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Genève Tribunal pénal 13.03.2019 P/354/2017

13. März 2019·Français·Genf·Tribunal pénal·PDF·16,441 Wörter·~1h 22min·1

Zusammenfassung

CP.112 CP

Volltext

Siégeant : M. Vincent FOURNIER, président, Mme Alexandra BANNA et Mme Sabina MASCOTTO, juges, Mme Loly BOLAY, M. Marc SINNIGER, M. Didier AULAS et Mme Monique CAHANNES, juges assesseurs; Mme Chloé MAGNENAT, greffière-juriste délibérante; Mme Jessica GOLAY-DJAZIRI, greffière.

P/354/2017 RÉPUBLIQUE ET

CANTON DE GENÈVE POUVOIR JUDICIAIRE

JUGEMENT DU TRIBUNAL CRIMINEL

Chambre 9

13 mars 2019

MINISTÈRE PUBLIC, Monsieur C_______, partie plaignante, Madame D_______, partie plaignante, Monsieur E_______, représenté par sa curatrice, Me Laura SANTONINO, partie plaignante, Monsieur F_______, représenté par son curateur, Me Simon NTAH, partie plaignante, Monsieur G_______, partie plaignante, Madame H_______, partie plaignante, Madame I_______, partie plaignante, Madame J_______, partie plaignante, Madame K_______, partie plaignante,

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Madame L_______, partie plaignante, Monsieur M_______, partie plaignante, contre Monsieur A_______, prévenu, né le ______ 1998, domicilié c/o N_______, Rue ______, ______, assisté de Me O_______, Monsieur B_______, prévenu, né le ______ 1998, domicilié c/o P_______, Route ______, ______, assisté de Me Q_______,

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CONCLUSIONS FINALES DES PARTIES : Le Ministère public conclut :  s'agissant du prévenu A_______, à un verdict de culpabilité des chefs d'infractions visés dans l'acte d'accusation, avec une responsabilité légèrement restreinte, et requiert une peine privative de liberté de 14 ans et demi;  s'agissant du prévenu B_______, à un verdict de culpabilité des chefs d'infractions visés dans l'acte d'accusation et requiert le prononcé d'une peine privative de liberté de 14 ans ainsi que l'expulsion du territoire de la Confédération suisse pour une durée de 15 ans. Il conclut, s'agissant des deux prévenus, à ce que les mesures (art. 63 CP) préconisées par les experts soient ordonnées. Il demande que les prévenus soient arrêtés et placés en détention pour des motifs de sûreté. Il demande, enfin, que les prévenus soient condamnés aux frais de la procédure et qu'il soit donné un accueil favorable aux conclusions civiles des parties plaignantes. C_______ conclut à un verdict de culpabilité des prévenus et que ceux-ci soient condamnés à lui rembourser ses frais de constat médical de CHF 60.-. D_______ conclut à un verdict de culpabilité des prévenus et que ceux-ci soient condamnés à lui rembourser ses frais médicaux de CHF 2'074.35. Me Laura SANTONINO, curatrice de E_______, conclut à un verdict de culpabilité des prévenus du chef de tentative d'assassinat sur la personne de E_______, sans diminution de responsabilité due à l'alcool. Elle demande que les prévenus soient condamnés, conjointement et solidairement, à payer à son pupille la somme de CHF 100'000.-, avec intérêts à 5% dès le 7 janvier 2017, à titre de tort moral (art. 47 CO). Me Simon NTAH, curateur de F_______, conclut à un verdict de culpabilité des prévenus du chef de tentative d'assassinat sur la personne de F_______, sans diminution de responsabilité due à l'alcool. Il demande que les prévenus soient condamnés, conjointement et solidairement, à payer à son pupille la somme de CHF 140'000.-, avec intérêts à 5% dès le 7 janvier 2017, à titre de tort moral (art. 47 CO). G_______ conclut à un verdict de culpabilité des prévenus du chef de tentative d'assassinat sur la personne de F_______ et que ceux-ci soient condamnés, conjointement et solidairement, à lui payer la somme de CHF 30'000.-, avec intérêts à 5% dès le 7 janvier 2017, à titre de tort moral (art. 47 CO). H_______ conclut à un verdict de culpabilité des prévenus du chef de tentative d'assassinat sur la personne de F_______ et que ceux-ci soient condamnés, conjointement et solidairement, à lui payer la somme de CHF 30'000.-, avec intérêts à 5% dès le 7 janvier 2017, à titre de tort moral (art. 47 CO). I_______ conclut à un verdict de culpabilité des prévenus du chef de tentative d'assassinat sur la personne de F_______ et que ceux-ci soient condamnés, conjointement et solidairement, à lui payer la somme de CHF 7'000.-, avec intérêts à 5% dès le 7 janvier 2017, à titre de tort moral (art. 47 CO).

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J_______ conclut à un verdict de culpabilité des prévenus du chef de tentative d'assassinat sur la personne de F_______ et que ceux-ci soient condamnés, conjointement et solidairement, à lui payer la somme de CHF 7'000.-, avec intérêts à 5% dès le 7 janvier 2017, à titre de tort moral (art. 47 CO). K_______ conclut à un verdict de culpabilité des prévenus du chef de tentative d'assassinat sur la personne de F_______ et que ceux-ci soient condamnés, conjointement et solidairement, à lui payer la somme de CHF 7'000.-, avec intérêts à 5% dès le 7 janvier 2017, à titre de tort moral (art. 47 CO). L_______ conclut à un verdict de culpabilité des prévenus du chef de tentative d'assassinat sur la personne de F_______ et que ceux-ci soient condamnés, conjointement et solidairement, à lui payer la somme de CHF 7'000.-, avec intérêts à 5% dès le 7 janvier 2017, à titre de tort moral (art. 47 CO). M_______ conclut à un verdict de culpabilité des prévenus du chef de tentative d'assassinat sur la personne de F_______ et que ceux-ci soient condamnés, conjointement et solidairement, à lui payer la somme de CHF 7'000.-, avec intérêts à 5% dès le 7 janvier 2017, à titre de tort moral (art. 47 CO). A_______, par la voix de son conseil, conclut à ce que les faits concernant la partie plaignante E_______ (cf. chiffre II. 2.1 de l'acte d'accusation) soient déqualifiés, s'en rapportant à justice quant à leur qualification d'agression ou de lésions corporelles simples avec un objet dangereux. Il demande son acquittement s'agissant des faits réalisés en coactivité sur la personne de E_______, après son départ des "Y_______". Il conclut à la déqualification des faits concernant la partie plaignante F_______ (cf. chiffre II. 2.2 de l'acte d'accusation), tout en s'en rapportant à justice quant à leur qualification de lésions corporelles graves. S'agissant des faits survenus au R______ (cf. chiffre I. 1. de l'acte d'accusation) et ceux de vol (cf. chiffre III. 3. de l'acte d'accusation), il les admet, tout comme leur qualification d'agression. Il demande qu'il soit tenu compte de son état de responsabilité restreinte, se référant en cela à l'expertise psychiatrique. Il s'en rapporte à justice quant à la quotité de la peine, celle-ci devant, à son avis, être fixée aux alentours de 10 ans de peine privative de liberté. Il demande l'imputation sur la peine de la détention avant jugement et des mesures de substitution à hauteur de 50%. Enfin, il s'en rapporte à justice quant aux conclusions civiles des parties plaignantes E_______ et F_______, étant précisé qu'il a acquiescé à celles des parties plaignantes D_______ et C_______. B_______, par la voix de son conseil, conclut à son acquittement des faits concernant la partie plaignante E_______ (cf. chiffre V. 5.1 de l'acte d'accusation). Il admet sa culpabilité du chef d'agression s'agissant des faits survenus au R_______ (cf. chiffre IV. 4. de l'acte d'accusation) et s'agissant des faits commis sur la personne de F_______ (cf. chiffre V. 5.2 de l'acte d'accusation) sous cette qualification, avec une responsabilité légèrement diminuée. Il demande à être condamné à une peine juste, tenant compte de la circonstance atténuante du repentir sincère. Il ne s'oppose pas au prononcé d'un traitement ambulatoire. Il demande l'imputation sur la peine de la détention avant jugement et des mesures de substitution dans une juste mesure. Il demande, enfin, qu'il soit renoncé à son expulsion en application du cas de rigueur de l'art. 66a al. 2 CP.

