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Bundesverwaltungsgericht 21.10.2011 E-7144/2008

October 21, 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·3,868 words·~19 min·4

Summary

Asile et renvoi | Asile

Full text

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour V E­7144/2008 ; E­7142/2008 Arrêt   d u   2 1   octobre   2011 Composition Jean­Pierre Monnet (président du collège),  Gérald Bovier, Regula Schenker Senn, juges, Céline Berberat, greffière. Parties A._______, né le (…), Serbie,  et sa compagne B._______, née le (…), Kosovo et Serbie, tous deux représentés par Me Olivier Carré, avocat,  recourant,  contre Office fédéral des migrations (ODM),  Quellenweg 6, 3003 Berne,    autorité inférieure.  Objet Asile et renvoi ; décisions de l'ODM du 8 octobre 2008 /  N (…) et N (…).

E­7144/2008 ; E­7142/2008 Page 2 Faits : A.  Le  19  mars  2008,  A._______  et  B._______  ont  déposé  une  demande  d'asile au Centre d'enregistrement et de procédure (CEP) de Vallorbe. B.  Entendu  les  26  mars  et  9  avril  2008  A._______  a  déclaré  être  ressortissant serbe, d'ethnie albanaise et de religion musulmane. Il serait  né à C._______ (municipalité de D._______, République de Serbie), où il  aurait  vécu avec ses parents,  ses  (…)  frères et  ses  (…) sœurs dans  la  maison familiale. Entre 1990 et 1996,  il aurait vécu en Suisse où  il aurait  travaillé comme  saisonnier.  Son  contrat  de  travail  n'ayant  pas  été  renouvelé,  il  serait  retourné  à  C._______.  De  1998  à  février  2003,  il  aurait  séjourné  en  Allemagne, où il aurait déposé une demande d'asile qui aurait été rejetée,  raison pour laquelle il serait rentré dans son village d'origine. Au début de  l'année  2006,  il  aurait  déposé  une  demande  d'asile  en France,  y  aurait  vécu durant quatre mois et serait retourné en Serbie après le rejet de sa  demande de protection. De  nombreux  habitants  d'origine  albanaise  des  villages  serbes  proches  de  la  frontière  kosovare  auraient  quitté  la  Serbie  afin  d’échapper  à  la  guerre  et  aux  pressions  exercées  par  les  autorités  serbes.  Ainsi,  les  proches du recourant auraient eux aussi quitté leur village durant l'année  (…) et se seraient établis à E._______ (Kosovo), où ils auraient obtenu le  statut de réfugiés. A son retour de France en  juin 2006,  le  recourant se  serait installé à C._______ et aurait travaillé comme agriculteur et éleveur  de  bétail  sur  les  terres  de  sa  famille.  Son  père  et  ses  frères  l'auraient  rejoint de temps en temps à C._______ afin de  l'aider dans ses travaux  agricoles. En mars 2007,  il aurait épousé coutumièrement, en secondes  noces,  B._______,  ressortissante  kosovare ;  le  couple  aurait  vécu  à  C._______. Ce mariage n'aurait cependant pas pu être officialisé, car  le  recourant  était  toujours  marié  à  sa  première  épouse,  ressortissante  kosovare également, avec laquelle il n’avait plus de contact.  Le recourant aurait été contrôlé à plusieurs reprises, lorsqu'il travaillait sur  ses terres, par des soldats serbes qui, à chaque fois, l'auraient sommé de  présenter ses papiers d'identité et questionné pour savoir s'il dissimulait 

E­7144/2008 ; E­7142/2008 Page 3 des armes à feu chez lui. De même, lorsque les recourants revenaient du  marché de E._______, où ils vendaient leurs produits, les policiers serbes  chargés  de  la  surveillance  des  frontières  les  auraient  invectivés  et  auraient même  parfois  refusé  que  la  recourante  franchisse  la  frontière,  parce qu'elle était en possession de documents d'identité kosovars. Deux  ou trois  jours après  la proclamation de  l'indépendance du Kosovo (le 17  février 2008), les autorités auraient procédé à des fouilles généralisées à  C._______, motivées  par  la  recherche  d'armes  ;  à  cette  occasion,  une  vingtaine  de  soldats  auraient  fouillé  sa  maison  et,  bien  que  cette  recherche  soit  restée  infructueuse,  auraient  emmené  le  recourant  et  sa  compagne dans un dispensaire désaffecté, où il aurait reçu des gifles et  plusieurs  coups  de  pied  ;  ce  jour­là,  d'autres  villageois  auraient  également été emmenés par les soldats dans le bâtiment de l'école et à  la mosquée. Il aurait été ensuite amené à la base militaire de F._______  (proche  du  village  de C._______)  et  retenu  durant  trois  à  quatre  jours,  durant lesquels il aurait été interrogé – sur sa participation à d'éventuelles  activités  terroristes  et  sur  ses  éventuels  liens  avec  les  combattants  albanais  –  frappé  et  sommé  de  quitter  ses  terres  "avant  que  quelque  chose  de  plus  grave  ne  se  passe".  A  sa  sortie,  il  se  serait  rendu  à  E._______, où l’attendait sa compagne. Il aurait vécu dix jours chez ses  beaux­parents, tout en allant régulièrement à C._______ pour nourrir son  bétail.  Ne  voyant  pas  d'avenir  au  Kosovo,  il  aurait  vendu  son  bétail  et  quitté  ce  pays  le  12 mars  2008,  avec  sa  compagne.  Les  (…)  frères  du  recourant seraient domiciliés en Suisse et sa sœur en Allemagne. A l'appui de sa demande d'asile, le recourant a déposé son passeport de  la République  fédérale de Yougoslavie, délivré  le  (…),  indiquant un  lieu  de  naissance  et  de  domicile  à C._______,  ainsi  que  sa  carte  d'identité  nationale. C.  Entendue  les  26  mars  et  9  avril  2008,  la  recourante  a  déclaré  être  ressortissant kosovare, d'ethnie albanaise, de religion musulmane, née à  G._______ (Kosovo) et avoir vécu avec sa famille [parents, (…) frères et  (…)  sœurs]  à E._______. En mars  2007,  elle  se  serait mariée  selon  la  coutume  avec  A._______  et  aurait  désormais  vécu  au  domicile  de  son  époux  à  C._______  jusqu'en  février  2008.  Elle  aurait  régulièrement  rencontré  des  problèmes  au  poste­frontière  (entre  H._______  et  I._______) avec les autorités serbes qui auraient refusé qu'elle entrât sur  le  territoire  serbe  sous  prétexte  qu'elle  possédait  des  documents  d'identité  kosovars  ;  dans  de  telles  situations,  son  mari  et  elle  étaient 

