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Bundesverwaltungsgericht 10.08.2011 C-7237/2009

10 août 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·2,907 mots·~15 min·2

Résumé

Annulation de la naturalisation facilitée | Annulation de la naturalisation facilitée

Texte intégral

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour III C­7237/2009 Arrêt   d u   1 0   a oû t   2011 Composition Jean­Daniel Dubey (président du collège),  Bernard Vaudan, Blaise Vuille, juges, Jean­Luc Bettin, greffier. Parties A._______,  représenté par Maître Jean­Jacques Martin, (…), recourant,  contre Office fédéral des migrations (ODM),  Quellenweg 6, 3003 Berne,    autorité inférieure.  Objet Annulation de la naturalisation facilitée.

C­7237/2009 Page 2 Faits : A.  A._______, né le 4 juillet 1971, ressortissant d'origine cubaine, est entré  en Suisse  le  19 août  1998 pour  y  poursuivre  ses études.  Le 26  janvier  2001,  l'intéressé  a  épousé  B._______,  ressortissante  helvétique  née  le  23 janvier 1971. B.  Le  28  avril  2004,  A._______  a  déposé  une  requête  de  naturalisation  facilitée fondée sur son mariage avec la prénommée. B.a Le Service des naturalisations de la République et canton de Genève  a  rédigé,  en  date  du  19  novembre  2004,  un  rapport  d'enquête  faisant  notamment  état  de  la  très  bonne  intégration  du  requérant  à  la  société  suisse. B.b Le 3  février 2005, A._______ et  son épouse ont  contresigné une  déclaration  écrite  aux  termes  de  laquelle  ils  confirmaient  vivre  en  communauté conjugale effective et stable,  résider à  la même adresse  et n'envisager ni séparation, ni divorce. L'attention de  l'intéressé a en  outre été attirée sur le fait que la naturalisation facilitée ne pouvait être  octroyée lorsque, avant ou pendant la procédure de naturalisation, l'un  des  conjoints  demandait  le  divorce  ou  la  séparation  ou  que  la  communauté conjugale effective n'existait pas. Si cet état de  fait était  dissimulé,  la  naturalisation  pouvait  ultérieurement  être  annulée,  conformément au droit en vigueur. C.  Par  décision  du  18 mars  2005,  l'Office  fédéral  des migrations  (ODM)  a  accordé la naturalisation facilitée à A._______, lui conférant les droits de  cité de son épouse. D.  D.a Le 1er avril 2005, suite à de profondes dissensions au sein du couple,  B._______ a quitté le domicile conjugal. D.b En date du 21 septembre 2005, le Tribunal de première instance de  la République et canton de Genève a prononcé des mesures protectrices  de l'union conjugale.

C­7237/2009 Page 3 D.c  Le  30  septembre  2005,  A._______  et  B._______  ont  signé  une  convention sur les effets accessoires du divorce.  D.d  Finalement,  le  5  décembre  2005,  les  intéressés  ont  déposé  par  devant  le  Tribunal  de  première  instance  de  la République  et  canton  de  Genève une requête commune en divorce. E.  Le  11  décembre  2006,  B._______  a  adressé  au  Service  des  naturalisations  de  la  République  et  canton  de  Genève  un  courrier  électronique dont la teneur était la suivante : "[…]. En effet, j'aurais aimé  savoir s'il existait un moyen pour rendre attentif votre Service concernant  une acquisition de la naturalisation abusive. Plus précisément, ce cas me  concerne  directement,  puisque  j'ai  été  mariée  à  une  personne  ayant  refusé  de  m'accorder  le  divor[c]e  tant  que  son  cas  de  naturali[s]ation  n'aurait pas été résolu. [...]". F.  Par  lettre du 17 janvier 2007,  l'ODM a informé A._______ qu'il se voyait  contraint  d'examiner  s'il  y  avait  lieu  d'annuler,  compte  tenu  de  la  séparation survenue en septembre 2005 et du divorce entré en  force  le  23 août  2006,  la  naturalisation  facilitée  qui  lui  avait  été  octroyée  le  18 mars 2005. Par  courrier  daté  du  7  mars  2007,  l'intéressé  a  transmis  à  l'autorité  fédérale ses observations.  Il y a affirmé qu'au  jour de  la signature de  la  déclaration  commune  (cf.  ci­dessus,  let.  B.b),  une  dissolution  de  son  couple  n'était  aucunement  prévue  et  que  si  une  séparation  était  effectivement intervenue en septembre 2005, elle avait pour but de sortir  la relation de l'impasse et de permettre une réconciliation. Ce serait par la  suite  à  l'initiative  de  B._______  que  le  divorce  a  été  prononcé  par  jugement du Tribunal de première instance de la République et canton de  Genève du 8 juin 2006. G.  G.a Le 13 février 2008, B._______ a rempli et signé un questionnaire qui  lui avait été soumis par l'ODM.  Elle y a relevé avoir rencontré A._______ durant l'été 1998. Pensant que  "le mariage serait une solution à certains de [leurs] problèmes", le couple 