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EN FAIT A. a.a. Par acte d'accusation du 7 novembre 2018, il est reproché à A_______ d'avoir, à Genève, le 28 décembre 2016 vers 02h00, à proximité du R_______, en coactivité avec S_______, T_______, U_______ et B_______, participé à une agression dirigée contre D_______, C_______, V_______ et W_______, et d'avoir ainsi, pour un motif gratuit, donné aux victimes des coups de poing et des coups de pied, à tout le moins à C_______ et V_______, au niveau du visage et de la tête, alors qu'ils étaient par terre, leur causant de la sorte des lésions corporelles, faits qualifiés d'agression au sens de l'art. 134 CP. a.b. Il est également reproché à A_______ d'avoir, à Genève, le 7 janvier 2017 vers 01h15, dans le quartier de X_______, en coactivité avec S_______, T_______, U_______ et B_______, attaqué E_______ et F_______ de façon purement gratuite, en visant deux inconnus choisis au hasard, voulant leur donner la mort ou en acceptant l'issue fatale pour le cas où elle se produirait, sans toutefois que le résultat ne se produise, se mettant d'accord sur les rôles de chacun et se répartissant les armes dans la mesure suivante :  s'agissant de E_______, S_______ lui a donné un coup de poing au niveau du visage, puis A_______ lui a asséné à tout le moins deux coups au moyen d'une batte de baseball au niveau de la tête et de la partie supérieure du corps puis, alors que la victime était à terre, U_______ et S_______ l'ont ensuite violemment roué de coups de poing et de coups de pied sur tout le corps pendant plusieurs minutes en insistant lourdement au niveau de la tête, avant de prendre la fuite avec leurs comparses, en entendant le bruit de sirènes de police, laissant la victime pour morte à un endroit peu fréquenté la nuit, alors même que la température ressentie à ce moment était de – 10°C, avec un important risque de gel, les lésions subies par la victime étant importantes, en particulier au niveau de la tête et du cerveau, dont les séquelles seront graves et irréversibles;  s'agissant de F_______, A_______ et ses comparses, T_______ et B_______, l'ont rattrapé alors qu'il essayait de s'enfuir, fait chuter par terre et donné de nombreux coups extrêmement violents de poing, de pied et au moyen d'une batte de baseball et d'un casque de moto, sur tout le corps mais en particulier au niveau du visage et de la tête pendant plusieurs minutes, A_______ ayant en particulier donné plusieurs coups très violents au niveau de la tête et de la partie supérieure du corps avec une batte de baseball alors que la victime courait encore, provoquant sa chute, puis, alors que la victime était à terre, encore de nombreux coups très violents avec la batte et des coups de pied violents de type "penalty" au niveau du visage et de la tête, avant de prendre la fuite avec ses comparses, en entendant le bruit de sirènes, laissant la victime avec des lésions importantes sur tout le corps, en particulier au niveau de la tête et du cerveau, dont les séquelles seront graves et irréversibles; et d'avoir agi avec une absence particulière de scrupules, dans le désir de se défouler sur la première personne rencontrée par pur amusement et sans aucune considération pour la santé, le bien-être ou la vie des victimes, voire même agissant sans raison aucune, d'une manière purement gratuite, en planifiant une attaque sur les premières personnes

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rencontrées au hasard, de façon particulièrement odieuse, en s'acharnant contre les victimes, même après qu'elles soient tombées à terre, de façon barbare et atroce, étant précisé que ces faits ont été précédés par cinq autres agressions commises par les mêmes auteurs, avec une montée en puissance de la violence, faits qualifiés de double tentative de meurtre, avec la circonstance aggravante de l'assassinat au sens des art. 111 et 22 al. 1 cum 112 CP. a.c. Il est enfin reproché à A_______ d'avoir à Genève, entre début avril 2017 et le 3 juillet 2017, en coactivité avec S_______ et U_______, soustrait, dans le but de se les approprier, 10 à 15 vélos au moins appartenant à des tiers restés inconnus, ensuite revendus en réalisant un bénéfice d'au moins CHF 1'500.- et un enrichissement illégitime équivalent, faits qualifiés de vol au sens de l'art. 139 ch. 1 CP. b.a. Par acte d'accusation du 7 novembre 2018, il est reproché à B_______ d'avoir, à Genève, le 28 décembre 2016, vers 02h00, à proximité du R_______, en coactivité avec S_______, T_______, U_______ et A_______, participé à une agression dirigée contre D_______, C_______, V_______ et W_______, leur donnant, pour un motif gratuit, des coups de poing et des coups de pied, à tout le moins à C_______ et V_______, au corps et au niveau du visage et de la tête, alors qu'ils étaient par terre, leur causant de la sorte des lésions corporelles, faits qualifiés d'agression au sens de l'art. 134 CP. b.b. Il est reproché à B_______ d'avoir, à Genève, le 7 janvier 2017 vers 01h15, dans le quartier de X_______, en coactivité avec S_______, T_______, U_______ et A_______, attaqué E_______ et F_______ de façon purement gratuite en visant deux inconnus choisis au hasard, voulant leur donner la mort ou en acceptant l'issue fatale pour le cas où elle se produirait, sans toutefois que le résultat ne se produise, se mettant d'accord sur les rôles de chacun et se répartissant les armes dans la mesure suivante :  s'agissant de E_______, S_______ lui a donné un coup de poing au niveau du visage, puis A_______ lui a asséné à tout le moins deux coups au moyen d'une batte de baseball au niveau de la tête et de la partie supérieure du corps puis, alors que la victime était à terre, U_______ et S_______ l'ont ensuite violemment roué de coups de poing et de coups de pied sur tout le corps pendant plusieurs minutes en insistant lourdement au niveau de la tête, avant de prendre la fuite avec leurs comparses, en entendant le bruit de sirènes de police, laissant la victime pour morte à un endroit peu fréquenté la nuit, alors même que la température ressentie à ce moment était de – 10°C, avec un important risque de gel, les lésions subies par la victime étant importantes, en particulier au niveau de la tête et du cerveau, dont les séquelles seront graves et irréversibles;  s'agissant de F_______, A_______ et ses comparses, T_______ et B_______, l'ont rattrapé alors qu'il essayait de s'enfuir, fait chuter par terre et donné de nombreux coups extrêmement violents de poing, de pied et au moyen d'une batte de baseball et d'un casque de moto, sur tout le corps mais en particulier au niveau du visage et de la tête pendant plusieurs minutes, B_______ ayant en particulier donné plusieurs

