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Bundesverwaltungsgericht 31.10.2011 E-2595/2011

31 octobre 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·1,336 mots·~7 min·2

Résumé

Asile et renvoi | Asile et renvoi; décision de l'ODM du 7 avril 2011

Texte intégral

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour V E­2595/2011 Arrêt   d u   3 1   octobre   2011 Composition François Badoud (président du collège),  Gabriela Freihofer, Jean­Pierre Monnet, juges, Antoine Willa, greffier. Parties A._______, née le (…),  Togo,   représentée par (…), Swiss­Exile, (…), recourante,  contre Office fédéral des migrations (ODM), Quellenweg 6, 3003 Berne,    autorité inférieure. Objet Asile et renvoi ; décision de l'ODM du 7 avril 2011 /  N (…).

E­2595/2011 Page 2 Faits : A.  Le 22 octobre 2009, A._______ a déposé une demande d'asile auprès du  centre d'enregistrement et de procédure (CEP) de Vallorbe. B.  La  requérante a déclaré qu'elle avait habité au village de  (...)  jusqu'à  la  mort de son mari, en 2001, et y avait vécu de son  travail de couturière.  Elle serait ensuite allée vivre à Lomé avec son fils B._______, militaire de  profession, et la famille de ce dernier. En  avril  2005,  l'intéressée  aurait  été  accostée  par  des  soldats,  ou  des  miliciens du parti gouvernemental RPT, qui  l'auraient  interrogée sur son  fils  ;  ils  l'auraient malmenée.  Prévenu  des  événements,  le  fils,  qui  était  actif  dans  l'opposition,  aurait  aussitôt  décidé  d'emmener  sa mère  et  sa  famille à Accra, au Ghana ; tous y seraient ensuite restés, hébergés par  un dénommé C._______, ami du  fils  de  la  requérante.  Lui­même aurait  fait des allers et retours au Togo. B._______ aurait  été  blessé par  balle  au Ghana par  des  inconnus,  liés  selon  la  requérante au gouvernement  togolais  ;  il  serait mort  le 15 août  2008.  Bien  que  ne  rencontrant  pas  de  problèmes  à Accra,  l'intéressée,  traumatisée par la mort de son fils, aurait craint d'être recherchée par les  autorités  togolaises, et aurait décidé de quitter  le pays ; elle aurait  reçu,  pour  ce  faire,  l'aide  de  l'organisation  des  Témoins  de  Jéhovah.  Avec  l'assistance  de  son  accompagnatrice,  munie  d'un  passeport  d'emprunt,  elle  aurait  quitté  Accra  par  avion  pour  un  pays  inconnu,  le  21  octobre  2009, avant de rejoindre la Suisse. C.  Par décision du 7 avril 2011, l'ODM a rejeté la demande d'asile déposée  par  l'intéressée  et  a  prononcé  son  renvoi  de  Suisse,  tant  en  raison  du  manque de pertinence que de l'invraisemblance de ses motifs. D.  Interjetant recours contre cette décision, le 4 mai 2011, A._______ a fait  grief à  l'ODM de n'avoir pas éclairci  la question de son mauvais état de  santé, qu'elle avait évoqué lors de ses auditions. Elle a fait valoir que la  situation au Togo restait tendue, et qu'elle pouvait être en danger en tant 