C­7237/2009 Page 4 aurait  décidé  d'unir  leur  destinée  en  2001.  Durant  la  vie  commune,  le  couple n'aurait jamais évoqué la possibilité d'avoir un enfant. B._______ a souligné la relation continuellement difficile entretenue avec  A._______  et  la  situation  économique  précaire  qui  ne  se  serait  jamais  améliorée. A  la  question de  savoir  jusqu'à  quelle  date  l'union  conjugale  s'était  bien  déroulée,  elle  a  répondu  :  "Cela  dépend  à  quel  niveau,  puisqu'il  n'y  a  aucun  événement  précis  dans  le  temps.  Nous  avions  presque  continuellement  des  crises,  malentendus,  peu  de  rapports  sereins".  Elle  a  relevé  que  les  problèmes  conjugaux  avaient  principalement  pour  origine  une  incompatibilité  personnelle,  mais  également des difficultés financières et des objectifs divergents. S'agissant  de  la  période  faisant  suite  à  la  naturalisation  de  son  époux,  elle a admis avoir quitté le domicile conjugal en avril 2005, avoir revu son  mari par  la suite,  "mais sans succès", et n'avoir partagé aucune activité  commune  durant  cette  période.  Aucun  événement  particulier  n'est  intervenu  après  la  décision  de  naturalisation,  si  ce  n'est  des  crises  toujours plus intolérables. B._______ a en outre précisé qu'il n'y avait pas eu à proprement parler  de séparation avant le mois d'avril 2005, mais que les conjoints s'étaient  à plusieurs reprises éloignés l'un de l'autre au cours de la vie commune,  "par exemple à l'occasion de voyages". Finalement,  concernant plus spécifiquement  la déclaration commune du  3 février  2005,  B._______  a  affirmé  ne  plus  se  souvenir  si  elle  l'avait  signée  spontanément  et  sans  hésitation,  admettant  toutefois  qu'elle  craignait  "que,  si  les  choses  devaient  mal  tourner,  [son]  ex­époux  n'exerce des pressions ou [des] représailles". G.b  Invité  à  déposer  des  observations  sur  les  réponses  formulées  par  son  ex­épouse  au  questionnaire  qui  lui  avait  été  soumis,  A._______  a  relevé, dans un courrier du 18  juin 2008  (date du  timbre postal), que si  B._______  n'avait  pas  "proféré  des  mensonges",  la  manière  dont  elle  s'était  exprimée  laissait  place  à  une  interprétation  défavorable  de  leur  relation  de  couple  et  des  intentions  qui  avaient  été  les  siennes  en  l'épousant.  Revenant  sur  les  circonstances  du  mariage,  l'intéressé  a  souligné  que  c'était  en  raison  du  fait  qu'il  était  convaincu,  après  deux  années de fréquentation, que B._______ était la personne avec laquelle il  voulait faire sa vie qu'il l'avait épousée. Il a de plus insisté sur le fait que  c'était son ex­épouse qui avait quitté le domicile conjugal "car elle [avait] 

C­7237/2009 Page 5 rencontré  une  autre  personne",  événement  qui  était  à  l'origine  de  la  rupture du lien matrimonial. Il a au surplus vivement contesté avoir exercé  des  pressions  ou  proféré  des menaces  à  l'encontre  de  son  ex­épouse,  affirmant  au  contraire  que  dans  leur  relation,  il  n'y  avait  jamais  eu  de  gestes  ou  d'actes  violents.  Finalement,  A._______  a  précisé  qu'il  ne  s'était  pas  opposé  à  la  volonté  de  B._______  de  le  quitter,  puis  de  divorcer. En annexe à sa missive, l'intéressé a produit plusieurs photos datant des  années 1999 à 2003. Il a également sollicité  le témoignage de plusieurs  personnes  qui  furent  proches  du  couple,  notamment  de  ses  beaux­ parents. En  date  du  23  juillet  2008,  A._______  a  complété  ses  observations  en  produisant  trois  lettres  de  témoins.  Au  surplus,  il  a  affirmé  qu'il  était  persuadé, au jour de sa naturalisation, que "[son] couple allait durer". Il a  également répété que la séparation et  le divorce étaient dus à l'infidélité  de  son  ex­épouse  avec  un  certain  "C._______",  de  nationalité  brésilienne. H.  Le 12 octobre 2009,  le Service de  la population du canton de Vaud  (ci­ après  :  SPOP­VD)  a  donné  son  assentiment  à  l'annulation  de  la  naturalisation facilitée de l'intéressé. I.  Par  décision  du  20  octobre  2009,  l'ODM  a  prononcé  l'annulation  de  la  décision d'octroi de la naturalisation facilitée du 18 mars 2005. Prenant en considération l'enchaînement logique et rapide des faits entre  un mariage conclu alors que l'intéressé, en formation et au bénéfice d'un  permis de séjour de durée limitée, ne disposait pas de moyens suffisants  pour contribuer à l'entretien d'un foyer, une union régulièrement émaillée  de  crises  allant  crescendo  entre  les  époux  n'ayant  que  peu  d'intérêts  communs  et  une  séparation  définitive  intervenant  moins  de  quatorze  jours  après  le  prononcé de  la  naturalisation  facilitée  de  l'intéressé  sans  qu'aucun  fait  extraordinaire  postérieur  à  ladite  naturalisation  pouvant  expliquer  la  séparation  ne  se  soit  passé,  l'ODM  en  a  conclu  que  la  naturalisation  facilitée  avait  été  accordée  sur  la  base  de  déclarations  mensongères, voire d'une dissimulation de faits essentiels.

