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Bundesverwaltungsgericht 23.01.2012 D-412/2009

23 janvier 2012·Français·CH·CH_BVGE·PDF·2,980 mots·~15 min·3

Résumé

Asile et renvoi | Asile et renvoi ; décision de l'ODM du 19 décembre 2008

Texte intégral

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l     Cour IV D­412/2009 Arrêt   d u   2 3   janvier   2012   Composition Gérald Bovier (président du collège),  Jean­Pierre Monnet, Fulvio Haefeli, juges, Mathieu Ourny, greffier. Parties A._______, Sri Lanka,  recourant,  contre Office fédéral des migrations (ODM),  Quellenweg 6, 3003 Berne­Wabern, autorité inférieure.  Objet Asile et renvoi ; décision de l'ODM du 19 décembre 2008 /  (…).

D­412/2009 Page 2 Faits : A.  Le 28  août  2007, A._______  a  déposé une demande d'asile  au Centre  d'enregistrement et de procédure (CEP) de B._______. B.  Entendu  les  4  septembre  (audition  sommaire)  et  18 septembre 2007  (audition  sur  les  motifs),  l'intéressé,  d'ethnie  maure  et  de  confession  musulmane,  a  déclaré  être  originaire  de C._______,  dans  le  district  de  D._______. Dès  (…),  il  aurait  exploité un commerce de  textiles dans  la  ville de E._______. Lors  des  élections  locales  (…),  il  aurait  soutenu  financièrement  un  candidat nommé F._______, membre du  (…), pensant que  l'élection de  celui­ci  pouvait  être  profitable  au  développement  de  son  commerce.  Il  aurait  également  participé  à  l'affichage  de  matériel  de  campagne,  en  compagnie  d'un  ami,  un  certain  G._______.  Malgré  l'engagement  déployé, F._______ n'aurait pas été élu. En date du (…),  le requérant aurait été embarqué de force dans un van  par quatre personnes qui se seraient présentées comme membres (…). Il  aurait alors été conduit dans une maison située dans un endroit inconnu,  où il aurait passé la nuit. Le lendemain, il aurait été interrogé sur ses liens  avec G._______  et  aurait  dit  ce  qu'il  savait  à  son  propos.  Au  cours  de  l'interrogatoire,  il  aurait  appris  que G._______,  dont  la  véritable  identité  ne correspondait pas à celle­ci, était responsable d'un attentat à la bombe  perpétré  le  (…)  à H._______,  au  cours  duquel  il  aurait  péri.  Le  (…),  le  requérant aurait été libéré. Par  la suite, dès  le mois de  (…),  il aurait  fait  l'objet de plusieurs appels  téléphoniques  anonymes  le  menaçant  de  mort,  de  la  part  d'inconnus  s'exprimant en cinghalais. Le (…), tandis qu'il circulait à moto, un van blanc lui aurait barré la route.  Deux  personnes  seraient  sorties  du  véhicule  et  l'auraient  frappé,  avant  qu'il réussisse à prendre la fuite. Quelques  jours plus  tard,  le  (…),  des  inconnus  se  seraient  présentés à  son  domicile.  En  son  absence,  ils  auraient  annoncé  à  (…)  qu'ils  le  tueraient  s'ils  le  retrouvaient. Prévenu par  (…),  le  requérant aurait alors  passé  la  nuit  chez  un  ami.  Le  lendemain,  il  se  serait  rendu  chez  F._______ et  lui aurait demandé de  l'aide, en vain.  Il aurait alors gagné 

D­412/2009 Page 3 C._______ pour  s'y  réfugier,  où  il  aurait  reçu de nouvelles menaces de  mort sur son téléphone portable. En  date  du  (…),  l'intéressé  se  serait  à  nouveau  fait  agresser  par  trois  personnes  sortant  d'un  van  blanc,  alors  qu'il  se  trouvait  à  proximité  de  son domicile. Après avoir essuyé des coups, il aurait encore réussi à fuir.  Suite  à  cet  événement,  il  se  serait  finalement  rendu  dans  un  poste  de  police de I._______ et y aurait déposé plainte pénale le (…). Craignant  pour  sa  vie,  il  aurait  finalement  décidé  de  quitter  le  pays.  Le  (…), il serait parti de J._______ en bateau en direction de K._______, où  il  aurait  abordé  le  (…). Après  un  séjour  à  L._______,  il  aurait  rejoint  la  Suisse par la route le (…), à l'aide d'un passeur. C.  Par décision du 19 décembre 2008, l'ODM a rejeté la demande d'asile de  l'intéressé, prononcé son renvoi de Suisse et ordonné l'exécution de cette  mesure. L'ODM a estimé que son récit n'était pas vraisemblable et  lui a  reproché  de  ne  pas  avoir  épuisé  les  possibilités  de  protection  interne  dans son pays d'origine. L'office a en outre considéré que l'exécution du  renvoi s'avérait licite, raisonnablement exigible et possible. D.  Le  21  janvier  2009,  le  requérant  a  interjeté  recours  contre  la  décision  précitée.  Il  a  conclu  à  l'annulation  de  la  décision  entreprise,  à  la  reconnaissance de sa qualité de réfugié et à l'octroi de l'asile, ainsi que,  subsidiairement,  à  l'admission  provisoire.  Il  a  également  requis  le  bénéfice de l'assistance judiciaire partielle. Dans  son  mémoire,  il  a  contesté  en  substance  les  éléments  d'invraisemblance  relevés  par  l'ODM  et  a  soutenu  que  les  autorités  sri lankaises n'étaient pas en mesure de  le protéger efficacement contre  les dangers qui  le guetteraient en cas de retour dans son pays.  Il a par  ailleurs  estimé  que  les  violations  répétées  des  droits  de  l'homme  au  Sri Lanka,  ainsi  que  des  problèmes  de  santé  de  nature  psychique,  faisaient obstacle à l'exécution de son renvoi. A l'appui de son recours, il a produit un rapport médical daté du 19 janvier  2009, établi par (…), duquel il ressort qu'il est suivi médicalement depuis  (…), qu'il  souffre d'un état de stress post­traumatique  (PTSD), d'anxiété  et  d'une  probable  sinusite,  et  qu'il  suit  un  traitement  médicamenteux  (antidépresseur et anxiolytique) et psychiatrique.