E­2595/2011 Page 3 que mère d'un opposant connu ; quand bien même elle ne courrait plus  de  risques,  le  traumatisme  subi  devait  lui  permettre  d'obtenir  l'asile.  La  recourante a  relativisé  le manque de précision de ses dires, et a  relevé  qu'elle ne disposait plus au Togo d'aucun réseau familial. Elle a conclu à  l'octroi  de  l'asile  et  au  non­renvoi  de  Suisse,  et  a  requis  l'assistance  judiciaire partielle. L'intéressée  a  produit  un  rapport médical  du  6 mai  2001,  qui  constatait  chez elle l'existence d'un trouble anxio­dépressif réactionnel, ainsi que de  diverses douleurs articulaires en évolution défavorable  ; elle prenait des  médicaments antalgiques, et un soutien psychologique était à prévoir. La  recourante a encore déposé l'avis de décès de son fils, daté du 16 août  2008, et une attestation signée, le 29 avril 2011, de D._______ ; selon ce  dernier,  herboriste  traditionnel,  il  avait  soigné,  jusqu'à  sa mort  le  fils  de  l'intéressée, qui laissait une veuve et trois enfants. Selon  un  rapport médical  postérieur,  daté  du  17 mai  2011,  l'intéressée  était  traitée depuis  le mois précédent pour un syndrome de stress post­ traumatique (PTSD), qui pouvait se chroniciser  faute de traitement  ; elle  recevait un soutien psychologique, ainsi qu'un traitement médicamenteux. E.  Par  ordonnance  du  10  mai  2011,  le  Tribunal  administratif  fédéral             (le  Tribunal)  a  dispensé  la  recourante  du  versement  d'une  avance  de  frais,  la  décision  sur  l'assistance  judiciaire  partielle  étant  renvoyée  à  l'arrêt de fond. F.  Invité à se prononcer sur  le recours,  l'ODM en a préconisé  le rejet dans  sa  réponse du 8 septembre 2011,  l'intéressée pouvant être  traitée dans  son  pays  d'origine,  moyennant  une  aide  au  retour  appropriée  (le  cas  échéant, après intervention chirurgicale en Suisse), et ne se trouvant pas  dans  un  état  à  ce  point  grave  qu'il  permettrait  d'exclure  l'exécution  du  renvoi. Faisant  usage  de  son  droit  de  réplique,  le  26  septembre  suivant,  la  recourante  a  insisté  sur  la  gravité  du  traumatisme  enduré,  les  frais  du  traitement à suivre et l'absence de réseau familial au Togo. Selon rapport  médical du 30 septembre 2011, elle avait subi une hystérectomie. Touchée  en  outre  par  un  probable  PTSD,  son  état  psychologique  était  stationnaire ; elle était suivie ambulatoirement, son pronostic vital n'étant 

E­2595/2011 Page 4 pas  engagé  en  cas  de  retour.  Par  ailleurs,  l'intéressée  était  atteinte  de  douleurs  articulaires  fluctuantes,  d'une  hypothyroïdie  et  d'une  hyperglycémie non diabétique. Droit : 1.  1.1.  Le  Tribunal,  en  vertu  de  l’art.  31  de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF,  RS  173.32),  connaît  des  recours  contre les décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre  1968  sur  la  procédure  administrative  (PA,  RS  172.021)  prises  par  les  autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF. En particulier, les décisions rendues par l’ODM concernant l’asile peuvent  être contestées, par renvoi de l’art. 105 de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile  (LAsi, RS 142.31), devant  le Tribunal,  lequel statue alors définitivement,  sauf demande d’extradition déposée par l’Etat dont le requérant cherche  à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal  fédéral [LTF, RS 173.110]). 1.2. La recourante a qualité pour recourir. Présenté dans la forme et dans  les délais prescrits par la loi, le recours est recevable (art. 48 et 52 PA et  108 al. 1 LAsi). 2.  2.1. Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d’origine ou dans  le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices  ou craignent à juste titre de l’être en raison de leur race, de leur religion,  de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou  de  leurs  opinions  politiques.  Sont  notamment  considérées  comme  de  sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l’intégrité corporelle ou  de  la  liberté,  de  même  que  les  mesures  qui  entraînent  une  pression  psychique  insupportable.  Il  y  a  lieu  de  tenir  compte  des motifs  de  fuite  spécifiques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi). Quiconque demande  l’asile  (recourant) doit prouver ou du moins  rendre  vraisemblable qu’il est un réfugié. La qualité de réfugié est vraisemblable  lorsque l’autorité estime que celle­ci est hautement probable. Ne sont pas 

