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Bundesverwaltungsgericht 10.11.2011 E-425/2011

November 10, 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·2,692 words·~13 min·1

Summary

Asile et renvoi | Asile et renvoi; décision de l'ODM du 8 décembre 2010

Full text

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour V E­425/2011 Arrêt   d u   1 0   n o v emb r e   2011 Composition François Badoud (président du collège),  Emilia Antonioni, Regula Schenker Senn, juges, Antoine Willa, greffier. Parties A._______, né le (…), son épouse  B._______, née le (…), leurs enfants  C._______, né le (…), et  D._______, née le (…),  Kosovo, représentés par Me Christophe Tafelmacher, avocat,  (…), recourants,  contre Office fédéral des migrations (ODM), Quellenweg 6, 3003 Berne,    autorité inférieure. Objet Asile et renvoi ; décision de l'ODM du 8 décembre 2010 / N (…).

E­425/2011 Page 2 Faits : A.  Le  24  août  2009,  A._______  et  sa  famille  ont  déposé  une  demande  d'asile  auprès  du  centre  d'enregistrement  et  de  procédure  (CEP)  de  Vallorbe. B.  Entendu audit centre, puis directement par l'ODM, le requérant a exposé  qu'il  appartenait,  comme  son  épouse,  à  la  communauté  gorani  et  était  originaire  de  (...)  [commune  de Dragash].  Il  aurait  exploité  à Vitina  une  boulangerie­pâtisserie  fondée  par  son  grand­père  sur  un  terrain  alloué  par  la commune ;  l'intéressé aurait succédé dans  la gestion à son père,  qui restait propriétaire officiel. A partir de 2000, le requérant et les siens se seraient trouvés exposés à  l'animosité de la population albanaise. A._______ aurait été en plusieurs  occasions la cible d'actes d'extorsion commis par des groupes activistes  albanais, à qui il aurait dû remettre de fortes sommes, atteignant une fois  13.000  DM ;  parallèlement,  la  commune  de  Vitina  lui  aurait  infligé  plusieurs  amendes  injustifiées,  pour  infractions  à  la  législation  sanitaire  ou d'autres prétextes peu clairs, et fait payer plus cher l'eau et l'électricité.  En 2002,  la terrasse de son commerce aurait été détruite, sous prétexte  de mesures d'urbanisme. L'intéressé se serait également vu sanctionné  abusivement pour des infractions aux règles de circulation. Ses plaintes à  la police ou à la KFOR n'auraient pas eu de suites. Le 15  juin 2009,  l'intéressé aurait  reçu une décision de  la commune de  Vitina  ordonnant  la  destruction  de  son  commerce  pour  le  18  juin,  sous  prétexte qu'il n'était pas propriétaire du terrain, et que la construction était  donc illégale. Son frère E._______, qui exploitait  la boulangerie avec lui,  aurait  aussitôt  requis  du  Tribunal  de  Vitina  une  ordonnance  de  suspension,  laquelle  aurait  été  rendue  le  17  juin  ;  ce  même  jour  cependant, donc avant le terme fixé, la police serait intervenue avec une  pelleteuse et aurait procédé à la destruction prévue. L'intéressé et son frère, assistés de l'avocat F._______, auraient saisi en  vain  le  Tribunal  de  Vitina,  puis  tenté  de  se  plaindre  aux  autorités  européennes  (Eulex),  lesquelles  auraient  refusé  d'intervenir ;  l'intervention de  responsables de  la  communauté gorani n'aurait  pas eu 

E­425/2011 Page 3 plus  d'effet.  Avec  sa  famille,  il  serait  alors  revenu  à  (...)  et  se  serait  installé dans la maison d'un oncle domicilié en Suisse. Le 22 août 2009, il  aurait  quitté  le Kosovo  et  gagné  la Suisse  avec  sa  famille,  aidé  par  un  passeur. A  l'appui  de  ses  motifs,  le  requérant  a  déposé  deux  DVD  montrant  la  destruction de son commerce, une photographie représentant celle de la  terrasse,  plusieurs  documents  anciens  attestant  de  la  propriété  de  la  famille  (…)  sur  le  terrain  litigieux,  une  copie  de  la  demande  de  suspension  du  15  juin  2009  et  un  extrait  cadastral  du  22  juin  suivant  indiquant  que  le  terrain  était  désormais  propriété  de  la  commune  ;  il  a  également  produit  deux  attestations  d'appartenance  à  l'Initiative  citoyenne  des Goranis  (Gradanska  Inicijativa Gore,  GIG)  pour  lui  et  sa  femme. C.  Egalement  entendue,  B._______  a  dit  être  née  à  Belgrade  et  aussi  appartenir  à  la  communauté  gorani.  Ayant  épousé  son  mari  contre  la  volonté de sa famille, elle aurait rompu toutes relations avec celle­ci. Tenue à l'écart par la population albanaise de Vitina et fréquemment prise  à partie, elle aurait cessé de sortir. Elle aurait connu plusieurs ennuis de  santé durant ses grossesses. Ses enfants auraient également été atteint  d'affections diverses (eczéma, asthme), qu'elle aurait eu de la difficulté à  faire  traiter  par  le  personnel  médical  albanophone.  Elle  aurait  constaté  que son mari était tendu et dépressif, sans en connaître les raisons. D.  Le 12 mai 2010, l'ODM a interrogé l'Ambassade de Suisse au Kosovo au  sujet  des  circonstances  de  la  destruction  du  commerce  du  requérant,  ainsi que de  l'existence d'une décision officielle de  la commune et de  la  possibilité d'un recours contre les mesures prises. L'autorité de première  instance a également interrogé l'ambassade sur la réalité d'un traitement  discriminatoire  abusif  motivé  par  l'origine  ethnique  de  l'intéressé  et  la  probabilité de mesures de harcèlement orchestrées par les autorités. Selon le rapport de l'ambassade, du 23 juin suivant, la maison de famille  des intéressés se trouvait en effet à (...), où résidaient plusieurs proches.  Après  plusieurs  années  de  bonnes  relations  avec  la  commune,  le  commerce  qu'exploitait  l'intéressé  à  Vitina  avait  bien  été  détruit  de  manière  précipitée  dans  le  cadre  d'un  réaménagement  urbain,  ce  qui 

