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Bundesverwaltungsgericht 04.10.2011 E-3708/2011

October 4, 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·3,702 words·~19 min·2

Summary

Asile et renvoi (recours réexamen) | Asile et renvoi (recours réexamen); décision de l'ODM du 27 mai 2011

Full text

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour V E­3708/2011 Arrêt   d u   4   octobre   2011 Composition Jean­Pierre Monnet (président du collège),  Gérard Scherrer, Kurt Gysi, juges, Anne­Laure Sautaux, greffière. Parties A._______, né le (…), Togo, représenté par Elisa ­ Asile, Assistance juridique aux  requérants d'asile, (…), recourant,  contre Office fédéral des migrations (ODM),  Quellenweg 6, 3003 Berne,    autorité inférieure.  Objet Asile et renvoi (recours contre une décision en matière  de réexamen) ; décision de l'ODM du 27 mai 2011 / N (…).

E­3708/2011 Page 2 Faits :  A.  Le  3 octobre  2006,  le  recourant  a  déposé  une  demande  d'asile  en  Suisse. B.  Entendu  le  10 octobre  2006,  le  20 novembre  suivant  et  le  28 janvier  2008,  le  recourant  a  déclaré,  en  substance,  avoir  adhéré,  le  31 décembre  2004,  à  l'Union  des  Forces  de  Changement  (ci­après :  UFC) et avoir été choisi en mars 2005 comme agent de sécurité de ce  parti.  En  2005,  il  aurait  participé  à  plusieurs manifestations  du  parti  comme  agent  de  sécurité.  En  2006,  il  aurait  participé  à  des  réunions  des  membres  de  l'UFC  de  son  quartier,  lesquelles  se  tenaient  chaque  premier samedi du mois.  Le  21 septembre  2006,  au  début  d'une  réunion  extraordinaire  des  agents  de  sécurité  tenue  chez  un  militant  en  vue  d'une  prochaine  manifestation  pour  protester  contre  la  nomination  du  premier ministre,  des  inconnus  armés  auraient  fait  irruption  et  tenté  de  s'emparer  des  participants. Le recourant et son ami dénommé B._______ auraient été  interpellés  et  conduits,  cagoulés,  dans  un  immeuble  non  identifié.  Ils  auraient  été  placés  dans  une  pièce  fermée  et  accusés  d'être  des  fauteurs  de  troubles.  Le  premier  jour,  ils  auraient  été  photographiés. Le lendemain, ils auraient été fouettés par des militaires et une solution  acide  aurait  été  pulvérisée  sur  le  visage  du  recourant.  Le  matin  du  23 septembre,  ils  auraient  été  fessés  à  coups  de  bâton.  Ils  n'auraient  jamais été interrogés. Le soir du 23 septembre, un militaire leur aurait dit  avoir  reçu  l'ordre de  les  tuer et  leur aurait proposé de  les  faire évader  contre paiement de deux millions de  francs CFA chacun. Le  recourant  aurait  donné  à  cet  homme  le  numéro  de  téléphone  de  son  père,  afin  qu'il prenne contact avec lui ; son ami aurait également communiqué un  numéro de téléphone au soldat. Le 30 septembre 2006, son père aurait été autorisé à  lui  remettre des  vêtements et divers objets ; à sa demande, son père serait revenu plus 

E­3708/2011 Page 3 tard pour lui donner sa carte d'identité et sa carte de l'UFC. Le recourant  et son ami auraient été emmenés, cagoulés, par deux militaires jusqu'à  la  frontière  d'Hillacondji,  où  ils  auraient  été  confiés  à  un  passeur  ;  ce  dernier  leur  aurait  remis  des  documents  de  voyage  de  couleur  verte  (que  le  recourant n'aurait pas pu  regarder attentivement) et des billets  d'avion. Accompagnés de cet homme,  ils auraient pris  le même  jour à  Cotonou un vol pour Genève avec escale à Tripoli.  Après  son  départ  du  pays,  le  recourant  aurait  appris  que  les  soldats  ayant  demandé  la  rançon  à  son  père  avaient  menacé  celui­ci  et  sa  famille pour le cas où les événements survenus seraient rendus publics.  Il craindrait, en cas de retour, d'être exposé à des représailles tant de la  part des autorités que des militaires qui l'ont arrêté. C.  A  l'appui de ses motifs,  le  recourant a déposé plusieurs documents, à  savoir  des  extraits  de  presse,  sa  carte  d'identité  et  sa  carte  de  l'UFC  (toutes  deux  émises  le  31 décembre  2004),  ainsi  que  d'une  fiche  d'adhésion à la section suisse de l'UFC, datée du 8 mars 2007, et d'une  attestation de cette même section,  indiquant qu'il était un militant actif,  (…), et dont le retour au Togo l'exposerait à des risques. Il  a  également  produit  six  photographies,  dont  une  le  représentant  en  tenue  d'agent  de  sécurité  de  l'UFC  qui  aurait  été  prise  lors  de  sa  nomination à cette fonction en mars 2005, une autre le représentant en  tenue  d'agent  de  sécurité  aux  cotés  du  président  du  parti,  Gilchrist  Olympio, une autre de sa personne qui aurait été prise dans le foyer où  il a séjourné après son arrivée en Suisse pour illustrer les séquelles sur  son visage de la pulvérisation d'une solution acide par ses tortionnaires  et, enfin, trois autres de son corps afin de montrer les traces des coups  de  fouet qu'il  aurait  reçus à  l'occasion de sa détention.  Il  a également  déposé  une  attestation  signée,  le  6 décembre  2006,  par  le  secrétaire  administratif de  l'UFC, qui confirmait que  le  recourant avait activement  milité  durant  la  campagne  présidentielle  de  2005 ;  cette  attestation  lui  aurait été envoyée par son père. D.  Le recourant a adressé à l'ODM plusieurs rapports médicaux. Selon un  premier  certificat  de  son  médecin  traitant,  daté  du  5 février  2007,  il  souffrait d'un état dépressif majeur (CIM­10 F32.2) et d'un syndrome de  stress  post­traumatique  (F43.1),  pour  lesquels  il  bénéficiait,  depuis  le 

E­3708/2011 Page 4 7 novembre  2006,  d'un  traitement  médicamenteux  antidépresseur  (Remeron 30 mg/j) et d'entretiens réguliers tous les quinze jours. Selon  l'anamnèse,  il a déclaré avoir été maltraité par des militaires togolais à  l'occasion d'un séjour en prison du 21 au 30 septembre 2006. Selon ce  rapport,  il présentait des cicatrices  longilignes d'environ 7 mm de  large  pour une longueur de 5 à 10 cm au thorax ainsi qu'au bras droit et à la  cuisse droite. Selon ce médecin,  il se plaignait de troubles du sommeil  (en  particulier  de  cauchemars  d'événements  traumatisants),  d'un  épisode  d'attaque  de  panique  à  la  vue  de  militaires  sur  une  place  publique suisse, d'épisodes de flash­back la journée et de troubles de la  concentration  et  de  la mémoire. Selon  une  première  attestation  de  sa  psychologue FSP, datée du 21 mai 2007, il bénéficiait auprès du centre  C._______  de  consultations  régulières  depuis  le  4 décembre  2006  et  présentait  une  symptomatologie  donnant  à  penser  qu'il  souffrait  d'un  trouble  anxieux  généralisé,  avec  des  difficultés  de  concentration,  un  sommeil perturbé et des tensions musculaires. Selon un deuxième et un  troisième  certificat  de  son  médecin  traitant,  datés  respectivement  du  31 janvier  et  du  8 février  2008,  tant  l'état  dépressif  majeur  que  le  syndrome  de  stress  post­traumatique  (sans  référence  à  un  code  scientifique)  étaient  en  voie  d'amélioration  grâce  au  traitement  médicamenteux  antidépresseur  (Remeron) ;  ces  certificats  précisaient  que  tant ce  traitement que  le suivi psychothérapeutique hebdomadaire  devaient  être  maintenus,  une  évolution  probablement  défavorable  devant  être  pronostiquée  sans  ce  traitement.  Selon  une  deuxième  attestation  de  sa  psychologue  FSP,  datée  du  14 février  2008,  il  présentait  encore  les  signes  d'une  grande  anxiété  et  d'un  désespoir  profond  et  il  lui  était  difficile  d'imaginer  un  avenir  compte  tenu  de  l'interruption de ses études consécutive à son arrestation au Togo.  E.  Par décision du 26 février 2008,  l'ODM a  rejeté  la demande d'asile du  recourant,  prononcé  son  renvoi  de  Suisse  et  ordonné  l'exécution  de  cette mesure. F.  Le 26 mars 2008,  le recourant a  interjeté recours contre cette décision  auprès du Tribunal administratif fédéral (ci­après : Tribunal). A  la  demande du Tribunal,  il  a  déposé une nouvelle  attestation de  sa  psychologue FSP, datée du 18 février 2009, selon laquelle  il présentait  un état  émotionnel  très  fragile,  souffrait  de  cauchemars  récurrents,  de 

