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Bundesverwaltungsgericht 29.08.2011 E-7776/2010

August 29, 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·2,354 words·~12 min·1

Summary

Renvoi et exécution du renvoi (recours réexamen) | Exécution du renvoi ( recours contre une décision en matière de réexamen) ; décision de l ODM du 30 septembre 2010

Full text

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour V E­7776/2010 Arrêt   d u   2 9   a oû t   2011 Composition Emilia Antonioni (présidente du collège),  Gérald Bovier, Christa Luterbacher, juges, Céline Longchamp, greffière. Parties A._______, né le (…), Russie,   représenté par  Florence Rouiller, ARF Conseils juridiques Sàrl, recourant,  contre Office fédéral des migrations (ODM),  Quellenweg 6, 3003 Berne,    autorité inférieure.  Objet Exécution du renvoi ( recours contre une décision en matière  de réexamen) ; décision de l'ODM du 30 septembre 2010 /  N (…).

E­7776/2010 Page 2 Faits : A.  A.a Le 27 juin 2002, l'intéressé a déposé une demande d’asile en Suisse.  Il  a  exposé  être  un  ressortissant  russe,  d'ethnie  russe  et  de  religion  orthodoxe, originaire de la République de Kabardino­Balkarie. A.b Par décision du 22 janvier 2003,  l’ancien Office fédéral des réfugiés  (ODR, actuellement ODM) a  rejeté  la demande d’asile de  l’intéressé au  motif que ses déclarations n'étaient pas pertinentes au sens de l'art. 3 de  la  loi  du  26 juin  1998  sur  l’asile  (LAsi,  RS  142.31),  et  précisant  qu'il  pouvait  s'établir  dans  une  autre  région  de  Russie.  L'office  fédéral  a  également prononcé  le  renvoi  de Suisse et  l’exécution de cette mesure  qu'il a jugée licite, raisonnablement exigible et possible. A.c L'intéressé  n'a  pas  recouru  contre  cette  décision  qui  est  entrée  en  force de chose jugée. B.  B.a  Le  24  octobre  2007,  l'intéressé  a  adressé  une  demande  de  reconsidération  à  l'ODM.  Il  a  argué  que  la  dégradation  de  son  état  de  santé rendait l'exécution de son renvoi inexigible dans la mesure où il ne  pouvait avoir un accès effectif en Russie aux soins dont il avait besoin. Il  a mis  en  évidence  la  situation  générale  dans  sa  république  d'origine  et  l'absence d'un quelconque réseau familial. Selon le rapport médical du 10  septembre  2007  produit,  l'intéressé  souffre  d'un  syndrome  de  dépendance  à  l'alcool  et  au  tabac,  d'un  probable  état  de  stress  post­ traumatique  et  d'une  hépatite  C  chronique  nécessitant  la  prise  de  médicaments et un encadrement institutionnel. B.b Par décision incidente du 6 novembre 2007, l'ODM a considéré que  dite requête était d'emblée vouée à l'échec, l'intéressé pouvant être suivi  en  Russie  où  existaient  des  infrastructures  médicales  susceptibles  de  dispenser  un  traitement  adéquat.  L'office  fédéral  a,  dès  lors,  requis  de  l'intéressé le versement d'une avance de frais. B.c  Par  courrier  du  15  novembre  2007,  l'intéressé  a  contesté  l'appréciation faite par l'ODM et ne s'est pas acquitté de l'avance de frais  requise.

E­7776/2010 Page 3 B.d Par décision du 17 janvier 2008, l'ODM n'est pas entré en matière sur  la demande de reconsidération, faute de paiement de l'avance de frais. Il  a  rappelé  que  les  centres  urbains  de  Russie  disposaient  effectivement  des  infrastructures  médicales  permettant  de  prodiguer  à  l'intéressé  les  soins  nécessaires  et  que  le  principe  constitutionnel  de  la  gratuité  des  soins médicaux en garantissait l'accès. C.  L'intéressé  a  fait  parvenir  à  l'ODM  un  rapport  médical  établi  le  5  juillet  2010, qui a été classé au dossier sans suite, faute de requête particulière  l'accompagnant. D.  Le  22  septembre  2010,  l'intéressé  a  formulé  une  nouvelle  demande  de  reconsidération, concluant au prononcé d'une admission provisoire au vu  du  caractère  inexigible de  l'exécution de  son  renvoi. Vivant  depuis  trois  ans  en  institution,  il  a  soutenu  qu'un  renvoi  dans  son  pays  d'origine  conduirait  à  une  aggravation  de  son  état  de  santé  et  comporterait  des  risques importants pour sa vie. Le requérant a produit le rapport médical  du 5 juillet 2010 duquel il ressort qu'il souffre de dépendance à l'alcool, de  dysthymie  et  d'une  personnalité  émotionnellement  labile,  de  type  impulsive,  nécessitant  un  suivi  médicamenteux  (psychotrope  […],  Antabus) et psychiatrique ainsi qu'un encadrement pour maintenir un état  d'abstinence. Le requérant a également déposé un rapport alcoolémique,  daté du 8  juillet 2010, établi par  l'institution dans  laquelle  il vit. Selon ce  rapport, l'intéressé, admis en institution le 2 mai 2007, a fait une rechute  durant  l'été  2009,  caractérisée  par  des  consommations  d'alcool  fréquentes et  importantes, ayant engendré des comportements violents.  Une  hospitalisation  a  été  nécessaire  pour  effectuer  un  sevrage,  l'introduction  du  médicament  Antabus  ayant  permis  un  retour  à  l'abstinence. Une courte période sans Antabus, en  février 2010, a vu  la  réapparition des consommations d'alcool et des comportements violents.  L'encadrement  dans  une  institution  ainsi  que  la  prise  de  médicaments  sont  indispensables  au maintien  de  son  abstinence  à  l'alcool  et  de  son  état de santé. Ledit  rapport précise encore qu'en cas de  renvoi et  sans  ces  sécurités,  l'intéressé  serait  livré  à  lui­même,  reprenant  ainsi  ses  habitudes  de  consommations  et  ses  comportements  auto­  et  hétéro­ agressifs. E.  Par  décision  du  30  septembre  2010,  l'ODM  a  rejeté  cette  nouvelle  requête,  considérant  que  la  dépendance  de  l'intéressé  à  l'alcool  ne 