E­425/2011 Page 4 laissait la famille sans ressources. Une demande de compensation n'avait  pas encore donné de résultats, et un arriéré de taxes de 12.000 DM était  réclamé au requérant. Selon les informations recueillies, la discrimination  contre  les  Goranis  avait  joué  un  rôle,  tous  les  membres  de  cette  communauté ayant quitté Vitina. A été  jointe au rapport une copie de  la  décision du 15  juin 2009 ordonnant  la destruction de  la boulangerie,  vu  l'absence de titre de propriété valable. Invité à s'exprimer, A._______ a  rappelé,  le 21 septembre 2009, que  la  destruction de sa terrasse en 2002, puis de son commerce sept ans plus  tard,  constituaient  clairement  des  mesures  destinées  à  le  chasser  de  Vitina en raison de son origine gorani, comme le montrait  la violation de  l'ordonnance  de  suspension  rendue  par  le  Tribunal.  Le  requérant  a  déposé une copie de cette dernière, du 17  juin 2009, et de  la demande  de suspension datée de  l'avant­veille, ainsi que plusieurs photographies  du  bâtiment  détruit  ;  il  a  précisé  qu'aucune  procédure  d'expropriation  n'avait  été  engagée,  et  qu'il  n'avait  pu  trouver  aucune  aide  contre  l'arbitraire commis. E.  Par  décision  du  8  décembre  2010,  l'ODM  a  rejeté  la  demande  d'asile  déposée par  les  intéressés et a prononcé  leur renvoi de Suisse,  tant en  raison de l'invraisemblance que du manque de pertinence de leurs motifs. F.  Interjetant recours contre cette décision, le 12 janvier 2011, les époux (...)  ont fait valoir leur mauvais état de santé, que l'ODM n'avait pas entrepris  d'éclaircir, et qui contre­indiquait un retour au Kosovo. Ils ont par ailleurs  fait  valoir  l'existence  d'une  persécution  motivée  par  des  raisons  ethniques, abondamment prouvée, le harcèlement infligé sur une longue  durée ayant laissé chez eux de nombreuses séquelles ; ce comportement  était symptomatique des conditions de vie que connaissaient les Goranis. Les  intéressés  ont  encore  relevé  que  le  caractère  arbitraire  de  la  destruction  de  la  boulangerie  étant  bien  établi,  leur  qualité  de  propriétaires  étant  incontestable,  cet  acte  avait  en  réalité  pour  objet  de  les obliger à quitter Vitina ; pour arriver à ce but, les autorités municipales  n'avaient  pas  hésité  à  violer  une  décision  de  justice.  En  outre,  les  requérants  n'avaient  pu  trouver  aucun  soutien  des  autorités  internationales.  Ils  ne  disposaient  pas  non  plus  d'un  réseau  social  et  familial suffisant en cas de retour, vu  leur état de santé.  Ils ont conclu à 

E­425/2011 Page 5 l'octroi  de  l'asile  et  au  non­renvoi  de  Suisse,  et  ont  requis  l'assistance  judiciaire totale. Ont été joints au recours quatre rapports médicaux relatifs à A._______ ;  le premier, daté du 16 juillet 2009, est antérieur au départ du Kosovo, les  trois autres, des 3 septembre 2009, 11 décembre 2009 et 7 janvier 2011,  ont  été  rédigés  en  Suisse.  De  manière  synthétique,  il  en  ressort  que  l'intéressé  a  été  en  traitement  médicamenteux  en  janvier  2003  et  juin  2009 en raison d'un syndrome de stress post­traumatique (PTSD) et de  son état anxio­dépressif, réactifs aux événements vécus ; ce diagnostic a  été confirmé après le dépôt de la demande. A partir de décembre 2009,  le  recourant  a  fait  l'objet  d'une  prise  en  charge  psychothérapeutique,  associée  à  la  prise  de  médicaments  (antidépresseurs,  anxiolytiques  et  somnifères).  Un  cadre  sécurisant  étant  indispensable,  un  retour  au  Kosovo  et  la  consécutive  interruption  du  traitement  entraîneraient  une  aggravation de l'état et, corrélativement, un danger de suicide ; le renvoi  était donc "à proscrire". A également été déposé un rapport médical concernant B._______, daté  du 7 janvier 2011, qui pose chez elle, outre celui d'une anémie ferriprive,  le  diagnostic  de  PTSD  et  d'un  état  dépressif  sévère  ;  ce  dernier  a  été  aggravé  du  fait  d'une  fausse  couche  survenue  en  juillet  2010.  L'intéressée  a  été  hospitalisée  en  psychiatrie  du  16  au  24  décembre  2010. Le traitement est analogue à celui de son époux, et les risques en  cas de retour sont les mêmes. Enfin,  les  recourants  ont  également  produit  :  une  attestation  du  20 décembre 2010 signée de l'avocat G._______, selon qui le Tribunal de  Vitina  n'a  toujours  pas  statué  sur  la  plainte  déposée  à  la  suite  de  la  destruction  du  commerce,  les  autorités  internationales  se  déclarant  par  ailleurs incompétentes ; des copies des autorisations de séjour délivrées  par les autorités françaises, le 16 décembre 2010, à l'oncle du recourant  H._______  et  à  son  épouse,  au  titre  de  l'asile  ;  14  reçus  remis  au  recourant,  entre  2000  et  2005,  par  une  organisation  du  nom  de MMK,  pour des sommes de divers montants. G.  Par  ordonnance  du  20  janvier  2011,  le  Tribunal  administratif  fédéral  (le  Tribunal)  a  rejeté  la  requête d'assistance  judiciaire  totale, mais  accordé  l'assistance judiciaire partielle.

