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Bundesverwaltungsgericht 19.09.2011 E-3410/2011

September 19, 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·2,650 words·~13 min·1

Summary

Renvoi et exécution du renvoi (recours réexamen) | Asile et renvoi (recours réexamen); décision de l'ODM du 13 mai 2011

Full text

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour V E­3410/2011 Arrêt   d u   1 9   sept emb r e   2011 Composition Jean­Pierre Monnet (président du collège),  Pietro Angeli­Busi, Markus König, juges, Anne­Laure Sautaux, greffière. Parties A._______, née le (…),  alias B._______, née le (…), Mongolie,   représentée par Me Jean­Pierre Moser, avocat,  (…), recourante,  contre Office fédéral des migrations (ODM),  Quellenweg 6, 3003 Berne,    autorité inférieure.  Objet Asile et renvoi (recours contre une décision en matière de  réexamen) ; décision de l'ODM du 13 mai 2011 / N_______.

E­3410/2011 Page 2 Faits : A.  Le  14 novembre  2006,  la  recourante  et  son  ex­époux,  C._______  (ci­après : l'intéressé), ont déposé une demande d'asile en Suisse. B.  Lors de leurs auditions,  ils ont déclaré, en substance, être de nationalité  mongole, d'ethnie "(…)" et de religion bouddhiste.  L'intéressé  aurait  craint  des  représailles  de  la  part  d'un  entrepreneur,  également  député,  pour  avoir  dénoncé,  en  2005  et  2006,  d'abord  l'exercice  par  cet  entrepreneur  d'un  commerce  de  matières  premières  sans  autorisation,  puis  les  menaces  reçues  de  celui­ci  qui  visaient  à  obtenir  sa  collaboration  en  vue  d'un  détournement  des  marchandises  saisies  par  les  autorités.  Le  (…) 2006,  il  aurait  été  violemment  agressé  par des hommes de main du député.  Il aurait  toutefois suivi  les conseils  de  son  avocat,  lequel  lui  aurait  déconseillé  de  porter  plainte.  Avec  son  épouse,  il aurait par conséquent quitté  la Mongolie  le (…) 2006 et serait  entré clandestinement en Suisse, le 14 novembre suivant.  La  recourante  ne  s'est  pas  prévalue  de  motifs  d'asile  personnels,  indépendants de ceux de l'intéressé. C.  Par  décision  du  19  juin  2008,  l'ODM  a  rejeté  leurs  demandes  d'asile,  prononcé leur renvoi de Suisse et ordonné l'exécution de cette mesure. Il  a estimé que  les préjudices subis et craints par  l'intéressé n'étaient pas  motivés par l'une des raisons exhaustivement énumérées à l'art. 3 LAsi. Il  a également opposé à  l'intéressé une possibilité de protection adéquate  auprès des autorités de son pays contre les préjudices subis et craints de  la part du député. Il n'a pas examiné la vraisemblance au sens de l'art. 7  LAsi  des  motifs  invoqués,  estimant  que  ceux­ci  s'avéraient  dénués  de  pertinence. D.  Il  ressort des courriers du 5 décembre 2008 et du 30  janvier 2009, que  l'intéressé  et  la  recourante  ont  séparément  quitté  la  Suisse  (sous  contrôle)  à  destination  d'Oulan­Bator  le  (…) 2008,  respectivement  le  (…) 2009.

E­3410/2011 Page 3 E.  Par  jugement  du  7 septembre  2009,  le  Tribunal  correctionnel  de  D._______ a condamné par défaut  la recourante pour vol et  infraction à  la loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers (LEtr, RS 142.20) à  six mois de privation de liberté et au paiement d'une part des frais. F.  Le 1er avril 2010, la recourante a déposé une seconde demande d'asile. G.  Par  jugement  du  16 avril  2010,  le  Tribunal  de  police  de  D._______  a  condamné  la  recourante  pour  vol  et  infraction  à  la  LEtr  à  45 jours  de  privation de liberté et au paiement d'une part des frais, une demande de  relief  ayant  mis  à  néant  le  jugement  rendu  par  défaut  le  7 septembre  2009. H.  Lors de  l'audition sommaire et de  l'audition sur ses motifs d'asile,  toutes  deux tenues le 5 mai 2010,  la recourante a déclaré, en substance, avoir  séjourné à Oulan­Bator et dans sa banlieue depuis son  retour au pays.  Avant son nouveau départ pour la Suisse, le (… 2009), elle aurait confié  la garde de son fils adultérin, né le (…), à sa sœur adoptive. Son époux aurait  demandé  le divorce; elle  l'aurait  également demandé.  C'est ainsi que leur mariage a été dissous au mois de (…) 2009. Lors de  son précédent séjour en Suisse, elle aurait avorté à  la demande de son  mari qui ne voulait  pas avoir un enfant d'elle et a même été victime de  violences  conjugales ;  elle  se  serait  alors  adressée  au Centre  d'accueil  pour  femmes  victimes  de  violences  conjugales  E._______  (ci­après :  Centre  E._______).  Après  son  divorce,  elle  aurait  été  victime  de  violences verbales de la part de son ex­époux et de son ex­belle­famille,  lesquels  l'auraient  traitée  de  "sale  Chinoise",  son  grand­père  maternel  étant Chinois. Elle aurait  reçu des menaces de  leur part  par des  textos  (SMS) et par courrier électronique, dont le contenu aurait été le suivant :  "tu ne connais pas tes origines". (…) 2009, une dispute aurait éclaté entre son ex­beau­frère, prénommé  F._______, et son cousin paternel, un certain G._______, probablement  parce que ce cousin avait tenté de la défendre des attaques verbales de  son ex­beau­frère. Elle aurait dégénéré en ce sens que son cousin aurait  été grièvement blessé par une arme blanche ; il aurait porté plainte. Elle 

