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Bundesverwaltungsgericht 14.07.2011 E-2239/2008

14 juillet 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·2,792 mots·~14 min·2

Résumé

Asile et renvoi (recours réexamen) | Décision sur réexamen; décision de l'ODM du 6 mars 2008

Texte intégral

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour V E­2239/2008 Arrêt   d u   1 4   juillet   2011 Composition Jean­Pierre Monnet (président du collège),  Fulvio Haefeli, François Badoud, juges, Isabelle Fournier, greffière. Parties A._______, né le (…), Afghanistan,   représenté par Jean­Pierre Huguenin­Dezot, avocat, (…), recourant,  Contre Office fédéral des migrations (ODM), Quellenweg 6,  3003 Berne,    autorité inférieure.  Objet Exécution du renvoi (recours contre une décision en matière  de réexamen) ; décision de l'ODM du 6 mars 2008 / N (…).

E­2239/2008 Page 2 Faits : A.  A._______ est arrivé en Suisse le 19 décembre 2000. Il était alors encore  mineur et accompagné d'un frère et d'une sœur plus jeunes, ainsi que de  ses parents. Le même jour, ceux­ci ont déposé une demande d'asile pour  eux et  leurs enfants. A._______ a été entendu sur ses motifs d'asile  les  20 décembre 2000 et 27  janvier 2001.  Il a en substance déclaré que sa  famille était d'ethnie tadjik, son père officier dans l'armée afghane et qu'il  avait quitté son pays en raison de l'insécurité liée à la guerre ; il avait lui­ même  été  grièvement  brûlé  lors  d'un  bombardement  sur  Kaboul  puis  hospitalisé, alors qu'il avait (…) ans. Par  décision  du  19  décembre  2002,  l'Office  fédéral  des  réfugiés  (actuellement  et  ci­après: Office  fédéral  des migrations  [ODM])  a  rejeté  leur demande, a prononcé leur renvoi de Suisse et ordonné l'exécution de  cette mesure. Le recours interjeté le 20 février 2003 contre cette décision a été déclaré  irrecevable  par  la  Commission  suisse  de  recours  en  matière  d'asile  (CRA), par décision du 6 mars 2003. B.  Le  2  avril  2003,  les  intéressés  ont  déposé  une  demande  de  reconsidération de la décision prise le 19 décembre 2002, en concluant à  l'octroi  de  l'asile  et,  subsidiairement,  à  leur  admission  provisoire  en  Suisse . Cette  demande  a  été  rejetée  par  l'ODM,  par  décision  du  6  novembre  2003. Par acte du 17 novembre 2003,  les  intéressés ont  recouru  contre  cette  décision auprès de la CRA. En  cours  de  procédure,  l'autorité  cantonale  compétente  a  signalé  la  disparition  de  A._______,  depuis  le  31  août  2003.  Le  mandataire  des  recourants  ayant  indiqué  dans  son  courrier  du  8  décembre  2003  qu'il  ignorait  son  lieu  de  séjour,  la  CRA  a  rayé  du  rôle,  par  décision  du  15  janvier  2004,  le  recours  du  17  novembre  2003,  en  tant  qu'il  concernait  A._______. 

E­2239/2008 Page 3 Par  décision  du  25  février  2004,  l'ODM  a  partiellement  reconsidéré  sa  décision  du  19  décembre  2002,  et  accordé  l'admission  provisoire  aux  parents de A._______ ainsi qu'à son frère et à sa sœur.  Par  arrêt  du  31  janvier  2008  (E­6450/2006),  le  Tribunal  administratif  fédéral  (TAF), qui avait  repris au 1er  janvier 2007  les affaires pendantes  auprès de la CRA, a rejeté le recours du 17 novembre 2003, en tant qu'il  n'était pas devenu sans objet. C.  L'autre sœur du recourant, B._______, qui avait été séparée du reste de  la famille durant sa fuite et était demeurée à Kaboul avec sa grand­mère,  est  arrivée  en  Suisse  le  31  juillet  2005  et  y  a  déposé  une  demande  d'asile.  Par  décision  du  25  janvier  2007,  l'ODM  a  rejeté  sa  demande,  mais l'a mise au bénéfice d'une admission provisoire. Le recours déposé  contre  cette  décision,  en  tant  qu'elle  lui  refusait  l'asile,  a  été  rejeté  par  arrêt du 16 juillet 2008 (E­1543/2007).  D.  Le  6  décembre  2006,  A._______,  représenté  par  Jean­Pierre  Huguenin­Dezot,  a  adressé  à  l'ODM  une  demande  tendant  à  son  admission  provisoire.  Il  a  soutenu  qu'il  aurait  dû  être  mis  au  bénéfice  d'une admission provisoire, comme les autres membres de sa famille, et  a  argué que  le  recours du 17 novembre 2003 avait  été,  à  tort,  rayé du  rôle en ce qui le concernait, et  Sur le fond, il a fait valoir qu'il n'avait plus de famille en Afghanistan, que  tous  ses  proches  vivaient  en Suisse  et  qu'il  était  choquant  et  inhumain  qu'enfin rassemblée en Suisse, avec l'arrivée de sa plus jeune sœur, sa  famille soit à nouveau dispersée. Il a reconnu qu'il avait été condamné (le  16 mars 2006) par le Tribunal correctionnel de C._______ à une mesure  de  placement  en  maison  d'éducation  et  de  travail  (qui  n'avait  pu  être  exécutée  faute de place), mais souligné que ce  tribunal avait  renoncé à  une  expulsion  judiciaire,  jugée  trop  sévère  du  fait  qu'il  n'avait  plus  de  famille en Afghanistan et que tous ses proches se trouvaient en Suisse. Il  a  soutenu  qu'il  avait,  depuis  lors,  évolué  favorablement  et  suivait  une  psychothérapie l'aidant à réintégrer sa famille.  E.  Par  courrier  du  9  janvier  2007,  l'ODM  a  répondu  à  l'intéressé  que  la  procédure de recours contre la décision du 6 novembre 2003, rejetant la 