C­7237/2009 Page 6 De plus, l'autorité administrative fédérale a estimé que A._______ n'avait  apporté  aucun  élément  permettant  de  renverser  la  présomption  que  la  naturalisation avait été obtenue frauduleusement.  Pour  ce  qui  a  trait  aux  photos  et  aux  témoignages  versés  en  cause,  l'ODM  a  considéré  que,  reposant  sur  des  faits  antérieurs  à  2002,  ils  n'étaient guère utiles à prouver l'état de la communauté conjugale au jour  de la décision de naturalisation. J.  Par  mémoire  déposé  le  19  novembre  2009  (date  du  timbre  postal),  A._______  interjette  recours  à  l'encontre  de  la  décision  précitée,  concluant,  sous  suite  de  frais  et  dépens,  à  l'annulation  de  la  décision  querellée. Il requiert en outre l'audition de cinq témoins, dont celle de son  ex­épouse. A  l'appui  de  son  pourvoi,  après  avoir  rappelé  que  B._______,  par  son  courrier électronique du 11 décembre 2006 (cf. ci­dessus,  let. E), était à  l'origine de  la présente procédure,  il  relève et  critique  le  fait  que seules  les déclarations de la prénommée ont été prises en considération. De  plus,  de  l'avis  du  recourant,  la  vie  conjugale  était,  au  jour  de  la  déclaration commune, constitutive d'une communauté effective et stable.  Elle  l'aurait  par  ailleurs  été  jusqu'au  départ  de  B._______  du  domicile  commun en raison d'une liaison affective de la prénommée avec un tiers.  Ce fait, dont  l'intéressé s'étonne qu'il ne soit même pas mentionné dans  la  décision  de  l'autorité  de  première  instance,  constitue,  selon  lui,  un  événement  extraordinaire  susceptible  d'expliquer  la  détérioration  rapide  du lien conjugal. Le recourant soutient également avoir démontré n'avoir  pas eu conscience de la gravité de ses problèmes de couple. A._______  estime  enfin,  n'ayant  pas  pu  participer  à  un  interrogatoire  contradictoire  de  B._______  et  n'ayant  pas  pu  poser  des  questions  complémentaires,  en  particulier  sur  le  nouveau  compagnon  de  celle­ci,  être victime d'une violation de son droit d'être entendu. En annexe à son mémoire de recours, A._______ verse plusieurs pièces  en  cause,  notamment  une  lettre  de  D._______  du  23 juillet  2008,  une  copie du  jugement de divorce du 8  juin 2006 ainsi que des courriers de  E._______ et F._______ du 21  juillet 2008 d'une part, et de G._______  du 18 juillet 2008, d'autre part.

C­7237/2009 Page 7 K.  Par  décision  incidente  du  24  novembre  2009,  le  Tribunal  administratif  fédéral  (ci­après  :  le  Tribunal)  a  rejeté  la  demande  d'audition  de  cinq  témoins  formulée  par  le  recourant  dans  son  pourvoi  du  18  novembre  2009  et  lui  a  imparti  un  délai  pour  produire  d'éventuelles  dépositions  écrites de leur part. L.  Invitée  à  déposer  des  observations  sur  le  recours,  l'autorité  intimée  conclut, par courrier du 16 décembre 2009, au rejet du recours. Elle  rappelle que  le  recourant a  reconnu  la véracité des déclarations de  son  ex­épouse,  déclarations  desquelles  il  ressort  que  son  couple  n'a  jamais  connu  de  stabilité  du  fait  de  tensions  quasi  permanentes  et  de  l'absence  de  tout  rapport  serein.  Quant  aux  déclarations  versées  au  dossier, aucune d'entre elles n'exposerait ou n'affirmerait que le mariage  du recourant aurait été soudainement mis à mal par un adultère de l'ex­ épouse. Finalement,  l'autorité  intimée  relève  l'incohérence  des  déclarations  du  recourant lorsque celui­ci "prétend simultanément que son épouse l'aurait  abandonné  suite  à  un  coup  de  foudre  pour  un  tiers  et  que,  tout  en  lui  imposant  un  divorce  éclair,  elle  l'aurait  dénoncé  par  vengeance  aux  autorités  […]".  D'une  part,  selon  l'ODM,  la  législation  suisse  ne  permet  pas  de  contraindre  un  conjoint  réticent  à  un  divorce  immédiat.  D'autre  part,  il n'existerait aucun  indice de vengeance de  la part de B._______,  celle­ci  ayant  rapidement  pu  refaire  sa  vie  après  son  divorce  et  son  courrier électronique à l'origine de la procédure laissant apparaître qu'elle  était avant tout soucieuse des conséquences de cette dernière pour elle­ même. M.  Le  25  janvier  2010,  A._______  a  déposé  une  réplique  par  laquelle  il  déclare persister dans ses conclusions. Le  recourant  y  conteste  avoir  reconnu  la  véracité  des  déclarations  de  B._______.  En  particulier,  il  souligne  n'avoir  jamais  affirmé  que  son  couple n'avait pas connu de périodes de stabilité du fait de tensions quasi  permanentes et  de  l'absence de  tout  rapport  serein. A._______ expose  en  outre  que  son  ex­épouse  et  lui  étaient  étudiants  tout  au  long  des  années durant lesquelles ils ont été mariés, si bien que la question de la  conception  d'un  enfant  commun  n'avait  pas  pu  se  poser  sérieusement. 

C­7237/2009 Page 8 Enfin l'intéressé récuse l'interprétation faite par l'ODM des déclarations de  tiers  versées au dossier,  lesquelles  feraient majoritairement  référence à  de sérieuses difficultés de couple. Au  surplus,  le  recourant  souligne  que  B._______,  à  l'origine  de  la  désunion du  fait  de  son comportement  volage, avait  rempli  la demande  de naturalisation  facilitée en  faveur de son époux d'alors, preuve que  la  communauté conjugale était stable.  Afin  d'attester  de  cette  stabilité,  le  recourant  verse  en  cause  trois  nouveaux  témoignages.  Ces  derniers  corroborent,  selon  lui,  le  fait  que  c'est bien B._______ qui a quitté le domicile conjugal en avril 2005, suite  à  une  rencontre  avec  le  dénommé  C._______,  et  que  ce  départ  était  inattendu et imprévisible. N.  Par courrier spontanément adressé à l'autorité de céans le 25 mai 2011,  le  recourant  informe  que  B._______  attend  un  enfant  de  C._______,  "personne avec laquelle elle a[vait] subitement quitté le domicile conjugal  et qui est à l'origine de la rupture". Droit : 1.  1.1. Sous réserve des exceptions prévues à  l'art. 32 de  la  loi du 17  juin  2005 sur le Tribunal administratif fédéral (LTAF ; RS 173.32), le Tribunal,  en  vertu  de  l'art. 31  LTAF,  connaît  des  recours  contre  les  décisions  au  sens de l'art. 5 de la  loi  fédérale du 20 décembre 1968 sur  la procédure  administrative  (PA  ; RS 172.021) prises par  les autorités mentionnées à  l'art. 33 LTAF. En  particulier,  les  recours  contre  les  décisions  de  l'ODM  en  matière  d'annulation de la naturalisation facilitée peuvent être déférés au Tribunal  qui  statue  comme  autorité  précédant  le  Tribunal  fédéral  (cf. art.  1  al.  2  LTAF en relation avec l'art. 83 let. b a contrario de la loi du 17 juin 2005  sur le Tribunal fédéral [LTF ; RS 173.110]). 1.2. A moins que la LTAF n'en dispose autrement, la procédure devant le  Tribunal est régie par la PA (cf. art. 37 LTAF et 51 al. 1 de la loi fédérale  du 29 septembre 1952 sur l'acquisition et la perte de la nationalité suisse  [LN ; RS 141.0]).