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coups de poing et de pied très violents, alors que la victime courait encore puis, lorsqu'elle était couchée immobile par terre, de nouveaux coups de pied de type "penalty" au niveau de la tête et du corps pendant plusieurs minutes, avant de prendre la fuite avec ses comparses, en entendant le bruit de sirènes, laissant la victime avec des lésions importantes sur tout le corps, en particulier au niveau de la tête et du cerveau, dont les séquelles seront graves et irréversibles; et d'avoir agi avec une absence particulière de scrupules, dans le désir de se défouler sur la première personne rencontrée par pur amusement et sans aucune considération pour la santé, le bien-être ou la vie des victimes, voire même agissant sans raison aucune, d'une manière purement gratuite, en planifiant une attaque sur les premières personnes rencontrées au hasard, de façon particulièrement odieuse, en s'acharnant contre les victimes, même après qu'elles soient tombées à terre, de façon barbare et atroce, étant précisé que ces faits ont été précédés par cinq autres agressions commises par les mêmes auteurs, avec une montée en puissance de la violence, faits qualifiés de double tentative de meurtre, avec la circonstance aggravante de l'assassinat au sens des art. 111 et 22 al. 1 cum 112 CP. B. Il ressort du dossier les faits pertinents suivants. I. Volet X_______ (faits du 7 janvier 2017) a.a. Le samedi 7 janvier 2017 à 01h15, la Centrale d'alarme (CECAL) de la police a été contactée par un habitant du 21, rue de X_______ qui a indiqué assister depuis son balcon à l'agression d'un homme par trois individus. La police, dépêchée sur place, a retrouvé un homme, identifié en la personne de F_______, gisant au sol inconscient. Il a été pris en charge par les ambulanciers. Trois heures plus tard, vers 04h45, la CECAL a reçu un nouvel appel d'un passant indiquant avoir retrouvé un homme en état de semiconscience, baignant dans son sang, sur les AQ_______ de X_______. Cet homme a été identifié en la personne de E_______. Le soir-même, les assaillants n'ont pas été retrouvés. a.b. E_______ a été découvert sur les AQ_______ de X_______, à la hauteur du 23, rue de X_______, en un lieu où se trouvent des jeux pour enfants, des abris grillagés avec des tables et des bancs. Ce lieu est désigné par les habitants du quartier les "Y_______". Un téléphone portable IPhone, un sac de sport et un cabas étaient présents sur les lieux et ont été analysés. Seul l'ADN de E_______ a été identifié sur la coque arrière du téléphone portable et le sac de sport, ainsi que dans des traces de sang retrouvées à l'endroit où il avait été découvert. F_______ a été pris en charge par la police puis par les secours à 01h34 sur le trottoir de la rue de X_______, devant l'Eglise _______, soit à côté de l'arrêt de bus TPG "_______" au milieu de taches de sang. Des bris d'une bouteille de vodka SMIRNOFF ont été retrouvés sur le bord du trottoir, sur lesquels l'ADN de F_______ a été identifié. Entre les lieux où E_______ et F_______ ont été retrouvés, distants d'environ 200 mètres, trois gouttes de sang ont été découvertes sur le passage devant l'allée du 23, rue de X_______. L'ADN de F_______ était présent dans deux de ces trois gouttes de sang.

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Les prélèvements sous-unguéaux des victimes n'ont révélé aucun autre ADN que le leur. Aucune valeur ne semblait avoir été dérobée aux deux victimes puisqu'elles étaient encore en possession de leur portemonnaie, d'argent en espèces, de leur téléphone et de leurs bijoux. Des motifs de semelles de chaussures ensanglantées ont été identifiés au sol sous le couvert des "Y_______" comme appartenant à une chaussure NIKE de modèle Air Max. Le médecin-légiste a également relevé une marque de semelle sur le visage de E_______, au niveau de l'arcade gauche et du front. Il est ressorti de l'enquête de voisinage menée par la police que des habitants de la rue de X_______ avaient entendu une personne courir, puis les pas de course de plusieurs personnes vers 01h00 dans la voie piétonne reliant les AQ_______ à la rue de X_______. Il convient de préciser qu'à Genève, la nuit du 6 au 7 janvier 2017 a été particulièrement froide, avec, aux alentours de 02h00, une température de l'air à 2 mètres du sol de – 7.2°C, ressentie à – 10.9°C. a.c. Le téléphone portable retrouvé sur F_______ a permis d'identifier certaines personnes qui ont été auditionnées par la police entre le 7 et le 9 janvier 2017. Z_______, compagne de F_______, a indiqué que ce dernier était sorti vers 20h00 pour rejoindre son ami AA_______ à X_______. AA_______ a indiqué à la police avoir passé le début de la soirée avec F_______, qui avait une bouteille de vodka SMIRNOFF avec lui. Ils avaient bu un verre dans le parc AB_______ puis vers les AQ_______ de X_______. Vers minuit, F_______ l'avait raccompagné jusqu'à son domicile à la rue de _______ et ils avaient rencontré E_______ en cours de route, avec qui ils étaient amis. Il avait quitté ses deux amis une fois à son domicile et ignoraient ce que ceux-ci avaient fait ensuite. Ils avaient néanmoins l'habitude de se retrouver à l'endroit nommé les "Y_______". AA_______ avait passé un appel à E_______ d'une durée de deux minutes à 01h10, alors que ce dernier était encore en compagnie de F_______. Les deux intéressés avaient essayé de le persuader de les rejoindre mais il avait renoncé en raison du froid. F_______ et E_______ semblaient être seuls et rigolaient. AC_______ a rapporté avoir rencontré ses amis E_______ et F_______ vers 00h30 aux "Y_______". Ces derniers avaient bu mais restaient capables de tenir une conversation lucide. Il était resté avec eux une vingtaine de minutes, avant de rentrer chez lui. Ses amis n'avaient visiblement pas l'intention de rester sur place encore longtemps; d'ailleurs, leur bouteille de vodka était quasiment vide. AD_______, le frère de E_______, a indiqué qu'il se trouvait avec E_______ le soir du 6 janvier 2017 durant lequel ils avaient fêté l'Epiphanie en famille. E_______ était parti vers 23h00, sans préciser où il allait, mais il avait des amis dans le quartier de X_______. Il était vêtu d'une grosse doudoune beige et d'un bonnet qui lui couvrait quasiment tout le visage.