E­7776/2010 Page 4 constituait pas un élément nouveau et que tant ses problèmes liés à cette  dépendance que ses  troubles psychiques pouvaient être pris en charge  en Russie. F.  Par courrier du 21 octobre 2010,  l'intéressé a requis auprès du Tribunal  administratif fédéral (ci­après : le Tribunal) une prolongation du délai pour  déposer un recours. G.  Par courrier du 25 octobre 2010, le président de la Cour V du Tribunal a  informé l'intéressé que ce délai n'était pas prolongeable. H.  Dans  son  recours  interjeté  le  3  novembre  2010  contre  dite  décision  auprès  du  Tribunal,  l'intéressé  a  conclu  à  l'annulation  de  la  décision  attaquée,  à  la  reconnaissance  du  caractère  illicite  et  inexigible  de  l'exécution  de  son  renvoi  ainsi  qu'au  prononcé  d'une  admission  provisoire.  Se  basant  sur  les  deux  documents  médicaux  produits  en  procédure  ordinaire,  il  a  rappelé  la  nécessité  d'un  suivi médical  et  d'un  encadrement  de  vie,  sans  lesquels  il  reprendrait  sa  consommation  d'alcool et ses comportement violents. Il a souligné que sans traitement,  le pronostic était très mauvais. Contestant l'argumentation de l'ODM, il a  affirmé qu'aucune institution offrant une prise en charge pluridisciplinaire  n'existait dans sa  région d'origine,  la République de Kabardino­Balkarie,  et  que  l'exécution  de  son  renvoi  conduirait  à  une  détérioration  grave  et  rapide de son état de santé  (actes auto­ et hétéro­agressifs).  Il a ajouté  que  sa  santé  psychique  ne  lui  permettait  pas  de  faire  face  à  des  situations de stress et de tensions telles qu'une expulsion dans son pays  d'origine. Il a requis l'octroi de mesures provisionnelles, le recours n'étant  pas  dénué  de  chances  de  succès.  L'intéressé  a  produit  une  copie  du  rapport médical  du 5  juillet  2010 et  du  rapport  alcoolémique du 8  juillet  suivant,  un  certificat  médical  du  7  octobre  2010  diagnostiquant  une  dépendance  à  l'alcool,  une  dysthymie,  une  personnalité  émotionnellement  labile  et  une  hépatite  C  ainsi  qu'un  échange  de  courriels  avec  un  pharmacien  de  "Médecins  sans  frontières"  précisant  que cette organisation ne dispose d'aucune  information sur  les services  de  santé ou  les possibilités  de  traitement  en République de Kabardino­ Balkarie.

E­7776/2010 Page 5 I.  Par  ordonnance  du  9  novembre  2010,  le  juge  instructeur  du Tribunal  a  accusé  réception  du  recours  et  accordé  des  mesures  super­ provisionnelles. J.  Par  décision  incidente  du  24  novembre  2010,  le  juge  instructeur  du  Tribunal  a  suspendu  l'exécution  du  renvoi  par  le  biais  de  mesures  provisionnelles et invité le recourant à s'acquitter de l'avance en garantie  des frais présumés de la procédure. K.  Par  courrier  du  1er  décembre  2010,  le  recourant  a  fait  parvenir  au  Tribunal  une  attestation  d'indigence,  datée  du même  jour,  et  sollicité  la  dispense de l'avance des frais. L.  Par  ordonnance du 3  décembre 2010,  le  juge  instructeur  a  dispensé  le  recourant du paiement d'une avance en garantie des frais présumés de la  procédure,  annulant  les  chiffres  3  et  4  du  dispositif  de  la  décision  incidente du 23 novembre 2010. M.  Il  ressort  de  différentes  ordonnances  pénales  que  l'intéressé  a  été  condamné à : – trois  jours  d'arrêts  avec  sursis  pendant  un an pour  vol  d'importance  mineure, le 14 mars 2003 ; – cinquante  jours  d'emprisonnement  pour  vol  d'importance  mineure,  dommages à la propriété et violation de domicile, le 29 janvier 2004 ;  le sursis accordé le 14 mars 2003 a été révoqué ; – cinq  jours  d'emprisonnement  pour  vols  d'importance  mineure  et  dommages à la propriété, le 12 août 2004 ;  L'intéressé a été détenu du 14 juillet au 7 décembre 2005. Il a ensuite été  condamné à : – vingt jours d'emprisonnement pour infraction à l'ancienne Loi fédérale  sur  le séjour et  l'établissement des étrangers (aLSEE),  le 10 octobre  2005, suite à ses violations répétées de l'interdiction de pénétrer dans  la région de Lausanne ;

