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Bundesverwaltungsgericht 21.09.2011 E-3201/2009

21 septembre 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·1,558 mots·~8 min·1

Résumé

Asile et renvoi | Asile et renvoi; décision de l'ODM du 15 avril 2009

Texte intégral

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour V E­3201/2009 Arrêt   d u   2 1   sept emb r e   2011 Composition Jenny de Coulon Scuntaro (présidente du collège),  Gérard Scherrer, Gabriela Freihofer, juges, Astrid Dapples, greffière. Parties A._______, Syrie,  représenté par Maître Michel Voirol, recourant,  contre Office fédéral des migrations (ODM),  Quellenweg 6, 3003 Berne,    autorité inférieure.  Objet Asile et renvoi;  décision de l'ODM du 15 avril 2009 / N (…).

E­3201/2009 Page 2 Faits : A.  Le  8  août  2007,  l'intéressé  a  déposé  une  demande  d'asile  auprès  du  centre d'enregistrement et de procédure (CEP) de Vallorbe. B.  Entendu audit centre le 13 août 2007, il a déclaré qu'il était musulman et  appartenait  à  l'ethnie  kurde.  Né  d'un  père  (…)  au  statut  de  mouatin  (citoyen)  et  d'une mère  (…)  à  Al  Hasaka,  il  n'aurait  pas  été  enregistré  auprès  des  autorités  syriennes  et  vivrait  en  Syrie  sans  statut  officiel  (maktumin). De 1990 jusqu'à son départ du pays, en 2007, il aurait vécu à  B._______.  Il  serait  marié  religieusement  depuis  1974  ou  1975  à  une  compatriote, au statut d'ajanib et qui vivrait en C._______ avec leurs (…)  enfants. Il aurait travaillé en qualité de porteur, chargeant et déchargeant  des  camions.  Par  ailleurs,  il  aurait  possédé  une  boutique,  qu'il  ouvrait  quelques mois par année En mars 2004, accompagné de quatre amis, il aurait été présent lors des  soulèvements qui agitèrent plusieurs villes du nord est de la Syrie. Lui et  ses amis auraient tué deux policiers avant de prendre la fuite. Le 21 mars  suivant, ils auraient été arrêtés et conduit dans une prison, à D._______.  Par la suite, l'un de ses compagnons aurait été sorti de cellule, torturé et  tué. Suite à son décès, l'intéressé et ses amis auraient versé de l'argent  pour  pouvoir  être  transféré  dans  une  prison  sise  à  E._______,  où  ils  seraient  restés  jusqu'en  2007.  Le  28  juillet  2007,  leur  groupe  aurait  pu  quitter  la  prison,  suite  au  paiement  par  leurs  familles  respectives  d'une  forte  somme.  Le  31  juillet  2007,  l'intéressé  aurait  quitté  la  Syrie  pour  C._______,  où  il  aurait  retrouvé  sa  famille,  avant  de  poursuivre  son  voyage en direction de F._______ puis de la Suisse.  L'intéressé  a  encore  précisé  avoir  été  condamné  une  première  fois  en  1990, raison pour  laquelle  il aurait dû s'exiler en G._______, où  il aurait  séjourné de 1990 à 1993. C.  A  l'issue  de  l'audition  tenue  le  13  août  2007,  l'intéressé  a  été  invité  à  préciser certains éléments de son récit.  Il a ainsi été  interrogé sur  le fait  que ses empreintes digitales avaient été volontairement abimées, ce qu'il  a  nié,  déclarant  que  celles­ci  avaient  été  abimées  lors  de  sa  sortie  de 