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a.d. La Brigade criminelle s'est procurée, dans le cadre de ses investigations, des images de vidéosurveillance issue d'un kiosque situé au 22, rue _______, lesquelles montrent E_______ et AA_______ qui entrent dans le kiosque à 23h06 afin d'y acheter respectivement une recharge de crédit pour téléphone portable et un paquet de cigarettes. Ils semblent souriants et détendus. E_______ porte une doudoune et une chapka. F_______ n'apparaît pas sur ces images. b.a. AE_______, résident de la rue de X_______ qui avait appelé la CECAL, a expliqué le 7 janvier 2017 à la police qu'il était encore éveillé dans son lit lorsque, peu après 01h00, il avait entendu des cris venant de l'extérieur. Il n'avait pas identifié ceux-ci comme étant inquiétants mais, en entendant une seconde fois des cris, il s'était levé pour observer par la fenêtre ce qu'il se passait. Il avait alors vu une personne à terre, au milieu de la route, en face de l'arrêt de bus "_______" et entourée de trois individus. Il avait songé à un groupe de quatre jeunes en état d'ébriété, dont l'un aurait chuté. Il avait donc décidé de retourner se coucher. En arrivant dans sa chambre, il avait entendu de nouveaux cris qui lui avaient glacé le sang. Il avait senti que quelque chose se passait et était revenu sur ses pas. Il avait alors vu une personne à terre sur le trottoir devant la paroisse, entourée de trois individus qui la frappaient avec une violence extrême. L'un des assaillants frappait la victime à la tête avec un casque, l'autre avec un bâton ou une barre également à la tête, sans discontinuer. Le troisième individu se trouvait à la hauteur des pieds de la victime et était passif pendant les quelques secondes de son observation. La victime avait tenté de se protéger avec ses bras mais, par la suite, elle semblait juste subir, inconsciente. Il s'était précipité dans sa chambre afin de prendre son téléphone pour appeler la police. Lorsqu'il était revenu à sa fenêtre, la victime était seule sur le trottoir, sur le ventre, inconsciente. Après avoir raccroché avec la CECAL, il était descendu dans la rue pour secourir la victime, mais la police était arrivée très rapidement. Le 18 octobre 2017 par-devant le Ministère public, AE_______ a précisé que les coups de bâton et de casque étaient donnés en même temps et étaient, sans aucun doute possible, portés à la tête de la victime. Les lieux étaient bien éclairés. Il avait bien vu la position du corps de la victime par rapport à la position des agresseurs et avait donc vu qu'ils frappaient au niveau de la tête. Il n'était en revanche pas capable d'indiquer le nombre de coups qui avaient été portés dans ce laps de temps très court, soit d'environ cinq secondes. En effet, il n'avait vu la scène que le temps de réaliser ce qui était en train de se dérouler, avant de quitter la fenêtre pour aller chercher son téléphone. Il avait été choqué par cette scène ainsi que par l'état de la victime qu'il avait vue gisant dans son sang sur le trottoir. b.b. AF_______ a été entendu le 8 janvier 2017 à la police. Alors qu'il rentrait chez lui au petit matin du 7 janvier 2017, il était passé par les AQ_______ de X_______ à l'endroit où il y avait des engins de musculation. Il avait alors aperçu près des tables une personne à quatre pattes, sur un sac de sport, la tête presque collée contre un banc. Il s'était approché et avait appelé l'individu à plusieurs reprises sans que celui-ci ne montre aucune réaction. Il avait alors rabattu la capuche de la veste de cet individu et remarqué qu'il avait une deuxième capuche, celle de son pull, qui était tachée de sang. Il faisait très sombre à cet endroit et lui-même n'y voyait pas grand-chose. Il aurait très bien pu

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passer à côté de cet individu sans le voir. Il avait retourné la victime sur le dos, soit E_______, qui poussait des gémissements et des pleurs, puis il avait appelé la police à 04h45. Il avait dû laisser E_______ seul quelques instants afin de guider les secours qui arrivaient et celui-ci lui avait alors pris la main pour la serrer, tout en gémissant. b.c. AG_______, résident de la rue de X_______, a été entendu le 10 janvier 2017 à la police et le 18 octobre 2017 par le Ministère public. Alors qu'il était dans sa chambre, il avait entendu aux alentours de 01h00 des bruits de bris de verre provenir de la rue. Il s'était dirigé vers la fenêtre pour voir ce qu'il se passait et avait vu trois personnes en train d'en agresser une autre qui se trouvait au sol. Les lieux étaient bien éclairés par l'éclairage public; cela étant, il était trop éloigné pour distinguer exactement ce qu'il se passait. Il avait malgré tout été choqué par cette scène, dont il émanait beaucoup de violence. Il avait ensuite vu les agresseurs prendre la fuite en direction de la rue de _______. Au moment de leur fuite, il n'avait pas entendu de sirènes de police. b.d. AH_______, entendu le 12 janvier 2017 à la police et le 18 octobre 2017 par le Ministère public, descendait la rue de X_______ en voiture avec deux amis lorsqu'il avait vu une personne traversant la rue en courant qui se faisait courser par environ quatre ou cinq personnes. Une des personnes tenait un objet long d'environ 60 à 70 centimètres comme une batte, avec lequel il avait donné un coup violent à la personne qui courait devant et tous les poursuivants avaient alors réussi à la rattraper. Il lui semblait que le coup avait été porté au milieu du corps. Il n'avait vu aucun autre objet. Il avait eu l'impression que ces personnes allaient toutes sauter sur la première personne. Leur voiture avait alors tourné dans une petite rue, ce qui avait eu pour effet de leur masquer la vue de la suite de la scène. Son ami avait appelé la police. b.e. AI_______ a été entendu le 19 janvier 2017 par la police après avoir donné suite à un appel à témoins. Il a expliqué avoir vu, le 7 janvier 2017 à 01h17, trois hommes sortir depuis un passage sombre derrière la boulangerie située au 9, rue de X_______, traverser la rue _______ et se diriger vers l'avenue _______ en trottinant, semblant vouloir rester discrets. L'un des individus portait un casque de moto, noir ou foncé, à la main. Identification des auteurs et constats d'enquête c.a. Après plusieurs actes d'enquête infructueux, la Brigade criminelle a procédé à une surveillance rétroactive des bornes téléphoniques du quartier de X_______ au moment des faits, dont les résultats, décrits dans les rapports de renseignements des 4, 8 et 28 juin 2017, ont permis d'identifier A_______, B_______ ainsi que S_______, T_______ et U______ comme ayant potentiellement un lien avec les faits. Il ressort des rapports susvisés que A_______ et S_______ ont activé, par des appels entre eux, les antennes proches du lieu des agressions à la rue ______ et à la rue ______ à 01h16, 01h20 et 01h23, étant précisé que l'appel à la CECAL par un témoin de la scène avait eu lieu à 01h15. Parmi les correspondants de S_______ et A_______, figuraient T_______, U______ et B_______. En début de soirée, A_______ et S_______ ont été localisés par des antennes à la rue du ______ à X_______.