E­7776/2010 Page 6 – quarante­cinq jours d'emprisonnement pour vol d'importance mineure  et infraction à l'aLSEE, le 10 avril 2006 ; – trois mois d'emprisonnement sous déduction de huitante­six  jours de  détention préventive pour violation de domicile et infraction à l'aLSEE,  le 31 août 2006 ; L'intéressé a purgé ses peines du 8 juin au 20 octobre 2006. Il a encore  été condamné à : – un mois d'emprisonnement pour  infraction à  l'aLSEE,  le 6 décembre  2006,  ainsi  qu'à  trente  jours  de  peine  privative  de  liberté  pour  le  même motif, le 10 avril 2007 ;  – plusieurs peines pécuniaires et amendes impayées ont été converties  en cinq jours de peine privative de liberté de substitution, le 25 février  2008 ; Le recourant a été détenu du 26 février au 27 mars 2008. Par  jugement  du  Tribunal  correctionnel  du  2  mars  2010,  l'intéressé  a  été  libéré  des  chefs d'accusation de viol, actes d'ordre sexuel commis sur une personne  incapable de discernement, de résistance et abus de détresse. N.  Les autres faits et arguments de la cause seront évoqués, si nécessaire,  dans les considérants qui suivent. Droit : 1.  1.1.  Le  Tribunal,  en  vertu  de  l’art.  31  de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF,  RS  173.32),  connaît  des  recours  contre les décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre  1968  sur  la  procédure  administrative  (PA,  RS  172.021)  prises  par  les  autorités  mentionnées  à  l’art.  33  LTAF.  En  particulier,  les  décisions  rendues par l’ODM concernant l’asile peuvent être contestées, par renvoi  de  l’art.  105 LAsi,  devant  le Tribunal,  lequel  statue alors  définitivement,  sauf demande d'extradition déposée par  l'Etat dont  le requérant cherche  à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal  fédéral [LTF, RS 173.110]).

E­7776/2010 Page 7 1.2. Le  recourant  a qualité pour  recourir. Présenté dans  la  forme et  les  délais  prescrits  par  la  loi,  le  recours  est  recevable  (art. 48  et  52  PA  et  108 al. 1 LAsi). 1.3. Selon l'art. 111a al. 1 LAsi, il est renoncé à un échange d’écritures. 2.  2.1.  La  demande  de  réexamen  (aussi  appelée  demande  de  nouvel  examen  ou  de  reconsidération)  –  définie  comme  une  requête  non  soumise à des exigences de délai ou de forme, adressée à une autorité  administrative  en  vue  de  la  reconsidération  d'une  décision  qu'elle  a  rendue et qui est entrée en force – n'est pas expressément prévue par la  PA. La jurisprudence et la doctrine l'ont cependant déduite de l'art. 66 PA,  qui prévoit  le droit de demander  la révision des décisions, et de  l'art. 29  al. 2 Cst.. L'autorité administrative n'est toutefois tenue de s'en saisir qu'à  certaines conditions. Tel est le cas, selon la jurisprudence et la doctrine,  lorsque  le  requérant  invoque  l'un des motifs de révision prévus par  l'art.  66 PA,  en  particulier  des  faits  nouveaux  importants  ou  des moyens  de  preuves nouveaux qui n'avaient pas pu être invoqués dans la procédure  ordinaire  (« demande  de  réexamen  qualifiée »),  ou  lorsque  les  circonstances (de fait voire de droit) se sont modifiées dans une mesure  notable  depuis  le  prononcé  de  la  décision  matérielle  mettant  fin  à  la  procédure ordinaire. Dans ces hypothèses, la demande de réexamen doit  être  considérée  comme  un moyen  de  droit  extraordinaire  (cf.  Arrêts  du  Tribunal  fédéral  [ATF]  127  I  133  consid.  6,  ATF  124  II  1  consid.  3a  et  ATF 120 Ib  42  consid.  2b  ;  Jurisprudence  et  informations  de  la  Commission  suisse  de  recours  en  matière  d’asile  [JICRA]  2006  n°  20  consid. 2.1 p. 213, JICRA 2003 n°17 p. 101ss, JICRA 2003 n° 7 consid. 1  p. 42s., JICRA 1995 n° 21 consid. 1b p. 203s., JICRA 1995 n° 14 consid.  5 p. 129s., JICRA 1993 n° 25 consid. 3 p. 178s., et jurisp. citée ; ULRICH  HÄFELIN  /  GEORG  MÜLLER  /  FELIX  UHLMANN,  ALLGEMEINES  VERWALTUNGSRECHT,  5ème  éd.,  Zurich  2006,  n.  1833,  p. 392  ;  KARIN  SCHERRER, in Praxiskommentar VwVG, Zurich Bâle Genève 2009, n. 16s.  ad  art.  66  PA,  p.  1303s.  ;  ALFRED  KÖLZ  /  ISABELLE  HÄNER,  Verwaltungsverfahren und Verwaltungsrechts­pflege des Bundes, Zurich  1998, p. 156ss ; et réf. cit.). 2.2.  Fondée  sur  la  modification  des  circonstances,  une  demande  de  réexamen  tend  à  faire  adapter  par  l'autorité  de  première  instance  sa  décision  parce  que,  depuis  son  prononcé,  s'est  créée  une  situation  nouvelle dans les faits ou sur  le plan juridique (une modification du droit 