E­3410/2011 Page 4 n'aurait  pas assisté à  cet événement. Comme en attesteraient  les deux  convocations de police datées des (...) 2009 qu'elle a produites à l'appui  de  sa  demande,  elle  aurait  pourtant  été  convoquée  à  deux  reprises  comme témoin dans cette affaire. Son ex­beau­frère aurait été condamné  à  (...)  ans d'emprisonnement. Elle  craignait qu'il  soit  libéré en  raison de  l'adoption  fréquente  de  lois  d'amnistie  et  qu'il  s'en  prenne  alors  à  elle.  Rendue responsable par l'épouse de son cousin d'être la cause de cette  bagarre et de l'incapacité de travail qui en a résulté pour celui­ci, elle lui  aurait versé de l'argent à titre de dédommagement. En (...) 2009, son fils adultérin, (…), aurait fugué. Après une semaine, elle  se  serait  adressée  à  la  police  pour  signaler  cette  disparition  et  aurait  profité de l'occasion pour faire état des menaces qu'elle aurait reçues. La  police  aurait  alors  convoqué  des  membres  de  son  ex­belle­famille,  lesquels auraient fait part de la discorde entre les deux familles depuis la  bagarre et la fugue de son fils, lequel aurait réapparu une dizaine de jours  plus  tard.  La  police,  estimant  que  les  menaces  n'étaient  pas  assez  évidentes, aurait classé l'affaire. En  (…)  2009,  la  recourante  aurait  été  frappée  par  son  ex­belle­soeur,  dans son (...). Elle n'aurait pas porté plainte, de crainte d'attiser  la haine  de son ex­belle­famille.  En (…) 2009, elle aurait résilié le bail de son (...). A la même période, elle  se serait adressée au Centre national contre la violence ("National Center  Against Violence"), avec lequel elle aurait été mise en contact par le biais  du centre d'accueil suisse. Ce centre mongol n'aurait  toutefois pas eu la  possibilité de lui procurer un abri pour plus de trois jours. De (…) 2009 à  (…) 2009, elle aurait habité dans une yourte avec son fils à H._______. Le  (…)  2009,  elle  aurait  quitté  le  pays  parce  qu'elle  craignait  des  représailles de  la part de son ex­belle­famille. Elle aurait  rejoint Moscou  où elle serait restée environ quatre mois. Elle serait arrivée en Suisse, le  10 mars 2010. Elle y aurait fait la connaissance d'un Sri­lankais chez qui  elle  aurait  séjourné  jusqu'au  dépôt  de  sa  demande  d'asile,  le  1er avril  2010. A  l'appui  de  sa  demande,  elle  a  déposé  deux  attestations  du  Centre  national  contre  la  violence  datées  du  (…)  2009.  Selon  ces  dernières  attestations, elle s'est présentée audit centre avec son fils afin d'y obtenir  un soutien psychologique et des conseils juridiques. 

E­3410/2011 Page 5 I.  Par  décision  du  4  juin  2010,  l'ODM  a  rejeté  la  demande  d'asile  de  la  recourante,  prononcé  son  renvoi  de  Suisse  et  ordonné  l'exécution  de  cette mesure.  Il a estimé, en substance, que  les déclarations de celle­ci  ne satisfaisaient pas aux conditions requises pour  la  reconnaissance de  la qualité de réfugié selon l'art. 3 LAsi : se disant victime de menaces de  la  part  de  tiers,  elle  pouvait  solliciter  la  protection  des  autorités  de  son  pays.  Enfin,  il  a  considéré  que  l'exécution  du  renvoi  était  licite,  raisonnablement exigible et possible. J.  Par  arrêt  E­4999/2010  du  4  août  2010,  le  Tribunal  administratif  fédéral  (ci­après : le Tribunal) a rejeté le recours interjeté, le 9 juillet 2010, contre  la décision précitée. Il a reproché à la recourante de n'avoir dénoncé à la  police ni les problèmes prétendument rencontrés avec son ex­belle­sœur  ni les menaces qu'elle aurait continué à recevoir par SMS. Il en a déduit  qu'on  ne  saurait  considérer  que  l'Etat  était  demeuré  passif  ou  lui  avait  refusé  sa  protection,  quand  bien  même  la  police  aurait  conclu  après  l'interrogatoire de membres de son ex­belle­famille que les menaces dont  elle se plaignait manquaient d'intensité et ne justifiaient aucune mesure. Il  a  précisé  que  si  toutefois  la  recourante  considérait  que  la  police  se  désintéressait  totalement  de  son  cas  et  qu'elle  demeurait  inactive,  il  lui  appartenait  d'engager  d'autres  démarches,  à  un  échelon  supérieur.  Il  a  en définitive  considéré  que  la  recourante  pouvait  obtenir  une protection  adéquate de  la part des autorités de son pays pour parer aux menaces  de son ex­belle­famille et aux insultes proférées par celle­ci. Il en a déduit  que les motifs invoqués n'étaient pas pertinents au sens de l'art. 3 LAsi. Il  a mis en exergue que les craintes alléguées ne reposaient au demeurant  sur  aucun  fondement  concret  et  sérieux  ni  n'étaient  étayées  par  un  quelconque commencement  de preuve pertinent.  Il  a  également mis en  évidence que la recourante n'avait pas établi que son ex­beau­frère avait  été  libéré  ou  qu'il  allait  l'être  prochainement  suite  à  l'adoption  d'une  loi  d'amnistie. K.  Par  acte  du  29 mars  2011,  la  recourante  a  sollicité  le  réexamen  de  la  décision du 4 juin 2010 de l'ODM en matière d'exécution du renvoi.  Elle  a  produit,  comme  moyen  de  preuve  nouveau,  un  rapport  daté  du  2 février 2011, et signé d'un avocat d'une étude d'Oulan­Bator. Ce rapport  a  été  établi  sur  la  base  d'un  questionnaire  de  son mandataire,  daté  du 

