Siégeant : Monsieur Vincent FOURNIER, président ; Monsieur Fabrice ROCH et Madame Sara GARBARSKI, juges ; Madame Léa RESTELLINI, greffière-juriste délibérante.
REPUBLIQUE ET
CANTON DE GENEVE POUVOIR JUDICIAIRE P/2441/2020 AARP/205/2026 COUR DE JUSTICE Chambre pénale d'appel et de révision Arrêt du 3 juin 2026 Entre A______, partie plaignante, comparant par Me B______, avocate, C______, domicilié ______, comparant par Me D______, avocate, appelants et intimés sur appel joint,
LE MINISTÈRE PUBLIC de la République et canton de Genève, route de Chancy 6B, case postale 3565, 1211 Genève 3, appelant joint et intimé sur les appels principaux,
contre le jugement JTCO/75/2025 rendu le 11 juin 2025 par le Tribunal correctionnel, et E______, partie plaignante, comparant par Me F______, avocat, intimée.
- 2/68 - P/2441/2020 EN FAIT : A. a. En temps utile, A______ et C______ appellent du jugement JTCO/75/2025 du 11 juin 2025, par lequel le Tribunal correctionnel (TCO) a, sur question préjudicielle, dénié la qualité de partie plaignante à E______ s'agissant des faits concernant A______ (ch. 1.1, 1.2 et 1.3 de l'acte d'accusation) et classé la procédure s'agissant des faits qualifiés d'actes d'ordre sexuel avec des enfants (art. 187 de l'ancien Code pénal [aCP]), de contrainte sexuelle (art. 189 aCP), d'actes d'ordre sexuel commis sur une personne incapable de discernement ou de résistance (art. 191 aCP), pour la période antérieure au 1er janvier 2007, des faits qualifiés de viol et de tentative de viol (art. 190 aCP), ainsi que des faits qualifiés d'actes d'ordre sexuel avec des enfants (art. 187 aCP) pour la période postérieure au 23 mars 2013. Au fond, le TCO a reconnu coupable C______ de lésions corporelles simples (art. 123 ch. 1 et 2 al. 1 et 4 du Code pénal [CP] ; ch. 1.4.1 de l'acte d'accusation), tout en l'acquittant d'actes d'ordre sexuel avec des enfants (art. 187 aCP), de contrainte sexuelle (art. 189 aCP), d'actes d'ordre sexuel commis sur une personne incapable de discernement ou de résistance (art. 191 aCP) et de lésions corporelles simples (art. 123 CP ; ch. 1.4.2 de l'acte d'accusation), et l'a condamné à une peine pécuniaire de 30 jours-amende, à CHF 30.- l'unité, avec sursis (délai d'épreuve : trois ans). Les premiers juges ont également statué sur le sort des objets saisis, déclaré irrecevables les conclusions civiles de E______ en réparation de son tort moral en tant que proche de A______, débouté chacune des plaignantes de leurs conclusions civiles pour le surplus et rejeté les conclusions en indemnisation de C______. Ce dernier a été condamné à 1/10ème des frais de la procédure et a perçu de l'État une indemnité de CHF 11'422.50 pour ses frais de défense. A______ sollicite un verdict de culpabilité de tous les chefs d'infractions reprochés la concernant et pour lesquels le prévenu a été acquitté (ch. 1.1.2., 1.1.3. et 1.2. de l'acte d'accusation, commis à partir du 1er janvier 2007 pour ce dernier volet), tout en réitérant ses conclusions civiles prises en première instance (indemnité pour dommages-intérêts de CHF 1'775.23, avec intérêts à 5% l'an dès le 1er juillet 2020, mais en réduisant celle en réparation de son tort moral à CHF 10'000.-, avec intérêts à 5% l'an dès le 24 mars 2003). C______ sollicite de son côté son acquittement du seul chef d'accusation restant, soit les lésions corporelles simples (ch. 1.4.1 de l'acte d'accusation), ainsi qu'à l'octroi d'une indemnité de CHF 10'000.- pour le tort moral subi, le jugement de première instance devant être confirmé pour le surplus. Dans le délai légal, le Ministère public (MP) forme appel joint et requiert la culpabilité de C______ pour les chefs d'actes d'ordre sexuel avec des enfants, de contrainte sexuelle et d'actes d'ordre sexuel commis sur une personne incapable de discernement ou de résistance, ainsi que le prononcé d'une peine privative de liberté de 21 mois et d'une peine pécuniaire de 30 jours-amende, à CHF 30.- l'unité, toutes deux avec sursis (délai d'épreuve : trois ans), outre que le prévenu soit condamné aux frais de la procédure et qu'il soit fait bon accueil aux conclusions civiles de A______.
- 3/68 - P/2441/2020 b. Selon l'acte d'accusation du 24 mars 2025, il est encore reproché ce qui suit à C______ : b.a. Il a, de manière intentionnelle, aux domiciles familiaux situés à G______ et/ou à H______, en Espagne : à des dates indéterminées entre 2009 et 2013, alors que A______ était âgée entre 10 et 13 ans, chatouillé à réitérées reprises cette dernière sous les vêtements, en lui touchant les seins et les fesses à même la peau, alors qu'elle lui avait, à plusieurs occasions, signifié son refus (ch. 1.1.2) ; à des dates indéterminées entre 2009 et 2012, alors que A______ était âgée entre 10 et 12 ans, après être venu dans sa chambre et s'être couché dans son lit, pensant que celle-ci dormait alors qu'elle faisait semblant, pris sa main et l'a placée sur son pénis pour le masturber (ch. 1.1.3). Dans le cadre de ces deux occurrences, C______ a également montré à réitérées reprises des films pornographiques à la jeune fille, représentant parfois des viols, banalisant de la sorte pour cette dernière lesdits agissements. Il l'a en outre contrainte à subir les actes d'ordre sexuel sus-décrits en exploitant : - son très jeune âge ; - le lien familial que A______ pensait avoir avec le prévenu, ayant appris que ce dernier n'était pas son père à l'âge de 15 ans ; - le conflit de loyauté induit chez la jeune fille ; - l'affection que celle-ci portait à son petit frère, C______ lui indiquant, pour la première fois lorsqu'elle avait 12 ans, que si elle parlait des faits, il grandirait sans père ; - les conditions de vie particulières de la famille, la mère de A______ étant souvent absente durant de longues périodes à cause de ses emplois ; entre 2006 et 2013, à réitérées reprises, il a également usé de médicaments ainsi que de l'état d'endormissement de A______ afin de lui faire subir des actes d'ordre sexuel, soit plus particulièrement (ch. 1.2) : - à une date indéterminée entre 2009 et 2010, alors qu'elle était âgée de 10 ans, A______ s'est réveillée nue dans le lit de C______ (point i.) ; - dans la nuit du 16 au 17 décembre 2011, alors qu'elle était âgée de 12 ans, A______ s'est sentie mal, n'ayant aucun souvenir de la soirée, si ce n'est d'avoir été transportée dans une chambre, sa sœur l'ayant retrouvée allongée dans le lit de C______, en tenant à peine debout et disant des propos incohérents (point ii.) ; - à tout le moins entre 2006 et 2013, à réitérées reprises, il a pénétré vaginalement la jeune fille, étant précisé qu'à une date indéterminée dès 2011, il lui a demandé d'uriner sur un test de grossesse (point iii.).
- 4/68 - P/2441/2020 C______ a exploité l'état d'endormissement de A______, faible et étourdie, pour avoir ingéré un médicament traitant l'insomnie chez l'adulte ainsi que d'autres médicaments, afin de la contraindre à subir des actes d'ordre sexuel, sachant qu'elle serait incapable de discernement et de résistance. b.b. À Genève, le 14 septembre 2019, C______ a donné des coups de pied au niveau des bras et des jambes de E______, lui occasionnant des contractures musculaires des trapèzes et des muscles cervicaux paravertébraux, des hématomes multiples sur le bras gauche et droit, avant-bras gauche et droit, face antérieure des jambes ainsi qu'une contusion et une tuméfaction de l'articulation interphalangienne proximale du majeur gauche (ch. 1.4.1). B. Les faits pertinents suivants ressortent de la procédure : I. Situation personnelle et familiale a.a. C______, né le ______ 1980 à I______, en Bolivie, de nationalité espagnole et bolivienne, a effectué sa scolarité obligatoire dans son pays d'origine jusqu'à sa majorité, avant de suivre une formation en informatique durant deux ans. Sa mère et ses cinq frères vivent en Espagne, alors que sa sœur vit en Bolivie. En 2000, il a rencontré J______ en Bolivie, avec qui il a eu un fils, K______, né le ______ 2002, lequel réside à ce jour à L______ [Espagne]. C______ est parti dès 2002 ou 2003 vivre à G______ (en Espagne) pour y chercher du travail et a notamment exercé dans le chargement et le déchargement de containers d'électro-ménager. a.b. E______, née le ______ 1968 en Equateur, a donné naissance, les ______ 1988 et ______ 1992, à ses deux premières filles, M______ et N______, issues d'un premier mariage. En 1991 environ, elle s'est rendue en Espagne et a entamé une relation avec un homme d'origine équatorienne, qui est rapidement retourné au pays. De cette union est née A______ le ______ 1999, de nationalité espagnole. a.c. E______ et C______ se sont rencontrés à G______ et ont entamé une relation dès 2002 ou 2003. Ensemble, ils ont eu un fils, O______, né le ______ 2006, lequel vit avec sa mère. Ils ont vécu en Espagne, avec A______ et O______ dès la naissance de ce dernier, en intégrant parfois dans le ménage les enfants respectifs de chacun ; les deux filles aînées
- 5/68 - P/2441/2020 de E______ ont vécu avec eux pendant un certain temps, sans qu'il ne soit possible d'en déterminer les dates et K______ était présent ponctuellement. b.a. La famille a vécu à G______ de 2004 à 2014, dans différents logements, soit : - à la calle 1______, dans un premier appartement, de 2004 à 2006 environ ; - à la calle 2______ no. ______, dans un deuxième appartement que le couple avait acheté en copropriété, de 2006 à 2009 environ ; - à la calle 2______, dans un troisième appartement au sein du même immeuble, de 2009 à 2013 environ ; - à la calle 1______, dans un quatrième appartement au sein du même bâtiment que le premier, de 2013 à 2014 environ. Le couple a ensuite déménagé à L______ de 2014 à 2016. Durant ces deux dernières années, E______ a trouvé un travail en Suisse et n'était ainsi que peu présente au domicile familial, C______ gardant seul les deux cadets. Les deux filles aînées sont restées vivre à G______. En automne 2016, la famille a décidé de s'installer à Genève. A______ et O______ ont rejoint leur parent en Suisse le 28 septembre 2017 et K______ quelques temps plus tard. Celui-ci a vécu avec eux pendant deux ans à Genève, dès l'automne 2017. b.b. Durant son enfance, A______, qui n'a pas connu son père biologique, a cru être la fille de C______. Ce n'est qu'en 2014, au retour d'un voyage aux États-Unis dans le cadre de son travail que E______ a révélé à sa fille, âgée alors de 15 ans, l'identité de son père biologique. b.c. Le climat au sein du couple s'est détérioré au cours des dernières années, en raison notamment des relations extraconjugales de C______, dont E______ a eu connaissance, ainsi que des tensions en lien avec l'utilisation des ressources financières au sein du couple, conduisant C______ à quitter le domicile familial le 27 novembre 2019. c. C______ a fait la connaissance à cette même période de P______, avec laquelle il s'est mis en ménage en janvier 2020. Ils se sont mariés en 2024 et ont eu deux filles, Q______ et R______, nées les ______ 2022 et ______ 2024. II. Faits en lien avec A______ a. Plainte et déclarations de A______ A______ a adressé une plainte écrite au MP le 4 février 2020, par l'intermédiaire de son conseil, et a été entendue à plusieurs reprises dans le cadre de la procédure. Lors de sa première audition, elle a confirmé sa plainte pénale, en précisant qu'elle pensait qu'il y avait "tout dedans" et, à la fin de celle-ci, qu'elle n'était pas certaine d'avoir pu
- 6/68 - P/2441/2020 tout relater oralement. Au fil de l'instruction, elle a ajouté des éléments qui ne figuraient pas dans sa plainte, tout en confirmant avoir eu connaissance de celle-ci, laquelle avait été déposée en son nom par son avocat. a.a.a. Pendant son enfance, de ses quatre à six ans et alors qu'elle vivait à G______, elle a relaté de manière générale dans sa plainte que C______ avait abusé sexuellement d'elle de "plusieurs façons", à raison de deux à trois fois par semaine, lorsque sa mère était absente. Il s'isolait avec elle dans la chambre, la déshabillait et entreprenait "divers actes d'ordre sexuel". Il lui "suçait" les parties intimes, la masturbait, l'embrassait sur les lèvres, lui mordait celles "du haut et du bas" et la forçait à prendre son pénis dans sa main pour le masturber et parfois à boire son sperme. Il avait essayé à plusieurs reprises de la pénétrer et y était parfois parvenu, ce qui lui avait généré des douleurs et l'avait fait pleurer. Elle était trop petite pour comprendre que ce qu'il lui faisait était anormal et n'avait pas le souvenir de s'être manifestée particulièrement. Elle n'aimait toutefois pas cela et, lorsqu'elle lui demandait d'arrêter, il lui disait de rester tranquille, que ce n'était rien de grave et que c'était normal. Lors de son audition à la police, elle a déclaré ne pas pouvoir expliquer comment elle avait ces souvenirs précis mais pensait que ce genre d'épisodes devait être fort et choquant pour une si jeune enfant. Elle n'avait pas relaté ces faits à l'époque à sa mère, étant particulièrement innocente à cet âge-là, mais ceux-ci n'étaient "jamais sorti[s] de [s]a tête". Elle ne comprenait pas pour quelle raison, sur le moment, son beau-père lui faisait subir ça. Lorsqu'il lui léchait ses parties intimes, cela lui faisait "beaucoup de mal". Elle le regardait en ignorant pourquoi il agissait de la sorte. Parfois, lorsqu'il essayait de la pénétrer, elle se souvenait qu'elle avait mal. Il ne l'avait jamais pénétrée "au fond" mais "un tout petit peu oui", vu que son pénis ne pouvait entrer entièrement dans son vagin. Elle ne se rappelait pas s'il l'avait masturbée ou si son hymen avait été déchiré, n'ayant pas le souvenir d'avoir saigné, mais il avait en tout cas fait "l'action de pénétrer". Il lui disait de rester tranquille, que ce qu'il faisait n'était pas quelque chose de mal et de ne rien dire. Dès la naissance de son frère, C______ avait été particulièrement gentil à son égard et lui avait offert des cadeaux. Elle pensait ainsi qu'il avait voulu lui faire croire que tout était normal. Elle a précisé ultérieurement que lorsque sa mère avait été enceinte [ndlr : début 2006] et qu'ils avaient déménagé dans une autre maison avec ses grandes sœurs, les abus s'étaient atténués petit à petit, sans pour autant s'arrêter complètement. Sa mère avait en effet toujours beaucoup travaillé si bien que C______ la gardait elle et son petit frère. Bien qu'elle-même avait progressivement saisi en grandissant l'anormalité des abus subis, elle n'avait pas osé en parler. Elle n'avait jamais eu de personne de confiance à qui elle aurait pu se confier à l'époque et ignorait que ce qu'elle avait vécu n'était pas bien. C______, qu'elle pensait être son père, était celui avec qui elle passait le plus de temps et se considérait en sécurité à ses côtés.
