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Bundesverwaltungsgericht 18.11.2011 E-3707/2010

18 novembre 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·1,819 mots·~9 min·2

Résumé

Asile et renvoi | Asile et renvoi; décision de l'ODM du 19 avril 2010

Texte intégral

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l     Cour V E­3707/2010 Arrêt   d u   1 8   n o v emb r e   2011 Composition François Badoud (président du collège),  Gérard Scherrer, Regula Schenker Senn, juges, Antoine Willa, greffier. Parties A._______, né le (…), Irak,   représenté par Centre Suisses­Immigrés (C.S.I.),  recourant,  contre Office fédéral des migrations (ODM), Quellenweg 6, 3003 Berne,    autorité inférieure Objet Asile et renvoi ;  décision de l'ODM du 19 avril 2010 / N (…).

E­3707/2010 Page 2 Faits : A.  Le 7 octobre 2008, A._______ a déposé une demande d'asile auprès du  centre d'enregistrement et de procédure (CEP) de Vallorbe. B.  Entendu audit centre, puis directement par l'ODM, le requérant a expliqué  qu'il  était  originaire de B._______,  près de Mossoul,  et  appartenait  à  la  communauté chrétienne assyro­chaldéenne. De mai 2006 à mars 2007, il  aurait travaillé, avec son cousin, pour une entreprise du nom de KBR, qui  entretenait les installations sanitaires des bases militaires américaines ; il  aurait dû rémunérer un intermédiaire pour obtenir cet emploi. Sachant qu'assurer un tel travail pouvait lui attirer des ennuis, l'intéressé  aurait  tenté  de  rester  discret  à  ce  sujet,  ce  d'autant  plus  que  son  appartenance  religieuse  pouvait  représenter,  à  Mossoul,  un  risque  supplémentaire.  Néanmoins,  lui­même  et  son  cousin  auraient  reçu,  en  août 2006, un billet  les menaçant de mort, émanant du groupe islamiste  Dawlat­Al­Islamiyah  ;  ils  n'en  auraient  pas  tenu  compte.  Le  28  février  2007, tous deux auraient reçu une nouvelle menace écrite. Le même jour,  le  requérant  aurait  porté  plainte  auprès  de  la  police  de  C._______,  laquelle se serait engagée à patrouiller près de la maison du cousin. Peu après, dans le courant de mars 2007, alors que le requérant et son  cousin étaient au  travail,  un groupe d'hommes masqués serait  venu  les  réclamer chez celui­ci ; ils auraient tiré sur l'oncle du requérant, qui serait  mort  quelques  jours  plus  tard  de  ses  blessures.  Revenus  en  fin  de  journée, l'intéressé et son cousin, ainsi que la famille de celui­ci auraient  décidé de quitter aussitôt B._______ pour D._______, en zone kurde ; ils  y auraient été hébergés par un oncle maternel du requérant. A D._______, l'intéressé n'aurait pas rencontré de problèmes particuliers,  mais  aurait  dû  affronter  des  conditions  de  vie  difficiles  ;  il  aurait  occasionnellement  travaillé  comme  transporteur,  et  aurait  reçu  l'aide  de  son oncle, ainsi que de l'Eglise chrétienne locale. Les parents et les deux  frères du requérant l'auraient rejoint à D._______ en novembre 2007 ; en  effet,  le  frère de  l'intéressé  travaillant également pour  les Américains,  la  famille aurait craint d'être la cible de représailles.