D­412/2009 Page 4 Il a joint également au recours une copie (l'original ayant déjà été déposé  par­devant l'ODM) d'un extrait du registre de la police de I._______, ainsi  que  sa  traduction  en  anglais.  Dit  document  contiendrait  sa  déposition  devant la police et attesterait de l'enregistrement de sa plainte. E.  Par décision incidente du 12 février 2009, le juge chargé de l'instruction a  rejeté  la  demande  d'assistance  judiciaire  partielle,  au  vu  du  caractère  d'emblée  voué  à  l'échec  des  conclusions  prises  dans  le  recours.  Il  a  notamment été souligné que les motifs d'asile présentés n'étaient a priori  ni vraisemblables ni pertinents. Un délai au 27 février 2009 a été imparti  au recourant pour verser un montant de 600 francs au titre d'une avance  de  frais,  en  garantie  des  frais  de  procédure  présumés  et  sous  peine  d'irrecevabilité du recours. F.  Le (…), l'avance de frais requise a été versée. G.  Par  courrier  du  23  février  2009,  l'intéressé  a  déposé  un  complément  à  son recours du 21 janvier 2009, dans lequel il a rappelé qu'il souffrait d'un  grand stress psychologique suite aux événements vécus au Sri Lanka, et  a  répété  que  dans  ce  pays,  aucune  protection  adéquate  ne  pouvait  lui  être fournie. H.  Par  ordonnance  du  26  mai  2011,  le  Tribunal  administratif  fédéral  (le  Tribunal) a imparti au recourant un délai au 10 juin 2011 pour produire un  nouveau  rapport  médical,  circonstancié  et  actualisé,  ou  tout  autre  document relatif à son état de santé. I.  En date du 9  juin 2011,  l'intéressé a fait parvenir au Tribunal un rapport  médical daté du 7 juin 2011, émanant (…). Dit rapport mentionne que le  recourant n'a plus consulté depuis (…).  Il précise que  le patient  travaille  (…) et que d'un point de vue psychosocial, il est actuellement stable dans  cet environnement favorable. D'un point de vue somatique, les médecins  soulignent qu'il n'y a aucun problème et qu'aucun traitement n'est prescrit.  Un  retour  dans  son  pays  d'origine  pourrait  néanmoins  provoquer  une  résurgence des symptômes psychiatriques liés à son PTSD.

D­412/2009 Page 5 A l'appui du rapport médical,  l'intéressé a mis par ailleurs en exergue  la  situation  sécuritaire  toujours  précaire  au  Sri  Lanka,  et  notamment  les  violations  des  droits  de  l'homme  commises  par  les  autorités  gouvernementales à l'encontre notamment des Tamouls. J.  Les autres faits et arguments de la cause seront évoqués, si nécessaire,  dans les considérants en droit qui suivent. Droit : 1.  1.1.  Le  Tribunal,  en  vertu  de  l'art. 31  de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF,  RS 173.32),  connaît  des  recours  contre les décisions au sens de l'art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre  1968  sur  la  procédure  administrative  (PA,  RS 172.021)  prises  par  les  autorités mentionnées à l'art. 33 LTAF. En particulier, les décisions rendues par l'ODM concernant l'asile peuvent  être contestées, par renvoi de l'art. 105 de la loi sur l'asile du 26 juin 1998  (LAsi, RS 142.31), devant  le Tribunal,  lequel statue alors définitivement,  sauf demande d'extradition déposée par  l'Etat dont  le requérant cherche  à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal  fédéral [LTF, RS 173.110]). 1.2. Le recourant a qualité pour recourir (art. 48 al. 1 PA). Présenté dans  la forme (art. 52 PA) et dans les délais (art. 108 al. 1 LAsi) prescrits par la  loi, le recours est recevable. 2.  2.1.  Le  Tribunal  examine  librement  en  la  matière  l'application  du  droit  public  fédéral,  la constatation des  faits et  l'opportunité,  sans être  lié par  les arguments invoqués à l'appui du recours (art. 106 al. 1 LAsi et art. 62  al. 4 PA par renvoi de l'art. 6 LAsi et de l'art. 37 LTAF) ni par la motivation  retenue par  l'ODM (ATAF 2009/57 consid. 1.2 p. 798 ; cf. dans  le même  sens Jurisprudence et  informations de  la Commission suisse de recours  en matière d'asile  [JICRA] 2002 n° 1 consid. 1a p. 5,  JICRA 1994 n° 29  consid. 3 p. 206 s.). Il peut ainsi admettre un recours pour un autre motif  que  ceux  invoqués  devant  lui  ou  rejeter  un  recours  en  adoptant  une 

D­412/2009 Page 6 argumentation  différente  de  celle  de  l'autorité  intimée  (ATAF 2007/41  consid. 2 p. 529 s.). 2.2. A l'instar de  l'ODM,  il s'appuie sur  la situation prévalant au moment  de  l'arrêt  s'agissant  de  la  crainte  de  persécution  future  ou  de  motifs  d'empêchement  à  l'exécution  du  renvoi,  que  ceux­ci  soient  d'ordre  juridique  ou  pratique  (ATAF 2009/29  consid. 5.1  p. 376,  ATAF 2008/12  consid. 5.2  p. 154 s.,  ATAF  2008/4  consid. 5.4  p. 38 s. ;  arrêts  du  Tribunal  administratif  fédéral  D­7561/2008  consid. 1.4  du  15 avril 2010,  D­7558/2008  consid. 1.4  du  15 avril 2010,  D­3753/2006  consid. 1.5  du  2 novembre 2009,  D­7040/2006  consid. 1.5  du  28 juillet 2009  et  D­6607/2006  consid. 1.5  [et  réf. JICRA cit.]  du  27 avril 2009).  Il  prend  ainsi  en  considération  l'évolution  de  la  situation  intervenue  depuis  le  dépôt de la demande d'asile. 3.  3.1. Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d'origine ou dans  le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices  ou craignent à juste titre de l'être en raison de leur race, de leur religion,  de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou  de  leurs  opinions  politiques.  Sont  notamment  considérées  comme  de  sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l'intégrité corporelle ou  de  la  liberté,  de  même  que  les  mesures  qui  entraînent  une  pression  psychique  insupportable.  Il  y  a  lieu  de  tenir  compte  des motifs  de  fuite  spécifiques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi). 3.2.  Quiconque  demande  l'asile  (requérant)  doit  prouver  ou  du  moins  rendre  vraisemblable  qu'il  est  un  réfugié.  La  qualité  de  réfugié  est  vraisemblable  lorsque  l'autorité  estime  que  celle­ci  est  hautement  probable. Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur  des  points  essentiels,  ne  sont  pas  suffisamment  fondées,  qui  sont  contradictoires,  qui  ne  correspondent  pas  aux  faits  ou  qui  reposent  de  manière déterminante sur des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7  LAsi). 3.2.1.  Des  allégations  sont  vraisemblables  lorsqu'elles  présentent  une  substance  suffisante,  sont  en  elles­mêmes  convaincantes  et  plausibles.  Pour satisfaire aux exigences légales de vraisemblance, les déclarations  du requérant ne doivent ainsi pas se réduire à de vagues allégués ; il est  admis que chaque personne qui a vécu une situation particulière doit être  en  mesure  de  la  décrire  de  manière  détaillée,  précise  et  concrète,  la 