E­2239/2008 Page 4 demande de reconsidération déposée par sa famille, était close en ce qui  le concernait, depuis le 15 janvier 2004. F.  Par courrier du 15 février 2008,  le recourant a déposé auprès de  l'ODM  une nouvelle requête, par laquelle il a déclaré renouveler sa demande du  6 décembre  2006  tendant  à  son  admission  provisoire.  Il  soutenu  que  l'exécution de son renvoi en Afghanistan ne pouvait être raisonnablement  exigée compte tenu de  la situation de guerre régnant dans ce pays.  Il a  également  fait  valoir qu'il  séjournait  en Suisse depuis plus de sept ans,  que ses parents ainsi que  tous ses  frères et sœurs avaient entre  temps  obtenu une admission provisoire en Suisse, et qu'il n'avait ainsi plus de  réseau familial dans son pays d'origine.  Par courrier du 20 février 2008, il a adressé à l'ODM la copie d'une lettre  envoyée  le  même  jour  à  l'autorité  cantonale  compétente,  sollicitant  la  suspension des démarches en vue de l'exécution de son renvoi. Dans ce  courrier, il exposait, outre les éléments mis en exergue dans sa demande  de reconsidération, qu'il souffrait d'un grave problème de santé. Il y était  joint un rapport daté du 16 février 2006 requis par le juge pénal, relevant  en  particulier  ce  qui  suit:  "Le  patient  souffre  d'une  affection  neuro­ psychiatrique avec un trouble de l'humeur (dépression et angoisses), d'un  trouble  de  l'adaptation  et  d'une  grande  tendance  à  consommer  des  toxiques. Il a une personnalité influençable. Pour fuir l'ambiance familiale  difficile  (le  père,  par  ses  actes  de  violence  passés  envers  tous  les  membres  de  sa  famille,  avait  déstabilisé  celle­ci),  il  quitte  à  plusieurs  reprises le foyer familial pour vivre seul ou avec d'autres personnes. Dans  ce contexte, il entre dans un milieu de jeunes toxicomanes, et commence  à consommer également des toxiques. Sous l'effet des drogues, il devient  vite irritable et commet des actes hétéro­agressifs". L'intéressé soutenait  enfin que son renvoi ferait énormément de tort à sa famille, en particulier  à  sa  mère  qui  avait  dû  être  hospitalisée  en  raison  de  troubles  post­ traumatiques  et  avait  fait  plusieurs  tentatives  de  suicide  en  raison  notamment  du  fait  qu'elle  avait  dû  laisser  sa  fille  B._______  en  Afghanistan.  Il  faisait  valoir  que,  sans  réseau  familial  ou  social  en  Afghanistan, il n'avait aucune garantie de trouver des moyens d'existence  minimaux en cas de retour. Le recourant indiquait enfin qu'il entretenait depuis plus d'une année une  relation amoureuse et qu'il projetait de se marier et de fonder une famille. 

E­2239/2008 Page 5 G.  Par décision du 6 mars 2008,  l'ODM a qualifié  la  requête de  l'intéressé,  du  15  février  2008,  de  demande  de  reconsidération  de  la  décision  du  19 décembre  2002  (en  tant  qu'elle  prononçait  l'exécution  du  renvoi  de  l'intéressé)  et  l'a  rejetée,  au  motif  que  les  faits  allégués  et  moyens  de  preuve produits n'étaient pas importants.  L'ODM  a  estimé  que  les  troubles  psychiques  invoqués,  pour  lesquels  l'intéressé  avait  bénéficié  d'un  suivi  lui  ayant  permis  d'évoluer  favorablement  et  d'être  libéré  conditionnellement,  ne  faisaient  pas  obstacle  à  son  renvoi  en Afghanistan.  Il  a  considéré  comme non  établi  que le renvoi de l'intéressé fût néfaste pour le reste de sa famille et relevé  que  ses  projets  de mariage  ne  reposaient  sur  aucun moyen  de  preuve  concret  et  ne  constituaient  pas  un  motif  de  reconsidération.  Enfin,  il  a  relevé que  l'intéressé avait  fait  l'objet,  depuis  sa  libération,  de plusieurs  rapports  de police pour  infractions  diverses et  qu'il  avait  été  à  nouveau  condamné,  par  le  Tribunal  correctionnel  de  C._______,  le  (…)  février  2008,  à  une  peine  privative  de  liberté  de  huit mois  (pour  complicité  de  vols, dommages à la propriété, violation de domicile, et infraction à la loi  fédérale sur les stupéfiants et à la loi fédérale sur les étrangers). L'ODM a  ainsi considéré que l'intéressé n'avait nullement l'intention de s'adapter à  l'ordre  juridique  suisse,  malgré  les  possibilités  de  réinsertion  qui  lui  avaient  été  offertes  et  qu'en  outre  son  intégration  en  Suisse  (dont,  on  pouvait  à  juste  titre  douter)  ou  plutôt  son  long  séjour  en  Suisse  ne  constituait pas un élément nouveau pertinent. Il a enfin relevé que, selon  les  pièces  au  dossier,  des  membres  de  la  famille  de  l'intéressé  se  trouvaient encore au pays, notamment plusieurs oncles et tante ainsi que  ses grands­parents domiciliés à Kaboul. H.   Par  acte  du  7  avril  2008,  l'intéressé  a  recouru  contre  cette  décision  auprès  du  Tribunal  administratif  fédéral  (ci­après :  le  Tribunal),  en  concluant à son annulation et à  l'octroi de l'admission provisoire.  Il a fait  grief à l'ODM d'avoir établi les faits de manière inexacte et incomplète, en  alléguant qu'il  ne disposait plus de  réseau social en Afghanistan et que  les choses avaient sur ce point changé depuis l'époque des auditions sur  lesquelles  se  basait  l'ODM.  Il  a  ainsi  expliqué  que  toute  sa  famille  se  trouvait  en  Suisse,  que  seule  sa  grand­mère  demeurait  encore  en  Afghanistan  et  que  les  autres  membres  de  sa  famille  étaient  décédés  pendant  la  guerre  ou  avaient  fui  le  pays.  Il  a  souligné  qu'il  avait  quitté  l'Afghanistan  alors  qu'il  était  jeune  adolescent,  qu'avant  sa  fuite,  sa 