E­7776/2010 Page 8 objectif,  respectivement un changement de  législation) qui constitue une  modification  notable  des  circonstances  (cf.  Arrêts  du  Tribunal  administratif  fédéral  [ATAF]  2010/27  consid.  2.1  p.  367s  ;  JICRA  1995  n°21  consid.  1b  p.  203  ss  et  réf.  cit.  ;  ATF  109  Ib  253  et  jurisp.  cit.  ;  cf. également ULRICH HÄFELIN  / GEORG MÜLLER  / FELIX UHLMANN, op. cit.,  n. 1833, p. 392  ; ALFRED KÖLZ  /  ISABELLE HÄNER, op.  cit.,  p. 160  ; RENÉ  RHINOW  /  HEINRICH  KOLLER  /  CHRISTINA  KISS­PETER,  Öffentliches  Prozessrecht  und Grundzüge  des  Justizverfassungsrechts  des  Bundes,  Bâle/Francfort­sur­le­Main 1994, p. 12 ss). 2.3.  Une  demande  de  nouvel  examen  ne  saurait  servir  à  remettre  continuellement  en  question  des  décisions  administratives.  En  conséquence et par analogie avec l'art. 66 al. 3 PA, il y a lieu d'exclure le  réexamen d'une décision de première instance entrée en force, lorsque le  requérant  le  sollicite  en  se  fondant  sur  des  moyens  qu'il  aurait  pu  invoquer par  la voie de recours contre cette décision au fond (cf. JICRA  2003 n° 17 consid. 2, p. 103­104). 3.  En l'espèce, produisant des éléments de preuve sous forme de rapports  médicaux,  le  recourant  remet  en  cause  le  caractère  licite  et  raisonnablement exigible de l'exécution de son renvoi. Le rapport médical  du 5 juillet 2010, le rapport alcoolémique du 8 juillet suivant et le certificat  médical du 7 octobre 2010 sont des documents postérieurs à  la clôture  de  la  procédure  ordinaire,  de  sorte  qu'il  s'agit  de  moyens  de  preuve  nouveaux tendant à attester l'aggravation de l'état de santé de l'intéressé  (modification notable des circonstances). Ces documents sont donc des  moyens de réexamen dont l'ODM s'est saisi à juste titre. Il s'agit, dès lors,  d'examiner  si  ces  documents  peuvent  mener  à  une  appréciation  différente de celle effectuée en procédure ordinaire, à savoir si  l'état de  santé actuel de l'intéressé peut conduire à considérer l'exécution de son  renvoi en Russie comme illicite ou inexigible. 4.  L'exécution  du  renvoi  est  ordonnée  si  elle  est  licite,  raisonnablement  exigible et possible  (cf. art. 44 al. 2 LAsi). Si ces conditions ne sont pas  réunies, l'admission provisoire doit être prononcée. Celle­ci est réglée par  l'art. 83 de  la  loi  fédérale sur  les étrangers du 16 décembre 2005 (LEtr,  RS 142.20), entrée en vigueur  le 1er  janvier 2008.  In casu,  l'examen du  Tribunal  portera  tout  d'abord  sur  la  licéité  de  l'exécution  du  renvoi  du  recourant  en  Russie  puis  sur  le  caractère  raisonnablement  exigible  de  cette mesure. http://links.weblaw.ch/BVGE-2010/27 http://links.weblaw.ch/BVGE-2010/27 http://links.weblaw.ch/BVGE-2010/27

E­7776/2010 Page 9 5.  5.1. L'exécution du renvoi est  illicite  lorsque  le  renvoi de  l'étranger dans  son Etat d'origine, dans son Etat de provenance ou dans un Etat tiers est  contraire  aux  engagements  de  la  Suisse  relevant  du  droit  international  (cf. art. 83  al.  3  LEtr).  Selon  le  principe  de  non­refoulement,  aucune  personne ne peut être contrainte, de quelque manière que ce soit, à se  rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa liberté serait  menacée pour  l'un des motifs mentionnés à  l'art. 3 al. 1 LAsi, ou encore  d'où elle risquerait d'être astreinte à se rendre dans un tel pays (cf. art. 5  al. 1 LAsi, qui reprend le principe de non­refoulement énoncé par l'art. 33  par.  de  la  Convention  du  28  juillet  1951  relative  au  statut  des  réfugiés  [Conv., RS 0.142.30]). Par ailleurs, nul ne peut être soumis à la torture ni  à  des  peines  ou  traitements  inhumains  ou  dégradants  (cf.  art. 3  de  la  Convention du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l'homme et  des  libertés fondamentales [CEDH, RS 0.101] et art. 3 de  la Convention  du  10 décembre  1984  contre  la  torture  et  autres  peines  ou  traitements  cruels,  inhumains  ou  dégradants  [Conv. torture, RS 0.105]).  Ainsi,  l'exécution du renvoi de l'étranger pouvant démontrer qu'il serait exposé à  de tels traitements s'avère illicite (cf. Message du Conseil fédéral à l'appui  d'un  arrêté fédéral  sur  la  procédure  d'asile  [APA],  du  25 avril  1990,  in  :  FF 1990 II 624). 5.2. En l'occurrence, le recourant ne peut se prévaloir du principe de non­ refoulement dans la mesure où il ne s'est pas vu reconnaître la qualité de  réfugié, point qu'il n'a d'ailleurs pas contesté. 5.3. En ce qui concerne les autres engagements de la Suisse relevant du  droit international, il sied d'examiner particulièrement si l'art. 3 CEDH, qui  interdit la torture, les peines ou traitements inhumains, trouve application  dans le présent cas d'espèce. 5.3.1. Si  l'interdiction de  la  torture,  des peines et  traitements  inhumains  ou  dégradants  s'applique  indépendamment  de  la  reconnaissance  de  la  qualité  de  réfugié,  cela  ne  signifie  pas  encore  qu'un  renvoi  ou  une  extradition serait prohibée par le seul fait que dans le pays concerné des  violations  de  l'art. 3  CEDH  devraient  être  constatées.  Une  simple  possibilité  de  subir  des  mauvais  traitements  ne  suffit  pas.  Il  faut,  au  contraire,  que  la  personne  qui  invoque  cette  disposition  démontre  à  satisfaction qu'il existe pour elle un véritable risque concret et sérieux, au­ delà  de  tout  doute  raisonnable,  d'être  victime  de  tortures,  ou  de  traitements inhumains ou dégradants en cas de renvoi dans son pays. Il  http://links.weblaw.ch/BBl-1990-II-624 http://links.weblaw.ch/BBl-1990-II-624 http://links.weblaw.ch/BBl-1990-II-624 http://links.weblaw.ch/BBl-1990-II-624 http://links.weblaw.ch/BBl-1990-II-624 http://links.weblaw.ch/BBl-1990-II-624 http://links.weblaw.ch/BBl-1990-II-624