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A 23h15 et 23h19, A_______ a reçu deux appels de AJ_______ utilisant des bornes téléphoniques de X_______. A 00h23, A_______ a contacté T_______, activant une antenne à la rue ______. Aucun autre contact téléphonique n'a eu lieu jusqu'à 01h15. Dès ce moment-là, A_______ et S_______ ont échangé des appels à 01h15, 01h16, 01h20, 01h23, 01h44, 01h47, 01h52, 02h08, 02h19, 02h39 et 02h54. A 02h02, A_______ a également eu un contact téléphonique avec T_______. c.b. A_______ a été interpellé par la police le 3 juillet 2017 à son domicile, lequel a fait l'objet d'une perquisition. Une pince monseigneur, une matraque télescopique noire, des chaussures, des téléphones et un ordinateur notamment ont été saisis et portés à l'inventaire. U______ (né le ______ 1999, mineur), S_______ (né le ______ 2000, mineur) et AK_______ (né le ______ 1998, mineur) ont également été interpellés le 3 juillet 2017 et T_______ (né le ______, mineur) le 4 juillet 2017. Après avoir été recherché par la police durant la journée, B_______ s'est présenté au poste le 4 juillet 2017 vers 17h00 et a été arrêté. Sa mère, sur demande de la police, est venue déposer deux paires de chaussures appartenant à l'intéressé, soit deux paires de NIKE Air noires, dont une paire usée aux talons. Elles ont été saisies et portées à l'inventaire. c.c. AK_______, qui se trouvait avec U_______ et T_______ lors de leur arrestation, a été entendu le 4 juillet 2017 à la police. Après avoir prétendu être au courant de rien, il a finalement admis savoir que ses amis étaient impliqués dans l'agression de X_______. En effet, S_______ lui en avait fait la confidence environ un mois après les faits, alors qu'ils discutaient d'un article paru dans la presse, et lui avait alors expliqué qu'il avait participé à cette agression avec leurs autres amis du groupe, soit U_______, T_______, B_______ et A_______ . AK_______ a été relaxé au terme de son audition. c.d. Les gendarmes AL_______ et AM_______ avaient procédé au contrôle de A_______ et T_______ la nuit du 7 janvier 2017 et ont été auditionnés respectivement le 11 et le 15 septembre 2017. Tous deux ont rapporté que, suite à la diffusion de l'agression sur les ondes, ils avaient entrepris des recherches dans le quartier. Ils avaient remarqué A_______ et T_______ en train de cheminer calmement à proximité du magasin DENNER situé rue ______ et avaient décidé de contrôler leur identité. Les deux jeunes hommes leur avaient dit habiter le quartier et revenir d'une soirée chez un ami. Ils leur avaient demandé de monter dans le véhicule pour les présenter à des témoins. Ils n'avaient pas fait de palpation de sécurité. A_______ et T_______ étaient très calmes et courtois. Ils ne paraissaient pas particulièrement avinés. Durant le court trajet, les deux jeunes hommes avaient posé des questions, A_______ voulant notamment savoir ce qu'il venait de se passer. Une fois sur place, T_______ et A_______ étaient restés dans la voiture de service, vitres baissées, afin qu'un témoin puisse les voir. Ce dernier ne les ayant pas reconnus, les policiers les avaient reconduits au lieu où ils les avaient trouvés.

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c.e. Les téléphones portables saisis sur et chez les cinq comparses ont fait l'objet d'une analyse dont les résultats sont exposés dans le rapport de renseignements du 20 septembre 2017. Il en ressort qu'un groupe WhatsApp nommé "AN_______ " a été créé le 6 janvier 2016 regroupant A_______, U_______, AO_______ et AK_______. T_______ a rejoint ce groupe en août 2016 et S_______ en septembre 2016. Ce groupe était utilisé par ses membres principalement pour organiser des sorties. Le 4 janvier 2017, B_______ a été ajouté au groupe. Dans la soirée du 6 au 7 janvier 2017, un rendez-vous a été fixé à 21h00 à X_______, A_______ ayant indiqué à T_______ qu'il achetait une bouteille. A 21h43, S_______ a passé un appel sur le téléphone fixe de son domicile d'une durée de 27 secondes. A 22h50, il a reçu un appel depuis le téléphone portable de sa mère, lequel a duré une dizaine de secondes (cf. rapport de police du 11 septembre 2017). A 04h01, B_______ a envoyé une photographie aux membres du groupe sous le préau de X_______, adjointe d'une bannière où il était inscrit "Familia". Quelques secondes plus tard, A_______ a enjoint les autres à regarder sa photo de profil WhatsApp, qu'il a probablement dû changer à ce moment-là, B_______ lui ayant dit que lui aussi. Après une période d'accalmie, à 09h30, B_______ a fait une proposition de se rendre le soir-même à une soirée au BYPASS, à laquelle T_______ a répondu par l'affirmative. A 16h13, B_______ a envoyé une photographie de sa chaussure. Selon le rapport de police du 5 juillet 2017, cette photographie avait été retrouvée dans le téléphone portable d'T_______ et montrait une basket NIKE Air présentant des taches compatibles avec du sang. Quelques secondes plus tard, S_______ a brièvement quitté le groupe WhatsApp des "AN_______ ", AK_______ et A_______ l'ayant ensuite traité de "fils de pute" et prétendu qu'il n'avait "pas de couilles". Il a été rajouté au groupe quelques minutes plus tard, soit à 16h52, et a écrit "Vida on t'aime". Dans la soirée du 10 janvier 2017, A_______ a écrit à S_______ "Personne ok? Demain jtexplique Mais person", "Si faut jurer Jure tu ten bas les couilles", "Et rantre pas dans des detaill". Le 11 janvier 2017, B_______ a relancé ses amis sur l'idée d'un voyage, ayant demandé quand ils achèteraient les billets. Le 19 janvier 2017, les messages échangés entre A_______ et S_______ l'ont été à nouveau au sujet de quelque chose qui devait être tu, A_______ ayant écrit à S_______ "Stp mnt arrete de parler de sa", "on doit rien lui dire jamais ahahahah". c.f. Entendu le 27 novembre 2017 à la police, AP_______ a indiqué qu'il était possible qu'il ait passé la soirée du 6 janvier 2017 avec le groupe des "AN_______ ". Il n'avait toutefois pas de souvenir précis de cette soirée. Il avait été choqué d'apprendre qu'ils étaient impliqués dans cette affaire. Il ne faisait pas partie du groupe mais passait quelques soirées avec eux, durant lesquelles ils buvaient de l'alcool. Les "AN_______ " se prenaient vraiment pour une famille. Il n'avait pas le souvenir d'avoir évoqué une