C­7237/2009 Page 9 1.3.  A._______  a  qualité  pour  recourir  (cf.  art.  48  al.  1  PA).  Son  recours,  présenté  dans  la  forme  et  les  délais  prescrits  par  la  loi,  est  recevable (cf. art. 50 et 52 PA). 2.  Le recourant peut invoquer devant le Tribunal la violation du droit fédéral,  y  compris  l'excès  ou  l'abus  du  pouvoir  d'appréciation,  la  constatation  inexacte ou incomplète des faits pertinents ainsi que l'inopportunité de la  décision  entreprise,  sauf  lorsqu'une  autorité  cantonale  a  statué  comme  autorité de recours (cf. art. 49 PA). A teneur de l'art. 62 al. 4 PA, l'autorité  de  recours  n'est  pas  liée  par  les  motifs  invoqués  à  l'appui  du  recours.  Aussi  peut­elle  admettre  ou  rejeter  le  pourvoi  pour  d'autres  motifs  que  ceux invoqués. Dans son arrêt, elle prend en considération l'état de fait et  de  droit  régnant  au moment  où  elle  statue  (cf.  consid.  1.2  de  l'arrêt  du  Tribunal  fédéral  2A.451/2002 du 28 mars 2003,  partiellement publié  in  :  ATF 129 II 215 ; cf. également ATF 135 II 369 consid. 3.3)). 3.  Préliminairement,  le  recourant  s'estime  victime  d'une  violation  de  son  droit  d'être  entendu  en  raison  du  fait  qu'il  "n'a  pas  pu  participer  à  un  interrogatoire  contradictoire  de  B._______  et  n'a  pas  pu  poser  de  questions complémentaires, en particulier sur son nouveau compagnon"  (cf.  mémoire  de  recours,  p.  12).  Vu  la  nature  formelle  de  la  garantie  constitutionnelle  du  droit  d'être  entendu,  dont  la  violation  entraîne  en  principe l'annulation de la décision attaquée sans égard aux chances de  succès  du  recours  sur  le  fond,  ce moyen  doit  être  examiné  en  premier  lieu  (cf. BERNHARD  WALDMANN  /  JÜRG  BICKEL,  in  :  Waldmann  /  Weissenberger [éd.], Praxiskommentar VwVG, Zurich 2009, ad art. 29 nos  28ss et 106ss, ainsi que les références citées). 3.1.  Le  droit  d'être  entendu,  dont  la  garantie  se  trouve  inscrite  à  l'art. 29 al. 2 de la Constitution fédérale de la Confédération suisse du  18 avril 1999  (Cst.  ; RS 101), comprend  le droit pour  le  justiciable de  prendre  connaissance  du  dossier,  de  s'exprimer  sur  les  éléments  pertinents  avant  qu'une  décision  ne  soit  prise  touchant  sa  situation  juridique,  de  produire  des  preuves  pertinentes,  d'obtenir  qu'il  soit  donné  suite  à  des  offres  de  preuves  pertinentes,  de  participer  à  l'administration  des  preuves  essentielles  ou  à  tout  le  moins  de  s'exprimer sur son  résultat,  lorsque cela est de nature à  influer sur  la  décision à rendre (cf. ATF 135 II 286 consid. 5.1, 132 II 485 consid. 3  et  ATF  127  I  54  consid. 2b  ainsi  que  les  références  citées).  Le  droit  d'être entendu est consacré, en procédure administrative fédérale, par 