E­425/2011 Page 6 H.  Invité à se prononcer sur  le recours,  l'ODM en a préconisé  le rejet dans  sa réponse du 9 mai 2011, les intéressés pouvant recevoir au Kosovo le  traitement nécessaire. Faisant usage de leur droit de réplique, le 17 juin suivant, les recourants  ont  fait valoir que  l'ODM n'avait pas  instruit suffisamment  la question de  leur  état  de  santé  ;  or  ce  dernier  indiquait  clairement  l'existence  d'un  traumatisme  dérivant  d'une  persécution  de  nature  ethnique.  A  ce  sujet,  les  époux  ont  fait  grief  à  l'ODM  de  n'avoir  pas  tenu  compte  de  la  reconnaissance,  par  l'autorité  française,  de  la  qualité  de  réfugié  de  H._______. Un retour était donc contre­indiqué, d'abord en raison des problèmes que  continuerait  de poser aux  intéressés  leur origine, et ensuite à cause de  l'impossibilité  de  recevoir  au  Kosovo  les  soins  nécessaires,  vu  l'insuffisance  des  infrastructures  de  santé  ;  l'époux  n'y  avait  d'ailleurs  jamais  été  pris  adéquatement  en  charge,  mais  avait  reçu  un  simple  traitement  par  médicaments.  Le  seul  retour  au  Kosovo  serait  donc  de  nature  à  aggraver  l'état  des  recourants,  leur  traumatisme  risquant  dans  une telle hypothèse de se retrouver réactivé. Requérant  une  nouvelle  fois  l'assistance  judiciaire  totale,  les  intéressés  ont  déposé  deux  attestations  de  la GIG  de  janvier  2011,  dépeignant  la  situation  des  Goranis  et  les  risques  pesant  sur  eux­mêmes.  Deux  rapports médicaux  relatifs  à B._______,  des 17  février  et  28 mai  2011,  confirment  le  diagnostic  d'un  état  anxio­dépressif  sévère,  et  retiennent  l'existence  de  troubles  de  la  personnalité  ;  l'intéressée  ayant  été  la  victime  de  divers  épisodes  infectieux,  et  se  trouvant  également  atteinte  d'une  anémie  et  d'hyperthyroïdie,  son  état  peut  être  tenu  pour  "très  précaire",  si  bien  qu'un  retour  au  Kosovo  aurait  des  "conséquences  dramatiques". Enfin,  un  rapport médical  détaillé  du 16  juin  2011,  concernant  les  deux  époux,  retient  que  l'état  de  la  recourante  est  "extrêmement  fragile  et  inquiétant",  son  état  ayant  connu  une  "évolution  catastrophique"  ;  le  PTSD  persistant,  l'intéressée  manifeste  une  tendance  aux  troubles  paranoïdes et montre des signes d'idéations suicidaires, au point qu'une  nouvelle  hospitalisation  est  envisagée.  Quant  au  mari,  son  état  est  qualifié  de  "très  inquiétant"  et  s'accompagne  également  d'idées  suicidaires. Un retour au Kosovo apparaît dès lors exclu, ce d'autant plus 

E­425/2011 Page 7 qu'aucune prise en charge correcte des deux époux ne peut y avoir lieu.  En effet, les traitements entrepris au Kosovo, où les traumatismes ont été  vécus, n'auraient "aucune chance d'aboutir", les thérapeutes se déclarant  dans une telle hypothèse "inquiets pour la survie même du couple". Droit : 1.  1.1.  Le  Tribunal,  en  vertu  de  l’art.  31  de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF,  RS  173.32),  connaît  des  recours  contre les décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre  1968  sur  la  procédure  administrative  (PA,  RS  172.021)  prises  par  les  autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF. En particulier, les décisions rendues par l’ODM concernant l’asile peuvent  être contestées, par renvoi de l’art. 105 de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile  (LAsi, RS 142.31), devant  le Tribunal,  lequel statue alors définitivement,  sauf demande d’extradition déposée par l’Etat dont le requérant cherche  à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal  fédéral [LTF, RS 173.110]). 1.2. Les  recourants ont qualité pour  recourir. Présenté dans  la  forme et  dans les délais prescrits par la loi, le recours est recevable (art. 48 et 52  PA et 108 al. 1 LAsi). 2.  2.1. Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d’origine ou dans  le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices  ou craignent à juste titre de l’être en raison de leur race, de leur religion,  de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou  de  leurs  opinions  politiques.  Sont  notamment  considérées  comme  de  sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l’intégrité corporelle ou  de  la  liberté,  de  même  que  les  mesures  qui  entraînent  une  pression  psychique  insupportable.  Il  y  a  lieu  de  tenir  compte  des motifs  de  fuite  spécifiques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi). Quiconque demande  l’asile  (recourant) doit prouver ou du moins  rendre  vraisemblable qu’il est un réfugié. La qualité de réfugié est vraisemblable 