E­3708/2011 Page 5 troubles  du  sommeil  et  de  l'appétit,  n'arrivait  pas  à  s'inscrire  dans  un  avenir proche (symptômes pouvant être engendrés par les événements  traumatiques relatés), pâtissait d'un sentiment de désespoir massif lié à  la menace d'un renvoi, parlait de "mourir plutôt que de rentrer au Togo"  (craignant,  selon  ses  dires,  d'être  à  nouveau  à  la  merci  de  ses  bourreaux),  et  nécessitait  une  thérapie  approfondie  dans  un  contexte  sécurisant  pour  se  reconstruire,  soulager  ses  souffrances  et  ré­ envisager un avenir. Par arrêt E­2039/2008 du 19 mars 2009, le Tribunal a rejeté le recours  du 26 mars 2008. Il a admis la vraisemblance, au sens de l'art. 7 LAsi,  de  l'appartenance  du  recourant  à  l'UFC  et  de  ses  activités  militantes  pour ce mouvement, au Togo et en Suisse. Il a en revanche considéré  qu'aucun crédit ne pouvait être accordé à ses déclarations portant sur  son  arrestation  le  21 septembre  2006,  son  évasion,  le  30 septembre  suivant, et son voyage jusqu'en Suisse. Il en a conclu qu'il n'avait rendu  vraisemblable  au  sens  de  l'art. 7  LAsi  ni  qu'il  avait  été  enlevé  par  les  autorités togolaises ou des personnes agissant avec leur appui ou leur  connivence ni que les sévices dont il avait effectivement souffert avaient  l'origine  alléguée.  Il  a  estimé  qu'au  vu  des  changements  importants  survenus au Togo depuis la fin de l'année 2005, son activité militante au  sein de l'UFC, au Togo comme en Suisse, ne revêtait pas (ou plus), aux  yeux  des  autorités  togolaises,  un  caractère  subversif  susceptible  d'entraîner de leur part des mesures de persécution. Il a estimé que les  troubles  psychiques  pour  lesquels  il  requérait  un  "traitement  essentiellement  médicamenteux  sans  grande  complexité"  ne  constituaient pas un obstacle à  l'exécution de son renvoi, dès  lors qu'il  pouvait  avoir  accès  au  Togo  à  des  établissements  psychiatriques  publics susceptibles de lui assurer des soins appropriés, par exemple, le  Centre  hospitalier  universitaire  (ci­après :  CHU)  Tokoin  de  Lomé,  le  CHU Campus  à  Lomé,  la  clinique Barruet  à  Lomé  toujours,  le Centre  psychiatrique  de  Zébé  situé  à  Aného  et  l'hôpital  psychiatrique  de  Zébévi, situé à une quarantaine de kilomètres de Lomé. Il a relevé que,  s'agissant  du  financement  du  traitement,  le  recourant  était  censé  pouvoir compter sur le soutien financier des membres de sa famille sur  place et pouvait solliciter une aide médicale au retour.  G.  Par  acte  du  25  mai  2009,  le  recourant  a  sollicité  le  réexamen  de  la  décision du 26 février 2008 de l'ODM. 

E­3708/2011 Page 6 G.a.  Il  a  d'abord  demandé  le  réexamen  de  la  décision  de  refus  de  reconnaissance  de  la  qualité  de  réfugié  et  de  rejet  de  sa  demande  d'asile  sur  la  base  de  faits  nouveaux,  survenus  le  2 mars  2009,  et  étayés par des moyens de preuve.  A  ce  titre,  il  a  produit  un  écrit  non  daté,  qui  aurait  été  rédigé  par  son  frère D._______, lequel rapportait ce qui suit :  Le  2 mars  2009  à  10h00,  deux  hommes  en  civil,  à  la  recherche  du  recourant, auraient  fait une descente au domicile  familial à E._______.  Sa  mère  leur  aurait  répondu  qu'elle  n'avait  plus  de  nouvelles  de  lui  depuis  deux  ans.  Incrédules,  ils  l'auraient  bousculée  violemment  pour  pénétrer dans les lieux et fouiller la maison. Sa mère serait tombée et se  serait "fracturée le dos". De l'avis de D._______, ils auraient confondu le  recourant avec son cousin F._______ qui logeait chez eux depuis la mi­ février  2009 en  raison  de  leur  frappante  ressemblance physique. Plus  tard dans la même journée, ce cousin aurait été arrêté dans la rue par  ces mêmes hommes, interrogé longuement, puis relâché.  Le recourant a également déposé une attestation du Dr G._______ de  la Clinique H._______ à E._______, datée du 28 avril 2009, établie en  faveur de sa mère, dénommée I._______. Ce médecin confirmait avoir  examiné  le  2 mars  2009  à  12h00  une  patiente  répondant  à  cette  identité, laquelle s'était plainte de douleurs au flanc gauche et au thorax  après avoir  été  violemment bousculée par deux hommes deux heures  plus tôt à son domicile. Il certifiait avoir pratiqué un examen radiologique  en urgence lequel avait révélé une fracture fermée au niveau des côtes  et  avoir  prescrit  une  immobilisation  par  un  plâtre  et  la  prise  d'anti­ inflammatoires et d'antalgiques. Le  recourant  a  encore  remis  deux  photographies  représentant  une  femme,  qu'il  disait  être  sa  mère,  portant  un  bandage  entourant  son  corps au niveau de l'abdomen. Il a enfin fourni une lettre, datée du 2 mai 2009, qui aurait été signée de  son cousin F._______, rapportant ce qui suit :  Le  2 mars  2009,  ce  cousin  aurait  été  embarqué  dans  la  rue  par  deux  hommes  en  civil,  après  avoir  accepté  leur  proposition  de  le  déposer  devant  un  établissement  scolaire  proche  de  son  domicile.  Une  fois  à  l'intérieur du véhicule, il se serait vu réclamer sa carte d'identité par l'un  d'eux.  Il aurait obtempéré après avoir été menacé d'une arme. Il aurait 