E­3410/2011 Page 6 24 septembre  2010,  également  versé  au  dossier,  lequel  reprenait  certaines  déclarations  tenues  par  la  recourante  en  procédure  ordinaire  brièvement résumées en 21 points.  Le  rédacteur  de  ce  rapport,  I._______,  précise  que  ses  réponses  se  fondent sur "certains dossiers et descriptions de témoins" et émet le vœu  que  le mandataire suisse apporte son aide à  la recourante.  Il en ressort  en substance ce qui suit : La  bagarre  entre  l'ex­beau­frère  de  la  recourante  et  "l'oncle"  de  celle­ci  était  liée  à  la  diffamation  du  premier  à  l'encontre  de  la  recourante  en  raison  des  origines  chinoises  du  grand­père  de  celle­ci.  Le  code  pénal  mongol prévoit une peine privative de liberté de cinq à huit ans pour  les  auteurs  de  lésions  corporelles  graves  ayant  fait  usage  d'une  arme  blanche.  La  loi  d'amnistie  approuvée  par  le  parlement mongol  en  juillet  2009  s'applique  à  tous  les  criminels,  à  l'exception  des  auteurs  de  trahison,  de  sorte  qu'il  est  possible  que  F._______  ait  été  libéré.  Suite  aux  pressions  exercées  par  son  ex­belle­famille,  la  recourante  s'est  retrouvée isolée de la famille de son "oncle" G._______. Les Mongols ont  généralement  du  mépris  envers  les  personnes  ayant  des  origines  chinoises pour des raisons historiques. Il n'existe en Mongolie aucune loi  interdisant  la discrimination fondée sur  l'origine. La recourante a sollicité  l'assistance du Centre national contre la violence à plusieurs reprises en  raison  des  pressions  exercées  par  son  ex­belle­famille ;  les  refuges  ne  sont  toutefois  pas  à  même  d'accueillir  les  personnes  à  long  terme  en  raison  d'un  manque  de  places.  En  conclusion,  en  cas  de  retour  en  Mongolie,  la  recourante  serait  soumise  à  la  pression  de  son  ex­belle­famille,  serait  privée de  toute  possibilité  d'assistance de  la  part  de sa propre  famille, et ne pourrait  compter sur une protection effective  des autorités. La recourante a fait valoir, en substance, qu'il ressortait de cette enquête  menée  sur  place  que  son  ex­beau­frère  avait  bien  été  condamné  et  amnistié. Elle ne pourrait  pas compter  sur  l'aide et  la protection de son  réseau familial qui l'avait rejeté. Elle pourrait d'autant moins se réintégrer  dans son pays dès lors qu'elle faisait partie d'une population à risque en  raison, premièrement, de  la pression exercée par son ex­belle­famille et  de  l'impossibilité  pour  elle  de  s'établir  durablement  ailleurs  qu'à  Oulan­ Bator à défaut de toute perspective sur le plan professionnel à l'extérieur  de  cette  capitale,  deuxièmement,  de  ses  origines  chinoises  et,  troisièmement,  du  fait  qu'elle  avait  seule  la  charge  de  son  enfant 

E­3410/2011 Page 7 adultérin. En définitive, elle serait en danger de mort en cas de retour en  Mongolie. Elle a produit en outre une attestation datée du 11 janvier 2011 du Centre  E._______ (portant sur son séjour dans ce centre du 9 au 23 novembre  2008  et  son  suivi  en  ambulatoire  les  6 novembre  2008  et  1er décembre  2008) ainsi qu'une attestation du Centre national contre la violence datée  du  13 janvier  2011  (confirmant  qu'elle  a  bénéficié  des  services  de  ce  centre  depuis  le  (…) 2009  à  plusieurs  reprises,  sous  forme  de  consultations  psychologiques  et  de  conseils  juridiques  en  raison  d'un  contexte de violences familiales). L.  Le 31 mars 2011, elle a produit une lettre de soutien rédigée, le 28 mars  précédent, par des amis suisses. Ceux­ci ont rapporté avoir été informés  par la recourante, à son retour en Suisse, de son divorce et avoir appris  par une compatriote de celle­ci qu'elle avait été battue par son ex­époux  lors de son premier séjour en Suisse. Pour le reste, ils ont émis le souhait  qu'elle puisse demeurer en Suisse. M.  Par décision du 13 mai 2011 (notifiée le 17 mai suivant), l'ODM a rejeté la  demande de réexamen et mis un émolument de Fr. 600.­ à la charge de  la recourante. Il  a  rappelé  qu'il  incombait  à  la  recourante  de  s'adresser  aux  autorités  mongoles pour obtenir leur protection. Il a mis en évidence qu'il ressortait  de  l'attestation  datée  du  13 janvier  2011  du  Centre  national  contre  la  violence en Mongolie qu'elle avait pu bénéficier de manière répétée d'une  assistance  psychologique  et  juridique ;  il  en  a  déduit  que  l'aide  dudit  centre  n'avait  été  suspendue  qu'en  raison  de  son  départ  du  pays.  Il  a  indiqué  qu'une  possibilité  d'être  hébergée  dans  un  centre  antiviolence  s'offrait à elle en cas de nécessité et que son niveau de formation élevé  constituait  un  atout  lui  permettant  d'être  indépendante  financièrement  à  bref  délai.  Il  a  estimé  qu'elle  n'avait  fourni  aucun  élément  nouveau  permettant de rendre vraisemblable que F._______ avait été amnistié et  libéré.  Il  a  enfin  indiqué  que  la  lettre  de  soutien  de  ses  amis  suisses  n'avait aucune valeur probante quant aux motifs de protection avancés. Il  a conclu que les nouveaux moyens allégués, respectivement déposés en  cause, n'étaient pas importants au sens de l'art. 66 al. 2 let. a PA.