E­425/2011 Page 8 lorsque l’autorité estime que celle­ci est hautement probable. Ne sont pas  vraisemblables notamment  les allégations qui, sur des points essentiels,  ne  sont  pas  suffisamment  fondées,  qui  sont  contradictoires,  qui  ne  correspondent pas aux faits ou qui reposent de manière déterminante sur  des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7 LAsi). 3.  3.1. En  l’occurrence,  les  intéressés n'ont  pas été en mesure d'établir  la  pertinence de leurs motifs. 3.2.  Au  vu  des  éléments  de  preuve  figurant  au  dossier  (documents  fonciers,  décisions  administratives,  actes  judiciaires,  photographies),  le  Tribunal admet que  le  récit est, dans ses grandes  lignes, conforme à  la  vérité. Il est ainsi établi que le recourant et sa famille exploitaient depuis  longtemps  une  boulangerie  à  Vitina,  et  que  celle­ci  a  été  détruite  par  décision  de  la  commune,  en  dépit  des  démarches  entamées  par  l'intéressé et ses proches auprès de l'autorité judiciaire. Malgré les confusions qui marquent l'étendue et les limites des droits de  propriétés  au  Kosovo,  relevées  par  l'ODM,  le  Tribunal  considère  cependant comme plausible que la destruction du commerce exploité par  A._______  ait  trouvé  son  origine  dans  son  appartenance  à  la  communauté  gorani,  et  non  dans  un  simple  litige  foncier.  En  effet,  il  apparaît que  la  famille  (...) détenait un droit d'usage, sinon de propriété  en  bonne  et  due  forme,  sur  le  terrain  et  le  commerce  en  cause  ;  par  ailleurs,  la  manière  dont  les  autorités  communales  ont  agi,  en  n'avertissant  les  intéressés  que  trois  jours  avant  la  destruction  du  magasin, puis en procédant à celle­ci avant même la fin de ce très court  délai,  au  mépris  d'une  décision  de  justice,  permet  d'admettre  qu'il  ne  s'agissait  pas en  l'occurrence,  comme  l'affirme  l'ODM, d'un  simple  litige  de propriété. Dès lors, dans le contexte kosovar,  il est probable que ces  mesures  aient  été  inspirées  par  des  motifs  en  rapport  avec  l'origine  ethnique des recourants. Plaident dans le même sens les manœuvres d'extorsion dont A._______  semble avoir été la victime depuis 2000, et ceci bien que les éléments de  preuve  produits  soient  très  antérieurs  à  son  départ  ;  en  effet,  il  a  été  constaté  en  de  nombreuses  occasions  que  les  organisations  autonomistes  albanaises  se  livraient  à  ce  type  d'actes  de  racket  contre  les membres  des minorités  ethniques  du Kosovo.  Le  rapport  provenant 

E­425/2011 Page 9 de  la  représentation  diplomatique  suisse,  même  s'il  ne  répond  pas  précisément  aux  questions  posées  par  l'ODM,  n'exclut  pas  non  plus  la  possibilité d'un harcèlement ourdi par les autorités communales et motivé  par des motifs ethniques, même s'il ne permet aucune conclusion claire. 3.3.  Les  époux  (...)  n'ont  cependant  pas  été  menacés  de  manière  pressante dans  leur  vie ou  leur  intégrité  corporelle,  les préjudices subis  se  limitant  à  des  dommages matériels  (la  destruction  du magasin)  et  à  des marques d'animosité de  la population (art. 3 al. 2 LAsi)  ;  il ne s'agit  donc pas de préjudices directs, qu'on pourrait qualifier de graves au sens  de la loi. Dans  le  cas d'espèce,  il  n'est  certes pas exclu que  les  intéressés aient  été  les  victimes  d'une  pression  psychique  insupportable,  à  savoir  telle  qu'elle aurait rendu quasi impossible la poursuite d'une vie conforme à la  dignité  humaine,  si  bien  que  la  seule  issue  aurait  été  la  fuite  (cf.  Jurisprudence  et  informations  de  la  Commission  suisse  de  recours  en  matière d’asile  [JICRA] 1993 n°10 consid. 5e p. 65 ; 1996 n° 29 consid.  2h p. 282) ; leur état de santé tend à renforcer cette hypothèse. Vu ce qui  suit, cette question toutefois peut rester indécise. 3.4. En effet, pour plusieurs raisons, il n'apparaît pas que les événements  traversés par les recourants ne leur aient laissé d'autre issue que la fuite,  ni ne constituent une persécution au sens de la loi. 3.4.1. En premier lieu, selon la jurisprudence du Tribunal, qui a repris sur  ce  point  celle  de  l'ancienne  Commission  suisse  de  recours  en  matière  d’asile  (CRA),  la  Mission  internationale  des  Nations  Unies  au  Kosovo  (MINUK, remplacée en avril 2009 par  la mission EULEX) et  la Force de  maintien  de  la  paix  au Kosovo  (KFOR)  ont  la  volonté  et  la  capacité  de  protéger  les  minorités  ethniques  au  Kosovo  et  il  n'existe  aucune  persécution systématique de celles­ci (cf. notamment arrêts D­6827/2010  du 2 mai 2011 et  réf.  citées, ainsi que JICRA 2002 n° 22 consid. 4d/aa  p. 180). Cette  jurisprudence  reste  d'actualité,  même  après  la  déclaration  d'indépendance  du  Kosovo  (cf. arrêts  du  Tribunal  D­3685/2009  du  20 août  2009  p. 5  et  6, D­3694/2006  du  18  novembre  2008  consid. 3.2  p. 6 et D­4220/2008 du 24 octobre 2008 p. 5), les autorités du nouvel Etat  ne  renonçant  pas  à  poursuivre  les  auteurs  d'actes  pénalement  répréhensibles  et  offrant  donc,  en  principe,  une  protection  appropriée 

