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Bundesverwaltungsgericht 17.11.2011 D-1622/2008

17 novembre 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·1,686 mots·~8 min·2

Résumé

Asile et renvoi | Asile et renvoi; décision de l'ODM du 8 février 2008

Texte intégral

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l     Cour IV D­1622/2008 et D­1572/2008 Arrêt   d u   1 7   n o v emb r e   2011 Composition Gérard Scherrer (président du collège),  François Badoud, Hans Schürch, juges, Yves Beck, greffier. Parties A._______, né le […], sa compagne B._______, née le […], et leur fille C._______, née le […], Iran,   représentés par Me Pierre­Olivier Wellauer, avocat,  recourants,  contre Office fédéral des migrations (ODM), Quellenweg 6,  3003 Berne,  autorité inférieure.  Objet Asile et renvoi ; décisions de l'ODM du 8 février 2008 /  […] et […].

D­1622/2008 et D­1572/2008 Page 2 Faits : A.  Le 18 janvier 2006, A._______ et sa compagne sont entrés en Suisse et  ont  déposé  une  demande  d'asile  au  centre  d'enregistrement  et  de  procédure (CEP) de Bâle. B.  B.a  Entendu  sommairement,  le  25  janvier  2006,  puis  sur  ses  motifs  d'asile, le 28 février suivant, A._______, de religion musulmane sunnite et  d'ethnie  azéri,  a  déclaré  provenir  d'Orumiyeh  (province  d'Azerbaïdjan  occidental). En 1995, à sa demande, sans  révéler ses origines sunnites  qui  auraient  constitué  un  empêchement  dirimant  à  son  engagement,  il  aurait  été  incorporé  dans  le  corps  de  marines  des  gardiens  de  la  révolution (Sepah), à Téhéran. Il aurait été motivé par un salaire attrayant  et  la  possibilité  d'étudier  en même  temps  à  l'université  de  cette  ville,  y  obtenant d'ailleurs un diplôme d'ingénieur en électronique, en 2001.  Pendant ses études, il aurait été chargé, contre son gré, de réprimer des  manifestations sous peine d'être renvoyé de l'université. A  la  fin  de  ses  études,  il  serait  retourné  auprès  du  corps  des marines  pour  reprendre  son  travail  ou,  selon  une  autre  version,  pour  démissionner,  ce  qui  n'aurait  toutefois  pas  été  possible.  Il  aurait  refusé  d'être  affecté  à  Shiraz  sur  une  base  de  lancement  de  missiles,  ce  qui  aurait  nécessité  une  formation  de  plusieurs mois  à  l'étranger.  Réduit  à  travailler sans solde durant cinq ans et à payer une amende, il aurait été  incorporé  dans  les  forces  de  résistance  des  Basidjis  (une  branche  des  gardiens de la révolution), à Orumiyeh.  En mai et juin 2003, il aurait reçu l'ordre d'aller réprimer des mouvements  de révolte estudiantins. Au lieu de cela, il serait rentré à son domicile en  attendant  que  la  situation  s'améliore. De  retour à  son  travail,  trois  jours  plus  tard,  il  aurait  été  mis  aux  arrêts  disciplinaires  durant  cinq  jours,  période au cours de laquelle il aurait été interrogé et accusé d'appartenir  à  des  mouvements  subversifs.  Il  aurait  ensuite  repris  son  travail,  dans  l'attente d'être convoqué par un tribunal militaire. Le  8  juillet  2003,  la  veille  de  l'anniversaire  de  la  révolte  estudiantine,  il  aurait  été  mobilisé  afin  de  prévenir  un  éventuel  mouvement  de  contestation. Il aurait alors décidé de quitter son travail et se serait caché  chez  des  membres  de  sa  famille.  Le  2  août  2003,  par  crainte  d'être 