E­3410/2011 Page 8 N.  Par acte du 16 juin 2011, l'intéressée a recouru contre cette décision. Elle  a conclu à la reconnaissance de la qualité de réfugié, à l'octroi de l'asile  et,  subsidiairement,  au prononcé d'une admission provisoire,  sous  suite  de dépens. Elle a demandé la suspension de l'exécution de son renvoi. Elle  a  fait  valoir  qu'il  pouvait  être  déduit  du  rapport  de  l'avocat mongol  qu'elle  avait  mandaté,  daté  du  2 février  2011,  selon  lequel  la  loi  d'amnistie,  approuvée  par  le  parlement  mongol  en  juillet  2009,  s'appliquait  à  tous  les  criminels,  auteurs  de  trahison  exceptés,  que  le  prénommé  F._______,  condamné  pour  lésions  corporelles,  avait  été  libéré.  Elle  a  soutenu  que  l'appréciation  de  l'ODM  sur  la  possibilité  d'être  hébergée dans un centre antiviolence était contraire à des  faits notoires  publiés  sur  Internet  (à  savoir  la  description  de  l'organisation  du  Centre  national  contre  la  violence  publiée  sur  le  site  www.saynotoviolence.org/fr/user/1177 ainsi que  l'article du 28 novembre  2006  de  Françoise  Guillitte  intitulé  "16 jours  d'activisme  contre  les  violences  entre  partenaires  –  28/11 :  Mongolie"  publié  sur  le  site  www.amnestyinternational.be),  d'une  part,  parce  que  le  Centre  national  contre la violence ne dirigerait que les victimes de violences domestiques  vers un refuge, d'autre part, parce que ledit centre, qui ne disposerait que  d'un  refuge  de  vingt  lits  à  Oulan­Bator,  ne  pourrait  offrir  un  abri  à  la  recourante à défaut de capacité suffisante ;  il ne ressortait d'ailleurs pas  de l'attestation dudit centre datée du 13 janvier 2011 qu'un tel abri  lui ait  été  offert.  Elle  a  ajouté  qu'il  ressortait  d'un  document  du  26 septembre  2005 de  l'Immigration and Refugee Board of Canada  intitulé  "Mongolie :  mise en œuvre de la nouvelle loi contre la violence familiale" que la mise  en  œuvre  de  la  loi  contre  la  violence  familiale  entrée  en  vigueur  le  1er janvier  2005  en Mongolie  n'était  pas  exempte  de  lacunes  (difficultés  d'application  liées  à  la  nouveauté  de  la  loi ;  fonds  alloués  insuffisants ;  besoin  de  formation  des  professionnels  concernés  par  sa  mise  en  œuvre ;  besoin  de  refuges  et  de  conseillers  supplémentaires).  Elle  a  encore reproché à l'ODM d'avoir déduit de l'existence de la loi  la preuve  de son application. Elle a allégué que  la police mongole n'avait  pas  les  moyens de prévenir  les agressions mais qu'elle  se contentait  de mener  des enquêtes  après  coup et  que  les  zones de  yourtes,  dans  lesquelles  elle serait amenée à habiter, manquaient de sécurité et étaient propices à  la commission de crimes.

E­3410/2011 Page 9 Par lettre du même jour, elle a produit une attestation datée du 20 janvier  2011  de  sa  tante  maternelle  et  sa  traduction  en  anglais.  L'auteur  y  exprime que la recourante a été maltraitée par sa belle­famille en raison  des  origines  chinoises  de  son  grand­père maternel  qui  s'était  établi  en  Mongolie au XIXe siècle, que cette discrimination a conduit à une bagarre  entre sa famille et sa belle­famille et qu'en raison de cette pression, elle a  été beaucoup stressée et déprimée. O.  Par décision  incidente du 27 juin 2011,  le Tribunal a admis  la demande  de mesures provisionnelles et suspendu à ce titre l'exécution du renvoi de  la  recourante,  a  déclaré  irrecevables  ses  conclusions  tendant  à  la  reconnaissance de la qualité de réfugié et à l'octroi de l'asile et l'a invitée  à  verser  une  avance  sur  les  frais  de  procédure  présumés  de  Fr. 600.­  jusqu'au  12 juillet  2011  sur  le  compte  du  Tribunal,  sous  peine  d'irrecevabilité de son recours. La recourante a versé le montant requis, le 5 juillet 2011. Droit 1.  1.1.  En  vertu  de  l’art. 31  de  la  loi  du  17 juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF, RS 173.32),  le Tribunal  connaît  des  recours  contre les décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre  1968 sur la procédure administrative (PA, RS 172.021). En particulier, les  décisions  sur  réexamen  rendues  par  l’ODM  en  matière  d'exécution  du  renvoi  postérieures  à  la  clôture  d'une  procédure  d'asile  ­ lesquelles  n'entrent pas dans le champ d'exclusion de l'art. 32 LTAF ­ peuvent être  contestées  devant  le  Tribunal  conformément  à  l'art. 33  let. d  LTAF  (disposition  applicable  en  vertu  du  renvoi  prévu  à  l’art. 105  LAsi).  Le  Tribunal est donc compétent pour connaître du présent litige. Il statue de  manière définitive, en l'absence d'une demande d’extradition déposée par  l’Etat dont la recourante cherche à se protéger (cf. art. 83 let. d ch. 1 de la  loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110]). 1.2. La  recourante a qualité pour  recourir  (cf. art. 48 al. 1 PA). Présenté  dans  la  forme  (cf. art. 52 PA) et  le délai  (cf. art. 108 al. 1 LAsi) prescrits  par la loi, son recours est, sur ces points, recevable.