E­2239/2008 Page 6 famille n'avait pas  toujours vécu à Kaboul et avait  fréquemment changé  de domicile, de sorte que lui­même n'avait aucun réseau social à Kaboul  ou dans une autre région considérée comme sûre selon la jurisprudence.  Il  a  au  demeurant  soutenu  que  la  situation  en  Afghanistan  s'était  aggravée  et  qu'aucune  des  régions  de  ce  pays  ne  pouvait  plus  être  considérée comme sûre. Il a également mis en exergue son absence de  formation et  l'impossibilité pour  lui de trouver, en cas de retour au pays,  les  moyens  d'assurer  sa  subsistance.  Il  a  fait  valoir  au  surplus  qu'en  Suisse  il  pourrait  bénéficier  du  soutien  de  sa  fiancée  ainsi  que  de  sa  famille  et  se  réinsérer  dans  la  société  après  avoir  purgé  sa  peine,  la  mesure  d'éducation  au  travail  étant  de  nature  à  favoriser  une meilleure  intégration professionnelle et sociale.  A  l'appui de ses arguments,  le  recourant a déposé un article publié  sur  Internet  le 6 avril 2008, concernant  la situation politique en Afghanistan,  une copie des procès­verbaux des auditions des membres de sa famille,  une lettre de son père, datée du 3 avril 2008, expliquant que la famille de  son épouse avait été décimée lors d'un bombardement, que ses propres  frères et sœurs, oncles et tantes avaient fui en Iran ou en Inde et que sa  mère, mourante, était hospitalisée en Afghanistan.  Le recourant a requis l'assistance judiciaire totale.  I.  Par décision  incidente du 17 avril 2008,  le  juge chargé de  l'instruction a  rejeté  la  demande  d'assistance  judiciaire  du  recourant,  estimant  que  le  recours  n'avait  pas  de  chances  de  succès,  indépendamment  de  la  question  de  savoir  si  le  comportement  délictueux  du  recourant  était  de  nature  à  l'empêcher  d'invoquer  l'existence  d'obstacles  à  l'exécution  de  son  renvoi.  Il  a  considéré  que  le  recourant  n'avait  pas  démontré  l'existence  d'une  modification  notable  des  circonstances  en  ce  qui  concerne  sa  situation  personnelle  en  cas  de  retour  dans  son  pays  d'origine, que notamment il n'avait pas établi qu'il ne disposerait plus d'un  réseau social et  familial à Kaboul, ni que son état psychique nécessitait  des soins auxquels il ne pourrait pas avoir accès.  La  demande  de mesures  provisionnelles  a  été  rejetée  pour  les mêmes  motifs.

E­2239/2008 Page 7 J.  Les  démarches  entreprises  ultérieurement  par  l'autorité  cantonale  pour  exécuter le renvoi du recourant n'ont pas abouti. K.  Par ordonnance du 1er avril 2011, le juge instructeur a fait savoir à l'ODM  qu'il  avait  appris  incidemment,  de  l'autorité  cantonale  compétente  pour  exécuter  le  renvoi,  que  le  recourant  avait  à  nouveau  été  l'objet  d'un  jugement de condamnation pénale.  Il  lui a également communiqué avoir  constaté  qu'un  autre  dossier  concernant  l'intéressé  avait  été  constitué  sous le même numéro par l'ODM, dossier qui se trouvait aux archives de  l'ODM et contenait, en particulier, un sous­dossier relatif à une troisième  demande  de  réexamen  déposée  par  l'intéressé  le  23  décembre  2009  (suite  à  laquelle  l'ODM avait  suspendu  l'exécution  du  renvoi),  demande  rejetée par l'ODM par décision du 1er octobre 2010, entrée en force faute  de recours (toutes pièces jamais communiquées à l'autorité de recours). Il a ordonné à l'ODM à lui faire parvenir un dossier complet, correctement  indexé,  et  l'a  également  invité  à  fournir  sa  réponse  au  recours,  accompagnée d'une liste précise de toutes les infractions reprochées au  recourant  ainsi  que  d'une  copie  du  jugement, manquant  au  dossier,  du  Tribunal correctionnel de C._______ du 14 février 2008.  L.  Par  courrier  du  29  avril  2011,  l'ODM  a  fait  parvenir  au  Tribunal  sa  réponse  au  recours,  accompagnée  du  dossier  complet,  ainsi  que  d'un  relevé des pièces judiciaires de 2002 à 2011. Il a précisé que toutes les  pièces contenues dans les trois tomes du dossier de la famille A._______  avaient  été  classées  et  indexées.  Il  a  proposé  le  rejet  du  recours,  en  relevant  qu'à  la  lumière  de  l'ensemble  des  pièces  du  dossier,  l'intérêt  digne  de  protection  de  la  Suisse  à  l'éloignement  du  recourant  apparaissait prépondérant par rapport à l'intérêt de celui­ci à demeurer en  Suisse.  M.   Par ordonnance du 9 mai 2011, le juge chargé de l'instruction a transmis  au  recourant  la  copie  de  la  réponse  de  l'ODM accompagnée  du  relevé  des  pièces  judiciaires.  Il  lui  a  communiqué  les  éléments  figurant  au  dossier  transmis  par  l'ODM  concernant  son  comportement  délictueux,  faisant état notamment du jugement du 14 février 2008 (condamnation à  une  peine  privative  de  liberté  de  huit  mois),  ainsi  que  d'un  nouveau 

E­2239/2008 Page 8 jugement, daté du 20 octobre 2009 (condamnation à une peine privative  de liberté de quinze mois, sans sursis). Afin de respecter son droit d'être  entendu,  il  l'a  invité  à  se  déterminer  sur  la  prise  en  compte  de  ces  éléments  au  regard  de  l'art.  83  al.  7  de  la  loi  fédérale  du  16 décembre  2005 sur les étrangers (LEtr, RS 142.20). N.  Le recourant n'a pas répondu dans le délai qui lui a été imparti à cet effet.  O.  Les autres faits ressortant du dossier seront évoqués si nécessaire dans  les considérants qui suivent.   Droit : 1.  1.1. En vertu de l'art. 31 de la loi fédérale du 17 juin 2005 sur le Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF, RS 173.32), applicable par  le  renvoi de  l'art.  105  de  la  loi  du  26 juin  1998  sur  l'asile  (LAsi,  RS  142.31)  le  Tribunal  administratif  fédéral  (ci­après  le Tribunal) connaît des recours contre  les  décisions au sens de l'art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre 1968 sur la  procédure  administrative  (PA, RS 172.021). En particulier,  les  décisions  rendues par l'ODM concernant l'asile et le renvoi peuvent être contestées  devant  le  Tribunal  conformément  à  l'art. 33  let.  d  LTAF ;  elles  n'entrent  pas  dans  le  champ  d'exclusion  de  l'art.  32  LTAF.  Le  Tribunal  est  donc  compétent  pour  connaître  de  la  présente  cause ;  il  statue  de  manière  définitive  en  l'absence  d'une  demande  d’extradition  déposée  par  l’Etat  dont le requérant cherche à se protéger (cf. art. 83 let. d ch. 1 de la loi du  17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral, LTF, RS 173.10). 1.2. Le  recourant a qualité pour  recourir  (cf.  art.  48 al.  1 PA). Présenté  dans la forme (cf. art. 52 PA) et le délai (cf. art. 108 al. 1 LAsi) prescrits  par la loi, le recours est recevable. 1.3. La procédure devant le Tribunal est régie par la PA, pour autant que  ni  la  LTAF  (cf.  art.  37  LTAF)  ni  la  LAsi  (cf.  art.  6  LAsi)  n'en  disposent  autrement.  2. 

