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Bundesverwaltungsgericht 18.10.2011 E-2451/2011

18 octobre 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·2,574 mots·~13 min·1

Résumé

Asile (non-entrée en matière / safe country) et renvoi | Asile (non-entrée en matière) et renvoi; décision de l'ODM du 14 avril 2011

Texte intégral

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour V E­2451/2011   Arrêt   d u   1 8   octobre   2011 Composition François Badoud (président du collège),  Gérald Bovier, Muriel Beck Kadima, juges, Chrystel Tornare Villanueva, greffière. Parties A._______, né le (…), B._______, né le (…), C._______, né le (…), Macédoine,  représentés par le Service d'Aide Juridique aux Exilé­e­s (SAJE), en la personne de (…), recourants,  contre Office fédéral des migrations (ODM),  Quellenweg 6, 3003 Berne,    autorité inférieure. Objet Exécution du renvoi ; décision de l'ODM du 15 avril 2011  (non­entrée en matière) / N (…).

E­2451/2011 Page 2 Fait : A.  Le  26  septembre  2003,  A._______  a  déposé  une  première  demande  d’asile en Suisse. Il a alors allégué qu'il avait été convoqué, en septembre  2003, pour effectuer  son service militaire et  qu'il  avait  fui  la  caserne de  (...), où il avait été enregistré. Par décision du 25 novembre 2003, l'Office  fédéral des réfugiés (ODR, actuellement ODM), se fondant sur l'art. 34 al.  1 de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile (LAsi, RS 142.31), n'est pas entré en  matière  sur  la  demande  de  l'intéressé  et  a  prononcé  son  renvoi  de  Suisse.  Le 26 mars 2004,  l'ancienne Commission  suisse de  recours en  matière  d'asile  (CRA)  a  rejeté  le  recours  interjeté  contre  la  décision  précitée. Le 24 mai 2004,  la CRA a déclaré  irrecevable  la demande de  révision déposée par l'intéressé. A._______ a disparu le 1er février 2005. B.  Le 6  juin 2005, A._______ a déposé une deuxième demande d’asile. A  cette occasion, il a déclaré qu'il était retourné en Macédoine au début de  l'année  2005  et  y  avait  exercé  l'activité  de  (...).  Toutefois,  pour  des  raisons économiques, il serait revenu en Suisse. Il a ajouté que, quelques  semaines  avant  son  départ,  il  avait  reçu  un mandat  d'arrêt  car  il  s'était  battu avec un concurrent. Par décision du 20 juin 2005, l'ODM, se fondant  sur l'art. 32 al. 2 let. e LAsi, n'est pas entré en matière sur la demande et  a prononcé  le  renvoi de  l'intéressé. Celui­ci a  renoncé à  recourir  contre  cette décision, qui est entrée en  force  le 23  juin 2005. Le 23 septembre  2005,  l'intéressé  est  rentré  en  Macédoine,  dans  le  cadre  de  l'aide  au  retour volontaire. C.  Le  19  janvier  2011,  A._______  et  ses  deux  enfants  issus  d'un  premier  mariage,  B._______  et  C._______,  ainsi  que  son  épouse,  D._______,  l'enfant  de  celle­ci  d'un  premier  mariage,  E._______,  et  leur  enfant  commun, F._______, ont déposé une demande d'asile au Centre de (…). Entendus  sommairement  lors  des  auditions  audit  centre,  le  31  janvier  2011 ainsi que le 1er février 2011, et plus particulièrement sur leurs motifs  d'asile,  lors  des  auditions  du  9  février  2011,  A._______  et  son  fils,  B._______,  ont  déclaré  être  d'ethnie  rom  et  avoir  vécu  à  (...).     A._______  a  indiqué  être  marié  avec  D._______  depuis  le 27 janvier 

E­2451/2011 Page 3 2010. A._______ a précisé que son fils B._______ souffrait d'un handicap  mental et que lui­même était malentendant. A._______  aurait  participé  à  des  manifestations  du  (…),  le  21 octobre  2010, à (...), et le 5 décembre 2010, à (...). Il aurait été battu à ces deux  occasions  par  des  fonctionnaires  en  civil.  Par  ailleurs,  il  aurait  travaillé  comme (…) sur le marché de (...), mais des fonctionnaires chargés de la  surveillance  des  marchés  lui  auraient  saisi  sa  marchandise  et  il  aurait  reçu  une  amende,  qu'il  n'aurait  pas  payée.  De  plus,  l'intéressé  aurait  souvent  eu  des  altercations  avec  ses  voisins,  ce  qui  lui  aurait  valu  de  faire  l'objet  de  recherches  policières,  raison  pour  laquelle  il  aurait  été  contraint de se cacher. Il a également précisé que les Roms étaient mal  vus et maltraités en Macédoine. B._______ a quant à lui déclaré qu'en tant que seul rom de son école, il  avait rencontré des problèmes avec ses camarades. Le  12  janvier  2011,  A._______  a  quitté  (...)  avec  sa  famille.  Les  intéressés sont entrés légalement en Suisse, le 13 janvier 2011, munis de  leurs passeports.  Ils  sont  restés  six  jours  chez de  la  parenté à  (…),  où  B._______  séjournait  déjà depuis environ deux mois,  avant  de déposer  leur demande d'asile. A._______  a  produit  son  passeport  et  sa  carte  d'identité  ainsi  que  les  passeports  de  ses  enfants  et  des  photocopies  de  leurs  actes  de  naissance.  Il a également  remis à  l'ODM une photocopie d'un  jugement  de divorce et divers documents médicaux. D.  Par  décision  du  15  avril  2011,  l’ODM n’est  pas  entré  en matière  sur  la  nouvelle demande d’asile de A._______ en application de  l’art.  32 al. 2  let. e de  la  loi du 26  juin 1998 sur  l’asile  (LAsi, RS 142.31), a prononcé  son renvoi de Suisse et a ordonné l’exécution de cette mesure. L’autorité  de  première  instance  a  constaté  que  le  recourant  avait  déjà  fait  l’objet  d’une  procédure  d’asile  qui  s’était  terminée  par  une  décision  négative.  Elle a en outre considéré que les faits qui se seraient produits depuis  la  clôture de la dernière demande n’étaient ni propres à motiver la qualité de  réfugié  du  recourant  ni  déterminants  pour  l’octroi  de  la  protection  provisoire. Enfin,  l'ODM a considéré que l'exécution du renvoi était  licite,  possible et raisonnablement exigible.  Il a précisé que  l'intéressé était en  mesure  de  subvenir  à  ses  besoins  et  à  ceux  de  sa  famille  avant  son 

