc.  ch. 3.2,  p. 12 ss),  il  existe  au  Kosovo  sept  centres  de  traitements  ambulatoires  pour  les  maladies  psychiques  (Centres  communautaires de Santé mentale), dont un dans la ville de F._______,  d'où  est  originaire  le  recourant,  ainsi  que  des  services  de  neuropsychiatrie pour  le traitement des cas de psychiatrie aiguë au sein  des  hôpitaux  généraux  dans  les  villes  de  Prizren,  Peja,  Gjakova,  Mitrovica, Gjilan et Pristina,  que, selon la même source, en règle générale, ces structures n'ont pas la  possibilité  d'offrir  de  psychothérapies  et  se  bornent  à  fournir  des 

E­4624/2011 Page 8 médicaments,  les  entretiens  avec  les  nombreux  patients  se  limitant  souvent  à  évaluer  l'efficacité  de  la  médication  prescrite,  en  raison  du  manque endémique de professionnels de la santé mentale, que, selon  la même source enfin,  le délai d'attente pour un rendez­vous  dans  un  centre  communautaire  de  santé  mentale  est  de  trois  mois  en  moyenne, que,  dans  ces  circonstances,  la  recourante  pourra  prétendre  à  un  traitement médicamenteux pour ses troubles psychiques en cas de retour  au Kosovo, soit au traitement essentiel de sa maladie, adéquat à son état  de santé et conforme aux standards de son pays d'origine, étant précisé  que  l'ampleur du  traitement psychiatrique­psychothérapeutique mené en  Suisse vise à l'aider à accepter son retour au Kosovo et que les médecins  n'ont  pas  formulé  de  pronostic  défavorable  en  cas  d'arrêt  de  ce  traitement, mais uniquement réservé le pronostic en cas d'interruption du  traitement  médicamenteux  et  fait  part  d'un  risque  suicidaire  lors  de  la  mise en œuvre du renvoi, qu'enfin,  pour  empêcher  une  éventuelle  rupture  du  traitement  médicamenteux psychotrope à son retour au Kosovo qui pourrait être liée  au  délai  d'attente  pour  un  rendez­vous  auprès  d'un  spécialiste,  la  recourante  peut  solliciter  auprès  des  services  cantonaux  compétents  l'octroi  d'une  aide  au  retour  médicale,  laquelle  peut  se  présenter  notamment  sous  la  forme  de  médicaments  (cf. art. 93  al. 1  let. d  LAsi,  art. 75 al. 3 et art. 77 OA 2), que,  s'agissant  du  financement  ultérieur  du  traitement  médicamenteux  dans l'hypothèse où il s'avèrera encore nécessaire, force est de constater  que  la  recourante dispose d'une  réelle  possibilité  de  soutien de  la  part,  tout d'abord du recourant, ensuite de sa sœur titulaire d'une autorisation  d'établissement  en  Suisse,  et,  enfin,  des  membres  de  la  famille  du  recourant, ces derniers ne se trouvant pas dépourvus de ressources, dès  lors qu'ils ont été en mesure de les aider à financer leur voyage jusqu'en  Suisse,  ainsi  que  les  précédents  voyages  du  recourant  (le  premier  jusqu'en Suisse en 1995 et son voyage de retour en novembre 1997), qu'en  conclusion,  la  présente  espèce  n'est  pas  marquée  par  des  circonstances  très  exceptionnelles  comme  celles  qui  caractérisaient  l'affaire  D. c.  Royaume­Uni  précitée  et  l'exécution  du  renvoi  de  la  recourante  n'emporte  pas  violation  de  l'art. 3  CEDH  en  dépit  de  la 