E­2239/2008 Page 9 2.1. La demande de réexamen, définie comme une requête non soumise  à  des  exigences  de  délai  ou  de  forme,  adressée  à  une  autorité  administrative en vue de la reconsidération de la décision qu'elle a prise  et qui est entrée en force, n'est pas expressément prévue par  la PA. La  jurisprudence  et  la  doctrine  l'ont  cependant  déduite  de  l'art.  4  de  la  Constitution fédérale du 29 mai 1874 (aCst), qui correspond, sur ce point,  à l'art. 29 al. 2 Cst., et de l'art. 66 PA, qui prévoit le droit de demander la  révision  des  décisions  sur  recours.  En  principe,  une  demande  de  réexamen ne constitue pas une voie de droit (ordinaire ou extraordinaire).  Partant,  l'ODM  n'est  tenu  de  s'en  saisir  que  dans  deux  situations  :  lorsqu'elle  constitue  une  « demande  de  reconsidération  qualifiée »,  à  savoir  lorsqu'une  décision  n'a  pas  fait  l'objet  d'un  recours  (ou  que  le  recours  interjeté  contre  celle­ci  avait  été  déclaré  irrecevable)  et  que  le  requérant  invoque  un  des  motifs  de  révision  prévus  à  l'art.  66  PA,  applicable par analogie (cf. Arrêts du Tribunal administratif fédéral suisse  [ATAF]  2010/4  consid.  2.1.1,  p. 43 )  ou  lorsqu'elle  constitue  une  « demande d'adaptation », à savoir  lorsque  le requérant se prévaut d'un  changement notable de circonstances depuis le prononcé de la décision  concernée  ou,  en  cas  de  recours,  depuis  le  prononcé  de  l'arrêt  sur  recours (cf. ATAF 2010 / 27 consid. 2.1 p.367).   2.2.  La  demande  d'adaptation  tend  à  faire  adapter  par  l'autorité  de  première  instance  sa  décision  parce  que,  depuis  son  prononcé,  s'est  créée une situation nouvelle dans  les  faits ou exceptionnellement sur  le  plan  juridique, qui constitue une modification notable des circonstances.  Conformément au principe de la bonne foi, le requérant ne peut pas, par  le biais d'une telle demande, invoquer des faits qu'il aurait pu faire valoir  précédemment  (cf.  ATAF  2010  /  27  précité,  consid.  2.1.1.  p.  368 ;  Jurisprudence  et  informations  de  la  Commission  suisse  de  recours  en  matière d’asile [JICRA] 2000 no 5 p. 44 ss). 3.  3.1. Lorsqu’il rejette la demande d'asile ou qu'il refuse d'entrer en matière  à ce sujet, l'ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en  ordonne  l'exécution ;  il  tient  compte  du  principe  de  l'unité  de  la  famille  (art. 44 al. 1 LAsi). 3.2. L'office  décide  d'admettre  provisoirement  l'étranger  si  l'exécution  du  renvoi  ou  de  l'expulsion  n'est  pas  possible,  n'est  pas  licite  ou  ne 

E­2239/2008 Page 10 peut  être  raisonnablement  exigée  (art.  83  al. 1  de  la  loi  fédérale  du  16 décembre 2005 sur les étrangers [LEtr, RS 142.20]). 3.3. L'exécution de  la décision peut ne pas être raisonnablement exigée  si  le  renvoi  ou  l'expulsion  de  l'étranger  dans  son  pays  d'origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple  en  cas  de  guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée  ou  de  nécessité  médicale (art. 83 al. 4 LEtr). 3.4. L'admission  provisoire,  justifiée  par  le  caractère  impossible  ou  non  raisonnablement  exigible  de  l'exécution  du  renvoi,  n'est  pas  ordonnée  lorsque  l'étranger  a  été  condamné  à  une  peine  privative  de  liberté  de  longue  durée  en  Suisse  ou  à  l'étranger  ou  a  fait  l'objet  d'une  mesure  pénale au  sens de  l'art.  64 ou 61 du  code pénal  (cf.  art.  83 al.  7  let.  a  LEtr). 4.   4.1. Sur  le plan  formel,  il convient  tout d'abord de clarifier  les  limites de  l'objet de la présente cause.  4.1.1.  Le  recourant  a  demandé,  dans  sa  requête  du  15  février  2008  (cf. let. F), à être mis au bénéfice de l'admission provisoire en Suisse en  invoquant un certain nombre d'éléments. L'ODM a, à bon droit, considéré  cette  requête  comme  une  demande  de  reconsidération  de  la  décision  d'exécution  du  renvoi  prise  à  l'encontre  de  l'intéressé  le  19  décembre  2002 et entrée en force le 6 mars 2003 (cf. let. A).  4.1.2.  L'ODM  a  retenu  dans  sa  décision  que  l'intéressé  faisait  valoir  l'existence  de  faits  nouveaux  importants  et  de  nouveaux  moyens  de  preuve  au  sens  de  l'art.  66  al.  2  let.  a  PA  précité.  Ce  faisant,  il  faisait  référence à la norme applicable, par analogie, lorsque l'intéressé invoque  à  l'appui de sa demande de réexamen des faits antérieurs à  la décision  entrée  en  force  (demande  de  reconsidération  qualifiée,  cf.  consid.  2.1).  Le Tribunal constate, quant à  lui, que  la  requête du recourant  tendait, à  l'évidence,  à  démontrer  l'existence  d'une  évolution  notable  des  circonstances  depuis  l'entrée  en  force  du  prononcé.  Il  a  en  effet,  pour  l'essentiel fait valoir l'admission provisoire des membres de sa famille en  Suisse, l'arrivée de sa sœur B._______, sa propre évolution personnelle,  ainsi  que  la  péjoration  de  la  situation  en  Afghanistan.  Il  a  soutenu  que  l'exécution  de  son  renvoi  n'était  pas  raisonnablement  exigible,  compte  tenu du  fait qu'il n'avait plus de réseau social et  familial à Kaboul, et eu 