E­3410/2011 Page 10 2.  2.1.  La  demande  de  réexamen  (aussi  appelée  demande  de  nouvel  examen ou de reconsidération), définie comme une requête non soumise  à  des  exigences  de  délai  ou  de  forme,  adressée  à  une  autorité  administrative en vue de la reconsidération de la décision qu'elle a prise  et qui est entrée en force, n'est pas expressément prévue par  la PA. La  jurisprudence  et  la  doctrine  l'ont  cependant  déduite  de  l'art. 4  de  la  Constitution fédérale du 29 mai 1874 (aCst), qui correspond, sur ce point,  à l'art. 29 al. 2 Cst. et de l'art. 66 PA, qui prévoit le droit de demander la  révision des décisions sur  recours  (cf. ATAF 2010/27 consid. 2.1 p. 367  et réf. cit.). 2.2. En principe, une demande de  réexamen ne constitue pas une voie  de  droit  (ordinaire  ou  extraordinaire).  Partant,  l'ODM  n'est  tenu  de  s'en  saisir  que  dans  deux  situations :  lorsqu'elle  constitue  une  "demande  de  reconsidération qualifiée", à savoir  lorsqu'une décision n'a pas fait  l'objet  d'un recours (ou que le recours  interjeté contre celle­ci avait été déclaré  irrecevable) et que le requérant invoque un des motifs de révision prévus  à  l'art. 66  PA,  applicable  par  analogie,  ou  lorsqu'elle  constitue  une  "demande  d'adaptation",  à  savoir  lorsque  le  requérant  se  prévaut  d'un  changement notable de circonstances depuis le prononcé de la décision  concernée  ou,  en  cas  de  recours,  depuis  le  prononcé  de  l'arrêt  sur  recours (cf. ATAF 2010/27 consid. 2.1 p. 367 s. et jurisp. cit.). 2.3.  La  demande  d'adaptation  tend  à  faire  adapter  par  l'autorité  de  première  instance  sa  décision  parce  que,  depuis  son  prononcé,  s'est  créée une situation nouvelle dans les faits qui constitue une modification  notable des circonstances. Conformément au principe de la bonne foi, le  requérant  ne  peut  pas,  par  le  biais  d'une  telle  demande,  invoquer  des  faits  qu'il  aurait  pu  invoquer  précédemment  (cf. ATAF  2010/27  consid. 2.1.1 p. 368 ; JICRA 2000 n° 5 p. 44 ss). 2.4. Sont "nouveaux", au sens de  l'art. 66 al. 2  let. a PA,  les  faits qui se  sont  produits  avant  le  prononcé  de  la  décision  sur  recours,  mais  que  l'auteur de  la demande a été empêché sans sa  faute d'alléguer dans  la  procédure  précédente ;  les  preuves  nouvelles,  quant  à  elles,  sont  des  moyens  inédits  d'établir  de  tels  faits,  inconnus  ou  non  allégués  sans  faute,  ou  encore  de  démontrer  des  faits  connus  et  allégués,  mais  improuvables  lors de  la prise de  la décision de base  (cf. ANDRÉ MOSER,  MICHAEL  BEUSCH,  LORENZ  KNEUBÜHLER,  Prozessieren  vor  dem 

E­3410/2011 Page 11 Bundesverwaltungsgericht,  Bâle  2008,  p. 249  s.;  JICRA 1995  no 21  consid. 3a p. 207 et références citées, JICRA 1995 no 9 consid. 5 p. 80 s.,  JICRA 1994 n° 27 consid. 5 p. 198 s.). 2.5. En outre, ces faits ou preuves ne peuvent entraîner la révision ou le  réexamen  que  s'ils  sont  "importants",  c'est­à­dire  de  nature  à  influer  ­ ensuite  d'une  appréciation  juridique  correcte ­  sur  l'issue  de  la  contestation ;  cela  suppose,  en  d'autres  termes,  que  les  faits  nouveaux  soient décisifs et que  les moyens de preuve offerts soient propres à  les  établir. Ce qui est décisif, c'est que  le moyen de preuve ne serve pas à  l'appréciation des faits seulement, mais à l'établissement de ces derniers.  Il n'y a pas motif à révision ou à réexamen du seul fait que l'autorité paraît  avoir mal interprété des faits connus déjà lors de la procédure principale.  L'appréciation  inexacte  doit  être  la  conséquence  de  l'ignorance  ou  de  l'absence de preuve de  faits  essentiels  pour  le  jugement ou  la décision  (cf. ATF 127 V 353 consid. 5b et jurisp. cit., ATF 101 Ib 222 ; JAAC 40.4 ;  JICRA 1995  n° 9  p. 81 ;  voir  aussi  ANDRÉ  MOSER,  MICHAEL  BEUSCH,  LORENZ  KNEUBÜHLER,  op. cit.,  p. 251 ;  JEAN­FRANÇOIS  POUDRET,  Commentaire  de  la  loi  fédérale  d'organisation  judiciaire,  vol. V,  Berne 1992, ad art. 137 OJ, p. 32). 3.  3.1. En l'espèce, la recourante a présenté sa demande du 29 mars 2011  sur  la base de trois moyens de preuve postérieurs à l'arrêt E­4999/2010  du Tribunal du 4 août 2010 portant sur des faits antérieurs à celui­ci. Sa  demande a pour  but  de  rendre  vraisemblable  qu'en  cas de  retour  dans  son  pays  d'origine,  elle  serait  exposée  à  des  traitements  contraires  à  l'art. 3 CEDH ou à  l'art. 3 Conv.  torture ou à un danger concret au sens  de  l'art. 83  al. 4  LEtr.  Peut  demeurer  indécise  la  question  de  savoir  si  c'est  à  bon  droit  que  l'ODM  l'a  examinée  comme  une  demande  de  reconsidération  qualifiée  ou  si,  au  contraire  et  nonobstant  la  lettre  de  l'art. 123 al. 2 let. a de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF,  RS 173.110) applicable par analogie à la révision des arrêts du Tribunal  administratif  fédéral  conformément  à  l'art. 45  LTAF,  il  aurait  dû  la  transmettre  au  Tribunal  comme  demande  de  révision  de  l'arrêt  E­4999/2010 précité. En effet,  dans  la  seconde hypothèse,  le  recourant  n'aurait pas subi de préjudice du fait que les moyens présentés à l'appui  de sa demande aient été examinés d'abord par l'ODM, puis le soient par  le Tribunal, alors qu'en révision ils n'auraient dû l'être que par le Tribunal.  Comme exposé ci­après,  les  trois moyens de preuve déposés à  l'appui 