E­3201/2009 Page 3 prison, en juillet 2007. Il a aussi été  invité à s'exprimer sur  le fait qu'une  comparaison  d'empreintes  digitales  avait  permis  de  révéler  qu'il  avait  déposé par  le passé une première demande d'asile en Suisse, à  l'issue  de laquelle il avait été renvoyé en H._______, le (date). Il a également nié  ce  fait. A  l'issue de ce droit d'être entendu,  l'intéressé a admis avoir été  renvoyé  en H.______,  où  il  aurait  été  placé  en  détention  pendant  neuf  mois  pour  avoir  refusé  de  quitter  le  territoire  de  cet  Etat  dans  le  délai  imparti  à  cet  effet.  Suite  à  sa  remise  en  liberté,  le  20  avril  2007,  il  se  serait  rendu en I._______, où  il aurait également  introduit une demande  d'asile. Les autorités  I._______  lui auraient  fait  savoir que son parcours  antérieur leur était connu. Invité à une audition en date du 22 mai 2007, il  ne  s'y  serait  pas  rendu,  craignant  d'être  renvoyé  en  J._______,  où  il  aurait  introduit  une  demande  d'asile  en  2002.  Il  aurait  alors  quitté  I._______  pour K._______,  où  il  aurait  vécu  sous  tente  (…).  Le  7  août  2007, il aurait quitté ce pays pour la Suisse utilisant un coupe­ongle pour  rendre ses empreintes digitales illisibles. D.  Interrogé une nouvelle fois en date du 16 août 2007, l'intéressé a déclaré  qu'il avait quitté la Syrie au mois de janvier 2002 et qu'il s'était rendu en  J._______,  où  il  avait  déposé  une  demande  d'asile.  Il  a  ensuite  réitéré  ses précédentes déclarations en relation avec I._______ et K._______ et  s'est opposé à un renvoi dans ce dernier Etat, n'y ayant  jamais  introduit  de demande d'asile et y ayant vécu dans la rue. E.  En date du 3 septembre 2007, l'ODM a procédé à l'audition de l'intéressé.  Au  cours  de  celle­ci,  l'intéressé  a  déclaré  qu'il  avait  été  emprisonné  à  E._______  en  1993  avec  l'un  de  ses  fils.  Le  25  mars  1993,  la  prison  aurait été  incendiée et son  fils serait décédé.  Il aurait pu s'évader et se  serait  rendu en G._______, où  il  aurait  vécu pendant une année, avant  de  revenir  en  Syrie.  Il  aurait  à  nouveau  été  emprisonné  en  1999,  pour  avoir collé des affiches et réclamé davantage de droits pour les Kurdes. Il  aurait été libéré en 2001 contre le versement d'une forte somme d'argent  et se serait  rendu dans  les environs de D._______, où  il aurait  travaillé.  Se considérant comme toujours  recherché par  les autorités syriennes,  il  aurait  finalement  pris  la  décision  de  quitter  son  pays  en  2002.  Par  ailleurs,  il  a  également  allégué  s'être  converti  à  la  religion  chrétienne,  respectivement avoir envie de passer à l'acte.

E­3201/2009 Page 4 F.  En date du 5 septembre 2007,  l'intéressé a été soumis à une expertise  afin de déterminer son lieu de socialisation. Le résultat de cette expertise  a  confirmé  les  déclarations  de  l'intéressé,  selon  lesquelles  il  a  vécu  en  Syrie. G.  A  la  demande  de  l'ODM,  l'Office  pour  la  migrations  et  les  réfugiés  de  L._______  lui  a  communiqué par  courrier du 28  février 2008  les  copies  des pièces figurant au dossier de l'intéressé en J._______ et comprenant  le  procès­verbal  de  l'audition,  la  décision  et  l'état  de  la  procédure.  Il  ressort de ces documents que l'intéressé a introduit une demande d'asile  le (date) à M._______ et qu'il avait quitté son pays pour échapper à l'ire  des  musulmans.  En  effet,  il  travaillait  comme  berger  et  un  jour,  trois  personnes  auraient  débarqué  et  auraient  voulu  enlever  sa  sœur.  Au  cours  de  la  lutte  s'en  suivant,  son père aurait  été  tué. Son oncle  aurait  dénoncé  l'agression  auprès  des  autorités mais  ces  dernières  n'auraient  pas réagi. L'intéressé et son frère se seraient réfugiés dans les champs.  Des représentants des forces de sécurité se seraient rendus au domicile  familial. Ils auraient saisi les documents d'identité des femmes présentes,  leur déclarant que  l'intéressé et son  frère –  responsables de  l'agression  susmentionnée – auraient trois jours pour se rendre. A défaut, ce seraient  les femmes qui seraient arrêtées. L'intéressé et son frère seraient restés  cachés.  Leur  oncle  aurait  vendu  les  moutons  ainsi  qu'un  camion  puis  aurait pris contact avec un passeur pour leur permettre de quitter la Syrie.  Par  ailleurs,  son  appartenance  à  la  religion  yezidi  aurait  également  constitué un motif de persécution. La demande d'asile de l'intéressé a été rejetée par décision du (date). En  l'absence d'un recours, cette décision est entrée en force de chose jugée  le (date). H.  Par courrier du 15 avril 2008, l'ODM a donné à l'intéressé un droit d'être  entendu sur les divergences existant entre les déclarations faites à l'appui  de  la  demande  d'asile  déposée  en  Suisse  en  2007  et  celles,  faites  à  l'appui de la demande d'asile déposée en J._______ en 1998. Par courrier daté du 25 avril 2008,  l'intéressé a déclaré qu'il avait quitté  son  pays  en  janvier  2002  et  qu'il  avait  ensuite  déposé  une  demande  d'asile en J._______,  laquelle avait été  rejetée en novembre 2005.  Il se 