- 7/68 - P/2441/2020 a.a.b. Au cours de l'instruction, elle a décrit plusieurs événements précis au fil des années suivantes, tout en précisant à la police que cela n'était rien comparé à ce qu'il lui avait fait subir auparavant, épisodes lors desquels elle n'avait principalement que des "flashs" où elle voyait notamment C______ la prendre dans ses bras, alors qu'elle était dans sa chambre, pour l'emmener dans une autre pièce. Son beau-père profitait notamment de l'absence de sa mère pour lui montrer, dans un internet café qu'il gérait à G______, des films pornographiques réels ou sous la forme de dessins animés, sur un ordinateur de la réception, près des cabines téléphoniques. Elle devait être âgée de cinq ou six ans. Elle se souvenait d'une scène en particulier, soit celle d'un homme qui introduisait dans le vagin d'une jeune femme, laquelle avait mal et pleurait, une chaîne composée de petites boules. Les protagonistes avaient une grande différence d'âge. Elle a qualifié de viols ces vidéos. Dès qu'un client approchait du comptoir, son beau-père dissimulait l'écran avec sa main. Elle ne comprenait pas pour quelle raison il agissait ainsi car elle ne pensait pas que cela était anormal. À l'âge de 10 ans, lors d'un séjour, à H______, chez la mère de C______, elle s'était réveillée nue dans un lit. Son beau-père avait expliqué qu'elle avait fait "pipi au lit", ce qui ne lui arrivait pourtant pas. Lors de sa première audition, elle a précisé ne pas s'être souvenue d'elle-même de cet événement, lequel lui avait été relaté par sa mère, précisant ultérieurement que celle-ci ne savait toutefois pas tout ce que son beau-père lui avait fait subir. Ensemble, elles avaient alors reporté cet épisode dans la plainte. Elle ne pouvait dire si le motif invoqué par C______ était vrai ou non. Elle trouvait néanmoins cette histoire anormale. Elle a relaté un autre événement, lors de son audition à la police, survenu lorsqu'elle avait "peut-être" entre 10 ou 12 ans, qu'elle n'a pas qualifié de "flash", faisant référence plutôt à un souvenir. C______ était venu dans sa chambre et s'était couché dans le lit avec elle. À un moment donné, pensant probablement qu'elle s'était endormie, alors qu'elle faisait semblant de l'être, il lui avait pris sa main et l'avait placée sur son pénis pour le masturber. Il avait arrêté lorsqu'il avait quitté la chambre. Elle n'avait pas compris ses agissements, ignorant si c'"était bien ou pas" et pensait avoir été, sur le moment, étonnée et "un peu choquée". À l'âge de 12 ans, en été, en l'absence de sa mère et de ses sœurs, C______ l'avait également chatouillée sous ses vêtements, en lui touchant les seins et les fesses, profitant du fait qu'elle portait des habits légers. Alors qu'elle avait réagi, il lui avait demandé de ne rien dire car il s'agissait d'un jeu. À la police, elle a expliqué qu'entre ses 10 et 13 ans, son beau-père jouait souvent en lui touchant les fesses et la poitrine, lorsqu'ils étaient seuls. Le dernier événement s'était produit en été, alors qu'elle avait 12 ou 13 ans et qu'elle jouait, légèrement vêtue, couchée dans la baignoire vide. Au MP, puis en première instance, elle a précisé qu'elle était tombée dans la baignoire à cette occasion et que son beau-père, au lieu de lui toucher les aisselles, lui avait touché sa poitrine, soit plus particulièrement le téton, avec un doigt. Il s'agissait du "seul
- 8/68 - P/2441/2020 épisode durant lequel il [lui] a[vait] touché le sein". Il avait agi volontairement et non par inadvertance. Elle lui avait dit d'arrêter puis avait fait comme si elle n'avait rien senti. Le plus souvent, il lui donnait rapidement des tapes sur son short, telles des fessées en jouant, mais, lors de cet épisode, cela avait été à même la peau, alors même qu'elle portait un soutien-gorge. Il y avait eu d'autres jeux de "chatouilles", mais celuici était la seule fois où il lui avait touché la poitrine. Enfin, à l'âge de 14 ans, comme mentionné dans sa plainte, ou lorsqu'elle avait entre 12 ou 13 ans, comme relaté à la police, alors qu'elle était seule avec son beau-père, elle s'était sentie très mal. Elle se rappelait uniquement avoir été transportée d'une chambre à l'autre, avoir vomi et de la venue d'une infirmière. Son beau-père avait indiqué de manière confuse qu'elle avait pris des médicaments pour dormir, ce dont elle n'avait toutefois pas de souvenirs. Lors de ses auditions subséquentes, elle a émis l'hypothèse que son beau-père lui faisait prendre des médicaments pour qu'elle ne se souvienne pas de ce qu'il lui faisait subir et que cet épisode était probablement consécutif à un surdosage ainsi qu'à un réveil à un moment où elle aurait dû dormir. Elle ne comprenait en effet pas pour quelle raison elle aurait pris un médicament, alors qu'elle n'aimait pas cela, même lorsqu'elle était malade. Il était impossible qu'elle ait pris elle-même des cachets. De telles circonstances pourraient également expliquer ses problèmes de concentration et de mémoire qu'elle connaissait depuis qu'elle était enfant. Sa mère, qui lui achetait des traitements pour l'aider à cet égard, tenait cette hypothèse pour certaine. Ses problèmes avaient ainsi peut-être été liés au fait que C______ lui faisait prendre des médicaments lorsqu'elle était petite. a.a.c. Au MP, puis au TCO, elle a resitué plus particulièrement ses souvenirs dans le temps – à l'exception de l'épisode du "pipi au lit" car relaté par sa mère –, tout en ajoutant d'autres éléments de fait. Ses premiers souvenirs dataient de la période où ils vivaient dans la première maison. C______ l'emmenait parfois dans la chambre parentale et lui léchait le vagin. Elle se rappelait lorsqu'il la pénétrait. Tous deux étaient nus et elle se souvenait de voir ses jambes "comme pendant l'acte sexuel". Elle se rappelait également quand il se mettait "à côté" et lui demandait de goûter son sperme. Elle a pleuré en évoquant les douleurs ressenties lors des pénétrations subies et lorsqu'il lui léchait le vagin. Elle en avait nourri des complexes encore actuels. Les viols intervenus plus tard, alors qu'elle était inconsciente, sous médicaments, n'étaient qu'une supposition de sa part. Le visionnage de vidéos et de dessins animés pornographiques, à la réception de l'internet-café, s'était passé lorsqu'ils résidaient dans la deuxième maison et avait eu lieu à plusieurs reprises. Son beau-père lui avait dit de ne rien dire et que cela était un secret. L'épisode de l'ingestion du médicament avait aussi eu lieu dans ce deuxième appartement, tout comme celui de la masturbation. Elle avait également oublié d'évoquer le fait que C______ l'embrassait sur la bouche à cette même période, fait
- 9/68 - P/2441/2020 qu'elle a décrit au TCO. Elle ne pouvait pas exclure qu'il se soit passé d'autres choses, mais c'étaient les seules dont elle se souvenait. Les épisodes d'attouchements sur les fesses et la poitrine s'étaient déroulés quant à eux lorsqu'ils vivaient dans la troisième maison. Elle a enfin évoqué un dernier souvenir pour la première fois au MP, lorsqu'ils résidaient dans la quatrième maison. Son beau-père lui avait demandé de "faire pipi" sur un petit appareil pour voir si "son pipi était bien". Quelques jours plus tard, elle avait vu à la télévision qu'il s'agissait d'un test de grossesse. Elle n'était pas encore réglée à l'époque si bien qu'elle ne comprenait pas les raisons de sa démarche. Au TCO, elle a précisé qu'elle avait eu ses premières règles à 14 ans et que son beau-père ne l'avait plus touchée après ce dernier déménagement, ce qui correspondait également à la période où elle avait parlé des chatouilles à sa mère, laquelle s'était disputée à ce sujet avec C______ qui lui avait dit qu'il n'allait plus la toucher. a.b.a. À l'adolescence, elle avait commencé à repousser son beau-père, ne supportant plus qu'il la touche, alors qu'il cherchait à garder des "rapports familiaux" avec elle. Elle avait dit à sa mère qu'elle ne voulait plus jouer avec lui mais l'intéressé avait réagi de manière étrange, en disant que si elle n'aimait pas "ça", il ne la toucherait plus et ils ne joueraient plus jamais ensemble. Ces attouchements avaient en effet eu lieu plusieurs fois, au point où elle avait ressenti le besoin de s'en plaindre à sa mère. En première instance, elle a précisé qu'à chaque fois qu'il lui faisait "des chatouilles", elle l'acceptait mais n'aimait pas cela car elle "voyai[t] bien ses intentions" et tentait alors de le fuir. Lorsqu'elle avait appris, à ses 15 ans [ndlr : entre mars 2014 et mars 2015], que le concerné n'était pas son père, cela avait été très dur pour elle et difficile à concevoir. Elle avait beaucoup pleuré. Elle avait alors compris pourquoi celui-ci lui touchait les fesses et s'était ensuite souvenue de tout ce qu'il lui avait fait subir. Elle avait alors décidé de raconter à sa mère "l'épisode du chatouillement" sous ses vêtements, survenu à ses 12 ans, mais n'avait pas osé lui parler des événements antérieurs, tout en ajoutant au MP lui avoir confié que son beau-père lui avait souvent touché les fesses et la poitrine, que cela avait été sa manière de "jouer avec elle", qu'elle n'aimait pas cela et le lui avait signifié. Elle n'avait pas réussi à expliquer davantage car cela avait été trop dur pour elle. Elle avait confronté, avec sa mère, C______, lequel s'était mis à genoux en les suppliant de ne pas aller à la police et tout en lui faisant peur sur le fait qu'il irait en prison et que son petit frère allait grandir sans père. Lors de ses auditions subséquentes, elle a fluctué quant à savoir si le concerné s'était mis à genoux ou non, précisant au MP que sa mère avait confronté seule l'intéressé, lequel était ensuite venu dans sa chambre en la suppliant de lui pardonner. Soucieuse de ne pas tout gâcher, elle avait insisté auprès de celle-ci pour ne pas aller plus loin et dit qu'elle allait alors lui pardonner. Elle avait appris la vérité sur sa filiation le même jour de la révélation à sa mère des attouchements précités. Au TCO, elle a ajouté avoir oublié de mentionner également, lors de ses précédentes auditions, qu'elle s'était aussi confiée à sa sœur N______, par téléphone, lorsqu'elle vivait à L______ [ndlr : entre 2014 et