E­3707/2010 Page 3 Ayant  rassemblé  les  moyens  nécessaires  en  vendant  divers  biens,  le  requérant aurait recouru aux services d'un passeur, qu'il aurait payé US$  11.000. Le 5 septembre 2008, après un passage à E._______,  il  aurait  ainsi passé  la  frontière  turque avec sa  tante, son cousin et sa cousine  ;  tous seraient restés dans une ville turque inconnue durant 25 jours, avant  de rejoindre la Suisse par la route. Outre un certificat de baptême et un certificat de célibat émis par l'Eglise  chaldéenne de B._______,  le 24 août 2008,  le  requérant a déposé une  attestation de nationalité, une photographie le montrant en compagnie de  soldats américains, ainsi qu'une copie de la plainte déposée le 28 février  2007. C.  Par décision du 19 avril 2010, notifiée sept jours plus tard, l'ODM a rejeté  la demande d'asile déposée par  l'intéressé et a prononcé son renvoi de  Suisse, tant en raison de l'invraisemblance que du manque de pertinence  de ses motifs. D.  Interjetant recours contre cette décision, le 25 mai 2010, A._______ a fait  valoir  que sa  tante et  son cousin avaient  reçu  l'admission provisoire,  et  que  lui­même  courait  un  risque  certain  en  Irak  en  raison  de  sa  confession. Il a par ailleurs relaté que ses parents et ses frères, revenus  à Mossoul,  y  avaient  été  visés  par  un  attentat.  Il  a  conclu  à  l'octroi  de  l'asile et au non­renvoi de Suisse. L'intéressé a joint à son recours sa carte d'identité, ainsi qu'un rapport du  poste  de  police  de  C._______,  du  6  décembre  2009,  relatant  l'attentat  contre  ses  proches,  commis  au  moyen  d'une  grenade  lancée  dans  la  maison,  et  revendiqué  par  le  Dawlat­Al­Islamiyah.  Ont  également  été  produites  trois  attestations  médicales,  du  même  jour,  faisant  état  des  blessures  occasionnées  a  la  mère  et  aux  deux  frères  du  recourant,  blessures dont ils se sont remis. E.  Invité à se prononcer sur  le recours,  l'ODM en a préconisé  le rejet dans  sa réponse du 9  juin 2010 ; copie en a été transmise au recourant pour  information.

E­3707/2010 Page 4 F.  Par  ordonnance  du  15  juin  2010,  le  Tribunal  administratif  fédéral  (le  Tribunal) a dispensé le recourant du versement d'une avance de frais. Droit : 1.  1.1.  Le  Tribunal,  en  vertu  de  l’art.  31  de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF,  RS  173.32),  connaît  des  recours  contre les décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre  1968  sur  la  procédure  administrative  (PA,  RS  172.021)  prises  par  les  autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF. En particulier, les décisions rendues par l’ODM concernant l’asile peuvent  être contestées, par renvoi de l’art. 105 de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile  (LAsi, RS 142.31), devant  le Tribunal,  lequel statue alors définitivement,  sauf demande d’extradition déposée par l’Etat dont le requérant cherche  à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal  fédéral [LTF, RS 173.110]). 1.2. Le recourant a qualité pour recourir. Présenté dans la forme et dans  les délais prescrits par la loi, le recours est recevable (art. 48 et 52 PA et  108 al. 1 LAsi). 2.  2.1. Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d’origine ou dans  le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices  ou craignent à juste titre de l’être en raison de leur race, de leur religion,  de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou  de  leurs  opinions  politiques.  Sont  notamment  considérées  comme  de  sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l’intégrité corporelle ou  de  la  liberté,  de  même  que  les  mesures  qui  entraînent  une  pression  psychique  insupportable.  Il  y  a  lieu  de  tenir  compte  des motifs  de  fuite  spécifiques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi). Quiconque demande  l’asile  (requérant) doit prouver ou du moins  rendre  vraisemblable qu’il est un réfugié. La qualité de réfugié est vraisemblable  lorsque l’autorité estime que celle­ci est hautement probable. Ne sont pas 