E­3201/2009 Page 5 serait  ensuite  rendu  en  N._______,  où  il  aurait  également  déposé  une  demande d'asile, avant de venir en Suisse. S'agissant de ses motifs, il a  déclaré  qu'il  avait  été  condamné  une  première  fois  en  1979  à  un  an  d'emprisonnement, pour avoir distribué des tracts. En 1993, son fils aurait  été exmatriculé après sa neuvième année d'école, en raison de son statut  de maktumin. L'intéressé aurait alors brûlé le drapeau national arboré par  l'école  avant  d'être  arrêté,  un  mois  plus  tard.  L'intéressé  et  son  fils  auraient  été  jetés  en  prison  le  25  mars  1993.  Les  autorités  auraient  ensuite  mis  le  feu  à  cette  prison  et  le  fils  de  l'intéressé,  à  l'instar  de  nombreux  autres  détenus,  serait  décédé.  L'intéressé  aurait  d'abord  été  condamné  à  huit  ans  d'emprisonnement,  peine  diminuée  par  la  suite,  grâce  à  son  avocat.  Il  aurait  effectué  en  tout  une  année  et  deux mois  d'emprisonnement,  d'abord  à  O._______  puis  à  E._______  et  aurait  libéré en 1996. L'Etat aurait par ailleurs séquestré son bus, dès lors qu'il  ne lui était pas possible de l'immatriculer à son nom. Enfin, contrairement  à ce qu'il avait déclaré, son père serait toujours vivant. I.  Le  24  octobre  2008,  l'ODM  s'est  adressé  à  l'Ambassade  de  Suisse  à  Damas, l'interrogeant sur la citoyenneté du requérant, la régularité de sa  sortie du pays et l'existence de recherches dirigées contre lui. Le  14  décembre  2008,  l'ambassade  a  communiqué  que  l'intéressé  ne  figurait  dans  aucun  registre  et  que  son  avocat  n'avait  trouvé  aucune  mention de recherche à son encontre. Invité à s'exprimer sur  les résultats de l'enquête,  l'intéressé a fait savoir,  par  courrier  du  27  février  2009,  qu'il  n'avait  pas  de  remarques  particulières. J.  Par  décision  du  15  avril  2009,  notifiée  le  lendemain,  l'ODM  a  rejeté  la  demande  d'asile  déposée  par  l'intéressé  et  a  prononcé  son  renvoi  de  Suisse,  au  vu  du  manque  de  pertinence  et  de  vraisemblance  de  ses  motifs. K.  Interjetant  recours  contre  cette  décision,  le  18  mai  2009,  l'intéressé  a  constaté qu'en dépit de sa demande tendant à obtenir  toutes  les pièces  du dossier,  l'ODM s'était abstenu d'en communiquer un certain nombre,  au motif de leur manque d'importance, de leur caractère connu ou encore 

