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Bundesverwaltungsgericht 13.09.2011 E-4281/2009

September 13, 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·2,596 words·~13 min·2

Summary

Asile (sans renvoi) | Asile (sans renvoi); décision de l'ODM du 9 juin 2009

Full text

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour V E­4281/2009 Arrêt   d u   1 3   sept emb r e   2011 Composition Maurice Brodard (président du collège),  Martin Zoller, Jenny de Coulon Scuntaro, juges, Edouard Iselin, greffier. Parties A._______, né le (…), alias B._______, né le (…), Irak, représenté par le Centre Social Protestant (CSP), en la personne de (…), recourant, contre Office fédéral des migrations (ODM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Asile ; décision de l'ODM du 9 juin 2009 / N (…).

E­4281/2009 Page 2 Faits : A.  L'intéressé  a  déposé  une  demande  d'asile  en  Suisse  le  5 novembre  2007. B.  B.a.  Entendu  par  l'ODM  lors  d'auditions  qui  se  sont  tenues  le  28 novembre 2007 et le 18 février 2008, le requérant a expliqué qu'il était  d'ethnie  arabe,  de  religion  musulmane  sunnite  et  originaire  de  C._______. Après avoir terminé son service militaire, il aurait exploité un  commerce de (...). Du fait de cette activité, il aurait connu depuis 2006 de  sérieux  problèmes  avec  des  membres  de  groupes  islamistes.  Vers  le  milieu  de  cette  année,  des  inconnus  auraient  tiré  sur  son  magasin  et  dérobé  des  marchandises.  Par  la  suite,  des  lettres  de  menaces,  tout  d'abord de portée générale, auraient été adressées aux commerçants de  C._______ ;  de  tels  écrits  auraient  été  ensuite  remis  à  des  personnes  nommément citées. L'intéressé aurait aussi reçu des coups de téléphone  durant  lesquels  on  exigeait  de  lui  de  l'argent.  Il  aurait  également  été  menacé  au  moyen  d'une  missive  déposée  au  domicile  de  sa  mère.  Quelque temps plus tard, il aurait à nouveau été contacté par téléphone,  entretien  durant  lequel  on  lui  aurait  reproché  de  collaborer  avec  les  Américains et on l'aurait menacé de tuer un de ses fils s'il ne versait pas  une  somme  de  5'000  Euros,  montant  dont  il  se  serait  acquitté.  Deux  semaines  après  ce  versement,  il  aurait  reçu  un  nouvel  appel,  son  interlocuteur  lui  enjoignant  de  fermer  son  magasin  vu  que  son  activité  professionnelle était  contraire à  l'Islam,  ce qu'il  aurait  aussi  fait. Vers  la  même époque, une personne exploitant dans le voisinage un commerce  semblable  au  sien  et  un  photographe­caméraman  auraient  été  assassinés. Il aurait déposé plainte, en vain, contre ces menaces auprès  du Ministère de l'Intérieur, puis aurait décidé de quitter son pays. Vers la  (...) 2007, il se serait rendu en bus en Turquie, muni de son passeport et  d'un visa de cet Etat, où il aurait séjourné pendant environ (...) mois, son  document  de  voyage  étant  gardé  par  le  passeur.  Il  aurait  ensuite  poursuivi sa route vers la Suisse, où il serait arrivé le 5 novembre 2007.  Après  son  départ,  ses  proches  restés  en  Irak,  qui  vivaient  de manière  précaire,  auraient  encore  été  la  cible  de  menaces  (par  lettre  et  par  téléphone), sa femme déposant à nouveau plainte. Il a encore ajouté qu'il  souffrait de troubles psychiques et était suivi médicalement pour ce motif.

E­4281/2009 Page 3 B.b.  Durant  l'instruction  de  sa  demande,  l'intéressé  a  fait  parvenir  à  l'ODM  diverses  pièces  (cf. aussi  let.  B.c.  ci­après),  dont  il  ressort  en  particulier  que  la  maison  de  sa  mère  avait  été  détruite  par  l'explosion  d'une bombe le (…) 2008 et que suite à un attentat (…) qui avait eu lieu  en (...) 2008, son magasin avait été détruit et (...) de ses enfants blessés. B.c. Le requérant a produit de très nombreux moyens de preuve pendant  la procédure de première instance. Il a en particulier versé au dossier sa  carte d'identité, son permis de conduire, son certificat de nationalité, son  acte  de  mariage,  son  livret  de  famille,  divers  documents  relatifs  à  son  parcours  dans  l'armée  irakienne  (livret  militaire,  attestation  du  CICR  indiquant qu'il a été prisonnier de guerre et copies de sa carte militaire et  de quatre photographies prises durant la guerre), des documents relatifs  à  son magasin et  à  son activité  professionnelle,  les  cartes d'identité  de  son épouse et de ses enfants et des copies des principales pages de leur  passeport, des attestations scolaires de ses enfants ainsi que des pièces  en  rapport  avec  les  menaces  et  préjudices  dont  sa  famille  avait  été  victime après  son départ  d'Irak,  en particulier  s'agissant  de  l'attentat  de  (...) 2008 (cf. aussi  let. B.b. ci­dessus et  let. D.e. ci­après).  Il a aussi  fait  parvenir  à  l'ODM  quatre  rapports  médicaux  attestant  qu'il  souffre  de  troubles psychiques et d'épilepsie. C.  C.a. Par décision du 9 juin  2009,  l'ODM a  rejeté  la  demande d'asile  de  l'Intéressé. Cet office a aussi prononcé son renvoi de Suisse, mais l'a mis  au bénéfice de l'admission provisoire, l'exécution de cette mesure n'étant  pas raisonnablement exigible. Dans  sa  décision,  l'ODM  a  en  particulier  considéré  que  le  requérant  n'avait  pas  invoqué  avoir  eu  des  problèmes  avec  les  autorités  de  son  pays.  Pour  se  soustraire  aux  agissements  et  aux  menaces  à  son  encontre  émanant  de  terroristes,  qui  étaient  d'origine  locale,  il  avait  la  possibilité  de  se  rendre  dans  une  autre  partie  du  territoire  étatique,  à  savoir  le  Kurdistan  autonome  d'Irak,  à  l'instar  de  ce  qu'avaient  fait  de  nombreux Irakiens en quête de protection. D.  D.a.  En  date  du  2 juillet  2009,  l'intéressé  a  recouru  contre  la  décision  précitée auprès du Tribunal administratif  fédéral  (Tribunal).  Il a conclu à  son annulation, à la reconnaissance de sa qualité de réfugié et à l'octroi 