E­2595/2011 Page 5 vraisemblables notamment  les allégations qui, sur des points essentiels,  ne  sont  pas  suffisamment  fondées,  qui  sont  contradictoires,  qui  ne  correspondent pas aux faits ou qui reposent de manière déterminante sur  des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7 LAsi). 3.  3.1.  En  l’occurrence,  l'intéressée  n'a  pas  été  en  mesure  d'établir  la  crédibilité et le sérieux de ses motifs. 3.2. En effet, si le fils de la recourante est bien décédé au Ghana en août  2008, aucun élément n'atteste de ses éventuelles activités d'opposition,  ni  des  circonstances  de  son  décès  ;  l'attestation  de  D._______  ne  fait  d'ailleurs pas mention d'une blessure par balle. Dans ce contexte, il n'est  pas crédible que l'intéressée, après le départ de la famille au Ghana, n'ait  rien appris sur l'engagement de son fils. De manière générale, comme l'a  relevé  l'ODM,  le  récit  de  la  recourante  sur  les  événements  survenus  jusqu'à  son  départ  pour  la  Suisse,  ainsi  que  sur  son  voyage,  se  caractérise par un défaut de consistance et une imprécision que ne suffit  pas à justifier son manque d'instruction ; tel est en particulier le cas de la  description  de  son  altercation  avec  plusieurs  militaires  au  printemps  2005, vague et dépourvue de tout détail vérifiable. En outre,  quand bien même B._______ aurait  été  tué pour des  raisons  politiques, il n'y a aucune raison de penser que sa mère courrait un risque  quelconque  en  raison  de  ce  seul  lien  de  parenté  ;  en  effet,  on  ne  voit  guère comment les autorités togolaises l'auraient identifiée, à la suite d'un  bref contrôle de police survenu il y a six ans, ni pour quel motif particulier,  elles auraient  cherché à  s'en prendre à elle,  en  la  poursuivant  jusqu'au  Ghana,  où  la  veuve  et  les  enfants  de  B._______  se  trouvent  d'ailleurs  toujours. 3.3.  La  situation  prévalant  au  Togo  s'est  en  outre  modifiée  depuis  le  départ  de  l'intéressée.  Après  les  troubles  graves  qui  ont  marqué  le  printemps  2005,  après  le  décès  de  l'ancien  président  Eyadema,  des  élections  législatives  ont  désigné,  en  octobre  2007,  un  nouveau  Parlement ; le président Faure Gnassingbe a été réélu en mars 2010, lors  d'un  scrutin  régulier.  Les  partis  d'opposition  sont  autorisés  et  mènent  leurs  activités  librement.  Les  arrestations  motivées  par  des  raisons  politiques sont devenues beaucoup plus  rares  ; en 2010, une quinzaine  de  militants  actifs  de  partis  d'opposition  ont  été  arrêtés  et  détenus 

E­2595/2011 Page 6 arbitrairement, mais  ont  été  relâchés  après  quelques  semaines  (cf.  US  Department  of  State,  Country  Reports  on  Human  Rights  Practices,  mars 2011). 3.4. L'intéressée argue certes que la gravité du traumatisme subi devrait  lui valoir la qualité de réfugié, malgré les changements de la situation au  Togo  ;  elle  se  réfère  ainsi  à  l'art.  1C  ch.  5  al.  2  de  la  convention  du  28 juillet  1951  relative  au  statut  des  réfugiés  (Conv.  réfugiés,  RS  0.142.30),  selon  qui  un  tel  changement  n'est  pas  opposable  à  la  personne qui peut invoquer, pour refuser de se réclamer de la protection  du pays dont elle a  la nationalité, des  raisons  impérieuses  tenant à des  persécutions antérieures. Cette argumentation  tombe à  faux. En effet,  le Tribunal constate que  le  traumatisme  touchant  l'intéressée  ne  provient manifestement  pas  d'une  persécution  l'ayant  personnellement  visée.  De  plus,  seuls  peuvent  invoquer la disposition en cause ceux qui ont fui leur pays pour échapper  à des formes atroces de persécution et qui, au moment de leur arrivée en  Suisse,  répondent à  toutes  les conditions mises à  la  reconnaissance de  la  qualité  de  réfugié  ;  ce  n'est  que  dans  ce  cadre  que  le  traumatisme  consécutif à la persécution peut être prise en considération en raison de  difficultés  sérieuses  à  un  reconditionnement  psychologique  (cf.  Juris­ prudence et informations de la Commission suisse de recours en matière  d’asile  [JICRA] 1999 n° 7 consid. 4a p. 47 et réf. citées ; ATAF 2007/31  consid. 5.4 p. 380­381). Tel n'est pas le cas de la recourante ; en effet, sans vouloir minimiser le  choc causé par la mort de son fils, le Tribunal ne peut que constater que  son état n'est pas d'une telle gravité qu'il  justifie  l'application de  l'art. 1C  ch. 5 al. 2 Conv. réfugiés (cf. consid. 7 ci­dessous). De plus, comme déjà  relevé, aucun acte de persécution ne l'a touchée personnellement. 3.5. Il s’ensuit que le recours, en tant qu’il conteste le refus de l’asile, doit  être rejeté. 4.  4.1. Lorsqu’il rejette la demande d’asile ou qu’il refuse d’entrer en matière  à ce sujet, l’ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en  ordonne  l’exécution ;  il  tient  compte  du  principe  de  l’unité  de  la  famille  (art.  44  al.  1  LAsi).  Le  renvoi  ne  peut  être  prononcé,  selon  l’art.  32  de  l’ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l’asile relative à la procédure (OA 1, 