- 10/68 - P/2441/2020 automne 2016]. Elle lui avait dit que ce n'était rien et qu'elle allait tout raconter à sa mère, ce qui n'avait pas été le cas. En 2019, elle avait réalisé que sa mère souffrait aussi du comportement de C______, lequel la frappait et l'avait privée de nourriture dès qu'il avait commencé à gagner sa vie, alors que sa compagne l'avait toujours entretenu. En voyant qu'elle n'était pas la seule victime, elle avait commencé à lui évoquer des souvenirs d'abus subis. Ultérieurement, elle a ajouté que ses révélations avaient eu lieu plus particulièrement à Pâques, lorsque sa mère et elle se rendaient en voiture à S______ [VD]. Elle n'avait plus voulu que sa mère souffre pour un homme qui n'en valait pas la peine. Elle a été fluctuante quant à savoir ce qu'elle lui avait exactement dit à cette occasion, précisant tantôt avoir été vague quant aux faits les plus graves, tantôt avoir parlé des pénétrations subies mais non des épisodes de masturbation et de cunnilingus. Elle a toutefois toujours soutenu n'avoir pas pu tout raconter, voyant ce que ce dévoilement provoquait déjà chez sa mère, ce qu'elle a confirmé tant en première instance qu'en appel ; elle avait voulu que cette dernière sache qu'elle avait été abusée, mais sans citer tous les faits, car il avait été difficile pour elle d'en parler et pour sa mère de l'entendre. E______ avait alors confronté C______, lequel n'avait pas nié et avait rétorqué : "c'était juste pour l'expérience". Elle-même n'avait pas confronté son beau-père à ce sujet à ce moment-là. Plus tard, celui-ci avait toutefois contesté le tout devant elle. Sa mère et elle en avaient reparlé, en se remémorant ensemble certains épisodes. Au TCO, elle a précisé que cela lui avait permis de situer les évènements dans le contexte familial et dans le temps, notamment grâce à l'aide de photographies, ainsi que de rassembler des informations en commun. a.b.b. Entre le moment où elle en avait parlé à sa mère et le départ de son beau-père du domicile familial, celle-ci avait voulu qu'elle fasse "quelque chose" mais elle-même était indécise. Il y avait eu à cette époque beaucoup d'"embrouilles" au sein du couple à cause de l'argent et elle n'arrivait pas à parler à son beau-père, avec qui elle ne communiquait presque plus. Plus personne à la maison ne voulait qu'il reste. Lorsqu'elle était seule avec C______, ce dernier restait dans la cuisine et elle s'enfermait dans sa chambre, si bien qu'elle n'avait pas peur. La nuit, quand bien même sa mère et son frère étaient au domicile, elle n'arrivait toutefois pas à dormir et craignait qu'il lui fasse encore quelque chose. Durant un certain temps, elle avait été attirée par des hommes très âgés et était curieuse de tout ce qui touchait à la sexualité, si bien qu'elle avait pensé être malade. Elle avait alors souhaité voir une psychologue, également pour se souvenir d'épisodes anciens. Elle avait ainsi été suivie par T______, psychologue du Centre thérapeutique U______, à qui elle avait tout raconté. Cette démarche avait eu pour but de l'aider à se remémorer certaines choses. Elle s'était par exemple souvenue de la présence d'une petite lampe dans la chambre de ses parents où se déroulaient les faits et elle avait pu la reconnaître sur une photo, montrée par sa mère. La thérapie lui avait permis de mieux se comprendre et notamment de se rassurer sur le fait qu'elle n'était pas
- 11/68 - P/2441/2020 nymphomane et que ses souvenirs étaient réels et non inventés. Certains d'entre eux étaient en effet flous, notamment l'épisode du médicament, ce qui l'avait fait douter sur ce qui s'était réellement passé. Elle avait ensuite décidé seule d'entreprendre des démarches judiciaires, sans y avoir été incitée ; voir sa mère souffrir lui avait donné le courage d'agir. Elle ne pouvait plus vivre avec "ça dans [s]a tête". Elle avait fait en amont un travail pour trier ses souvenirs avec sa psychologue et était prête à révéler le tout lors du dépôt de sa plainte, en février 2020, car elle avait eu besoin de temps, ayant été gênée mais s'étant sentie courageuse de le faire. Elle avait voulu dire la vérité et obtenir justice, et n'avait pas agi par vengeance. Elle ne se rappelait pas être allée voir un avocat pour rédiger la plainte, mais si elle l'avait signée, elle s'y était certainement rendue avec sa mère et chacune d'elle avait raconté ses souvenirs. Sa démarche n'était pas liée au fait que C______ avait emménagé avec une nouvelle femme. Elle avait par ailleurs appris, après avoir déposé sa plainte, que sa mère avait ouvert une action civile contre l'intéressé, pour obtenir la garde de son petit frère ainsi que la restitution de l'argent volé à la maison. Sa mère avait appris tous les abus subis uniquement à travers la lecture du dossier pénal. Elle s'était rendue ultérieurement auprès de leurs voisins à G______, car ceux-ci avaient été comme des seconds parents pour elle. Elle leur avait parlé de la plainte qu'elle avait déposée car elle voulait leur avis. Elle avait constaté que leur situation économique était délicate et leur avait alors laissé EUR 50.-, avec un mot pour leur demander de ne pas prendre mal son geste, mais elle comprenait que cela ait pu être mal interprété vu le contexte. Elle ne s'y était pas rendue sur suggestion de sa psychologue. À l'exception de ce qu'il lui avait fait subir, C______ avait toujours été un bon "père", lui ayant donné beaucoup d'amour. Il passait toujours pour une personne bonne et respectueuse. a.c. A______ a déposé des conclusions civiles en première instance, sollicitant que C______ soit condamné à lui verser CHF 1'775.23, avec intérêts à 5% l'an à compter du 1er juillet 2020, à titre du dommage matériel ayant résulté de la part des factures relatives à ses séances de psychothérapie, non couvertes par son assurance, et CHF 50'000.- – qu'elle a réduit à CHF 10'000.- en appel –, avec intérêt à 5% l'an dès le 24 mars 2003, en réparation de son tort moral. À l'appui de sa demande, elle a produit les factures du [centre thérapeutique] U______ de juillet 2019 à décembre 2021, totalisant CHF 8'669.70, dont CHF 1'568.40 ont été pris en charge par la LAVI en 2021, selon les attestations jointes dudit centre, et CHF 5'327.15 (CHF 1'983.50 pour 2019 et CHF 3'343.65 pour 2020) par l'assurancemaladie, selon les décomptes annexés également, étant relevé qu'il ressort de ces documents qu'en 2019, un rendez-vous manqué a été facturé à CHF 150.-, non
- 12/68 - P/2441/2020 remboursé, et que la facture de CHF 692.80, émise le 23 décembre 2020, ne ressort pas des décomptes de l'assurance-maladie, faute d'avoir vraisemblablement été transmise. b. Eléments médicaux b.a. T______, psychologue et psychothérapeute FSP auprès du [centre thérapeutique] U______, a expliqué que A______ était venue la consulter, sur conseil de la LAVI, du 19 juin 2019 au 2 février 2021, dans le cadre d'une agression sexuelle qu'elle déclarait avoir subie dans son enfance, le suivi ayant été interrompu pour des raisons financières. Il avait été compliqué pour sa patiente, dans un premier temps, de situer les dates des événements. Il y avait eu des "attouchements" durant l'enfance et cela avait repris durant l'adolescence, jusqu'à ce qu'elle en parle à sa mère. A______ avait évoqué des "flashs" d'événements survenus quand elle était petite. Elle avait expliqué qu'elle était droguée et, de ce fait, ne se souvenait pas de ses réactions. Lorsqu'elle était adolescente, elle était très mal à l'aise, du fait du conflit de loyauté et de la difficulté pour un enfant de déterminer si ce qui se passe était bien ou mal. Cela s'exprimait chez la jeune fille par un malaise ou un mal-être que l'on retrouvait fréquemment chez les enfants victimes d'abus sexuels. Peu de victimes parvenaient à témoigner ou à déposer plainte, car cela faisait ressortir leur souffrance, les ramenait à revivre le passé et faisait resurgir un sentiment de honte. Il y avait un conflit de loyauté chez la patiente, celle-ci ayant décrit les agressions sexuelles subies de son beau-père, mais également l'amour vis-à-vis de cette figure paternelle. Un abus du lien relationnel s'ajoutait ainsi à l'abus sexuel. Cette image paternelle s'était renforcée par le fait que son beau-père s'était occupé d'elle et non son père biologique, ce qui était de nature à créer un état confusionnel encore plus important si la victime était une enfant et renforçait la difficulté à se souvenir des événements. La naissance de son frère l'avait également empêchée de parler plus tôt, ayant été désireuse de le protéger et de le préserver de ce qu'elle avait vécu. Elle l'avait finalement fait, tout d'abord lorsqu'elle avait appris que C______ n'était pas son vrai père, puis lorsqu'elle avait constaté que ce dernier devenait de plus en plus agressif avec sa mère, qu'elle voulait aider, étant également confrontée à un conflit de loyauté envers celle-ci durant toutes ces années. Elle avait également parlé d'un sentiment de justice, lié à une crainte que celle-ci ne soit pas rendue. Un état de stress post-traumatique avait été diagnostiqué, dont les symptômes, non persistants, étaient une difficulté à se concentrer (qui s'était matérialisée durant ses études et était encore actuelle), une difficulté à s'orienter dans le temps (sa mémoire connaissant des flous en lien avec les événements traumatiques), une attirance pour les hommes plus âgés apparue à l'adolescence, une hyper sexualisation vers 13 ou 14 ans, ainsi que des troubles du sommeil, avec des réviviscences traumatiques (comme lorsqu'elle se réveillait la nuit et que la couverture n'était pas sur elle, ce qui provoquait
- 13/68 - P/2441/2020 chez elle des angoisses) et des cauchemars. De tels symptômes étaient fréquents lorsqu'il y avait eu des abus durant la petite enfance. Les déclarations de sa patiente lui avaient paru crédibles. Il lui semblait peu probable qu'il s'agisse d'un complot élaboré avec sa mère vu que les abus relatés avaient débuté lorsqu'elle était toute jeune. Elle était par ailleurs très authentique, sans trouble de la personnalité, et très sensible. Sa patiente essayait de s'intégrer dans la vie genevoise, malgré les nombreuses ruptures vécues, que ce soit du point de vue familial, relationnel mais aussi géographique. c. Constatations policières c.a. Selon un document imprimé le 4 août 2020 et rédigé en espagnol par un centre de soin de G______ (Centro de Salud V______), intitulé "INFORME DE CONSULTA", un médecin s'est déplacé le 17 décembre 2011, à 01h48, au domicile familial pour examiner A______, alors âgée de 12 ans, laquelle a eu des vertiges et était faible pour avoir pris par erreur un Dalparan ("se ha tomado por equivocacion un Dalparan, y esta mareada y debik"). c.b. À teneur des captures d'écran transmises par P______, datées du 4 juillet 2020, E______ a contacté cette dernière, via l'application Messenger, en la remerciant d'avoir débarrassé sa famille d'un monstre et lui proposant de lui expliquer qui était vraiment C______, tout en précisant que ce dernier ne lui avait pas dit la vérité et la mettant en garde à son sujet. P______ a rapidement pris ses distances et mis fin à la discussion. Lors de l'échange, E______ a notamment écrit : "tu sais ce qu'il m'a dit ce malheureux, qu'il l'a fait par curiosité et que comme ça il allait économiser de l'argent pour prendre un bon avocat pour se défendre (…)" ; " En fait quand je l'ai crié et insisté pour qu'il me donne une réponse de pourquoi il a fait du mal à la personne que j'aime tant, il m'a dit en pleurant par curiosité" ; "(…) je croyais tout mais quand ma fille m'a raconté elle m'a enlevé le bandage des yeux, j'étais sur le point de devenir folle je ne sais pas ce que je serais devenue si je n'avais pas eu l'aide que j'ai reçu c'est horrible d'écouter que ta propre fille démonte l'image que tu avais d'une personne comme unique et merveilleuse" ; "Je te demande pas de te mêler je te prévient seulement. Tu crois qu'un bon homme oublie si son fils mange ou s'habille non c'est pas vrai il est comme ça seulement le temps le diras je remercie dieu de ne pas être en Amérique du sud et je fais confiance à la justice de ce pays (…) depuis novembre, il n'a jamais rien reçu mon fils (…) et il va me rendre ce qu'il m'a volé". c.c. Selon le rapport de renseignements du 28 juillet 2020, vers 13h30, E______ a contacté la police, affolée, après avoir rencontré C______ par hasard à W______ [établissement de formation d’adultes], alors qu'elle était accompagnée de sa cadette. Sur place, elle a crié qu'il était un violeur et un pédophile. A______, qui a pris le combiné dès lors que sa mère était confuse, a expliqué au téléphone qu'elles étaient