E­2451/2011 Page 4 départ et qu'il  pourrait  également  compter  sur  le  soutien de son  réseau  familial  en  Suisse.  Il  a  en  outre  souligné  que  l'intéressé  et  sa  famille  percevaient  une  aide  sociale  mensuelle  en  Macédoine  et  avaient  manifestement  accès  aux  structures  de  santé  au  vu  notamment  des  documents médicaux produits.  E.  Par décision distincte du 15 avril 2011, l'ODM a rejeté la demande d'asile  de D._______, a prononcé son  renvoi de Suisse et ordonné  l'exécution  de cette mesure. F.  Par acte du 28 avril 2011, A._______ et sa famille ont recouru contre  la  décision de non­entrée en matière précitée. Ils ont conclu à l'octroi d'une  admission provisoire en  raison du caractère  inexigible de  l'exécution de  leur renvoi. Ils ont requis le bénéfice de l'assistance judiciaire partielle. Ils ont fait valoir que l'ODM n'avait pas pris en compte les problèmes de  santé  abordés  lors  de  leurs  auditions,  dans  le  cadre  de  l'examen  de  l'exigibilité de leur renvoi. Ils ont reproché à cet office de ne pas avoir fait  de recherches spécifiques sur leurs problèmes de santé, déduisant du fait  qu'ils  avaient  eu  accès  aux  structures  médicales  qu'un  suivi  thérapeutique leur serait assuré en cas de renvoi. Ils ont souligné que le  fait  d'être  roms  augmentait  encore  les  difficultés  pour  obtenir  les  soins  dont  leurs enfants avaient  impérativement besoin.  Ils  ont  soutenu qu'un  renvoi  en  Macédoine  serait  également  contraire  aux  obligations  internationales relatives aux droits de l'enfant. Ils ont précisé que, compte  tenu  des  pathologies  dont  souffraient  les  enfants,  F._______  et  B._______,  leur  intérêt  particulier  à  pouvoir  demeurer  en  Suisse  devait  l'emporter  sur  l'intérêt  public  militant  en  faveur  de  leur  éloignement  de  Suisse. A  l'appui  de  leur  recours,  ils  ont  produit  un  rapport  du  "Country  Information  Research  Centre"  (CIREC)  du  28  avril  2011  concernant  la  situation  des  enfants  roms  handicapés  en  Macédoine,  une  fiche  de  liaison  médicale  concernant  A._______,  deux  billets  pour  des  rendez­ vous chez le médecin et une lettre d'un pédiatre concernant F._______ et  E._______  indiquant  qu'"il  serait  souhaitable  que  ces  deux  enfants  et  leurs parents puissent résider en plaine pour des raisons de commodité".

E­2451/2011 Page 5 G.  Par  ordonnance  du  4  mai  2011,  le  Tribunal  administratif  fédéral  (le  Tribunal)  a  suspendu  la  procédure  de  recours  introduite  par A._______  jusqu'à  droit  connu  sur  le  sort  réservé  à  la  décision  concernant  D._______. H.  Par acte séparé du 17 mai 2011, D._______ a recouru contre la décision  de l'ODM la concernant. Elle a conclu à l'octroi d'une admission provisoire  en raison du caractère  inexigible de son renvoi. Elle a également requis  le bénéfice de l'assistance judiciaire partielle. I.  Par  deux  ordonnances  distinctes  du  24  mai  2011,  le  Tribunal  a  invité  l'ODM à indiquer quels enfants étaient inclus dans la décision concernant  A._______,  respectivement  D._______,  ceux­ci  n'ayant  été  cités  dans  aucune des deux décisions.  Le Tribunal  a  également  invité  l'ODM à  se  déterminer  sur  l'existence  d'éventuels  obstacles  à  l'exécution  du  renvoi  les concernant. J.  Par détermination du 10  juin 2011,  l'ODM a  indiqué qu'il avait pris deux  décisions  distinctes  en  raison  des  motifs  personnels  invoqués  par  D._______.  Il  a  précisé  que  les  enfants,  C._______  et  B._______,  devaient être inclus dans la décision concernant A._______, alors que les  enfants  E._______  et  F._______,  devaient  l'être  dans  celle  concernant  D._______.  Il  a  également  informé  que  deux  nouvelles  décisions  allant  dans ce sens seraient prises. Il a rappelé que la Macédoine disposait de  structures  médicales  à  même  de  prendre  en  charge  les  intéressés.  Concernant  les  problèmes  rencontrés  à  l'école  par  B._______,  il  a  souligné  que  les  déclarations  des  intéressés  à  ce  sujet  divergeaient  et  qu'il  n'existait  aucune  preuve  selon  laquelle  B._______  ne  pourrait  pas  suivre  une  scolarité  adéquate  en  Macédoine.  S'agissant  des  frais  médicaux,  l'ODM  a  souligné  qu'il  existait  en  Macédoine  un  système  d'assurance maladie qui assurait un accès général aux soins standards.  K.  Selon  le  dossier  de  l'ODM,  dit  office  a  rendu  deux  nouvelles  décisions  datées  du  10  juin  2011,  portant,  en  en­tête,  la mention  "Remplaçant  la  décision  du  15  avril  2011".  Une  décision  de  rejet  d'asile  concerne  D._______ et  les enfants, E._______ et F._______,  et  une décision de 