D­1622/2008 et D­1572/2008 Page 3 lourdement  condamné  pour  avoir  refusé  de  servir,  il  aurait  rejoint  la  Turquie par la route. Dans cet Etat, après avoir été reconnu réfugié par le  Haut Commissariat  des Nations  unies  pour  les  réfugiés  (HCR),  il  aurait  vécu dans le camp de Yozgat, où il aurait appris que son épouse, restée  en  Iran,  avait  obtenu  le  divorce,  et  où  il  aurait  rencontré  sa  compagne  actuelle.  Ayant  fait  l'objet  de  menaces  de  mort  de  la  part  de  Kurdes  n'acceptant pas leur liaison, l'intéressé et sa nouvelle compagne auraient  quitté le camp, le 26 décembre 2005, puis la Turquie, le 14 janvier 2006. A  l'appui  de  sa  demande,  l'intéressé  a  notamment  déposé  des  documents  relatifs  à  ses  études  universitaire  (carte  d'étudiant)  et  à  son  engagement de Sepah (carte, fiches de salaires, lettres lui annonçant son  changement  d'affectation  ou  sa  condamnation  à  une  amende),  ainsi  qu'une attestation de réfugié délivrée le […] 2004 par le HCR en Turquie. B.b  Entendue séparément, B._______, de religion musulmane sunnite et  d'ethnie kurde, a déclaré provenir de Sanandadj, chef­lieu de la province  du Kurdistan  iranien,  et  avoir  été  contrainte  par  sa  famille  d'épouser,  à  l'âge de seize ans, son cousin maternel, de qui elle a eu une fille, née en  […]. Sa famille aurait toujours soutenu son époux, bien que sachant que  celui­ci  la  frappait  et  la  trompait.  En  2001,  ne  supportant  plus  les  violences de son mari, la requérante aurait tenté de mettre fin à ses jours.  En  mai  2000  et  en  avril  2003,  elle  aurait  entamé  une  procédure  de  divorce.  Elle  y  aurait  à  chaque  fois  renoncé  en  raison  des menaces  et  des violences infligées par son époux et sa famille. Le 17 octobre 2003, après avoir obtenu un passeport grâce à des amis,  elle  aurait  quitté  l'Iran  avec  sa  fille  pour  la  Turquie,  où  elle  aurait  vécu  dans  le  camp de  réfugiés  de Yozgat,  y  faisant  la  connaissance  de  son  compagnon actuel. Dans ce camp, elle aurait été menacée de mort à deux reprises par son  mari  qui  lui  aurait  téléphoné et  qui  aurait  obtenu  le divorce ainsi  que  la  garde de leur fille, par jugement rendu en mars (recte : janvier) 2005. En  avril 2005, les autorités turques lui auraient retiré sa fille, dont elle n’aurait  plus  eu  de  nouvelles  depuis  lors,  et  l'auraient  remise  à  son  ex­époux,  venu  spécialement  en  Turquie  et  qui,  à  cette  occasion,  l'aurait  de  nouveau menacée de mort. Par crainte pour sa sécurité,  l'intéressée aurait quitté  le camp avec son  compagnon, le 26 décembre 2005, puis la Turquie.