E­425/2011 Page 10 pour  empêcher  la  perpétration  d'actes  illicites,  quelle  que  soit  l'appartenance  ethnique  des  auteurs  et  des  victimes  de  ces  atteintes  (cf. notamment  UK  Home Office,  Operational  Guidance  Note  :  Kosovo,  22 juillet  2008,  spéc.  par.  3.11.10  à  3.11.12  et  sources  citées ;  idem,  Kosovo, octobre 2009, p. 16­17). Dès  lors,  il  incombait  aux  intéressés  de  saisir  les  instances  internationales  en  charge  de  l'ordre  public  au  Kosovo,  ce  qu'ils  n'apparaissent ne pas avoir  fait  ;  il n'en ont en  tout cas déposé aucune  preuve. De même,  il  ressort de  leur  récit que  le Tribunal de Vitina avait  donné  suite  à  leur  demande  de  suspension,  et  qu'une  plainte  déposée  par le recourant, semble­t­il contre la commune, est toujours en suspens  devant  cette  instance  ;  les  intéressés  ne  peuvent  donc  prétendre  qu'ils  étaient démunis de tout moyen de défense contre l'acte d'arbitraire qui les  a  frappés.  On  ne  peut  dès  lors  parler,  dans  le  cas  particulier,  d'une  persécution menée par l'entier de l'appareil d'Etat ou avec sa connivence,  le cas échéant par des tiers bénéficiant de sa tolérance (cf. JICRA 2006  n° 18 consid.10.2­10.3, p. 202­204). Le Tribunal ne peut tirer aucune conclusion du statut de réfugié reconnu  à  l'oncle  du  recourant  par  les  autorités  françaises,  les  motifs  de  cette  décision étant inconnus ; il incombait, le cas échéant, à l'intéressé de les  faire valoir. 3.4.2.  Par  ailleurs,  il  apparaît  que  les  problèmes  rencontrés  par  les  recourants se sont limités à la localité de Vitina. Ils n'ont pas rencontré de  difficultés  lors  de  leur  séjour  à  (...),  dans  la  commune  de  Dragash,  d'ailleurs  peuplée  par  un  grand  nombre  de  Goranis  ;  comme  ils  l'ont  affirmé  et  l'a  confirmé  le  rapport  d'ambassade,  plusieurs  proches  de  l'époux y résident depuis leur départ de Vitina. La  jurisprudence  a  admis  que  les  musulmans  slaves  du  Kosovo,  en  particulier  les  Goranis,  ne  couraient  pas  de  risques  dans  les  circonscriptions de Dragash, Prizren, Gjakove et Pej  (JICRA 2002 n° 22  p. 177ss,  arrêts  du  Tribunal  D­6827/2010  et  réf.  citées).  Cette  jurisprudence  est  toujours  d'actualité,  la  situation  des  musulmans  serbophones s'étant même améliorée depuis lors, au point que ce constat  est dorénavant valable dans son principe sur tout le territoire du Kosovo,  à l'exception de la région de Mitrovica.

E­425/2011 Page 11 In casu,  les  recourants viennent de  la commune de Dragash, où  ils ont  vécu  avant  leur  départ  et  ont  toujours  leurs  racines.  Selon  les  informations  dont  dispose  le  Tribunal  (cf. notamment  Kosovo  Communities  profiles,  Organization  for  Security  and  Cooperation  in  Europe [OSCE], Mission in Kosovo, 02/2011), la municipalité de Dragash  est constituée d'une majorité d'Albanais, avec une  très  forte minorité de  Goranis.  Les  membres  de  la  communauté  gorani  dans  la  région  ne  connaissent  pas  de  problèmes  particuliers  pour  se  déplacer,  s'exprimer  dans  leur  langue auprès de  l'administration, ou encore pour avoir accès  aux services publics, aux soins médicaux, à l'éducation, à l'aide sociale et  à  la propriété. Concernant  plus particulièrement  la  ville de Dragash,  les  Goranis  de  retour  au  pays  peuvent  bénéficier  d'une  aide  à  la  reconstruction  d'habitations,  de  l'aide  sociale  et  d'une  aide  alimentaire.  Ces aides sont notamment fournies par des organisations internationales,  comme le Programme des Nations Unies pour le développement (UNDP)  et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR). Dans  ces  conditions,  le  Tribunal  considère  donc  que  la  région  de  Dragash  remplit  les  conditions  strictes  mises  par  la  jurisprudence  à  la  reconnaissance  d'une  alternative  de  refuge  interne  (JICRA  1996  n° 1  p. 1ss)  :  en  effet,  les  intéressés  y  seraient  non  seulement  totalement  à  l'abri  des  persécutions,  directes  ou  indirectes,  pouvant  les  menacer  à  Vitina ou dans les autres régions du Kosovo, mais n'y risqueraient pas d'y  être  renvoyés. De  plus,  ils  ne  courraient  pas,  sur  ce  lieu  de  refuge,  un  risque  de  persécution  d'origine  cette  fois  locale,  ou  de  pressions  de  nature  à  leur  rendre  la  vie  quotidienne  si  difficile  qu'ils  ne  pourraient  résider  dans  la  région  de  manière  durable  (ibidem  consid.  5c  p.  6­7 ;       cf. également MARIO GATTIKER, La procédure d'asile et de  renvoi, 3e  éd., Berne 1999, p. 70­71 ; OSAR, Manuel de la procédure d'asile et de  renvoi, Berne 2009, p. 189­191). Comme  on  le  verra  plus  bas,  la  question  du  refuge  interne  doit  être  distinguée de celle de  l'exécution du  renvoi  :  en effet,  il  est  concevable  qu'une  telle mesure ne puisse s'effectuer en direction du  lieu de  refuge  théorique  ainsi  déterminé,  dans  le  cas  où  les  conditions  de  vie  qui  règnent  dans  ce  lieu  rendraient  cette  exécution  illicite,  non  raisonnablement exigible ou impossible dans le cas particulier. 3.5. Il s’ensuit que le recours, en tant qu’il conteste le refus de l’asile, doit  être rejeté.