E­4281/2009 Page 4 de  l'asile,  le  tout  sous  suite  de  dépens.  Il  a  aussi  sollicité  l'octroi  de  l'assistance judicaire partielle. D.b.  Dans  son  mémoire,  le  recourant  a  fait  tout  d'abord  valoir  que  l'audition principale du 18 février 2008 ne  lui avait pas permis d'exposer  l'ensemble  des  faits  qu'il  souhaitait  invoquer  à  l'appui  de  sa  demande  d'asile,  en  particulier  sur  son  rôle  au  sein  du  parti  Baas  et  sur  ses  activités militaires sous le régime de Saddam Hussein.  Il a expliqué que  lors de la chute de l'ancien gouvernement, des consignes strictes avaient  été données par l'armée irakienne et par ledit parti aux personnes en lien  avec le régime de ne parler en aucun cas de ces activités, sous peine de  sévères  sanctions.  Lorsqu'il  avait  été  entendu  par  l'ODM,  il  avait  ses  avertissements  en  tête  et  n'avait  pas  pu  dépasser  ses  craintes  et  ses  réflexes  d'obéissance.  En  outre,  d'après  les  informations  diffusées  en  Irak,  les personnes qui avaient eu un lien avec Saddam Hussein étaient  forcément mal vues par les Occidentaux, de sorte que, durant l'audition, il  était  encore  persuadé  que  tout  le  monde  lui  était  hostile.  En  outre,  aucune question ne lui avait été posée par l'ODM sur des faits remontant  à plusieurs années avant son départ, cet office ayant sans doute estimé  qu'ils étaient trop anciens. D.c.  S'agissant  des  activités  précitées,  l'intéressé  a  fait  valoir,  en  substance, qu'il avait adhéré au parti Baas à  l'âge de 17 ans. En  (...),  il  aurait été incorporé dans l'armée, comme (…). Du fait de la guerre Iran­ Irak,  il  aurait  dû  servir  jusqu'en  1988,  époque  où  il  aurait  pu  bénéficier  d'une grâce présidentielle l'autorisant à retourner à la vie civile deux mois  avant  la  fin  des  hostilités,  en  recevant  aussi  une  aide  financière,  consécration  de  son  engagement  et  de  sa  fidélité  au  parti.  Retourné  à  C._______,  il  aurait  continué d'effectuer des gardes  régulières au siège  de  différentes  sections  du Baas. Réincorporé  en  1990  dans  l'armée  en  raison de  la première guerre du golfe,  il aurait été  fait prisonnier par  les  Américains,  puis  libéré  un  mois  plus  tard.  Après  son  retour  en  Irak,  il  n'aurait pas été  interrogé par  les autorités ­ qui se méfiaient pourtant en  règle  générale  des  personnes  qui  avaient  été  faites  prisonnières ­ car  il  aurait  été  considéré  par  le  parti  et  l'armée  comme  un  homme  de  confiance. Il aurait alors sollicité l'autorisation d'ouvrir un magasin, qui lui  aurait  été  accordée  en  raison  de  ses  bonnes  qualifications  politiques.  Jusqu'à la chute du régime, il aurait été appelé pour effectuer des gardes  auprès de sections du Baas à C._______, lors d'assemblées, de réunions  ou d'autres événements particuliers ; il aurait aussi été chargé d'organiser  des animations culturelles à de telles occasions et aurait eu des relations 