E­3708/2011 Page 7 ensuite  été  sommé  de  répondre  à  la  question  de  savoir  s'il  était  en  réalité  le  recourant.  Il  aurait  rétorqué  qu'il  en  était  le  cousin  et  qu'il  habitait depuis la mi­février chez la mère de celui­ci. Il aurait ensuite été  longuement  questionné  à  propos  du  lieu  de  séjour  du  recourant,  des  activités  de  celui­ci  et  des  éventuels  contacts  que  celui­ci  entretenait  avec sa  famille sur place.  Il aurait  répondu que  le  recourant séjournait  en  Europe.  Le  véhicule  se  serait  garé,  pour  permettre  à  l'un  des  ravisseurs  d'en  descendre  et  de  faire  un  appel  téléphonique.  Puis,  le  véhicule  aurait  redémarré.  Les  ravisseurs  auraient  libéré  le  cousin  à  Adamavo, tout en confisquant sa carte d'identité. Après avoir relaté ces  faits,  le  cousin  déconseillait  au  recourant  de  rentrer  au  Togo.  Il  aurait  profité  du  passage  de  leur  oncle,  le  2 mai  2009,  au  "village"  de  J._______, pour lui adresser cette lettre. Le recourant a précisé s'être renseigné auprès de son oncle séjournant  au Bénin suite à la réception de la décision négative du Tribunal. Celui­ ci  se  serait  alors  résigné  à  lui  apprendre  les  préjudices  subis  par  sa  mère et son cousin à cause de ses activités politiques antérieures,  ce  qu'il n'aurait pas  fait plus  tôt en  raison de  la  fragilité psychologique du  recourant.  De  l'avis  du  recourant,  l'agression  de  sa  mère  et  "l'interpellation" de son cousin démontraient qu'il était encore activement  recherché au Togo et par là­même "la réalité des risques encourus (…)  en cas de renvoi". Il a enfin renvoyé au rapport d'analyse daté du 18 mai  2009  de  l'Organisation  suisse  d'aide  aux  réfugiés  (ci­après :  OSAR)  intitulé "Togo: Mitgliedschaft bei der Union des Forces du Changement  (UFC)", lequel confirmait selon lui la réalité des risques encourus à son  retour au pays en tant qu'ancien membre de l'UFC. G.b.  Dans le même acte, le recourant a ensuite demandé le réexamen de la  décision  en  matière  d'exécution  du  renvoi  (exigibilité)  au  motif  de  la  dégradation de son état de santé liée à la crainte d'un renvoi  imminent  consécutif à l'arrêt négatif du Tribunal du 19 mars 2009 et, surtout, à la  forte culpabilité ressentie à la prise de connaissance de la lettre précitée  de  son  frère,  comprenant  les  photographies  de  sa  mère.  Il  a  affirmé  avoir  attenté  à  sa  vie,  le  24 avril  2009,  et  avoir  été  hospitalisé  en  psychiatrie.  Il  a  produit  un  certificat  daté  du  8 mai  2009  du  Dr K._______, chef de clinique (...), dont  il  ressort qu'il était à  l'époque  hospitalisé  dans  le  service  de  psychiatrie  depuis  le  26 avril  2009,  consécutivement  à  une  tentative  de  suicide  par  ingestion  de  médicaments, et qu'il souffrait d'un état dépressif sévère et d'un état de 

E­3708/2011 Page 8 stress  post­traumatique  secondaire  à  des  violences  subies  au  pays  nécessitant  un  traitement médicamenteux  et  un  suivi  psychiatrique  ou  psychothérapeutique  sur  une  période moyenne  à  longue.  Il  a  soutenu  que les structures hospitalières mentionnées dans l'arrêt du Tribunal du  19 mars  2009  étaient  inadaptées,  ce  qui  ressortirait  d'ailleurs  d'un  rapport  de  l'ODM du 18 septembre 2008 sur un voyage de service au  Togo et qu'il ne pourrait avoir accès au traitement combiné nécessaire,  en raison de la pénurie de personnel médical qualifié (en particulier de  psychiatres) et de médicaments dans son pays. H.  Par décision incidente du 28 mai 2009, l'ODM a suspendu l'exécution du  renvoi du recourant à titre de mesures provisionnelles. I.  Sur  invitation  de  l'ODM,  le  recourant  a  fourni,  le  1er février  2011,  une  nouvelle  attestation  de  sa  psychologue  FSP  auprès  du  centre  C._______,  dont  il  ressort  que  le  suivi  régulier  a  été  maintenu,  que  l'agression de sa mère au début de 2009 a réactivé les symptômes qu'il  présentait dès son arrivée en Suisse, lesquels étaient compatibles avec  le  grave  événement  traumatique  qu'il  a  dit  avoir  vécu  en  2006,  et  a  engendré  une  forte  poussée  d'angoisse  et  de  culpabilité  et  que  sa  crainte d'un renvoi au Togo était également source de fortes angoisses  et d'un désespoir massif.  Il  a  également  fourni  un  certificat  du  Dr  L._______,  psychiatre  et  psychothérapeute FMH auprès de  (...),  daté  du 11 février  2011 dont  il  ressort ce qui suit : Le  recourant  est  suivi  par  ce  spécialiste  depuis  le  6 août  2009.  Son  précédent  médecin  traitant  avait  décelé  un  syndrome  de  stress  post­ traumatique et un état dépressif avec suicidalité passive. Le  recourant  présentait,  au  moment  de  l'établissement  de  ce  certificat,  une  symptomatologie  de  stress  post­traumatique  dominante  et  un  état  dépressif marqué, sans signe de  la  lignée psychotique.  Il avait dû être  hospitalisé  du  24 avril  au  26 mai  2009  pour  tentamen médicamenteux  grave.  Il  souffrait  d'un  épisode  dépressif  sévère  avec  symptômes  psychotiques  (F32.3),  d'un  état  de  stress  post­traumatique  (F43.1),  et  les  facteurs  influant  sur  l'état  de  santé  consistaient  en  des  difficultés  liées à l'acculturation (Z60.3) et le fait d'être la cible d'une discrimination  ou  d'une  persécution  (Z60.5).  Il  bénéficiait  d'un  traitement  médicamenteux  (Sertraline  50  mg  4  cp/j,  Zyprexa  2.5  mg  2  cp/j  et 

E­3708/2011 Page 9 Imovane  7.5  mg  1  cp  au  coucher)  et  psychothérapeutique  à  raison  d'une  séance  hebdomadaire.  Le  pronostic  sans  traitement,  très  défavorable, relevait les risques d'une chronicisation des symptômes de  stress  post­traumatique,  d'une  décompensation  psychotique  et  de  séquelles sous  forme de  troubles de  la personnalité et d'état dépressif  récurrent ainsi que  les  risques d'actes auto­agressifs  tels qu'une auto­ négligence, voire un suicide. Le risque hétéro­ et auto­agressif voire une  suicidalité était probable en cas de retour au pays, retour qui invaliderait  les  acquis  actuels  et  tout  espoir  de  réhabilitation  psychosociale.  Sa  psychopathologie rendait impossible son retour sur le lieu des violences  subies, où il serait par ailleurs exposé à des représailles. De l'avis de ce  spécialiste,  il  n'existait  aucune  possibilité  de  poursuivre  le  traitement  entrepris  ou  une  alternative  à  ce  dernier  dans  le  pays  d'origine  du  recourant. J.  Par décision du 27 mai 2011, l'ODM a rejeté la demande de réexamen  du recourant et mis un émolument de Fr. 600.­ à sa charge. Il a estimé  que ni  l'attestation  du médecin  togolais  ni  les  photographies  produites  ne permettaient de prouver que la mère du recourant avait été agressée  dans  les circonstances décrites et pour  les motifs allégués.  Il  a  relevé  que les déclarations écrites du frère et celles du cousin du recourant ne  revêtaient "qu'une force probante réduite pour des raisons évidentes". Il  a conclu que compte tenu de leur valeur probante réduite, les nouveaux  moyens  n'étaient  pas  déterminants.  Enfin,  l'ODM  a  retenu  que  les  problèmes  de  santé  du  recourant  pouvaient  être  pris  en  charge  au  Togo, tant sur le plan médicamenteux que thérapeutique, et que celui­ci  pouvait du reste solliciter l'octroi d'une aide médicale au retour, de sorte  que  lesdits  problèmes  ne  faisaient  pas  obstacle  à  l'exécution  de  son  renvoi. K.  Par  acte  du  29 juin  2011,  le  recourant  a  interjeté  recours  contre  la  décision  précitée.  Il  a  conclu  à  la  reconnaissance  de  la  qualité  de  réfugié  et  à  l'octroi  de  l'asile,  subsidiairement,  au  prononcé  d'une  admission provisoire, sous suite de dépens.  Il a sollicité  la suspension  de  l'exécution  de  son  renvoi  à  titre  de  mesures  provisionnelles  et  l'assistance judiciaire partielle. Il a motivé son recours comme suit : Il  lui serait  impossible d'étayer davantage  les agressions subies par sa 