E­3707/2010 Page 5 vraisemblables notamment  les allégations qui, sur des points essentiels,  ne  sont  pas  suffisamment  fondées,  qui  sont  contradictoires,  qui  ne  correspondent pas aux faits ou qui reposent de manière déterminante sur  des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7 LAsi). 3.  3.1.  En  l’occurrence,  le  Tribunal  ne  voit  pas  de  motifs  de  remettre  en  cause la vraisemblance générale des motifs invoqués ; ils sont confirmés  par le rapport de police déposé, et correspondent d'ailleurs aux conditions  régnant dans la région de Mossoul, et aux obstacles qu'y rencontrent les  chrétiens. En effet, la situation de cette communauté, difficile dans tout le centre et  le  sud  de  l'Irak  (cf.  ATAF  2008/12  consid.  6.4.3  p.  158­159),  est  également  délicate  à  Mossoul  et  dans  la  région  limitrophe  des  trois  provinces autonomes kurdes, troublée par des affrontements quotidiens ;  les  affrontements  entre  milices  kurdes  et  arabes,  la  présence  de  nombreuses bandes criminelles et de mouvements extrémistes y rendent  la situation dangereuse, particulièrement pour  les minorités ethniques et  religieuses (cf. ATAF 2008/4 consid. 6.3 p. 42 ; US Department of State,  International Religious Freedom Report 2010, novembre 2010; MICHELLE  ZUMHOFEN,  Situation  des  minorités  religieuses  dans  les  provinces  de  Souleymanieh,  Erbil  et  Dohouk,  administrées  par  le  gouvernement  régional du Kurdistan, OSAR, 10 janvier 2008). A Mossoul en particulier,  une  violente  campagne  de  propagande  anti­chrétienne  a  eu  lieu  en  octobre 2008 ; de manière générale, la situation de la minorité chrétienne  s'y est péjorée tout au long de l'année 2010 (cf. Human Rights Watch, At  a crossroad, février 2011). Cette  situation  ne  peut  cependant  être  assimilée  à  une  persécution  collective,  en  ce  sens  que  chaque membre  de  la  communauté  assyro­ chaldéenne  serait  concrètement menacé,  avec  une  forte  probabilité,  de  mesures assez  intenses pour être qualifiées de persécutions, et ceci du  seul  fait de son appartenance religieuse (cf. à ce sujet Jurisprudence et  informations  de  la  Commission  suisse  de  recours  en  matière  d’asile  [JICRA]  2006  n° 1  consid.  4.3,  p.  3­4).  Il  n'en  reste  pas  moins  que  certaines caractéristiques propres au recourant sont de nature à l'exposer  à  un  risque  spécifique  :  il  a  en  effet  travaillé  pour  l'armée  américaine,  situation  de  nature  à  l'exposer  à  la  vindicte  des  groupes  extrémistes 

E­3707/2010 Page 6 sunnites, et sa famille semble avoir été attaquée de manière ciblée par un  de ces groupes. Contrairement  à  l'ODM,  le  Tribunal  ne  peut  par  ailleurs  lui  faire  grief  d'avoir quitté tardivement l'Irak, ce qui aurait entraîné une rupture du lien  de causalité entre le risque allégué et son départ : en effet, la préparation  de son voyage et la collecte des moyens financiers nécessaires justifient  qu'il ait été contraint de prolonger son séjour à D._______. De  ce  qui  précède,  le  Tribunal  déduit  que  l'intéressé  est  clairement  menacé, en cas de retour dans  la région de Mossoul, d'atteintes graves  contre sa vie ou son intégrité corporelle, provenant des tiers que sont les  groupes armés sunnites clandestins. 3.2. A cela s'ajoute que les autorités nationales et locales ne seraient pas  en  mesure  de  lui  assurer  la  protection  nécessaire,  si  bien  que  ces  atteintes  de  tiers  peuvent  à  bon  droit  être  qualifiées  de  persécutions  (JICRA 2006 n° 18 consid. 10.3, p. 203­204). En  effet,  les  organes  étatiques  n'ont  pas,  en  pratique,  la  capacité  d'empêcher  la poursuite des attentats et attaques  terroristes menés par  les groupes en cause, comme l'ont montré  les événements survenus en  2009­2010 ; il pourrait ainsi être soutenu que la situation régnant dans la  région de Mossoul s'apparente à celle prévalant dans le centre de l'Irak,  pour  lequel  le  Tribunal  a  admis  que  l'appareil  étatique  n'était  pas  en  mesure  de  protéger  les  habitants  contre  de  telles  attaques  (ATAF  2008/12  consid.  6.6­6.8  p.  164­168  ;  US  Commission  on  International  Religious Freedom, Annual Report on Religious Freedom, mai 2011). Cette  appréciation  se  trouve  confirmée  par  le  récit  du  recourant,  qui  a  relaté que la police, bien qu'ayant enregistré sa plainte, s'était clairement  déclarée  incapable  de  prendre  d'autres  mesures  que  des  patrouilles  occasionnelles  près  du  domicile  menacé  ;  la  nouvelle  attaque  dirigée  contre sa famille en décembre 2009 plaide dans le même sens. Vu ses antécédents personnels, les événements qu'il a vécus, la situation  qui  prévaut  dans  sa  région  d'origine  et  la  forte  probabilité  d'essuyer  à  nouveau  les  agressions  des  groupes  armés  sunnites,  le  recourant  peut  ainsi à bon droit faire valoir une crainte fondée de persécution en cas de  retour  (cf.  JICRA  2004  n°  1  consid.  6a  p.  9  et  réf.  citées  ;  2000  n°  9  consid. 5a p. 78).

