A. Par jugement du 3 février 1994, M. a été condamné
par défaut par le Tribunal correctionnel du district de La Chaux-de-Fonds
à 14 mois d'emprisonnement moins 28 jours de détention préventive pour
infractions graves à la loi fédérale sur les stupéfiants.
B. Arrêté, M. a demandé le relief du jugement rendu
par défaut contre lui.
C. Le 4 mars 1994, le président du tribunal correctionnel a rejeté
sa requête, constatant qu'il avait fait défaut tant à l'audience préliminaire qu'à l'audience de jugement, à laquelle il avait été régulièrement
cité, que l'excuse qu'il invoque, soit d'avoir été incapable de se réveiller à temps et de s'être ainsi présenté avec plus d'une heure dix de retard, ne peut être prise en considération, du moment qu'il avait largement
le temps de se présenter à l'heure fixée, l'audience étant fixée à 10 heures, que par ailleurs des démarches avaient été entreprises pour tenter de
faire amener le prévenu à l'audience, mais ceci en vain. Le président du
tribunal correctionnel a ainsi considéré que M. n'avait pas
été empêché de se présenter aux débats sans faute de sa part.
D. M. conteste cette décision. Sans qu'il le dise
clairement, il pense son excuse valable et se réfère implicitement au fait
qu'il n'a pu se réveiller à temps pour participer à l'audience du 3 février 1994.
E. Tant le président du tribunal correctionnel que le représentant
du ministère public concluent au rejet du recours pour autant qu'il puisse
être considéré comme recevable.
CONSIDERAN T
e n droit
1. Interjeté dans les formes et délai légaux (art.244 CPP), le
pourvoi est recevable. Même si elle est succincte, sa motivation apparaît
par ailleurs suffisante.
2. a) Lorsqu'il est prononcé par un tribunal siégeant avec le concours de jurés, le jugement rendu par défaut est mis à néant si le condamné en a demandé le relief dans les 10 jours où il a eu connaissance du
jugement et s'il établit qu'il a été empêché de se présenter aux débats
sans faute de sa part (art.221 al.3 CPP). La notion de faute au sens de
l'article 221 al.3 CPP constitue une notion juridique indéterminée que la
Cour de cassation peut en principe revoir librement. Le requérant doit
prouver ou tout au moins rendre vraisemblable que son absence à l'audience
de jugement ne peut lui être imputée à faute. Selon la jurisprudence,
l'administration de cette preuve ne doit pas être soumise à des exigences
trop strictes (RJN 4 II 134), car le droit pour tout accusé d'être entendu
sur tous les chefs d'accusation avant d'être condamné définitivement est
un des droits fondamentaux de la défense, garanti par l'article 4 Cst.féd.
et l'article 6 de la Convention européenne des droits de l'homme (ATF 113
Ia 227, p.230, cons.2a; Dominique Poncet, La protection de l'accusé par la
Convention européenne des droits de l'homme, Genève, 1977, p.113-144, ainsi que la jurisprudence citée). La procédure de jugement par défaut a ainsi un caractère exceptionnel. Le législateur a voulu éviter dans toute la
mesure du possible qu'un prévenu renvoyé devant un tribunal correctionnel
ou devant la Cour d'assises soit jugé in absentia (BGC, vol.110, p.198).
Ce principe découle des articles 220 et 221 CPP, qui prévoient qu'un prévenu ne sera jugé par défaut que s'il n'a pas été possible de le joindre
malgré les mesures prises à cet effet et si les débats ne peuvent être
renvoyés (RJN 4 II 134). Le respect de ce principe dicte une interprétation restrictive de la notion de faute de l'article 221 al.3 CPP. Il faut
dès lors considérer que seul celui qui renonce délibérément à se présenter
à des débats, dont il connaît le lieu et la date, ou qui d'une autre manière démontre incontestablement qu'il n'entend pas y participer peut être
privé du droit d'être jugé contradictoirement (RJN 1989 p.125, 1982 p.88).
b) En l'espèce, il est indéniable que le recourant a commis une
négligence en omettant de prendre des mesures suffisantes pour se réveiller suffisamment tôt le matin du 3 février 1994. La question de savoir si
cette négligence et l'absence qu'elle a entraînée constituent ou non une
faute au sens de l'article 221 al.3 CPP doit être examinée à la lumière
des principes posés par la jurisprudence précitée. Dans sa demande de relief, le recourant a expliqué qu'il avait pris la veille des somnifères
pour s'endormir car il était terriblement angoissé par le fait qu'il allait être jugé le lendemain. Dans son recours, il allègue s'être trouvé à
cette période-là dans une situation personnelle perturbée en raison d'importantes difficultés d'ordre psychique, physique, relationnel et financier. Au vu du dossier, ces circonstances n'apparaissent pas invraisemblables et peuvent expliquer son absence à l'audience. Le fait qu'il se soit,
dès son réveil, directement rendu au tribunal indique qu'il n'entendait
pas délibérément renoncer à se présenter aux débats. Il démontre au contraire qu'il entendait bien y participer.
Dans ces conditions, le juge ne pouvait sans autre admettre que
l'absence du recourant devait être considérée comme gravement fautive,
quand bien même le président du tribunal correctionnel a, avec raison,
fait téléphoner, sans succès, tout d'abord au Foyer X., à La Chauxde-Fonds, où résidait le prévenu à ce moment-là, puis chez son employeur.
Cet élément ne change toutefois évidemment rien au caractère fautif ou non
du comportement du recourant. Compte tenu de l'interprétation restrictive
de la notion de faute s'agissant de l'absence du prévenu à son jugement,
il y a ainsi lieu d'admettre que celui-ci n'a pas renoncé délibérément à
se présenter aux débats et de considérer qu'il ne pouvait être privé de
son droit d'être jugé contradictoirement.
3. Bien fondé, le recours doit être admis et la décision entreprise
cassée. La Cour est en mesure de statuer elle-même (RJN 4 II 145). Elle
octroiera le relief du défaut au recourant et renverra la cause au Tribunal correctionnel du district de La Chaux-de-Fonds pour nouveau jugement.
4. Vu le sort de la cause, les frais resteront à la charge de
l'Etat.
Par ces motifs,
LA COUR DE CASSATION PENALE
1. Admet le pourvoi et casse la décision entreprise.
2. Ordonne le relief du jugement rendu par défaut par le Tribunal correctionnel du district de La Chaux-de-Fonds le 3 février 1994 à l'encontre
de M..
3. Renvoie la cause pour nouveau jugement au Tribunal correctionnel du
district de La Chaux-de-Fonds.
4. Statue sans frais.
Neuchâtel, le 29 avril 1994