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bagarre avec les autres ce soir-là dans le préau. Il n'aimait pas se battre, donc, si une telle discussion avait eu lieu, cela pouvait être l'une des raisons pour lesquelles il était parti. Cela étant, il avait également rendez-vous avec un autre ami. Il n'avait vu aucune batte de baseball durant la soirée et pensait qu'il s'en rappellerait si tel avait été le cas. c.g. Il ressort d'un rapport du 28 février 2019, transmis directement au Tribunal criminel, que la Brigade de la police technique et scientifique a examiné les chaussures saisies auprès des protagonistes pour les mettre en lien avec les constats d'enquêtes. Deux paires de chaussures NIKE Air Max noires appartenant à B_______ ont été analysées, lesquelles pouvaient toutes les deux correspondre à celles que l'intéressé portait le soir du 6 janvier 2017, en comparaison avec la photographie prise dans le préau de l'école de X_______ et la photo que l'intéressé avait envoyée dans le groupe WhatsApp après l'agression. Aucune trace de sang n'a été mise en évidence lors des examens visuels et chimiques (Luminol), les prélèvements biologiques ayant par ailleurs donné des résultats négatifs au test OBTI. Une paire de chaussures NIKE Air (ts1701-080_P044), saisie au domicile de S_______, a montré de nombreuses traces de sang au Luminol ainsi qu'au test OBTI. Les prélèvements biologiques ont mis en évidence un profil ADN de mélange correspondant au profil de E_______ (cf. rapport CURML du 28 novembre 2017). La chaussure droite de cette paire appartenant à S_______ pouvait être à l'origine de la trace de semelle ensanglantée laissée sous le couvert des "Y_______". Une paire de chaussures TIMBERLAND en daim noir (ts1701-080_P045), saisie au domicile de U_______, a révélé une trace positive au test OBTI. L'analyse de cette trace a mis en évidence un profil ADN correspondant à celui de E_______. La semelle de ces chaussures, en particulier le talon, était compatible avec l'empreinte marquée au niveau du front de E_______ représentant deux cercles reliés par des arcs. Premières déclarations des prévenus à la police d.a. A_______, lors de sa première audition à la police le 3 juillet 2017, a tout d'abord contesté être mêlé aux faits survenus à X_______. Le soir du 6 janvier 2017, il avait passé un moment dans le préau de l'école de X_______, en compagnie de U_______ et d'autres jeunes du quartier. Il avait fumé quelques cigarettes puis était rentré chez lui et avait regardé la télévision. Plus tard, vers minuit, il avait retrouvé T_______ devant l'école ______ pour fumer et ils avaient entendu des sirènes de police puis avaient été contrôlés par des policiers. Ces derniers les avaient emmenés dans leur voiture vers l'arrêt de bus _______, afin de les présenter à des témoins. Les deux policiers les avaient ensuite ramenés devant son domicile. Confronté aux éléments de téléphonie, A_______ a ajouté que son cousin AJ_______ était venu le chercher au préau de X_______, pour se rendre au cycle d'orientation de ______ afin d'y rencontrer un ami pour se renseigner au sujet de la musculation. AJ_______ l'avait ensuite ramené chez lui en voiture. S'il avait appelé plusieurs fois G_______ vers 01h15 le 7 janvier 2017, c'était pour lui demander s'il savait ce qu'il s'était passé à X_______. A son souvenir, G_______ lui avait alors dit ne pas être aux ______. Les "AN_______ " était seulement le nom d'un groupe WhatsApp dont il

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faisait partie avec ses amis U_______, S_______, T_______, B_______, AK_______ et AO_______. d.b. B_______, lors de sa première audition à la police le 5 juillet 2017, a admis son implication dans une "bagarre". Il avait passé le début de la soirée avec ses amis A_______, U_______, S_______, T_______ et d'autres jeunes dans le préau de l'école de X_______ à boire de l'alcool et écouter de la musique. Il avait bu environ trois quarts d'une bouteille de Jack Daniels, mélangé à du Coca-Cola, qu'il partageait avec son ami AP_______. Ses autres amis avaient bu de la vodka avec du RedBull. AP_______ avait quitté le groupe vers minuit pour se rendre en discothèque au BYPASS. A un moment donné, ils avaient décidé de marcher un peu. Ils avaient pris la rue ______ jusqu'aux AQ_______. Lui-même s'était arrêté un instant pour uriner sur le chemin. Quand il avait retrouvé les autres vers les "Y_______", G_______ était en train de se disputer avec un homme. La bagarre avait déjà commencé. Un autre individu était avec lui mais cet homme ne l'avait pas vraiment regardé. Les coups étaient partis très vite et il était passablement alcoolisé. G_______ et la victime avaient déjà commencé à se bagarrer et les deux se donnaient des coups de poing. D'un coup, le même individu avait pris une bouteille de vodka SMIRNOFF par le goulot, de telle sorte qu'il semblait vouloir frapper avec celle-ci. Il avait avancé vers eux car il pensait que G_______ ne pouvait pas s'en sortir tout seul. L'individu était vraiment plus grand et plus âgé que G_______. Quand il s'était approché, l'individu avait commencé à courir et s'était dirigé vers l'arrêt de bus _______. Pendant sa course, l'individu s'était retourné face à lui et avait fait un geste avec la bouteille comme s'il voulait le frapper. Il lui avait alors fait une "balayette" pour le faire tomber, puis avait enchaîné avec des coups de pied dans le ventre une fois qu'il était au sol. Il n'avait utilisé aucune arme. En donnant des coups, il avait chuté et s'était retrouvé par terre, probablement parce qu'il était saoul ou parce qu'il avait trébuché sur le trottoir. A ce moment-là, T_______ était arrivé avec un casque dans la main. Il ne pouvait pas affirmer si celui-ci avait utilisé le casque pour frapper ou s'il n'avait utilisé que ses mains et ses pieds. Lui-même avait donné environ cinq ou six coups au niveau du ventre et des jambes de l'individu. A_______ était arrivé en dernier et avait également donné des coups de pied. Sa vision n'était pas très claire. Il ne savait pas exactement ce qu'avaient fait T_______ ou A_______. Ils s'étaient tous les trois arrêtés lorsqu'ils avaient entendu les sirènes de la police et ils étaient partis en courant. Ils étaient allés en direction de ______, dans un parc. G_______ et U_______ étaient arrivés peu après, ces derniers ayant indiqué qu'ils avaient frappé le deuxième individu. Il ne savait pas pour quelle raison ils avaient fait cela. Ils étaient tous restés un moment dans ce parc, avant de rentrer chez eux, A_______ et T_______ étant partis un peu avant eux. Arrivé chez lui, il avait eu le sentiment que c'était vraiment "parti en couille". Il s'était néanmoins mis au lit et avait dormi jusqu'à l'après-midi. Il était vrai qu'il avait envoyé une photo de sa chaussure dans le groupe WhatsApp des "AN_______ " et qu'il y avait des taches de sang dessus. Après avoir nié que A_______ ait porté des coups avec un objet, B_______ a finalement admis que celui-ci avait un bâton dans les mains et qu'il avait frappé la