- 14/68 - P/2441/2020 inquiètes car C______ était toujours en Suisse. Durant la conversation, la police a entendu que E______ parlait constamment avec sa fille en espagnol. d. Témoignages Plusieurs témoins ont été entendus durant l'instruction, tant par les autorités genevoises que lors d'une commission rogatoire en Espagne. Famille de A______ d.a.a.a. Selon E______, entendue à plusieurs reprises dans le cadre de la procédure, C______ avait été quelqu'un de très bien et de très doux. Lorsqu'il était arrivé dans sa vie, sa cadette parlait, si bien qu'elle devait avoir entre trois et quatre ans. Durant leurs 17 ans de vie commune, il n'avait jamais levé la voix ou la main sur elles. Il s'était également montré très respectueux envers ses filles aînées. Dès juin 2018, il était toutefois devenu étrange et elle avait alors découvert qu'il avait eu d'autres femmes dans sa vie, ce qui l'avait détruite. À partir de ce moment-là, leur relation s'était dégradée. Elle perdait la mémoire depuis lors, car sa situation était devenue compliquée. Elle a expliqué initialement qu'en rentrant d'un voyage des États-Unis, après avoir révélé à sa fille la vérité sur sa filiation, celle-ci lui avait rétorqué : "Ah je comprends maintenant pourquoi il me touche comme ça". A______ lui avait dit que C______ lui donnait des tapes sur les fesses lorsqu'ils jouaient et qu'il descendait vers sa poitrine en la chatouillant sous les aisselles. Elle n'avait pas eu l'intention de révéler en 2014 à sa fille, âgée de 15 ans, que C______ n'était pas son vrai père et avait voulu attendre qu'elle soit plus âgée. Celle-ci s'était toutefois plainte, en amont par téléphone lorsqu'elle-même était encore en voyage, de la façon dont il jouait avec elle car il lui touchait "son arrière". Au TCO, elle a expliqué qu'elle ne savait pas qu'il s'agissait d'un abus sexuel à l'époque, tout en s'excusant de son manquement et en précisant que sa fille ne lui avait parlé que du fait que son beau-père jouait avec elle en lui touchant les fesses et en essayant d'approcher sa main de son sein en la chatouillant. Elle avait confronté C______ quant aux plaintes de l'enfant, en lui expliquant au téléphone que A______ était en train de devenir une jeune fille et qu'il ne pouvait plus jouer comme cela. Celui-ci l'avait alors menacée sur le fait qu'il allait révéler à sa fille la vérité sur sa filiation, tout en ajoutant que si l'enfant ne voulait pas jouer, il ne ferait plus à manger, et qu'elle devait arrêter de l'appeler papa. Elle craignait que sa fille apprenne la nouvelle en son absence, considérant que c'était à elle de la lui communiquer, ce qu'elle avait fait dès son retour de voyage. Au MP, elle a expliqué que sa fille s'était mise à pleurer en disant : "alors C______ n'est pas mon père", puis, "c'est pour ça qu'il joue comme ça". Elle lui avait demandé des détails et sa cadette lui avait expliqué qu'il essayait de toucher son "arrière" et de la chatouiller en essayant de toucher ses seins. Lorsqu'elle avait confronté à son retour son compagnon à ses agissements, il s'était mis à genoux en pleurant devant l'enfant, en lui demandant pardon et en les suppliant de
- 15/68 - P/2441/2020 ne pas le dénoncer. Sa fille lui avait également dit que ce dernier lui avait promis qu'il ne la toucherait plus. Elle a été confuse durant la procédure quant à savoir si elle avait eu des doutes à ce moment-là sur le comportement de son compagnon envers sa fille, expliquant à la police avoir voulu le dénoncer mais s'était retenue dès lors que C______ lui avait demandé de penser à leur fils, qui avait besoin d'un père, puis au MP avoir été très énervée quand il avait contesté les faits, raison pour laquelle elle s'était rendue chez la voisine, à qui elle avait tout raconté, ce qu'elle a confirmé au TCO, mais tout en indiquant qu'elle n'avait pas vu la malice à ce moment-là, croyant aveuglément C______ pour n'avoir jamais rien constaté d'étrange auparavant. Elle n'avait ainsi pas cherché à savoir s'il s'était passé autre chose lorsqu'il l'avait suppliée à genoux de ne pas le dénoncer, ce qu'il avait fait après son retour de chez la voisine. Elle avait alors uniquement insisté sur le fait que A______ n'était plus une petite fille et qu'il ne devait plus jouer avec elle de cette manière si celle-ci ne le voulait pas. Pour ce qui était plus précisément de la discussion qu'elle avait eue avec la voisine, elle a expliqué, au cours de l'instruction, que celle-ci avait émis des doutes, en disant que A______ avait peut-être dit cela parce qu'elle était fâchée contre son beau-père et que ce n'était alors pas vrai, si bien qu'elle-même avait été confuse. Elle en avait parlé également à l'époque à X______, un homme très proche de la famille qui résidait près de chez eux à G______ (ndlr : décédé depuis). Avec son aide, elle avait voulu demander conseil à un avocat mais, entretemps, C______ avait demandé pardon à sa fille, si bien qu'elle n'était pas allée au bout de sa démarche. Depuis lors, leur relation n'avait plus été la même. Elle avait dit à sa fille qu'elle pouvait mettre un meuble devant la porte de sa chambre pour être plus tranquille si besoin, tout en lui demandant de "faire attention". Elle craignait en effet que C______ visite celle-ci durant la nuit. Sa fille lui avait toutefois confirmé qu'il n'y avait plus eu d'attouchements depuis lors. Au TCO, elle a contesté avoir dit à leur ancienne voisine qu'elle suspectait un viol après avoir surpris C______ et A______ nus dans un lit ; ceci était faux. Elle avait uniquement parlé des chatouilles ainsi que de tapes sur les fesses. Elle n'avait eu aucune autre discussion avec les voisins. d.a.a.b. Par la suite, à Pâques en 2019, lors d'un trajet en voiture à S______ [VD] avec sa fille et alors qu'elle était psychologiquement fragile en raison de sa relation avec C______ et qu'elle avait fondu en larmes, A______ avait tenté de la consoler et lui avait dit qu'elle ne voulait pas qu'elle souffre pour une personne qui n'en valait pas la peine car il n'était pas celui qu'elle croyait, ajoutant qu'il lui avait fait du mal quand elle était petite. Elle-même avait pensé qu'elle faisait référence à ce qu’elle savait déjà depuis 2014 mais sa fille lui avait révélé qu'il y avait eu plus. À la police, elle a précisé qu'elle lui avait dit que lorsqu'elle était petite, C______ lui touchait les parties et, à une occasion, les lui avait même léchées, qu'il se masturbait devant elle et l'obligeait à regarder, qu'il lui montrait comment "le lait" sortait de son pénis ainsi que d'autres choses encore. Elle lui avait demandé s'il y avait eu pénétration et elle lui avait répondu que non, précisant qu'il avait frotté son pénis contre son vagin. Elle s'était sentie
- 16/68 - P/2441/2020 coupable d'avoir amené un tel monstre dans son foyer et avait demandé à sa fille pourquoi elle avait gardé le silence. Au MP, elle a expliqué que sa fille lui avait révélé que son beau-père s'était masturbé devant elle, l'avait obligée à regarder quand il éjaculait, avait touché ses parties intimes avec son pénis, s'était frotté contre elle et lui avait également léché le vagin. À partir de ce moment, elle ne savait plus ce qui s'était dit, car elle était devenue "comme folle". A______ lui avait répondu qu'elle ne lui en avait pas parlé avant car C______ lui avait dit que si elle parlait, son frère grandirait sans père et que sa mère serait triste. Comme sa fille la voyait heureuse, elle n'avait pas voulu "enlever son bonheur", jusqu'à ce que celle-ci comprenne que tel n'était plus le cas. A______ pensait également qu'elle avait pu être abusée plus tard, car C______ lui aurait donné des médicaments pour dormir. Elle-même se rappelait qu'à une occasion, ce dernier avait demandé à pouvoir emmener l'enfant, alors âgée de huit ans, dormir chez sa mère, ce qu'elle avait accepté car sa fille ne s'y était pas opposée et avait l'air contente. Le lendemain, elle était rentrée avec des cadeaux et, un mois plus tard, elle lui avait révélé que, ce matin-là, elle s'était réveillée sans culotte, sans comprendre pourquoi. Lorsqu'elle avait confronté son compagnon à ce sujet, il avait indiqué que la petite avait fait "pipi au lit", ce que celle-ci avait contesté. À cette époque, elle avait cru son compagnon. Au départ, elle n'avait pas su quoi faire avec ces informations car elle avait aimé C______ ; quand bien même il avait été infidèle et qu'elle avait beaucoup souffert, elle le respectait et ne l'avait jamais vu faire du mal aux enfants. Elle avait attendu que les enfants soient à l'école pour lui faire part de ces accusations. Elle l'avait insulté en le traitant de "dégueulasse" et en lui disant qu'il aurait pu faire ce qu'il voulait avec elle, même la battre, mais qu'il n'avait pas à s'en prendre à sa fille. Il avait d'abord nié les faits, puis était resté silencieux durant tout le long et avait fini par dire qu'il n'y avait jamais eu de pénétration et qu'il avait agi par curiosité. Avant tout cela, elle n'avait pas eu le moindre soupçon envers son compagnon. Elle n'avait jamais rien remarqué dans le comportement de sa fille, qui aurait fait naître des doutes sur les actes qu'elle aurait subis lorsqu'elle avait quatre à six ans. Au TCO, elle a ajouté que lors d'une dispute houleuse avec N______ en 2018, celle-ci lui avait crié dessus en lui disant qu'avant de donner des conseils, elle devait d'abord protéger sa fille. Elle n'avait pas compris de quoi elle parlait sur le moment et avait interrogé A______, laquelle ne lui avait rien dit, confirmant n'avoir aucunement été informée auparavant des agissements de C______ envers sa cadette. Lorsque A______ était petite, avant leur déménagement à L______, C______ s'occupait de lui donner le bain et l'amenait aussi à l'école. En tant que chauffeur, elle travaillait énormément et n'était que peu présente à domicile, dormant même parfois à l'extérieur et laissant ainsi seul son compagnon avec les enfants. Le fils aîné de C______ n'avait