E­2239/2008 Page 11 égard à  la  situation  dans  son pays d'origine.  L'ODM ayant,  sur  le  fond,  examiné les faits invoqués par le recourant, le fait qu'il a cité l'art. 66 al. 2  let. a PA à tort n'a pas d'incidence sur l'issue de la présente cause. 4.2. Dans sa décision du 6 mars 2008,  l'ODM a, à bon droit,  considéré  que  les  arguments  du  recourant  relatifs  à  ses  liens  en  Suisse,  ou  aux  conséquences de  son départ  pour  les membres de  sa  famille,  n'étaient  pas pertinents. En effet, lorsqu'il ordonne l'exécution du renvoi de Suisse,  l'ODM doit examiner si celle­ci est exigible, licite et possible (cf. art. 42 al.  1  LAsi  renvoyant  à  l'art.  83  al.  1  LEtr).  Les  arguments  portant  sur  l'intégration  de  l'intéressé  ou  de  ses  proches  en  Suisse  n'ont  aucune  place  dans  cette  appréciation,  qui  se  focalise  sur  la  situation  dans  laquelle se trouvera la personne à son retour dans son pays d'origine. Ils  ne peuvent plus, non plus, être combinés avec les arguments relatifs aux  difficultés auxquelles  l'intéressé sera confronté dans son pays d'origine,  comme  la  pratique  l'autorisait  avant  l'abrogation,  le  1er  janvier  2007,  de  l'art. 44 al. 4 de la de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile (LAsi, RS 142.31),  qui  permettait  de  tenir  compte  des  cas  de  détresse  personnelle  grave  (cf. JICRA 2006 n° 13 consid. 3.4 p. 142ss).  L'ODM a, pour le reste, estimé que les troubles psychiques invoqués ne  faisaient  pas  obstacle  au  renvoi  en Afghanistan  et  que,  si  ses  parents,  son  frère  et  ses  sœurs  étaient  en Suisse,  l'intéressé  ne  se  retrouverait  pas seul, puisqu'il avait encore des oncles et tantes en Afghanistan. Ainsi,  sans  citer  l'art.  83  al.  4  LEtr,  il  a  considéré  que  les  faits  nouveaux  invoqués  ne  démontraient  pas  le  caractère  inexigible  de  l'exécution  du  renvoi de l'intéressé.  4.3. En l'espèce,  il s'agit donc d'apprécier si  les circonstances nouvelles  invoquées par  le  recourant constituent un changement de circonstances  notable, à savoir si elles sont de nature à justifier une reconsidération de  la décision d'exécution du renvoi, parce que cette mesure ne serait plus  raisonnablement exigible, au sens de l'art. 83 al. 4 LEtr.  4.3.1. Dans un récent arrêt destiné à publication (arrêt du 16 juin 2011 en  la  cause  E­7625/2008),  le  Tribunal  a  examiné  la  situation  régnant  en  Afghanistan, et plus particulièrement dans la ville de Kaboul. Il a constaté  que la situation sécuritaire n'avait cessé de se dégrader dans l'ensemble  du pays, ces dernières années, y compris dans les régions urbaines et à  Kaboul.  Il  a  considéré  que  l'exécution  du  renvoi  en  Afghanistan  peut  cependant  exceptionnellement  être  raisonnablement  exigée  lorsqu'un 

E­2239/2008 Page 12 retour est envisageable à Kaboul, eu égard au fait que la situation y est,  sur le plan sécuritaire et humanitaire, comparativement moins dramatique  que dans  le  reste du pays. Le Tribunal a  toutefois souligné  la nécessité  d'examiner  de manière  approfondie,  dans  chaque  cas  individuel,  si  les  conditions  posées  de  longue date  par  la  jurisprudence  (cf.  JICRA 2006  n° 9 et 2003 3 n° 10) étaient remplies, parmi lesquelles figure au premier  rang  la  nécessité  de  disposer  d'un  réseau  social  ou  familial  apte  à  apporter un soutien efficace. A défaut d'un  tel  réseau,  les conditions de  vie à Kaboul sont de nature à mettre  la personne en danger en cas de  retour, au sens de l'art. 83 al. 4 LEtr.   4.3.2. En l'occurrence, le recourant fait valoir qu'il ne dispose plus d'un tel  réseau à Kaboul.  Il  soutient  que  les  circonstances ont  évolué depuis  la  décision de l'ODM, du 19 décembre 2002, dans le sens que les membres  de  sa  famille  proche  ont,  dans  l'intervalle,  été  mis  au  bénéfice  d'une  admission  provisoire  en  Suisse  et  que  ses  oncles  et  tantes  ont,  à  leur  tour,  fui  l'Afghanistan.  Il  souligne  également  qu'il  n'a  pas  vécu  continuellement à Kaboul, qu'il était adolescent lors de sa fuite et qu'il n'y  dispose ainsi d'aucun réseau social. Il fait grief à l'ODM de s'être basé sur  des  éléments  figurant  dans  les  procès­verbaux  de  ses  auditions,  ou  de  celles des membres de sa famille lors de leur arrivée en Suisse, lesquels  ne seraient plus d'actualité. 4.3.3. Le Tribunal estime pouvoir laisser indécise la question de savoir si  le  recourant  dispose  encore,  dans  son  pays  d'origine  et  plus  particulièrement  à  Kaboul,  d'un  réseau  familial  et  social  suffisamment  consistant  pour  que  l'exécution  de  son  renvoi  puisse  y  être  considérée  comme  raisonnablement  exigible,  compte  tenu  de  la  situation  actuelle  régnant  en  Afghanistan.  En  effet,  lorsque  dans  une  procédure  de  réexamen  fondée  sur  l'invocation  d'un  changement  notable  de  circonstances,  l'autorité  est  appelée à apprécier  si  l'exécution du  renvoi  peut encore être raisonnablement exigée, elle doit prendre en compte la  situation telle qu'elle se présente au moment de son prononcé. C'est ainsi  qu'elle doit non seulement se demander si cette mesure est conforme à  l'art. 83 al. 4 LEtr, mais également si les conditions de l'art. 83 al. 7 LEtr  précité  (cf.  consid.  3.4),  empêchant  le  prononcé  d'une  admission  provisoire,  sont  remplies.  C'est  pourquoi  elle  a  invité  le  recourant,  par  ordonnance  du  9  mai  2011,  à  se  déterminer  sur  une  éventuelle  application  de  l'art.  83  al.  7  LEtr  eu  égard  aux  condamnations  pénales  dont  il  avait  fait  l'objet  dans  l'intervalle.  C'est  sur  cette  question  que  le  Tribunal entend essentiellement porter son examen. 