E­3410/2011 Page 12 de  sa  demande,  qu'ils  soient  examinés  par  le  Tribunal  dans  le  cadre  d'une  procédure  de  recours  sur  réexamen  ou  dans  le  cadre  d'une  procédure  de  révision,  doivent  être  écartés.  Enfin,  le  présent  arrêt  est  rendu par un collège de trois juges, soit dans une formation requise pour  statuer  au  fond  dans  la  seconde  hypothèse,  l'art. 111  let. e  LAsi  ne  pouvant  trouver  application  que  dans  la  première.  Il  convient  donc  d'examiner chacun de ces trois moyens. 3.2. La recourante a d'abord présenté sa demande du 29 mars 2011 sur  la  base  d'une  attestation  datée  du  11 janvier  précédent  du  Centre  E._______ portant  sur son séjour dans ce centre du 9 au 23 novembre  2008  et  son  suivi  en  ambulatoire  les  6 novembre  2008  et  1er décembre  2008.  Lors  de  la  procédure  ordinaire,  la  recourante  avait  allégué  avoir  bénéficié du soutien de ce centre lors de son précédent séjour en Suisse  en raison de violences conjugales. Il s'agit donc d'un fait connu et allégué  qu'elle entend prouver. Le fait que la recourante ait trouvé refuge fin 2008  dans  ce  centre  en  raison  de  violences  conjugales,  soit  lors  de  son  précédent  séjour  en  Suisse,  ne  saurait  conduire  à  admettre  la  vraisemblance  de  l'existence  des  problèmes  qu'elle  a  déclaré  avoir  rencontrés avec son ex­belle­famille en raison de ses origines chinoises  après  son  divorce  en  (…)  2009  à  son  retour  en Mongolie.  En  d'autres  termes, ce moyen ne permet pas d'étayer les menaces qui auraient pesé  et pèseraient sur elle de  la part de son ex­belle­famille en cas de retour  au  pays.  Surtout,  elle  n'a  aucunement  démontré  en  quoi  ce  moyen  permettrait de modifier l'appréciation de l'ODM dans sa décision du 4 juin  2010  confirmée  par  le  Tribunal  dans  son  arrêt  E­4999/2010  du  4 août  2010, selon laquelle les autorités de son pays d'origine pouvaient lui offrir  une protection adéquate contre d'éventuelles violences de la part de son  ex­belle­famille.  Ce  nouveau  moyen  ne  porte  donc  pas  sur  des  faits  importants au sens de l'art. 66 al. 2 let. a PA, applicable par analogie à la  demande  de  réexamen.  Pour  les  mêmes  raisons,  à  supposer  que  la  demande du 29 mars 2011 présentée sur la base de ce moyen ait dû être  qualifiée de demande de  révision de  l'arrêt E­4999/2010 du Tribunal du  4 août 2010 (cf. consid. 3.1 ci­avant), ce nouveau moyen n'aurait pas été  concluant au sens de l'art. 123 al. 2 let. a LTF. 3.3.  La  recourante  a  ensuite  présenté  sa  demande  sur  la  base  d'une  attestation du Centre national contre la violence datée du 13 janvier 2011  (cf. Faits, let. K in fine, ci­avant). Cette attestation est toutefois similaire à  celles datées du  (…) 2009 produites  lors de  la procédure ordinaire, dès  lors qu'il en ressort également que la recourante a bénéficié des services 

E­3410/2011 Page 13 de ce centre sous forme de consultations psychologiques et de conseils  juridiques. Ce moyen porte donc sur des  faits connus et  incontestés en  procédure  ordinaire  (cf. arrêt  E­4999/2010  du  4 août  2010  Faits  let. C).  Pour  le reste,  il convient de préciser que, contrairement aux allégués de  la  recourante,  cette  attestation  ne  permet  pas  de  rendre  vraisemblable  que  ledit  centre  ne  serait  pas  à  l'avenir  en  mesure  de  l'adresser  à  un  refuge  pour  la  mettre  à  l'abri  de  violences  en  cas  de  nécessité.  La  recourante  n'a  donc  pas  démontré  en  quoi  ce moyen  était  nouveau  au  sens  de  l'art. 66  al. 2  let. a  PA,  applicable  par  analogie.  Pour  la même  raison,  à  supposer  que  la  demande  du  29 mars  2011  présentée  sur  la  base de ce moyen ait dû être qualifiée de demande de révision de l'arrêt  E­4999/2010  du  Tribunal  du  4 août  2010  (cf. consid. 3.1  ci­avant),  ce  nouveau moyen n'aurait pas été "découvert après coup" au sens de cette  disposition.  3.4. La  recourante a enfin présenté sa demande sur  la base du  rapport  daté  du  2 février  2011  d'un  avocat  d'une  étude  d'Oulan­Bator  (cf. Faits,  let. K  ci­avant).  Ce  rapport  est  toutefois  dénué  de  valeur  probante.  En  effet,  son  auteur  n'a  pas  indiqué  la  source  précise  des  faits  qu'il  a  rapporté  (à  savoir  la  bagarre  entre  l'ex­beau­frère  et  "l'oncle"  de  la  recourante,  la  diffamation  de  la  recourante  par  son  ex­beau­frère,  les  demandes  d'assistance  de  la  recourante  au  Centre  national  contre  la  violence) ni  précisé quels éléments d'enquête et quels  faits  concrets  lui  ont permis de fonder ses appréciations (à savoir : la pression exercée sur  la recourante par son ex­belle­famille,  l'isolement de la recourante vis­à­ vis de la famille de son "oncle", l'applicabilité de la loi d'amnistie à son ex­ beau­frère,  l'incapacité pour  les  refuges d'offrir  un accueil  à  long  terme,  l'absence de toute possibilité d'assistance de la part de sa propre famille  en  cas  de  retour,  l'absence  de  protection  effective  de  la  part  des  autorités)  confirmant  les  déclarations  de  la  recourante  qui  lui  ont  été  brièvement résumées en 21 points. Il s'est borné à relever, d'une manière  générale, que ses réponses, lesquelles comprennent un mélange de faits  et d'appréciations, étaient  fondées sur  "certains dossiers et descriptions  de  témoins" et n'a  fourni aucun moyen de preuve originaire à  l'appui de  celles­ci. En outre,  il n'a pas corrigé  l'erreur sur  le  lien de parenté entre  G._______ et la recourante figurant dans le questionnaire (celui­ci serait  selon ses déclarations son cousin et non son oncle), ce qui constitue un  sérieux  indice  qu'il  n'a  pas  vérifié  la  conformité  à  la  réalité  des  déclarations de  la  recourante qui  lui ont été  transmises. En outre, si cet  avocat  avait  véritablement  consulté  le  dossier  pénal  de  la  cause  G._______ / F._______  et  interrogé  des  témoins,  il  aurait  dû  être  en 