E­2451/2011 Page 6 non­entrée en matière concerne A._______ et les enfants, C._______ et  B._______.  Ces  décisions  sont  adressées  à  la  mandataire  des  recourants  par  courrier  recommandé  avec  avis  de  réception.  Elles  contiennent  les  mêmes  dispositifs  et  les  mêmes  considérants  que  les  premières  décisions,  exceptions  faites  de  la  citation  des  noms  des  enfants concernés par les décisions et de la mention d'une ultime date de  départ fixée au 5 août 2011 dans la décision relative à D._______. L.  Invité à prendre position sur la détermination de l'ODM, le 4 juillet 2011, le  recourant  a  soutenu  que  les  nouvelles  décisions  de  l'ODM  du  10  juin  2011 devaient être considérées comme nulles. Il a souligné que bien que  juridiquement  le  système  de  santé  public macédonien  assure  un  accès  aux soins égal pour tous les citoyens, il ne pouvait être déduit que ce soit  le cas dans la réalité. Il a reconnu que son fils, F._______, avait eu accès  à un spécialiste, mais a  indiqué qu'un suivi médical  régulier ne  lui avait  pas été assuré, notamment pour des raisons financières. Il a estimé que  la  discrimination  raciale  envers  les  Roms  constituait  également  un  problème limitant leur accès à des soins adéquats. S'agissant de son fils,  B._______,  qui  souffre  d'un  handicap  mental,  il  a  soutenu  que  l'ODM  s'était  attardé  sur  des  détails,  en  relevant  les  contradictions  ressortant  des  auditions,  et  que  les  problèmes  allégués  étaient  confirmés  par  plusieurs rapports internationaux. M.  Conformément à la requête du Tribunal, A._______ a produit,  le 11 août  2011,  une  lettre  de  son médecin  du  31 mai  2011.  Celui­ci  indique  que  l'intéressé présente une surdité de perception bilatérale depuis  l'enfance  de  degré  sévère  à  profond,  une  lésion  papillomateuse  de  la  loge  amygdalienne droite et une obstruction nasale d'origine mécanique. S'agissant de B._______ et de C._______, un spécialiste en pédiatrie a  indiqué, dans un rapport établi le 26 juillet 2011, qu'ils bénéficiaient d'une  bonne  santé  habituelle  mais  que  B._______  présentait  un  retard  staturo­pondéral et C._______ un excès pondéral. N.  Par arrêt de ce jour,  le Tribunal a rejeté  le recours interjeté par  l'épouse  du recourant contre la décision de l'ODM du 15 avril 2011.

E­2451/2011 Page 7 O.  Les autres faits et arguments de la cause seront examinés, si nécessaire,  dans les considérants en droit ci­dessous. Droit : 1.  1.1.  Le  Tribunal,  en  vertu  de  l’art.  31  de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF,  RS  173.32),  connaît  des  recours  contre les décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre  1968  sur  la  procédure  administrative  (PA,  RS  172.021)  prises  par  les  autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF. En particulier, les décisions rendues par l’ODM concernant l’asile peuvent  être  contestées,  par  renvoi de  l’art.  105 LAsi,  devant  le Tribunal,  lequel  statue alors définitivement, sauf demande d’extradition déposée par l’Etat  dont le requérant cherche à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17  juin 2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110]). 1.2. Les intéressés ont qualité pour recourir (cf. art. 48 al. 1 PA). Présenté  dans la forme (cf. art. 52 PA) et le délai (cf. art. 108 al. 2 LAsi) prescrits  par la loi, le recours est recevable. 1.3. Saisi d’un recours contre une décision de non­entrée en matière sur  une demande d’asile, le Tribunal se limite à examiner le bien­fondé d’une  telle décision (cf. Jurisprudence et informations de la Commission suisse  de recours en matière d’asile  [JICRA] 2004 n° 34 consid. 2.1. p. 240s. ;  1996 n° 5 consid. 3 p. 39 ; 1995 n° 14 consid. 4 p. 127s., et jurisp. cit.).  1.4.  Le  Tribunal  constate  que  les  motifs  d'asile  de  A._______  et  de  D._______  ne  sont  pas  en  tout  point  identiques  et  que  les  décisions  prises pour chacun d'eux par l'autorité de première instance ne sont pas  de  même  nature.  En  effet,  la  décision  concernant  A._______  est  une  décision  de  non­entrée  en  matière,  alors  que  celle  ayant  trait  à  D._______  est  une  décision  de  rejet  d'asile  et  de  renvoi.  Dans  ces  conditions, les causes ne peuvent pas être jointes.