E­3707/2010 Page 7 3.3. Reste à examiner si, dans le cas d'espèce, l'intéressé dispose d'une  possibilité de refuge interne. 3.3.1.   La jurisprudence a admis (JICRA 1996 n° 1 p. 1ss) qu'un lieu de  refuge interne à l'Etat national devait offrir une protection efficace contre  les persécutions trouvant leur source dans une autre partie du pays. Les  exigences  posées  à  ce  sujet  sont  élevées  :  l'existence  d'un  refuge  interne  effectif  suppose  que  la  personne  intéressée  soit  non  seulement  totalement à l'abri des persécutions la menaçant dans les autres régions  de son pays, mais aussi qu'elle ne risque pas d'y être renvoyée. De plus,  il  faut  qu'elle  ne  courre  pas,  sur  ce  lieu  de  refuge,  un  risque  de  persécution  d'origine  cette  fois  locale,  ou  de  pressions  de  nature  à  lui  rendre  la  vie  quotidienne  si  difficile  qu'elle  ne  pourrait  résider  dans  la  région de manière durable (ibidem consid. 5c p. 6­7 ; cf. également MARIO  GATTIKER, La procédure d'asile et de  renvoi, 3e éd., Berne 1999, p. 70­ 71). S'agissant de  l'Irak,  il a d'abord été admis (JICRA 2000 n° 15 p. 108ss)  que  les entités  semi­étatiques  kurdes du Nord de  l'Irak ne  constituaient  pas  un  refuge  interne  adéquat,  faute  de  stabilité  et  de  légitimité  internationale suffisante. Cette jurisprudence a évolué : les trois provinces  kurdes  de  Dohuk,  Erbil  et  Suleymanieh  peuvent  désormais  offrir  une  possibilité de refuge interne, car les autorités régionales du Kurdistan ont  la  volonté  et  la  capacité  d'offrir  leur  protection  contre  une  persécution  (ATAF 2008/4, spéc. consid. 6.6­6.7 p. 46­53). L'existence  d'une  telle  possibilité  doit  toutefois  être  admise  avec  prudence. En effet,  il est en principe  indispensable aux personnes sans  liens  avec  la  région,  principalement  d'origine  arabe,  de  disposer  d'un  garant,  nécessaire pour permettre  la  légalisation de  leur  séjour  (ibidem,  consid.  6.6.1  p.  47­48  ;  dans  le  même  sens,  cf.  ATAF  2008/5  consid.  7.5.8  in  fine p. 73)  ;  dès  lors,  chaque cas doit  faire  l'objet d'un examen  spécifique.  Les  opposants  politiques  actifs  et  les  auteurs  de  critiques  publiques contre  les autorités, ainsi que  les  femmes qui ont  contrevenu  aux  normes  socio­religieuses  en  vigueur,  courent  le  risque  d'être  persécutés  par  l'autorité  étatique  locale  ou  par  des  tiers  ;  les  hommes  célibataires d'origine arabe sont en outre vus avec suspicion. 3.3.2.  En  ce  qui  concerne  les  chrétiens,  leur  situation  dans  les  trois  provinces  kurdes  du  nord  n'est  pas  celle  qui  prévaut  dans  le  reste  de 