E­4281/2009 Page 5 personnelles  avec  plusieurs  hauts  cadres  du  parti,  dont  le  frère  de  Saddam Hussein. Il a ajouté que durant toutes ces années, tant durant la  guerre  que  lorsqu'il  avait  été  assigné  à  des  tâches militaires  reliées  au  parti,  il avait dû participer à des missions contre  les populations kurdes,  notamment dans la région de C._______. D.d.  S'agissant  du  bien­fondé  en  matière  d'asile  des  motifs  allégués,  l'intéressé a fait valoir, en substance, que leur vraisemblance n'avait pas  été mise en doute par l'ODM et que les faits survenus après son départ,  en particulier  l'attentat  (...) du (…) 2008 qui avait détruit son magasin et  blessé  (...) de ses enfants, établissaient qu'il  courait un  risque  réel pour  sa  vie.  En  outre,  sa  famille,  qui  vivait  toujours  à  C._______,  lui  avait  récemment  fait savoir que  la police avait ouvert un dossier contre  lui en  tant qu'ancien membre du parti Baas.  Il a aussi avancé que  les actions  des groupes  islamistes dont  il  était  victime n'étaient pas uniquement de  nature locale et qu'il pouvait aussi être atteint par eux dans une autre ville  de son pays. S'agissant de l'existence d'une possibilité de refuge interne  dans  les  provinces  kurdes  du  nord  de  l'Irak,  il  a  invoqué  que  conformément  à  la  jurisprudence  du  Tribunal,  il  ne  pouvait  être  automatiquement admis que les personnes provenant du centre et du sud  de  cet  Etat  puissent  y  bénéficier  de  la  liberté  d'établissement  et  d'une  garantie  de  protection  des  autorités.  En  l'occurrence,  l'ODM  n'avait  procédé  à  aucun  examen  individualisé ;  il  n'avait  par  exemple  pas  examiné si  le groupe dont  il était victime pouvait agir sur  le  territoire de  provinces  kurdes  et  si  les  autorités  pouvaient  lui  assurer  une  véritable  protection. Or, les islamistes y avaient commis des attentats par le passé  et  des  nouvelles  incursions  de  leur  part  ne  pouvaient  être  exclues.  Il  a  ajouté que son installation dans le nord de l'Irak était aussi impossible en  raison  de menaces  qui  pesaient  sur  lui  du  fait  de  ses  activités  pour  le  Baas et  l'armée  irakienne. Pour s'y établir,  il devrait s'enregistrer auprès  des  autorités,  qui  procéderaient  dans  ce  cas  à  un  examen  approfondi,  avant de  lui délivrer une autorisation de séjour. Même s'il n'avait  jamais  été un haut dirigeant de ce parti, dites autorités ne manqueraient pas dès  lors d'être  informées de  son engagement  en  son  sein,  ainsi  que du  fait  qu'il avait été militaire à une époque où les Kurdes étaient réprimés par le  régime irakien. D.e. L'intéressé a en particulier joint à son mémoire des copies de divers  documents,  déjà  produits  durant  la  procédure  de  première  instance,  relatifs  à  l'attentat  précité  (photographies  de  son  commerce  avant  et  après  l'attentat ;  rapport de  la police scientifique avec plan des  lieux de 

E­4281/2009 Page 6 l'explosion ; rapports médicaux, cartes d'identité et photographies de ses  (...)  enfants  blessés ;  déposition  de  l'épouse  adressée  au  juge  d'instruction compétent en vue d'une demande de dédommagement). E.  Par  décision  incidente  du  7 juillet  2009,  le  Tribunal  a  en  particulier  renoncé  à  la  perception  d'une  avance  sur  les  frais  de  procédure  et  a  averti  l'intéressé  qu'il  statuerait  sur  la  dispense  de  ceux­ci  dans  le  prononcé final. F.  Invité à se prononcer sur le recours, l'ODM a préconisé son rejet dans sa  réponse du 13 juillet 2009. Il a considéré, en substance, que les raisons  avancées  par  l'intéressé  pour  expliquer  pourquoi  il  n'avait  pas  invoqué  durant  la  procédure  de  première  instance  son  appartenance  au  parti  Baas et son engagement dans l'armée n'étaient pas plausibles. A moins  qu'il ne cache des actions indignes, le recourant n'avait pas le profil d'une  personne soupçonnée d'être un insurgé, respectivement qui aurait été un  membre  actif  de  cette  organisation  politique  ou  aurait  eu  un  poste  de  responsabilité dans l'armée. G.  G.a.  Par  courrier  du  10 août  2009,  le  recourant  a  formulé  ses  observations au sujet de la réponse de l'ODM. Il a invoqué, en substance,  que  les  raisons  qui  l'avaient  conduit  à  n'exposer  que  tardivement  une  partie de ses motifs d'asile étaient tout à fait compréhensibles. Après les  auditions,  il  n'aurait  pu  faire  appel  qu'à  l'aide  de  son  assistante  sociale  pour  ses  contacts  avec  l'ODM,  avec  laquelle  il  n'entretenait  pas  un  rapport  de  confiance  et  à  laquelle  il  n'avait  dès  lors  voulu  révéler  des  informations  personnelles  et  intimes. Ce n'est  que plus  tard,  à  l'époque  de  la notification de  la décision de  l'ODM, qu'il  avait  enfin pu bénéficier  d'un conseil juridique. En outre, il souffrait de troubles psychiques sérieux  et ses craintes s'agissant du sort de sa  famille  lui  rendaient encore plus  difficile de s'exprimer ; l'état de confusion très important et le contexte de  méfiance  accrue  dans  lequel  il  se  trouvait  ainsi  que  ses  fortes  appréhensions  quant  à  de  possibles  conséquences  néfastes  de  ses  propos  sur  le  sort  de  ses  proches  restés  en  Irak  l'empêchaient  d'apprécier  de  manière  rationnelle  quelles  informations  il  convenait  de  livrer  aux  autorités.  Pour  le  surplus,  s'agissant  du  bien­fondé  de  ses  motifs  d'asile,  il  a  estimé  que  l'on  ne  pouvait  mettre  en  doute,  vu  les  moyens de preuve qu'il avait déposés, qu'il avait été membre de l'armée 