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victime avec celui-ci. Il ne savait pas sur quelle partie du corps A_______ avait frappé, ni combien de coups. Il avait vu ce bâton seulement une fois la victime au sol, soit après que lui-même avait trébuché. Premières déclarations des comparses mineurs e. S_______, U______ et T_______ étant mineurs au moment des faits, une procédure séparée a été ouverte par-devant le Tribunal des mineurs les concernant. e.a. Entendu le 3 juillet 2017 par la police et le 28 juillet 2017 par le Tribunal des mineurs, S_______ a spontanément admis qu'il avait participé à une "bagarre qui avait mal tourné" dans la nuit du 6 au 7 janvier 2017 mais s'est expliqué en disant qu'il s'était senti agressé. Le soir en question, il était allé acheter trois bouteilles de vodka et du Redbull avec A_______, T_______, U_______ et B_______ auprès du magasin DENNER de la rue _______. Ils buvaient ensemble environ une bouteille de vodka à deux, tous les weekends. Ils étaient allés boire et discuter dans le préau de l'école de X_______. Tous les cinq avaient décidé de marcher un peu en direction de la maison de quartier puis le long de l'avenue ______ et ils s'étaient assis sur un banc pas loin du lieu des "Y_______". Ils étaient tous assez ivres et rigolaient. Deux hommes se trouvaient non loin de là, à l'une desdites tables. Il n'avait plus de cigarettes et il avait décidé d'aller leur en demander une. Il avait formulé sa demande aux deux hommes et l'homme avec un bonnet en laine lui en avait tendu une, puis lui avait demandé en souriant "tu veux que je te raccompagne?". Il avait interprété cela comme une proposition "pédophile", alors il l'avait poussé et ils avaient commencé à s'insulter. Il ne se souvenait pas exactement qui avait donné le premier coup mais savait avoir porté un coup de poing au niveau de la tête à cet homme, qui était alors tombé. Le deuxième homme s'était levé et était venu vers lui après s'être emparé d'une bouteille d'alcool en verre et, à ce moment, ses amis étaient arrivés en renfort. Pendant qu'il se battait avec l'homme qui lui avait donné la cigarette, le second, soit F_______, était parti en courant, s'enfuyant avec la bouteille dans la main. Trois de ses amis, A_______, T_______ et B_______ lui avaient couru après. Il était resté avec U_______ à frapper son adversaire, soit E_______, qui, après être tombé au sol, avait réussi à se relever, raison pour laquelle ils avaient continué à le frapper. Il ne souhaitait pas que l'homme se relève car, seul avec U______, il n'aurait plus fait le poids et estimait que puisqu'il se relevait, cela voulait dire qu'il voulait continuer à se battre. U_______ n'avait pas donné beaucoup de coups mais avait fait une "balayette" pour le faire tomber. Une fois la victime au sol, il avait pu lui donner des "penalties" dans le ventre et dans la tête. E_______ était au sol et ne disait rien. Aucun de ses amis n'avait utilisé d'objet pour frapper. Ils s'étaient enfuis en entendant les sirènes de police, laissant E_______, couché au bout de la table, qui essayait de s'accrocher à un poteau pour se relever. Ils s'étaient retrouvés tous les cinq à l'école de ______. En voyant des gyrophares et des sirènes de police, il s'était dit que c'était "la merde". Il s'était rendu compte de la gravité des faits, autant pour lui que pour la victime. Il avait personnellement été blessé au petit doigt.

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e.b. Le même jour à la police, U_______ a donné la même version de la "bagarre" débutée entre S_______ et un homme à qui celui-ci avait demandé une cigarette. Dans un premier temps, il a indiqué que seuls A_______ et S_______ avaient été présents avec lui aux "Y_______" et avaient participé à la "bagarre". Il avait voulu défendre son ami G_______. Lorsque le deuxième individu avait fui, tenant une bouteille de vodka dans la main, ils avaient tous les trois couru après lui et l'avaient frappé à la hauteur de l'arrêt de bus _______. Ils n'avaient utilisé aucun objet ou arme et s'étaient battus avec leurs pieds et leurs poings. Le but principal était de se défendre. Ils avaient bu de la vodka ensemble et il s'était senti euphorique sous les effets de l'alcool. Après avoir pris la fuite et attendu que les choses se calment, ils étaient rentrés dormir, G_______ ayant passé la nuit chez lui. Au fil de son audition, après avoir été confronté aux déclarations de S_______, U_______ a admis que B_______ et T_______ avaient également été présents lors des faits. A_______ était son meilleur ami et il était ami avec T_______ , G_______ et B_______ qu'il connaissait depuis le cycle d'orientation. e.c. Le 4 juillet 2017 à la police et le 5 juillet 2017 au Tribunal des mineurs, T_______ a admis avoir frappé F_______ et apporté des explications sur le déroulement des faits. Il connaissait S_______ depuis qu'ils étaient petits, A_______ et U_______ depuis le cycle d'orientation et B_______ depuis 2016. Dans le groupe chacun avait sa personnalité. Ils se voyaient l'après-midi pour discuter, fumer ou jouer au football et le soir pour boire. Ils s'appelaient les "AN_______ ", ce qui signifiait qu'ils étaient des frères et seraient toujours soudés. Le soir du 6 janvier 2017, ils s'étaient retrouvés à l'école de X_______, après avoir acheté des bouteilles d'alcool. Ils avaient discuté, rigolé et écouté de la musique, l'ambiance était tranquille. Une fois arrivés à bout des bouteilles, ils avaient marché un peu en direction de la Maison de quartier puis des "Y_______". Il avait suivi ses amis sans vraiment savoir où ils allaient. En arrivant aux "Y_______", il avait remarqué que G_______ et les autres se battaient avec un homme (soit E_______) et qu'ils étaient énervés. L'ami de cet homme (soit F_______) s'était emparé d'une bouteille de vodka pour se mettre en garde puis s'était enfui en courant, probablement au moment où il avait vu son ami à terre. Il l'avait alors poursuivi en premier, puis B_______ et A_______ l'avaient suivi. Ils étaient tous "en mode adrénaline". Il avait senti l'envie de se battre, ce qui lui arrivait souvent quand il avait bu. Il avait un casque de moto dans les mains et A_______ tenait un bâton en bois brun. Le casque appartenait à U_______ qui avait un scooter. F_______ avait descendu les escaliers, s'était retourné, avait vu qu'il était poursuivi, puis était allé en direction de l'arrêt de bus _______. Après que A_______ ou B_______ avait rattrapé la victime et l'avait fait tomber à terre, il lui avait infligé un premier coup avec le casque qu'il tenait d'une main par la bride, au niveau des côtes. B_______ avait enchaîné avec des coups de pied dans le ventre et A_______ avec des coups de bâton, mais il ne se rappelait pas dans quelle partie du corps. F_______ poussait des cris de douleur. Il lui avait ensuite donné un second coup de casque au niveau du dos. Il avait frappé ainsi à deux reprises avec le casque, mais jamais au niveau de la tête. Tous s'étaient arrêtés de frapper F_______ parce qu'il ne