E­3707/2010 Page 8 l'Irak. En effet,  ils y sont généralement  respectés et peuvent y pratiquer  leur religion. La relative tolérance du gouvernement régional du Kurdistan  irakien  (KRG)  et  de  ses  habitants  explique  l'importance  de  la  communauté  chrétienne  dans  ces  provinces,  où  son  effectif  a  triplé  depuis 2003. La minorité  chrétienne n'est pas victime, dans  les provinces autonomes  kurdes,  d'actes  de  violence  ou  de  persécution,  le  KRG  ayant  formellement  condamné  les  violences  subies  par  les  chrétiens  irakiens  (cf.  IOM,  Dahuk  Governorate  Profile,  août  2009  ;  Council  of  Europe  Parliamentary Assembly, Violence against Christians  in  the Middle East,  25 janvier 2011). De nombreuses sources font néanmoins état d'attaques  isolées  et  d'autres  difficultés  d'intégration,  aucune  mesure  n'ayant  d'ailleurs été prise pour répondre aux besoins des chrétiens déplacés (cf.  notamment Freedom House, Freedom in the World, Country Report Iraq,  mai 2010 ; IRIN, Christian IDPs find refuge in Kurdish north, 23 décembre  2010 ; MICHELLE ZUMHOFEN, op. cit.,  p. 8 s ; UNHCR Eligibility Guidelines  for Assessing the International Protection Needs of Iraqi Asylum­Seekers,  avril  2009,  ch. 310  p. 179,  ATAF  2008/4  consid. 6.6.1,  6.6.3  et  6.6.6,  ATAF 2008/5  consid. 7.5.1  et  arrêt  du  Tribunal  administratif  fédéral  D­ 7025/2007 du 24 juillet 2008 consid. 3.5.1 et 3.5.2).  En  conclusion,  le  Tribunal  a  considéré  que  les  forces  de  l'ordre  et  les  autorités  judiciaires des  trois provinces kurdes du nord de  l'Irak avaient,  en  principe,  la  capacité  et  la  volonté  de  protéger  les  habitants  de  ces  entités contre  les persécutions, et que  les chrétiens pouvaient, en  règle  générale, y compter sur une large tolérance de la majorité musulmane et  pratiquer leur religion (cf. ATAF 2008/4 précité ; UK Home Office, Kurdish  Regional Goverment Area of Irak, septembre 2009). Il n'en demeure pas  moins  qu'il  y  a  lieu,  dans  chaque  cas  d'espèce,  de  procéder  à  une  analyse individuelle des risques, une possibilité effective de réinstallation  ne pouvant être admise dans tous les cas. S'agissant  spécifiquement  des  chrétiens,  une  activité missionnaire  peut  ainsi constituer un  facteur de  risque  ;  certains cas de discrimination ont  aussi  été  rapportés  (cf.  MICHELLE  ZUMHOFEN,  op.  cit.,  p.  14­15),  et  le  degré de  tolérance manifesté par  le KRG peut occasionnellement varier  selon les nécessités de sa politique. Il n'en reste pas moins que les trois  provinces  qu'il  gouverne  constituent,  dans  le  principe,  une  réelle  alternative  de  refuge  interne  pour  les  membres  de  la  communauté  assyro­chaldéenne.