- 17/68 - P/2441/2020 jamais vraiment habité avec eux à cette époque car elle avait refusé de subvenir seule aux besoins de toute la famille. d.a.a.c. Après les révélations de sa fille, elle n'avait pas contacté tout de suite les autorités car C______ lui avait dit que, si elle le faisait, il quitterait le pays, rendant vaine toute démarche. Cette période avait également été très difficile pour elle car, en raison des faits anciens et à l'étranger, elle s'était retrouvée devant beaucoup "de portes fermées". Elle s'était renseignée avec sa fille auprès de la LAVI, qui leur avait expliqué ne pas être en mesure d'intervenir vu la localisation des faits en Espagne, ainsi qu'auprès de divers tiers, avait vu un psychologue, tout comme sa fille, et avait finalement été redirigée vers un avocat par Y______ [œuvre sociale]. Elle avait continué à vivre avec C______ durant ce temps car le précité la menaçait en disant qu'il avait de l'argent et qu'il allait partir là où personne ne le retrouverait. Elle craignait alors que toute démarche fût vaine. Elle souhaitait dénoncer les faits commis au préjudice de sa fille mais il lui avait été dit que seule celle-ci pouvait le faire. Sa fille s'était parfois encore retrouvée seule à la maison avec C______, mais celui-ci dormait dans la cuisine sur un canapé et la porte était fermée. Elle a d'abord indiqué que A______ lui avait dit de ne pas s'inquiéter, car elle était très forte après tout ce qu'elle avait vécu, puis dans un second temps que celle-ci n'était en fait pas d'accord avec la situation mais, comme elles n'avaient pas d'avocat, elle ne pouvait pas encore déposer plainte. Elle n'avait jamais menacé C______ de le dénoncer pour les abus sexuels, dont elle n'avait eu connaissance qu'en 2019, s'il ne payait pas les factures et n'avait pas incité sa fille à déposer plainte. Elle ne pouvait mettre la dignité de celle-ci en jeu par vengeance. Elle n'avait pas non plus indiqué à sa fille aînée, ce qu'elle devrait dire lors de son audition. Ses filles parlaient entre elles, ce qui pouvait expliquer que la précitée et A______ avaient indiqué, lors de son audition pour la première et dans sa plainte pour la seconde, que celle-ci était âgée de 14 ans lors de l'épisode du médicament, alors qu'elle en avait 12 en réalité. Lors de sa consultation psychiatrique aux Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) en septembre 2019 (cf. infra let. B.III.a.b.), elle n'avait pas mentionné les abus sexuels dénoncés, car il était compliqué pour elle d'en parler, ayant aussi été abusée lorsqu'elle était enfant. Elle n'en avait pas non plus parlé lors de ses entretiens en 2019 à G______ avec la psychiatre Z______ (cf. infra let. B.III.b.a.), par crainte que C______ s'en aille avant que sa fille ne soit prête à déposer plainte. d.a.a.d. À la fin du printemps 2021, elle s'était rendue en Espagne et avait rencontré AA______, son ancienne voisine. Celle-ci lui avait dit que C______ lui avait expliqué sa version des faits et lui avait alors demandé de la laisser tranquille, en lui répétant : "si cet homme veut partir, laisse-le et cherches-en un autre". Sa voisine pensait que c'était elle-même qui avait porté plainte contre le concerné. Quelques temps auparavant,
- 18/68 - P/2441/2020 sur conseil de sa psychologue, sa fille avait également rendu visite à cette voisine. AA______ était au courant des attouchements sur les fesses et des chatouilles, car ellemême [E______] lui en avait parlé à l'époque. E______ a confirmé au MP avoir déposé au cours de la procédure une demande pour obtenir la garde de son fils car C______ ne s'en était jamais occupé. d.a.b. M______ avait eu une bonne relation avec C______ jusqu'à ce que le couple parte vivre à L______. Ils n'avaient ensuite plus eu aucun contact, contrairement avec sa mère et sa sœur, bien que la relation avec cette dernière fût parfois compliquée. Petite, A______ était espiègle, turbulente, affectueuse et gaie, cherchant à se faire aimer. En grandissant et depuis qu'elle avait commencé l'école, elle était devenue réservée et avait eu du mal à se lier avec les autres, qui se moquaient d'elle, ainsi qu'à communiquer. Elle avait eu aussi des problèmes de concentration. Elle avait vécu avec la famille dès que sa sœur avait trois ou quatre ans et jusqu'aux 11 ans de celle-ci. Leur mère était souvent absente pour des raisons professionnelles et elle s'était occupée de la fratrie. A______ et son beau-père avait eu une relation normale au début, celle d'un père et de sa fille. Lorsque sa sœur avait grandi, C______ avait toutefois adopté des comportements qui ne lui plaisaient pas et qu'un père ne devait pas faire à sa fille. Il avait commencé à jouer avec elle, en lui faisant des chatouilles, touchant ses seins à ces occasions, en lui donnant des "tapettes" sur les fesses et en l'embrassant sur les lèvres pour dire au revoir. Elle n'avait été témoin que de ces comportements déplacés. Cela était arrivé de plus en plus souvent à mesure que sa sœur grandissait. À de nombreuses reprises, elle lui avait dit de ne pas jouer ainsi avec C______, car il était son père, mais sa sœur ne l'avait jamais écoutée. Bien souvent, le précité continuait à jouer alors que sa sœur ne le voulait plus, raison pour laquelle leur mère intervenait. En Suisse, A______, qui était devenue rebelle et ne voulait plus de C______, avait raconté à leur mère que ce dernier la touchait, raison pour laquelle celle-ci avait mis un terme à sa relation. Sa mère et sa sœur l'avaient ensuite mise au courant. Elle s'était alors rappelé pourquoi elle disait à l'époque à sa petite sœur que ces jeux ne se faisaient pas avec son père. Elle se souvenait de l'épisode du médicament, lors duquel C______ avait appelé N______, en lui disant que A______, âgée environ de 14 ans à l'époque, était comme évanouie. C______ avait toujours soutenu que sa fille avait pris des cachets qu'il avait pour dormir, ce qui lui paraissait étrange vu qu'il n'avait, à sa connaissance, pas de problèmes de sommeil. Sa sœur avait uniquement le souvenir que son père l'avait soulevée du lit mais tout était flou. d.a.c. N______ avait vécu avec C______ entre 2006 et 2009 et avait eu une bonne relation avec lui. Ils n'avaient eu plus aucun contact depuis lors, contrairement avec sa
- 19/68 - P/2441/2020 mère et sa sœur, bien que la relation avec la première fût compliquée. A______ avait été très attachée à elle. Elle avait vécu avec la famille durant une année, lorsque sa sœur avait deux ou trois ans, puis lorsque celle-ci avait environ sept ans, de manière toutefois discontinue, en raison des disputes qu'elle avait avec sa mère et le fait qu'elle restait souvent chez son propre père. Petite, A______ était bavarde et extravertie, mais elle était devenue plus timide et réservée après le début de sa scolarité, à sept ans, ayant eu de la peine à se lier aux autres. Elle avait également eu des problèmes de concentration et été victime de harcèlement de la part des autres enfants. Leur mère avait beaucoup travaillé et, à partir de 2011, elle avait commencé à trouver des emplois à l'étranger, soit notamment en Suisse et aux États-Unis, passant plusieurs mois loin de la maison. C______ avait fait son possible pour s'occuper des mineurs et elle l'avait aidé quand elle le pouvait. Enfant, A______ avait eu une relation père-fille normale avec C______, mais, adolescente, celui-ci avait adopté un comportement que sa petite sœur n'aimait pas, en lui donnant une "tapette" ou un coup de torchon sur les fesses, ce qui faisait réagir celle-ci qui lui disait : "Je t'ai déjà dit que je n'aime pas que tu me fasses ça". Elle-même avait évoqué ce type de comportement avec son voisin, X______, décédé depuis lors, lequel condamnait l'attitude de C______ pour en avoir également été témoin. Lorsque sa sœur avait appris que C______ n'était pas son père, la famille était en train de déménager à L______. A______ l'avait alors appelée en disant qu'elle avait quelque chose à lui raconter, comprenant pourquoi son beau-père s'était comporté de la sorte à son égard, mais qu'elle ne devait rien dire à leur mère. Elle lui avait dit qu'un jour, lorsqu'elle avait six ans, C______ avait baissé son pantalon et s'était masturbé devant elle. D'autres choses s'étaient produites, mais sa sœur avait dit ne pas pouvoir les lui raconter au téléphone. Elle avait insisté auprès de sa sœur pour qu'elle lui explique la situation, mais celle-ci lui avait dit de ne pas s'inquiéter, que ce n'était pas grave et que leur mère était au courant. À L______, A______ lui avait dit qu'elle mettait une valise derrière sa porte pour empêcher C______ d'entrer dans sa chambre. Depuis lors, elle n'avait plus parlé à ce dernier et avait été très en colère contre sa mère, qui était restée avec celui-ci alors qu'elle était au courant des faits. En 2018, au cours d'une dispute, elle avait reproché à sa mère d'avoir laissé faire C______, ce qui l'avait surprise, comme si elle venait d'apprendre les choses. Sa mère avait demandé tant à elle qu'à A______ de quoi il était question. Une nuit, elle avait reçu un appel de C______, effrayé, lui demandant de venir à la maison. Celui-ci lui avait expliqué avoir conseillé à A______, alors âgée de 12 ou 13 ans et qui avait mal à la tête, de prendre un paracétamol dans l'armoire. Il ne voulait pas appeler une ambulance, craignant que les médecins pensent qu'il avait lui-même donné un comprimé à l'enfant, ignorant ce qu'elle avait pris mais supposant qu'il s'agissait de l'un de ses somnifères. Sa sœur avait commencé à avoir des nausées et avait été comme "droguée". Elle s'était rendue sur place et avait trouvé celle-ci sur le lit de son beau-père, en pyjama, riant toute seule et tenant des propos incohérents, tenant à peine debout. Ils avaient appelé un médecin après s'être mis d'accord sur le
- 20/68 - P/2441/2020 fait qu'elle-même dirait qu'elle se trouvait au domicile au moment des faits. Sa mère lui avait toujours dit que C______ n'avait pas de problème de sommeil. d.a.d. O______ avait été informé du fait que sa sœur avait déposé plainte contre son père. Celui-ci faisait "des trucs pas bien" avec elle. Lui-même devait avoir sept ans (ndlr : entre novembre 2013 et novembre 2014). C'était sa mère qui le lui avait raconté en 2019. Lorsqu'ils habitaient en Espagne, son père jouait avec sa sœur, en la chatouillant et en lui touchant parfois le sein ou les fesses. Sa mère lui avait dit que sa sœur avait des souvenirs quant au fait que leur père la prenait et la changeait parfois dans la chambre ou "quelque chose comme ça". Il avait eu de bonnes relations avec lui jusqu'à son départ de la maison. Depuis lors, il l'avait croisé une fois par hasard, mais sa mère n'avait pas souhaité qu'il le revoie. Son père et sa sœur avaient entretenu une bonne relation et il n'avait jamais assisté à des disputes entre eux mais entre ses parents, souvent initiées par sa mère. Ces dernières années, il était arrivé que sa sœur se retrouve seule au domicile. Cela étant, il pensait que sa mère avait parlé à une de ses amies et ne souhaitait pas "trop" laisser sa fille avec leur père. Famille de C______ d.b.a. K______, le fils de C______, entretenait une bonne relation avec son père. Il n'avait vécu avec lui qu'à Genève, dès septembre 2017, pendant deux ans. Pendant la cohabitation, il avait vu E______ insulter C______ à de nombreuses reprises. Elle l'avait agressé, pas violemment, mais avec des gifles, des coups de poing et de pied, sans que son père ne réponde dès lors qu'il n'était pas une personne qui s'opposait et était de nature calme. E______ avait également tenté de le monter contre son père. Il avait toujours vu celui-ci traiter A______ comme sa fille et réciproquement, et n'avait été témoin d'aucun fait et geste inapproprié. Après son retour en Espagne, en 2019, il n'avait plus eu de contact avec son père et sa sœur, E______ le lui ayant interdit. Durant l'été 2019, celle-ci avait laissé entendre qu'elle allait déposer plainte contre C______ parce qu'il voulait la quitter. Il en avait parlé à son père, lequel avait tout nié. Il croyait en ce dernier. Son père avait travaillé comme chauffeur de taxi en Espagne et agent d'entretien à Genève, subvenant à son entretien. d.b.b. J______, la première épouse de C______, avait quitté ce dernier lorsqu'il était parti pour l'Espagne et qu'il s'était mis en couple avec E______. En 2004, elle était aussi allée vivre à G______ et son ex-compagnon s'était à nouveau approché d'elle. E______, particulièrement jalouse, s'était alors fermement affirmée en qualité de nouvelle compagne et avait même déposé, conjointement avec C______, une plainte contre elle pour un prétendu viol que celui-ci aurait subi. Elle ne pensait pas que C______ avait pu agresser sexuellement A______, dès lors qu'il avait toujours été affectueux envers l'enfant, la considérant comme sa propre fille. Elle a néanmoins précisé qu'elle ne l'avait jamais vu en compagnie de l'enfant. Il s'agissait, selon elle, d'une manœuvre de E______, qui était manipulatrice, dans la