E­2451/2011 Page 8 2.  2.1. En l'espèce, il y a lieu de relever que deux décisions successives ont  été  prises  dans  la  présente  cause,  mais  qu'elles  comportent  le  même  dispositif  et  les  mêmes  considérants.  Il  s'agit  donc  de  déterminer  l'incidence  de  la  seconde  décision,  puisque  par  celle­ci  l'ODM  entend  annuler et remplacer sa première décision. 2.2. En  vertu  de  l'effet  dévolutif  du  recours  consacré  à  l'art.  54  PA,  le  pouvoir  de  traiter  de  la  cause  passe  de  l'autorité  intimée à  l'autorité  de  recours  dès  le  dépôt  du  recours.  Cet  effet  a  pour  conséquence  que  l'autorité de première instance se voit retirer la compétence de connaître  de l'objet du litige, de sorte qu'elle ne peut en principe plus revenir sur la  décision attaquée. L'art. 58 al. 1 PA prévoit, cependant, une exception à  ce principe, en disposant que  l'autorité  inférieure  conserve  la possibilité  de procéder à un nouvel examen de  la décision attaquée  jusqu'à  l'envoi  de sa réponse. Cette exception doit être appliquée de manière restrictive  et ne se justifie que par économie de procédure, soit dans le seul intérêt  d'un règlement rapide du litige. Si l'autorité intimée procède de la sorte, le  Tribunal  continue  à  traiter  le  recours,  dans  la  mesure  où  sa  nouvelle  décision  ne  l'a  pas  rendu  sans  objet  (cf.  art.  58  al.  3  PA).  En  d'autres  termes,  la  procédure  de  recours  pendante  subsiste  tant  et  pour  autant  que  l'autorité  intimée  ne  fait  pas  droit  à  toutes  les  conclusions  du  recourant. L'autorité de recours doit alors entrer en matière sur celles qui  demeurent  litigieuses, sans que  l'intéressé doive auparavant attaquer  la  nouvelle décision (cf. ATF 113 V 237ss, ATF 107 V 250ss ; PIERRE MOOR,  Droit  administratif,  vol.  II,  2ème  éd.,  Berne  2002,  pt  5.7.3.2,  p.  678 ;  ANDREA  PLEIDERER,  in  Praxiskommentar  zum  Bundesgesetz  über  das  Verwaltungsverfahren [VwVG], Zurich/St­Gall 2008, ad art. 58 PA, n° 1 à  3 et 48 à 52, p. 1557 et 1171 ss). 2.3. Cela étant, par sa décision du 10 juin 2011, l'ODM n'a pas procédé à  un nouvel examen de celle qu'il a initialement rendue, le 15 avril 2011. En  effet,  la  seconde  décision  contient  le  même  dispositif  et  la  même  motivation  que  celle  du  15  avril  2011,  exception  faite  de  la mention  du  nom des deux enfants compris également dans la décision. Tout au plus,  la décision du 10 juin 2011 doit être comprise comme une précision quant  à  la portée de  la décision entreprise, notamment concernant  les enfants  mineurs.  Ainsi,  l'omission  de  la  mention  explicite  des  enfants  dans  la  première  décision  a  de  toute  manière  été  corrigée  à  l'occasion  de  la  détermination, respectivement de la décision du 10 juin 2011 (cf. lettre J). 

E­2451/2011 Page 9 Dans  ces  conditions,  en  prenant  formellement  une  nouvelle  décision,  l'office intimé est sorti du cadre autorisé par l'art. 58 al. 3 PA. Le Tribunal  se  doit,  dès  lors,  de  continuer  à  traiter  le  recours  interjeté  contre  la  décision du 15 avril 2011, dans  la mesure où  la seconde décision ne  l'a  pas  rendu  sans  objet.  Autrement  dit,  laissant  litigieuses  toutes  les  conclusions du recours du 28 avril 2011, la décision du 10 juin 2011 doit  être annulée. 3.  Dans  la  mesure  où  les  recourants  n'ont  pas  contesté  la  décision  prononcée  par  l'ODM en  tant  qu'elle  refuse  l'entrée  en matière  sur  leur  demande d'asile et prononce leur renvoi de Suisse, ces points ont acquis  force de chose décidée. L'objet du litige porte donc exclusivement sur la  question de l'exécution de leur renvoi. 4.  A  titre  préliminaire,  les  recourants  reprochent  à  l'ODM  de  ne  pas  avoir  instruit davantage sur  les problèmes de santé qu'ils ont allégués  lors de  leurs auditions, en particulier s'agissant de B._______. Force est toutefois  de constater que les  intéressés ont été entendus sur  leurs motifs d'asile  et  qu'ils  ont  pu  produire  les  preuves  qu'ils  estimaient  nécessaires.  En  outre,  dans  sa  décision,  l'ODM  a  considéré  que  l'état  de  santé  des  recourants  n'empêchait  pas  l'exécution  du  renvoi,  ceux­ci  ayant  manifestement accès aux structures médicales et aux spécialistes. Au vu  de  ce  qui  précède,  il  y  a  lieu  de  considérer  que  l'état  de  fait  était  suffisamment établi et il ne saurait être reproché à l'ODM de ne pas avoir  entrepris des mesures d'instruction complémentaires relatives à  l'état de  santé  des  recourants.  Au  demeurant,  dans  le  cadre  d'un  échange  d'écritures lors de la procédure de recours, l'ODM s'est encore déterminé  à ce sujet. En conséquence, ce grief doit être rejeté. 5.  5.1. L’exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnablement  exigible  et  possible  (art.  44  al.  2  LAsi).  Si  ces  conditions  ne  sont  pas  réunies, l’admission provisoire doit être prononcée. Celle­ci est réglée par  l’art. 83 de  la  loi  fédérale sur  les étrangers du 16 décembre 2005 (LEtr,  RS  142.20),  entrée  en  vigueur  le  1er  janvier  2008.  Cette  disposition  a  remplacé  l’art.  14a  de  l’ancienne  loi  fédérale  du  26  mars  1931  sur  le  séjour et l’établissement des étrangers (LSEE).