E­4624/2011 Page 9 péjoration de son état de santé,  les autorités chargées de l'exécution du  renvoi  étant  toutefois  tenues  de  prendre  des  mesures  concrètes  pour  prévenir les menaces de suicide, qu'il reste à examiner quelle est la portée de la dégradation, postérieure à  l'arrêt  précité  du  18  juin  2009,  de  l'état  de  santé  psychique  de  la  recourante sur le plan de l'exigibilité de l'exécution du renvoi, que,  selon  la  jurisprudence,  l'exécution  du  renvoi  des  personnes  en  traitement  médical  en  Suisse  ne  devient  inexigible  au  sens  de  l'art. 83  al. 4 LEtr,  en cas de  retour dans  leur pays d'origine ou de provenance,  que  dans  la  mesure  où  celles­ci  ne  pourraient  plus  recevoir  les  soins  essentiels garantissant des conditions minimales d'existence  ; par soins  essentiels,  il  faut entendre  les soins de médecine générale et d'urgence  absolument  nécessaires  à  la  garantie  de  la  dignité  humaine  (cf. GABRIELLE  STEFFEN,  Droit  aux  soins  et  rationnement,  Berne  2002,  pp 81 s. et 87), que,  selon  cette  jurisprudence  toujours,  l'art. 83  al. 4  LEtr,  disposition  exceptionnelle  tenant  en  échec  une  décision  d'exécution  du  renvoi,  ne  saurait en  revanche être  interprété comme une norme qui comprendrait  un droit de séjour lui­même induit par un droit général d'accès en Suisse  à des mesures médicales visant à recouvrer la santé ou à la maintenir, au  simple  motif  que  l'infrastructure  hospitalière  et  le  savoir­faire  médical  dans  le  pays  d'origine  ou  de  destination  de  l'intéressé  n'atteint  pas  le  standard  élevé  qu'on  trouve  en  Suisse  (cf. ATAF 2009/2  consid. 9.3.2 ;  JICRA 1993 n° 38), que,  toutefois,  si,  dans  un  cas  d'espèce,  le  mauvais  état  de  santé  ne  constitue  pas  en  soi  un motif  d'inexigibilité  sur  la  base  des  critères  qui  précèdent,  il  peut  demeurer  un  élément  d'appréciation  dont  il  convient  alors de tenir compte dans le cadre de la pondération de l'ensemble des  éléments ayant trait à l'examen de l'exécution du renvoi (cf. JICRA 2003  n° 24 consid. 5b). qu'en l'espèce, comme exposé ci­avant,  la recourante peut prétendre au  traitement  essentiel  de  sa  maladie  psychique  au  Kosovo  et  il  lui  est  loisible  de  demander  auprès  des  services  cantonaux  compétents  une  aide au retour médicale, que la dégradation de son état de santé psychique ne constitue donc pas  en soi un motif d'inexigibilité,

E­4624/2011 Page 10 qu'il  reste  à  examiner  si,  couplée  avec  la  naissance  en  2010  d'un  troisième enfant à charge, elle est susceptible de modifier notablement la  pondération  de  l'ensemble  des  éléments  ayant  trait  à  l'examen  de  l'exécution  du  renvoi  à  laquelle  a  procédé  le  Tribunal  dans  son  arrêt  E­3652/2007  du  18 juin  2009  (cf. la  jurisprudence précitée  publiée  sous  JICRA 2003 n° 24 consid. 5b), que,  dans  son  arrêt  E­3652/2007  du  18 juin  2009,  le  Tribunal  a  en  substance  retenu  que  les  recourants  étaient  censés  être  en mesure  de  subvenir  à  leurs  besoins  élémentaires  ainsi  qu'à  ceux  de  leurs  enfants  dès  lors qu'ils étaient  jeunes, d'ethnie albanaise, majoritaire au Kosovo,  et  sans  problème de  santé  qui  aurait  fait  obstacle  à  leur  renvoi,  que  le  recourant  bénéficiait  d'une  expérience  professionnelle  de  (…)  avec  des  revenus  lui  ayant  permis  de mener  un  niveau  de  vie  satisfaisant  et  de  faire  des  économies  et  que  la  famille  de  celui­ci  sur  laquelle  ils  étaient  censés  pouvoir  compter  pour  faciliter  leur  réinstallation  n'était  pas  dépourvue de moyens, puisqu'elle avait participé au financement de leur  voyage en Suisse ainsi qu'aux précédents voyages de ce dernier, que  la dégradation de  l'état de santé psychique de  la recourante, qui,  comme on l'a vu, ne constitue pas en soi un obstacle à l'exécution du  renvoi,  et  la  présence  d'un  troisième  enfant  à  charge  ne  permettent  pas  de  revenir  sur  les  atouts  particuliers  au  recourant  qui  devraient  notablement faciliter leur réinstallation avec leurs enfants au Kosovo, qu'en outre, l'éventuelle difficulté pour la recourante à s'occuper seule au  Kosovo  de  leurs  trois  enfants  en  bas  âge  en  raison  de  ses  troubles  psychiques est présumée pouvoir être compensée par l'aide du recourant  et de la famille sur place de celui­ci, qu'enfin, âgés de (…),  (…) et  (…),  leurs enfants sont  tous  trois dans un  âge où ils peuvent encore s'adapter et où ils n'ont pas encore développé  de  liens  spécialement  étroits  avec  la Suisse  (cf. dans  ce  sens,  arrêt  du  Tribunal fédéral 2C_118/2007 du 27 juillet 2007 consid. 5.1 ; JICRA 2005  n° 6 consid. 6 et JICRA 1998 n° 31), qu'aussi,  le  facteur  lié  à  la  déstabilisation  d'enfants  aussi  jeunes,  en  raison  du  changement  de  pays,  n'est  pas  pertinent,  en  l'absence  d'un  déracinement  d'avec  leur  pays  d'origine  au  sens  que  donne  à  cette  expression la jurisprudence (cf. ATAF 2009/51 consid. 5.6, ATAF 2009/28  consid. 9.3.2 et réf. cit.),