E­3707/2010 Page 9 3.3.3. Dans le cas de A._______, un retour dans la zone autonome kurde  apparaît  possible.  En  effet,  l'intéressé  a  passé  un  an  et  demi  à  D._______  avant  de  quitter  l'Irak.  Avec  sa  famille,  il  a  été  hébergé  par  son  oncle maternel,  lequel  pourra  lui  servir  de  garant  dans  l'hypothèse  d'une réinstallation dans cette  région  ;  le  recourant a également précisé  qu'une  de  ses  sœurs  habitait  F._______  (cf.  audition  au  CEP  du  14  octobre 2008, p. 4). Il a en outre pu assurer sa propre subsistance dans  une certaine mesure, et a reçu l'aide de ses proches et de l'Eglise locale  (cf. audition du 27 mai 2009, questions 112­115). Le  Tribunal  constate  donc  que  durant  son  long  séjour  dans  la  zone  autonome  kurde,  le  recourant  paraît  n'avoir  pas  rencontré  de  difficultés  d'intégration,  bien  que  d'origine  arabe.  A  cela  s'ajoute  qu'il  n'est  pas  membre  du  clergé,  et  n'a  jamais  pratiqué  de  prosélytisme  ;  il  admet  également  n'avoir  rencontré  aucun  problème  avec  les  autorités  et  la  population  kurdes.  Enfin,  vu  les  conditions  prévalant  dans  cette  région,  son  ancienne  activité  au  service  de  l'armée  américaine  n'est  pas  de  nature à lui porter préjudice. En  conséquence,  au  vu  des  conditions  particulièrement  favorables  réunies dans son cas personnel,  force est de constater que le recourant  bénéficie, dans son Etat national, d'une possibilité de refuge interne. 3.4. Il s’ensuit que le recours, en tant qu’il conteste le refus de l’asile, doit  être rejeté. 4.  4.1. Lorsqu’il rejette la demande d’asile ou qu’il refuse d’entrer en matière  à ce sujet, l’ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en  ordonne  l’exécution ;  il  tient  compte  du  principe  de  l’unité  de  la  famille  (art.  44  al.  1  LAsi).  Le  renvoi  ne  peut  être  prononcé,  selon  l’art.  32  de  l’ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l’asile relative à la procédure (OA 1,  RS 142.311),  lorsque  le  recourant  d’asile  dispose  d’une  autorisation  de  séjour  ou  d’établissement  valable,  ou  qu’il  fait  l’objet  d’une  décision  d’extradition ou d’une décision de renvoi conformément à  l’art. 121 al. 2  de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101). 4.2.  Aucune  exception  à  la  règle  générale  du  renvoi  n’étant  en  l’occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette  mesure.

E­3707/2010 Page 10 5.  5.1. L’exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnablement  exigible  et  possible  (art.  44  al.  2  LAsi).  Si  ces  conditions  ne  sont  pas  réunies, l’admission provisoire doit être prononcée. Celle­ci est réglée par  l’art. 84 de  la  loi  fédérale sur  les étrangers du 16 décembre 2005 (LEtr,  RS  142.20),  entrée  en  vigueur  le  1er  janvier  2008.  Cette  disposition  a  remplacé  l’art.  14a  de  l’ancienne  loi  fédérale  du  26  mars  1931  sur  le  séjour et l’établissement des étrangers (LSEE). 5.2. L’exécution n’est pas  licite  lorsque  le  renvoi de  l’étranger dans son  Etat d’origine ou de provenance ou dans un Etat  tiers est  contraire aux  engagements  de  la  Suisse  relevant  du  droit  international  (art.  83  al.  3  LEtr). Aucune personne ne peut être contrainte, de quelque manière que  ce soit, à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa  liberté  serait  menacée  pour  l’un  des  motifs  mentionnés  à  l’art.  3  al.  1  LAsi, ou encore d’où elle  risquerait d’être astreinte à se  rendre dans un  tel pays (art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut être soumis à  la  torture ni à des  peines ou  traitements  inhumains ou dégradants  (art. 3 de  la convention  du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés  fondamentales [CEDH, RS 0.101]). 5.3. L’exécution de  la décision peut ne pas être raisonnablement exigée  si  le  renvoi  ou  l’expulsion  de  l’étranger  dans  son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple  en  cas  de  guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée  ou  de  nécessité  médicale (art. 83 al. 4 LEtr). 5.4. L’exécution n’est pas possible  lorsque l’étranger ne peut pas quitter  la  Suisse  pour  son  Etat  d’origine,  son  Etat  de  provenance  ou  un  Etat  tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr). 6.  6.1. L’exécution du renvoi est illicite,  lorsque la Suisse, pour des raisons  de droit  international public, ne peut contraindre un étranger à se rendre  dans  un  pays  donné  ou  qu’aucun  autre  Etat,  respectant  le  principe  du  non­refoulement,  ne  se  déclare  prêt  à  l’accueillir ;  il  s’agit  d’abord  de  l’étranger  reconnu  réfugié,  mais  soumis  à  une  clause  d’exclusion  de  l’asile, et ensuite de l’étranger pouvant démontrer qu’il serait exposé à un  traitement prohibé par l’art. 3 CEDH ou encore l’art. 3 de la convention du  10  décembre  1984  contre  la  torture  et  autres  peines  ou  traitements 