E­7144/2008 ; E­7142/2008 Page 4 alors  contraints  de  faire  un  détour  (de  treize  kilomètres)  pour  regagner  leur  domicile.  Les  soldats  auraient  effectué  de  nombreux  contrôles  d'identité  à  C._______.  Deux  ou  trois  jours  après  la  proclamation  de  l'indépendance  du  Kosovo,  des  soldats  seraient  venus  à  leur  domicile  pour y effectuer une fouille ; elle n'aurait pas saisi les propos des soldats,  car  ils  parlaient  serbo­croate.  Elle  aurait  été  amenée,  avec  son  compagnon,  dans  un  dispensaire  désaffecté  au  village  ;  les  soldats  l'auraient ensuite transportée jusqu'à H._______ (village à la frontière), lui  auraient dit de quitter  la Serbie et de rentrer chez elle. Elle aurait pris  le  bus jusqu'à E._______ et serait retournée dans sa famille, où elle aurait  attendu  le  retour  de  son  époux  durant  trois  à  quatre  jours. Ne  pouvant  plus  rester  chez  ses  parents  qui  ne  disposaient  que  de  ressources  financières limitées, elle aurait quitté le Kosovo le 12 mars 2008 avec son  compagnon.  (…) des sœurs de  la  recourante vivraient en Europe,  l'une  en Allemagne et l'autre en France. A l'appui de sa demande d'asile, elle a déposé son document de voyage  pour  ressortissants  du  Kosovo,  établi  le  (…)  par  la  Mission  d'administration  intérimaire  des  Nations  Unies  au  Kosovo  (UNMIK)  à  Pristina, ainsi que sa carte d'identité établie le (…) par l'UNMIK à Pristina. D.  Par  décision  du  8  octobre  2008,  l'ODM  a  rejeté  la  demande  d'asile  de  A._______  au  motif  que  ses  déclarations  ne  satisfaisaient  pas  aux  conditions posées à l'art. 3 LAsi. Dit office a estimé que les interventions  des soldats et policiers serbes n'étaient pas dirigées contre  le  recourant  personnellement,  mais  touchaient  tous  les  habitants  de  C._______  d'origine  albanaise.  Il  a  également  retenu  que  ces  interventions  ne  revêtaient  pas  un  degré  d'intensité  suffisant  pour  être  considérées  comme déterminantes en matière d'asile, eu égard au contexte particulier  dans  lequel  elles  ont  eu  lieu  ;  de  même,  le  fait  que  l'intéressé  soit  retourné  chaque  fois  à  C._______  après  ses  fréquents  allers­retours  à  E._______,  indiquait  également  que  le  séjour  en  Serbie  n'était  pas  insupportable. L'ODM  a  considéré  que  l'exécution  du  renvoi  dans  le  sud  de  la  Serbie  était  possible,  licite  et  raisonnablement  exigible.  Il  a  relevé  que  le  recourant  était  également  en  mesure  de  s'installer  au  Kosovo,  en  particulier  à E._______,  où  étaient  domiciliées  sa  famille  et  celle  de  sa  compagne.

E­7144/2008 ; E­7142/2008 Page 5 E.  Par  décision  séparée  du  8  octobre  2008,  l'ODM  a  également  rejeté  la  demande  d'asile  de  B._______  au  motif  que  ses  déclarations  ne  satisfaisaient pas aux conditions posées à l'art. 3 LAsi. Dit office a précisé  que  le  besoin  de  protection  de  la  recourante  devait  être  apprécié  "par  rapport au Kosovo et non par rapport au sud de la Serbie". A ce titre, il a  précisé  tout  d'abord  que  les  motifs  avancés  par  rapport  à  la  Serbie  n'avaient pas à être examinés, ces derniers n'étant pas pertinents, puis a  relevé  que  la  recourante  n'avait  fait  valoir  aucun  problème  ni  avec  les  autorités ni avec des tiers au Kosovo.  L'ODM a  considéré  que  l'exécution  du  renvoi  au Kosovo  était  possible,  licite  et  raisonnablement  exigible.  Il  a  constaté  que,  par  décision  du  même  jour,  l'exécution  du  renvoi  de  son  compagnon  vers  le  sud  de  la  Serbie  avait  été  prononcée  et  que  ce  dernier  avait  la  possibilité  de  s'installer au Kosovo s'il le souhaitait. F.  Par acte du 10 novembre 2008, posté le même jour, A._______ a recouru  contre la décision rendue à son encontre, a conclu à l'annulation de cette  dernière, à la reconnaissance de sa qualité de réfugié et implicitement à  l'octroi  d'une  admission  provisoire.  Il  a  fait  valoir  que  le  fait  d'avoir  été  battu en  février 2008 par  les autorités serbes était  suffisant pour  retenir  l'existence  d'une  persécution  au  sens  de  l'art.  3  LAsi.  Par  ailleurs,  il  a  allégué  qu'il  souffrait  de  troubles  psychiques  et  que  des  risques  de  suicide avaient été constatés par sa psychiatre.  Il a produit un certificat médical établi  le 6 novembre 2008 par la Dresse  (…), psychiatre, duquel il ressort qu'il était suivi depuis le 23 octobre 2008  et  qu'il  souffrait  d'un  état  de  stress  post­traumatique  (F  43.1),  d'un  épisode  dépressif  moyen  sans  syndrome  somatique  (F  32.1)  et  de  difficultés  dans  les  rapports  avec  le  conjoint  (Z 63.0)  ;  la  spécialiste  a  relevé  la  présence  d'une  importante  nervosité,  de  troubles  du  sommeil,  voire  de  cauchemars  liés  aux  maltraitances  subies  en  février  2008,  d'idées  intrusives  de  dévalorisation  personnelle  ainsi  que  d'un  fort  sentiment de culpabilité par  rapport à  ce qui est arrivé à sa compagne.  L'intéressé aurait  fait  part  d'idées  clairement  suicidaires  (sans  scénario)  et d'un sentiment de détresse lié à l'instabilité de sa situation depuis son  premier départ de Serbie. La combinaison de la composante traumatique  et dépressive  rendait  le patient extrêmement vulnérable et  impliquait un  risque suicidaire  important. Le rôle de soutien du couple endossé par  le 

E­7144/2008 ; E­7142/2008 Page 6 recourant semblait peser très lourd sur ses propres résistances. Selon la  spécialiste, son état de santé précaire ne lui permettrait pas de gérer un  nouvel exil (vers un pays autre que la Serbie). G.  Par acte du 10 novembre 2008, posté le même jour, B._______ a recouru  contre la décision précitée, a conclu à l'annulation de cette dernière, à la  reconnaissance de sa qualité de réfugiée et implicitement à l'octroi d'une  admission provisoire. Elle a relevé que ses motifs d'asile en rapport avec  la  Serbie  étaient  pertinents  puisqu'elle  vivait  dans  ce  pays  avec  son  époux. Elle a prétendu avoir subi des violences de nature sexuelle de la  part d'une vingtaine de soldats. Elle  a  produit  un  certificat  médical  établi  le  4  novembre  2008  par  la  Dresse (…), duquel il ressort qu'elle était suivie depuis le 23 octobre 2008  et  qu'elle  souffrait  d'un  état  de  stress  post­traumatique  (F 43.1),  d'un  épisode  dépressif  sévère  sans  symptômes  psychotiques  (F 32.2)  d'une  expérience  de  catastrophe,  de  guerres  et  d'autres  hostilités,  d'autres  événements  difficiles  ayant  une  incidence  sur  la  famille  et  le  foyer  (F 63.7).  Selon  l'anamnèse,  la  recourante  se  serait  fait  agresser  sexuellement  en  Serbie  par  une  vingtaine  de  soldats  en  mars  2008,  raison pour laquelle elle aurait quitté ce pays avec son compagnon ; elle  a  fait  part  d'idées  suicidaires  (scénario  déjà  imaginé)  et  de  flashbacks  suite à des bruits ou voix d'hommes. Elle avait besoin de la présence de  son mari pour se sentir en sécurité et, en l'absence de ce dernier, restait  isolée,  seule  dans  sa  chambre  sans  aucun  contact  avec  l'extérieur  et  sans aucune activité, ceci pour éviter de voir des hommes inconnus. Elle  souffrait  également  de  problèmes  de  fertilité  entrainant  des  difficultés  supplémentaires pour  le couple. Son  isolement dans un monde  intérieur  laissait présager des répercussions néfastes sur son développement, sa  vie  sociale  et  son  couple.  Les  symptômes  concrets  et  visibles  présents  dans son comportement et son discours indiquaient qu'elle avait subi un  important  traumatisme. L'intensité de  la symptomatologie  faisait craindre  un passage à l'acte auto­agressif. H.  Par décision incidente du 20 novembre 2008, le juge instructeur a imparti  aux  recourants un délai  pour  verser une avance des  frais présumés de  procédure,  ainsi  que  pour  fournir  la  preuve  par  pièces  du  mariage  du  recourant avec sa première épouse et des démarches entreprises en vue  de leur divorce.