E­4624/2011 Page 11 que, pour le reste, il ne ressort pas de l'attestation datée du 27 mai 2011  du  pédiatre  des  deux  enfants  aînés  que  ceux­ci  nécessitent  un  quelconque traitement médical, qu'il est donc vain aux  recourants d'invoquer que  leur  renvoi avec  leurs  enfants au Kosovo est désormais contraire à  l'intérêt supérieur de  leurs  enfants, qu'en  définitive,  la  dégradation  de  l'état  de  santé  psychique  de  la  recourante  même  couplée  avec  la  présence  d'un  troisième  enfant  à  charge  est  impropre  à  modifier  le  résultat  de  la  pesée  des  intérêts  précédemment effectuée dans le cadre de l'art. 83 al. 4 LEtr, qu'au vu de ce qui précède, le recours est rejeté et les autorités chargées  de  l'exécution du renvoi  tenues de prendre des mesures concrètes pour  prévenir la réalisation des menaces de suicide émises par la recourante, qu’il est renoncé à un échange d’écritures (cf. art. 111a al. 1 LAsi), que,  vu  l’issue de  la  cause,  il  y  aurait  certes  lieu de mettre  les  frais de  procédure à la charge des recourants, conformément aux art. 63 al. 1 PA  et  2  et  3  let.  b  du  règlement  du  21  février  2008  concernant  les  frais,  dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif  fédéral  (FITAF,  RS 173.320.2), que,  toutefois,  au  vu  des  circonstances  particulières  de  l'espèce,  il  est  exceptionnellement  renoncé à  la perception de ces  frais  (cf. art. 63 al. 1  in fine PA), que la demande d'assistance judiciaire partielle devient ainsi sans objet, qu'au  vu  de  l'issue  de  la  cause,  il  n'y  a  pas  lieu  d'allouer  des  dépens  (cf. art. 64 al. 1 PA), qu'avec le présent prononcé, les mesures provisionnelles prononcées par  décision incidente du 30 août 2011 prennent fin, (dispositif : page suivante)

E­4624/2011 Page 12 le Tribunal administratif fédéral prononce: 1.  Le recours est rejeté, au sens des considérants. 2.  Il n'est pas perçu de frais de procédure. 3.  La demande d'assistance judiciaire partielle est sans objet. 4.  Il n'est pas alloué de dépens. 5.  Le présent arrêt est adressé au mandataire des recourants, à l’ODM et à  l’autorité cantonale compétente. Le président du collège : La greffière : Jean­Pierre Monnet Anne­Laure Sautaux Expédition :

E-4624/2011 — Bundesverwaltungsgericht 05.10.2011 E-4624/2011 — Swissrulings