D­412/2009 Page 7 vraisemblance de propos généraux, voire stéréotypés étant généralement  écartée  (JICRA  2005  n° 21  consid.  6.1  p.  190 s.,  JICRA  1996  n° 28  consid. 3a p.  270,  JICRA 1994 n° 5  consid. 3c p.  43 s. ; WALTER KÄLIN,  Grundriss des Asylverfahrens, Bâle/Francfort­sur­le­Main, 1990, p. 303 et  312).  Les  déclarations  doivent  également  être  cohérentes  et  ne  pas  contenir  des  contradictions  sur  des  points  importants.  Elles  doivent  répondre  à  une  certaine  logique  interne,  et  ne  pas  se  trouver  en  contradiction  avec  des  événements  connus  ou  l'expérience  générale.  Enfin, le requérant d'asile lui­même doit paraître crédible, ce qui n'est, en  particulier, pas le cas lorsqu'il s'appuie sur des moyens de preuve faux ou  falsifiés (cf. art. 7 al. 2 LAsi). 3.2.2. Si  l'autorité  doit  être  convaincue  que  les  faits  allégués  ont  pu  se  produire,  elle  ne  doit  pas  être  absolument  persuadée  de  leur  véracité,  une certitude totale excluant tout doute n'étant logiquement pas possible;  il  faut  que  le  requérant  d'asile  parvienne  à  "convaincre  le  juge  que  les  choses se sont vraisemblablement passées comme prétendu, sans avoir  à  démontrer  qu'elles  doivent  vraiment  s'être  passées  ainsi  parce  que  toute  hypothèse  contraire  est  raisonnablement  à  exclure"  (cf.  MAX  KUMMER, Grundriss  des Zivilprozessrechts,  4e  éd.,  Berne  1984,  p.  135,  cité  in:  Kälin,  op.  cit.,  p. 302).  Quand  bien  même  la  vraisemblance  autorise  l'objection  et  le  doute,  ceux­ci  doivent  toutefois  paraître  d'un  point de vue objectif moins importants que les éléments parlant en faveur  de la probabilité des allégations (cf. KÄLIN, op. cit., p. 303). C'est ainsi que  lors  de  l'examen  de  la  vraisemblance  des  allégations  de  fait  d'un  requérant  d'asile,  il  s'agit  pour  l'autorité  de  pondérer  les  signes  d'invraisemblance  en  dégageant  une  impression  d'ensemble  et  en  déterminant,  parmi  les  éléments  portant  sur  des  points  essentiels  et  militant  en  faveur  ou  en  défaveur  de  cette  vraisemblance,  ceux  qui  l'emportent  (JICRA  1993  n° 11  p. 67 ss;  KÄLIN,  op.  cit.,  p.  307  et  312;  MARIO GATTIKER, La procédure d'asile et de renvoi, Berne 1999, p. 53 ss). 4.  4.1. En  l'espèce,  les motifs  d'asile  invoqués  par  l'intéressé  ne  satisfont  pas au critère de vraisemblance énoncé par l'art. 7 LAsi. 4.1.1. Tout d'abord, bien que les propos tenus par le recourant au cours  des  deux  auditions  auxquelles  il  a  participé  concordent  sur  certains  points,  force  est  de  constater  que  son  récit  est  néanmoins  émaillé  de  nombreuses  divergences,  portant  sur  des  éléments  essentiels  de  sa  demande d'asile.

D­412/2009 Page 8 S'agissant  des  événements  du  (…),  l'intéressé  s'est  montré  particulièrement  confus  à  propos  des  individus  qui  l'auraient  abordé  et  emmené en  van. Au  cours  de  l'audition  sommaire,  il  a  indiqué que  ces  personnes étaient  au  nombre de quatre  et  qu'elles  s'étaient  présentées  comme  membres  (…),  exhibant  leur  carte  d'identité  ((…) ;  cf. procès­verbal  de  l'audition  du  4  septembre  2007, p.  6).  Lors  de  l'audition sur les motifs, il a expliqué dans un premier temps qu'une seule  personne s'était présentée à lui et lui avait montré un document d'identité  (cf. procès­verbal  de  l'audition  du  18  septembre  2007,  p. 2),  avant  de  prétendre  que  deux  personnes  étaient  sorties  du  van  (cf. ibidem,  p.  5),  puis de déclarer finalement qu'un seul individu était descendu du véhicule  pour lui parler (cf. ibidem, p. 6).  Toujours à propos des  faits en question,  l'intéressé a expliqué avoir été  soumis  à  deux  interrogatoires  distincts  par  les  agents  (…),  le  premier  conduit par quatre personnes,  le second par deux autres  individus. Lors  de  sa  seconde  audition,  il  a  expliqué  que  le  deuxième  interrogatoire  s'était  déroulé  l'après­midi  (cf. procès­verbal  de  l'audition  du  18 septembre 2007,  p. 6),  précisant  par  la  suite  qu'il  avait  été  mis  au  courant des activités terroristes de G._______ le matin (cf. ibidem, p. 6),  à  savoir  lors  du  premier  interrogatoire  conduit  par  quatre  personnes.  Pourtant,  au  cours  de  sa  première  audition,  il  avait  préalablement  prétendu  que  ces  informations  lui  avaient  été  fournies  par  les  deux  personnes qui avaient mené le second interrogatoire (cf. procès­verbal de  l'audition  du  4 septembre 2007,  p.  6),  ce  qui  n'est  pas  compatible  avec  les déclarations faites par la suite. En outre, au sujet de la couleur des différents vans mentionnés dans son  récit,  le  recourant  a  d'abord  soutenu  qu'ils  étaient  tous  blancs  (cf. procès­verbal  de  l'audition  du  4  septembre  2007,  p.  7),  avant  d'assurer que  le premier des vans, à savoir celui  (…), n'était pas blanc,  contrairement  aux  autres  (cf. procès­verbal  de  l'audition  du  18 septembre 2007, p. 10). Concernant  le  nombre de  visites  qu'il  aurait  effectuées  à F._______ en  (…), il a indiqué qu'il  lui avait rendu visite deux fois (cf. procès­verbal de  l'audition  du  4  septembre  2007,  p. 6),  puis  une  seule  fois  (cf. procès­verbal de l'audition du 18 septembre 2007, p. 2, 3 et 9). 4.1.2. Le  recourant  s'est  par  ailleurs montré  confus  et  peu  convaincant  lorsqu'il  s'est  exprimé  sur  l'absence  de  G._______.  Selon  ses  déclarations,  G._______  aurait  tenu  un magasin  se  trouvant  à  côté  du 