E­3708/2011 Page 10 mère et son cousin. Sa réaction particulièrement violente après qu'il ait  pris  connaissance de  l'agression de  sa mère,  constituerait  un élément  important  en  faveur  de  la  vraisemblance  de  l'agression  alléguée.  Il  continuerait  à  militer  en  Suisse  lors  de  manifestations  et  à  l'occasion  d'émissions  radio  diffusées  sur  Internet  et  donc  accessibles  au  Togo.  Par  ailleurs,  des  infrastructures médicales  à même  de  lui  procurer  un  traitement  adéquat  seraient  inexistantes  au  Togo,  comme  cela  ressortirait du certificat médical du 11 février 2011 comme du rapport de  l'ODM  du  18 septembre  2008  sur  un  voyage  de  service  au  Togo.  L'hôpital psychiatrique de Zebé n'aurait pas pour tâche principale d'offrir  un  traitement  ambulatoire  et  souffrirait  d'un  manque  de  personnel  qualifié.  Le  seul  psychiatre  y  travaillant,  lequel  prendrait  certes  des  consultations externes, ne pourrait toutefois manifestement pas lui offrir  la surveillance serrée nécessitée par son état de santé. La situation ne  serait  pas  meilleure  au  CHU  de  Tokoin.  Ainsi,  selon  des  nouvelles  récentes, le Togo vivrait une période de crise au niveau hospitalier et la  majorité des établissements hospitaliers seraient en grève.  A  l'appui  de  son  recours,  il  a  fourni  un  certificat  actualisé  de  son  psychiatre,  daté  du  22 juin  2011,  dont  il  ressort  ce  qui  suit :  l'épisode  dépressif  sévère  avec  éléments  persécutoires  et  reviviscences  traumatiques,  anxiété  quasi  permanente et  insomnies en  rapport  avec  un  état  de  stress  post­traumatique  a  persisté,  voire  s'est  aggravé.  Le  patient est instable thymiquement avec des risques d'actes impulsifs ; il  rumine des idées noires et des scénarios auto­ ou hétéro­agressifs. Le  traitement  est  maintenu  avec  une  surveillance  serrée  de  son  état  clinique par ses thérapeutes. Il a également déposé une nouvelle attestation de sa psychologue FSP  datée du 14 juin 2011 dont  il  ressort ce qui suit :  Il est  toujours suivi à  raison  d'une  séance  hebdomadaire  et  travaille  à  100 %.  Il  a  déclaré  avoir participé, dans le cadre de ses activités d'opposition en exil, à des  manifestations et à des émissions diffusées sur Internet. Il se serait fait  remarquer  à  l'occasion  de  l'une  de  ces  émissions,  en  s'opposant  au  ministre  de  l'intérieur,  actuellement  conseiller  spécial  auprès  du  président.  Il  a  allégué  craindre  des  persécutions  à  son  encontre  et  à  celle  de  sa  famille,  sa mère  ayant  déjà  été  violentée.  Il  a  ajouté  qu'il  préférait mourir  en Suisse plutôt  que de  retourner  au Togo et  d'y  être  jeté en prison et torturé.

E­3708/2011 Page 11 L.  Par décision incidente du 4 juillet 2011, le Tribunal a admis la demande  de mesures provisionnelles. M.  Sur  invitation  du  Tribunal,  le  recourant  a  fourni,  par  courrier  daté  du  14 juillet  2011  (posté  le  lendemain),  un  "résumé  de  séjour"  du  Dr K._______ daté du 10 juin 2009 dont il ressort ce qui suit :  Il a été hospitalisé le 24 avril 2009 aux urgences (…) sur un mode non  volontaire,  à  la  suite  d'une  intervention  d'un  médecin  urgentiste  consécutive à un tentamen médicamenteux dans un contexte dépressif.  Il  aurait  décidé  de  se  suicider  à  réception  d'un  courrier  de  sa  famille  l'informant  que  sa  mère  avait  été  maltraitée  en  représailles  à  ses  activités  politiques  antérieures  à  son  départ.  Il  aurait  rédigé  une  lettre  d'adieux à sa famille. Aux urgences,  il n'a pas critiqué son geste et est  resté  sévèrement  déprimé.  Il  a  ensuite  été  adressé  au  service  psychiatrique.  Il a quitté  l'hôpital psychiatrique  le 26 mai 2009. Ont été  diagnostiqués un trouble dépressif sévère sans symptôme psychotique  (CIM­10, F32.2) et un état de stress post­traumatique (CIM­10, F43.1).  La  continuation  du  suivi  psychothérapeutique  auprès  du  centre  C._______  et  du  traitement  médicamenteux  auprès  de  son  médecin  généraliste  a  été  préconisée  à  la  sortie.  A  ce  moment,  le  recourant  présentait une thymie légèrement triste et des ruminations, un discours  cohérent,  fluide  et  informatif  et  un  bon  appétit;  il  ne  présentait  ni  une  idéation  suicidaire,  ni  des  troubles  du  sommeil,  ni  des  éléments  de  la  lignée psychotique. Le recourant a ajouté qu'il avait été retrouvé inanimé dans sa chambre  du foyer par un ami togolais, lequel s'était alors adressé à un agent de  sécurité du foyer qui avait appelé les urgences. N.  Dans  sa  réponse  du  4 août  2011,  transmise,  le  22 août  suivant,  au  recourant pour information, l'ODM a proposé le rejet du recours.

E­3708/2011 Page 12 Droit 1.  1.1.  En  vertu  de  l’art. 31  de  la  loi  du  17 juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF, RS 173.32),  le Tribunal  connaît  des  recours  contre les décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre  1968 sur la procédure administrative (PA, RS 172.021). En particulier, les  décisions  sur  réexamen  rendues  par  l’ODM  en  matière  d'asile  et  de  renvoi  ­ lesquelles  n'entrent  pas  dans  le  champ  d'exclusion  de  l'art. 32  LTAF ­  peuvent  être  contestées  devant  le  Tribunal  conformément  à  l'art. 33  let. d  LTAF  (disposition  applicable  en  vertu  du  renvoi  prévu  à  l’art. 105 LAsi). Le Tribunal est donc compétent pour connaître du présent  litige.  Il  statue  de manière  définitive  (cf. art.  83  let. d  ch. 1  de  la  loi  du  17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110]). 1.2.  Le  recourant  a  qualité  pour  recourir  (cf. art. 48  al. 1  PA).  Présenté  dans  la  forme  (cf. art. 52 PA) et  le délai  (cf. art. 108 al. 1 LAsi) prescrits  par la loi, son recours est, sur ces points, recevable. 2.  2.1.  La  demande  de  réexamen  (aussi  appelée  demande  de  nouvel  examen ou de reconsidération), définie comme une requête non soumise  à  des  exigences  de  délai  ou  de  forme,  adressée  à  une  autorité  administrative en vue de la reconsidération de la décision qu'elle a prise  et qui est entrée en force, n'est pas expressément prévue par  la PA. La  jurisprudence  et  la  doctrine  l'ont  cependant  déduite  de  l'art. 4  de  la  Constitution fédérale du 29 mai 1874 (aCst), qui correspond, sur ce point,  à l'art. 29 al. 2 Cst. et de l'art. 66 PA, qui prévoit le droit de demander la  révision des décisions sur  recours  (cf. ATAF 2010/27 consid. 2.1 p. 367  et réf. cit.). En  principe,  une  demande  de  réexamen  ne  constitue  pas  une  voie  de  droit (ordinaire ou extraordinaire). Partant, l'ODM n'est tenu de s'en saisir  que  dans  deux  situations :  lorsqu'elle  constitue  une  "demande  de  reconsidération qualifiée", à savoir  lorsqu'une décision n'a pas fait  l'objet  d'un  recours  (ou  que  le  recours  interjeté  contre  celle­ci  a  été  déclaré  irrecevable) et que le requérant invoque un des motifs de révision prévus  à  l'art. 66  PA,  applicable  par  analogie,  ou  lorsqu'elle  constitue  une  "demande  d'adaptation",  à  savoir  lorsque  le  requérant  se  prévaut  d'un  changement notable de circonstances depuis le prononcé de la décision 