E­2239/2008 Page 13 5.  5.1.  Selon  l'art.  83  al.  7  let.  a  LEtr,  l'admission  provisoire  n'est  pas  ordonnée  lorsque  l'étranger  a  été  condamné  à  une  peine  privative  de  liberté  de  longue durée en Suisse ou à  l'étranger  ou a  fait  l'objet  d'une  mesure  pénale  au  sens  de  l'art.  64  ou  61  du  code  pénal.  La  notion  juridique  indéterminée  de  "peine  privative  de  liberté  de  longue  durée",  retenue dans cette disposition, est  la même que celle  figurant à  l'art. 62  let.  b  LEtr  s'agissant  de  la  révocation  d'une  autorisation  de  séjour  (ou  d'établissement,  vu  le  renvoi  de  l'art.  63  al.  1  let.  a  LEtr).  Dans  sa  jurisprudence  développée  en  relation  avec  cette  disposition,  le  Tribunal  fédéral considère qu'il y a lieu de retenir l'existence d'une "peine privative  de  longue  durée"  dès  le  prononcé  d'une  peine  supérieure  à  un  an  de  détention  (cf. ATF 135  II 377 cons. 4.2. p. 380s.).  Il a précisé dans une  jurisprudence récente que cette peine devait résulter d'une condamnation  unique, et non de  l'addition de plusieurs peines privatives de  liberté  (cf.  arrêt 2C_415/2010 du 15 avril 2011).  Il n'y a aucune raison de s'écarter de cette définition, qui peut être reprise  mutatis  mutandis  pour  l'interprétation  de  l'art.  83  al.  7  let.  a  LEtr  (cf.  notamment  arrêts  du  Tribunal  administratif  fédéral  C­5246/2009  du  16  avril 2010 et E­7756/2010 du 25 février 2011; voir aussi PETER BOLZLI, in:  Migrationsrecht,  Marc  Spescha/Hanspeter  Thür/Andreas  Zünd/Peter  Bolzli  (éd.),  2e  éd.,  Zurich  2009,  ad  art.  83,  n°  22  ;  RUEDI  ILLES,  in:  Bundesgesetz über die Ausländerinnen und die Ausländer (AuG), Martina  Caroni/Thomas Gächter/Daniela Thurnherr (éds), Berne 2010, ad art. 83,  n° 54). En cas de condamnation à une peine privative de liberté de moins d'une  année, les conditions de l'art. 83 al. 7 let. a LEtr ne sont pas remplies (le  cas de condamnation à une mesure au sens de l'art. 64 ou 61 CP n'étant  pas assimilable celui comportant une peine privative de liberté). Il se peut  en revanche que les conditions de l'art. 83 al. 7 let. b LEtr soient remplies.  Là également,  il est possible de faire l'analogie avec la jurisprudence du  Tribunal  fédéral  relative à  l'art. 62  let. c LEtr, qui a  la même  teneur que  l'art. 87 al. 7 let. b LEtr, et qui trouve application, de manière subsidiaire,  lorsque  les  conditions  de  l'art.  63  al.2  let.  b  LEtr  ne  sont  pas  remplies  (cf. ATF 135 II 377 consid. 4.2). En  l'occurrence,  le  recourant  remplit  à  l'évidence  les  conditions  d'application de l'art. 83 al. 7 let. a LEtr, puisqu'il ressort du dossier – ce 

E­2239/2008 Page 14 qu'il n'a pas contesté dans le délai imparti par ordonnance du 9 mai 2011  – que le Tribunal correctionnel de C._______ l'a condamné, par jugement  du 20 novembre 2009, à une peine de quinze mois de privation de liberté  (cf.  ci­dessus  let.  M),  pour  lésions  corporelles  simples,  voies  de  fait,  menaces, contrainte, et violation de la loi fédérale du 3 octobre 1951 sur  les  stupéfiants  et  les  substances  psychotropes  (loi  sur  les  stupéfiants,  LStup;  RS  812.121).  Il  s'agit  donc  d'une  condamnation  à  une  peine  de  longue durée, dans le sens de la jurisprudence précitée. En outre, il avait  déjà été condamné par le même tribunal, le 14 février 2008, à une peine  privative  de  liberté  de  huit  mois,  peine  suspendue  au  profit  de  sa  réintégration  dans  la  mesure  à  laquelle  il  avait  été  condamné  par  un  précédent jugement du même tribunal correctionnel, du 16 mars 2006, à  savoir  une mesure  de  placement  en maison  d'éducation  au  travail  (art.  100 bis de  l'ancien code pénal  [CP], disposition entrée en vigueur  le 1er  juillet 1971, actuellement art. 61 CP).   5.2.  Le  fait  que  les  conditions  d'application  de  l'art.  83  al.  7  let.  a  LEtr  soient  remplies  ne  conduit  pas  automatiquement  à  faire  application  de  cette disposition dans un cas d'espèce. L'autorité doit en effet veiller à ce  que sa décision soit conforme au principe de la proportionnalité. La LEtr  contient  d'ailleurs,  à  son  art.  96  al.  1,  une  disposition  concrétisant,  en  matière de police des étrangers, le principe de la proportionnalité inscrit à  l'art. 5 de la Constitution fédérale de la Confédération suisse, du 18 avril  1999  (Cst., RS  101). Certes,  l'art.  96  al.  1  LEtr  s'adresse  aux  autorités  compétentes  en matière  de mesures  d'éloignement  (cf.  ATF  135  II  377  consid. 4.2 p. 380), et donc plus spécifiquement aux autorités de police  des  étrangers  compétentes  en  matière  d'autorisations  de  séjour.  Néanmoins,  l'autorité  compétente  en matière  d'asile,  appelée  à  décider  l'exécution  du  renvoi  ou,  si  celle­ci  s'avère  illicite,  inexigible  ou  impossible,  à  prononcer  l'admission  provisoire  conformément  aux  dispositions de la LEtr, doit nécessairement statuer en conformité avec le  principe de proportionnalité. A nouveau, il n'y a pas de raison de s'écarter  ici  de  la  systématique de  la  jurisprudence du Tribunal  fédéral  relative à  l'art. 62 let. b LEtr. Si une condamnation à une peine privative de liberté  de  longue  durée  (à  savoir  d'un  an  au  moins)  a  été  prononcée,  les  conditions d'application de cette disposition sont remplies. Savoir s'il y a  lieu,  dans  le  cas  concret,  de  l'appliquer  est  une question de pesée des  intérêts en présence. Dans le cadre de la révocation d'une autorisation de  séjour,  ou  du  refus  d'autorisation  au  titre  de  regroupement  familial,  le  Tribunal  fédéral  prend  en  compte  la  gravité  de  la  faute,  le  degré  d'intégration,  la durée du séjour, et des désavantages pour l'intéressé et 