D­412/2009 Page 9 sien (cf. procès­verbal de l'audition du 4 septembre 2007, p. 6), et serait  mort au cours d'un attentat dont il était l'auteur, le (…). L'intéressé, qui a  admis que G._______ avait été absent avant le (…) (cf. procès­verbal de  l'audition du 18 septembre 2007, p. 5), aurait donc été sans nouvelles de  son ami pendant plus de  (…) mois, étant entendu qu'il  aurait appris  les  raisons de son absence le (…). Interpellé sur le fait qu'il ne semblait pas  s'être inquiété outre mesure de la disparition soudaine de G._______, le  recourant a répondu que son ami partait  tous les (…) mois en vacances  pour  une  durée  de  (…)  semaines  (cf. ibidem,  p. 5),  ce  qui  ne  saurait  pourtant  justifier une absence de plus de  (…) mois. En outre, au vu de  leur  engagement  politique  commun  en  faveur  d'un  candidat  de  l'opposition  aux  élections  locales  de  (…),  il  est  douteux  que  l'intéressé  n'ait pas été alarmé par la disparition subite et prolongée de son voisin et  ami. 4.1.3.  Les  déclarations  de  l'intéressé  s'avèrent  d'autre  part  vagues  et  dénuées  de  détails  essentiels  sur  certains  éléments  du  récit  pourtant  cruciaux,  comme  par  exemple  ceux  relatifs  à  l'interrogatoire  qu'il  aurait  subi  après  sa  capture  le  (…)  (cf. procès­verbal  de  l'audition  du  18  septembre  2007,  p.  5  à  7).  Bien  qu'il  ait  été  emmené  et  traité  sans  aucune  violence,  le  recourant  n'a  pas  été  en  mesure  de  livrer  d'informations  un  tant  soit  peu  consistantes  sur  le  lieu  où  il  aurait  été  détenu ou sur les personnes qui l'auraient tenu reclus. De même, malgré  une  journée entière passée en mains  (…),  il  a  été  très  succinct  sur  les  événements vécus, en particulier sur  les sujets abordés et  les questions  qui lui auraient été posées (cf. ibidem). Par ailleurs,  force est de constater que  le  recourant déclare  tout  ignorer  des  motivations  et  de  l'identité  des  inconnus  qui  l'auraient  menacé  de  mort à de nombreuses reprises par téléphone, allant jusqu'à le poursuivre  à chaque déplacement qu'il faisait. Au vu de l'insistance affichée par ses  persécuteurs  supposés,  on  aurait  pu  attendre  de  l'intéressé  qu'il  donne  plus  de  consistance  à  son  récit,  alors  qu'il  a  tantôt  supposé  que  ses  agresseurs étaient liés à l'Etat, tantôt à des milieux proches des LTTE ou  à d'autres groupes encore, sans pour autant pouvoir expliquer un tant soit  peu les raisons qui auraient pu amener les uns ou les autres à agir avec  la  constance  décrite,  sans  aboutir  à  quelque  résultat  que  ce  soit  au  demeurant. 4.1.4. Certains de ses propos ne paraissent par ailleurs pas  réalistes.  Il  ne  semble  ainsi  pas  plausible  qu'il  ait  réussi  par  deux  fois  à  échapper  aussi facilement aux hommes qui tentaient de l'embarquer de force dans 