D­1622/2008 et D­1572/2008 Page 4 Elle  a  déclaré  craindre  pour  sa  vie  si  elle  devait  retourner  en  Iran,  son  divorce n'ayant été accepté ni par son ex­époux, ni par sa belle­famille, ni  même par la sienne.  A  l'appui  de  ses  dires,  elle  a  notamment  déposé  un  certificat  de  nationalité, deux convocations du tribunal de Sanandadj faisant suite aux  procédure en divorce initiées par elle, le jugement de ce tribunal rejetant,  faute de preuve, la plainte pour enlèvement d'enfant déposée par son ex­ époux  après  sa  fuite  d'Iran,  et  le  jugement  de  divorce  prononcé  par  ce  tribunal, le 24 janvier 2005. C.   Le  13  août  2007,  B._______  a  mis  au  monde  une  fille,  prénommée  C._______, qui a été officiellement reconnue par A._______,  le 8 février  2008. D.  Par  décisions  séparées  du  8  février  2008,  l'ODM  a  rejeté  la  demande  d'asile  de  A._______  ainsi  que  celle  de  B._______  et  de  sa  fille,  a  prononcé leur renvoi de Suisse et ordonné l'exécution de cette mesure. Il  a  estimé  que  la  requérante  n'avait  amené  aucun  élément  concret  de  nature à démontrer un risque réel d'être éliminée par ses proches en cas  de  retour  en  Iran  du  fait  de  son  divorce,  la  protection  des  autorités  iraniennes n'apparaissant par ailleurs pas exclue.  S'agissant de A._______, l'ODM a relevé que ses craintes d'être arrêté et  condamné en raison de sa désertion n'étaient pas pertinentes en matière  d'asile,  dès  lors  qu'elle  n'avaient  pas  pour  origine  l'un  des  motifs  exhaustivement  énumérés  à  l'art.  3  de  la  loi  du  26 juin  1998  sur  l’asile  (LAsi, RS 142.31). Cet office a en outre relevé que l'intéressé n'aurait pu  reprendre  son  poste,  en  2003,  s'il  avait  été  accusé  par  les  autorités  d'appartenir  à  un  mouvement  subversif.  Enfin,  il  a  retenu  que  les  conditions de vie difficiles de l'intéressé durant son séjour dans un camp  de réfugiés en Turquie n'étaient pas déterminantes. E.   Dans le recours interjeté le 7 mars 2008, B._______ a rappelé ses motifs  d'asile  et  soutenu  que  son  ex­mari  ne  lui  avait  pas  pardonné  leur  séparation et chercherait  toujours à  l'éliminer en cas de retour dans son  pays  d'origine.  Elle  a  par  ailleurs  expliqué  avoir  connu  son  compagnon  actuel en Turquie, alors qu'elle n'était pas encore divorcée, et que le sort 

D­1622/2008 et D­1572/2008 Page 5 réservé aux femmes adultères était, selon la loi islamiste, la mise à mort  par lapidation. Elle ne pourrait en conséquence bénéficier de la protection  des autorités iraniennes contre les menaces de ses proches.  Elle a conclu à la reconnaissance de la qualité de réfugié et à l'octroi de  l'asile,  subsidiairement  au  non­renvoi  de  Suisse,  et  a  demandé  l'assistance judiciaire totale et partielle.  F.  Dans le recours interjeté le 10 mars 2008 portant les mêmes conclusions  que celui de sa compagne, A._______ a soutenu que ses motifs d'asile,  qu'il a répétés, étaient pertinents pour la reconnaissance de la qualité de  réfugié. En effet,  il avait  fui son pays d'origine en  raison de  la défection  qui lui était reprochée, de ses opinions politiques incompatibles avec son  appartenance au Sepah et de ses origines sunnites. Il a expliqué que ce  n'était pas les conditions de vie difficiles en Turquie qui  l'avaient  incité à  quitter  le  camp  de  réfugiés,  mais  les  menaces  de  mort  dont  lui  et  sa  compagne avaient fait l'objet.  G.   Par  décisions  incidentes  des  12  et  16 mars  2008,  le  juge  instructeur  a  rejeté  les  demandes  d'assistance  judiciaire  totale  mais  admis  celles  tendant à l'octroi de l'assistance judiciaire partielle. H.   Dans ses déterminations du 17 avril 2008 transmises aux intéressés pour  information, l'ODM a proposé le rejet de chacun des recours. I.  Dans une prise de position – requise par les recourants – du 4 juin 2008  adressée au Tribunal administratif  fédéral (le Tribunal),  la section suisse  d'Amnesty  International  (AI)  a  considéré  que  l'exécution  du  renvoi  des  recourants ne serait ni  licite ni  raisonnablement exigible et, partant, que  cette mesure serait contraire au principe de non­refoulement. J.  Par  courrier  commun  du  10  juin  2009,  les  recourants,  se  référant  à  un  article de presse du 18 septembre 2009 et à un avis de droit de l'Institut  suisse  de  droit  comparé  du  29  mai  2009  portant  sur  l'adultère,  la  désertion  et  l'apostasie  en  droit  iranien,  ont  confirmé  leurs  griefs  et  conclusions. 