E­2595/2011 Page 7 RS 142.311),  lorsque  le  recourant  d’asile  dispose  d’une  autorisation  de  séjour  ou  d’établissement  valable,  ou  qu’il  fait  l’objet  d’une  décision  d’extradition ou d’une décision de renvoi conformément à  l’art. 121 al. 2  de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101). 4.2.  Aucune  exception  à  la  règle  générale  du  renvoi  n’étant  en  l’occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette  mesure. 5.  5.1. L’exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnablement  exigible  et  possible  (art.  44  al.  2  LAsi).  Si  ces  conditions  ne  sont  pas  réunies, l’admission provisoire doit être prononcée. Celle­ci est réglée par  l’art. 84 de  la  loi  fédérale sur  les étrangers du 16 décembre 2005 (LEtr,  RS  142.20),  entrée  en  vigueur  le  1er  janvier  2008.  Cette  disposition  a  remplacé  l’art.  14a  de  l’ancienne  loi  fédérale  du  26  mars  1931  sur  le  séjour et l’établissement des étrangers (LSEE). 5.2. L’exécution n’est pas  licite  lorsque  le  renvoi de  l’étranger dans son  Etat d’origine ou de provenance ou dans un Etat  tiers est  contraire aux  engagements  de  la  Suisse  relevant  du  droit  international  (art.  83  al.  3  LEtr). Aucune personne ne peut être contrainte, de quelque manière que  ce soit, à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa  liberté  serait  menacée  pour  l’un  des  motifs  mentionnés  à  l’art.  3  al.  1  LAsi, ou encore d’où elle  risquerait d’être astreinte à se  rendre dans un  tel pays (art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut être soumis à  la  torture ni à des  peines ou  traitements  inhumains ou dégradants  (art. 3 de  la convention  du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés  fondamentales [CEDH, RS 0.101]). 5.3. L’exécution de  la décision peut ne pas être raisonnablement exigée  si  le  renvoi  ou  l’expulsion  de  l’étranger  dans  son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple  en  cas  de  guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée  ou  de  nécessité  médicale (art. 83 al. 4 LEtr). 5.4. L’exécution n’est pas possible  lorsque l’étranger ne peut pas quitter  la  Suisse  pour  son  Etat  d’origine,  son  Etat  de  provenance  ou  un  Etat  tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr).