E­3201/2009 Page 6 parce qu'elles émanaient d'autres autorités. Considérant  le manquement  de l'ODM comme une violation de son droit d'être entendu,  il a requis la  production  de  ces  pièces,  afin  de  pouvoir  mieux  motiver  son  recours.  Pour  l'essentiel,  il  a  toutefois  estimé  qu'il  était  exposé  à  de  sérieux  préjudices en cas de renvoi en Syrie, en raison de son comportement à  l'égard du régime syrien, des préjudices déjà subis, de son origine kurde  et des discriminations infligées aux Kurdes par les autorités syriennes. Il  a  donc  conclu  à  la  reconnaissance  de  la  qualité  de  réfugié  ainsi  qu'à  l'octroi de l'asile, respectivement, et à titre subsidiaire, au prononcé d'une  admission provisoire en raison de son statut d'apatride. Enfin, il a requis à  titre préalable l'octroi de l'assistance judiciaire totale. L.  Le Tribunal administratif  fédéral (le Tribunal), par ordonnance du 26  juin  2009,  a  transmis  le  dossier  à  l'ODM,  afin  que  cet  office  communique à  l'intéressé les pièces requises par ce dernier. L'ODM a fait suite à cette requête par courrier du 13 juillet 2009. Par  courrier  du  17  juillet  2009,  le  Tribunal  a  invité  l'intéressé  à  lui  faire  part  de  ses  observations  éventuelles,  respectivement  à  compléter  son  mémoire de recours. L'intéressé n'a pas fait usage de cette possibilité. M.  Invité à se prononcer sur le recours, l'ODM a reconsidéré partiellement la  décision  du  15  avril  2009,  en  ce  qui  concerne  l'exécution  du  renvoi  de  l'intéressé. Considérant que celle­ci n'était pas  raisonnablement exigible  dans  les  circonstances  présentes,  elle  a  ordonné  l'admission  provisoire  de l'intéressé par décision du 9 juin 2011. Par  courrier  du  16  juin  2011,  le  Tribunal  a  invité  l'intéressé  à  lui  faire  savoir s'il entendait maintenir le recours introduit en date du 18 mai 2009,  en  tant  qu'il  concluait  à  la  reconnaissance  de  la  qualité  de  réfugié  et  à  l'octroi de l'asile. Par courrier du 4 juillet 2011,  l'intéressé a fait savoir qu'il maintenait son  recours.  Il  a  par  ailleurs  sollicité  du  Tribunal  qu'il  se  prononce  sur  sa  demande d'assistance judiciaire totale. N.  Par décision  incidente du 8  juillet 2011,  le Tribunal a admis  la demande  d'assistance judiciaire partielle, dès lors que le recours ne paraissait pas 

E­3201/2009 Page 7 dénué de chances de succès au moment du dépôt de la requête. Il a par  contre rejeté la requête tendant à l'octroi d'un défenseur d'office. Droit : 1.  1.1.  Le  Tribunal,  en  vertu  de  l’art.  31  de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF,  RS  173.32),  connaît  des  recours  contre les décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre  1968  sur  la  procédure  administrative  (PA,  RS  172.021)  prises  par  les  autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF. En particulier, les décisions rendues par l’ODM concernant l’asile peuvent  être contestées, par renvoi de l’art. 105 de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile  (LAsi, RS 142.31), devant  le Tribunal,  lequel statue alors définitivement,  sauf demande d’extradition déposée par l’Etat dont le requérant cherche  à se protéger, (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal  fédéral [LTF, RS 173.110]). 1.2. Le recourant a qualité pour recourir. Présenté dans la forme et dans  les délais prescrits par la loi, le recours est recevable (art. 48 et 52 PA et  108 al. 1 LAsi). 2.  2.1. Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d’origine ou dans  le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices  ou craignent à juste titre de l’être en raison de leur race, de leur religion,  de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou  de  leurs  opinions  politiques.  Sont  notamment  considérées  comme  de  sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l’intégrité corporelle ou  de  la  liberté,  de  même  que  les  mesures  qui  entraînent  une  pression  psychique  insupportable.  Il  y  a  lieu  de  tenir  compte  des motifs  de  fuite  spécifiques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi). 2.2.  Quiconque  demande  l’asile  (requérant)  doit  prouver  ou  du  moins  rendre  vraisemblable  qu’il  est  un  réfugié.  La  qualité  de  réfugié  est  vraisemblable  lorsque  l’autorité  estime  que  celle­ci  est  hautement  probable. Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur  des  points  essentiels,  ne  sont  pas  suffisamment  fondées,  qui  sont  contradictoires,  qui  ne  correspondent  pas  aux  faits  ou  qui  reposent  de  manière déterminante sur des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7  LAsi).