- 21/68 - P/2441/2020 mesure où C______ l'avait quittée pour une femme plus jeune qu'elle. Elle pensait qu'elle avait obligé sa fille à porter plainte contre son beau-père. E______ l'avait appelée trois ans plus tôt (ndlr : en 2019), pour lui dire que C______ avait abusé de sa fille, ce que l'intéressé avait contesté ultérieurement, après le dépôt de plainte en question. Elle avait discuté avec C______ de sa propre déposition dès lors qu'elle entretenait de bonnes relations avec lui et lui avait dit qu'elle dirait uniquement la vérité. C______ ne s'était jamais montré agressif ou violent envers elle ou leur fils. d.b.c. Selon P______, épouse et mère des deux enfants cadets de C______, celui-ci s'était plaint de maltraitance de la part de sa famille, lorsqu'ils s'étaient rencontrés. Il lui avait dit qu'il travaillait beaucoup et était là uniquement pour payer les factures. À défaut, son ex-compagne s'énervait et lui portait des coups. Il ne pouvait partir sinon elle allait dire qu'il avait fait du mal à sa fille. Elle avait été informée des allégations d'abus sexuels dès qu'ils avaient habité ensemble. E______ menaçait de le dénoncer, si bien qu'ils avaient "vu venir" ces accusations. Elle croyait son époux, qui était un bon père et très présent pour leurs deux filles. Il avait beaucoup souffert et parlait peu, sûrement par honte de se faire frapper par une femme. Il avait peur de celle-ci, de se faire humilier et craignait de ne pas être cru. Il vivait très mal la procédure, étant en dépression et ayant eu des idées suicidaires. Elle-même craignait E______ et trouvait inadmissible que celle-ci se soit rendue sur le lieu de travail de C______ en l'accusant d'être un pédophile et un violeur. d.b.d. AB______, sœur de C______, avait vécu pendant trois ou quatre mois, dès mars 2007, au domicile de son frère en Espagne. Ce dernier et E______, qui travaillaient comme chauffeurs de taxi, contribuaient ensemble aux charges du ménage. Elle avait vu la précitée secouer, pousser et maltraiter C______ à de nombreuses reprises. Son frère lui avait dit que sa compagne était toxique et qu'il ignorait pour quelle raison elle agissait de la sorte dès lors qu'il lui donnait tout, y compris de l'argent. Elle considérait la relation de son frère avec A______ comme celle d'un père avec sa fille. L'enfant était très affectueuse envers C______. Celui-ci était toutefois rarement à la maison mais au travail. Son frère lui avait expliqué que sa fille avait déposé plainte contre lui pour viol et qu'il avait contesté les faits. Elle-même n'avait rien constaté d'anormal dans le comportement de son frère envers l'enfant. Si les abus dénoncés étaient vrais, A______ aurait signalé à sa mère les faits depuis bien plus longtemps, vu leur bonne relation. Autres témoins d.c.a. AA______ avait été la voisine de la famille de C______ et de E______ à G______. La dernière fois qu'elle avait vu A______ remontait à avant la pandémie de COVID-19. Celle-ci lui avait dit vouloir déposer plainte contre son beau-père pour avoir abusé d'elle lorsqu'elle était petite. Deux jours après, alors qu'elle allait rentrer en Suisse, la jeune fille était venue leur dire au revoir et avait laissé une enveloppe contenant EUR 50.-, en leur demandant de l'ouvrir une fois partie, ce qui l'avait fâchée.
- 22/68 - P/2441/2020 C______ s'était également présenté chez elle, accompagné de sa sœur et d'une avocate, un an et demi plus tôt environ (ndlr : début 2021), en lui apportant des cadeaux, qu'elle avait déclinés. Elle savait que sa fille avait porté plainte contre lui et ne voulait rien savoir. Tous avaient essayé de la joindre par téléphone mais elle avait refusé de leur parler dès lors qu'elle n'avait été témoin de rien, pas même d'un comportement agressif entre les parents, quand bien même certains disaient que E______ maltraitait son homme. Enfant, A______, qui était égoïste et capricieuse, avait eu des problèmes avec ses camarades. E______ partait souvent à l'étranger pour son travail durant de nombreux mois, revenant qu'occasionnellement au domicile. C______ s'occupait alors très bien des enfants, celui-ci ayant une relation tout à fait normale avec sa fille. Elle n'avait jamais rien vu de "bizarre". Il était plutôt timide et craintif et n'avait jamais eu de problème avec qui que ce soit. Depuis que A______ était petite, E______ faisait des commentaires, en disant que C______ avait violé sa fille quand elle était enfant. Un jour en rentrant à la maison, celle-ci avait trouvé les deux précités au lit et sa fille ne portait pas de couche. Elle avait pensé qu'il s'était passé quelque chose. d.c.b. AC______ et AD______ avaient travaillé avec C______ dès 2018 et chacune était devenue ensuite son amie. AE______ connaissait quant à elle C______ depuis 2021, par le biais d'une connaissance bolivienne, et était devenue par la suite sa collègue également. Il avait raconté à la première qu'il souffrait de maltraitance, surtout verbale, de la part de E______ et qu'il payait toutes les factures car la précitée ne ramenait pas d'argent au sein du ménage. En août ou octobre 2019, il lui avait confié que sa compagne lui faisait du chantage, en disant que sa fille lui avait révélé avoir subi des attouchements de sa part et qu'elle allait le dénoncer. Elle lui avait demandé "quand les faits dénoncés se seraient passés" et il lui avait rétorqué que sa compagne parlait de choses "dans un passé lointain". Elle en avait déduit que la fillette devait être alors petite. Son ami n'avait aucunement admis les allégations, précisant qu'il ne pourrait jamais faire une chose pareille, car l'enfant en question était comme sa fille. Il lui avait dit que ce n'était pas vrai et de pas y croire. C______, qui ne parlait au début pas facilement, s'était ouvert à AD______ petit à petit et lui avait dit qu'il n'était pas bien avec sa femme et dormait dans le salon. Ils ne s'entendaient pas bien et il y avait eu des disputes verbales. Il n'avait jamais parlé de violence physique. C______ lui avait fait comprendre qu'il y avait eu du chantage, sans entrer dans les détails, mais comme il n'arrivait pas bien à s'exprimer et qu'il disait que c'était difficile pour lui de sortir de cette relation, elle lui avait conseillé d'aller voir quelqu'un en vue d'une séparation. Selon AE______, C______ était un homme très sensible, empathique, sociable et disponible pour aider les autres. Petit à petit, il s'était confié sur sa tristesse. Ils se
- 23/68 - P/2441/2020 voyaient au travail mais également dans des cadres festifs, avec leurs enfants, événements lors desquels il se comportait normalement envers tous. Son collègue lui avait expliqué que son ex-femme disait qu'il avait eu des problèmes avec sa fille. Elle ne pouvait pas imaginer que son ami fasse ce genre de choses. En 2023, il lui avait également expliqué que son ex-compagne criait et le tapait. d.c.c. La police a pris contact par téléphone avec AF______, assistante sociale au service social de la Commune de AG______ [GE], laquelle a confirmé avoir reçu C______ peu avant son départ du domicile. Celui-ci s'était plaint de maltraitance et de chantage de la part de E______. Elle lui avait alors conseillé de quitter le logement. Elle-même avait été informée des abus sexuels dénoncés par A______ et avait été étonnée que sa mère parte en Equateur en vacances, en la laissant seule avec C______. e. Déclarations de C______ e.a.a. C______ a contesté les faits reprochés. Tout ce qu'avait raconté A______ était faux. Il était particulièrement étonné des dénonciations et pensait que E______ avait tenté de l'atteindre par ce biais. A______, qui était très influençable, avait été manipulée par sa mère, toutes deux étant jalouses et blessées depuis qu'il partageait sa vie avec une nouvelle femme, P______. Il avait aussi arrêté de payer les factures dont il s'acquittait auparavant. C'était la raison de ces fausses accusations. E______ avait été une bonne personne, une bonne mère ainsi qu'une travailleuse quand ils vivaient en Espagne et tous s'entendaient très bien, mais son comportement avait changé dès leur arrivée à Genève. Il avait eu la possibilité de travailler davantage et E______, qui travaillait peu à ce moment-là, avait alors voulu qu'il subvienne à l'intégralité des dépenses de la famille. Elle lui avait fait subir des maltraitances physiques et psychologiques ainsi que du chantage, en lui demandant de payer les factures ou, à défaut, elle allait le dénoncer, en lui disant : "Ou tu travailles ou je te dénonce pour avoir fait du mal à ma fille" ou encore : "Je vais te dénoncer parce que tu es un violeur et un pédophile". Il ignorait d'où lui était venu cette idée, précisant que si ces accusations étaient vraies, l'enfant n'aurait pas attendu ses 21 ans pour le faire. E______ le frappait afin qu'il s'acquitte des factures qui étaient toutes au nom de celleci. Son fils cadet, O______, intervenait lors de ces altercations et son fils aîné, K______, avait assisté à des violences verbales. Ces maltraitances avaient lieu une fois par semaine. Il s'était également confié auprès de deux collègues ainsi qu'à une assistante sociale de la Commune de AG______, en novembre 2019, laquelle l'avait redirigé vers le Centre [de consultations] AH______. Il regrettait de ne pas avoir porté plainte ou de ne pas avoir fait constater ses blessures auparavant. Quelques jours avant son départ du domicile familial, il avait informé sa compagne de sa décision, laquelle l'avait menacé, en lui disant de payer les factures, sans quoi elle allait le dénoncer. Il n'avait pas été en mesure de payer un certain nombre d'entre elles, notamment le loyer, et avait été aidé par le Service social de AG______. Ultérieurement, il a ajouté que A______ et E______ avaient "manigancé" ensemble leurs accusations, car elles ne