E­7144/2008 ; E­7142/2008 Page 7 I.  Par courrier du 9 janvier 2009, les recourants ont déposé, en copie, l'acte  de naissance serbe de A._______ et un extrait de l'acte de mariage de ce  dernier, intervenu en 1995, accompagnés de leur traduction en français. J.  Par  courrier  du  26  mai  2011,  les  recourants  ont  produit  des  rapports  médicaux actualisés.  Il  ressort du certificat du 11 mai 2011 établi par  la  Dresse (…), généraliste, concernant A._______ et B._______, que cette  dernière souffrait d'une ménopause précoce suite à des traumatismes liés  à des viols répétés. Vu le souhait du couple d'avoir des enfants, la stérilité  de l'intéressée était très difficilement acceptée et engendrait chez elle une  aggravation du syndrome de stress post­traumatique. Elle dépendait  de  la présence de son mari pour ses déplacements et évitait de sortir seule  et de se retrouver en présence d'autres hommes. Aucune médication n'a  été  prescrite  en  raison  du  souhait  de  grossesse  de  l'intéressée,  cependant,  elle  se  résignait  à  débuter  un  traitement  médicamenteux.  S'agissant  du  recourant,  il  a  été  en  mesure  de  travailler  durant  les  périodes où il se sentait mieux. Ces activités ont eu un effet bénéfique sur  lui, mais ont contribué à péjorer  la symptomatologie psychiatrique de sa  compagne.  Le  suivi  médical  du  couple  se  poursuivait  à  raison  d'une  consultation mensuelle. Il ressort du certificat du 23 mai 2011 établi par la Dresse (…) concernant  A._______ que le suivi psychiatrique de ce dernier était toujours en cours  à raison d'une consultation bimensuelle, à l'exception de l'année 2010 où  seules  huit  consultations  ont  été  comptabilisées,  vu  l'engagement  professionnel de l'intéressé. Une médication (Cipralex et Temesta) a été  prescrite. La spécialiste a confirmé les constatations et le diagnostic posé  dans son dernier certificat (6 novembre 2008) ; son patient serait affecté  par le fait de ne pas avoir d'enfant et y penserait sans arrêt. Son état de  santé  psychique  s'était  amélioré  durant  sa  prise  d'emploi  au  cours  de  l'année  2010,  puis  s'est  péjoré  au  terme  de  celle­ci  ;  son  état  est  actuellement stationnaire. Le pronostic en cas d'interruption du traitement  psychothérapeutique  et  médicamenteux  est  défavorable.  Selon  la  spécialiste,  une  régularisation  des  conditions  de  séjour  permettrait  une  évolution positive de son état de santé. Il ressort du certificat du 24 mai 2011 établi par la Dresse (…) concernant  B._______  que  le  suivi  psychiatrique  de  cette  dernière  est  toujours  en  cours  à  raison  d'une  consultation  bimensuelle.  La  spécialiste  a  indiqué 

E­7144/2008 ; E­7142/2008 Page 8 que  depuis  l'établissement  de  son  dernier  rapport  (4  novembre  2008),  l'état de santé de la recourante a été marqué par une légère amélioration  durant les premiers mois du suivi (effort fourni pour arriver en consultation  seule et  pour apprendre  le  français),  puis est  resté  stationnaire,  voire a  tendance à s'aggraver ; elle reste très isolée et se montre toujours autant  dépendante de son mari, sa santé déclinant lorsque celui­ci est au travail.  La spécialiste a confirmé le diagnostic posé dans son dernier certificat (4  novembre 2008). Sa patiente a accepté depuis peu une médication anti­ dépressive  ;  toutefois,  le  risque  d'un  tentamen  médicamenteux  étant  important chez elle, ce traitement devra être mis en place en assurant les  conditions de sécurité nécessaires. Le pronostic sans  traitement  indique  un  risque  de  passage  à  l'acte  auto­agressif  vu  l'intensité  de  la  symptomatologie.  Le  pronostic  avec  traitement  indique  une  possibilité  pour  l'intéressée  de  pouvoir  se  reconstruire  à  condition  qu'elle  puisse  poursuivre sa prise en charge et bénéficier de conditions de vie stables  en Suisse. K.  Dans sa réponse du 21 juin 2011, l'ODM a préconisé le rejet du recours  interjeté par A._______. S'agissant de  l'exécution du renvoi, cet office a  relevé  que  les  personnes  d'ethnie  albanaise  du  sud  de  la  Serbie  entretenaient  de  nombreux  rapports  avec  le  Kosovo  et  s'y  rendaient  régulièrement  (pour affaires ou pour  rendre visite à  leurs proches) sans  être  inquiétées  par  les  autorités  de  ce  pays.  Il  appartenait  en  outre  au  recourant  d'officialiser  sur  place  son  mariage  avec  la  recourante  pour  pouvoir  s'établir  avec  elle  au  Kosovo.  Par  ailleurs,  il  existerait  à  E._______ les infrastructures médicales lui permettant de poursuivre son  traitement. Dans sa réponse séparée du 21 juin 2011, l'ODM a également préconisé  le  rejet  du  recours  interjeté  par  B._______.  S'agissant  de  son  état  de  santé, cet office a  relevé que  la psychothérapie suivie par  la  recourante  n'avait permis aucune évolution positive, qu'elle restait très isolée et sans  activité. Dans ce contexte,  l'exécution d'un  renvoi à E._______, ville qui  disposerait  d'infrastructures  médicales  adaptées  et  où  elle  pourrait  compter sur le soutien de sa famille, demeurait, à son avis, exigible. L.  Dans  leur  courrier  du  15  juillet  2011,  les  recourants  ont  fait  valoir,  par  l'intermédiaire de leur mandataire, une dégradation de leur état de santé 

E­7144/2008 ; E­7142/2008 Page 9 psychique ayant conduit à leur hospitalisation à l'hôpital psychiatrique de  (…) depuis le 8 juillet 2011.  Ils ont produit un premier certificat médical du 12 juillet 2011 établi par la  Dresse  (…)  concernant B._______,  dans  lequel  la  spécialiste  a  indiqué  avoir  observé  une  nette  aggravation  de  la  symptomatologie  dépressive  de  la recourante suite à  la réponse du 21 juin 2011 de  l'ODM, avec des  idées suicidaires scénarisées par défenestration. En raison du risque très  élevé  de  passage  à  l'acte  auto­agressif,  une  hospitalisation  pour  une  durée  indéterminée  a  été  mise  en  place.  Selon  la  psychiatre,  la  recourante craint que sa famille ne découvre le traumatisme qu'elle aurait  subi et, par voie de conséquence,  les "actes  inhumains" dont elle aurait  été la victime.  M.  Par  courrier  du  4  août  2011,  les  intéressés  ont  déposé  plusieurs  certificats  médicaux.  Le  premier  certificat  établi  le  5  juillet  2011  par  la  Dresse  (…)  indique  une  nette  aggravation  de  la  symptomatologie  dépressive  chez  le  recourant  et  une  perte  d'espoir  avec  l'apparition  d'idées  suicidaires  scénarisées  par  pendaison  ;  un  retour  forcé,  lié  aux  traumatismes  majeurs  subis,  provoquerait  une  aggravation  de  l'état  de  stress post­traumatique.  Les deux autres  certificats  ont  été  établis  par  les médecins  traitants  du  Département de psychiatrie de l'hôpital de (...).  S'agissant de A._______,  le Dr  (…)  indique que  l'intéressé a été admis  dans  son  service  le  8  juillet  2011  en  admission  volontaire  pour mise  à  l'abri  d'un  risque  auto­agressif,  ce,  pour  une  durée  minimale  de  deux  semaines ;  le  risque  et  l'urgence  suicidaire  sont  élevés  et  le  danger  moyen.  Le  pronostic  vital  est  mis  en  jeu  par  le  potentiel  suicidaire  objectivé.  Le  diagnostic  indique  un  épisode  dépressif  sévère  sans  symptômes  psychotiques  (F  32.2)  ainsi  qu'un  état  de  stress  post­ traumatique  (F 43.1).  La  médication  prescrite  se  compose  de  Cipralex,  Remeron  et  Temesta.  Une  amélioration  des  troubles  psychiques  de  l'intéressé est possible à long terme, à condition qu'il puisse accéder à un  traitement  psychothérapeutique  et  médicamenteux  centré  sur  les  symptômes  inhérents  au PTSD  (anxiété,  troubles  du  sommeil,  attaques  de panique). Sans traitement, une évolution vers une modification durable  de  la  personnalité  suite  à  une  expérience  de  catastrophe  et  un  trouble  dépressif chronique est à craindre.