E­2595/2011 Page 8 6.  6.1. L’exécution du renvoi est illicite,  lorsque la Suisse, pour des raisons  de droit  international public, ne peut contraindre un étranger à se rendre  dans  un  pays  donné  ou  qu’aucun  autre  Etat,  respectant  le  principe  du  non­refoulement,  ne  se  déclare  prêt  à  l’accueillir ;  il  s’agit  d’abord  de  l’étranger  reconnu  réfugié,  mais  soumis  à  une  clause  d’exclusion  de  l’asile, et ensuite de l’étranger pouvant démontrer qu’il serait exposé à un  traitement prohibé par l’art. 3 CEDH ou encore l’art. 3 de la convention du  10  décembre  1984  contre  la  torture  et  autres  peines  ou  traitements  cruels,  inhumains ou dégradants (Conv. torture, RS 0.105) (Message du  Conseil  fédéral  à  l’appui  d’un  arrêté  fédéral  sur  la  procédure  d’asile  [APA], du 25 avril 1990, in : FF 1990 II 624). 6.2.  L’exécution  du  renvoi  ne  contrevient  pas  au  principe  de  non­refoulement de l’art. 5 LAsi. Comme exposé plus haut, la recourante  n'a pas rendu vraisemblable qu’en cas de retour dans son pays d’origine,  elle serait exposée à de sérieux préjudices au sens de l’art. 3 LAsi. 6.3. En ce qui concerne les autres engagements de la Suisse relevant du  droit international, il sied d’examiner particulièrement si l’art. 3 CEDH, qui  interdit la torture, les peines ou traitements inhumains, trouve application  dans le présent cas d’espèce. 6.4. Si l’interdiction de la torture, des peines et traitements inhumains (ou  dégradants)  s’applique  indépendamment  de  la  reconnaissance  de  la  qualité  de  réfugié,  cela  ne  signifie  pas  encore  qu’un  renvoi  ou  une  extradition serait prohibée par le seul fait que dans le pays concerné des  violations  de  l’art.  3  CEDH  devraient  être  constatées ;  une  simple  possibilité  de  subir  des  mauvais  traitements  ne  suffit  pas.  Il  faut  au  contraire  que  la  personne  qui  invoque  cette  disposition  démontre  à  satisfaction  qu’il  existe  pour  elle  un  véritable  risque  concret  et  sérieux  d’être victime de tortures, ou de traitements inhumains ou dégradants en  cas de renvoi dans son pays. Il en ressort qu’une situation de guerre, de  guerre  civile,  de  troubles  intérieurs  graves  ou  de  tension  grave  accompagnée de violations des droits de l’homme ne suffit pas à justifier  la  mise  en œuvre  de  la  protection  issue  de  l’art.  3  CEDH,  tant  que  la  personne  concernée  ne  peut  rendre  hautement  probable  qu’elle  serait  visée  personnellement  –  et  non  pas  simplement  du  fait  d’un  hasard  malheureux  –  par  des  mesures  incompatibles  avec  la  disposition  en  question (JICRA 1996 n° 18 consid. 14b let. ee p. 186s).

E­2595/2011 Page 9 En l’occurrence, le Tribunal relève que l'intéressée, comme constaté plus  haut,  n'a  pas  rendu  crédible  la  haute  probabilité  d'un  risque  de  cette  nature.  Dès  lors,  l’exécution  du  renvoi  de  la  recourante  sous  forme  de  refoulement ne transgresse aucun engagement de la Suisse relevant du  droit international, de sorte qu’elle s’avère licite (art. 44 al. 2 LAsi et 83 al.  3 LEtr). 7.  7.1. Selon l’art. 83 al. 4 LEtr,  l’exécution de la décision peut ne pas être  raisonnablement exigée si le renvoi ou l’expulsion de l’étranger dans son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou  de  nécessité médicale. Cette  disposition  s’applique  en  premier  lieu  aux  « réfugiés de la violence », soit aux étrangers qui ne remplissent pas les  conditions  de  la  qualité  de  réfugié  parce  qu’ils  ne  sont  pas  personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de  guerre civile ou de violence généralisée, et ensuite aux personnes pour  qui  un  retour  reviendrait  à  les  mettre  concrètement  en  danger,  notamment parce qu’elles ne pourraient plus recevoir les soins dont elles  ont  besoin.  L’autorité  à  qui  incombe  la  décision  doit  donc  dans  chaque  cas confronter  les aspects humanitaires  liés à  la situation dans  laquelle  se  trouverait  l’étranger  concerné  dans  son  pays  après  l’exécution  du  renvoi à  l’intérêt public militant en  faveur de son éloignement de Suisse  (ATAF  2009/52  consid.  10.1,  ATAF  2008/34  consid.  11.2.2  et  ATAF  2007/10 consid. 5.1). 7.2.  Il est notoire que  le Togo ne connaît plus une situation de  troubles  civils  ou  de  violence  généralisée  qui  permettrait  d’emblée  –  et  indépendamment  des  circonstances  du  cas  d’espèce  –  de  présumer,  à  propos  de  tous  les  ressortissants  du  pays,  l’existence  d’une  mise  en  danger concrète au sens de l’art. 83 al. 4 LEtr. 7.3. En  outre,  il  ne  ressort  du  dossier  aucun  élément  dont  on  pourrait  inférer  que  l’exécution  du  renvoi  impliquerait  une  mise  en  danger  concrète de la recourante. 7.3.1. En effet, bien que la recourante soit âgée de 56 ans et ne semble  plus disposer d'un réseau social ou familial à Lomé, le Tribunal constate  toutefois qu'elle est au bénéfice d’une longue expérience professionnelle  de couturière et pourra ainsi disposer d'une autonomie économique ; elle 