E­4281/2009 Page 7 irakienne durant de nombreuses années. Il a aussi déclaré qu'il avait pu  obtenir des documents confirmant ses  liens avec  le parti Baas,  lesquels  corroboraient  ses  allégations  selon  lesquelles  il  avait  aussi  lieu  de  craindre de sérieuses mesures de persécutions futures pour ce motif. G.b. L'intéressé a joint à sa réplique un document non daté et signé par  trois  témoins ­ attestant  qu'il  était  membre  du  parti  Baas,  qu'il  était  poursuivi  par  le  gouvernement  irakien  pour  cette  raison  et  qu'il  était  un  ami  du  frère  de  Saddam Hussein ­ ainsi  qu'un mandat  d'arrêt,  établi  le  12 mai  2009,  relatif  à  lui­même  et  à  trois  autres  membres  de  cet  ex­ groupement  politique.  Il  en  outre  versé  au  dossier  des  copies  de  six  nouvelles  photographies  le montrant  en  compagnie  d'autres  soldats  de  l'armée  irakienne  (semblables  à  celles  déposées  auprès  de  l'ODM ;  cf. let. B.c. ci­dessus) et d'une attestation médicale du 25 mai 2009 (déjà  produite durant la procédure de première instance). H.  Les autres faits et arguments de la cause seront évoqués, si nécessaire,  dans les considérants en droit. Droit : 1.  1.1.  Le  Tribunal,  en  vertu  de  l’art. 31  de  la  loi  du  17 juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF,  RS  173.32),  connaît  des  recours  contre les décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre  1968  sur  la  procédure  administrative  (PA,  RS  172.021)  prises  par  les  autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF.  1.2.  En  particulier,  les  décisions  rendues  par  l’ODM  concernant  l’asile  peuvent être contestées, par renvoi de l’art. 105 de la loi du 26 juin 1998  sur  l’asile  (LAsi,  RS  142.31),  devant  le  Tribunal,  lequel  statue  alors  définitivement,  sauf  demande  d’extradition  déposée  par  l’Etat  dont  le  requérant  cherche  à  se  protéger  (art. 83  let. d  ch. 1  de  la  loi  du  17 juin  2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110]). 1.3. Le recourant a qualité pour recourir. Présenté dans la forme et dans  le délai prescrits par  la  loi,  le  recours est  recevable  (art. 48 et 52 PA et  art. 108 al. 1 LAsi).

E­4281/2009 Page 8 2.  2.1.  Le  Tribunal  applique  le  droit  d'office,  sans  être  lié  par  les  motifs  invoqués dans le recours (art. 62 al. 4 PA) ni par l'argumentation juridique  développée dans la décision entreprise. Il peut ainsi admettre un recours  pour un autre motif que ceux invoqués devant lui ou le rejeter en adoptant  une  argumentation  différente  de  celle  de  l'autorité  intimée  (cf. PIERRE  MOOR / ETIENNE  POLTIER,  Droit  administratif,  vol. II,  3e éd.,  Berne  2011,  p. 820 s.). 2.2. Saisi  d'un  recours contre une décision de  l'ODM en matière d'asile  et/ou de  renvoi,  le Tribunal  tient compte de  la situation et des éléments  tels  qu'ils  se  présentent  au  moment  où  il  se  prononce  (cf. à  ce  sujet  notamment Arrêts du Tribunal administratif fédéral suisse [ATAF] 2008/12  consid. 5.2  p. 154 s.  et  ATAF  2008/4  consid. 5.4  p. 38 s. ;  cf. également  Jurisprudence  et  informations  de  la  Commission  suisse  de  recours  en  matière  d’asile  [JICRA]  1997  n° 27  consid. 4f  p. 211,  et  jurisp. cit.).  Ce  faisant, il prend en considération l'évolution intervenue depuis l'époque du  dépôt de la demande d'asile. 3.  3.1. En vertu de l’art. 2 al. 1 LAsi, la Suisse accorde sur demande l’asile à  des réfugiés conformément aux dispositions de la présente loi. 3.2. Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d’origine ou dans  le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices  ou craignent à juste titre de l’être en raison de leur race, de leur religion,  de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou  de  leurs  opinions  politiques.  Sont  notamment  considérées  comme  de  sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l’intégrité corporelle ou  de  la  liberté,  de  même  que  les  mesures  qui  entraînent  une  pression  psychique insupportable (art. 3 al. 1 et 2 LAsi). 3.3.  Quiconque  demande  l’asile  (requérant)  doit  prouver  ou  du  moins  rendre  vraisemblable  qu’il  est  un  réfugié.  La  qualité  de  réfugié  est  vraisemblable  lorsque  l’autorité  estime  que  celle­ci  est  hautement  probable. Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur  des  points  essentiels,  ne  sont  pas  suffisamment  fondées,  qui  sont  contradictoires,  qui  ne  correspondent  pas  aux  faits  ou  qui  reposent  de  manière déterminante sur des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7  LAsi).