C­7237/2009 Page 10 les art. 26 à 28 PA (droit de consulter  les pièces),  les art. 29 à 33 PA  (droit  d'être  entendu stricto  sensu)  et  l'art.  35 PA  (droit  d'obtenir  une  décision motivée). L'art. 30 al. 1 PA prévoit en particulier que l'autorité  entend les parties avant de prendre une décision. C'est le droit pour le  justiciable de s'exprimer sur  les éléments pertinents du dossier avant  qu'une  décision  ne  soit  prise  touchant  sa  situation  juridique,  soit  le  droit  d'exposer  ses  arguments  de  droit,  de  fait  ou  d'opportunité,  de  répondre aux objections de l'autorité et de se déterminer sur les autres  éléments  du  dossier  (cf. ATF  135  I  187  consid.  2.2,  ATF  132  II  485  consid.  3  et  ATF  126  I  7  consid. 2b  ;  cf.  également  ANDRÉ GRISEL,  Traité de droit administratif, Neuchâtel 1984, vol.  I, p. 380 ss et FRITZ  GYGI,  Bundesverwaltungsrechtspflege,  Berne  1983,  p.  69).  Le  droit  d'être entendu découlant de  l'art. 29 al. 2 Cst. ne comprend  toutefois  pas  le  droit  d'être  entendu  oralement,  ni  celui  d'obtenir  l'audition  de  témoins (ATF 130 II 425 consid. 2.1 et ATF 125 I 209 consid. 9b ainsi  que les références citées). 3.2.  Dans  sa  jurisprudence  constante  (cf.  arrêts  du  Tribunal  fédéral  1C_420/2009 du 24 novembre 2009 consid. 3.1, 5A.24/2003 du 19 mai  2004  consid.  2.3  et  5A.30/2004  du  15  décembre  2004  consid.  2.2),  le  Tribunal  fédéral  considère  l'invocation  de  la  violation  du  droit  d'être  entendu comme tardive lorsque, selon les règles de la bonne foi (art. 5 al.  3 Cst), la partie soulevant ce grief aurait pu le faire plus tôt. 3.3. En l'espèce, il appert que, dans ses prises de position intervenues  au cours de  la procédure de première  instance (cf. courriers datés du  19  juin  2008,  23  et  28  juillet  2008,  dont  il  est  question  ci­dessus,  let. G.b),  A._______  n'a  jamais  demandé,  même  après  avoir  pris  connaissance  des  réponses  de  son  ex­épouse  au  questionnaire  de  l'autorité  inférieure,  à  ce que B._______  soit  entendue dans  le  cadre  d'une  audition  à  laquelle  il  pourrait  assister  et  poser  des  questions  complémentaires,  relatives  notamment  à  la  prétendue  relation  adultérine qui  fut, selon  lui, à  l'origine de  la désunion.  Il s'est borné à  inviter  l'ODM,  dans  son  courrier  du  23  juillet  2008,  à  interpeller  B._______  sur  l'identité  du  dénommé  C._______,  l'estimant  plus  à  même de donner des indications précises à ce sujet. Ce n'est que plus  tard, au stade de  la procédure de recours, dans  le cadre du mémoire  du 18 novembre 2009 (cf. ci­dessus, let. J), que le grief de violation du  droit  d'être  entendu  a  été  invoqué  pour  la  première  fois  alors  qu'il  aurait pu l'être bien plus tôt. En conséquence, le grief de violation du droit d'être entendu est tardif.

C­7237/2009 Page 11 4.  En vertu de  l'art. 27 al. 1 LN, un étranger peut, ensuite de son mariage  avec  un  ressortissant  suisse,  former  une  demande  de  naturalisation  facilitée,  s'il  a  résidé  en  Suisse  pendant  cinq  ans  en  tout  (let.  a),  s'il  y  réside depuis une année (let. b) et s'il vit depuis trois ans en communauté  conjugale avec un ressortissant suisse (let. c). 4.1. La notion de communauté conjugale dont il est question dans la loi  sur  la nationalité, en particulier aux art. 27 al. 1 let. c et 28 al. 1 let. a  LN,  présuppose  non  seulement  l'existence  formelle  d'un mariage  –  à  savoir  d'une union  conjugale  au  sens de  l'art.  159 al.  1  du  code  civil  suisse  du  10  décembre  1907  (CC  ;  RS  210)  –  mais  implique,  de  surcroît, une communauté de fait entre les époux, respectivement une  communauté  de  vie  effective,  fondée  sur  la  volonté  réciproque  des  époux de maintenir  cette  union. Une  communauté  conjugale  au  sens  des dispositions précitées suppose donc l'existence, au moment de la  décision de naturalisation  facilitée, d'une volonté matrimoniale  intacte  et orientée vers l'avenir, autrement dit la ferme intention des époux de  poursuivre  la  communauté  conjugale  au­delà  de  la  décision  de  naturalisation facilitée. L'introduction d'une procédure de divorce ou la  séparation des époux peu après la naturalisation facilitée constitue un  indice  permettant  de  présumer  l'absence  d'une  telle  volonté  lors  de  l'octroi  de  la  citoyenneté  helvétique  (cf. ATF  135  II  161  consid. 2  et  jurisprudence citée).  4.2.  La  communauté  conjugale  telle  que  définie  ci­dessus  doit  non  seulement  exister  au  moment  du  dépôt  de  la  demande,  mais  doit  subsister pendant toute la procédure jusqu'au prononcé de la décision sur  la requête de naturalisation facilitée (cf. ATF 135 II précité consid. 2). Il sied de relever que le législateur fédéral,  lorsqu'il a créé l'institution de  la naturalisation facilitée en faveur du conjoint étranger d'un ressortissant  suisse,  avait  en  vue  la  conception  du mariage  telle  que  définie  par  les  dispositions  du  code  civil  sur  le  droit  du  mariage,  à  savoir  une  union  contractée par amour en vue de la constitution d'une communauté de vie  étroite  (de  toit,  de  table  et  de  lit)  au  sein  de  laquelle  les  conjoints  sont  prêts à s'assurer mutuellement fidélité et assistance, et qui est envisagée  comme durable, à savoir comme une communauté de destins (cf. art. 159  al. 2 et al. 3 CC ; cf. également ATF 124 III 52 consid. 2a/aa, ATF 118 II  235  consid.  3b),  voire  dans  la  perspective  de  la  création  d'une  famille  (cf. art. 159 al. 2 CC in fine).