E­2451/2011 Page 10 5.2. L’exécution n’est pas  licite  lorsque  le  renvoi de  l’étranger dans son  Etat d’origine ou de provenance ou dans un Etat  tiers est  contraire aux  engagements  de  la  Suisse  relevant  du  droit  international  (art.  83  al.  3  LEtr). Aucune personne ne peut être contrainte, de quelque manière que  ce soit, à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa  liberté  serait  menacée  pour  l’un  des  motifs  mentionnés  à  l’art.  3  al.  1  LAsi, ou encore d’où elle  risquerait d’être astreinte à se  rendre dans un  tel pays (art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut être soumis à  la  torture ni à des  peines ou  traitements  inhumains ou dégradants  (art. 3 de  la convention  du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés  fondamentales [CEDH, RS 0.101]). 5.3. L’exécution de  la décision peut ne pas être raisonnablement exigée  si  le  renvoi  ou  l’expulsion  de  l’étranger  dans  son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple  en  cas  de  guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée  ou  de  nécessité  médicale (art. 83 al. 4 LEtr). 5.4. L’exécution n’est pas possible  lorsque l’étranger ne peut pas quitter  la  Suisse  pour  son  Etat  d’origine,  son  Etat  de  provenance  ou  un  Etat  tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr). 6.  6.1. L’exécution du renvoi est illicite,  lorsque la Suisse, pour des raisons  de droit  international public, ne peut contraindre un étranger à se rendre  dans  un  pays  donné  ou  qu’aucun  autre  Etat,  respectant  le  principe  du  non­refoulement,  ne  se  déclare  prêt  à  l’accueillir ;  il  s’agit  d’abord  de  l’étranger  reconnu  réfugié,  mais  soumis  à  une  clause  d’exclusion  de  l’asile, et ensuite de l’étranger pouvant démontrer qu’il serait exposé à un  traitement prohibé par l’art. 3 CEDH ou encore l’art. 3 de la convention du  10  décembre  1984  contre  la  torture  et  autres  peines  ou  traitements  cruels,  inhumains ou dégradants (Conv. torture, RS 0.105) (Message du  Conseil  fédéral  à  l’appui  d’un  arrêté  fédéral  sur  la  procédure  d’asile  [APA], du 25 avril 1990, in : FF 1990 II 624). 6.2. En l'occurrence,  le principe de non­refoulement ancré à  l'art. 5 LAsi  ne  trouve  pas  application.  Comme  exposé  plus  haut  (cf.  let.  D),  en  l'absence  d'indice  permettant  de  conclure  que  des  faits  postérieurs  aux  procédures  définitivement  closes  le  29  mars  2004  et  le  23  juin  2005  étaient  propres  à motiver  la  qualité  de  réfugié  ou  déterminants  pour  la 

E­2451/2011 Page 11 protection provisoire, l'ODM n'est, à juste titre, pas entré en matière sur la  demande d'asile. Sur  la base d'un examen sommaire,  cet office a donc  exclu une reconnaissance de la qualité de réfugié des recourants et ceux­ ci n'ont pas contesté la décision sur ce point. 6.3. En ce qui concerne les autres engagements de la Suisse relevant du  droit international, il sied d’examiner particulièrement si l’art. 3 CEDH, qui  interdit la torture, les peines ou traitements inhumains, trouve application  dans le présent cas. 6.4. En l'espèce, le recourant craint d'être exposé à de sérieux préjudices  en  cas  de  renvoi  en  Macédoine  en  raison  de  son  origine  rom,  de  sa  participation à des manifestation du (…), de disputes avec ses voisins et  des  problèmes  rencontrés  avec  les  autorités  dans  l'exercice  de  son  activité de commerçant. Il fait également valoir les difficultés rencontrées  par son fils, B._______, avec ses camarades de classe. Le  Tribunal  observe  que  même  s'il  fallait  par  hypothèse  admettre  la  véracité  des  causes  qui  ont  incité  les  recourants  à  quitter  leur  pays,  il  n'existe aucun motif sérieux et avéré de conclure à la réalité d'un risque  réel de traitements illicites, ne serait­ce qu'en raison de la possibilité, pour  les intéressés, de s'adresser aux autorités de leur pays pour obtenir une  protection  adéquate  contre  la  survenance  d'éventuels  préjudices  de  la  part  de  tiers.  En  effet,  depuis  le  1er  août  2003,  le  Conseil  fédéral  n'a  jamais  cessé  de  considérer  la  Macédoine  comme  un  pays  sûr             (safe country), ce qui laisse supposer qu'il prête aux autorités de ce pays  la volonté de garantir à tous ses habitants, y compris ceux issus d'ethnies  minoritaires,  leur sécurité. C'est pourquoi  les éventuelles difficultés  liées  notamment  à  l'origine  rom des  recourants  ne  sauraient  faire  obstacle  à  leur renvoi. A  cela  s'ajoute  que  le  récit  du  recourant,  en  particulier  s'agissant  des  problèmes  rencontrés  dans  l'exercice  de  sa  profession  et  lors  de  sa  participation  à  des  manifestations  comporte  des  divergences  qui  permettent  d'en  mettre  en  doute  la  vraisemblance.  A  titre  d'exemple,  l'intéressé  a  tout  d'abord  indiqué  que  ses  marchandises  avaient  été  saisies,  trois mois  auparavant,  en  octobre  2010,  et  qu'il  disposait  d'une  autorisation pour les vendre (cf. p­v d'audition de A._______ du 31 janvier  2011 p. 2 et 7), alors que lors de la deuxième audition, il a indiqué que les  marchandises avaient été confisquées environ un an auparavant et qu'il  n'était titulaire d'aucune autorisation pour les vendre (cf. p­v d'audition de 