E­4281/2009 Page 9 4.  La  reconnaissance  de  la  qualité  de  réfugié  au  sens  de  l'art. 3  LAsi,  préalable  indispensable  à  l’octroi  de  l’asile  (art. 2  LAsi),  présuppose  notamment qu’une possibilité de refuge interne (aussi appelée alternative  de  fuite  interne)  soit  exclue,  autrement  dit,  que  le  requérant  soit  dans  l’impossibilité de trouver une protection effective dans une autre partie de  son  pays  d’origine  contre  des  persécutions  (cf. JICRA  1997  n° 14  consid. 2b  p. 107  et  JICRA  1996  n° 1  consid. 5b  p. 5).  Les  exigences  pour que soit garantie une réelle protection sont élevées (cf. JICRA 2006  n° 25 consid. 8.3 p. 278 et JICRA 1996 précitée, consid. 5c p. 6 s.). Dans  la dernière  jurisprudence citée,  il  a aussi été précisé  (consid. 5d p. 7ss)  qu'en  cas  de  protection  effective  contre  les  persécutions  sur  le  lieu  de  refuge,  la  reconnaissance  de  la  qualité  de  réfugié  demeurait  exclue  même en  présence  de  conditions  de  vie  défavorables  (p. ex.  du  fait  de  difficultés  d’intégration  liées  à  des  différences  culturelles  ou  religieuses  ou  en  raison  d'une  situation  tendue  sur  le  marché  de  l'emploi) ;  la  question  du  caractère  raisonnablement  exigible  du  séjour  sur  le  lieu  de  refuge  doit  être  analysée  à  la  seule  lumière  des  empêchements  à  l’exécution du renvoi (cf. également JICRA 2005 n° 17 consid. 6.3 in fine  et JICRA 2001 n° 13 consid. 4c p. 105). 5.  5.1.  5.1.1. En premier lieu, le Tribunal considère que l'on ne saurait retenir les  raisons exposées par  l'intéressé pour expliquer  l'allégation  tardive d'une  partie de ses motifs d'asile. Rien ne permet de considérer que l'intéressé  aurait été empêché d'exposer à l'ODM une partie de son vécu en Irak en  raison de ses problèmes psychiques ou pour une autre raison tenant à sa  situation personnelle  (cf. notamment  let. D.b et G.a. de  l'état de  fait). Le  recourant  avait  déjà  réussi  à  faire  appel  aux  services  d'une association  spécialisée dans la défense des intérêts de requérants d'asile trois  jours  seulement  après  son  arrivée  en  Suisse  (cf. la  procuration  établie  le  8 novembre  2007  en  faveur  du  Service  d'aide  juridique  aux  Exilé­e­s  [SAJE] ;  pièce  A 5  du  dossier  de  l'ODM).  En  outre,  il  avait  reçu  l'aide­ mémoire  et  avait  pris  connaissance  de  son  contenu  avant  la  première  audition, document où  il était  rendu attentif à son devoir de répondre de  manière  véridique  et  complète  aux  questions  posées  par  les  autorités  suisses  sur  ses  motifs  d'asile,  obligation  qui  lui  avait  été  en  outre  rappelée au début de l'audition principale. Or il a, les deux fois, confirmé,  sur  demande,  qu'il  n'avait  pas  d'autres motifs  à  faire  valoir  (cf. pt. 15  in  fine, p. 6 in initio du procès­verbal [pv] de la première audition et p. 12 in 

E­4281/2009 Page 10 fine du pv de  la deuxième audition). A cela s'ajoute qu'il s'est exprimé à  leur sujet de manière abondante et détaillée durant l'audition principale du  18 février 2008 et a produit de très nombreux moyens de preuve à cette  occasion.  S'il  avait  alors  véritablement  craint  de  mettre  en  danger  sa  famille  restée  en  Irak  en  raison  de  possibles  conséquences  des  informations fournies à l'ODM à cette occasion, il ne se serait pas confié  de la sorte s'agissant des sérieux préjudices subis de la part de membres  de  groupes  islamistes,  sans  par  contre  s'exprimer,  même  de  manière  voilée, sur des points moins délicats dans ce contexte, à savoir sur son  activité au sein du parti Baas et de  l'armée  irakienne. En outre, plus de  quatre  ans  et  demi  s'étaient  déjà  écoulés  depuis  la  chute  de  Saddam  Hussein au moment du dépôt de sa demande d'asile et  le recourant n'a  jamais  prétendu  avoir  connu  de  problèmes  durant  cette  longue  période  avec d'ex­membres du régime déchu. Dans ces circonstances, il ne peut  être  retenu  qu'il  n'aurait  jamais  osé ­ du  fait  de  consignes  reçues  à  l'époque  et  de  menaces  de  sanctions  émanant  d'institutions  disparues  depuis longtemps ­ confier à l'ODM, durant les dix­neuf mois qu'a duré la  procédure  de  première  instance,  son  appartenance  et  son  engagement  au  sein  du  parti  Baas  et  les  détails  de  son  parcours militaire.  S'il  avait  estimé que ces éléments étaient  réellement primordiaux pour  le  sort de  sa  demande  d'asile,  il  aurait  certainement  fourni  à  cet  office  les  informations  nécessaires.  Du  reste,  de  nombreux  requérants  d'asile  irakiens ­ et parmi eux des personnes ayant réellement eu des fonctions  et/ou  un  engagement  important/s  sous  le  régime  de Saddam Hussein ­ ont  exposé,  de  leur  propre  initiative,  leurs  activités  politiques  et/ou  militaires passées durant la période d'instruction de leur propre demande. 5.1.2. Au  vu  de  ce  qui  précède,  le  Tribunal  considère  que  l'intéressé  a  réellement exposé durant la procédure de première instance, l'entier des  motifs qui  l'ont  déterminé à  fuir  son pays et/ou qui  lui  faisaient  craindre  d'être victime de nouveaux préjudices en cas de retour en Irak. 5.2.  5.2.1. L'intéressé  a  fait  valoir  durant  la  procédure  de  première  instance  avoir  été  victime  de  préjudices  dont  les  auteurs  étaient  des  personnes  appartenant  à  des  groupements  islamistes.  Au  vu  de  ses  allégations  détaillées  à  ce  sujet,  en  particulier  lors  de  l'audition  principale  sur  les  motifs d'asile, des moyens de preuve s'y rapportant qu'il a produits et de  la  situation  générale  tendue  à C._______  avant  son  départ,  le  Tribunal  n'entend  pas  mettre  en  doute  la  réalité  les  actes  commis  alors  à  son  encontre et des craintes qui  l'ont  incité à  fuir  son pays. Toutefois,  force 