- 24/68 - P/2441/2020 voulaient pas non plus qu'il ait la garde sur son fils. Elles profitaient de ce moment pour l'atteindre ainsi que pour détruire sa relation actuelle. Il avait pressenti, dès son départ du domicile, que E______ allait agir sur le plan civil et il s'était alors rendu auprès de Y______ [œuvre sociale] pour chercher de l'aide. Il aimait beaucoup ses enfants, lesquels avaient été manipulés par son ex-compagne. E______ s'était renseignée en venant en Suisse et voulait être entretenue et ne plus travailler. En première instance, il a soutenu qu'à G______, lorsque A______ avait cinq ans, E______ avait dit à leur voisine de l'époque, AA______, qu'il avait fait des attouchements sur l'enfant mais cela n'était jamais arrivé. Ils en avaient parlé tous ensemble, avec ladite voisine et son mari ainsi qu'avec E______, et s'étaient accordés sur le fait qu'il s'agissait d'un malentendu et que rien de tout cela ne s'était passé. Il ne s'était jamais retrouvé au lit avec l'enfant nue et s'en était toujours occupé comme de sa propre fille. Il supposait que sa compagne avait émis cette rumeur pour le "retenir à ses côtés", quand bien même leur couple allait bien à cette époque. Elle l'avait en effet menacé quelques années plus tard, soit dès août 2018, après son retour de Bolivie, de le dénoncer pour des abus sexuels et des viols commis sur A______ s'il ne payait pas les factures, car il lui avait été infidèle. Depuis, à cause de ses tromperies, E______ le menaçait régulièrement de le dénoncer, voire de le tuer. Jusqu'à son départ de la maison, il avait eu plusieurs relations extraconjugales, qui avaient engendré des disputes, ce qui avait peut-être motivé le dépôt des plaintes. A______ avait découvert, à cette même période, son infidélité qui avait fait l'objet de discussions familiales. Il s'acquittait d'une partie des frais du ménage, dont la nourriture, et E______ uniquement de ses propres primes d'assurances ainsi que celles de sa fille, avec ce qu'elle gagnait ou ses indemnités chômage. Il avait bénéficié de prestations chômage entre novembre 2009 et décembre 2010, puis entre août 2014 et juillet 2016. Le reste du temps il avait travaillé soit à plein temps, soit à 50%. En appel, il a été fluctuant sur les raisons qui avaient poussé A______ à l'accuser, selon lui, à tort. Il a tout d'abord expliqué que sa mère l'y avait induite dans le but de se venger du fait qu'il avait entretenu, une année auparavant, une relation extra conjugale, avant de privilégier une autre théorie. En effet, confronté dans un second temps à ses différentes explications au cours de la procédure (pour l'empêcher d'avoir la garde de son fils, par jalousie et par vengeance ou en raison du fait qu'elle avait été victime de chantage de sa mère pour le règlement des factures du ménage), il les a toutes maintenues, en privilégiant cette fois-ci l'hypothèse du chantage financier. Il a ajouté qu'à l'époque, E______ l'avait déjà manipulé pour qu'il dépose plainte contre J______, en prétendant que celle-ci l'avait violé dans les bains publics, ce qui était faux. La police n'avait pas voulu prendre sa déposition et lui-même n'avait pas été entendu. e.a.b. Il avait vécu avec A______ dès sa première année, précisant dans un second temps qu'elle avait deux ou trois ans quand il l'avait connue, puis, en audience de
- 25/68 - P/2441/2020 jugement, qu'elle était âgée de quatre ans. Ils avaient eu une relation père-fille tout à fait normale et respectueuse. Il avait pris soin d'elle, de sa scolarité et de son éducation. Lorsque E______ travaillait, il se chargeait des enfants. Il s'était occupé de A______ mais jamais seul. Il a d'abord indiqué qu'il ne l'avait jamais changée, baignée, ni "touchée", avant de concéder l'avoir changée occasionnellement, comme n'importe quel parent. En première instance, il a persisté à minimiser les soins prodigués à l'enfant, en l'absence de E______, indiquant qu'il s'agissait principalement de la tâche de sa grande sœur, M______, laquelle s'était également occupée de O______, à ce même âge. A______ ne s'était jamais plainte d'un comportement déplacé et, lorsqu'ils habitaient à G______, leur voisine, qui était proche de la famille et qui avait très été attentive à l'enfant, aurait été témoin de tout abus. Il a confirmé par-devant le MP être retourné depuis en Espagne et avoir rendu visite à AA______. Il ne lui avait pas parlé de la plainte déposée contre lui. E______ essayait en revanche sans cesse d'appeler la précitée. Sa sœur, AB______, était également allée voir ladite voisine peu après, laquelle lui avait révélé avoir porté plainte contre son ancienne voisine pour harcèlement. Confronté aux accusations précises de A______, il a indiqué à la police que rien n'était vrai, si ce n'était qu'à une occasion, elle avait pris un somnifère par erreur, qui lui était prescrit, alors qu'elle pensait prendre un médicament pour un mal de tête, et elle avait vomi. Au TCO, il a expliqué que, le soir en question, N______ avait dîné à la maison avant de repartir. Alors qu'il était dans la cuisine, il avait dit à A______ d'aller chercher un médicament dans la vitrine, ce qu'elle avait fait mais elle s'était trompée de boîte. Elle s'était ensuite sentie mal, si bien qu'il avait rappelé sa sœur pour qu'elle s'occupe de son fils pendant qu'il emmenait A______ à l'hôpital. En appel, il a précisé que c'était finalement N______ qui avait appelé un médecin à domicile afin d'éviter d'attendre aux urgences. Il était évident que A______ avait confondu de médicament. Lui-même avait pris des somnifères pendant une courte période en 2007 puis à nouveau en décembre 2011, ce que E______, qui l'accompagnait à ses rendez-vous médicaux, et les filles savaient. En audience de jugement, il a finalement concédé avoir déjà donné une petite tape sur les fesses de A______ lorsqu'elle était enfant, par exemple quand ils étaient au parc et qu'il était l'heure de rentrer. Parfois, il la chatouillait également en jouant, mais il ne lui avait jamais touché ses parties intimes. La jeune fille avait dû mal interpréter certains gestes, qui se déroulaient aussi en public, et en avait inventé d'autres. L'épisode de la baignoire ne s'était jamais produit et l'enfant n'avait pas non plus tenté d'échapper à de quelconques chatouilles qu'il lui aurait prodiguées. Il a également contesté avoir fait un bisou sur la bouche de la jeune fille, ce malgré les déclarations d'une des sœurs de celle-ci, réitérant la mauvaise interprétation de ses gestes et/ou les mensonges proférés à cet égard, dès lors qu'il l'embrassait uniquement sur la joue. Sa compagne et A______ ne lui avaient par ailleurs jamais dit d'arrêter de jouer de la sorte, fait qu'il a contesté dès son audition à la police. Il en allait de même de la prétendue confrontation en 2019 aux nouvelles accusations de la jeune fille. Il ne les avait ni démenties ni admises, cette discussion n'ayant jamais eu lieu. Par ailleurs,
- 26/68 - P/2441/2020 s'agissant de l'épisode du "pipi au lit", sa propre mère, qui travaillait à l'époque pour une personne âgée chez qui elle dormait, ne pouvait recevoir de visiteurs si bien que l'enfant n'avait pas pu dormir chez elle. Il a maintenu ses explications en appel. Il n'avait jamais eu de comportements inappropriés envers l'enfant et n'avait jamais rien entrepris dans un contexte sexuel. Il a contesté avoir fait visionner à celle-ci des films pornographiques, précisant qu'à cette époque, soit entre 2006 et 2009 environ, l'internet-café, qu'il détenait avec sa compagne sur une courte période (entre six mois à un an), avait été principalement géré par M______ car il n'avait, pour sa part, pas le temps de s'en charger, vu qu'il travaillait et s'occupait des deux cadets en parallèle. Il a également contesté avoir demandé à l'enfant d'uriner sur un test de grossesse ; le souvenir de celle-ci résultait de la manipulation de la part de sa mère. e.a.c. A______ avait appris qu'il n'était pas son père biologique lorsqu'ils étaient à L______. Il a été fluctuant quant à savoir comment cette révélation avait eu lieu et pour quel motif. Il a initialement déclaré que c'était une décision commune dès lors que E______ et lui voulaient se séparer, avant d'expliquer au TCO que E______ avait en réalité d'abord annoncé la nouvelle seule à l'enfant dans le but d'en parler ensuite tous ensemble, pour finalement concéder en appel – à demi-mot – que sa compagne avait finalement révélé seule la nouvelle à sa fille. Il a d'abord soutenu que le but avait été de "briser les liens" et de ne plus qu'il assume de responsabilité envers la jeune fille, même s'il avait continué à avoir des contacts avec elle et à la conseiller par la suite, avant de revenir sur ses déclarations au cours de l'instruction (la raison n'était pas financière, mais liée au fait qu'il n'avait pas de travail et une mauvaise relation avec sa mère), puis en audience de jugement (il avait toujours été prêt à aider et assumer financièrement la jeune fille, à laquelle il avait dit qu'il serait toujours là pour elle), pour finir par donner un tout autre motif en appel (A______ avait eu accès à son téléphone portable à l'époque et avait ainsi découvert qu'il avait été infidèle, raison pour laquelle sa mère lui avait révélé qu'il n'était pas son vrai père). Il a ajouté au MP que l'enfant n'avait pas été affectée par cette nouvelle et voulait uniquement savoir qui était son père biologique, point sur lequel il est à nouveau revenu en audience de jugement. A______ avait été très triste de la nouvelle et lui avait dit qu'elle n'aimait pas les chatouilles mais ne lui avait ni parlé de tapes sur les fesses ni d'abus sexuels, en tout cas pas à lui. Il a contesté s'être mis à genoux en suppliant de ne pas le dénoncer, fait qu'il a maintenu en appel. Aucune des filles aînées de sa compagne ne l'avait également interpellé au sujet des abus dénoncés. Le caractère de A______ avait commencé à changer lorsqu'elle était arrivée à Genève et elle ne l'avait plus respecté de la même manière, sans qu'il ne puisse dire si cela était en lien avec le fait qu'elle savait qu'il n'était pas son vrai père ou si elle s'était entendue avec sa mère pour l'accuser d'abus sexuels afin qu'il règle leurs factures. Les derniers mois avant son départ du domicile, seule la relation avec E______ était particulièrement tendue, n'ayant pas eu de problème particulier avec les enfants. Ils avaient continué à
- 27/68 - P/2441/2020 se côtoyer et à se parler normalement, s'étant parfois retrouvé même seul avec A______. Il avait décidé de quitter la maison sans que cela ne soit lié à un événement particulier. Il avait inculqué de bonnes valeurs à sa fille, jusqu'au dernier moment où elle l'avait appelé papa. Il continuait à l'aimer malgré sa plainte. Depuis 2023, il était suivi par psychiatre, mais ses horaires irréguliers l'empêchaient de consulter plus d'une fois par mois. Il avait très mal vécu la procédure et était sous antidépresseurs lors de l'audience d'appel. Son psychiatre lui avait également prescrit du TEMESTA pour ses problèmes de sommeil en lien avec sa dépression. e.b. Au cours de la procédure, C______ a déposé diverses pièces, dont notamment : - son dossier médical de 2007 à 2014, dont il ressort qu'il s'est fait notamment prescrire du VALIUM le 27 juillet 2007 ainsi que du DALPARAN le 14 décembre 2011 pour traiter des troubles d'insomnie ; - les déclarations notariées, dotées d'une traduction libre, de AI______ du 27 mai 2025, faisant état du fait qu'il a eu un conflit judiciaire avec E______ en 2002, alors locataire et compagne intime de l'époque, qui a finalement été classé, ainsi que de AJ______ et de AK______, mère de C______, du 21 mai 2025, selon lesquelles cette dernière a travaillé comme employée de maison, entre 2005 et 2014, chez une personne âgée et avait interdiction de laisser entrer un quelconque visiteur dans le domicile, ce que le fils de l'employeur, AJ______, a également confirmé ; - un certificat du Ministère des finances de G______ du 26 mai 2025, attestant que C______ a été propriétaire à 50% d'un appartement situé à la calle 2______ no. ______, du 3 avril 2006 au 9 février 2013. e.c. Il a également sollicité en première instance une indemnité de CHF 19'016.99, avec intérêts dès le 5 juin 2025, pour ses frais de défense ainsi qu'une indemnité en réparation de son tort moral, dont il laissait les juges apprécier la quotité. III. Faits en lien avec E______ a. Plainte et déclarations de E______ a.a. Dans le cadre d'une de ses auditions en qualité de témoin dans la procédure initiée par sa fille, E______ a déposé plainte en juillet 2021 contre C______, plainte qu'elle a complétée par écrit quelques mois plus tard, pour des événements survenus notamment le 14 septembre 2019. Elle n'avait pas dénoncé les faits plus tôt car son excompagnon la menaçait de disparaître, ayant de l'argent. Elle avait également attendu que sa fille soit suivie et accompagnée par un psychologue avant d'entreprendre une telle démarche.