D­412/2009 Page 10 un van, après avoir pourtant à chaque fois été retenu et battu. Il n'est pas  non  plus  crédible  en  l'absence  de  toute  preuve  documentée  qu'une  chaîne  de  télévision  gouvernementale  diffuse  des  reportages  sur  les  enlèvements et  les meurtres de Tamouls par des inconnus se déplaçant  en  vans  blancs  (cf. procès­verbal  de  l'audition  du  18  septembre  2007,  p. 9 et 10), alors même que les autorités sri lankaises sont réputées être  parfois les auteurs d'attaques de ce type, ou au moins les couvrir (cf. à ce  propos  la  récente  jurisprudence  du  Tribunal  applicable  aux  requérants  d'asile  sri  lankais : ATAF E­6220/2006 du 27 octobre 2011 consid. 8.5).  Dans  ces  conditions,  de  tels  agissements  n'auraient  vraisemblablement  pas  été  rendus  publics  d'une manière  aussi  transparente  par  un média  étatique,  en  risquant  de  mettre  à  jour  la  violence  de  la  répression  à  l'encontre des Tamouls. 4.1.5. La description du voyage de l'intéressé,  indigente, relève en outre  du stéréotype, ce dernier se  limitant à expliquer avoir  rejoint K._______  en bateau, puis la Suisse au moyen d'un van, avec l'aide de passeurs et  sans  subir  aucun  contrôle,  sans  donner  plus  de  détails  à  ce  sujet  (cf. procès­verbal  de  l'audition  du  4  septembre  2007,  p. 7  et  8 ;  procès­verbal  de  l'audition  du  18  septembre  2007,  p. 11).  Le  recourant  s'est  de  plus  montré  divergent  dans  ses  propos,  affirmant  dans  un  premier  temps  ignorer  le  nom  des  passeurs  qui  l'auraient  assisté  dans  son expédition, avant de citer un nom à la question suivante (cf. ibidem,  p. 11).  4.1.6.  L'extrait  du  registre  de  police,  produit  à  l'appui  de  la  demande  d'asile, ne modifie en rien l'appréciation du Tribunal. Force est en effet de  constater que sa facture est sujette à caution. Le document ne comporte  ni sceau officiel, ni mention d'une base légale, et  il est rédigé à la main.  Par  ailleurs,  il  ne  fait  pas  état  de  la  visite  d'inconnus  au  domicile  de  l'intéressé  le  (…),  et  des  menaces  de  mort  qui  auraient  été  proférées  contre  lui,  alors  que  cet  événement  aurait  pourtant  été  à  l'origine  de  la  fuite  du  recourant  à  C._______.  Indépendamment  de  l'authenticité  du  document,  les faits qui y sont constatés ne constituent de toute manière  que de simples allégations de partie,  dans  la mesure où  l'extrait  ne  fait  que retranscrire les faits tels que rapportés par l'intéressé à de la police,  sans  qu'il  en  ressorte  l'appréciation  qu'en  aurait  faite  l'autorité,  les  vérifications  éventuellement  entreprises  par  celle­ci,  ou  les  mesures  d'instruction  ou  d'enquête  engagées.  Au  vu  de  ce  qui  précède,  le  document déposé n'a pas de valeur probante.

D­412/2009 Page 11 4.2. Dans son courrier du 9  juin 2011,  l'intéressé s'inquiète en outre du  sort réservé aux Tamouls au Sri Lanka. Or, s'il s'exprime bien en langue  tamoule,  le  recourant  a  toujours  prétendu  être  d'ethnie  maure  et  de  confession musulmane. Les musulmans (ou Maures) sri  lankais, s'ils ne  constituent pas à proprement parler une ethnie,  forment  cependant une  communauté  distincte,  la  troisième  du  pays,  après  les  Cinghalais,  bouddhistes et d'origine indo­européenne, et les Tamouls, hindouistes et  d'origine  dravidienne.  Leur  identité  est  caractérisée  avant  tout  par  leur  pratique  de  l'islam.  Beaucoup  d'entre  eux  ont  de  lointaines  origines  tamoules, étant les descendants de commerçants arabes fréquentant les  côtes de l'île de Ceylan et de femmes tamoules. Il en parlent d'ailleurs la  langue  et  en  ont  adopté  nombre  de  coutumes,  notamment  dans  l'habillement  et  les  mœurs,  tout  en  préservant  cependant  leur  identité  musulmane  (cf. à  ce  propos  arrêt  du  Tribunal  administratif  fédéral  D­ 6834/2006  du  4 août 2008  consid. 3.2).  Ainsi,  l'intéressé  ne  saurait  invoquer un risque de persécution dans son pays en raison des dangers  qu'y  courraient  les  Tamouls,  ceux­ci  formant  une  communauté  à  part  entière à laquelle il n'appartient manifestement pas.  Au demeurant, le recourant n'a fait valoir aucun problème concret en lien  avec  son  appartenance  à  quelque  communauté  que  ce  soit,  maure  ou  tamoule. Par  ailleurs,  les  Maures  ne  figurent  pas  parmi  les  groupes  à  risque  susceptibles  d'être  particulièrement  exposés  à  des  persécutions  au  Sri  Lanka,  énumérés  par  le  Tribunal  dans  sa  récente  jurisprudence  susmentionnée (cf. ATAF E­6220/2006 du 27 octobre 2011 consid. 8).  Les  motifs  soulevés  par  l'intéressé  en  lien  avec  son  appartenance  communautaire ne sont donc pas pertinents en matière d'asile. 4.3. Il s'ensuit que le recours, en tant qu'il porte sur la reconnaissance de  la qualité de réfugié et l'octroi de l'asile, doit être rejeté. 5.  5.1.  Lorsqu'il  rejette  la  demande  d'asile  ou  qu'il  refuse  d'entrer  en  matière  à  ce  sujet,  l'ODM  prononce,  en  règle  générale,  le  renvoi  de  Suisse et en ordonne l'exécution ; il tient compte du principe de l'unité  de  la  famille  (art. 44  al. 1  LAsi).  Le  renvoi  ne  peut  être  prononcé,  selon l'art. 32 de  l'ordonnance 1 du 11 août 1999 sur  l'asile  relative à  la procédure (OA 1, RS 142.311), lorsque le requérant d'asile dispose 