E­4281/2009 Page 11 est  de  constater  que  la  situation  actuelle  n'est  plus  entièrement  comparable  à  celle  qui  prévalait  alors.  Si  les  membres  de  sa  famille  semblent  avoir  encore  été  inquiétés  durant  la  période  qui  a  suivi  son  départ (cf. en particulier questions n° 1 [par. 4 à 6], 35, 56 et 65 s. du pv  de  l'audition  principale  sur  les  motifs  d'asile),  ces  actes  d'intimidation  semblent avoir entretemps cessé, l'intéressé n'ayant plus invoqué que sa  famille  avait  connu  des  problèmes  concrets ­ que  ce  soit  avec  des  membres  de  groupes  islamistes  ou  avec  d'autres  personnes  ou  organisations ­ après (...) 2008, soit il y a plus de trois ans déjà. En outre,  le  Tribunal  relève  que  les  derniers  sérieux  préjudices  évoqués  (cf. let. B.b. et D.d.  in  initio de  l'état de  fait)  ne semblent pas avoir pour  origine la situation personnelle du recourant et/ou de sa famille. Au vu du  dossier, la destruction de la maison de la mère de l'intéressé le (...) 2008  (cf. en  particulier  la  plainte  déposée  par  celle­ci  [pièce  A 20  du  dossier  ODM]) n'a pas été motivée par les problèmes qu'a connus son fils, celui­ ci  n'ayant  du  reste  jamais  fait  référence  à  cet  événement  durant  sa  procédure de  recours. En outre, au vu des  informations collectées dans  des sources publiques, s'il est exact qu'un attentat  (…) attribué à  (…) a  eu  lieu  le  (…) 2008 à C._______,  lequel a  fait de nombreuses victimes,  celui­ci  avait  pour  cible  le  siège  de  la  police  dans  cette  ville,  dont  le  magasin  du  recourant  se  trouve  à  proximité  (cf. le  croquis  figurant  en  annexe  du  pv  de  la  deuxième  audition  et  le  rapport  de  la  police  scientifique établi  le  jour  de  l'attentat  [cf. let. D.d.  de  l'état  fait],  où  il  est  mentionné que  le magasin détruit se  trouvait  "dans un  rayon de  (…) de  l'épicentre  de  l'explosion"),  les  (...)  enfants  du  recourant  comptant  au  nombre des blessés en raison d'un hasard malheureux. 5.2.2. Au vu de ce qui précède, le Tribunal considère que les préjudices  ciblés  de  la  part  d'islamistes  à  l'encontre  de  la  famille  du  recourant  ont  entre­temps  cessé.  La  raison  de  cette  amélioration  étant  toutefois  incertaine  et  la  situation  dans  la  région  de C._______  restant  tendue  à  l'heure  actuelle,  il  convient  toutefois  de  faire  preuve  de  prudence.  En  l'état, le Tribunal considère que l'on ne saurait admettre sans autre que le  recourant  pourrait  y  retourner  sans  risquer  d'être  à  l'avenir  victime  de  nouvelles mesures de persécution déterminantes en matière d'asile de la  part  de  groupes  islamistes.  Cette  question  peut  cependant  rester  en  définitive ouverte, celui­ci pouvant de toute façon trouver refuge dans une  autre partie de son pays d'origine (cf. consid. 4 ci­avant et 5.2.4 ci­après).