E­2595/2011 Page 10 pourra en outre bénéficier d'une certaine assistance de l'association des  Témoins  de  Jéhovah,  qui  lui  a  apporté  un  soutien  constant  durant  la  période précédant  son départ. De plus,  sa mère,  sa  sœur et  un  cousin  résident  toujours  dans  son  village natal  de  (...),  où  elle  a  passé  le  plus  clair  de  son  existence  et  a  été  professionnellement  active  ;  il  est  donc  hautement  probable  qu'elle  y  dispose  toujours  d'un  réseau  social  adéquat.  Elle  ne  se  trouvera  donc  pas  privée  de  tout moyen  de  survie  après son retour au pays. De plus, l'intéressée n'a quitté le continent africain que depuis deux ans,  ce qui facilitera sa réinstallation, comme le laisse d'ailleurs entendre son  médecin (v. ci­dessous). 7.3.2. S'agissant de ses problèmes de santé,  il  faut  retenir que selon  le  plus  récent  rapport  médical,  l'intéressée  ne  souffre  pas  de  troubles  physiques  graves,  qui  ne  pourraient  être  traités  par  médicaments  disponibles dans le cadre d'une aide au retour adéquate ; l'hystérectomie  que les médecins tenaient pour nécessaire a été menée à bien. Quant  à  son état  psychique,  il  est  pour  l'heure  stationnaire,  l'intéressée  ne faisant plus l'objet que d'un suivi ambulatoire ; le thérapeute considère  d'ailleurs que le pronostic vital n'est pas engagé, et qu'un retour dans un  "climat culturel familier" ne peut qu'être bénéficiaire à la recourante. 7.4. Pour  ces motifs,  l’exécution  du  renvoi  doit  être  considérée  comme  raisonnablement exigible. 8.  Enfin,  la  recourante  est  en  mesure  d’entreprendre  toute  démarche  nécessaire auprès de  la représentation de son pays d’origine en vue de  l’obtention de documents de voyage  lui  permettant de quitter  la Suisse.  L’exécution  du  renvoi  ne  se  heurte  donc  pas  à  des  obstacles  insurmontables  d’ordre  technique  et  s’avère  également  possible  (cf.  ATAF 2008/34 consid. 12 p. 513­515). 9.  Il  s’ensuit  que  le  recours,  en  tant qu’il  conteste  la décision de  renvoi  et  son exécution, doit être également rejeté.

E­2595/2011 Page 11 10.  L'intéressée  étant  dénuée  de  ressources,  et  le  recours  n'étant  pas  manifestement dénué de chances de succès, il y a lieu de donner suite à  la requête d'assistance judiciaire partielle (art. 65 al. 1 PA). (dispositif page suivante)  

E­2595/2011 Page 12 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est rejeté. 2.  La requête d'assistance judiciaire partielle est admise ; il n'est pas perçu  de frais. 3.  Le présent arrêt est adressé au mandataire de la recourante, à l’ODM et  à l’autorité cantonale compétente. Le président du collège : Le greffier : François Badoud Antoine Willa Expédition :

E-2595/2011 — Bundesverwaltungsgericht 31.10.2011 E-2595/2011 — Swissrulings