E­3410/2011 Page 14 mesure  de  fournir  des  informations  plus  précises  s'agissant  de  la  condamnation  et  de  la  libération  alléguées  de  F._______  voire  de  produire une copie des pièces du dossier. Il est patent à cet égard qu'il ne  mentionne  ni  la  base  légale  précise  sur  laquelle  F._______  aurait  été  condamné  ni  la  date  du  jugement  ni  l'autorité  compétente  et  qu'il  s'en  tient à des généralités sur la quotité de la peine privative de liberté prévue  par le code pénal mongol pour l'infraction figurant dans le résumé qui lui a  été  transmis.  Il n'affirme pas non plus que F._______ a été  libéré, mais  s'en  tient  à  des  généralités  sur  les  potentiels  bénéficiaires  de  la  loi  d'amnistie. Il s'en tient également à des généralités s'agissant du manque  de  places  à  long  terme  dans  les  refuges  pour  femmes  victimes  de  violences.  Il  ne  prétend  en  effet  pas  que  le  service  de  consultation  du  Centre national contre la violence aurait concrètement refusé de diriger la  recourante  vers  un  refuge  en  raison  d'un  manque  de  capacité.  Par  ailleurs,  le  fait  que  la  recourante  ait  bénéficié  des  services  du  Centre  national contre  la violence est, comme déjà dit  (cf. consid. 3.3 ci­avant),  incontesté.  Enfin,  l'existence  de  discriminations  à  l'encontre  des  personnes ayant des origines chinoises par les Mongols de souche n'est  pas contestée et ne constitue pas en soi un fait  important. En définitive,  les  réponses  de  l'avocat  se  résument  à  une  retranscription  ou  une  confirmation des déclarations de la recourante qui, pour l'essentiel, lui ont  été  livrées  dans  le  questionnaire  et  à  une  appréciation  de  sa  part  de  celles­ci. C'est donc à tort que la recourante a soutenu que ces réponses  prouvaient que F._______ avait bien été condamné et amnistié et qu'elle  ne pourrait compter sur aucun soutien de la part de sa famille en cas de  pressions exercées par son ex­belle­famille à son  retour à Oulan­Bator.  Par la production de ce rapport, elle tente en réalité d'obtenir de l'autorité  une  nouvelle  appréciation  juridique  sur  la  question  de  la  vraisemblance  ou non des déclarations qu'elle a faites en procédure ordinaire ainsi que  sur leur pertinence qui soit différente de celle retenue précédemment par  le Tribunal, ce que ni  l'institution du  réexamen ni celle de  la  révision ne  permettent.  Il y a  lieu de rappeler que le Tribunal a considéré, dans son  arrêt  E­4999/2010  du  4 août  2010,  qu'au  moment  de  son  départ  de  Mongolie,  un  accès  concret  à  des  structures  de  protection  existait  sur  place  pour  les  victimes  de  violences  familiales  et  qu'au  vu  des  circonstances  d'espèce,  il  pouvait  être  raisonnablement  exigé  d'elle  qu'elle  fasse  appel  à  ce  système  de  protection  interne. Or,  le  nouveau  moyen  produit  n'établi  pas  que  la  recourante  n'avait  et  n'aura  pas  concrètement  accès  à  des  structures  de  protection  dans  son  pays.  En  outre,  les  arguments  de  la  recourante  relatifs  à  la  non­protection  des  victimes  de  violence  (familiale)  sont  purement  hypothétiques  et  mal 

E­3410/2011 Page 15 fondés  en  l'absence  de  démarches  suffisantes  de  sa  part  pour  obtenir  une  protection.  La  responsabilité  de  la  Mongolie  de  prendre,  en  conformité  avec  son  obligation  à  agir,  des  mesures  concrètes  pour  prévenir  et  réprimer  les  atteintes  contre  la  recourante  ne  pouvait  être  engagée que si  les autorités avaient connaissance ou auraient dû avoir  connaissance des menaces pesant sur elle (cf. dans ce sens, arrêt de la  Cour européenne des droits de  l'homme en  l'affaire Opuz c. Turquie du  9 juin  2009,  requête  no 33401/02,  §§  128  à  130).  Or,  comme  l'a  déjà  relevé  le  Tribunal  dans  son  arrêt  E­4999/2010  du  4 août  2010  consid. 3.3.2,  la  recourante  n'a  signalé  à  la  police  ni  l'agression  qu'elle  aurait subie par son ex­belle­sœur ni les menaces qu'elle aurait continué  de recevoir par SMS. Par conséquent,  les arguments développés sur ce  point  dans  le  recours,  en  particulier  s'agissant  des manquements  de  la  police en matière de prévention et des lacunes dans l'application de la loi  contre la violence familiale dont la nécessité de refuges supplémentaires  (compte tenu du manque de places dans ceux existants), ne peuvent pas  être  retenus, dès  lors qu'il s'agit d'une appréciation générale et non pas  de faits concrets nouveaux. Au demeurant, contrairement aux arguments  de la recourante,  il ne ressort pas des documents tirés d'Internet fournis  au  stade  du  recours  (cf. Faits,  let. N  ci­avant)  que  seules  les  femmes  victimes de violence de la part de leur conjoint sont susceptibles d'obtenir  une  place  dans  un  refuge  (à  l'exclusion  de  toutes  les  victimes  de  violences  autres  que  conjugales).  Enfin,  en  tant  qu'elle  se  prévaut  de  l'absence de réseau social et familial à même de lui apporter du soutien,  de  ses  origines  chinoises,  de  sa  situation  de  mère  divorcée  avec  un  enfant adultérin à charge, de son incapacité à vivre durablement ailleurs  que  dans  la  capitale  pour  des  raisons  professionnelles  et,  enfin,  de  l'insécurité  des  zones  de  yourtes  dans  lesquelles  elle  serait  amenée  à  habiter, elle tente d'obtenir une nouvelle appréciation juridique en matière  d'exigibilité  de  l'exécution  de  son  renvoi  qui  soit  différente  de  celle  retenue précédemment par le Tribunal, ce que ni l'institution du réexamen  ni celle de la révision ne permettent. Au vu de ce qui précède, le rapport  daté du 2 février 2011 de l'avocat mongol ne constitue pas un moyen de  preuve  important  au  sens  de  l'art. 66  al. 2  let. a  PA  applicable  par  analogie. A supposer que la demande du 29 mars 2011 présentée sur la  base de ce moyen ait dû être qualifiée de demande de révision de l'arrêt  E­4999/2010  du  Tribunal  du  4 août  2010  (cf. consid. 3.1  ci­avant),  ce  nouveau moyen n'aurait pas été concluant au sens de l'art. 123 al. 2 let. a  LTF pour les raisons exposées ci­avant.