D­1622/2008 et D­1572/2008 Page 6 B._______  a  précisé  que,  depuis  le  printemps  2008,  elle  fréquentait  régulièrement le culte du dimanche et que, en raison de sa conversion au  christianisme,  elle  risquait  l'emprisonnement à perpétuité,  voire  la peine  de mort en Iran. K.  Invité  à  se  déterminer  de  nouveau  sur  les  recours,  l'ODM,  le  19  août  2009, a partiellement reconsidéré ses décisions du 8 février 2008 et a mis  les  intéressés  au  bénéfice  d'une  admission  provisoire  pour  illicéité  de  l'exécution du renvoi. Il a en revanche confirmé ses décisions de refus de  reconnaissance de la qualité de réfugié et d'octroi de l'asile. L.   Invités  à  se  prononcer  sur  le  sort  qu'ils  entendaient  réserver  à  leurs  recours  respectifs,  les  recourants,  par  courriers  séparés  du  19  octobre  2009, ont déclaré les maintenir en tant qu'ils portaient encore sur l'asile.  M.  Par courrier commun du 13 octobre 2011, auquel étaient annexées leurs  observations  finales,  les  recourants,  contestant  les  décisions  incidentes  des 12 et 16 mars 2008 (cf. let. G supra), ont de nouveau sollicité l'octroi  de l'assistance judiciaire totale. Pour le reste, ils ont confirmé leurs griefs  et conclusions. Droit : 1.   1.1. Selon  l'art. 31 de  la  loi du 17  juin 2005 sur  le Tribunal administratif  fédéral  (LTAF,  RS  173.32),  le  Tribunal  connaît  des  recours  contre  les  décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre 1968 sur la  procédure  administrative  (PA, RS 172.021). En particulier,  les  décisions  rendues par  l’ODM en matière d'asile –  lesquelles n'entrent pas dans  le  champ d'exclusion de l'art. 32 LTAF – peuvent être contestées devant le  Tribunal  conformément  à  l'art. 33  let.  d  LTAF  (disposition  applicable  en  vertu du renvoi de  l’art. 105 LAsi). Le Tribunal est donc compétent pour  connaître du présent litige. Il statue de manière définitive, sauf demande  d’extradition déposée par  l’Etat dont  le  requérant cherche à se protéger  (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral [LTF,  RS 173.110]).