C­7237/2009 Page 12 Malgré  l'évolution  des mœurs  et  des mentalités,  seule  cette  conception  du mariage,  communément  admise  et  jugée  digne  de  protection  par  le  législateur  fédéral,  est  susceptible  de  justifier  –  aux  conditions  prévues  aux  art.  27  et  28  LN  –  l'octroi  de  la  naturalisation  facilitée  au  conjoint  étranger  d'un  ressortissant  helvétique  (cf.  dans  ce  sens  ATAF  2010/16  consid.  4.4  ainsi  que  l'arrêt  du Tribunal  fédéral  1C_48/2010  du  15  avril  2010 consid. 3.4). 5.  Avec l'assentiment de l'autorité du canton d'origine, l'ODM peut, dans les  délais  légaux,  annuler  la  naturalisation  ou  la  réintégration  obtenue  par  des déclarations mensongères ou par la dissimulation de faits essentiels  et  qui  n'aurait  pas été accordée si  ces  faits  avaient  été  connus  (art.  41  al. 1 LN ; cf. également Message du Conseil fédéral relatif à un projet de  loi  sur  l'acquisition  et  la  perte  de  la  nationalité  suisse  du  9  août  1951,  FF 1951 II 700/701, ad art. 39 du projet). 5.1. L'annulation de  la naturalisation présuppose donc que celle­ci ait  été  obtenue  frauduleusement,  c'est­à­dire  par  un  comportement  déloyal et  trompeur. A cet égard,  il n'est pas nécessaire qu'il  y ait eu  fraude  au  sens  du  droit  pénal.  Il  faut  néanmoins  que  l'intéressé  ait  consciemment  donné  de  fausses  indications  à  l'autorité,  respectivement  qu'il  ait  laissé  faussement  croire  à  l'autorité  qu'il  se  trouvait dans la situation prévue par l'art. 27 al. 1 let. c LN, violant ainsi  le devoir d'information auquel il est appelé à se conformer en vertu de  cette  disposition  (cf.  ATF  135  II  précité  consid.  2  et  la  jurisprudence  citée).  Tel  est  notamment  le  cas  si  le  requérant  déclare  vivre  en  communauté  stable  avec  son  conjoint,  alors  qu'il  envisage  de  se  séparer  une  fois  obtenue  la  naturalisation  facilitée.  A  cet  égard,  peu  importe que son mariage se soit  ou non déroulé  jusqu'ici  de manière  harmonieuse  (cf. arrêts  du  Tribunal  fédéral  1C_290/2010  du  10 septembre  2010  consid. 3.1,  1C_48/2010  précité  consid. 3.1  et  1C_1/2010 du 23 mars 2010 consid. 2.1.1). 5.2.  La  nature  potestative  de  l'art.  41  al.  1  LN  confère  une  certaine  latitude  à  l'autorité.  Dans  l'exercice  de  cette  liberté,  celle­ci  doit  s'abstenir  de  tout  abus.  Commet  un  abus  de  son  pouvoir  d'appréciation  l'autorité qui se  fonde sur des critères  inappropriés, ne  tient  pas  compte  de  circonstances  pertinentes  ou  rend  une  décision  arbitraire,  contraire  au  but  de  la  loi  ou  au  principe  de  la  proportionnalité  (cf.  notamment  ATF  131  I  91  consid.  3.3  et  la 

C­7237/2009 Page 13 jurisprudence  citée ;  voir  également  l'arrêt  du  Tribunal  fédéral  1C_272/2009 du 8 septembre 2009 consid. 3.1).  5.2.1. La procédure administrative fédérale est régie par le principe de  la  libre  appréciation  des  preuves  (cf.  art.  40  de  la  loi  fédérale  du  4 décembre  1947  de  procédure  civile  fédérale  [PCF  ;  RS  273],  applicable par renvoi de  l'art. 19 PA). Par renvoi de  l'art. 37 LTAF, ce  principe  prévaut  également  devant  le  Tribunal.  L'appréciation  des  preuves est libre en ce sens qu'elle n'obéit pas à des règles de preuve  légales prescrivant à quelles conditions l'autorité devrait admettre que  la  preuve  a  abouti  et  quelle  valeur  probante  elle  devrait  reconnaître  aux  différents  moyens  de  preuve  les  uns  par  rapport  aux  autres.  Lorsque la décision intervient – comme en l'espèce – au détriment de  l'administré,  l'administration  supporte  le  fardeau  de  la  preuve.  Si  elle  envisage d'annuler  la naturalisation  facilitée, elle doit  rechercher si  le  conjoint naturalisé a menti  lorsqu'il a déclaré  former une union stable  avec  son  époux  suisse.  Comme  il  s'agit  là  d'un  fait  psychique  en  relation  avec  des  faits  relevant  de  la  sphère  intime,  qui  sont  souvent  inconnus de  l'administration et difficiles à prouver,  il  apparaît  légitime  que l'autorité s'appuie sur une présomption. Partant, si l'enchaînement  rapide  des  événements  fonde  la  présomption  de  fait  que  la  naturalisation  a  été  obtenue  frauduleusement,  il  incombe  alors  à  l'administré,  en  raison,  non  seulement  de  son  devoir  de  collaborer  à  l'établissement des faits (cf. art. 13 al. 1  let. a PA ; cf. à ce sujet ATF  132  II  113  consid.  3.2),  mais  encore  de  son  propre  intérêt,  de  renverser  cette  présomption  (cf.  ATF  135  II  précité  consid.  3  et  références citées). 5.2.2.  S'agissant  d'une  présomption  de  fait,  qui  ressortit  à  l'appréciation des preuves et ne modifie pas  le  fardeau de  la preuve,  l'administré  n'a  pas besoin,  pour  la  renverser,  de  rapporter  la  preuve  contraire du fait présumé, à savoir faire acquérir à l'autorité la certitude  qu'il n'a pas menti.  Il  suffit qu'il parvienne à  faire admettre  l'existence  d'une  possibilité  raisonnable  qu'il  n'ait  pas menti  en  déclarant  former  une communauté stable avec son conjoint.  Il  peut  le  faire en  rendant  vraisemblable,  soit  la  survenance  d'un  événement  extraordinaire,  susceptible  d'expliquer  une  détérioration  rapide  du  lien  conjugal,  soit  l'absence de conscience de la gravité de ses problèmes de couple et,  ainsi, l'existence d'une véritable volonté de maintenir une union stable  avec son conjoint lorsqu'il a signé la déclaration (cf. ATF 135 II précité  consid. 3 et références citées).