E­425/2011 Page 12 4.  4.1. Lorsqu’il rejette la demande d’asile ou qu’il refuse d’entrer en matière  à ce sujet, l’ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en  ordonne  l’exécution ;  il  tient  compte  du  principe  de  l’unité  de  la  famille  (art.  44  al.  1  LAsi).  Le  renvoi  ne  peut  être  prononcé,  selon  l’art.  32  de  l’ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l’asile relative à la procédure (OA 1,  RS 142.311),  lorsque  le  recourant  d’asile  dispose  d’une  autorisation  de  séjour  ou  d’établissement  valable,  ou  qu’il  fait  l’objet  d’une  décision  d’extradition ou d’une décision de renvoi conformément à  l’art. 121 al. 2  de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101). 4.2.  Aucune  exception  à  la  règle  générale  du  renvoi  n’étant  en  l’occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette  mesure. 5.  5.1. L’exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnablement  exigible  et  possible  (art.  44  al.  2  LAsi).  Si  ces  conditions  ne  sont  pas  réunies, l’admission provisoire doit être prononcée. Celle­ci est réglée par  l’art. 84 de  la  loi  fédérale sur  les étrangers du 16 décembre 2005 (LEtr,  RS  142.20),  entrée  en  vigueur  le  1er  janvier  2008.  Cette  disposition  a  remplacé  l’art.  14a  de  l’ancienne  loi  fédérale  du  26  mars  1931  sur  le  séjour et l’établissement des étrangers (LSEE). 5.2. L’exécution n’est pas  licite  lorsque  le  renvoi de  l’étranger dans son  Etat d’origine ou de provenance ou dans un Etat  tiers est  contraire aux  engagements  de  la  Suisse  relevant  du  droit  international  (art.  83  al.  3  LEtr). Aucune personne ne peut être contrainte, de quelque manière que  ce soit, à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa  liberté  serait  menacée  pour  l’un  des  motifs  mentionnés  à  l’art.  3  al.  1  LAsi, ou encore d’où elle  risquerait d’être astreinte à se  rendre dans un  tel pays (art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut être soumis à  la  torture ni à des  peines ou  traitements  inhumains ou dégradants  (art. 3 de  la convention  du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés  fondamentales [CEDH, RS 0.101]). 5.3. L’exécution de  la décision peut ne pas être raisonnablement exigée  si  le  renvoi  ou  l’expulsion  de  l’étranger  dans  son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple  en  cas  de 

E­425/2011 Page 13 guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée  ou  de  nécessité  médicale (art. 83 al. 4 LEtr). 5.4. L’exécution n’est pas possible  lorsque l’étranger ne peut pas quitter  la  Suisse  pour  son  Etat  d’origine,  son  Etat  de  provenance  ou  un  Etat  tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr). 6.  6.1. Il convient de noter à titre préliminaire que les trois conditions posées  par  l'art.  83  al.  2  à  4  LEtr,  empêchant  l'exécution  du  renvoi  (illicéité,  inexigibilité et  impossibilité) sont de nature alternative  :  il suffit que  l'une  d'elles soit réalisée pour que le renvoi soit inexécutable 6.2.  L’exécution  du  renvoi  des  personnes  en  traitement  médical  en  Suisse ne devient inexigible, en cas de retour dans leur pays d'origine ou  de provenance, que dans la mesure où elles pourraient ne plus recevoir  les  soins  essentiels  garantissant  des  conditions minimales  d'existence ;  par soins essentiels,  il  faut entendre  les soins de médecine générale et  d'urgence  absolument  nécessaires  à  la  garantie  de  la  dignité  humaine.  L'art.  83  al.  4  LEtr  ne  saurait  en  revanche  être  interprété  comme  conférant  un droit  général  d'accès  en Suisse  à  des mesures médicales  visant  à  recouvrer  la  santé  ou  à  la  maintenir,  au  simple  motif  que  l'infrastructure hospitalière et le savoir­faire médical dans le pays d'origine  ou  de  destination  de  l'intéressé  n'atteint  pas  le  standard  élevé  qu'on  trouve en Suisse (JICRA] 1993 n° 38 p. 274s.).  Ainsi,  si  les  soins  essentiels  nécessaires  peuvent  être  assurés  dans  le  pays  d'origine  ou  de  provenance  de  l'étranger  concerné,  l'exécution  du  renvoi  sera  raisonnablement  exigible.  Elle  ne  le  sera  plus,  au  sens  de  l'art. 83 al. 4 LEtr si, en raison de l'absence de possibilités de traitement  adéquat,  l'état de santé de  l'intéressé se dégraderait  très rapidement au  point de conduire d'une manière certaine à la mise en danger concrète de  sa vie ou à une atteinte sérieuse, durable, et notablement plus grave de  son intégrité physique (JICRA 2003 n° 24 consid. 5b p. 157s.). A  ce  sujet,  le  Tribunal  constate  que  les  troubles  de  santé  touchant  les  recourants  sont  suffisamment  documentés  et  qu'aucune  instruction  complémentaire n'est  nécessaire  ;  les griefs articulés par  les  intéressés  sur ce point sont donc sans pertinence.