E­3708/2011 Page 13 concernée  ou,  en  cas  de  recours,  depuis  le  prononcé  de  l'arrêt  sur  recours (cf. ATAF 2010/27 consid. 2.1 p. 367 s. et jurisp. cit.). 2.2.  La  demande  d'adaptation  tend  à  faire  adapter  par  l'autorité  de  première  instance  sa  décision  parce  que,  depuis  son  prononcé  ou  le  prononcé sur recours, s'est créée une situation nouvelle dans les faits qui  constitue une modification notable des circonstances. Conformément au  principe de la bonne foi, le requérant ne peut pas, par le biais d'une telle  demande,  se  prévaloir  de  faits  qu'il  aurait  pu  invoquer  précédemment  (cf. ATAF 2010/27 consid. 2.1.1 p. 368 ; JICRA 2000 n° 5 p. 44 ss). 2.3.  La  demande  de  reconsidération  qualifiée,  portant  sur  des  faits  "nouveaux", au sens de  l'art. 66 al. 2  let. a PA, vise  les  faits qui se sont  produits avant  le prononcé de  la décision sur  recours, mais que  l'auteur  de la demande a été empêché sans sa faute d'alléguer dans la procédure  précédente ; lorsqu'elle porte sur des nouveaux moyens de preuve, il doit  s'agir  de moyens  inédits  établissant  des  faits  inconnus ou non allégués  sans faute en procédure ordinaire, ou encore apportant la preuve de faits  connus et allégués, mais improuvables lors de la prise de la décision de  base  (cf. ANDRÉ  MOSER,  MICHAEL  BEUSCH,  LORENZ  KNEUBÜHLER,  Prozessieren  vor  dem  Bundesverwaltungsgericht,  Bâle  2008,  p. 249  s.;  JICRA 1995  no 21  consid. 3a  p. 207  et  références  citées,  JICRA 1995  no 9 consid. 5 p. 80 s., JICRA 1994 n° 27 consid. 5 p. 198 s.). En outre, ces faits ou preuves ne peuvent entraîner le réexamen que s'ils  sont  "importants",  c'est­à­dire  de  nature  à  influer  ­ ensuite  d'une  appréciation  juridique  correcte ­  sur  l'issue  de  la  contestation ;  cela  suppose, en d'autres termes, que les faits nouveaux soient décisifs et que  les  moyens  de  preuve  offerts  soient  propres  à  les  établir.  Ce  qui  est  décisif,  c'est que  le moyen de preuve ne serve pas à  l'appréciation des  faits seulement, mais à l'établissement de ces derniers. Il n'y a pas motif  à réexamen du seul fait que l'autorité paraît avoir mal interprété des faits  connus déjà  lors de  la procédure principale. L'appréciation  inexacte doit  être  la  conséquence  de  l'ignorance  ou  de  l'absence  de  preuve  de  faits  essentiels  pour  la  décision  (cf. ATF 127 V 353  consid. 5b  et  jurisp. cit.,  ATF 101 Ib 222 ; JAAC 40.4 ; JICRA 1995 n° 9 p. 81 ; voir aussi MOSER,  BEUSCH,  KNEUBÜHLER,  op. cit.,  p. 251 ;  JEAN­FRANÇOIS  POUDRET,  Commentaire  de  la  loi  fédérale  d'organisation  judiciaire,  vol. V,  Berne 1992, ad art. 137 OJ, p. 32).

E­3708/2011 Page 14 2.4. Ces  règles  valent  non  seulement  pour  la  reconsidération  qualifiée,  mais  aussi  pour  la  révision  des  arrêts  du  Tribunal  administratif  fédéral,  laquelle  est  régie  par  les  art.  121  à  128  la  loi  du  17 juin  2005  sur  le  Tribunal fédéral (LTF, RS 173.110) en vertu du renvoi de l'art. 45 LTAF.  En particulier, la LTF n'autorise la révision que si le requérant a été dans  l'impossibilité non fautive d'invoquer les faits en cause ou de produire les  moyens  de  preuve  (se  rapportant  à  des  faits  antérieurs)  dans  la  procédure  ayant  conduit  à  l'arrêt  dont  la  révision  est  demandée  (YVES  DONZALLAZ,  Loi  sur  le  Tribunal  fédéral,  Commentaire,  Berne  2008,  nos 4706 ss). 3.  Préliminairement,  le Tribunal observe que  les allégués du  recourant, au  stade  du  recours,  sur  la  continuation  de  ses  activités  militantes  à  l'occasion de manifestations et d'émissions radio diffusées sur Internet et  donc  accessibles  au  Togo  sont  vagues,  non  étayés  par  pièces  – étant  précisé que l'attestation du 14 juin 2011 de sa psychologue FSP n'a pas  de valeur probante à cet égard, dès lors qu'elle sort du champ médical et  qu'elle ne  fait  que  rapporter  les déclarations vagues qu'il  a  tenues à ce  sujet ­ et ne portent pas sur des faits précis et concrets.  Ils ne portent à  l'évidence pas sur des  faits nouveaux au sens de  l'art. 66 al. 2  let. a PA  (ou  au  sens  de  l'art. 123  al. 2  let. a  LTF)  qui  justifieraient  le  réexamen  qualifié de  la décision de  l'ODM du 26 février 2008 ou mieux  la révision  de l'arrêt E­2039/2008 du Tribunal du 19 mars 2009.  Le  recourant  ne  s'est  pas  non  plus  prévalu  d'un  changement  de  circonstances depuis l'arrêt E­2039/2008 du 19 mars 2009 du Tribunal en  lien avec ses activités militantes en exil (seconde demande d'asile). Il y a  lieu  de  rappeler  que,  dans  cet  arrêt,  le  Tribunal  a  estimé  que,  compte  tenu de  l'évolution récente de  la situation au Togo, son activité militante  au  sein  de  l'UFC  en  Suisse,  ne  revêtait  pas,  aux  yeux  des  autorités  togolaises, un caractère subversif susceptible d'entraîner de leur part des  mesures de persécution.  Enfin,  ses  nouveaux  allégués  sur  la  continuation  de  ses  activités  militantes en exil sortent de l'objet du litige fixé par le point 1 du dispositif  de  la décision attaquée et,  par  conséquent,  par  sa demande du 25 mai  2009, de sorte qu'ils ne sont pas recevables dans le cadre de la présente  procédure de recours. Pour  toutes  ces  raisons,  les  griefs  du  recourant,  au  stade  du  recours, 