C­7237/2009 Page 14 6.  A  titre  liminaire,  le  Tribunal  constate  que  la  naturalisation  facilitée  accordée le 18 mars 2005 a été annulée par l'ODM – avec l'assentiment  de  l'autorité  cantonale  compétente  –  en  date  du  20  octobre  2009,  soit  avant  l'échéance  du  délai  péremptoire  prévu  à  l'art.  41  LN,  dans  sa  version en vigueur au moment du prononcé de la décision querellée, qui  applicable en  l'espèce  (cf. arrêt du Tribunal  fédéral 1C_535/2010 du 13  janvier 2011 consid. 2.2). 7.  Il  convient  dès  lors  d'examiner  si  les  circonstances  du  cas  d'espèce  répondent  aux  conditions matérielles de  l'annulation de  la naturalisation  facilitée. 7.1. Au regard des pièces du dossier, A._______ a contracté mariage le  26 janvier 2001 avec une ressortissante helvétique alors qu'il était titulaire  d'une autorisation de séjour pour études. Le 28 avril 2004, le recourant a  introduit une demande de naturalisation  facilitée, procédure au cours de  laquelle  les  époux  ont  contresigné,  en  date  du  3  février  2005,  une  déclaration relative à la stabilité de leur mariage. Par décision du 18 mars  2005,  l'intéressé s'est  vu octroyer  la nationalité  suisse. Le 1er avril  2005  (cf.  requête  commune  de  divorce  du  5  décembre  2005,  p. 2),  soit  quelques  jours  seulement  après  le  prononcé  de  la  naturalisation,  le  couple  formé  de  A._______  et  de  B._______  s'est  séparé.  Le  21  septembre  2005,  le  Tribunal  de  première  instance  de  la  République  et  canton  de Genève a  autorisé  les  époux à  vivre  séparés,  dans  le  cadre  des  mesures  protectrices  de  l'union  conjugale  (ibidem).  Finalement,  le  divorce a été prononcé le 23 août 2006. Le  Tribunal  de  céans  considère  que  les  éléments  ici  exposés  et  leur  enchaînement  chronologique  rapide  sont  de  nature  à  fonder  la  présomption – admise par le recourant (cf. mémoire de recours, p. 10, ch.  11)  –  selon  laquelle,  au  moment  de  la  signature  de  la  déclaration  commune et, a fortiori, au jour de la naturalisation, l'intéressé n'avait plus  la  volonté  de  maintenir  une  communauté  conjugale  stable  au  sens  de  l'art.  27 LN.  Le  laps de  temps  très  court  dans  lequel  sont  intervenus  la  déclaration commune (3 février 2005), l'octroi de la naturalisation facilitée  (18 mars 2005), la séparation des conjoints (avril 2005) et le prononcé de  mesures  protectrices  de  l'union  conjugale  (septembre  2005)  laisse  présumer que  l'intéressé n'envisageait déjà plus une vie  future partagée  avec son épouse lors de la signature de la déclaration de vie commune,  respectivement au moment du prononcé de la décision de naturalisation, 

C­7237/2009 Page 15 qu'à ce moment­là déjà, quand bien même les conjoints ne vivaient pas  encore  séparés,  la  stabilité  requise  du mariage  n'existait  plus  et  que  la  naturalisation a ainsi été acquise au moyen de déclarations mensongères  et en dissimulant des faits essentiels. 7.2.  A  ce  stade,  il  sied  de  déterminer  si  A._______  a  pu  renverser  cette  présomption en rendant vraisemblable soit la survenance d'un événement  extraordinaire  susceptible  d'expliquer  une  dégradation  aussi  rapide  du  lien conjugal, soit l'absence de conscience de la gravité de ses problèmes  de couple au moment de la signature de la déclaration commune faisant  état de la stabilité du mariage. 7.2.1. Doit  tout  d'abord  être  examiné  le  grief,  invoqué  par  le  recourant  dans son mémoire de recours (p. 13), selon  lequel  l'ODM a constaté de  manière  inexacte et  incomplète  les faits pertinents (cf. art. 49  let. b PA).  A._______  estime  en  effet  que  l'autorité  de  première  instance  s'est  exclusivement fondée sur la version des faits présentée par B._______ et  n'a  pas  procédé  à  des  enquêtes  plus  approfondies  sur  les  allégations  relatives à  la  relation extraconjugale  prétendument  entretenue par  cette  dernière. 7.2.2. A l'examen du dossier, il appert que dans son écrit du 19 juin 2008  (cf.  pièce n° 28 du dossier  […]), A._______ met  en exergue  le  fait  que  c'est B._______ elle­même qui est à l'origine de la séparation du couple.  En effet, de l'avis du recourant, son ex­épouse l'a "quitté et [a] abandonné  le  domicile  conjugal"  car  elle  avait  rencontré  une  autre  personne  avec  laquelle,  précise­t­il,  elle  vit  toujours.  Suite  à  cette  allégation,  l'ODM  a  interpellé le recourant par courrier daté du 19 juin 2008, lui demandant de  communiquer  l'identité  de  l'homme  pour  lequel  son  ex­épouse  l'avait  quitté. Le  23  juillet  2008,  A._______  a  répondu  que  l'idée  d'impliquer  la  personne devenue  l'ami  intime de son ex­épouse dans cette enquête  le  rendait mal à  l'aise. Précisant ne pas  le  connaître personnellement,  il  a  toutefois  confié  être  au  courant  de  son  prénom,  C._______,  et  de  sa  nationalité, brésilienne. L'autorité  inférieure,  après  avoir  pris  connaissance  de  ces  informations,  n'a effectué aucune démarche afin de connaître précisément le nom de la  personne  susmentionnée,  mais  surtout  de  vérifier  la  réalité  des  affirmations  de  A._______  sur  le  rôle  exact  du  dénommé  C._______ 