E­7144/2008 ; E­7142/2008 Page 10 S'agissant  de  B._______,  la  Dresse  (…)  indique  que  l'intéressée  a  été  admise  dans  son  service  le  8  juillet  2011  en  admission  volontaire  pour  mise à l'abri d'un risque auto­agressif. Le diagnostic indiquait un épisode  dépressif  sévère  sans  symptômes  psychotiques  (F 32.2),  un  état  de  stress  post­traumatique  (F  43.1)  et  une  anxiété  généralisée  avec  attaques  de  panique  (F  41.1).  Pour  le  reste,  les  constatations  sont  similaires  à  celles  décrites  pour  son  compagnon  (risque  et  urgence  suicidaire, pronostics avec et sans traitement). N.  Les  autres  faits  déterminants  ressortant  du  dossier  seront  évoqués  si  nécessaire dans les considérants en droit qui suivent. Droit : 1.  1.1.  En  vertu  de  l'art.  31  de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF, RS 173.32),  le Tribunal  administratif  fédéral  (ci­après  :  le Tribunal) connaît des recours contre  les décisions au sens  de  l'art.  5  de  la  loi  fédérale  du  20  décembre  1968  sur  la  procédure  administrative (PA, RS 172.021). En particulier, les décisions rendues par  l'ODM  concernant  l'asile  et  le  renvoi  –  lesquelles  n'entrent  pas  dans  le  champ d'exclusion de l'art. 32 LTAF – peuvent être contestées devant le  Tribunal conformément à l'art. 33 let. d LTAF (à laquelle renvoie l'art. 105  LAsi).  1.2. Le Tribunal  est  donc  compétent  pour  connaître  du  présent  litige.  Il  statue  de  manière  définitive  (cf.  art.  83  let.  d  ch.  1  de  la  loi  du  17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110]). 1.3. La procédure devant le Tribunal est régie par la PA, pour autant que  ni  la  LTAF  (cf.  art.  37  LTAF)  ni  la  LAsi  (cf.  art.  6  LAsi)  n'en  disposent  autrement. 1.4.  Les  recourants  ont  qualité  pour  recourir  (cf.  art  48  PA).  Présenté  dans la forme (art. 52 PA) et dans le délai prescrits par la loi (art. 108 al.  1 LAsi), le recours est recevable.

E­7144/2008 ; E­7142/2008 Page 11 2.  Vu l’étroite connexité des cas (unité dans le contenu de l'état de fait, en  particulier des motifs de protection allégués) et  le fait que les recourants  sont défendus par  le même mandataire,  il y a  lieu de  joindre  les causes  de  A._______  et  de  sa  compagne  B._______,  et  de  statuer  sur  leurs  recours dans un seul et même arrêt.  3.  3.1. Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d'origine ou dans  le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices  ou craignent à juste titre de l'être en raison de leur race, de leur religion,  de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou  de  leurs  opinions  politiques.  Sont  notamment  considérées  comme  de  sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l'intégrité corporelle ou  de  la  liberté,  de  même  que  les  mesures  qui  entraînent  une  pression  psychique  insupportable.  Il  y  a  lieu  de  tenir  compte  des motifs  de  fuite  spécifiques aux femmes (art. 3 LAsi). La  crainte  face  à  des  persécutions  à  venir,  telle  que  comprise  à  l'art. 3 LAsi, contient un élément objectif, au regard d'une situation ancrée  dans  les  faits,  et  intègre  également  dans  sa  définition  un  élément  subjectif.  Sera  reconnu  comme  réfugié  celui  qui  a  de  bonnes  raisons,  c'est­à­dire  des  raisons  objectivement  reconnaissables  pour  un  tiers  (élément  objectif),  de  craindre  (élément  subjectif)  d'avoir  à  subir  selon  toute  vraisemblance  et  dans  un  avenir  prochain  une  persécution  (cf. Jurisprudence et informations de la Commission suisse de recours en  matière d'asile  [JICRA] 2000 n° 9 consid. 5a p. 78 et JICRA 1997 n  10  consid. 6 p. 73 ainsi que  les  références de  jurisprudence et de doctrine  citées). Sur le plan subjectif, il doit être tenu compte des antécédents de  l'intéressé, notamment de  l'existence de persécutions antérieures, et de  son  appartenance  à  un  groupe  ethnique,  religieux,  social  ou  politique  l'exposant plus particulièrement à de  telles mesures; en particulier, celui  qui a déjà été victime de mesures de persécution a des raisons objectives  d'avoir une crainte (subjective) plus prononcée que celui qui en est l'objet  pour la première fois (cf. JICRA 1994 n° 24 p. 171ss et JICRA 1993 n° 11  p. 67ss). Sur le plan objectif, cette crainte doit être fondée sur des indices  concrets  qui  peuvent  laisser  présager  l'avènement,  dans  un  avenir  peu  éloigné et selon une haute probabilité, de mesures déterminantes selon  l'art.  3  LAsi.  Il  ne  suffit  pas,  dans  cette  optique,  de  se  référer  à  des  menaces hypothétiques,  qui  pourraient  se  produire  dans un avenir  plus 

E­7144/2008 ; E­7142/2008 Page 12 ou moins lointain (cf. JICRA 2004 no 1 consid. 6a p. 9, JICRA 1993 n° 21  p. 134ss et  JICRA 1993 n° 11 p. 67ss  ; MINH SON NGUYEN, Droit  public  des étrangers, Berne 2003, p. 447ss  ; ALBERTO ACHERMANN  / CHRISTINA  HAUSAMMANN, Les notions d'asile et de réfugié en droit suisse, in : Walter  Kälin  (éd.), Droit des  réfugiés, enseignement de 3e cycle de droit 1990,  Fribourg  1991,  p.  44  ;  ACHERMANN  /  HAUSAMMANN,  Handbuch  des  Asylrechts,  2e  éd.,  Berne/Stuttgart  1991,  p.  108ss  ;  WALTER  KÄLIN,  Grundriss des Asylverfahrens, Bâle/Francfort­sur­le­Main 1990, p. 126 et  143ss  ;  SAMUEL  WERENFELS,  Der  Begriff  des  Flüchtlings  im  schweizerischen Asylrecht, Berne 1987, p. 287ss). 3.2.  Quiconque  demande  l'asile  (requérant)  doit  prouver  ou  du  moins  rendre  vraisemblable  qu'il  est  réfugié.  La  qualité  de  réfugié  est  vraisemblable  lorsque  l'autorité  estime  que  celle­ci  est  hautement  probable. Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur  des  points  essentiels,  ne  sont  pas  suffisamment  fondées,  qui  sont  contradictoires,  qui  ne  correspondent  pas  aux  faits  ou  qui  reposent  de  manière déterminante sur des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7  LAsi). 4.  En  l’occurrence,  le  recourant  a  invoqué  des  contrôles  inopinés  des  soldats serbes, une fouille domiciliaire, en février 2008, motivée par une  recherche d'armes suivie par une détention de trois à quatre jours, durant  laquelle  il  aurait  été  interrogé  et  frappé.  Il  a  également  fait  valoir  des  pressions de la part des soldats présents dans la région pour qu'il quitte  ses terres. 4.1.  Il  sied d'observer que  la  région de D._______  (région du sud de  la  Serbie),  d'où  vient  le  recourant,  est  peuplée majoritairement  (54 %)  de  personnes  d'ethnie  albanaise.  Depuis  le  début  du  dialogue  entre  Belgrade  et  Pristina  (début  2005)  relatif  au  statut  du  Kosovo,  une  augmentation du nombre d'incidents à l'encontre des personnes d'ethnie  albanaise a été mise en évidence à Presevo, Bujanovac et Medvedja ; en  dépit  de  ces  incidents,  la  situation  en  matière  de  sécurité  est  restée  relativement stable  jusqu'au début de  l'année 2008. Après  la déclaration  unilatérale  d'indépendance  du Kosovo  en  février  2008,  les  tensions  ont  été ravivées entre les communautés serbe et albanaise et des violences  ont éclaté (attaques de Serbes sur les magasins et maisons d'Albanais).  La  présence  des  autorités  serbes  s'est  également  intensifiée  dans  les 