E­3201/2009 Page 8 3.  3.1. En l’occurrence, le Tribunal considère comme établi que le recourant  est un Kurde "maktumin" et qu'il a quitté son pays de manière irrégulière.  En revanche, plusieurs incohérences notables de son récit ne permettent  pas de conclure à  l'existence de  recherches dirigées contre  lui, et donc  d'un risque de persécution. Ainsi,  force est de constater que les éléments  invoqués par  l'intéressé à  l'appui  de  la  demande  d'asile  introduite  le  8  août  2007  se  seraient  produits durant une période s'étendant de 2004 à 2007, soit une période  pendant laquelle il s'est trouvé hors de Syrie. En effet, une comparaison  des empreintes digitales de l'intéressé a permis d'établir que durant cette  période, il avait séjourné en J._______, en I._______, en H._______, en  K._______ ainsi  qu'en Suisse. D'ailleurs,  probablement  conscient de ce  qu'impliquerait pour lui ces précédents séjours,  l'intéressé n'a pas hésité  à tenter de rendre illisible ses empreintes digitales, au moyen d'un coupe­ ongle avant son retour en Suisse, en août 2007. A cette incohérence, il faut encore relever les divergences existant entre  les motifs invoqués par l'intéressé lors de l'audition tenue le 13 août 2007  (condamnation en 2004 pour avoir participé au meurtre de deux policiers)  et ceux  invoqués lors de  l'audition tenue le 3 septembre 2007 (première  condamnation en 1993 puis  seconde condamnation en 1999 pour avoir  réclamé  davantage  de  droits  pour  les  Kurdes),  respectivement  ceux  allégués à  l'appui  de  la demande d'asile déposée en J._______  (décès  du  père  de  l'intéressé,  tué  lors  d'une  agression  par  des  musulmans;  agression dont  l'intéressé aurait été  rendu  responsable par  les autorités  syriennes).  Invité à s'exprimer sur ces divergences,  l'intéressé a – dans  son courrier du 25 avril 2008 – déclaré qu'il avait été emprisonné de 1993  à  1996 pour  avoir  brûlé  le  drapeau national  arboré  par  l'école  qui  avait  exclu son fils, en raison du statut de ce dernier. Dans ce même courrier,  l'intéressé a nié avoir déposé une demande d'asile en J._______ en 1997  déjà,  affirmant  au  contraire  avoir  séjourné  dans  ce  pays  de  2002  à  fin  2005. Le Tribunal n'a aucune raison de mettre en doute les dates figurant  sur  les  documents  transmis  par  les  autorités  J._______  (cf.  lettre G  ci­ dessus). Cela  étant,  il  constate  qu'en  retenant  la  version  présentée  par  l'intéressé,  cela  signifierait  qu'il  aurait  encore  vécu en Syrie  près de  six  ans  après  sa  remise  en  liberté,  sans  subir  de  préjudices  particuliers  et  déterminants au regard de l'art. 3 LAsi de la part des autorités syriennes.