E­2451/2011 Page 12 A._______  du  9  février  2011  p. 8).  S'agissant  de  la  prétendue  appartenance de A._______ au parti (…), il y a lieu de relever que celui­ci  s'est  trouvé  dans  l'incapacité  de  donner  la  signification  des  initiales  du  parti en question. De plus, bien qu'il prétende être membre du (…) depuis  plus dix ans, force est de constater qu'il n'y a jamais fait allusion lors de  ses  deux  précédentes  demandes  d'asile  et  qu'il  n'aurait  participé  à  aucune manifestation d'ordre politique avant le mois d'octobre 2010. 6.5. Il ressort de ce qui précède que les intéressés n'ont pas démontré à  satisfaction de droit  qu'il  existait  pour eux un véritable  risque concret et  sérieux  d'être  victimes,  en  cas  de  retour  dans  leur  pays  d'origine,  de  traitements cruels, inhumains ou dégradants contraires aux engagements  internationaux contractés par la Suisse, en particulier à l'art. 3 CEDH.  6.6. De  plus, même  en  admettant  que  l'art.  8 CEDH  soit  applicable  en  l'espèce,  le principe de  l'unité de  la  famille est en  l'occurrence respecté.  En effet, par arrêt de ce jour,  le Tribunal a rejeté le recours introduit par  D._______ et ses enfants contre  la décision de  l'ODM du 15 avril 2011  rejetant leur demande d'asile, prononçant leur renvoi de Suisse ainsi que  l'exécution de cette mesure. Cette décision est ainsi entrée en  force de  chose jugée. Le départ des recourants pourra donc être coordonné avec  celui de D._______ et des deux enfants, E._______ et F._______. 6.7.  Dès  lors,  l'exécution  du  renvoi  des  recourants  sous  forme  de  refoulement ne transgresse aucun engagement de la Suisse relevant du  droit international, de sorte qu'elle s'avère licite (art. 44 al. 2 LAsi et 83 al.  3 LEtr). 7.  7.1. Selon l’art. 83 al. 4 LEtr,  l’exécution de la décision peut ne pas être  raisonnablement exigée si le renvoi ou l’expulsion de l’étranger dans son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou  de  nécessité médicale. Cette  disposition  s’applique  en  premier  lieu  aux  "réfugiés  de  la  violence",  soit  aux  étrangers  qui  ne  remplissent  pas  les  conditions  de  la  qualité  de  réfugié  parce  qu’ils  ne  sont  pas  personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de  guerre civile ou de violence généralisée, et ensuite aux personnes pour  qui  un  retour  reviendrait  à  les  mettre  concrètement  en  danger,  notamment parce qu’elles ne pourraient plus recevoir les soins dont elles 

E­2451/2011 Page 13 ont  besoin.  L’autorité  à  qui  incombe  la  décision  doit  donc  dans  chaque  cas confronter  les aspects humanitaires  liés à  la situation dans  laquelle  se  trouverait  l’étranger  concerné  dans  son  pays  après  l’exécution  du  renvoi à  l’intérêt public militant en  faveur de son éloignement de Suisse  (ATAF  2009/52  consid.  10.1,  ATAF  2008/34  consid.  11.2.2  et  ATAF  2007/10 consid. 5.1). 7.2. S'agissant plus spécifiquement des personnes en traitement médical  en Suisse,  l'exécution  du  renvoi  ne  devient  inexigible,  en  cas  de  retour  dans leur pays d'origine ou de provenance, que dans la mesure où elles  pourraient  ne  plus  recevoir  les  soins  essentiels  garantissant  des  conditions minimales d'existence. Par soins essentiels, il faut entendre les  soins  de médecine  générale  et  d'urgence  absolument  nécessaires  à  la  garantie  de  la  dignité  humaine  (GABRIELLE STEFFEN,  Droit  aux  soins  et  rationnement, Berne 2002, p. 81s. et 87). L'art. 83 al. 4 LEtr, disposition  exceptionnelle  tenant  en  échec  une  décision  d'exécution  du  renvoi,  ne  saurait en  revanche être  interprété comme une norme qui comprendrait  un droit de séjour lui­même induit par un droit général d'accès en Suisse  à des mesures médicales visant à recouvrer la santé ou la maintenir, au  simple  motif  que  l'infrastructure  hospitalière  et  le  savoir­faire  médical  dans  le  pays  d'origine  ou  de  destination  de  l'intéressé  n'atteint  pas  le  standard élevé qu'on trouve en Suisse (JICRA 1993 n° 38 p. 274s.). Ainsi,  il ne suffit pas en soi de constater, pour admettre  l'inexigibilité de  l'exécution  du  renvoi,  qu'un  traitement  prescrit  sur  la  base  de  normes  suisses ne pourrait être poursuivi dans le pays de l'étranger. On peut citer  ici  les  cas  de  traitements  visant  à  atténuer  ou  guérir  des  troubles  psychiques ou physiques qui ne peuvent être qualifiés de graves. Si  les  soins  essentiels  nécessaires  peuvent  être  assurés  dans  le  pays  d'origine  ou  de  provenance  de  l'étranger  concerné,  cas  échéant  avec  d'autres  médications  que  celles  prescrites  en  Suisse,  l'exécution  du  renvoi  dans  l'un  ou  l'autre  de  ces  pays  sera  raisonnablement  exigible.  Elle  ne  le  sera  plus,  au  sens  de  l'art.  83  al.  4  LEtr  si,  en  raison  de  l'absence  de  possibilités  de  traitement  adéquat,  l'état  de  santé  de  l'intéressé  se  dégraderait  très  rapidement  au  point  de  conduire  d'une  manière certaine à la mise en danger concrète de sa vie ou à une atteinte  sérieuse, durable et notablement plus grave de son intégrité physique (cf.  JICRA 2003 n° 24 p. 154 ss).