E­7776/2010 Page 10 en  ressort  qu'une  situation  de  guerre,  de  guerre  civile,  de  troubles  intérieurs  graves  ou  de  tension  grave  accompagnée  de  violations  des droits  de  l'homme  ne  suffit  pas  à  justifier  la  mise  en  oeuvre  de  la  protection issue de l'art. 3 CEDH, tant que la personne concernée ne peut  rendre hautement probable qu'elle serait visée personnellement ­ et non  pas  simplement  du  fait  d'un  hasard  malheureux  ­  par  des  mesures  incompatibles avec la disposition en question (cf. notamment JICRA 2005  n°4 consid. 6.2 p. 40, JICRA 2004 n°6 consid. 7a p. 40  ;  cf. également  arrêts  de  la  Cour  européenne  des  Droits  de  l'Homme  [CourEDH]  en  l'affaire  F. H.  c/  Suède  du  20  janvier  2009,  requête  n°  32621/06,  et  en  l'affaire Saadi c/ Italie du 28 février 2008, requête n° 37201/06, par. 124 à  127, et réf. cit.). 5.3.2.  En  l'espèce,  l'intéressé  n'a  pas  établi,  ni  d'ailleurs  allégué,  l'existence  d'un  risque  d'être  soumis  en  cas  de  renvoi  à  un  traitement  prohibé par l'art. 3 CEDH ou par l'art. 3 Conv. torture (cf. Jurisprudence et  informations  de  la  Commission  suisse  de  recours  en  matière  d'asile  [JICRA]  1996  n°18  consid.  14b/ee  p.  186s.)  en  raison  de  sérieux  préjudices de la part des autorités russes ou de tierces personnes.  5.3.3. Quant à l'état de santé du recourant, il faut admettre qu'il n'est pas  d'une  gravité  telle  que  l'exécution  du  renvoi  puisse  être  considérée  comme illicite au sens de l'art. 3 CEDH. Il ressort, en effet, de l'arrêt de la  CourEDH du 27 mai 2008, N. c. Royaume­Uni, publié sous n° 26565/05  et  confirmant  sa  pratique,  que  l'art.  3  CEDH  ne  peut  faire  obstacle  au  refoulement,  s'agissant  d'une  personne  touchée  dans  sa  santé,  que  si  elle  se  trouve  dans  un  stade  de  sa  maladie  avancé  et  terminal,  sans  possibilité  de  soins  et  de  soutien  en  cas  de  retour  dans  son  pays,  au  point que sa mort apparaît comme une perspective proche. Or,  tel n'est  pas  le  cas,  en  l'occurrence,  du  recourant  qui  pourra  avoir  accès,  selon  l'analyse  développée  ci­dessous  (cf.consid. 6),  en  Russie  à  un  encadrement adéquat et aux traitements nécessaires à ses problèmes de  santé  et  dont  la  mort  n'apparaît  manifestement  pas,  dans  ces  circonstances, comme une perspective proche. L'existence d'un standard  de  soins  plus  élevé  en  Suisse  qu'à  l'étranger  et,  partant,  le  fait  qu'en  Russie  l'intéressé  puisse  se  trouver  dans  une  situation moins  favorable  que  celle  dont  il  jouit  actuellement  en  Suisse  ne  sont  pas  non  plus  déterminants du point de vue de l'art. 3 CEDH (cf. arrêt de la: CourEDH  susmentionné par. 29 à 45). 5.4. En outre, selon la jurisprudence de la CourEDH toujours, l'existence  d'un  risque  de  comportement  auto­agressif  de  la  personne  dont  http://links.weblaw.ch/EMARK-2005/4 http://links.weblaw.ch/EMARK-2005/4 http://links.weblaw.ch/EMARK-2005/4 http://links.weblaw.ch/EMARK-2005/4 http://links.weblaw.ch/EMARK-2005/4 http://links.weblaw.ch/EMARK-2004/6 http://links.weblaw.ch/EMARK-2004/6 http://links.weblaw.ch/EMARK-2004/6 http://links.weblaw.ch/EMARK-2004/6 http://links.weblaw.ch/EMARK-2004/6