E­2239/2008 Page 15 les membres de  sa  famille  (cf. ATF 135  II  377  consid.  4.3 p.  381).  Les  éléments qui doivent être pris en compte dans le cadre de la pesée des  intérêts  au  sens  de  l'art.  83  al.  7  LEtr  ne  sont  cependant  pas  nécessairement  les mêmes puisque  les enjeux ne sont pas  identiques ;  en revanche, la systématique est la même.  5.3.  En l'occurrence, le Tribunal estime que l'application de l'art. 83 al. 7  let.  a  LEtr  est,  dans  le  cas  concret,  conforme  au  principe  de  proportionnalité.  En  effet,  l'atteinte  aux  intérêts  privés  du  recourant  est,  certes,  important  dans  la mesure où  il  se  voit  empêché de  se prévaloir  d'obstacles sérieux à  l'exécution de son renvoi au sens de  l'art. 83 al. 4  LEtr. Néanmoins,  force est de constater que  l'intérêt public à  l'exécution  de son renvoi est en l'occurrence particulièrement important. Le  recourant  a  été  condamné  le  20  octobre  2009  à  quinze  mois  d'emprisonnement (peine d'ensemble), sans sursis. Il ressort du dossier,  et  en  particulier  de  ce  dernier  jugement,  que  le  recourant  est  un  grand  consommateur  de  stupéfiants  (consommation  quasi­quotidienne  de  marijuana  et  prises,  depuis  l'âge  de  18  ans,  d'amphétamines  thaïes),  d'alcool  et  de  médicaments  psychotropes  (Stilnox).  Les  infractions  commises  sont  souvent  en  rapport  avec  son  addiction.  Par  ailleurs,  il  peut,  dans  ses  relations  personnelles,  se  montrer  très  violent.  Par  ce  même  jugement,  il  a  été  condamné  pour  lésions  corporelles  simples  et  voies de fait contre une personne à qui il en voulait d'avoir dit à son amie  qu'il avait eu une relation avec une autre  femme, ainsi que pour  lésions  corporelles simples aggravées, infligées à sa concubine en usant d'objets  dangereux, menaces et contrainte envers celle­ci et, enfin, pour violation  de  la  loi  sur  les  stupéfiants,  le  tribunal  correctionnel  ayant  tenu  compte  d'une responsabilité pénale légèrement à moyennement diminuée. Mis au  bénéfice  du  doute,  il  a  été  libéré  du  chef  d'accusation  de  tentative  de  meurtre. Avant ce jugement du 20 octobre 2009, le recourant avait déjà fait l'objet  de  six  condamnations  dont  les  deux  déjà  mentionnées  ci­dessus  (cf. consid. 5.1), par le même tribunal correctionnel : le 14 février 2008, il  avait été condamné à huit mois d'emprisonnement (peine suspendue au  profit  d'une  mesure),  pour  divers  vols,  dommages  à  la  propriété,  violations de domicile et infraction à la loi sur les stupéfiants ; le 16 mars  2006,  il  avait  été  condamné,  pour  brigandage,  enlèvement,  agressions,  extorsion  avec  violences,  tentative  d'extorsion,  lésions  corporelles  simples, voies de fait, menaces, injures, cambriolage, vols par effraction, 