E­7144/2008 ; E­7142/2008 Page 13 communes  de  Presevo,  Bujanovac  et Medvedja.  Les  leaders  politiques  albanais ont dénoncé la brutalité et les actes de représailles exercés par  la  police  locale  contre  les  Albanais.  Les  patrouilles  fréquentes  de  la  gendarmerie  dans  les  rues,  les  contrôles  et  les  perquisitions  générales  motivés par des recherches d'armes, donnent aux Albanais de souche un  sentiment d'insécurité  (cf. OSAR, mise à  jour: Situation de  la population  albanaise dans la vallée de Presevo, juillet 2009 ; Human Rights Watch,  World Report 2010, p. 441).  4.2. Compte tenu de ces circonstances et du fait que le recourant vivait à  proximité de la frontière kosovare tout en se rendant souvent au Kosovo,  il  est  fort  possible  qu'il  ait  été  soupçonné  par  les  autorités  serbes  de  dissimuler des armes pour le compte des combattants albanais et qu'il ait,  pour  cette  raison,  subi  les  mesures  de  coercition  alléguées.  Force  est  cependant  de  constater  que  tant  les  contrôles  d'identité  –  même  nombreux  –  que  la  fouille  domiciliaire  s'inscrivaient  dans  le  cadre  des  mesures  générales  prises  par  les  autorités  serbes  pour  lutter  contre  la  détention  illégale  d'armes  et  assurer  la  sécurité  dans  cette  région  marquée  par  des  tensions  interethniques.  Elles  ne  sont  en  soi  pas  déterminantes  en matière  d'asile. Certes,  le  recourant  a  encore  allégué  avoir  été,  à  l'instar  d'autres  villageois,  emmené  par  les  soldats,  puis  retenu dans une base militaire entre trois et quatre jours, durant lesquels  il aurait été interrogé sur d'éventuelles activités terroristes, reçu des gifles  et  des  coups  de  pied  et  averti  qu'il  devait  quitter  ses  terres  "avant  que  quelque chose de plus grave ne se passe" (cf. p.­v. de l'audition du 9 avril  2008  Q 66).  Ici  aussi,  ces  brutalités  et  tentatives  d'intimidation,  que  le  Tribunal  ne met  pas  en  doute,  ont  eu  lieu  peu  après  la  déclaration  de  l’indépendance  du  Kosovo  correspondant  à  une  période  de  tension  accrue.  Cependant,  la  question  de  savoir  si  ces  actes  revêtent  une  intensité  suffisante  pour  les  qualifier  de  persécution  peut  demeurer  indécise, dès lors qu'ils ne sauraient être considérés ici comme pertinents  pour les motifs qui suivent. 4.3.  Le  moment  déterminant  pour  statuer  sur  l'existence  d'une  crainte  fondée de persécution est celui où l'autorité prend sa décision (cf. ATAF  2007/31 consid. 5.3). Les problèmes  rencontrés par  l'intéressé avec  les  autorités  serbes  ne  sauraient  aujourd'hui  justifier  une  crainte  objectivement fondée de persécution au sens de l'art. 3 LAsi. En effet, la  période de crise liée à la situation au Kosovo, qui prévalait lors du départ  du  recourant,  a  rapidement  pris  fin  et,  depuis  lors,  la  tension  entre  les  communautés  serbe  et  albanaise  a  considérablement  perdu  de  son 

E­7144/2008 ; E­7142/2008 Page 14 acuité.  De manière  générale,  la  situation  dans  le  sud  de  la  Serbie  est  stable, mais  tendue.  Aucune  source  consultée  ne  fait  actuellement  état  de problèmes graves en matière de droits humains au sud de la Serbie.  Au  contraire,  la  situation  des  Albanais  en  Serbie  s'est  sensiblement  améliorée au cours de ces dernières années, ce qui a été confirmé par  les rapports périodiques élaborés par les organes compétents de l'Union  européenne  (cf.  Refworld  "Information  sur  la  situation  des  Albanais  en  Serbie  ;  les  cas  de  violence  et  la  protection  offerte  par  l'Etat  aux  victimes", 16 avril 2010). Prenant en outre acte le 6 mars 2009 du niveau  de  garantie  élevé  en  matière  de  droits  de  l'homme  et  de  libertés  fondamentales  internationalement  reconnus  octroyé  par  les  autorités  serbes  à  l'ensemble  de  ses  citoyens,  y  compris  les  membres  de  ses  minorités ethniques, le Conseil fédéral a désigné ce pays, en application  de l'art. 6a al. 2  let. a LAsi et avec effet au 1er avril 2009, comme étant  exempt de persécutions  (safe country). L'on  relèvera au demeurant que  l'intéressé ne représentait aucune menace pour les autorités serbes, dès  lors  qu'il  n'avait  pas  de  relation  avec  les  combattants  albanais  et  a  été  relaxé, au terme de son unique garde à vue, sans aucune charge retenue  contre lui. Au vu de ce qui précède, le recours de A._______, en tant qu'il conteste  le  refus  de  reconnaissance  de  la  qualité  de  réfugié  et  le  rejet  de  la  demande d'asile, doit être rejeté. 5.  Pour sa part, la recourante a allégué avoir rencontré des problèmes avec  les  autorités  serbes  au  poste­frontière  lorsqu'elle  voulait  se  rendre  en  Serbie  et  avoir  été  l'objet,  dans  le  sud  de  la  Serbie,  de  nombreux  contrôles  d'identité,  de  pressions  de  la  part  des  soldats  pour  qu'elle  retournât au Kosovo et d'une fouille domiciliaire. Au stade du recours, elle  a  affirmé,  devant  sa  psychiatre,  avoir  été  violée  en mars  2008  par  les  soldats  serbes  avant  d'être  ramenée  à  la  frontière  avec  le  Kosovo  (cf.  supra let. B). S'agissant de ce dernier allégué, force est de constater qu'il  est  tardif  dès  lors  que  la  recourante  l'a  tu  durant  ses  auditions. Certes,  selon  l'expérience  générale  de  la  vie,  il  est  concevable  qu'une  victime  puisse  éprouver  des  difficultés  à  s'exprimer  sur  un  expérience  douloureuse.  Cependant,  le  compagnon  de  l'intéressée  a  indiqué  que  cette  dernière  était  traumatisée  et  était  déjà  tombée dans  la  souffrance  depuis la guerre en 1999 (cf. p.­v. de l'audition du 9 avril 2008, Q 36) de  sorte  qu'il  est  possible  que  le  viol  remonte  à  cette  époque  déjà  ;  il  n'a  nullement  fait  référence à une quelconque agression  sexuelle  survenue 