E­3707/2010 Page 11 cruels,  inhumains ou dégradants (Conv. torture, RS 0.105) (Message du  Conseil  fédéral  à  l’appui  d’un  arrêté  fédéral  sur  la  procédure  d’asile  [APA], du 25 avril 1990, in : FF 1990 II 624). 6.2.  L’exécution  du  renvoi  ne  contrevient  pas  au  principe  de  non­ refoulement  de  l’art.  5  LAsi. Comme exposé plus haut,  le  recourant  n'a  pas  rendu vraisemblable qu’en cas de  retour dans son pays d’origine,  il  serait exposé à de sérieux préjudices au sens de l’art. 3 LAsi. 6.3. En ce qui concerne les autres engagements de la Suisse relevant du  droit international, il sied d’examiner particulièrement si l’art. 3 CEDH, qui  interdit la torture, les peines ou traitements inhumains, trouve application  dans le présent cas d’espèce. 6.4. Si l’interdiction de la torture, des peines et traitements inhumains (ou  dégradants)  s’applique  indépendamment  de  la  reconnaissance  de  la  qualité  de  réfugié,  cela  ne  signifie  pas  encore  qu’un  renvoi  ou  une  extradition serait prohibée par le seul fait que dans le pays concerné des  violations  de  l’art.  3  CEDH  devraient  être  constatées ;  une  simple  possibilité  de  subir  des  mauvais  traitements  ne  suffit  pas.  Il  faut  au  contraire  que  la  personne  qui  invoque  cette  disposition  démontre  à  satisfaction  qu’il  existe  pour  elle  un  véritable  risque  concret  et  sérieux  d’être victime de tortures, ou de traitements inhumains ou dégradants en  cas de renvoi dans son pays. Il en ressort qu’une situation de guerre, de  guerre  civile,  de  troubles  intérieurs  graves  ou  de  tension  grave  accompagnée de violations des droits de l’homme ne suffit pas à justifier  la  mise  en œuvre  de  la  protection  issue  de  l’art.  3  CEDH,  tant  que  la  personne  concernée  ne  peut  rendre  hautement  probable  qu’elle  serait  visée  personnellement  –  et  non  pas  simplement  du  fait  d’un  hasard  malheureux  –  par  des  mesures  incompatibles  avec  la  disposition  en  question (JICRA 1996 n° 18 consid. 14b let. ee p. 186s). 6.5. En l’occurrence, le Tribunal retient que le recourant, pour les raisons  exposées  plus  haut,  ne  court  pas  le  risque  sérieux,  avec  un  degré  de  probabilité suffisant, d'être exposé à de  telles atteintes en cas de retour  dans  les  provinces  autonomes  kurdes  du Nord  de  l'Irak.  Par  ailleurs,  il  admet  lui­même n'avoir  jamais rencontré de difficultés avec les autorités  ou les habitants, et il n'a fait état d'aucune menace particulière pesant sur  lui.