D­412/2009 Page 12 d'une  autorisation  de  séjour  ou  d'établissement,  ou  qu'il  fait  l'objet d'une  décision  d'extradition  ou  d'une  décision  de  renvoi  conformément  à  l'art. 121  al. 2  de  la  Constitution  fédérale  de  la  Confédération suisse du 18 avril 1999 (Cst., RS 101). 5.2.  Aucune  exception  à  la  règle  générale  du  renvoi  n'étant  en  l'occurrence  réalisée,  le  Tribunal  est  tenu,  de  par  la  loi,  de  confirmer  cette mesure (ATAF 2009/50 consid. 9 p. 733 ; JICRA 2001 n° 21). 6.  L'exécution  du  renvoi  est  ordonnée  si  elle  est  licite,  raisonnablement  exigible et possible (art. 44 al. 2 LAsi). En cas contraire,  l'ODM règle  les  conditions de résidence conformément aux dispositions de la loi fédérale  sur  les  étrangers  du  16  décembre  2005  (LEtr,  RS  142.20)  concernant  l'admission provisoire (art. 44 al. 2 LAsi). 7.  7.1.  L'exécution  du  renvoi  est  illicite,  lorsque  la  Suisse,  pour  des  raisons de droit international public, ne peut contraindre un étranger à  se  rendre  dans  un  pays  donné  ou  qu'aucun  autre Etat,  respectant  le  principe du non­refoulement, ne se déclare prêt à  l'accueillir  ;  il  s'agit  d'abord  de  l'étranger  reconnu  réfugié,  mais  soumis  à  une  clause  d'exclusion de  l'asile, et ensuite de  l'étranger pouvant démontrer qu'il  serait exposé à un  traitement prohibé par  l'art. 3 de  la Convention du  4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés  fondamentales  (CEDH,  RS 0.101)  ou  encore  par  l'art. 3  de  la  Convention du 10 décembre 1984 contre la torture et autres peines ou  traitements cruels, inhumains ou dégradants (Conv. torture, RS 0.105)  (Message  du  Conseil  fédéral  à  l'appui  d'un  arrêté  fédéral  sur  la  procédure d'asile [APA], du 25 avril 1990, in : FF 1990 II 624). 7.2.  In  casu,  l'exécution  du  renvoi  ne  contrevient  pas  au  principe  de  non­refoulement  de  l'art. 5  LAsi,  l'intéressé  n'ayant  pas  la  qualité  de  réfugié. 7.3. En ce qui concerne les autres engagements de la Suisse relevant  du  droit  international,  il  sied  d'examiner  particulièrement  si  l'art. 3  CEDH,  qui  interdit  la  torture,  les  peines  et  traitements  inhumains  ou  dégrandants,  trouve  application  dans  le  cas  d'espèce.  Si  cette  disposition  s'applique  indépendamment  de  la  reconnaissance  de  la  qualité  de  réfugié,  cela  ne  signifie  pas  encore  qu'un  renvoi  ou  une 

D­412/2009 Page 13 extradition serait  prohibée par  le  seul  fait  que dans  le pays concerné  des violations de l'art. 3 CEDH devraient être constatées ; une simple  possibilité  de  subir  des  mauvais  traitements  ne  suffit  pas.  Il  faut  au  contraire  que  la  personne  qui  invoque  cette  disposition  démontre  à  satisfaction qu'il existe pour elle un véritable risque concret et sérieux,  au­delà  de  tout  doute  raisonnable,  d'être  victime  de  tortures,  ou  de  traitements inhumains ou dégradants en cas de renvoi dans son pays.  Il  en  ressort  qu'une  situation  de  guerre,  de  guerre  civile,  de  troubles  intérieurs  graves  ou  de  tension  grave  accompagnée  de  violations  des droits  de  l'homme  ne  suffit  pas  à  justifier  la  mise  en  oeuvre  de la protection  issue  de  l'art. 3  CEDH,  tant  que  la  personne  concernée  ne peut  rendre  hautement  probable  qu'elle  serait  visée  personnellement  ­  et  non  pas  simplement  du  fait  d'un  hasard  malheureux  ­  par  des  mesures  incompatibles  avec  la  disposition  en  question (cf. ATAF D­6827/2010 du 2 mai 2011 consid. 7.3 et jur. cit.). En  l'occurrence,  le  recourant  n'a  pas  rendu  hautement  probable  qu'il  serait personnellement visé, en cas de retour dans son pays d'origine, par  des mesures  incompatibles  avec  l'art.  3  CEDH  ou  d'autres  dispositions  contraignantes de droit international (cf. supra consid. 4). 7.4.  Dès  lors,  l'exécution  du  renvoi  de  l'intéressé  sous  forme  de  refoulement  ne  transgresse aucun engagement  de  la Suisse  relevant  du droit international, de sorte qu'elle s'avère licite (art. 44 al. 2 LAsi et  art. 83 al. 3 LEtr). 8.  8.1. Selon  l'art.  83  al.  4  LEtr,  l'exécution  de  la  décision  peut  ne  pas  être  raisonnablement  exigée  si  le  renvoi  ou  l'expulsion  de  l'étranger  dans  son  pays  d'origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple  en  cas  de  guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée ou de nécessité médicale. 8.2. Cette  disposition  s'applique  en  premier  lieu  aux  "réfugiés  de  la  violence", soit aux étrangers qui ne  remplissent pas  les conditions de  la  qualité  de  réfugié  parce  qu'ils  ne  sont  pas  personnellement  persécutés, mais  qui  fuient  des  situations  de  guerre,  de  guerre  civile  ou  de  violence  généralisée.  Elle  vaut  aussi  pour  les  personnes  pour  qui  un  retour  reviendrait  à  les  mettre  concrètement  en  danger,  notamment  parce  qu'elles  ne  pourraient  plus  recevoir  les  soins  dont  elles  ont  besoin  ou  qu'elles  seraient,  selon  toute  probabilité, 

D­412/2009 Page 14 condamnées à devoir vivre durablement et  irrémédiablement dans un  dénuement complet, et ainsi exposées à la famine, à une dégradation  grave de leur état de santé, à l'invalidité, voire à la mort. En revanche,  les  difficultés  socio­économiques  qui  sont  le  lot  habituel  de  la  population  locale,  en  particulier  des  pénuries  de  soins,  de  logement,  d'emplois,  et  de  moyens  de  formation,  ne  suffisent  pas  en  soi  à  réaliser une telle mise en danger. L'autorité à qui  incombe la décision  doit donc dans chaque cas confronter  les aspects humanitaires  liés à  la  situation  dans  laquelle  se  trouverait  l'étranger  concerné  dans  son  pays après l'exécution du renvoi à l'intérêt public militant en faveur de  son  éloignement  de  Suisse  (voir  notamment  à  ce  propos  ATAF D­6827/2010  du  2  mai  2011  consid. 8.2  et  jur.  cit.,  ATAF 2007/10 consid. 5.1 p. 111). Ceci étant,  il  convient, dans  le cadre de  l'analyse des cas d'espèce, de  faire appel à des critères aussi divers que les attaches avec la région de  réinstallation,  notamment  les  relations  familiales  et  sociales,  les  séjours  antérieurs,  respectivement  les  emplois  qu'on  y  a  exercés,  les  connaissances  linguistiques et professionnelles acquises,  le sexe,  l'âge,  l'état de santé, l'état civil, les charges de famille. L'autorité à qui incombe  la  décision  doit  donc  dans  chaque  cas  confronter  les  aspects  humanitaires  liés  à  la  situation  dans  laquelle  se  trouverait  l'étranger  concerné  dans  son  pays  après  l'exécution  du  renvoi  à  l'intérêt  public  militant en faveur de son éloignement de Suisse (cf. ATAF D­6827/2010  du 2 mai 2011 consid. 8.2 et jur. cit). 8.3.  S'agissant  plus  spécifiquement  des  personnes  en  traitement  médical en Suisse,  l'exécution du renvoi ne devient  inexigible, en cas  de  retour  dans  leur  pays  d'origine  ou  de  provenance,  que  dans  la  mesure  où  elles  pourraient  ne  plus  recevoir  les  soins  essentiels  garantissant  des  conditions  minimales  d'existence ;  par  soins  essentiels,  il  faut  entendre  les  soins  de  médecine  générale  et  d'urgence absolument nécessaires à la garantie de la dignité humaine.  L'art. 83  al. 4  LEtr,  disposition  exceptionnelle  tenant  en  échec  une  décision d'exécution du  renvoi, ne saurait en  revanche être  interprété  comme une norme qui comprendrait un droit de séjour lui­même induit  par  un  droit  général  d'accès  en  Suisse  à  des  mesures  médicales  visant  à  recouvrer  la  santé  ou  à  la  maintenir,  au  simple  motif  que  l'infrastructure  hospitalière  et  le  savoir­faire  médical  dans  le  pays  d'origine ou de destination de l'intéressé n'atteint pas le standard élevé  qu'on trouve en Suisse. Ainsi, il ne suffit pas en soi de constater, pour  admettre  l'inexigibilité  de  l'exécution  du  renvoi,  qu'un  traitement 