E­7144/2008 ; E­7142/2008 Page 15 en février 2008. Les certificats médicaux produits ne permettent pas non  plus  de  rendre  vraisemblable  ce  dernier  allégué  car,  s'ils  font  effectivement état de  la présence d'un traumatisme chez  l'intéressée,  ils  ne  sauraient  en  attester  la  cause  ni  surtout  les  circonstances.  Par  conséquent,  rien  ne  permet  d'établir  que  le  traumatisme  dont  souffre  l'intéressée ait pour origine le viol dans les circonstances alléguées. Cette  question peut cependant demeurer  indécise compte  tenu du fait que  les  motifs  d'asile  ne  sont  pas  pertinents  en  l'espèce  pour  les  raisons  qui  suivent. 5.1. La question de savoir si un requérant d'asile craint avec raison d'être  persécuté  doit  être  examinée  par  rapport  à  tous  les  pays  dont  il  a  la  nationalité. Tant que l'intéressé n'éprouve aucune crainte vis­à­vis de l'un  ou l'autre pays dont il a la nationalité, il est possible d'attendre de lui qu'il  se prévale de la protection de ce pays. Il n'a pas besoin d'une protection  internationale et par  conséquent  il  n'est pas un  réfugié  (cf. HCR, Guide  des procédures et critères à appliquer pour déterminer le statut de réfugié  au regard de  la Convention de 1951 et du Protocole de 1967 relatifs au  statut des réfugiés, janvier 1992, § 90). 5.2. En l'espèce, la recourante, qui est née au Kosovo, y a vécu presque  toute sa vie et a produit sa carte d'identité établie par  l'UNMIK, est sans  conteste de nationalité  kosovare. S'agissant des motifs d'asile avancés,  le Tribunal constate que l'intéressée n'a allégué des motifs de protection  qu'en relation avec la Serbie. Qu'elle ait ou non la nationalité de cet Etat  importe peu. Elle n'a pas fait valoir de motifs en lien avec le Kosovo, pays  dont elle a et dont elle se réclame de la nationalité. En particulier, elle n'a  fait  valoir  aucun  problème  personnel  avec  les  autorités  ou  des  tiers  au  Kosovo  et  n'a  pas  allégué  de  crainte  fondée  de  persécution  en  cas  de  retour  dans  ce pays. Aussi,  compte  tenu du  caractère  subsidiaire  de  la  protection  internationale  par  rapport  à  la  protection  nationale  et  indépendamment des motifs allégués en relation avec la Serbie, il lui est  loisible  et  il  lui  appartient  de  solliciter,  le  cas  échéant,  la  protection  du  Kosovo,  qui  est,  depuis  le  17  février  2008  –  soit  avant  le  départ  de  la  recourante  –  un  Etat  indépendant  doté  de  ses  propres  institutions  (cf. ATAF 2010/41 p. 571 ss). 5.3. Il s’ensuit que le recours de B._______, en tant qu’il conteste le refus  de la reconnaissance de la qualité de réfugiée et le rejet de la demande  d'asile, doit également être rejeté.

E­7144/2008 ; E­7142/2008 Page 16 6.  6.1. Lorsqu'il rejette la demande d'asile ou qu'il refuse d'entrer en matière  à ce sujet, l'ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en  ordonne  l'exécution ;  il  tient  compte  du  principe  de  l'unité  de  la  famille  (art. 44 al. 1 LAsi). 6.2. En  vertu  de  l'art.  32  de  l'ordonnance  1  du  11 août  1999  sur  l'asile  relative  à  la  procédure  (OA 1,  RS  142.311),  le  renvoi  ne  peut  être  prononcé lorsque le requérant d'asile dispose d'une autorisation de séjour  ou  d'établissement,  ou  qu'il  fait  l'objet  d'une  décision  d'extradition  ou  d'une décision de renvoi conformément à l'art. 121 al. 2 de la Constitution  fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101). Les  recourants  n'étant  pas  titulaires  d'une  autorisation  de  séjour  ou  d'établissement et aucune des autres hypothèses visées par l'art. 32 OA1  et  la  jurisprudence  (cf.  JICRA  2001  n°  21  p.  168ss)  n'étant  réalisée,  le  Tribunal  est  tenu  de  confirmer  les  décisions  de  renvoi  prononcées  par  l'ODM à l'encontre des recourants.  7.  7.1.  L’exécution  du  renvoi  est  ordonnée  si  elle  est  licite,  raisonnablement  exigible  et  possible.  Si  ces  conditions  ne  sont  pas  réunies,  l'admission  provisoire  doit  être  prononcée  (cf. art. 44  al. 2 LAsi). Les conditions d'octroi d'un tel statut sont  fixées à  l'art. 83  de  la  loi  fédérale  sur  les  étrangers  du  16  décembre  2005  (LEtr,  RS  142.20),  entrée  en  vigueur  le  1er  janvier  2008.  Cette  disposition  a  remplacé  l'art.  14a  de  l'ancienne  loi  fédérale  du  26 mars  1931  sur  le  séjour et l’établissement des étrangers (LSEE). 7.2. L'exécution n'est pas licite lorsque le renvoi de l'étranger dans son  Etat d'origine ou de provenance ou dans un Etat tiers est contraire aux  engagements de  la Suisse  relevant du droit  international  (art. 83 al. 3  LEtr).  Aucune  personne  ne  peut  être  contrainte,  de  quelque manière  que  ce  soit,  à  se  rendre  dans  un  pays  où  sa  vie,  son  intégrité  corporelle  ou  sa  liberté  serait  menacée  pour  l'un  des  motifs  mentionnés  à  l'art. 3  al. 1  LAsi,  ou  encore  d'où  elle  risquerait  d'être  astreinte à se  rendre dans un  tel pays  (art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut  être  soumis à  la  torture ni  à  des peines ou  traitements  inhumains ou  dégradants  (art. 3  de  la  Convention  du  4  novembre  1950  de  sauvegarde  des  droits  de  l’homme  et  des  libertés  fondamentales 

E­7144/2008 ; E­7142/2008 Page 17 (CEDH,  RS 0.101).  Aucun  Etat  partie  n'expulsera,  ne  refoulera,  ni  n'extradera  une  personne  vers  un  autre  Etat  où  il  y  a  des  motifs  sérieux de croire qu'elle risque d'être soumise à la torture (art. 3 de la  Convention du 10 décembre 1984 contre la torture et autres peines ou  traitements cruels, inhumains ou dégradants [Conv.torture, RS 0.105]). 7.3.  L'exécution  de  la  décision  peut  ne  pas  être  raisonnablement  exigée si le renvoi ou l'expulsion de l'étranger dans son pays d'origine  ou de provenance le met concrètement en danger, par exemple en cas  de  guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée  ou  de  nécessité  médicale (art. 83 al. 4 LEtr). 7.4.  L'exécution  n'est  pas  possible  lorsque  l'étranger  ne  peut  pas  quitter la Suisse pour son Etat d'origine, son Etat de provenance ou un  Etat tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr). 8.  8.1.  Il  convient  de  relever  à  titre  préliminaire  que  les  trois  conditions  posées  par  l'art.  83  al.  2  à  4  LEtr,  empêchant  l'exécution  du  renvoi  (illicéité, inexigibilité et impossibilité) sont de nature alternative : il suffit  que  l'une  d'elles  soit  réalisée  pour  que  le  renvoi  soit  inexécutable  (arrêts  du  Tribunal  administratif  fédéral  E­5316/2006  du  24 novembre 2009  consid. 5  non  publié  dans  ATAF  2009/41,  E­2775/2007  du  14 février  2008  consid. 6.4  non  publié  dans  ATAF  2008/2 ;  cf.  aussi  JICRA  2006  n° 30  consid. 7.3  p. 329,  JICRA  2006  n° 23  consid. 6.2.  p. 239,  JICRA  2006  n° 6  consid. 4.2.  p. 54ss).  En  l'occurrence,  c'est  sur  la  question  de  l'exigibilité  de  l'exécution  du  renvoi que le Tribunal entend porter son attention. 8.2. Selon  l'art. 83  al. 4  LEtr,  l'exécution  de  la  décision  peut  ne  pas  être  raisonnablement  exigée  si  le  renvoi  ou  l'expulsion  de  l'étranger  dans  son  pays  d'origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple  en  cas  de  guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée ou de nécessité médicale. Cette disposition s'applique en  premier  lieu  aux  "réfugiés  de  la  violence",  soit  aux  étrangers  qui  ne  remplissent pas  les conditions de  la qualité de  réfugié parce qu'ils ne  sont pas personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de  guerre,  de  guerre  civile  ou  de  violence  généralisée,  et  ensuite  aux  personnes pour qui un retour reviendrait à les mettre concrètement en  danger, notamment parce qu'elles ne pourraient plus recevoir les soins 