E­7776/2010 Page 11 l'éloignement a été ordonné n'astreint pas  l'Etat  contractant à  s'abstenir  d'exécuter la mesure envisagée s'il prend des mesures concrètes pour en  prévenir la réalisation (cf. décision du 7 octobre 2004 de la CourEDH sur  la recevabilité en l'affaire Sanda Dragan et autres c. Allemagne, requête  no  33743/03,  consid.  2a  ;  JICRA 2005  n°  23  consid.  5.1  p.  212). Or,  il  ressort  des  documents  médicaux  produits  que  la  santé  psychique  de  l'intéressé ne lui permet pas de faire face à des situations de stress et de  tensions telles qu'une expulsion dans son pays d'origine, laquelle pourrait  entraîner des comportements auto­ ou hétéro­agressifs. Compte tenu de  ces  risques,  il  appartiendra  aux  autorités  chargées  de  l'exécution  du  renvoi  du  recourant  de  prévoir  un  accompagnement  par  une  personne  dotée  de  compétences  médicales  ou  par  toute  autre  personne  susceptible de  lui  apporter  un  soutien adéquat,  s'il  résulte d'un examen  médical  avant  le  départ  qu'un  tel  accompagnement  est  nécessaire  (cf. art. 92  LAsi  et  art.  58  al.  3  de  l'ordonnance  2  du  11  août  1999  sur  l'asile  relative  au  financement  [Ordonnance  2  sur  l'asile,  OA  2,  RS  142.312]). 5.5.  Dans  ces  conditions,  l'exécution  du  renvoi  du  recourant  ne  transgresse  aucun  engagement  de  la  Suisse  relevant  du  droit  international, de sorte qu'elle demeure licite (art. 44 al. 2 LAsi et 83 al. 3  LEtr). 6.  6.1. Selon  l'art. 83 al. 4 LEtr,  l'exécution de  la décision peut ne pas être  raisonnablement exigée si le renvoi ou l'expulsion de l'étranger dans son  pays  d'origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou  de  nécessité médicale. Cette  disposition  s'applique  en  premier  lieu  aux  "réfugiés  de  la  violence",  soit  aux  étrangers  qui  ne  remplissent  pas  les  conditions  de  la  qualité  de  réfugié  parce  qu'ils  ne  sont  pas  personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de  guerre civile ou de violence généralisée, et ensuite aux personnes pour  qui  un  retour  reviendrait  à  les  mettre  concrètement  en  danger,  notamment parce qu'elles ne pourraient plus recevoir les soins dont elles  ont  besoin.  L'autorité  à  qui  incombe  la  décision  doit  donc  dans  chaque  cas confronter  les aspects humanitaires  liés à  la situation dans  laquelle  se  trouverait  l'étranger  concerné  dans  son  pays  après  l'exécution  du  renvoi à  l'intérêt public militant en  faveur de son éloignement de Suisse  (cf. JICRA 1999 n° 28 p. 170 et jurisp. citée ; 1998 n° 22 p. 191). http://links.weblaw.ch/EMARK-2005/23 http://links.weblaw.ch/EMARK-2005/23 http://links.weblaw.ch/EMARK-2005/23 http://links.weblaw.ch/EMARK-2005/23 http://links.weblaw.ch/EMARK-2005/23 http://links.weblaw.ch/EMARK-2005/23 http://links.weblaw.ch/EMARK-2005/23

E­7776/2010 Page 12 6.2.  Le  Tribunal  observe,  tout  d'abord,  que  la  situation  sécuritaire  en  République de Kabardino­Balkarie s'est fortement dégradée depuis 2009.  La  question  de  savoir  si  cette  région  connaît  une  situation  de  violence  généralisée peut  néanmoins  rester  ouverte dans  la mesure où  l'ODM a  retenu  que  le  recourant,  encore  jeune  et  appartenant  à  l'ethnie  russe,  pouvait s'installer dans une autre région de  la Fédération de Russie. Ce  point n'a d'ailleurs été contesté ni en procédure ordinaire ni dans les deux  procédures  extraordinaires  introduites.  L'examen  porte  donc  sur  le  caractère raisonnablement exigible de l'exécution du renvoi du recourant  en Russie. Or, la Fédération de Russie ne connaît actuellement pas une  situation  de  guerre,  de  guerre  civile  ou  de  violence  généralisée  qui  permettrait  d’emblée  ­  et  indépendamment  des  circonstances  du  cas  d’espèce  ­  de  présumer,  à  propos  de  tous  les  ressortissants  du  pays,  l’existence d’une mise en danger concrète au sens de l’art. 83 al. 4 LEtr.  Il  reste  dès  lors  à  déterminer  si  le  retour  du  recourant  en  Russie  équivaudrait à le mettre concrètement en danger en raison de sa situation  personnelle. 6.3. S’agissant  spécifiquement  des personnes en  traitement médical  en  Suisse,  le  Tribunal  rappelle  que  l’exécution  du  renvoi  ne  devient  inexigible qu’à partir du moment où, en raison de l’absence de possibilités  de  traitement  dans  le  pays  d’origine,  l’état  de  santé  de  la  personne  concernée  se  dégraderait  très  rapidement,  au  point  de  conduire,  d’une  manière certaine, à la mise en danger concrète de l’intégrité physique ou  psychique (cf. JICRA 2003 n° 24 p. 158). En revanche, l’art. 83 al. 4 LEtr  ne  saurait  faire  échec  à  une  décision  de  renvoi  au  simple  motif  que  l’infrastructure hospitalière et  le savoir­faire médical prévalant en Suisse  correspondent à un standard élevé non accessible dans le pays d’origine  ou  le pays  tiers de  résidence. Ainsi,  il ne suffit pas en soi de constater,  pour  admettre  l'inexigibilité  de  l'exécution  du  renvoi,  qu'un  traitement  prescrit sur la base de normes suisses ne pourrait être poursuivi dans le  pays de l'étranger. Ce qui compte, en effet, c'est l'accès à des soins, cas  échéant  alternatifs,  qui,  tout  en  correspondant  aux  standards  du  pays  d'origine,  sont  adéquats  à  l'état  de  santé  de  l'intéressé,  fussent­ils  d'un  niveau de qualité, d'une efficacité de  terrain  (ou clinique) et d'une utilité  (pour  la  qualité  de  vie)  moindres  que  ceux  disponibles  en  Suisse;  en  particulier,  des  traitements  médicamenteux  (par  exemple  constitués  de  génériques) d'une génération plus ancienne et moins efficaces, peuvent,  selon  les  circonstances,  être  considérés  comme  adéquats.  Si  les  soins  essentiels nécessaires peuvent donc être assurés dans le pays d'origine  ou de provenance de l'étranger concerné, l'exécution du renvoi dans l'un  ou l'autre de ces pays sera raisonnablement exigible.