D­1622/2008 et D­1572/2008 Page 7 1.2. A._______, d'une part, et B._______, agissant pour elle­même et sa  fille C._______, d'autre part, ont qualité pour recourir (cf. art. 48 al. 1 PA).  Présenté dans la forme (cf. art. 52 PA) et le délai (cf. art. 108 al. 1 LAsi)  prescrits par la loi, les recours sont recevables.  1.3. En raison de la connexité matérielle des deux affaires et des liens de  parenté  qui  unissent  les  recourants,  il  se  justifie,  par  économie  de  procédure,  de  joindre  les  causes  et  de  statuer  en  un  seul  arrêt  sur  les  deux recours. 2.  L'ODM,  considérant  que  l'exécution  du  renvoi  était  illicite,  a  mis  les  intéressés  au  bénéfice  d'une  admission  provisoire  en  Suisse.  Il  reste  donc à examiner si ceux­ci remplissent les conditions mises à l'octroi de  l'asile et à la reconnaissance de la qualité de réfugié, ainsi que le principe  du renvoi. 3.  3.1. La Suisse accorde  l'asile aux  réfugiés sur demande, conformément  aux  dispositions  de  la  LAsi.  L'asile  comprend  la  protection  et  le  statut  accordés en Suisse à des personnes en Suisse en raison de leur qualité  de réfugié. Il inclut le droit de résider en Suisse (art. 2 LAsi). 3.2. Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d'origine ou dans  le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices  ou craignent à juste titre de l'être en raison de leur race, de leur religion,  de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou  de  leurs  opinions  politiques.  Sont  notamment  considérées  comme  de  sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l'intégrité corporelle ou  de  la  liberté,  de  même  que  les  mesures  qui  entraînent  une  pression  psychique  insupportable.  Il  y  a  lieu  de  tenir  compte  des motifs  de  fuite  spécifiques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi). 3.3.  La  crainte  face  à  des  persécutions  à  venir,  telle  que  comprise  à  l'art. 3 LAsi, contient un élément objectif, au regard d'une situation ancrée  dans  les  faits,  et  intègre  également  dans  sa  définition  un  élément  subjectif. Sera reconnu réfugié, celui qui a de bonnes raisons, c'est­à­dire  des  raisons  objectivement  reconnaissables  pour  un  tiers  (élément  objectif),  de  craindre  (élément  subjectif)  d'avoir  à  subir  selon  toute  vraisemblance  et  dans  un  avenir  prochain  une  persécution.  Sur  le  plan  subjectif,  il  doit  être  tenu  compte  des  antécédents  de  l'intéressé, 

D­1622/2008 et D­1572/2008 Page 8 notamment  de  l'existence  de  persécutions  antérieures,  et  de  son  appartenance  à  un  groupe  ethnique,  religieux,  social  ou  politique  l'exposant plus particulièrement à de telles mesures ; en particulier, celui  qui a déjà été victime de persécutions antérieures a des  raisons d'avoir  une crainte subjective plus prononcée que celui qui n'en a encore jamais  subies. Sur le plan objectif, cette crainte doit être fondée sur des indices  concrets  qui  peuvent  laisser  présager  l'avènement,  dans  un  avenir  peu  éloigné et selon une haute probabilité, de mesures déterminantes selon  l'art.  3  LAsi.  Il  ne  suffit  pas,  dans  cette  optique,  de  se  référer  à  des  menaces hypothétiques,  qui  pourraient  se  produire  dans un avenir  plus  ou  moins  lointain  (ATAF  2010/57  consid.  2.5  p.  827  ainsi  que  les  références  de  jurisprudence  et  de  doctrine  citées,  ATAF  2008/12  consid. 5.1 p. 154). 3.4.  Quiconque  demande  l’asile  (requérant)  doit  prouver  ou  du  moins  rendre  vraisemblable  qu'il  est  un  réfugié.  La  qualité  de  réfugié  est  vraisemblable  lorsque  l'autorité  estime  que  celle­ci  est  hautement  probable. Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur  des  points  essentiels,  ne  sont  pas  suffisamment  fondées,  qui  sont  contradictoires,  qui  ne  correspondent  pas  aux  faits  ou  qui  reposent  de  manière déterminante sur des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7  LAsi).  4.  4.1. En l'espèce, B._______ soutient qu'en cas de retour dans son pays  d'origine, elle risque d'être condamnée à mort par lapidation, en raison de  l'adultère commis avec son compagnon actuel, le père de sa fille née en  Suisse,  ou  d'être  victime  d'un  crime  d'honneur  perpétré  par  sa  famille.  Elle fait aussi valoir qu'en Suisse, elle s'est convertie au christianisme. 4.1.1. D'abord,  dite  conversion,  portée  à  la  connaissance  des  autorités  d'asile en date du 10 juin 2009 (cf. let. J supra), n'est pas de nature à lui  valoir  des  persécutions  (pour  une  analyse  détaillée  de  la  situation  des  chrétiens  et  des  convertis  en  Iran :  cf.  ATAF  2009/28  du  9  juillet  2009  consid. 7, spéc. consid. 7.3.2.1 et 7.3.3 à 7.3.5). En  effet,  B._______  n'exerce  pas  une  fonction  dirigeante  au  sein  de  l'Eglise  à  laquelle  elle  appartient  dorénavant  et  n'a  pas  fait  mention  d'actes  de  prosélytisme  qui  auraient  pu  arriver  à  la  connaissance  des  autorités  iraniennes.  Au  demeurant,  elle  a  elle­même  déclaré  ne  pas 