E­3707/2010 Page 12 Dès  lors,  l’exécution  de  son  renvoi  sous  forme  de  refoulement  ne  transgresse  aucun  engagement  de  la  Suisse  relevant  du  droit  international, de sorte qu’elle s’avère  licite  (art. 44 al. 2 LAsi et 83 al. 3  LEtr). 7.  7.1. Selon l’art. 83 al. 4 LEtr,  l’exécution de la décision peut ne pas être  raisonnablement exigée si le renvoi ou l’expulsion de l’étranger dans son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou  de  nécessité médicale. Cette  disposition  s’applique  en  premier  lieu  aux  "réfugiés  de  la  violence",  soit  aux  étrangers  qui  ne  remplissent  pas  les  conditions  de  la  qualité  de  réfugié  parce  qu’ils  ne  sont  pas  personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de  guerre civile ou de violence généralisée, et ensuite aux personnes pour  qui  un  retour  reviendrait  à  les  mettre  concrètement  en  danger,  notamment parce qu’elles ne pourraient plus recevoir les soins dont elles  ont  besoin.  L’autorité  à  qui  incombe  la  décision  doit  donc  dans  chaque  cas confronter  les aspects humanitaires  liés à  la situation dans  laquelle  se  trouverait  l’étranger  concerné  dans  son  pays  après  l’exécution  du  renvoi à  l’intérêt public militant en  faveur de son éloignement de Suisse  (ATAF  2009/52  consid.  10.1,  ATAF  2008/34  consid.  11.2.2  et  ATAF  2007/10 consid. 5.1). 7.2. Comme la  jurisprudence  l'a constaté (cf. ATAF 2008/5 cons. 7.5. p.  65­73 ; cf. également Home Office, Country of Origin Information Report,  Iraq, mai 2008, p. 58­60),  la situation dans les trois provinces kurdes de  Dohuk, Erbil et Suleymanieh est suffisamment stable pour que l'exécution  du  renvoi y soit  raisonnablement exigible, en  tout cas pour  les hommes  célibataires  originaires  de  la  région,  qui  y  ont  longtemps  vécu,  et  qui  y  disposent  d'un  réseau  social  et  familial  suffisant,  ou  de  liens  avec  les  partis dominants. Cette  jurisprudence prend en  considération  les  sérieuses difficultés  que  doivent  affronter  les  intéressés  lors  de  leur  retour,  notamment  pour  trouver un emploi suffisamment rémunéré et un logement, et ce dans un  contexte de forte augmentation du coût de la vie. Dans ces conditions, il  est  important  qu'en  cas  de  retour  au  Kurdistan,  les  intéressés  puissent 

E­3707/2010 Page 13 compter sur un réseau social ou sur des liens avec les partis dominants  (cf. ATAF 2008/5 consid. 7.5 in fine, p. 73). 7.3. Dans le cas de A._______, il apparaît que les conditions d'un retour  dans  la  province  de  Dohuk  sont  réunies.  En  effet,  il  est  jeune,  sans  charge  de  famille,  au  bénéfice  d’une  expérience  professionnelle  et  n'a  pas  allégué  de  problème  de  santé  particulier.  En  outre,  comme  déjà  constaté  (consid.  3.3.3  ci­dessus),  il  a  déjà  séjourné  dans  la  région  autonome  kurde  et  y  dispose d'un  réseau  familial  suffisant  ;  il  a  été  en  mesure d'y assurer sa subsistance quotidienne. Dans cette mesure, sa situation se distingue de celle de sa tante, femme  plus  âgée  et  chargée  de  famille,  dont  la  réintégration  serait  donc  plus  difficile. 7.4. Pour  ces motifs,  l’exécution  du  renvoi  doit  être  considérée  comme  raisonnablement exigible. 8.  Enfin,  le  recourant  est  en  mesure  d’entreprendre  toute  démarche  nécessaire auprès de  la représentation de son pays d’origine en vue de  l’obtention de documents de voyage  lui  permettant de quitter  la Suisse.  L’exécution  du  renvoi  ne  se  heurte  donc  pas  à  des  obstacles  insurmontables  d’ordre  technique  et  s’avère  également  possible  (cf.  ATAF 2008/34 consid. 12 p. 513­515). 9.  Il  s’ensuit  que  le  recours,  en  tant qu’il  conteste  la décision de  renvoi  et  son exécution, doit être également rejeté. 10.  Au vu de l’issue de la cause, il y a lieu de mettre les frais de procédure à  la charge du recourant, conformément aux art. 63 al. 1 PA et 2 e 3 let. b  du  règlement  du  21  février  2008  concernant  les  frais,  dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif  fédéral  (FITAF,  RS  173.320.2). (dispositif page suivante)

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E­3707/2010 Page 15 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est rejeté. 2.  Les frais de procédure, d’un montant de Fr. 600.­, sont mis à la charge du  recourant. Ce montant doit être versé sur le compte du Tribunal dans les  30 jours dès l’expédition du présent arrêt. 3.  Le  présent  arrêt  est  adressé  au  recourant,  à  l’ODM  et  à  l’autorité  cantonale compétente. Le président du collège : Le greffier : François Badoud Antoine Willa Expédition :

E-3707/2010 — Bundesverwaltungsgericht 18.11.2011 E-3707/2010 — Swissrulings