E­7776/2010 Page 13 6.4. En l'espèce, il ressort du rapport médical du 5 juillet 2010, du rapport  alcoolémique du 8 juillet 2010 et du certificat médical du 7 octobre 2010  que  l'intéressé  souffre  d'une  dépendance  à  l'alcool,  d'une  dysthymie,  d'une  personnalité  émotionnellement  labile,  de  type  impulsive,  et  d'une  hépatite  C  nécessitant  un  encadrement  psycho­social  (séjour  en  institution  depuis  le  2  mai  2007),  un  suivi  médical  et  une  médication  régulière (psychotrope et Antabus).  6.4.1. Il faut néanmoins considérer que l'état de santé de l'intéressé, bien  que  sérieux,  ne  constitue  pas  un  obstacle  à  l'exécution  de  son  renvoi.  Selon  les  informations  à  disposition  du  Tribunal,  le  traitement  des  dépendances, en particulier  liées à  l'alcool,  et des maladies psychiques  est, en effet, possible tant en Fédération de Russie qu'en République de  Kabardino­Balkarie.  Problème  de  société  important,  les  alcooliques  peuvent  être  suivis  de  manière  ambulatoire  ou  être  hospitalisés,  gratuitement, dans des cliniques gouvernementales ou des  "Dispanser".  Ces  unités,  existant  dans  les  grands  centres  régionaux  et  inscrites  au  budget  de  l'Etat,  se  concentrent  spécifiquement  sur  le  traitement  des  dépendances. Des cliniques et institutions privées sont aussi spécialisées  dans  le  traitement  des  dépendances,  respectivement  des  cures  de  réhabilitation,  de  même  que  dans  les  traitements  psychiatriques.  En  outre, les frais occasionnés par les soins prodigués dans les "Dispanser"  sont  pris  en  charge  par  l'assurance  maladie  obligatoire.  La  loi  sur  la  citoyenneté  russe  donne  le  droit  à  chaque  individu  de  conclure  l'assurance maladie de son choix. De plus, depuis le mois de janvier 2011  est entrée en vigueur une nouvelle loi sur l'assurance maladie obligatoire  disposant que les bénéficiaires de toutes les polices d'assurance peuvent  recevoir  des  soins  médicaux  dans  chaque  ville  du  pays.  S'il  existe  en  Russie  des  groupes  de  personnes  pouvant  recevoir  des  médicaments  gratuits, comme  les personnes ayant des  troubles psychiques,  force est  d'observer qu'en pratique,  la plupart des patients doivent souvent payer  leurs  médicaments  ou  s'organiser  individuellement  pour  les  obtenir  (cf. notamment  International  Organization  for  Migration,  Erweiterte  und  integrierte  Information  über  die  Rückkehr  und  Wiedereingliederung  in  Herkunftsländer  –  IRRICO  II  :  Russische  Föderation,  Dezember  2009,  http://irrico.belgium.iom.int/country­info/russian­federation.html,  consulté  le  2  août  2011  ;  Russische  Föderation  :  Behandlung  von  Posttraumatischer  Belastungsstörung  [PTBS],  Schweizerische  Flüchtlingshilfe, 20 avril 2009). 6.4.2. Au vu de ces  informations,  le  recourant aura  la possibilité,  à  son  retour  en  Fédération  de  Russie,  d'être  suivi,  de  manière  adéquate,  au  http://irrico.belgium.iom.int/country-info/russian-federation.html