E­7144/2008 ; E­7142/2008 Page 18 dont  elles  ont  besoin.  L'autorité  à  qui  incombe  la  décision  doit  donc  dans chaque cas confronter les aspects humanitaires liés à la situation  dans  laquelle  se  trouverait  l'étranger  concerné  dans  son  pays  après  l'exécution  du  renvoi  à  l'intérêt  public  militant  en  faveur  de  son  éloignement  de  Suisse  (ATAF  2009/52  consid.  10.1,  ATAF  2008/34  consid. 11.2.2 et ATAF 2007/10 consid. 5.1). 8.3.  S'agissant  plus  spécifiquement  des  personnes  en  traitement  médical en Suisse,  l'exécution du renvoi ne devient  inexigible, en cas  de  retour  dans  leur  pays  d'origine  ou  de  provenance,  que  dans  la  mesure  où  elles  pourraient  ne  plus  recevoir  les  soins  essentiels  garantissant  des  conditions  minimales  d'existence ;  par  soins  essentiels,  il  faut  entendre  les  soins  de  médecine  générale  et  d'urgence absolument nécessaires à la garantie de la dignité humaine  (cf. GABRIELLE STEFFEN, Droit aux soins et  rationnement, Berne 2002,  p. 81s  et  87).  L'art.  83  al.  4  LEtr  est  une  disposition  exceptionnelle  tenant en échec une décision d'exécution du renvoi, et ne saurait être  interprété  comme une  norme  qui  comprendrait  un  droit  de  séjour  lui­ même  induit  par  un  droit  général  d'accès  en  Suisse  à  des  mesures  médicales  visant  à  recouvrer  la  santé  ou  à  la  maintenir,  au  simple  motif que  l'infrastructure hospitalière et  le savoir­faire médical dans  le  pays d'origine ou de destination de l'intéressé n'atteint pas le standard  élevé qu'on trouve en Suisse. Ce  qui  compte  ce  sont,  d'une  part,  la  gravité  de  l'état  de  santé  et,  d'autre part, l'accès à des soins essentiels. Ainsi,  l'exécution  du  renvoi  demeure  raisonnablement  exigible  si  les  troubles  physiologiques  ou  psychiques  ne  peuvent  être  qualifiés  de  graves, à savoir s'ils ne sont pas tels que, en l'absence de possibilités  de traitement adéquat, l'état de santé de l'intéressé se dégraderait très  rapidement au point de conduire d'une manière certaine à  la mise en  danger  concrète  de  sa  vie  ou  à  une  atteinte  sérieuse,  durable,  et  notablement plus grave de son intégrité physique. De même, l'exécution du renvoi est raisonnablement exigible si l'accès  à  des  soins  essentiels,  au  sens  défini  ci­dessus,  est  assuré  dans  le  pays  d'origine  ou  de  provenance.  Il  pourra  s'agir,  cas  échéant,  de  soins  alternatifs  à  ceux  prodigués  en  Suisse,  qui  ­  tout  en  correspondant aux standards du pays d'origine ­ sont adéquats à l'état  de  santé  de  l'intéressé,  fussent­ils  d'un  niveau  de  qualité,  d'une 

E­7144/2008 ; E­7142/2008 Page 19 efficacité de terrain (ou clinique) et d'une utilité (pour la qualité de vie)  moindres  que  ceux  disponibles  en  Suisse ;  en  particulier,  des  traitements  médicamenteux  (par  exemple  constitués  de  génériques)  d'une génération plus ancienne et moins efficaces peuvent,  selon  les  circonstances, être considérés comme adéquats (cf. JICRA 2003 n° 24  consid. 5b). 8.4.  8.4.1. Conformément au principe de l'unité familiale consacré à l'art. 44  al. LAsi,  il est en principe  interdit de procéder à des  renvois en ordre  dispersé,  contre  leur gré, de différents membres d'une même  famille.  Ce  principe  n'est  pas  absolu  ;  des  exceptions  peuvent  y  être  apportées. Tel est le cas notamment des hypothèses visées à l'art. 34  OA1  et  lorsque  la  famille  peut,  sans  problème  particulier,  s'installer  dans un autre pays. Ce principe s'applique également à des concubins  formant  de  facto  une  communauté  conjugale  durable,  assimilable  à  celle formée par des personnes mariées civilement (JICRA 1995 no 24  p. 224 ss, consid. 7). Tel est le cas en l'occurrence.  8.4.2.  Dans  le  cadre  de  l'examen  de  l'exigibilité  de  l'exécution  du  renvoi du couple au Kosovo (où la réinstallation du recourant ne paraît  toutefois  pas  garantie,  dès  lors  qu'il  ne  possède  a  priori  pas  la  nationalité  kosovare)  respectivement  en  Serbie  (où  la  situation  demeure  toutefois  tendue  spécialement  pour  des  personnes d'origine  albanaise kosovare), il convient de se pencher d'abord sur leurs motifs  médicaux. En effet, si ceux­ci devaient se révéler pertinents, l'examen  des  possibilités  des  recourants  de  se  réinsérer  au  Kosovo  respectivement  en Serbie  ne  serait  alors  plus  nécessaire. De  plus  et  comme  cela  sera  développé  ci­dessous,  la  situation  des  soins  médicaux prévalant  au Kosovo  (cf.  infra  consid.  8.4.5)  est  similaire  à  celle prévalant en Serbie (cf. infra consid. 8.4.7). 8.4.3. En l'espèce, l'état de santé psychique de la recourante apparaît,  selon  les médecins  en  charge  de  son  cas,  gravement  altéré. Malgré  une  prise  en  charge  soutenue,  il  est  resté  stationnaire,  voire  a  tendance à s'aggraver. Selon les derniers renseignements au dossier,  elle  souffre  d'un  épisode  dépressif  sévère  sans  symptômes  psychotiques (F 32.2), d'un état de stress post­traumatique (F 43.1) et  d'une anxiété généralisée avec attaques de panique (F 41.1). Jusqu'à  récemment, aucune médication n'avait été prescrite à la recourante en 

E­7144/2008 ; E­7142/2008 Page 20 raison de son désir d'avoir des enfants. La réalité de son  infertilité  lui  est  particulièrement  difficile  à  accepter  et  engendre  chez  elle  une  aggravation  du  syndrome  de  stress  post­traumatique,  ainsi  que  des  tensions dans son couple. Elle n'oserait pas sortir sans  la compagnie  de  son  mari.  Depuis  le  début  de  son  suivi,  elle  a  fait  part  d'idées  suicidaires  scénarisées. Elle  a  récemment  été  hospitalisée  (pour  une  durée minimale de deux semaines) pour mise à l'abri d'un risque auto­ agressif. Cette hospitalisation est intervenue à l'époque où l'intéressée  a pris connaissance de la réponse à son recours de l'ODM préconisant  son  renvoi  au  Kosovo.  Les  angoisses  exacerbées,  de  manière  réactionnelle,  par  l'annonce  des  dernières  décisions  des  autorités  en  matière  d'asile,  ne  sauraient  en  général  permettre  la  poursuite  du  séjour en Suisse. Cependant, force est de constater que la recourante  a  ressenti  le  besoin  d'être  prise  en  charge  depuis  son  arrivée  en  Suisse et qu'elle présente depuis un certain  temps déjà un  risque de  suicide sérieux et durable. Les risques d'un acte auto­agressif étaient  par  ailleurs  précédemment  annoncés  par  son  médecin  réticent  à  permettre  à  la  recourante  d'accéder  librement  à  une  médication  (cf.  supra  let.  J).  Au  vu  de  ce  qui  précède,  le  Tribunal  estime  que  la  poursuite  du  suivi  thérapeutique  mené  jusqu'ici  et  du  traitement  médicamenteux,  récemment  mis  en  place,  sont  indispensables  à  la  recourante. 8.4.4. Le  recourant  souffre  quant  à  lui  d'un  épisode  dépressif  sévère  sans  symptômes  psychotiques  (F  32.2)  et  d'un  état  de  stress  post­traumatique  (F  43.1),  affections  pour  lesquelles  il  est  suivi  régulièrement  depuis  son  arrivée  en  Suisse  et  bénéficie  d'un  traitement  médical.  La  gravité  de  sa  symptomatologie  met  en  jeu  le  pronostic vital, étant donné  le potentiel suicidaire objectivé  (cf.  certificat  du  29  juillet  2011).  A  l'instar  de  sa  compagne,  il  a  récemment  été  hospitalisé  (pour une durée minimale de deux semaines) pour mise à  l'abri  d'un  risque  auto­agressif.  Le  Tribunal  estime,  concernant  le  recourant, que la nécessité de la poursuite de son suivi thérapeutique  et de son traitement médicamenteux est également établie. 8.4.5. S'il est vrai, selon les informations à disposition du Tribunal, que  des efforts ont été accomplis au Kosovo dans le domaine de la santé,  que l'infrastructure médicale s'y est sensiblement améliorée et que les  affections  psychiques  en  particulier  peuvent,  dans  une  certaine  mesure,  y  être  soignées,  il  n'en  demeure  pas  moins  que  les  traitements  adéquats,  en  règle  générale,  pour  autant  qu'ils  puissent 