E­3708/2011 Page 15 relatifs à l'absence de prise en compte de la continuation de ses activités  militantes  en  exil,  quelle  que  soit  leur  qualification,  ne  sont  pas  recevables devant le Tribunal. 4. Le  recourant  a  d'abord  présenté  sa  demande  du  25 mai  2009  sur  la  base de cinq moyens de preuve (les déclarations écrites non datées de  son  frère D._______,  les  déclarations  écrites  datées  du  2 mai  2009  de  son cousin F._______, une attestation médicale d'un médecin togolais et  deux photographies [cf. Faits, let. G]) postérieurs à l'arrêt E­2039/2008 du  Tribunal  du 19 mars 2009 portant  sur des  faits qui  seraient  survenus  le  2 mars  2009,  donc  antérieurement  audit  arrêt,  et  qui  lui  auraient  été  inconnus, sans qu'il y ait faute de sa part, lors de la procédure ordinaire.  4.1. Sa demande a d'abord pour but de  rendre vraisemblable qu'en cas  de retour dans son pays d'origine, il serait exposé à de sérieux préjudices  au sens de l'art. 3 LAsi. Peut demeurer  indécise la question de savoir si  c'est  à  bon  droit  que  l'ODM  l'a  examinée  comme  une  demande  de  reconsidération  qualifiée  ou  si,  au  contraire  et  nonobstant  la  lettre  de  l'art. 123 al. 2  let. a LTF applicable par analogie à  la  révision des arrêts  du  Tribunal  administratif  fédéral,  il  aurait  dû  la  transmettre  au  Tribunal  comme  demande  de  révision  de  l'arrêt  E­2039/2008  précité.  En  effet,  dans la seconde hypothèse, le recourant n'aurait pas subi de préjudice du  fait que les moyens présentés à l'appui de sa demande adressée à l'ODM  aient été examinés d'abord par cet office, puis  le soient par  le Tribunal,  alors  qu'en  révision  ils  n'auraient  dû  l'être  que  par  le  Tribunal.  Comme  exposé  ci­après,  les  cinq  moyens  de  preuve  déposés  à  l'appui  de  sa  demande,  qu'ils  soient  examinés  par  le  Tribunal  dans  le  cadre  d'une  procédure de recours sur réexamen ou dans le cadre d'une procédure de  révision, doivent être écartés.  4.2. Les déclarations écrites non datées de son frère D._______ et celles  datées  du  2 mai  2009  de  son  cousin  F._______  n'ont  aucune  valeur  probante  en  raison  de  leurs  défauts  d'ordre  formel  (absence  d'identification complète des auteurs et de preuve de leur lien de parenté  avec  le  recourant,  absence  de  date  s'agissant  de  la  première,  et,  s'agissant de  la seconde, absence d'indications des circonstances dans  lesquelles le frère a eu connaissance des faits qu'il a rapportés). Les faits  sur lesquels ces déclarations écrites portent (à savoir : la visite, le 2 mars  2009,  au  domicile  familial  de  deux  hommes  en  civil  à  sa  recherche ;  l'intrusion  de  ces  deux  hommes  dans  ledit  domicile  à  sa  recherche ;  la  fracture  des  côtes  occasionnée  par  la  chute  de  sa mère ;  l'enlèvement 

E­3708/2011 Page 16 temporaire, le 2 mars 2009, de son cousin et son interrogatoire par deux  hommes  en  civil)  ne  peuvent  être  considérés  ni  comme  importants  au  sens de l'art. 66 al. 2 let. a PA ni, à supposer que la demande présentée  sur  la  base  de  ces  deux  moyens  ait  dû  être  qualifiée  de  demande  de  révision (cf. consid. 4.1 ci­avant), comme pertinents au sens de l'art. 123  al. 2  let. a  LTF,  à  défaut  pour  le  recourant  d'avoir  établi  le  lien  de  causalité  entre  ceux­ci  et  les  motifs  de  protection  qu'il  a  invoqués  à  l'appui  de  sa  demande  d'asile.  Il  y  a  lieu  de  rappeler  que  le  Tribunal  a  considéré dans son arrêt E­2039/2008 du 19 mars 2009 qu'aucun crédit  ne  pouvait  être  accordé  aux  déclarations  du  recourant  portant  sur  son  arrestation  le 21 septembre 2006, son évasion,  le 30 septembre suivant,  et son voyage jusqu'en Suisse et que, compte tenu de l'évolution récente  de la situation au Togo, son activité militante au sein de  l'UFC, au Togo  comme  en  Suisse,  ne  revêtait  pas  ou  plus,  aux  yeux  des  autorités  togolaises, un caractère subversif susceptible d'entraîner de leur part des  mesures  de  persécution.  Les  raisons  pour  lesquelles  il  aurait  été  recherché par deux hommes en civil en date du 2 mars 2009, soit près de  deux ans et cinq mois après son départ du pays, ne sont pas établies et  relèvent de la pure conjecture. Le recourant allègue d'ailleurs vaguement  tantôt qu'il  l'a été en raison de ses activités militantes antérieures à son  départ du pays, tantôt qu'il l'a été en raison de ses activités militantes en  exil.  Quant  à  l'attestation  du  médecin  togolais  du  28 avril  2009  et  aux  deux photographies produites, elles n'ont aucune valeur probante quant  aux  circonstances  alléguées  dans  lesquelles  la  fracture  aurait  été  occasionnée. Elles sont  tout au plus en mesure d'établir que sa mère a  été traitée, le 2 mars 2009, en raison d'une fracture fermée au niveau des  côtes  (bien  qu'il  soit  médicalement  recommandé  de  ne  pas  bander  le  thorax), ce qui ne constitue ni un  fait  important au sens de  l'art. 66 al. 2  let. a PA (ni non plus au sens de l'art. 123 al. 2 let. a LTF). 4.3.  En  se  référant,  dans  sa  demande  du  25 mai  2009,  au  rapport  d'analyse de l'OSAR (SFH, Togo: Mitgliedschaft bei der Union des Forces  du Changement [UFC], Berne, 18 mai 2009), le recourant tente d'obtenir  une nouvelle appréciation des risques encourus en cas de retour au Togo  en raison de son activité militante au sein de l'UFC, qui soit différente de  celle  retenue  par  le  Tribunal  dans  son  arrêt  E­2039/2008  du  19 mars  2009,  ce  que  ni  l'institution  du  réexamen,  ni  celle  de  la  révision  ne  permettent. 4.4. Dans ces circonstances,  les cinq moyens de preuve produits et  les  faits  nouveaux  sur  lesquels  ils  portent  ne  sont  pas  susceptibles  de 

E­3708/2011 Page 17 conduire à une modification de la décision de refus de reconnaissance de  la qualité de réfugié et de rejet de la demande d'asile. 5.  Le  recourant  a  ensuite  requis  l'adaptation  de  la  décision  de  l'ODM  du  26 février  2008  au  motif  que  la  détérioration  de  son  état  de  santé  postérieure à l'arrêt E­2039/2008 du 19 mars 2009 rendait l'exécution de  son renvoi inexigible au sens de l'art. 83 al. 4 LEtr. 5.1. Par arrêt E­2039/2008 du 19 mars 2009, le Tribunal a estimé que les  troubles  psychiques  dont  souffrait  le  recourant  ne  constituaient  pas  un  obstacle à l'exécution de son renvoi. Partant, il y a lieu d'apprécier si l'état  de santé de celui­ci s'est détérioré depuis le prononcé de cet arrêt. Si tel  est  le  cas,  il  convient  encore  d'apprécier  si  son  état  de  santé  actuel  permet d'admettre l'existence d'un changement notable de circonstances,  justifiant  la  modification  de  la  décision  prise  au  terme  de  la  procédure  ordinaire.  Autrement  dit,  il  importe  d'apprécier  si  l'état  de  santé  du  recourant  démontre  que désormais  l'exécution  de  son  renvoi  le mettrait  concrètement en danger, au sens de l'art. 83 al. 4 LEtr. 5.2. Aux  termes de  l'art. 83 al. 4 LEtr,  l’exécution de  la décision peut ne  pas être raisonnablement exigée si  le renvoi ou  l’expulsion de  l’étranger  dans  son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple  en  cas  de  guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée ou de nécessité médicale. 5.2.1.  Cette  disposition  s'applique  en  premier  lieu  aux  "réfugiés  de  la  violence", soit aux étrangers qui ne remplissent pas  les conditions de  la  qualité de  réfugié parce qu'ils  ne sont pas personnellement persécutés,  mais qui  fuient des situations de guerre, de guerre civile ou de violence  généralisée, et ensuite aux personnes pour qui un retour reviendrait à les  mettre  concrètement  en  danger,  notamment  parce  qu'objectivement,  au  regard des circonstances d'espèce, elles seraient, selon toute probabilité,  conduites  irrémédiablement  à  un  dénuement  complet,  exposées  à  la  famine,  et  ainsi  à  une  dégradation  grave  de  leur  état  de  santé,  à  l'invalidité, voire à la mort (cf. ATAF 2009/52 consid. 10.1, ATAF 2007/10  consid. 5.1 ;  JICRA  2003  no 24,  JICRA  2002  n° 11  consid. 8a).  En  revanche,  les difficultés socio­économiques qui sont  le  lot habituel de  la  population  locale,  en  particulier  en matière  de  pénurie  de  logements  et  d'emplois,  ne  suffisent  pas  en  soi  à  réaliser  une  telle  mise  en  danger 