D­1622/2008 et D­1572/2008 Page 9 vouloir  tirer profit de sa nouvelle appartenance religieuse pour obtenir  la  qualité de réfugié.  4.1.2. Ensuite, il ne suffit pas d'appartenir à un groupe social pour que la  qualité  de  réfugié  soit  reconnue  (WALTER  STÖCKLI,  Asyl,  in :  Peter  Uebersax/Beat  Rudin/Thomas  Hugi  Yar/Thomas  Geiser  [éd.]  Ausländerrecht,  Handbücher  für  die  Anwaltspraxis,  Band  VIII,  2ème  éd.,  Bâle 2009, p. 527 ss, ch. 11.11 s.).  En outre, selon la définition du HCR (Principes directeurs sur la protection  internationale : "L'appartenance à un certain groupe social" dans le cadre  de l'article 1A(2) de la Convention de 1951 et/ou son Protocole de 1967  relatifs  au Statut  des  réfugiés",  8  juillet  2008,  spéc.  ch.  11,  p.  3 s.),  un  certain  groupe  social  est  à  un  groupe  de  personnes  qui  partagent  une  caractéristique  commune autre que  le  risque d'être  persécutées,  ou qui  sont perçues comme un groupe par la société. Cette caractéristique sera  souvent  innée,  immuable, ou par ailleurs  fondamentale pour  l'identité,  la  conscience ou l'exercice des droits humains" (cf. HCR,  ; cf. aussi HCR,  Guide des procédures et critères à appliquer pour déterminer le statut de  réfugié, Genève,  janvier  1992,  ch. 77  ss,  p.  20 ; Denis Alland/Catherine  Teitgen­Colly, Traité du droit de l'asile, Paris 2002, ch. 281 ss, p. 418 ss ;  Dirk  Vanheule,  L'interprétation  de  la  définition  du  réfugié  par  la  Commission  permanente  de  recours  des  réfugiés,  ch.  5.4,  p.  541  in :  Revue  du  droit  des  étrangers,  1994,  no  80/81 ;  JICRA  2006  no 32  consid. 8.7.1 p. 357). Dans  ces  conditions,  l'intéressée  a  tort  lorsqu'elle  prétend  que  "les  hommes et les femmes vivant dans l'adultère constituent un groupe social  déterminé" (cf. les observations finales, p. 5, annexées au courrier du 13  octobre 2011 cité sous let. M ci­dessus) et qu'elle en fait partie, dès lors  en  particulier  que  cette  caractéristique  n'est  manifestement  pas  indissociable de la personne concernée.  Cela  dit,  le  fait  que  le  droit  iranien  réprime,  certes  sévèrement,  les  hommes  et  les  femmes  adultères,  ne  permet  pas  de  considérer  ces  personnes  comme  appartenant,  pour  cette  seule  raison,  à  un  groupe  social au sens de l'art. 3 LAsi ou de l'art 1 let. A de la convention de 1951  relative au statut des réfugiés (RS 0.142.30). Autrement dit,  la poursuite  d'un  comportement  considéré  comme  illicite  voire  criminel  n'est  pas  suffisante pour définir  ou qualifier  la personne qui  en est  l'objet  comme  appartenant à un groupe social déterminé.