E­7776/2010 Page 14 sein d'une institution spécialisée dans le traitement de l'alcoolisme où les  médicaments  nécessaires  au  maintien  de  son  état  de  santé  sont  disponibles.  Il  pourra, en outre, bénéficier d'une assurance maladie afin  que  les  frais  liés à  son état  de  santé  soient  pris  en  charge.  Il  faut  bien  entendu  concéder  au  recourant  que  le  niveau  de  qualité  des  infrastructures  russes  n'est  probablement  pas  le  même  que  celui  de  l'institution  dans  laquelle  il  vit  actuellement.  Il  convient  cependant  de  rappeler  que  l'art.  83  al.  4  LEtr,  disposition  exceptionnelle  tenant  en  échec  une  décision  d'exécution  du  renvoi,  ne  saurait  être  interprétée  comme  une  norme  qui  comprendrait  un  droit  de  séjour  lui­même  induit  par un droit général d'accès en Suisse à des mesures médicales visant à  recouvrer  la santé ou à  la maintenir, au simple motif que  l'infrastructure  hospitalière  et  le  savoir­faire  médical  dans  le  pays  d'origine  ou  de  destination de  l'intéressé n'atteint pas  le standard élevé qu'on  trouve en  Suisse.  Ainsi,  il  ne  suffit  pas,  en  soi,  de  constater,  pour  admettre  l'inexigibilité  de  l'exécution  du  renvoi,  que  des  traitements  et  suivis  prescrits  sur  la  base  de  normes  suisses  ne  pourraient  être  poursuivis,  selon  les mêmes standards, dans  le pays de  l'étranger  (cf. JICRA 2003  no 24 consid. 5b p.157s, JICRA 2003 n° 18 consid. 8c). Compte tenu de  l'état  de  santé  de  l'intéressé,  le  Tribunal  n'entend  pas  sous­estimer  les  difficultés  relatives à son renvoi dans son pays d'origine après plusieurs  années  passées  en  Suisse mais  rappelle  qu'un  certain  effort  peut  être  exigé des personnes dont  l'âge doit  leur permettre, en cas de retour, de  surmonter  les  difficultés  liées  à  leur  réintégration  (cf.  ATAF  2010/41  consid. 8.3.5 p. 590 ; JICRA 1994 n° 18 consid. 4e p. 143). A cet égard, il  appartiendra  aux  thérapeutes  et  professionnels  encadrant  actuellement  l'intéressé  de  le  préparer  au  mieux  à  son  départ.  Le  Tribunal  retient  encore que,  lorsque  le recourant aura achevé sa réhabilitation,  il devrait  être à même, au vu de son âge et de ses expériences professionnelles  passées,  de  retrouver  un  emploi  en Russie. Quant  à  son  entourage,  le  recourant n'a apporté aucun  indice suffisamment concret et convaincant  qu'il  ne  disposerait  plus  d'aucun  réseau  familial  ni  social  en  Russie,  susceptible de  lui  fournir un quelconque soutien à son  retour. Dans ces  conditions, force est de constater que l'exécution de son renvoi en Russie  n'impliquera  pas  une  dégradation  rapide  et  importante  de  son  état  de  santé, faute d'un accès convenable à des soins indispensables, au point  de conduire d'une manière certaine à  la mise en danger concrète de sa  vie à brève échéance ou à une atteinte sérieuse, durable, et notablement  plus grave de son intégrité psychique et donc physique . 6.4.3. Cela étant,  le Tribunal  invite  l'ODM à examiner avec bienveillance  une  éventuelle  demande  d'aide  au  retour  accordée  par  la  Suisse  que  http://links.weblaw.ch/EMARK-2003/18 http://links.weblaw.ch/EMARK-2003/18 http://links.weblaw.ch/EMARK-2003/18 http://links.weblaw.ch/EMARK-2003/18 http://links.weblaw.ch/EMARK-2003/18 http://links.weblaw.ch/EMARK-2003/18 http://links.weblaw.ch/EMARK-2003/18

E­7776/2010 Page 15 l'intéressé  peut  solliciter  auprès  de  cette  autorité  dans  le  but  de mieux  appréhender  son  retour  au  pays  et  d'éviter  toute  interruption  de  son  traitement (cf. art. 93 LAsi et 73ss OA 2). 6.5.  A  cela  s'ajoute  le  fait  que,  dans  chaque  cas  d'espèce,  l'autorité  chargée  de  statuer  doit  confronter  les  aspects  humanitaires  liés  à  la  situation  dans  laquelle  se  trouverait  l'étranger  concerné  dans  son  pays  d'origine après l'exécution du renvoi aux intérêts publics militant en faveur  de son éloignement de Suisse (cf. notamment ATAF 2007/10 consid. 5.1  p. 111 et JICRA 2005 no 24 consid. 10.1 p. 215). Force est de prendre en  considération, en l'occurrence, l'intérêt public de la Suisse à l'éloignement  du recourant au vu de ses diverses condamnations pénales (cf. let. M de  l'état  de  fait).  Si  celles­ci  ne  sont  pas,  à  elles  seules,  suffisantes  à  ordonner l'exécution du renvoi de l'intéressé (cf. art. 83 al. 7 LEtr et ATAF  2007/32 consid. 3.5 p. 388s), elles ne sauraient, à tout  le moins, plaider  pour le maintien du recourant en Suisse pour des motifs d'intégration par  exemple. Elles constituent plutôt un élément supplémentaire, s'il en fallait,  en faveur de l'exécution du renvoi. 6.6. Au vu de l'ensemble des éléments développés ci­dessus, le Tribunal  considère  que  l’exécution  du  renvoi  du  recourant  demeure  raisonnablement exigible en l'état. 7.  Cela  étant,  l'exécution  du  renvoi  doit  être  déclarée  conforme  aux  dispositions légales. Il s'ensuit que le recours doit être rejeté. 8.  Au vu de ce qui précède, il y a lieu de mettre les frais de procédure à la  charge du recourant, conformément aux art. 63 al. 1 PA et 2 et 3 let. b du  règlement du 21 février 2008 concernant  les  frais, dépens et  indemnités  fixés par le Tribunal administratif fédéral (FITAF, RS 173.320.2). (dispositif page suivante) http://links.weblaw.ch/BVGE-2007/10 http://links.weblaw.ch/BVGE-2007/10 http://links.weblaw.ch/BVGE-2007/10 https://portal.bger.admin.ch/alfresco/faces/jsp/extension/archiweb-content.jsp https://portal.bger.admin.ch/alfresco/faces/jsp/extension/archiweb-content.jsp https://portal.bger.admin.ch/alfresco/faces/jsp/extension/archiweb-content.jsp

E­7776/2010 Page 16 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est rejeté. 2.  Les frais de procédure, d'un montant de Fr. 600.­, sont mis à la charge du  recourant. Ce montant doit être versé sur le compte du Tribunal dans les  trente jours qui suivent l'expédition du présent arrêt. 3.  Le  présent  arrêt  est  adressé  au  recourant,  à  l'ODM  et  à  l'autorité  cantonale compétente. La présidente du collège : La greffière : Emilia Antonioni Céline Longchamp Expédition :

E-7776/2010 — Bundesverwaltungsgericht 29.08.2011 E-7776/2010 — Swissrulings