E­2239/2008 Page 16 vol  et  délit  manqué  de  vol,  dommages  à  la  propriété,  et  violation  de  domicile, à une mesure au sens de  l'art. 100bis de  l'ancien Code pénal  suisse  (placement  en  maison  d'éducation  et  de  travail).  Les  peines  et  mesures prononcées à son encontre sont donc importantes.  Force est ainsi de constater que  l'activité délictueuse du  recourant dure  depuis un long laps de temps et qu'il s'est révélé incapable de s'amender.  Dans son jugement du 20 octobre 2009, le tribunal correctionnel relevait  qu'il avait déjà connu 25 mois d'incarcération et cinq mois de  traitement  en institution, ce qui ne l'avait pas empêché de récidiver et de commettre  des  infractions  d'une  "gravité  certaine"  et  avec  une  culpabilité  "importante", étant précisé que  "la violence des coups donnés aurait pu  avoir des conséquences encore plus graves".  En outre, depuis ce dernier jugement,  le recourant s'est encore, selon la  liste annexée à la réponse de l'ODM, qui lui a été communiquée, signalé  par des comportements qui ont conduit à l'ouverture d'enquêtes de police  (notamment,  et  pour  ne  retenir  que  les  cas  dans  lesquels  les  rapports  indiquent qu'il a reconnu les faits: voies de fait selon un rapport de police  du  11  mars  2010 ;  scandale  en  état  d'ivresse  dans  un  établissement  public,  selon  un  rapport  du  31  mars  2010 ;  infraction  à  la  loi  sur  les  stupéfiants,  selon  un  rapport  du  21  mai  2010 ;  scandale  sur  la  voie  publique et désobéissance à la police, selon un rapport du 5 août 2010 ;  infraction à la loi sur les Stupéfiants selon un rapport de police du 5 avril  2011). Force est ainsi de constater que, même s'il n'a, à la connaissance  du  Tribunal,  pas  fait  l'objet  de  nouvelles  condamnations,  il  continue  à  provoquer des interventions de la police et à perturber l'ordre public. Il est  âgé  de  (…)  ans  et  on  ne  saurait  donc  plus  parler  de  dérapages  d'adolescent. Au  vu  de  ce  qui  précède,  le  Tribunal  retient  que  le  recourant  a,  régulièrement  et  pendant  une  longue  période,  démontré  une  réelle  indifférence à l'ordre public suisse et que rien ne permet de conduire à un  amendement de sa part. Enfin,  il  sied  de  relever  que  certaines  des  infractions  dont  le  recourant  s'est rendu coupable portaient sur un bien parmi les plus précieux, savoir  l'intégrité corporelle et qu'il a également commis des infractions répétées  à  la  loi  sur  les  stupéfiants.  Certes,  il  s'agit  essentiellement  de  consommation  (de  pilules  thaïes  et  de  marijuana),  les  jugements  au  dossier  ne  retenant  qu'en  de  rares  cas  la  vente  de  tels  produits ; 

E­2239/2008 Page 17 cependant,  la  jurisprudence  commande  d'être  particulièrement  vigilant  dans ce domaine et considère qu'il existe un intérêt public prépondérant à  éloigner des étrangers qui ont commis des infractions graves à la loi sur  les stupéfiants, même lorsque ces étrangers vivent en Suisse depuis de  nombreuses années (ATF 122 II 433 consid. 2c p. 436). En l'espèce, un  intérêt  public  prépondérant  à  l'éloignement  du  recourant  existe  dès  lors  qu'il s'agit d'un multirécidiviste et que son comportement délictueux peut  se  révéler,  dans  certaines  circonstances,  d'autant  plus  dangereux  pour  autrui qu'il est un consommateur  invétéré de drogues, voire de cocktails  toxiques (drogues, alcool, médicaments), et ce en dépit des mesures de  psychothérapie auxquelles il a été soumis lors de ses séjours en maison  d'éducation et en prison (voire après sa  libération conditionnelle). Au vu  de ce qui précède, le Tribunal arrive à la conclusion que, vu la gravité des  peines  auxquelles  le  recourant  a  été  condamné,  la  persistance  de  son  activité délictueuse depuis un  long  laps de temps et  la nature des biens  touchés,  l'intérêt  public  doit  l'emporter  sur  les  considérations  d'ordre  privé. Partant,  l'application de  l'art. 83 al. 7  let. a LEtr se  justifie dans  le  cas concret.  5.4. Le recourant a fait valoir dans le cadre de la présente procédure ses  liens  avec  sa  famille  en  Suisse  et  ses  amis,  ainsi  que  ses  fiancées  successives. Il n'est pas nécessaire de trancher la question de savoir si la  décision entreprise porte atteinte à sa vie privée et familiale, au sens de  l'art. 8 par. 1 de  la convention du 4 novembre 1950 de sauvegarde des  droits de  l’homme et des  libertés  fondamentales  (CEDH, RS 0.101). En  effet, selon l'art. 8 par. 2 CEDH, une ingérence dans l'exercice de ce droit  est possible pour autant qu'elle soit prévue par  la  loi et qu'elle constitue  une  mesure  qui,  dans  une  société  démocratique,  est  nécessaire  à  la  sécurité  nationale,  à  la  sûreté  publique,  au  bien­être  économique  du  pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à  la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et  libertés d'autrui. Cette disposition suppose donc une pesée des  intérêts  en présence et l'examen de la proportionnalité de la mesure (cf. ATF 135  II 377 consid. 4.3 p. 381, ATF 125 II 633 consid. 2e p. 639, ATF 122 II1  consid.  2  p.  5/6).  En  l'occurrence,  pour  les  mêmes  raisons  que  celles  développées  ci­dessus,  le  refus  de  reconsidérer  la  décision  prise  à  l'encontre du  recourant apparaît comme  justifié également au  regard de  cette disposition et de la jurisprudence en la matière. 5.5.  En  définitive,  la  modification  des  circonstances  invoquée  par  le  recourant n'est pas déterminante pour  justifier une reconsidération de  la 

E­2239/2008 Page 18 décision  d'exécution  du  renvoi  prise  à  son  encontre  dès  lors  qu'en  tout  état  de  cause  une  admission  provisoire  ne  saurait  être  prononcée,  les  conditions d'application de l'art. 83 al. 7 let. a LEtr étant remplies.  Partant,  la décision de  l'ODM, du 6 mars 2008,  rejetant  la demande de  reconsidération du recourant, du 15 février 2008, doit être confirmée.   6.  En conséquence, le recours doit être rejeté. La décision du 19 décembre  2002, prononçant le renvoi du recourant et ordonnant l'exécution de cette  mesure, demeure en force.  7.   La  demande  d'assistance  judiciaire  du  recourant  a  été  rejetée  par  décision  incidente du 17 avril 2008. Vu l'issue de la cause,  il y a  lieu de  mettre les frais de procédure à la charge du recourant, conformément aux  art. 63 al. 1 PA et 2 et 3 let. b du règlement du 21 février 2008 concernant  les  frais, dépens et  indemnités  fixés par  le Tribunal administratif  fédéral  (FITAF,  RS  173.320.2).  Ceux­ci  sont  compensés  par  son  avance  du  29 avril 2008. (dispositif page suivante)  

E­2239/2008 Page 19 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est rejeté. 2.  Les frais de procédure, d’un montant de Fr. 1'200.­, sont mis à la charge  du recourant. Ce montant est entièrement compensé par l’avance de frais  déjà versée de Fr. 1'200.­.  3.  Le présent arrêt est adressé au mandataire du  recourant,  à  l’ODM et à  l’autorité cantonale compétente. Le président du collège : La greffière : Jean­Pierre Monnet Isabelle Fournier Expédition :

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