E­4281/2009 Page 12 5.2.3.  5.2.3.1 S'agissant  des nouveaux motifs  d'asiles  invoqués dans  le  cadre  du  recours,  le  Tribunal  n'entend  pas  mettre  en  doute ­ au  vu  de  la  situation  qui  prévalait  à  l'époque  du  régime  déchu  (cf. ci­après) ­ que  l'intéressé a réellement fait partie du parti Baas et a servi durant plusieurs  années dans  l'armée  irakienne (cf. aussi  les moyens de preuve produits  relatifs à ses activités militaires). Toutefois, il considère que l'engagement  de l'intéressé dans ses deux institutions n'a été que de peu d'importance  et qu'il n'a pas eu de fonction ni exercé d'activité de nature à l'exposer à  des  sérieux  préjudices  au  sens  de  l'art. 3  LAsi  durant  la  période  qui  a  précédé son départ d'Irak en 2007 ou susceptible de  fonder une crainte  réelle de persécutions futures en cas de retour dans cet Etat.  5.2.3.2  Dans  ce  contexte,  il  convient  de  rappeler  que  le  parti  Baas  comptait 2,5 millions de membres à l'époque de l'invasion américaine en  mars  2003,  soit  presque  10 %  des  citoyens  irakiens,  ce  pourcentage  étant encore plus élevé au sein de la minorité arabe sunnite, qui dirigeait  alors  le pays et à  laquelle appartient  l'intéressé ; à cela s'ajoute que ce  parti était  incontournable au sein de la société  irakienne de l'époque, de  nombreuses  personnes  y  adhérant  non  par  conviction  politique  et/ou  fidélité  envers  le  régime,  mais  en  raison  des  importants  avantages  économiques  et  sociaux  dont  bénéficiaient  ses membres  (cf. à  ce  sujet  notamment ATAF 2008/12 consid. 7.2 p. 189 s.), ce qui, au vu du dossier,  a aussi été le cas de l'intéressé. Selon les informations fournies par celui­ ci  durant  la  procédure  de  recours,  son  engagement  pour  le  Baas  s'est  exclusivement  effectué  dans  sa  région  d'origine  et  il  n'a  jamais  occupé  une  fonction  de  cadre,  les  activités  entreprises  (gardes  de  locaux  de  sections,  lors  d'assemblées,  de  réunions  ou  d'autres  événements  particuliers,  respectivement  organisation  d'animations  culturelles)  ne  donnant  pas  non  plus  l'impression  qu'il  était  une  personne  fortement  impliquée politiquement parlant. Quant aux deux seuls moyens de preuve  produits en rapport avec son appartenance à ce parti (cf. let. G.b. de l'état  de  fait) ­ qui n'ont été  fournis que durant  la procédure de  recours et qui  sont en particulier censés établir que l'intéressé entretenait des relations  étroites  avec  le  frère  de  Saddam  Hussein  et  qu'il  était  désormais  recherché par  les autorités  irakiennes ­ le Tribunal  les considère comme  des  documents  de  complaisance.  En  effet,  au  vu  des  déclarations  de  l'intéressé dans son mémoire, du libellé de ces pièces et de l'époque de  leur  production  (cf. let. D.d.  et  G.b.  de  l'état  de  fait),  ces  poursuites  auraient débuté en 2009. Or  l'intéressé n'a  jamais prétendu durant toute  sa  procédure  d'asile  qu'il  a  avait  eu  un  quelconque  problème  avec  les 

E­4281/2009 Page 13 autorités irakiennes entre la chute de l'ancien régime au printemps 2003  et  sa  fuite  du  pays  plus  de  quatre  ans  plus  tard,  et  il  a  même  expressément  requis  leur  protection  peu  avant  son  départ,  lorsqu'il  a  déposé plainte contre les agissements dont il avait été victime de la part  d'islamistes. Il n'est pas non plus inutile de rappeler que si la période qui  a  immédiatement  suivi  la  chute  du  régime  de  Saddam  Hussein  a  été  marquée  par  un  processus  de  "débaasification",  les  relations  entre  les  nouvelles autorités  irakiennes et  les anciens membres du parti Baas se  sont  très  sensiblement  décrispées  par  la  suite  (cf. pour  plus  de  détails  ATAF  2008  précité  consid. 7.2  p. 190).  Le  Tribunal  considère  dès  lors  comme  invraisemblable  que  dans  un  tel  contexte  d'apaisement,  les  autorités  irakiennes  aient  entrepris  des  poursuites  à  l'encontre  de  l'intéressé, alors que six ans s'étaient écoulés depuis la chute du régime  de Saddam Hussein et que l'intéressé n'était qu'un simple membre sans  fonction ni engagement digne d'intérêt et auquel, au vu du dossier, aucun  acte délictueux ne pouvait être reproché dans ce cadre. 5.2.3.3 S'agissant des activités militaires de l'intéressé, le Tribunal relève  que celui­ci a déclaré lors de sa deuxième audition qu'il travaillait comme  (…) dans l'armée et qu'il avait été définitivement libéré du service militaire  le (…) [cf. questions n° 3 et 30 du pv].  Il ne ressort pas non plus de ses  explications complémentaires dans  le cadre de  la procédure de  recours  qu'il ait jamais eu une fonction dirigeante ­ ne serait­ce que comme sous­ officier ­ et  que  son  parcours  militaire  ait  été  différent  de  celui  de  tout  autre citoyen  irakien placé dans des circonstances analogues. Du reste,  l'intéressé n'a donné aucune précision sur les prétendues "missions" qu'il  aurait  été  appelé  à  effectuer  durant  son  engagement  dans  l'armée,  en  particulier à l'encontre de la population kurde (cf. en particulier p. 5 pt. 1.3  et p. 9 pt. 4.3 par. 3 du mémoire de recours ; cf. également let. D.c. in fine  de l'état de fait). 5.2.4.  5.2.4.1  Il  ressort  de  ce  qui  précède  que  l'intéressé,  vu  la  liberté  d'établissement que lui confère sa nationalité, peut aller s'établir dans une  autre  province  que  celle  dont  il  provient,  où  ont  eu  lieu  les  sérieux  préjudices  dont  il  a  été  victime,  et  qu'il  bénéficie  d'une  possibilité  de  refuge  interne dans une des  trois provinces kurdes de Dohuk, d'Erbil et  de Suleimaniya, au nord de l'Irak. A ce jour, on peut en effet admettre que  les  autorités  chargées  de  la  sécurité  et  de  la  justice  dans  ces  trois  provinces sont en principe capables d'assurer la protection des habitants  et qu'elles ont en règle générale également  la volonté de  le  faire (ATAF 