E­425/2011 Page 14 6.3. Le système de santé publique du Kosovo étant toujours en phase de  reconstruction  depuis  la  fin  de  la  guerre,  son  niveau  laisse  encore  à  désirer. 6.3.1.  Selon  les  informations  à  disposition  du  Tribunal  (cf. notamment  OSAR,  Kosovo :  Etat  des  soins  de  santé  [mise  à  jour],  Berne,  1er septembre  2010),  le  pays  n'a  pas  à  l'heure  actuelle  de  système  d'assurance­maladie  publique,  de  sorte  que  seuls  des  contrats  privés  peuvent  assurer  l'accès  à  l'ensemble  des  prestations  hospitalières  et  ambulatoires.  Cela  étant,  les  services  de  santé  sont  théoriquement  fournis  gratuitement  par  les  institutions  de  santé  publique  à  certains  groupes spécifiques, comme par exemple les enfants jusqu'à 15 ans, les  élèves et étudiants jusqu'à la fin de leur formation de base, ou encore les  bénéficiaires de l'assistance sociale et leur famille proche. Dans les faits,  en  raison  des  contraintes  financières  et  matérielles  ne  permettant  pas  toujours de faire face à la demande, les patients concernés sont toutefois  parfois amenés à payer une partie des frais générés, voire leur intégralité.  Le système kosovar des soins de santé comprend trois niveaux, à savoir  les niveaux primaire (centres médicaux situés dans chaque municipalité),  secondaire  (hôpitaux  au  niveau  régional)  et  tertiaire  (Centre  Clinique  Universitaire et institutions spécialisées à Pristina). De manière générale,  les  Kosovars  peuvent  se  faire  soigner  dans  des  cabinets  et  cliniques  publics  et  privés,  les  prix  étant  plus  élevés  dans  le  secteur  privé.  Les  pharmacies  sont  elles  aussi  publiques  ou  privées.  Seuls  certains  médicaments de base sont distribués gratuitement. La commune de Dragash, d'où sont originaires les recourants, propose la  gratuité des soins médicaux à certains groupes de personnes, comme les  bénéficiaires  de  l'aide  sociale.  La  ville  dispose  par  ailleurs  d'un  centre  médical  susceptible  d'intervenir  en  cas  d'urgence  médicale,  par  l'envoi  d'une  ambulance  notamment  (cf. à  ce  propos  Kosovo  Communities  profiles,  Organization  for  Security  and  Cooperation  in  Europe  [OSCE],  Mission in Kosovo, Kosovo Gorani, 02/2011, p. 11s.). Concernant  l'accès  aux  soins  médicaux,  les  membres  des  groupes  minoritaires  gorani  et  bosniaque  ne  connaissent  en  principe  pas  de  problèmes particuliers.  Il arrive certes que  le personnel albanais montre  une certaine réticence à leur venir en aide, comme cela peut se produire  avec d'autres minorités. Néanmoins,  les améliorations dans ce domaine 

E­425/2011 Page 15 sont  constantes  (cf. Kosovo :  Etat  des  soins  de  santé  [mise  à  jour],        op. cit. p. 18). 6.3.2. En ce qui concerne le système de santé mentale, sa réhabilitation  est l'une des priorités du Ministère de la santé. Les besoins en la matière  sont  en  effet  importants,  de  nombreux  Kosovars  souffrant  de  troubles  d'origine  psychique,  et  les  moyens  pour  y  faire  face  étant  encore  insuffisants.  Le  pays manque de professionnels  qualifiés,  et  le  système  actuel de formation est sous­développé, particulièrement en dehors de la  capitale Pristina. Ainsi, en 2009, il n'y avait encore qu'un psychiatre pour  90'000 habitants, un employé du secteur de la santé mentale pour 40'000  habitants,  cinq  psychologues  cliniciens  et  un  faible  nombre  d'assistants  sociaux.  Dès  lors,  les  moyens  les  plus  utilisés  pour  faire  face  à  la  demande  sont  l'administration  de  médicaments  et  l'hospitalisation,  lorsque le manque de lits ne s'y oppose pas. Cela  étant,  il  existe  au  Kosovo  sept  centres  de  traitement  ambulatoire  pour  les  maladies  psychiques  (Centres  Communautaires  de  Santé  Mentale),  dont  un  à  Prizren.  En  outre,  certains  hôpitaux  généraux  disposent d'espaces réservés à la neuropsychiatrie pour le traitement des  cas  de  psychiatrie  aiguë,  ce  qui  est  le  cas  également  à  Prizren.  Finalement, grâce à la coopération internationale, de nouvelles structures  appelées  "Maisons  de  l'intégration"  ont  vu  le  jour  dans  certaines  villes,  dont Prizren. Ces établissements peuvent  loger des personnes atteintes  de troubles mineurs de la santé mentale dans des appartements protégés  et  leur  proposer  un  soutien  thérapeutique  et  socio­psychologique  (cf. Kosovo : Etat des soins de santé [mise à jour], op. cit. p. 12ss). 6.4.  Dans  ce  contexte,  il  n'est  pas  du  tout  assuré  que  les  intéressés  seront  en  mesure  de  recevoir  le  traitement  nécessaire.  En  effet,  si  la  fourniture  de  médicaments  ne  devrait  pas  poser  de  problèmes  insurmontables,  il  ressort des différents  rapports médicaux déposés que  les  deux  époux  ont  besoin  d'une  prise  en  charge  psychothérapeutique  intensive  et  d'un  suivi  constant,  vu  la  gravité  des  troubles  qu'ils  manifestent  (une  nouvelle  hospitalisation  de  l'épouse  reste  envisagée) ;  leur état ayant tendance à s'aggraver, la nécessité de cette assistance ne  pourra qu'augmenter, et ceci à court terme. Comme  on  l'a  vu,  l'état  des  ressources  de  la  médecine  psychique  au  Kosovo est encore rudimentaire, une prise en charge complète n'étant à  la  rigueur  possible  qu'à  l'hôpital  universitaire  de  Pristina  (clinique 