E­7144/2008 ; E­7142/2008 Page 21 être  totalement  assurés,  ne  sont  gratuits  que  sous  réserve  d'un  cofinancement,  voire  d'un  financement  complet  du  patient  pour  certains  services  supplémentaires,  dont  les  médicaments.  En  présence  de  problèmes  d'ordre  psychique,  les  traitements  dispensés  sont d'ailleurs généralement axés exclusivement sur les médicaments,  faute  de  capacités  pour  des  psychothérapies.  En  outre,  il  existe  toujours un manque endémique de professionnels de la santé mentale,  dont  les  entretiens  avec  leurs  nombreux  patients  se  limitent  le  plus  souvent  à  évaluer  l'efficacité  des  médicaments  déjà  prescrits.  Les  personnes  touchées  par  des  affections  psychiques  graves,  qui  requièrent une  thérapie  spécifique de  longue durée, ne peuvent ainsi  souvent  pas  recevoir  des  soins  appropriés  (cf.  GREGOIRE  SINGER,  Organisation suisse d'aide aux réfugiés  [OSAR], Kosovo: Mise à  jour,  Etat des soins de santé, 1er septembre 2010). 8.4.6. Compte tenu du risque de suicide majeur en cas de renvoi, mis  en  évidence  chez  les  recourants  et  du  fait  qu'un  suivi  psychothérapeutique  de  longue  durée  leur  est  indispensable,  afin  de  pallier  le  risque  d'un  acte  auto­agressif,  lequel  ne  peut  leur  être  suffisamment garanti au Kosovo, le Tribunal estime que l'exécution de  leur  renvoi  les  mettrait  concrètement  en  danger  et  n'est  donc  pas  raisonnablement exigible. 8.4.7. Enfin,  s'agissant de  la Serbie, même si  la  recourante pouvait  y  obtenir  une  autorisation  de  séjour,  ce  dont  il  est  permis  de  douter  compte tenu des circonstances particulières du cas (question pouvant  toutefois rester  indécise),  il sied de relever qu'à  l'instar de  la situation  prévalant  au  Kosovo,  les  institutions  médicales  publiques  serbes  ne  peuvent offrir des  traitements psychothérapeutiques,  tant  la demande  est forte en ce domaine et les médecins surchargés. Dès lors, mutatis  mutandis  les  considérations  qui  précèdent  sur  les  risques  encourus  par  les  recourants  en  cas  de  renvoi  en  l'état  au Kosovo  valent  aussi  pour  la  Serbie.  De  plus,  un  double  effort  de  réintégration  dans  la  région  où  ils  ont  précédemment  vécu  ne  saurait,  en  l'état,  être  exigé  d'eux  compte  tenu  de  la  sévérité  de  leurs  troubles.  Leurs  problèmes  psychiques  ne  sont  en  effet  pas  liés  exclusivement  à  la  perspective  d'un retour, mais à la présence dans cette région serbe (zone frontière  avec  le  Kosovo)  de  lieux  et  d'atmosphères  susceptibles  de  leur  remémorer  les  brutalités  et  les menaces  dont  ils  ont  été  les  victimes  par le passé.

E­7144/2008 ; E­7142/2008 Page 22 8.4.8.  Il  s'ensuit  que  les  recours  doivent  être  admis  en  matière  d'exécution du renvoi et les décisions attaquées doivent être annulées sur  ce  point.  L'ODM  est  par  conséquent  invité  à  régler  les  conditions  de  séjour  des  recourants  en  Suisse  au  titre  de  l'admission  provisoire,  conformément aux dispositions applicables pour les étrangers. 9.  9.1. Vu  l'issue  de  la  cause,  des  frais  réduits  de  procédure,  s'élevant  à  Fr. 400.­,  doivent  être  mis  à  la  charge  des  recourants,  dont  les  conclusions ont  été partiellement  rejetées  (cf.  art.  63 al.  1 PA et  2 et  3  let. b  du  règlement  du  21  février  2008  concernant  les  frais,  dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif  fédéral  [FITAF,  RS  173.320.2]). Cependant, ceux­ci doivent être compensés par l'avance de  frais,  effectuée  le  2  décembre  2008,  par  les  recourants,  le  solde  de  Fr. 400.­ devant leur être restitué.  9.2.  Par  ailleurs,  l'autorité  de  recours  peut  allouer,  d'office  ou  sur  requête, à la partie ayant entièrement ou partiellement gain de cause,  une indemnité pour  les frais  indispensables et relativement élevés qui  lui  ont  été  occasionnés  (cf.  art.  64  al.  1  PA  et  7ss  du  règlement  du  21 février 2008 concernant  les frais, dépens et  indemnités fixés par  le  Tribunal administratif fédéral [FITAF, RS 173.320.2]). 9.3.  Les  recourants  ayant  eu  gain  de  cause  s'agissant  de  leurs  conclusions  en  matière  d'exécution  du  renvoi,  il  y  a  lieu  de  leur  attribuer les dépens correspondants (cf. art. 7 al. 2 FITAF). Selon l'art.  14 al.  2 FITAF,  le Tribunal  fixe  ces dépens sur  la base du décompte  produit  ou,  à  défaut,  sur  la  base du dossier. En  l'espèce,  les dépens  partiels  sont  arrêtés,  à défaut  de décompte du mandataire,  ex aequo  et bono, à un montant de Fr. 900.­ (TVA comprise).  (dispositif page suivante)

E­7144/2008 ; E­7142/2008 Page 23 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Les recours E­7142/2008 et E­7144/2008 sont joints. 2.  Les recours, en tant qu'ils portent sur la reconnaissance de la qualité de  réfugié, l'octroi de l'asile et le principe du renvoi, sont rejetés. 3.  Les  recours  sont  admis,  en  tant  qu'ils  portent  sur  l'exécution  du  renvoi.  Les décisions attaquées sont annulées sur ce point. L'ODM est  invité à  régler  les  conditions  de  séjour  des  recourants  conformément  aux  dispositions sur l'admission provisoire des étrangers. 4.  Les  frais de procédure, d'un montant de Fr. 400.­, sont mis à  la charge  des  recourants.  Ce montant  est  compensé  avec  l'avance  de  frais  déjà  versée de Fr. 800.­, le solde de Fr. 400.­ leur étant restitué par le service  des finances du Tribunal. 5.  L'ODM versera aux  recourants un montant de Fr. 900.­  (TVA comprise)  pour leurs dépens. 6.  Le présent arrêt est adressé au mandataire des recourants, à l’ODM et à  l’autorité cantonale compétente. Le président du collège : La greffière : Jean­Pierre Monnet Céline Berberat Expédition :

E-7144/2008 — Bundesverwaltungsgericht 21.10.2011 E-7144/2008 — Swissrulings