D­1622/2008 et D­1572/2008 Page 10 4.1.3. Enfin,  les menaces de mort émanant de familiers ne sont pas des  motifs pertinents pour la reconnaissance de la qualité de réfugié et l'octroi  de  l'asile,  dès  lors  qu'elles  ne  sont  pas  motivées  par  des  raisons  en  relation avec la race, la religion, la nationalité, l’appartenance à un groupe  social déterminé ou les opinions politiques de la recourante.  4.1.4. L'appréciation du Tribunal est conforme à l'opinion, citée sous let. I  ci­dessus,  de  la  section  suisse  d'AI,  qui  conclut  aussi  exclusivement  à  une  violation  du  principe  de  non­refoulement  en  cas  de  renvoi  de  la  recourante,  pour  les  motifs  qu'elle  a  invoqués.  Or  celle­ci  bénéfice  de  l'admission provisoire en Suisse pour  illicéité de  l'exécution du  renvoi et  est donc à l'abri de menaces pesant sur elle en Iran.  4.2. S'agissant de A._______, il fait valoir qu'en mai ou juin 2003, il a été  détenu  provisoirement  durant  cinq  jours  après  avoir  refusé  de  réprimer  une insurrection d'étudiants, qu'il était en attente de jugement pour ce fait,  et  qu'il  a  déserté  les  services  auxquels  il  appartenait,  le  8 juillet  2003,  parce  qu'il  refusait  d'exécuter  l'ordre  consistant  à  réprimer  un  éventuel  mouvement de révolte estudiantin prévu le lendemain.  4.2.1. De manière générale, une éventuelle sanction pour  insoumission,  refus  de  servir  ou  désertion  ne  constitue  qu'exceptionnellement  une  persécution déterminante en matière d’asile. Ce n'est le cas que si, pour  un des motifs  énoncés à  l’art.  3 LAsi,  la personne concernée est  punie  plus sévèrement que ne  le  serait  une autre dans  la même situation, ou  que la peine infligée est d’une sévérité disproportionnée ou, encore, que  l’accomplissement  du  service  militaire  exposerait  cette  personne  à  des  préjudices  relevant  de  la  disposition  précitée  ou  impliquerait  sa  participation à des actions prohibées par  le droit  international (cf. JICRA  2004  n° 2  consid.  6b/aa  p.  16 s.,  JICRA  2003  n°  8,  JICRA  2002  n°  19  consid.  6d  p.  156 ss,  JICRA  2001  n°  15  consid.  8d/da  p.  117 ;  HCR,  Guide des procédures et critères à appliquer pour déterminer le statut de  réfugié, Genève, janvier 1992, ch. 167 ss, p. 43 ss ; SAMUEL WERENFELS,  Der  Begriff  des  Flüchtlings  im  schweizerischen  Asylrecht,  Berne  1987,  p. 258 s.).  4.2.2. En  l'espèce,  le  recourant n'a pas démontré qu'il  serait sanctionné  plus  sévèrement  qu'un  autre  déserteur  ni  que  la  peine  infligée  serait  disproportionnée en raison de motifs tirés de l'art. 3 LAsi. A cet égard, ne  sont pas décisives les raisons, politiques selon lui (cf. le recours, p. 3 i.f.),  pour  lesquelles  il  aurait  prétendument  abandonné  son poste,  le  8  juillet  2003,  et  fui  à  l'étranger  le  mois  suivant.  En  outre,  il  n'a  pas  non  plus 