E­3708/2011 Page 18 (cf. ATAF  2009/52  consid. 10.1,  ATAF  2008/34  consid. 11.2.2 ;  JICRA  1994 no 19 consid. 6). L'autorité à qui incombe la décision doit donc dans  chaque  cas  confronter  les  aspects  humanitaires  liés  à  la  situation  dans  laquelle se trouverait l'étranger concerné dans son pays après l'exécution  du  renvoi  à  l'intérêt  public  militant  en  faveur  de  son  éloignement  de  Suisse (cf. ATAF 2009/52 consid. 10.1 ; JICRA 1999 n° 28 et  jurisp. cit.,  JICRA 1998 n° 22). 5.2.2.  S'agissant  plus  spécifiquement  des  personnes  en  traitement  médical en Suisse, l'exécution du renvoi ne devient inexigible, en cas de  retour dans leur pays d'origine ou de provenance, que dans la mesure où  elles  pourraient  ne  plus  recevoir  les  soins  essentiels  garantissant  des  conditions minimales  d'existence  ;  par  soins  essentiels,  il  faut  entendre  les soins de médecine générale et d'urgence absolument nécessaires à  la garantie de la dignité humaine (cf. GABRIELLE STEFFEN, Droit aux soins  et  rationnement,  Berne  2002,  pp 81 s.  et  87).  L'art. 83  al. 4  LEtr,  disposition  exceptionnelle  tenant  en  échec  une  décision  d'exécution  du  renvoi,  ne  saurait  en  revanche  être  interprété  comme  une  norme  qui  comprendrait  un  droit  de  séjour  lui­même  induit  par  un  droit  général  d'accès en Suisse à des mesures médicales visant à recouvrer  la santé  ou  à  la  maintenir,  au  simple  motif  que  l'infrastructure  hospitalière  et  le  savoir­faire médical dans le pays d'origine ou de destination de l'intéressé  n'atteint  pas  le  standard élevé qu'on  trouve en Suisse  (cf. ATAF 2009/2  consid. 9.3.2 ; JICRA 1993 n° 38). 5.2.3. Ce qui compte ce sont, d'une part,  la gravité de l'état de santé et,  d'autre part, l'accès à des soins essentiels. Ainsi,  l'exécution  du  renvoi  demeure  raisonnablement  exigible  si  les  troubles  physiologiques  ou  psychiques  ne  peuvent  être  qualifiés  de  graves, à savoir s'ils ne sont pas tels que, en l'absence de possibilités de  traitement  adéquat,  l'état  de  santé  de  l'intéressé  se  dégraderait  très  rapidement  au  point  de  conduire  d'une  manière  certaine  à  la  mise  en  danger  concrète  de  sa  vie  ou  à  une  atteinte  sérieuse,  durable,  et  notablement plus grave de son intégrité physique. De même, l'exécution du renvoi est raisonnablement exigible si l'accès à  des  soins essentiels,  au  sens défini  ci­dessus,  est  assuré dans  le pays  d'origine  ou  de  provenance.  Il  pourra  s'agir,  cas  échéant,  de  soins  alternatifs  à  ceux  prodigués  en Suisse,  qui  ­ tout  en  correspondant  aux  standards  du  pays  d'origine ­  sont  adéquats  à  l'état  de  santé  de 

E­3708/2011 Page 19 l'intéressé,  fussent­ils  d'un  niveau  de  qualité,  d'une  efficacité  de  terrain  (ou  clinique)  et  d'une  utilité  (pour  la  qualité  de  vie) moindres  que  ceux  disponibles  en  Suisse ;  en  particulier,  des  traitements  médicamenteux  (par exemple constitués de génériques) d'une génération plus ancienne  et  moins  efficaces,  peuvent,  selon  les  circonstances,  être  considérés  comme adéquats. 5.2.4.  Cela  dit,  il  sied  de  préciser  que  si,  dans  un  cas  d'espèce,  le  mauvais état de santé ne constitue pas en soi un motif d'inexigibilité sur  la  base  des  critères  qui  précèdent,  il  peut  demeurer  un  élément  d'appréciation dont  il convient alors de  tenir compte dans  le cadre de  la  pondération  de  l'ensemble  des  éléments  ayant  trait  à  l'examen  de  l'exécution du renvoi (cf. JICRA 2003 n° 24 consid. 5b). 5.3. En l'espèce, le recourant a été hospitalisé du 24 avril au 26 mai 2009  pour  tentamen  médicamenteux  grave.  Tant  l'état  dépressif  majeur  que  l'état  de  stress  post­traumatique  dont  il  souffrait  et  qui  étaient  en  voie  d'amélioration avant le prononcé de l'arrêt E­2039/2008 du 19 mars 2009,  se sont péjorés suite au prononcé de cet arrêt.  5.3.1. Sont  désormais  diagnostiqués  un  épisode  dépressif  sévère  avec  symptômes psychotiques (F32.3), bien qu'il ne présente actuellement pas  de  signe  de  la  lignée  psychotique,  un  état  de  stress  post­traumatique  (F43.1) et des difficultés liées à l'acculturation (Z60.3). L'instabilité de sa  thymie  et  les  risques  de  nouveau  passage  à  l'acte  auto­agressif  nécessitent  une  surveillance  serrée  de  son  état  clinique  par  ses  thérapeutes.  Il  bénéficie  actuellement  d'une  médication  quotidienne  antidépressive (Sertraline), antipsychotique et thymorégulatrice (Zyprexa)  et  hypnotique  (Imovane)  ainsi  que  d'un  suivi  psychothérapeutique  hebdomadaire  dont  il  observe  bien  les  prescriptions.  De  l'avis  de  son  psychiatre,  le  pronostic  sans  traitement  médicamenteux  et  psychothérapeutique  est  très  défavorable,  avec  les  risques  sérieux  de  chronicisation  des  symptômes  de  stress  post­traumatique,  de  décompensation psychotique, de séquelles sous forme de troubles de la  personnalité  et  d'état  dépressif  récurrent  et  d'actes  auto­agressifs.  De  l'avis  de  son  psychiatre  toujours,  un  passage  à  l'acte  auto­agressif  est  probable  en  cas  de  retour  au  pays  et  sa  psychopathologie  l'empêche  d'accepter un retour sur le lieu des violences subies.  5.3.2.  L'appréhension  du  recourant  face  à  un  retour  au  Togo  est  compréhensible ;  il  y  a  en  effet  lieu  d'observer  que  dans  son  arrêt 