E­3410/2011 Page 16 4. Par ailleurs, il est incontesté que la lettre de soutien du 28 mars 2011  des amis suisses de  la recourante (cf. Faits,  let. L ci­avant) ne constitue  pas  un  moyen  de  preuve  portant  sur  des  faits  importants  au  sens  de  l'art. 66  al. 2  let. a  PA  applicable  par  analogie.  Pour  la même  raison,  à  supposer que la demande présentée sur la base de cette nouvelle lettre  postérieure  à  l'arrêt E­4999/2010 du Tribunal  du 4 août  2010 et  portant  sur des faits antérieurs à celui­ci (à savoir  le divorce de la recourante et  l'exposition  de  celle­ci  à  des  violences  conjugales  lors  de  son  premier  séjour  en  Suisse)  ait  dû  être  qualifiée  de  demande  de  révision  de  cet  arrêt  en  dépit  de  la  lettre  de  l'art. 123  al. 2  let. a  LTF  applicable  par  analogie,  elle  ne  constituerait  pas  non  plus  un  moyen  de  preuve  concluant au sens de cette disposition. 5. Enfin, par lettre du 16 juin 2011, la recourante a produit une attestation  datée  du  20 janvier  2011  de  sa  tante  maternelle  et  sa  traduction  en  anglais  (cf. Faits  let. N  in  fine).  Bien  qu'elle  n'ait  pas  invoqué  cette  attestation  dans  sa  demande  du  29 mars  2011  et  qu'elle  n'ait  fourni  aucune  motivation  en  relation  avec  cette  nouvelle  pièce,  il  y  a  lieu  de  l'examiner dès  lors qu'elle se  trouve dans un rapport de connexité étroit  avec  sa  demande.  Force  est  d'abord  de  relever  que  l'apport  de  cette  attestation  de  sa  tante  maternelle  en  la  cause  constitue  un  indice  en  défaveur de l'absence alléguée de soutien par sa famille et dessert ainsi  les  arguments  développés  dans  le  recours  relatifs  à  son  isolement.  Ensuite,  les  faits  rapportés  par  l'auteur  de  cette  attestation  (à  savoir :  maltraitance de la recourante par sa belle­famille, bagarre entre sa famille  et  sa  belle­famille,  recourante  stressée  et  déprimée  en  raison  des  pressions  exercées  sur  elle)  sont  vagues,  imprécis  et,  par  conséquent,  assimilables  à  une  appréciation  de  sa  part  dénuée  de  valeur  probante.  Cette  attestation  est  tout  au  plus  propre  à  rendre  vraisemblable  les  origines chinoises du grand­père maternel de la recourante, lesquelles ne  constituent pas un fait décisif. Elle ne porte donc à l'évidence pas sur des  faits  importants  au  sens  de  l'art. 66  al. 2  let. a  PA,  applicable  par  analogie.  Pour  les  mêmes  raisons,  à  supposer  que  cette  attestation  postérieure à  l'arrêt E­4999/2010 du Tribunal  du 4 août 2010 présentée  en vue de rendre vraisemblable l'existence de faits antérieurs audit arrêt,  doive  être  examinée  sous  l'angle  de  la  révision  de  cet  arrêt  malgré  la  lettre de l'art. 123 al. 2 let. a LTF applicable par analogie, elle ne serait à  l'évidence pas concluante au sens de cette disposition.

E­3410/2011 Page 17 6.  Au vu de ce qui précède,  le recours est  rejeté, dans  la mesure où  il est  recevable. 7.  Il est statué sans échange d'écritures (cf. art. 111a al. 1 LAsi ; voir aussi  l'art. 127 LTF applicable par analogie à la révision des arrêts du Tribunal  administratif fédéral en vertu du renvoi de l'art. 45 LTAF). 8.  Au vu de l'issue de la cause, il y a lieu de mettre les frais de procédure,  d'un montant  de Fr. 600.­,  à  la  charge de  la  recourante  (cf. art. 63 al.  1  PA et  art.  2  et  3  let.  a  du  règlement  du 21  février  2008  concernant  les  frais,  dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif  fédéral  [FITAF, RS 173.320.2]).  Ce  montant  est  compensé  avec  l'avance  de  frais  du  même  montant  versée le 5 juillet 2011. 9.  Ayant succombé, la recourante n'a pas droit à des dépens (cf. art. 64 al. 1  PA). (dispositif : page suivante)

E­3410/2011 Page 18 Pour ces motifs le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est rejeté, dans la mesure où il est recevable. 2.  Les frais de procédure d’un montant de Fr. 600.­, sont mis à la charge de  la recourante. Ce montant est compensé avec l'avance de frais du même  montant déjà versée. 3.  Il n'est pas alloué de dépens. 4.  Le présent arrêt est adressé au mandataire de la recourante, à l'ODM et  à l'autorité cantonale compétente. Le président du collège : La greffière : Jean­Pierre Monnet Anne­Laure Sautaux Expédition :

E-3410/2011 — Bundesverwaltungsgericht 19.09.2011 E-3410/2011 — Swissrulings