D­412/2009 Page 15 prescrit sur la base de normes suisses ne pourrait être poursuivi dans  le pays de  l'étranger. On peut citer  ici  les cas de  traitements visant à  atténuer  ou  guérir  des  troubles  psychiques  ou  physiques  qui  ne  peuvent  être  qualifiés  de  graves.  Si  les  soins  essentiels  nécessaires  peuvent  être  assurés  dans  le  pays  d'origine  ou  de  provenance  de  l'étranger concerné, cas échéant avec d'autres médications que celles  prescrites en Suisse,  l'exécution du renvoi dans  l'un ou  l'autre de ces  pays  sera  raisonnablement  exigible. Elle  ne  le  sera  plus,  au  sens  de  l'art. 83  al. 4  LEtr  si,  en  raison  de  l'absence  de  possibilités  de  traitement  adéquat,  l'état  de  santé  de  l'intéressé  se  dégraderait  très  rapidement au point de conduire d'une manière certaine à  la mise en  danger  concrète  de  sa  vie  ou  à  une  atteinte  sérieuse,  durable,  et  notablement  plus  grave  de  son  intégrité  physique  (cf. ATAF D­6827/2010  du  2  mai  2011  consid. 8.3  et  jur.  cit.,  ATAF 2009/2 consid. 9.3.2 p. 21). Cela dit, il sied de préciser que si, dans un cas d'espèce, le grave état de  santé  ne  constitue  pas  en  soi  un  motif  d'inexigibilité  sur  la  base  des  critères qui précèdent, il peut demeurer un élément d'appréciation dont il  convient  alors  de  tenir  compte  dans  le  cadre  de  la  pondération  de  l'ensemble des éléments ayant trait à l'examen de l'exécution du renvoi. 8.4.  Il  est  notoire  que  le  Sri  Lanka  ne  connaît  pas  aujourd'hui  une  situation  de  guerre,  de  guerre  civile  ou  de  violence  généralisée  qui  permettrait  d’emblée  –  et  indépendamment  des  circonstances  du  cas  d’espèce  –  de  présumer,  à  propos  de  tous  les  ressortissants  du  pays,  l’existence d’une mise en danger concrète au sens de l’art. 83 al. 4 LEtr.  La guerre civile a officiellement pris fin en mai 2009, lorsque le président  a proclamé la fin des hostilités et la défaite des LTTE. La situation sur le  plan  sécuritaire  s'est  depuis  lors  notablement  améliorée,  de  sorte  que  l'ODM a modifié  sa  pratique  et  considère  désormais  que  l'exécution  du  renvoi  est,  de manière  générale,  raisonnablement  exigible, même  dans  les  provinces  du  Nord  et  de  l'Est,  à  l'exception  de  la  région  du  Vanni.  Cette amélioration de  la situation est d'ailleurs également  relevée par  le  Haut  Commissariat  des  Nations  Unies  pour  les  réfugiés  (HCR),  qui  souligne  toutefois  que  l'examen  doit  être  effectué  individuellement  pour  chaque  cas  (cf.  UNHCR  Eligibility  Guidelines  for  Assessing  the  International Protection Needs of Asylum­Seekers  from Sri Lanka,  juillet  2010 [HRC/EG/SLK/10/03], p. 3 ss). 8.5. Dans un arrêt récent prévu pour publication, le Tribunal a procédé à  son tour à une analyse détaillée de la situation prévalant au Sri Lanka et 