E­3708/2011 Page 20 E­2039/2008 du 19 mars 2009, le Tribunal a tenu pour établi le fait que le  recourant  avait  souffert  de  sévices,  même  s'il  n'a  pas  retenu  la  vraisemblance de l'origine alléguée de ceux­ci. Compte tenu de la gravité  de ses  troubles psychiques actuels, accompagnés d'un  retrait majeur et  d'une phobie sociale, du risque d'aggravation supplémentaire de son état  de santé psychique en cas d'exécution de son renvoi et du pronostic très  sombre sans traitement adéquat, le Tribunal estime que la poursuite non  seulement  du  traitement  médicamenteux  combiné  avec  le  suivi  thérapeutique sont indispensables au recourant. Aussi, le Tribunal retient  que ses troubles psychiques actuels requièrent bien plus qu'un traitement  essentiellement médicamenteux sans grande complexité. 5.3.3.  Il existe certes quelques  infrastructures médicales à E._______ à  même  de  prendre  en  charge  les  patients  souffrant  de  troubles  psychiques.  L'offre  réelle  en  soins  psychiatriques  (ou  psychothérapeutiques)  reste  toutefois  insatisfaisante  en  raison  du  manque avéré de professionnels de  la santé mentale dans ce pays. En  outre,  le  coût  du  traitement  psychiatrique  ou  psychothérapeutique  doit  être  assumé  entièrement  par  le  patient.  Le  coût  d'une  consultation  thérapeutique  varie  entre  5 000  et  15 000  francs  CFA.  Les  prix  des  médicaments  psychotropes  sont  au  demeurant  très  élevés  pour  les  Togolais  ne  disposant  que  d'un  revenu  moyen,  le  coût  mensuel  d'une  médication  antidépressive  variant  entre  10 000  et  40 000  francs  CFA  (cf. OSAR,  Togo:  Psychiatrische/psychologische  Versorgung,  21 novembre  2006 ;  OSAR,  Togo:  Behandlungsmöglichkeiten  von  HIV/Aids  und  Schizophrenie,  11 juin  2008,  chap. 3 ;  OSAR,  Togo:  angioplastie [PTA] et pose de stent, 16 mars 2011, chap. 1).  5.3.4. Le recourant n'aura donc guère de chances d'accéder au Togo au  suivi  thérapeutique  spécifique  indispensable  sur  le moyen,  voire  le  long  terme.  De  plus,  il  devrait  assumer  entièrement  le  coût  d'un  tel  suivi  au  moyen  de  paiements  à  effectuer  directement  lors  des  consultations.  Il  devrait  également  assumer  le  coût  du  traitement  médicamenteux  relativement  lourd et onéreux,  indispensable sur  le moyen, voire  le  long  terme.  Il  convient  également  de  tenir  compte  du  fait  que  lors  d'un  épisode  dépressif  sévère,  le  sujet  est  généralement  incapable  de  poursuivre  des  activités  sociales,  ménagères  ou  professionnelles  (cf. CIM­10, Descriptions Cliniques et Directives pour le diagnostic, ad  F32.2). Les chances que  le recourant soit en mesure de pourvoir à son  entretien de manière à  financer de  tels soins sur une durée moyenne à  longue  n'apparaissent  donc  pas  établies.  Au  vu  de  la  situation 

E­3708/2011 Page 21 économique  encore  précaire  prévalant  au  Togo,  et  sur  la  base  des  renseignements à disposition, on ne saurait attendre des parents et de la  fratrie du recourant qu'ils soient à même d'apporter à ce dernier le soutien  financier  et  logistique  nécessaire  à  une  prise  en  charge  médicale  adéquate. En outre, dès  lors qu'elle est  limitée, en  règle générale, à six  mois  au maximum  (cf. art. 75  al. 1  et  al. 2  de  l'ordonnance  2  sur  l'asile  [OA 2,  RS 142.312]),  l'aide  au  retour médicale  ne  saurait  remédier  aux  problèmes  de  financement  du  traitement  médicamenteux  et  psychothérapeutique  (ou psychiatrique)  indispensables au  recourant  sur  le moyen, voire le long terme. 5.4.  Aussi,  compte  tenu  de  la  dégradation  notable  de  l'état  de  santé  psychique du  recourant  depuis  l'arrêt  précité du 19 mars 2009, et  de  la  gravité  de  ses  troubles  psychiques  actuels,  du  risque  d'aggravation  supplémentaire  de  son  état  de  santé  psychique  en  cas  d'exécution  de  son  renvoi,  du  pronostic  très  sombre  sans  traitement  adéquat  et  de  l'absence de garanties suffisantes d'accès à un tel traitement au Togo, un  retour  dans  ce  pays  mettrait  le  recourant  concrètement  en  danger,  au  sens explicité ci­dessus (cf. consid. 5.2 ci­avant). Dès lors, l'exécution de  son  renvoi  n'est  aujourd'hui  plus  raisonnablement  exigible  au  sens  de  l'art. 83 al. 4 LEtr. 6.  Enfin, il ne ressort du dossier aucun élément dont on pourrait déduire que  les conditions d'application de l'art. 83 al. 7 let. a ou b LEtr sont remplies,  le  recourant  n'ayant,  sur  la  base  des  pièces  au  dossier,  fait  l'objet  d'aucune condamnation pénale ni mis en danger de quelque manière que  ce  soit  la  sécurité  et  l'ordre  publics.  De  même,  rien  ne  démontre  que  "l'impossibilité  d'exécuter  le  renvoi"  soit  due  au  comportement  du  recourant, de sorte que la clause de l'art. 83 al. 7 let. c LEtr ne lui est pas  non  plus  opposable  (cf. PETER BOLZLI,  commentaire  ad art. 83  LEtr,  in :  Migrationsrecht, Spescha, Thür, Zünd et Bolzli  [édit.],  Zurich 2008, no 7,  p. 178 s. et no 23 p. 183 s.). 7.  Au vu de ce qui précède,  le  recours en  tant qu'il  conteste  le  rejet de  la  demande  d'adaptation  de  la  décision  du  26 février  2008  en  matière  d'exécution  du  renvoi  doit  être  admis.  La  décision  de  l'ODM  du  27 mai  2011  est  annulée  en  tant  qu'elle  rejette  la  demande  de  réexamen  en 

E­3708/2011 Page 22 matière d'exécution du renvoi. L'ODM est dès lors invité à reconsidérer sa  décision  du  26 février  2008  en  réglant  les  conditions  de  résidence  en  Suisse  du  recourant  conformément  aux  dispositions  légales  relatives  à  l'admission provisoire. 8.  La demande d'assistance  judiciaire partielle devant être admise,  il  n'y a  pas lieu de percevoir de frais de procédure, même réduits (cf. art. 63 al. 1  PA et art. 65 al. 1 PA). 9.  Conformément  à  l'art.  64  al.  1 PA et  à  l'art.  7  al.  1  et  al.  4  (appliqué a  contrario) du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif  fédéral  (FITAF,  RS 173.320.2),  la partie qui obtient gain de cause a droit à des dépens  pour  les  frais  nécessaires  et  relativement  élevés  causés  par  le  litige.  Lorsqu'elle  ne  fait  pas  parvenir  un  décompte  de  prestations  avant  le  prononcé,  l'autorité  de  recours  fixe  les  dépens  sur  la  base  du  dossier  (cf. art. 14 al. 2 FITAF).  En  l'espèce,  le  recourant  a  eu  gain  de  cause  en  tant  qu'il  contestait  le  rejet de sa demande d'adaptation en matière d'exécution du renvoi. Il y a  dès  lors  lieu  d'allouer  des  dépens  réduits.  A  défaut  de  production  d'un  décompte de prestations, ceux­ci sont fixés ex aequo et bono, à Fr. 300.­. (dispositif : page suivante)

E­3708/2011 Page 23 Pour ces motifs le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le  recours  en  matière  d'asile  est  rejeté,  dans  la  mesure  où  il  est  recevable. 2.  Le recours, en tant qu'il conteste le rejet de la demande d'adaptation en  matière d'exécution du renvoi, est admis. 3.  La décision de l'ODM du 27 mai 2011 est annulée en tant qu'elle rejette la  demande de réexamen en matière d'exécution du renvoi.  4.  L'ODM est invité à reconsidérer sa décision du 26 février 2008 en réglant  les  conditions  de  résidence  en  Suisse  du  recourant  conformément  aux  dispositions légales relatives à l'admission provisoire. 5.  Il n'est pas perçu de frais de procédure. 6.  L'ODM versera au recourant un montant de Fr. 300.­ à titre de dépens. 7.  Le  présent  arrêt  est  adressé  au  recourant,  à  l'ODM  et  à  l'autorité  cantonale compétente. Le président du collège : La greffière : Jean­Pierre Monnet Anne­Laure Sautaux Expédition :

E-3708/2011 — Bundesverwaltungsgericht 04.10.2011 E-3708/2011 — Swissrulings