D­1622/2008 et D­1572/2008 Page 11 rendu  hautement  vraisemblable  que  la  répression  des  autorités  envers  les étudiants, prévue le 9 juillet 2003, serait illégitime ou contraire au droit  international.  Enfin,  le  fait  que  le  recourant  ait  pu  réintégrer  son  unité,  après  sa  brève  détention  de  cinq  jours  suite  à  un  refus  d'ordre  et  la  découverte  de  son  ethnie  azérie  (cf.  le  recours,  p.  5 :  "Parallèlement,  l'enquête  instruite  contre  le  recourant  a  fait  éclater  au  grand  jour  ses  origines sunnites"), tend à démontrer que les sunnites ne sont pas traités  fondamentalement différemment des chiites.  4.3. S'agissant  de  la  relation  adultère  alléguée  par  A._______,  celle­ci  n'est pas déterminante en matière d'asile (cf. consid. 4.1.2 supra).  4.4.  En  conclusion,  les  recours  doivent  être  rejetés  en  tant  qu'ils  contestent le refus de la reconnaissance de la qualité de réfugié et le rejet  de la demande d'asile. 5.   5.1. Lorsqu’il rejette la demande d'asile ou qu'il refuse d'entrer en matière  à ce sujet, l'ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en  ordonne  l'exécution ;  il  tient  compte  du  principe  de  l'unité  de  la  famille  (art. 44  al. 1  LAsi).  Le  renvoi  ne  peut  être  prononcé,  selon  l'art. 32  de  l'ordonnance 1 du 11 août 1999 sur  l’asile relative à  la procédure (OA 1,  RS 142.311),  lorsque  le  requérant  d’asile  dispose d’une autorisation  de  séjour  ou  d’établissement  valable,  ou  qu’il  fait  l’objet  d’une  décision  d’extradition ou d’une décision de  renvoi conformément à  l’art. 121 al. 2  de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101). 5.2.  Aucune  exception  à  la  règle  générale  du  renvoi  n'étant  en  l'occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette  mesure. 6.  Par  décision  du  19  août  2009  (cf.  let.  K  supra),  l'ODM  a  mis  les  recourants au bénéfice d'une admission provisoire en Suisse pour illicéité  de l'exécution du renvoi. Les recours, en tant qu'ils portent sur l'exécution  du renvoi, sont donc devenus sans objet.  7.   7.1. Les  demandes  d'assistance  judiciaire  partielle  (cf.  art.  65  al.  1 PA)  ayant été admises par décisions  incidentes des 12 et 16 mars 2008 (cf. 

D­1622/2008 et D­1572/2008 Page 12 let.  G  ci­dessus),  les  recourants,  bien  que  partiellement  déboutés,  sont  dispensés du paiement des frais de procédure. 7.2.  Les  demandes  d'assistance  judiciaire  totale  (cf.  art.  65  al.  2  PA)  présentées  simultanément  aux  recours  ont  été  rejetées  par  le  juge  instructeur,  dans  les  décisions  incidentes  précitées.  Entre­temps,  les  causes  ne  sont  pas  apparues  sous  un  jour  nouveau,  malgré  les  arguments et moyens de preuve invoqués. Partant, la nouvelle demande  d'assistance  judiciaire  totale présentée  le 13 octobre 2011  (cf.  let. M ci­ dessus) doit être rejetée.  7.3. Cela  étant,  les  recourants  ayant  obtenu  gain  de  cause  en matière  d'exécution du renvoi, il se justifie de leur allouer des dépens réduits (cf.  art. 7 al. 2 du règlement du 21 février 2008 concernant  les frais, dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif  fédéral  [FITAF,  RS  173.320.2]).  Ceux­ci,  en  l'absence  d'un  décompte  de  prestations,  sont  fixés à Fr. 2'200.­ (TVA comprise). (dispositif page suivante)

D­1622/2008 et D­1572/2008 Page 13 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Les recours sont rejetés, dans la mesure où ils ne sont pas devenus sans  objet.  2.  Il n'est pas perçu de frais. 3.  La demande d'assistance judiciaire totale est rejetée. 4.  L'ODM allouera aux recourants un montant de Fr. 2'200.­, TVA comprise,  à titre de dépens. 5.  Le présent arrêt est adressé au mandataire des recourants, à l'ODM et à  l'autorité cantonale compétente. Le président du collège : Le greffier : Gérard Scherrer Yves Beck Expédition :

D-1622/2008 — Bundesverwaltungsgericht 17.11.2011 D-1622/2008 — Swissrulings