D­412/2009 Page 16 s'est notamment prononcé sur la question de l'exigibilité de l'exécution du  renvoi (cf. ATAF E­6220/2006 du 27 octobre 2011 consid. 11 ss).  Selon  le  Tribunal,  depuis  la  fin  de  la  guerre,  la  situation  sur  le  plan  sécuritaire  s'est  notablement  améliorée,  même  si  le  pays  se  trouve  encore en phase de stabilisation. La situation n'est toutefois pas identique  dans  toutes  les  parties  du  pays.  En  ce  qui  concerne  les  personnes  provenant de  la province de  l'Ouest, en particulier de  l'agglomération de  Colombo,  l'exécution du renvoi dans cette région est considérée comme  en principe raisonnablement exigible (cf. ibidem, consid. 13.3). 8.6. En l'espèce, le recourant a toujours vécu dans la province de l'Ouest,  dans des  localités plus ou moins proches de Colombo, à C._______ et  J._______, (…), ainsi qu'à E._______, (…), de sorte que conformément à  la jurisprudence précitée, l'exécution de son renvoi dans cette région est  en  principe  raisonnablement  exigible,  les  éléments  liés  à  sa  personne  devant  encore  être  pris  en  compte  afin  de  déterminer  si  l'exécution  du  renvoi impliquerait ou non une mise en danger concrète de celui­ci. 8.6.1.  S'agissant  précisément  de  sa  situation  personnelle,  il  dispose  encore sur place de membres de sa famille, notamment de (…), est jeune  et  a  exercé  pendant  plusieurs  années  une  activité  lucrative  dans  son  pays lui ayant permis de subvenir à ses besoins.  8.6.2. En ce qui concerne l'appartenance de l'intéressé à la communauté  musulmane,  elle  ne  saurait  en  tant  que  telle  constituer  un  obstacle  à  l'exécution  du  renvoi.  En  effet,  selon  les  informations  à  disposition  du  Tribunal, les musulmans du Sri Lanka ne sont pas ciblés par de graves et  systématiques  discriminations  susceptibles  de  mettre  à  néant  leurs  moyens d'existence et de mettre concrètement en danger jusqu'à leur vie  (cf. dans ce sens arrêt du Tribunal administratif  fédéral D­6834/2006 du  4 août 2008 consid. 7.3.2). 8.6.3.  Quant  aux  motifs  de  santé  invoqués,  ils  ne  sont  pas  non  plus  déterminants.  Selon  le  rapport médical  du  7  juin  2011,  le  recourant  ne  souffre plus actuellement de problèmes de santé particuliers et n'est plus  suivi  médicalement  depuis  plus  de  (…)  ans.  Son  traitement  médicamenteux  a  en  outre  été  interrompu  et  il  exerce  une  activité  professionnelle. Certes, ses médecins précisent qu'un retour au Sri Lanka  pourrait provoquer une résurgence des symptômes psychiatriques liés au  PTSD. Cette seule éventualité n'est toutefois pas suffisante pour conclure  de  manière  certaine  à  une  dégradation  rapide  et  durable  de  l'état  de 

D­412/2009 Page 17 santé de l'intéressé en cas de renvoi dans son pays. En outre, il n'est pas  inhabituel qu'une personne, dont la demande d'asile a été rejetée, tombe  dans un état de dépression, spécialement  lorsque la perspective de son  retour  devient  imminente, mettant  en  péril  son  projet  de  construire  une  nouvelle  existence  en  Suisse,  nettement  meilleure  que  celle  qu'il  a  abandonnée dans son pays d'origine. Si  le Tribunal  n'entend pas sous­ estimer les appréhensions que pourrait ressentir le recourant à l'idée d'un  renvoi dans son pays d'origine,  il  relève que  l'on ne saurait  de manière  générale  prolonger  indéfiniment  le  séjour  de  personnes  en  Suisse  au  motif que  la perspective d'un retour exacerbe un état dépressif, dès  lors  que  des  mesures  d'accompagnement  spécialisées  peuvent  de  surcroît  être  mises  en  œuvre,  afin  de  prévenir  tout  risque  concret  et  sérieux  d'atteinte à la santé. Au  demeurant,  les  troubles  observés  précédemment  chez  l'intéressé  (PTSD  et  anxiété)  peuvent  être  pris  en  charge  au  Sri  Lanka.  En  effet,  d'après  les  informations  en  possession  du  Tribunal  (cf. notamment  Country  of  Origin  Information  Report :  Sri  Lanka,  Home  Office  UK,  18.02.2010),  le  pays  dispose  de  structures médicales,  en  particulier  de  plusieurs  institutions  qui  prodiguent  des  soins  en  matière  de  santé  mentale,  notamment  à  Colombo  (National  Institute  of  Mental  Health  et  Colombo  South  Teaching  Hospital).  Des  organisations  non  gouvernementales  présentes  dans  le  pays  proposent  également  des  aides  dans  le  domaine  de  la  psychiatrie.  Par  ailleurs,  les médicaments  sont délivrés gratuitement et les substances non disponibles dans le pays  peuvent  facilement  être  importées  depuis  l'Inde  voisine.  Ainsi,  même  dans le cas où l'intéressé présenterait une résurgence de ses symptômes  après être rentré au Sri Lanka, il pourrait avoir accès à un traitement sur  place, de sorte qu'une mise en danger concrète de sa vie est à exclure. 8.7. Au vu de ce qui précède, l'exécution du renvoi du recourant dans son  pays d'origine est raisonnablement exigible. 9.  9.1. L'exécution n'est pas possible  lorsque  l'étranger ne peut pas quitter  la Suisse pour son Etat d'origine, son Etat de provenance ou un Etat tiers,  ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr). 9.2. En l'occurrence,  l'intéressé est tenu d'entreprendre, en collaboration  avec  les  autorités  cantonales  d'exécution  du  renvoi,  toute  démarche  nécessaire auprès de  la représentation de son pays d'origine en vue de 

D­412/2009 Page 18 l'obtention  de  documents  de  voyage  lui  permettant  de  quitter  la  Suisse  (art. 8 al. 4 LAsi). 9.3.  Ainsi,  l'exécution  du  renvoi  ne  se  heurte  pas  à  des  obstacles  insurmontables d'ordre technique et s'avère également possible au sens  de l'art. 83 al. 2 LEtr. 10.  Il s'ensuit que le recours, en tant qu'il conteste la décision d'exécution du  renvoi, doit être également rejeté. 11.  Au vu de l’issue de la cause, il y a lieu de mettre les frais de procédure,  s'élevant à 600 francs, à la charge du recourant, conformément à l'art. 63  al. 1 PA,  à  l'art. 2  et  à  l'art. 3  let. b  du  règlement  du  21  février  2008  concernant  les  frais,  dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif fédéral (FITAF, RS 173.320.2). Lesdits frais sont compensés  avec l'avance de frais de même montant versée le (…). (dispositif page suivante)

D­412/2009 Page 19 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est rejeté. 2.  Les frais de procédure, d’un montant de 600 francs, sont mis à la charge  du  recourant.  Ils  sont  compensés  avec  l’avance  de  frais  de  même  montant versée le (…). 3.  Le  présent  arrêt  est  adressé  au  recourant,  à  l'ODM  et  à  l'autorité  cantonale compétente. Le président du collège : Le greffier : Gérald Bovier Mathieu Ourny Expédition :

D-412/2009 — Bundesverwaltungsgericht 23.01.2012 D-412/2009 — Swissrulings