E­2451/2011 Page 14 7.3. En l'occurrence,  il est notoire que la Macédoine ne connaît pas une  situation  de  guerre,  de  guerre  civile  ou  de  violence  généralisée  qui  permettrait  d’emblée  –  et  indépendamment  des  circonstances  du  cas  d’espèce  –  de  présumer,  à  propos  de  tous  les  ressortissants  du  pays,  l’existence d’une mise en danger concrète au sens de l’art. 83 al. 4 LEtr.  Au demeurant, comme indiqué plus haut, ce pays a été désigné comme  exempt  de  persécutions  par  ordonnance  du Conseil  fédéral  du  1er  août  2003  pris  en  application  de  l'art.  34  aLAsi  (aujourd'hui  art.  6a  LAsi ;  cf. FF 2002 p. 6391s.). L'exécution du renvoi des intéressés est, sous cet  angle, raisonnablement exigible. 7.4.  Il  reste  dès  lors  à  déterminer  si  le  retour  des  recourants  dans  leur  pays équivaudrait à les mettre concrètement en danger en raison de leur  situation personnelle. 7.5. En  l'espèce,  les  intéressés  font valoir des problèmes médicaux qui,  selon eux, devraient s'opposer à l'exécution de leur renvoi. Il ressort de la lettre du spécialiste ORL du 31 mai 2011 que A._______  présente une surdité bilatérale depuis son enfance. S'agissant  de  B._______  et  C._______,  le  spécialiste  en  pédiatrie  a  indiqué, dans le rapport établi le 26 juillet 2011, qu'ils bénéficiaient d'une  bonne  santé  habituelle.  Il  a  également  mentionné  que  B._______  présentait un retard staturo­pondéral et C._______ un excès pondéral.  Compte  tenu  de  ces  informations,  force  est  de  constater  que  les  affections  diagnostiquées  ne  sont  pas  d'une  gravité  telle  qu'elles  mettraient  la  vie ou  l'intégrité physique ou psychique des  recourants en  danger au point de constituer de ce fait un obstacle à l'exécution de leur  renvoi au sens de  la  jurisprudence citée plus haut. De plus, de manière  générale,  le système de santé publique de  la Macédoine est en mesure  d'offrir  à  ses  affiliés  de  bonnes  prestations  médicales.  Par  ailleurs,  la  Macédoine  dispose  d'un  système  d'assurance  maladie  qui  assure  un  accès  général  aux  soins  standards.  En  principe,  une  participation  aux  frais  médicaux  est  demandée  jusqu'à  un  plafond  de  20%  (ticket  modérateur). Une  limite annuelle à  la participation aux frais est en outre  fixée pour les consultations et soins hospitaliers spécialisés et celle­ci est  plus basse pour  les  familles à  faible  revenu. Enfin,  le principe du "ticket  modérateur" n'est pas applicable aux enfants dont  la situation engendre  des besoins particuliers. Dans ces conditions,  l'argument avancé par  les 

E­2451/2011 Page 15 recourants quant au manque de moyens financiers qui les empêcheraient  d'accéder aux soins nécessaires n'est pas pertinent. Le Tribunal  relève encore qu'il ne  ressort pas des documents médicaux  que B._______  souffre  d'un  handicap mental,  contrairement  à  ce  qui  a  été allégué  lors des auditions et dans  le recours. En tout état de cause,  aucun  élément  au  dossier  ne  permet  d'affirmer  qu'un  tel  handicap  ne  pourrait être suivi en Macédoine. A cet égard, il y a lieu de constater que  l'intégration  sociale  des  personnes  souffrant  de  handicaps  tend  à  se  développer en Macédoine et  que  le nombre de structures d'aide est  en  augmentation  (cf.  The  Former  Yugoslav  Republic  of  Macedonia  2010  Progress  Report,  European  Commission,  novembre  2010),  ceci  permettant  de  faciliter  la  vie  des  personnes  handicapées  et  de  leur  famille. Dans ces conditions,  le Tribunal considère que  les problèmes médicaux  des  recourants  ne  sont  pas  d'une  gravité  telle  qu'il  faille  renoncer  à  l'exécution de leur renvoi, ceux­ci pouvant, au besoin, se faire soigner en  Macédoine de manière satisfaisante. 7.6.  S'agissant  de  l'intérêt  supérieur  des  enfants,  B._______  et  C._______,  le  Tribunal  constate  que  ceux­ci  ne  sont  en  Suisse  que  depuis  quelques  mois.  En  outre,  il  ne  ressort  pas  du  dossier  qu'une  intégration  dans  le  système  scolaire  en  vigueur  en  Macédoine  constituerait  pour eux un effort  insurmontable au vu de  leur âge actuel.  Par ailleurs,  compte  tenu du peu de  temps passé en Suisse,  il  ne peut  être  considéré  qu'ils  auraient  coupé  tout  lien  avec  la  Macédoine  et  le  milieu socioculturel qui est le leur. De plus, en cas de retour, les enfants  ne seront pas exposés à une précarité particulière et pourront s'appuyer  sur le réseau familial de leurs parents. Dans ces conditions, il y a tout lieu  de  penser  qu'ils  pourront  mener  une  existence  conforme  à  la  dignité  humaine  en  cas  de  réinstallation,  malgré  les  éventuelles  difficultés  de  réintégration qu'ils pourraient rencontrer dans un premier temps. Le Tribunal tient encore à souligner que le principe de l'intérêt supérieur  de l'enfant, tel que découlant de l'art. 3 al. 1 de la Conv. enfants, ne fonde  pas  en  soi  un  droit  à  une  autorisation  de  séjour  déductible  en  justice  (cf. notamment  ATF  126  II  377,  ATF  124  II  361).  L'intérêt  supérieur  de  l'enfant représente un des éléments à prendre en compte dans la pesée  des  intérêts  à  effectuer  (arrêt  du  Tribunal  fédéral  2C_487/2007  du  28 janvier  2008  consid.  4).  Les  difficultés  de  réintégration  dans  le  pays 