E­425/2011 Page 16 neuropsychiatrique), mais dans une mesure que les possibilités pratiques  rendent  très  limitée,  et  d'un  accès  difficile  (cf.  OSAR,  Kosovo­Etat  des  soins  de  santé,  juin  2007).  Il  est  dès  lors  très  improbable  que  les  recourants aient accès aux soins indispensables, en tout cas rapidement,  ce d'autant plus qu'ils seraient en pratique contraints de s'installer à (...),  et continueraient à assumer la charge de leurs enfants. La question en se limite cependant pas à la disponibilité d'une éventuelle  prise en charge : selon les thérapeutes en charge des époux (...), qui ont  insisté sur ce point (cf. avant tout le rapport du 16 juin 2011), il existe un  risque grave et pressant pour  la survie même des  intéressés en cas de  retour au Kosovo. Dans une telle hypothèse, il y aurait en effet un danger  aigu de réactivation des traumatismes subis dans  la passé, qui pourrait,  avec  une  grande  probabilité,  entraîner  chez  tous  deux  une  réaction  suicidaire.  Le  Tribunal  ne  peut  écarter  sans  raisons  solides  les  avertissements  réitérés  des  praticiens  en  charge  des  recourants,  particulièrement  de  l'épouse,  qui  mettent  en  lumière  les  risques  très  sérieux, voire vitaux, qu'entraînerait l'exécution du renvoi. Dès lors, vu ces carences des infrastructures médicales, un risque grave  et sérieux de dégradation de l'état psychique des intéressés existe dans  l'hypothèse d'un retour au Kosovo. A cela s'ajoute que leurs perspectives  de  réinsertion  professionnelle  sont  mauvaises,  le  mari  ayant  perdu  le  commerce  qui  le  faisait  vivre,  et  l'aide  de  ses  proches  restés  à  (...)  ne  pouvant guère suppléer à cette perte de  revenu  ;  les époux ne seraient  donc  pas  non  plus  en  mesure  d'assumer  les  frais  d'un  éventuel  traitement. 6.5. Dans  ce  contexte,  l'exécution  du  renvoi  doit  donc  être  considérée  comme  inexigible.  Dès  lors,  au  vu  de  la  conjugaison  de  facteurs  défavorables  affectant  les  intéressés  et  leurs  enfants,  il  y  a  lieu  de  prononcer  leur  admission  provisoire  ;  celle­ci,  en  principe  d’une  durée  d’un an (art. 85 al. 1 LEtr), renouvelable si nécessaire, apparaît mieux à  même d’écarter les risques sérieux qu'ils courent actuellement en cas de  retour. 7.  7.1. En conséquence,  le recours doit être admis, en tant qu'il conclut au  prononcé  de  l'admission  provisoire,  et  la  décision  attaquée  annulée  sur 

E­425/2011 Page 17 ce  point.  L'autorité  de  première  instance  est  donc  invitée  à  prononcer  l'admission provisoire des la recourants et de leurs enfants. 8.  8.1. L'assistance judiciaire partielle ayant été accordée, il n'est pas perçu  de frais (art. 65 al. 1 PA). 8.2. Conformément à l'art. 64 al. 1 PA, l'autorité de recours peut allouer,  d'office ou sur requête, à la partie ayant entièrement ou partiellement gain  de  cause,  une  indemnité  pour  les  frais  indispensables  et  relativement  élevés qui lui ont été occasionnés. 8.3.  En  l'espèce,  le  Tribunal  ne  voit  pas  de  raison  de  revenir  sur  sa  décision du 20  janvier 2011 et d'accorder aux recourants  le bénéfice de  l'assistance  judiciaire  totale,  dans  la  mesure  où  l'intervention  d'un  mandataire d'office ne paraît pas plus indispensable qu'alors. Dès lors,  il fixe le montant de l'indemnité, sur la base de la note de frais  du  11  octobre  2011  (art.  14  al.  2  du  règlement  du  11  décembre  2006  concernant  les  frais,  dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif  fédéral [FITAF, RS 173.320.2]), à  la somme de Fr. 5624,70  (frais  postérieurs  au  dépôt  du  recours).  L'admission  du  recours  étant  partielle,  les  dépens  sont  arrêtés  à  la  moitié  de  cette  somme,  soit  Fr. 2812,35. (dispositif page suivante)

E­425/2011 Page 18 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est rejeté, en tant qu'il porte sur l'asile et le renvoi. 2.  Le recours est admis, en tant qu'il porte sur l'exécution du renvoi. 3.  L'ODM est  invité  à  régler  les  conditions  de  séjour  des  intéressés  et  de  leurs  enfants  conformément  aux  dispositions  sur  l'admission  provisoire  des étrangers. 4.  Il n'est pas perçu de frais. 5.  L'ODM  versera  aux  recourants  la  somme  de  Fr.  2812,35  à  titre  de  dépens. 6.  Le  présent  arrêt  est  adressé  aux  recourants,  à  l’ODM  et  à  l’autorité  cantonale compétente. Le président du collège : Le greffier : François Badoud Antoine Willa Expédition :

E-425/2011 — Bundesverwaltungsgericht 10.11.2011 E-425/2011 — Swissrulings