E­4281/2009 Page 14 2008/4  p. 31 ss,  sp. consid. 6.5  p. 46,  6.6.1  p. 47 s.  et  6.7  p. 52 s.,  analyse qui est encore d'actualité : cf. à ce sujet en particulier Update on  Entry Procedures at Kurdistan Regional Government (KRG) Checkpoints  and  Residence  in  Kurdistan  Region  of  Iraq  (KRI) ­ Report  from  Danish  Immigration  Service’s  fact­finding  mission  to  Erbil,  Suleimaniyah  and  Dohuk,  Copenhague,  juin  2011  [ci­après  Update  Kurdistan  DIS] ;  cf. également  UNHCR  Eligibility  Guidelines  for  Assessing  the  International  Protection  Needs  of  Iraqi  Asylum­Seekers,  Genève,  avril  2009,  chap. IV  let. C  ch. 2  n° 111 ss  p. 51 ss,  spéc. n° 122  p. 55).  Il  convient de  rappeler, à cet égard, que  l'intéressé, malgré ce qu'il  laisse  entendre,  n'a  eu  qu'une  position  subalterne  dans  le  parti  Baas  et  dans  l'armée  irakienne et n'a, au vu dossier,  pas déployé dans ce cadre des  activités  qui  inciteraient  les  autorités  des  provinces  kurdes  à  lui  refuser  leur protection (cf. consid. 5.2.3 ci­dessus). Il est du reste notoire que de  nombreux  irakiens  d'origine  arabe ­ et  en  particulier  des  personnes  appartenant au régime déchu et/ou faisant partie du parti Baas ­ ont pu y  trouver  refuge  (cf. en particulier Update Kurdistan DIS, pt. 1.3.3, p. 22 s.  et p. 25 et ATAF 2008 précité, consid. 6.6.1, p. 47). Dans ces conditions,  il  y  a  lieu  d'admettre  que  l'intéressé  dispose  d'une  possibilité  de  refuge  interne  effective  dans  son  pays  qui  lui  permet  d'obtenir  une  protection  efficace  contre  les  préjudices  qu'il  a  allégués,  pour  autant  que  ces  derniers soient encore d'actualité (cf. consid. 5.2.2 ci­avant). 5.2.4.2 Il convient encore de rappeler que si l'on peut constater sur le lieu  de fuite une protection effective contre des persécutions, on peut retenir  l'existence  d'une  possibilité  de  refuge  interne  en  dépit  de  conditions  de  vie  défavorables  pouvant  y  régner.  La  question  du  caractère  raisonnablement  exigible  ou  non  (p. ex.  en  raison  de  problèmes  de  santé ;  cf. let. B.c.  in  fine  et G  de  l'état  de  fait)  du  séjour  sur  le  lieu  de  refuge doit être analysée à la seule lumière des empêchements au renvoi  selon  l'art. 83  al. 4  de  la  loi  fédérale  sur  les  étrangers  du  16 décembre  2005  (cf. consid. 4  ci­avant,  et  jurisp. cit).  Pareille  question  ne  se  pose  cependant pas en  la cause,  l'intéressé ayant été mis au bénéfice d'une  admission provisoire, soit une mesure de substitution à l'exécution de son  renvoi. 5.3. Il ressort de ce qui précède que la qualité de réfugié ne saurait être  reconnue au recourant et que l'asile doit dès lors lui être refusé.

E­4281/2009 Page 15 6.  6.1. Lorsqu'il rejette la demande d'asile ou qu'il refuse d'entrer en matière  à ce sujet, l'ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en  ordonne  l'exécution  ;  il  tient  compte  du  principe  de  l'unité  de  la  famille  (art. 44  al. 1  LAsi).  Le  renvoi  ne  peut  être  prononcé,  selon  l'art. 32  de  l'ordonnance 1 du 11 août 1999 sur  l'asile relative à la procédure (OA 1,  RS 142.311),  lorsque  le  requérant  d'asile  dispose  d'une  autorisation  de  séjour  ou  d'établissement  valable,  ou  qu'il  fait  l'objet  d'une  décision  d'extradition ou d'une décision de  renvoi  conformément à  l'art. 121 al. 2  de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101). 6.2.  Aucune  exception  à  la  règle  générale  du  renvoi  n'étant  en  l'occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette  mesure. 7.  Il  s'ensuit  que  le  recours ­ faute  d'argument  susceptible  de  remettre  en  cause  le  bien­fondé  de  la  décision  du  9 juin  2009,  sous  l'angle  de  la  reconnaissance de la qualité de réfugié, de l'octroi de l'asile et du renvoi ­  doit  être  rejeté  et  le  dispositif  de  la  décision  précitée  confirmé  sur  ces  points. 8.  S'agissant  de  la  demande  d'assistance  judiciaire  partielle,  elle  doit  être  admise,  les  conditions  prévues  par  l'art. 65  al. 1 PA étant  réalisées. En  effet, il ressort de ce qui précède que le recours n'était pas d'emblée voué  à  l'échec. En outre,  l'intéressé, au vu du dossier, est  indigent. Partant,  il  est  statué  sans  frais,  en  dépit  du  fait  que  l'intéressé  a  succombé  (cf. art. 63 al. 1 PA). (dispositif page suivante)

E­4281/2009 Page 16 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est rejeté. 2.  La demande d'assistance judiciaire est admise. 3.  Il est statué sans frais. 4.  Le présent arrêt est adressé à la mandataire du recourant, à l’ODM et à  l’autorité cantonale compétente. Le président du collège : Le greffier : Maurice Brodard Edouard Iselin Expédition :

E-4281/2009 — Bundesverwaltungsgericht 13.09.2011 E-4281/2009 — Swissrulings