E­2451/2011 Page 16 d'origine (si elles existent, ce qui ne semble pas le cas ici au vu de ce qui  précède)  peuvent  constituer  un  facteur  parmi  d'autres  à  prendre  en  considération dans  le cadre de  la balance des  intérêts  lors de  l'examen  de  l'exigibilité  de  l'exécution  du  renvoi  (cf.  dans  ce  sens  JICRA  2006  n° 13 consid. 3.5 p. 143, JICRA 1998 n° 31 consid. 8c/ff/bbb p. 259s.). 7.7. En  outre,  il  ne  ressort  du  dossier  aucun  élément  dont  on  pourrait  inférer  que  l’exécution  du  renvoi  impliquerait  une  mise  en  danger  concrète des recourants. A cet égard, le Tribunal relève que le recourant  est jeune, au bénéfice d’une expérience professionnelle et n'a quitté son  pays que depuis quelques mois. Au demeurant, comme déjà indiqué, les  intéressés  disposent  d’un  réseau  familial  et  social  dans  leur  pays,  sur  lequel  ils  pourront  compter  à  leur  retour.  De  plus,  ils  pourront  très  probablement bénéficier de prestations sociales (ils percevaient déjà une  aide  sociale  mensuelle  avant  leur  départ).  Par  ailleurs,  ils  pourront  également  compter  sur  le  soutien  des membres  de  leur  réseau  familial  résidant  en  Suisse  et  en  Allemagne.  Enfin,  les  recourants  proviennent  d'un centre urbain, (...), où les perspectives de trouver un emploi sont loin  d'être négligeables. Dans ces conditions,  il y a  tout  lieu de penser qu'ils  pourront mener une existence conforme à  la dignité humaine en cas de  réinstallation,  malgré  les  difficultés  qu'ils  pourront  rencontrer  dans  un  premier temps. 7.8.  Enfin,  le  Tribunal  rappelle  que  les  motifs  résultant  de  difficultés  consécutives  à  une  crise  socio­économique  (pauvreté,  conditions  d'existence  précaires,  difficultés  à  trouver  un  emploi  et  un  logement,  revenus  insuffisants,  absence  de  toute  perspective  d'avenir)  ou  à  la  désorganisation,  la  destruction  des  infrastructures  ou  des  problèmes  analogues auxquels, dans le pays concerné, chacun peut être confronté,  ne  sont  pas  en  tant  que  tels  déterminants  en  la  matière  (cf.  ATAF  2009/52  consid.  10.1  p. 757 ;  cf.  également  arrêt  du  Tribunal  D­ 7561/2008 précité consid. 8.3.6 ;  JICRA 2005 n° 24 consid. 10.1 p. 215,  JICRA 2003 n° 24 consid. 5e p. 159). Au  besoin,  les  recourants  ont  la  possibilité  de  présenter  à  l'ODM  une  demande  d'aide  au  retour  au  sens  des  art.  93  LAsi  et  73ss  de  l'ordonnance 2 du 11 août 1999 sur l'asile relative au financement (AO 2,  RS 142.312), en vue notamment de faciliter leur réinstallation.   7.9. En définitive, et après pesée de tous les éléments du cas d'espèce,  l'exécution du renvoi s'avère raisonnablement exigible.

E­2451/2011 Page 17 7.10.  Enfin,  l'exécution du  renvoi est possible  (cf. art. 83 al. 2 LEtr ; cf. ATAF  2008/34  consid.  12  p.  513­515),  les  recourants  étant  en  possession  de  documents  de  voyage  leur  permettant  de  retourner  dans  leur  pays  d'origine (cf. art. 8 al. 4 LAsi). 8.  8.1.  Cela  étant,  l'exécution  du  renvoi  doit  être  déclarée  conforme  aux  dispositions légales. 8.2. Il s'ensuit que le recours doit être rejeté. 9.  Au  vu  de  l’issue  de  la  cause,  il  y  aurait  lieu  de  mettre  les  frais  de  procédure à la charge des recourants, conformément aux art. 63 al. 1 PA  et  2  e  3  let.  b  du  règlement  du  21  février  2008  concernant  les  frais,  dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif  fédéral  (FITAF,  RS 173.320.2). Toutefois, vu les circonstances particulières de l'espèce, il est renoncé à  titre exceptionnel à  leur perception. Ainsi,  leur demande de dispense du  paiement des  frais de procédure (cf. art. 65 al. 1 PA) est devenue sans  objet. (dispositif : page suivante)

E­2451/2011 Page 18 le Tribunal administratif fédéral prononce: 1.  La décision de l'ODM du 10 juin 2011 est annulée. 2.  Le recours contre la décision de l'ODM du 15 avril 2011 est rejeté. 3.  Il n'est pas perçu de frais. 4.  La demande de dispense du paiement des  frais  de procédure est  sans  objet. 5.  Le présent arrêt est adressé à la mandataire des recourants, à l’ODM et à  l’autorité cantonale compétente. Le président du collège : La greffière : François Badoud Chrystel Tornare Villanueva Expédition :

E-2451/2011 — Bundesverwaltungsgericht 18.10.2011 E-2451/2011 — Swissrulings