C­7237/2009 Page 16 dans la séparation du couple. Si, dans le cadre de la présente procédure  de  recours,  au  stade  de  la  réplique,  l'identité  de  l'ami  intime  de  B._______ a été révélée par le recourant suite à une recherche effectuée  "par  ses propres moyens"  (cf.  réplique du 25 janvier  2010,  p.  5),  on ne  sait  rien, en revanche, sur  les circonstances dans  lesquelles  les amants  se  sont  connus.  On  ignore  également  quand  précisément  ils  ont  fait  connaissance, comment leur liaison s'est développée et depuis quand le  recourant en a connaissance, lui qui, en procédure de recours, dit n'avoir  pas eu conscience de la gravité de ses problèmes de couple (cf. mémoire  de recours, p. 11, ch. 20) et prétend également que le départ de son ex­ épouse a été subit  (cf.  lettre du 25 mai 2011),  inattendu et  imprévisible  (cf.  réplique  du  25  janvier  2010,  p.  5,  ch. 7  et  lettre  de  D._______  du  21 décembre 2009, p. 2). 7.2.3. L'autorité  de  première  instance  aurait  dû  faire  la  lumière  sur  ces  questions  après  avoir  pris  connaissance  des  écrits  du  recourant  des  19 juin  et  23  juillet  2008  ainsi  que  des  témoignages  écrits  de  quatre  témoins,  principalement  de  celui  de  D._______  du  23  juillet  2008  qui  relève à propos de la rencontre de B._______ avec un autre homme : "Je  ne sais pas  si  cela a été  la  cause première de  leur divorce, mais  il  est  sans  doute  certain  qu'il  l'a  précipité,  puisque  quelques  mois  après  sa  rencontre  avec  lui,  A._______  et  B._______  étaient  séparés".  L'ODM  aurait  dû  interroger  B._______  sur  la  réalité  de  sa  relation  avec  le  dénommé C._______ et sur  l'impact de celle­ci sur  la  rupture du couple  qu'elle  formait  avec A._______.  En  effet,  les  réponses  à  ces  questions  étaient nécessaires pour pouvoir statuer sur la question du renversement  éventuel  de  la  présomption  selon  laquelle  la  naturalisation  aurait  été  obtenue de manière frauduleuse. Elles auraient permis de savoir si cette  relation extraconjugale a bel et bien existé et si elle est à  l'origine de  la  séparation  des  ex­époux  survenue  quelques  jours  seulement  après  la  décision  de  naturalisation  prise  en  faveur  de  A._______  ou  si,  au  contraire,  la stabilité du couple était déjà ébranlée  lors de  la déclaration  commune  des  ex­époux  du  3  février  2005  et  de  la  décision  de  naturalisation du 18 mars 2005. 7.2.4. En omettant d'instruire plus avant sur les difficultés conjugales, en  particulier  sur  le moment  où  elles  se  sont  déclarées,  et  de  requérir  de  B._______  et  du  recourant  des  explications  complémentaires  sur  la  liaison extraconjugale alléguée, l'autorité inférieure a constaté de manière  incomplète  des  faits  pourtant  pertinents  et  nécessaires  pour  évaluer  la  stabilité de l'union conjugale pendant la procédure de naturalisation. Dès  lors,  le  recours  est  admis,  la  décision  querellée  annulée  et  le  dossier 

C­7237/2009 Page 17 renvoyé  à  l'ODM  pour  complément  d'instruction  –  principalement  sur  l'impact  de  la  prétendue  relation  extraconjugale  sur  la  séparation  du  couple en 2005 – et nouvelle décision.    8.  8.1. Obtenant gain de cause, le recourant n'a pas à supporter les frais de  procédure (art. 63 al. 1 PA a contrario et art. 63 al. 3 PA) et a droit à des  dépens  (art.  64  al.  1  PA  en  relation  avec  l'art.  7  du  règlement  du  21  février  2008  concernant  les  frais,  dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal administratif fédéral [FITAF ; RS 173.320.2]). 8.2. Au  vu  de  l'ensemble  des  circonstances  du  cas,  de  l'importance  de  l'affaire,  du  degré  de  difficulté  de  cette  dernière,  de  l'ampleur  du  travail  accompli  par  le  mandataire,  le  Tribunal  estime,  au  regard  des  art.  8ss  FITAF,  que  le  versement  d'un montant  de Fr.  1'500.­  à  titre  de  dépens  (TVA comprise) apparaît comme équitable en la présente cause. (dispositif page suivante)

C­7237/2009 Page 18 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est admis. 2.  La décision attaquée est annulée et le dossier de la cause est renvoyé à  l'Office fédéral des migrations pour complément d'instruction dans le sens  des considérants et nouvelle décision. 3.  Il  n'est  pas  perçu  de  frais  de  procédure.  L'avance  de  frais  de  Fr. 800.­ versée le 7 décembre 2009 sera restituée par le Tribunal. 4.  Un montant de Fr. 1'500.­ est alloué au recourant à titre de dépens, à la  charge de l'autorité inférieure. 5.  Le présent arrêt est adressé : – au  recourant,  par  l'entremise  de  son  mandataire  (acte  judiciaire  ;  formulaire  "Adresse  de  paiement",  à  retourner  dûment  rempli  au  Tribunal) – à l'autorité inférieure, avec le dossier (…) en retour – en copie, au Service des naturalisations de  la République et  canton  de Genève, pour information L'indication des voies de droit se trouve à la page suivante Le président du collège : Le greffier :

C­7237/2009 Page 19 Jean­Daniel Dubey Jean­Luc Bettin Indication des voies de droit : Le  présent  arrêt  peut  être  attaqué  devant  le  Tribunal  fédéral,  1000 Lausanne, par  la  voie du  recours en matière de droit  public,  dans  les trente jours qui suivent la notification (art. 82 ss, 90 ss et 100 de la loi  fédérale du 17 juin 2005 sur  le Tribunal  fédéral  [LTF  ; RS 173.110]). Le  mémoire  doit  être  rédigé  dans  une  langue  officielle,  indiquer  les  conclusions,  les  motifs  et  les  moyens  de  preuve,  et  être  signé.  L'arrêt  attaqué  et  les  moyens  de  preuve  doivent  être  joints  au mémoire,  pour  autant qu'ils soient en mains du recourant (art. 42 LTF). Expédition :

C-7237/2009 — Bundesverwaltungsgericht 10.08.2011 C-7237/2009 — Swissrulings