E­3201/2009 Page 9 3.2. S'agissant des  résultats de  l'enquête menée par  voie diplomatique,   le Tribunal en  reconnaît certes  le caractère succinct et schématique, ce  qui n'implique pas pour autant que les données recueillies soient fausses.  Cela étant, force est de constater – au vu des incohérences dans le récit  de  l'intéressé  –  que  ces  résultats  sont  sans  incidence  sur  l'issue  de  la  présente cause.  3.3.  3.3.1. Quant à  la situation des Kurdes,  le Tribunal  rappelle que  la Syrie  compte  1,5  ou  2  millions  de  Kurdes,  qui  tous  connaissent  une  discrimination  d'ordre  culturel,  aucune  publication  ou  enseignement  en  langue  kurde  n'étant  autorisés.  La  situation  est  cependant  plus  difficile  encore pour 120 000 à 200 000 d'entre eux (selon les diverses sources),  qui  descendent  de  personnes  privées  de  la  nationalité  syrienne  depuis  une décision dans ce sens du gouvernement, remontant au recensement  de 1962 ; ils sont qualifiés de "ajanib" (étrangers), ont le statut d'étrangers  résidant  légalement  en  Syrie,  et  sont  titulaires  d'une  pièce  d'identité  spéciale,  de  couleur  orange,  qui  leur  interdit  de  quitter  le  territoire. Ces  personnes  sont  exposées à plusieurs discriminations  :  elles ne peuvent  accéder à certaines formations et professions, ni à la fonction publique, et  que limitativement aux soins médicaux ; en outre, elles n'ont pas droit aux  titres  universitaires,  ni  à  la  propriété  foncière,  et  leur  droit  au  mariage  avec des nationaux syriens est limité. Plus  grave  encore  est  la  situation  des  "maktumin"  (terme  signifiant  "inexistant"  ou  "caché"),  descendant  de  personnes  non  recensées  en  1962, au nombre de 75 000 ou 100 000, ils ne possèdent pas d'existence  légale, et ne peuvent en conséquence se marier ; ils ne peuvent recevoir  de  pièce  d'identité,  mais  uniquement  une  attestation  délivrée  par  les  autorités  municipales  (cf.  OSAR,  Syrie,  Mise  à  jour  :  développements  actuels, août 2008 ; idem, Syrien : Update des Entwicklung von Mai 2004  bis September 2006, octobre 2006 ; Home Office, Syria, février 2009 ; US  State Department, Country Report on human Rights Practices, mars 2009  ;  Université  de  Laval,  L'aménagement  linguistique  dans  le  monde,  accessible sous http://www.tlfq.ulaval.ca/axl). Malgré  les annonces faites  périodiquement par le gouvernement, la reconnaissance de la nationalité  syrienne  à  ces  deux  catégories  n'a  jamais  été  mise  en  oeuvre,  voire  sérieusement  envisagée  (cf.  US  State  Department,  op.  cit.),  du  moins  jusqu'à tout récemment puisqu'en date du 7 avril 2011, le président syrien  a  émis  un  décret  octroyant  la  citoyenneté  syrienne  aux  Kurdes  de  Al  Hasaka.