- 28/68 - P/2441/2020 Le jour en question, elle était rentrée du travail vers 14h30 au domicile familial. Bien qu'elle avait demandé le matin-même à C______ de préparer à manger pour leur fils, lequel était blessé aux mains, celui-ci ne s'était pas encore sustenté à son retour. Elle avait alors questionné à plusieurs reprises C______ sur les raisons de son manquement mais il lui avait rétorqué : "ne me dérange pas", sans lui répondre. Alors qu'elle lui avait fait ce reproche avec insistance, il lui avait demandé de le laisser tranquille, avant de lui asséner des coups de pied, sans chaussure, à l'intérieur de la jambe gauche. Il l'avait poussée en lui disant de ne plus l'importuner et elle avait été blessée aux bras ; tous deux s'étaient débattus. Confrontée en première instance aux déclarations de son fils ainsi qu'à celles du fils de C______, mentionnant son agressivité, elle a admis avoir changé à partir du moment où sa fille lui avait parlé des abus subis. Elle a ainsi concédé avoir fait le premier geste agressif en poussant l'intéressé, tout en lui demandant des explications. Elle a précisé en appel qu'elle avait insisté pour qu'il la regarde et lui réponde, vu qu'il l'ignorait. Elle n'avait toutefois jamais tenté de le frapper. Il lui avait demandé de le laisser tranquille mais, comme elle insistait, il lui avait asséné des coups de pieds. Elle a reconnu en appel avoir réagi lorsqu'il avait été agressif physiquement, en utilisant d'abord ses mains, mais C______ avait répondu avec plus de force. Elle avait tenté de fuir mais il la frappait avec ses pieds, l'empêchant de sortir. Son fils était intervenu à ce moment-là en ouvrant la porte de la cuisine. Ses hématomes aux bras avaient été causés par le fait que C______ l'avait frappée et non parce qu'il l'avait maintenue. C'était la première fois qu'il s'en prenait à elle physiquement. Elle avait quitté l'appartement avec son fils, qui lui avait conseillé de ne pas prendre la voiture mais elle ne l'avait pas écouté. Elle ne se souvenait de rien ensuite, puisqu'elle s'était "réveillée" à l'hôpital, non pas parce qu'elle était inconsciente mais parce qu'elle était en état de choc. Elle avait été décrite comme calme et collaborante par les HUG car les médecins lui avaient posé des questions claires et simples. À cet endroit et dès lors qu'il avait été difficile de supporter la situation résultant des dénonciations de sa fille, son souvenir des dates avait été imprécis. L'attitude de C______ avait changé dès juin 2018, lorsque sa situation professionnelle s'était améliorée et qu'il avait commencé à percevoir plus d'argent. Il l'avait maltraitée psychiquement. Elle était alors dépendante de lui financièrement et il utilisait cet ascendant pour l'humilier en la privant de ressources. En effet, lors de son arrivée en Suisse, en 2016, elle avait travaillé jusqu'à ce qu'un accident l'en empêche, en 2017. Elle avait perçu des indemnités de la part de son employeur, puis de l'Hospice général. Son état de santé ne lui avait permis que de reprendre par la suite un travail à raison de deux heures par jour. Si C______ payait un certain nombre de factures, il ne payait pas ses primes d'assurance-maladie, ni celles de sa fille. Il n'achetait pas non plus de vêtements à celle-ci, ni même pour leur fils. Elle avait dû se résoudre à demander de l'aide à l'assistante sociale de l'école de ce dernier pour lui en procurer. Elle était bien l'auteur du courrier, non daté, produit par C______ (cf. infra let. B.III.d.b.), dans lequel elle évoquait un autre accident que celui de 2017. Elle
- 29/68 - P/2441/2020 s'était bloquée le dos en soulevant un frigidaire alors qu'elle travaillait comme domestique pour une famille. Elle a été confuse quant à la date de cet événement. Après les révélations de sa fille en avril 2019, elle avait été extrêmement fragilisée psychologiquement et avait cherché de l'aide auprès de son médecin traitant, de sa psychiatre et de [l’Association] AL______. Ses difficultés financières l'avaient contrainte à interrompre les suivis. Éprouvée par les maltraitances psychologiques et financières de C______, ainsi que par les violences physiques subies, couplées par la culpabilité qu'elle ressentait suite aux révélations de sa fille, elle avait fait un tentamen en juin 2021. Elle avait été suivie par AL______ jusqu'en 2022 – thérapie qu'elle avait reprise en juin 2025 –, puis au CAPPI jusqu'en mai 2023. Des antidépresseurs ainsi que des somnifères lui avaient été prescrits. a.b. À l'appui de sa plainte, E______ a produit notamment deux documents médicaux établis le 14 septembre 2019, jour des faits : - le constat médical des urgences des HUG, duquel il ressort que la patiente, admise ce jour-là dans le service, avait décrit avoir demandé de l'aide à son compagnon pour nourrir leur fils, handicapé à cette époque, mais le concerné se serait énervé et aurait été violent verbalement (insultes et menaces), puis lui aurait asséné des coups de poing sur l'ensemble du corps (tête, nuque, membres supérieurs et inférieurs) ainsi que des coups de pied, sans chaussure. Elle se serait recroquevillée contre une porte en se protégeant, jusqu'à ce que leur fils intervienne. L'examen physique avait mis en évidence des contractures musculaires des trapèzes et des muscles cervicaux paravertébraux, des hématomes multiples récents sur les bras, les avant-bras et la face antérieure des jambes ainsi qu'une contusion et une tuméfaction de l'articulation interphalangienne proximale du majeur gauche. Un traitement antidouleur lui a été prescrit. Les photos des lésions constatées par les médecins figurent à la procédure ; - le rapport d'intervention psychiatrique d'urgence des HUG du même jour, faisant état de ce que E______ s'était présentée au Service des Urgences pour un constat de coups et avait demandé à voir un psychiatre. Elle avait expliqué être victime de maltraitances psychologiques de la part de son compagnon, ayant notamment appris, un an auparavant, que celui-ci voyait d'autres femmes. Ce dernier vivrait à ses dépens, sans travail. Son statut psychiatrique ne mentionne pas de particularité. b. Etat psychiatrique de E______ b.a. E______ a déposé divers documents médicaux durant la procédure faisant état de son état psychique fragile, soit en particulier : - les attestations établies par AM______, intervenante psychosociale auprès de [l’Association] AL______, les 9 avril 2021 et 3 juin 2025 : E______, qui a été suivie
- 30/68 - P/2441/2020 du 28 mai 2019 au 14 avril 2022, puis à partir du 16 mai 2025, a relaté des violences physiques, psychologiques et économiques de la part de son compagnon. La situation s'était péjorée depuis qu'elle ne travaillait plus, à la suite d’un accident survenu en 2017. Son compagnon avait alors eu des comportements violents. Elle avait indiqué ne pas avoir de quoi vivre, hormis de la nourriture, et que son compagnon s'absentait régulièrement en Espagne, la laissant, elle et les enfants, dans le dénuement, menaçant sans cesse de les abandonner. Elle s'était également confiée à AN______, conseiller social au cycle d'orientation de son fils (CO AX______), sur ses difficultés, lequel avait pris contact avec AL______ à ce sujet. En avril 2019, elle avait appris que son compagnon avait abusé de sa fille à plusieurs reprises lorsqu'ils vivaient en Espagne. Celui-ci lui donnait des somnifères pour mieux dormir. Elle avait confronté C______ à ce sujet, lequel l'avait menacée de lui faire tout perdre, car il avait de l'argent pour payer un bon avocat. Le travail entrepris au sein de l'association avait été dirigé vers l'accompagnement de sa fille dans la dénonciation des abus subis. Elle avait sollicité un suivi psychothérapeutique, avec médication, car elle présentait des signes d'une grande détresse, accompagnés de troubles de l'anxiété, de mémoire et du sommeil. Une assistance sociale et administrative avait également été mise en place afin d'apaiser ses angoisses liées aux factures auxquelles elle devait faire face. Elle avait exprimé une profonde détresse et tristesse accompagnée d'une énorme culpabilité, liée au fait de ne pas avoir su protéger sa fille des abus subis ; - l'attestation médicale du 3 juin 2021 ainsi que le rapport d'évaluation des urgences psychiatrique des HUG : E______, qui a consulté le service le 31 mai 2021 consécutivement à un abus médicamenteux à but suicidaire, retenait, comme élément déclencheur, le fait que sa fille de 22 ans aurait changé de ton avec elle. Elle aurait souhaité que celle-ci exprime sa colère à son encontre, à la suite des abus subis. Au niveau de l'affect et de l'humeur, elle présentait des ruminations autour de plusieurs problématiques, anciennes comme récentes (attouchements de son ex-mari sur sa fille, chômage, décès de son père), une notion d'injustice en lien avec le système judiciaire suisse, ainsi qu'une culpabilité par rapport à sa fille. Des idées noires étaient présentes depuis la mort de son père. Selon la fille de la patiente, elles avaient eu une discussion le matin même et sa mère aurait mal interprété ses propos. Le facteur déclencheur aurait été, selon sa fille, la perte de son emploi le 18 mai 2021, débuté le mois d'avant, la concernée ayant subi du harcèlement de la part de son chef d'équipe. Elle a été hospitalisée du 31 mai au 3 juin 2021 ; - le rapport établi le 16 décembre 2021 par la Dresse Z______ : E______ a été vue à cinq reprises à G______ entre le 2 mai 2019 et le 16 octobre 2019, initialement pour des problèmes physiques, nécessitant une consultation orthopédique, puis psychologiques en raison des épisodes d'agressivité de la part de son compagnon, lorsqu'ils vivaient encore ensemble ; - les attestations établies par la Dresse AO______, psychiatre au sein des HUG, le 16 mai 2022, et par le Dr AP______, médecin adjoint, le 4 juin 2025 : E______ a été
- 31/68 - P/2441/2020 suivie au Centre Ambulatoire de Psychiatrie et Psychothérapie Intégrée (CAPPI) dès le 6 janvier 2021 pour un épisode dépressif sans symptômes psychotiques. Le suivi a été interrompu en mars 2021, en raison de difficultés financières, et a repris en mai 2021, à la suite d'un tentamen, jusqu'au 16 mai 2023. Les facteurs de crises étaient des difficultés sur le plan familial et une précarité socio-économique ; - l'attestation établie par la Dresse AQ______ le 7 juin 2022 : E______ a été suivie du 15 mai 2019 au 17 mars 2021 au Centre médical AR______ pour une dépression, déclenchée par des violences conjugales de la part de son compagnon dans un contexte d'abus sexuels envers sa fille. c. Témoignages c.a. O______ a expliqué avoir déjà entendu des disputes entre ses parents et s'être rendu compte de leur existence depuis qu'ils vivaient à Genève. Il y en avait presque quotidiennement, notamment parce que sa mère reprochait à son père de ne pas chercher du travail. Son père parlait de maltraitances, car c'était généralement sa mère qui commençait les différends, en répétant qu'il devait aller chercher un emploi. Cela débutait toujours à cause de cela. Peu de temps avant le départ de son père du domicile, il y avait eu une forte dispute. Sa mère avait un peu "cherché la bagarre avec des coups de poing", sans toutefois vouloir le frapper. Malgré tout, son père avait donné des coups de poing et cela avait ensuite été réciproque. Il avait essayé de les séparer. c.b. AC______ a indiqué que C______ lui avait raconté qu'à une reprise, alors que E______ allait lui donner un coup, il lui avait pris les mains et sa compagne était tombée par terre. Son fils était présent. E______, qui venait souvent chercher C______ au travail, n'était pas agréable, semblait fâchée et ne disait pas bonjour. Celle-ci était jalouse et elle avait remarqué qu'elle l'avait espionnée à une reprise. C______ avait quitté le domicile familial, alors que E______ était en voyage en Equateur et après être allé voir une assistante sociale. d. Déclarations de C______ d.a. C______ a contesté les faits relatés par E______, tout en admettant néanmoins l'existence d'une dispute dans la cuisine. Il était en train de préparer le repas pour leur fils, sur demande de sa compagne, mais celle-ci lui avait demandé de payer toutes les factures, raison pour laquelle une altercation avait éclaté. En appel, il a concédé ne pas avoir préparé le repas de leur fils ce jour-là, tout en précisant que cette tâche incombait aux deux parents. Sa compagne, qui venait de rentrer, était devenue "enragée" pour cette raison et l'avait immédiatement
- 32/68 - P/2441/2020 agressé. Son fils était intervenu. Lors de l'altercation, il ne l'avait pas frappée, ni malmenée, n'ayant eu aucun échange de coups avec elle. Il s'était uniquement défendu, en la saisissant par les avant-bras, au niveau des poignets et des bras pour éviter les coups de poing qu'elle lui donnait. Alors même qu'il lui maintenait les bras, elle continuait à le frapper, en lui donnant des coups de poing et de pied. Il lui avait possiblement causé des hématomes aux bras à cette occasion, étant relevé que l'hématome à l'une de ses jambes avait pu se produire lorsqu'elle lui portait des coups avec les siennes, lesquels avaient atteint ses genoux. Il avait en effet levé ses genoux pour l'empêcher de lui porter des coups de pied. Il a été fluctuant quant à savoir quelle partie de son corps avait été touchée par ces frappes, évoquant ses genoux au TCO, puis son pied en appel. Il payait tous les frais du ménage, hormis les primes d'assurance-maladie de sa compagne et de la fille de celle-ci. Elle lui avait également dit que, s'il ne payait pas, elle allait le tuer. Il n'avait ni cru ni été effrayé par ces menaces. De manière générale, E______ le frappait régulièrement pour des raisons financières, ce que son fil