E­3201/2009 Page 10 3.3.2. La jurisprudence en matière d'asile s'est plusieurs fois penchée sur  la  situation  de  ces  catégories  particulières,  et  également  sur  celles  des  activistes  kurdes  syriens  politiquement  engagés.  Il  en  ressort  (cf.  Jurisprudence  et  informations  de  l'ancienne  Commission  suisse  de  recours  en  matière  d’asile  [JICRA]  2002  n°  23  p.  182ss)  que  la  seule  appartenance au groupe des  "maktumin", et a  fortiori des  "ajanib", n'est  pas en soi une cause de persécution, et ne rend pas l'exécution du renvoi  inexigible ; le fait pour eux de se voir entravés dans plusieurs actes de la  vie  quotidienne  n'est  pas  de  nature  à  être  qualifié  de  persécution,  les  conditions posées à cet égard par  l'art. 3 LAsi n'étant pas  remplies. Un  risque  de  persécution  ne  découlerait  en  pratique  que  d'une  activité  politique personnelle, revêtant une certaine intensité et montrant un degré  d'engagement élevé (cf. JICRA 2005 n° 7 consid. 7.2.1, p. 70­71  ; arrêt  D­6922/2008 du 9 juin 2010). Sont donc surtout exposés à la persécution  les  activistes  particulièrement  connus  des  autorités,  ou  les  cadres  des  mouvements  interdits  (à  l'exception  des  principaux  dirigeants,  protégés  par  leur  notoriété),  ainsi  que  les  personnes  ayant  activement  milité  en  exil, mais non les simples membres de ces mouvements. 3.3.3. Dans  le présent cas, ainsi que cela  ressort du point 3.3.1  in  fine,  l'intéressé  peut  requérir  pour  son  bénéfice  l'application  du  décret  promulgué le 7 avril 2011 en faveur des Kurdes originaires de Al Hasaka.  Il  n'est  donc  –  en  principe  –  plus  considéré  comme  un  "maktumin".  Toutefois,  le Tribunal ne pouvant exclure une non application du décret  promulgué  en  date  du  7  avril  2011,  en  raison  des  troubles  qui  agitent  actuellement  la  Syrie,  il  estime  adéquat  de  se  prononcer  sur  cette  question dans  le présent cas. Or, sous cet angle,  il apparaît que seules  sont  exposés  à  la  persécution  des  autorités  syriennes  les  personnes  présentant  un  profil  bien  particulier  (cf.  point  3.3.2  ci­avant),  conditions  qui ne sont pas remplies par l'intéressé.  Il s’ensuit que le recours, en tant qu’il conteste le refus de l’asile, doit être  rejeté. 4.  4.1. Lorsqu’il rejette la demande d’asile ou qu’il refuse d’entrer en matière  à ce sujet, l’ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en  ordonne  l’exécution ;  il  tient  compte  du  principe  de  l’unité  de  la  famille  (art.  44  al.  1  LAsi).  Le  renvoi  ne  peut  être  prononcé,  selon  l’art.  32  de  l’ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l’asile relative à la procédure (OA 1,  RS 142.311),  lorsque  le  recourant  d’asile  dispose  d’une  autorisation  de 

E­3201/2009 Page 11 séjour  ou  d’établissement  valable,  ou  qu’il  fait  l’objet  d’une  décision  d’extradition ou d’une décision de renvoi conformément à  l’art. 121 al. 2  de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101). 4.2.  Aucune  exception  à  la  règle  générale  du  renvoi  n’étant  en  l’occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette  mesure. 4.3. Pour le reste, le Tribunal prend acte du prononcé par l'ODM, en date  du  9  juin  2011,  de  l'admission  provisoire  de  l'intéressé  au  motif  de  l'inexigibilité de l'exécution de son renvoi en l'état actuel. 5.  En définitive,  le  recours  doit  être  rejeté,  dans  la mesure  où  il  n'est  pas  devenu sans objet. 6.  Au  vu  de  l’issue  de  la  cause,  il  y  aurait  lieu  de  mettre  des  frais  de  procédure réduits à la charge du recourant, conformément aux art. 63 al.  1 PA et 2 e 3 let. b du règlement du 21 février 2008 concernant les frais,  dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif  fédéral  (FITAF,  RS  173.320.2).  Toutefois,  ce  dernier  ayant  été  mis  au  bénéfice  de  l'assistance judiciaire partielle, il est statué sans frais. 7.  Le recourant, qui aurait probablement obtenu partiellement gain de cause  si  le  recours  en matière  d'exécution  du  renvoi  n'était  pas  devenu  sans  objet, a droit à des dépens réduits (cf. art. 5 et 15 FITAF). En  l'absence  d'un  décompte  de  prestations,  ils sont  fixés  en  considération  des  frais  utiles et nécessaires à la cause, ex aequo et bono, à Fr. 400.­.   

E­3201/2009 Page 12 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est rejeté dans la mesure où il n'est pas devenu sans objet. 2.  Il est statué sans frais. 3.  L'ODM est invité à verser au recourant un montant de Fr. 400.­ à titre de  dépens. 4.  Le  présent  arrêt  est  adressé  au  recourant,  à  l’ODM  et  à  l’autorité  cantonale compétente. La présidente du collège : La greffière : Jenny de Coulon Scuntaro Astrid Dapples Expédition :

E-3201/2009 — Bundesverwaltungsgericht 21.09.2011 E-3201/2009 — Swissrulings