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bougeait plus et que la police allait arriver. Ils étaient partis et s'étaient cachés à l'école de ______, lieu où G_______ et U_______ les avaient rejoints. Après quelques minutes, il était parti avec A_______ en direction du domicile de ce dernier, lorsque des policiers les avaient abordés. Les policiers leur avaient demandé de les suivre afin de les présenter à des témoins. Comme le témoin auquel ils avaient été présenté ne les avait pas reconnus, ils avaient ensuite été ramenés à l'endroit où ils s'étaient trouvés et les policiers s'étaient excusés pour le dérangement. Après les faits, les membres du groupe en avaient parlé entre eux, en se disant qu'il ne fallait en parler à personne. En dehors des cinq participants, seul AK_______, également membre des "AN_______ ", était au courant de ce qu'il s'était passé. Déclarations des prévenus devant le Ministère public et confrontation aux comparses mineurs f.a.a. Le 4 juillet 2017 par-devant le Ministère public, A_______ a été confronté aux déclarations de ses comparses. Après avoir brièvement nié, A_______ a indiqué qu'il souhaitait faire des aveux complets. Il a alors expliqué qu'il fumait une cigarette en avant du groupe, lorsque le ton avait commencé à monter entre ses amis et E_______ et F_______. S_______ ou U_______ avait donné un premier coup à E_______. Il lui avait alors également mis un coup de poing, mais E_______ n'était pas tombé à terre. F_______ s'était mis à courir, pendant que les autres étaient en train de taper E_______. Il avait dès lors couru derrière F_______, T_______ et B_______ l'ayant ensuite rejoint dans sa course. F_______ avait une bouteille à la main et s'était retourné pendant sa course pour menacer de la lancer sur lui. A la hauteur de l'église de la rue X_______, il avait réussi à lui faire une "balayette" et lui avait donné trois ou quatre coups de poing à la tête. Comme la victime était à terre et que B_______ et T_______ arrivaient, il avait décidé d'aller voir U_______ et G_______. Avant qu'il ne soit arrivé aux "Y_______", il avait entendu les sirènes de police, il avait alors dit à U_______ et G_______ de courir puis était retourné vers B_______ et T_______ pour leur indiquer également de prendre la fuite. A ce moment-là, il avait vu T_______ donner des coups de pied à la tête de la victime, sans pouvoir dire s'il avait aussi frappé avec le casque qu'il tenait à la main. Il avait également vu B_______ donné des "penalties" à la tête de la victime. F_______ ne s'était plus relevé depuis la "balayette" qui l'avait fait tomber mais restait toutefois conscient puisqu'il mettait ses mains devant son visage pour se protéger. A_______ a prétendu que c'étaient les coups portés par B_______ et T_______ qui avaient causé les lésions les plus graves à F_______, ce dernier ayant même pu se blesser avec les bris de verre de sa propre bouteille. Il estimait avoir agi pour se défendre contre ceux qui s'étaient approchés de lui. F_______ avait bien dû faire quelque chose pour qu'il lui court après, même s'il ne se rappelait pas de ce qu'il avait pu faire. f.a.b. Le 27 juillet 2017, A_______ a fait parvenir au Ministère public un courrier par lequel il indiquait avoir dit la vérité lors de l'audience du 4 juillet 2017 mais avait

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toutefois omis une information. Il souhaitait désormais avouer qu'il avait utilisé une batte de baseball. f.a.c. Le 2 août 2017, A_______ est ainsi revenu sur ses précédentes déclarations et a confirmé qu'il avait une batte de baseball qui lui avait été donnée par S_______. G_______ lui avait donné cette batte le soir même car sa mère ne voulait pas qu'il la garde à la maison. Lorsqu'ils étaient dans le préau de l'école de X_______, ils avaient bu de l'alcool. Il avait acheté une bouteille de vodka avec U_______ chez DENNER, qu'ils avaient mélangé avec du RedBull. Ils buvaient ensemble tous les week-ends, dans un cadre festif. En principe, ils partageaient une bouteille d'alcool à deux. Ils avaient commencé à boire vers 21h30 et avaient fini toutes les bouteilles. Ils étaient "bourrés", mais tout le monde était encore capable de marcher. En quittant le préau, ils avaient raccompagné AP_______ chez lui vers ______ puis s'étaient installés sur les escaliers de la Maison de quartier. G_______ avait eu une conversation téléphonique avec son père qui lui avait annoncé qu'il lui interdisait de rentrer chez lui. G_______ était énervé et avait demandé à aller faire un tour. Comme ils avaient tous compris qu'il voulait se défouler et se bagarrer, ils avaient essayé de l'en dissuader. D'un coup, G_______ était parti, alors tout le groupe avait suivi. Dix minutes plus tard, ils étaient tombés sur E_______ et F_______ aux "Y_______". La bagarre avait démarré lorsque G_______ avait donné un premier coup de poing à E_______ puis, tout de suite après, à F_______. U_______ et G_______ avaient ensuite donné chacun un coup de poing à E_______ qui, sous l'effet des coups, s'était approché de lui. Il avait eu peur et lui avait donné un coup de poing. Il était tombé juste après. C'était à ce moment-là que F_______ s'était emparé de la bouteille et était parti en courant. Il avait frappé F_______ à quatre reprises avec la batte. Il avait visé le haut du corps et ne pouvait pas exclure avoir touché la tête. Il faisait nuit et tout était allé très vite. Il avait vu B_______ donner des coups de pied à la tête, mais aussi au niveau du corps. T_______ avait donné des coups de casque et des coups de pied à la tête de F_______. Il n'était pas revenu vers G_______ et U_______. Il avait donné les coups puis avait entendu les sirènes de police, celles-ci l'ayant fait fuir, tout comme ses comparses. Le lendemain, il s'était débarrassé de la batte en la jetant dans le Rhône. f.a.d. Lors de son audition du 21 août 2017, A_______ a admis qu'il avait également donné deux coups de batte de baseball à E_______. Il se rappelait que le premier coup avait atteint E_______ au niveau du bras mais ne se rappelait plus pour le second coup; le précité n'était cependant pas tombé "K.O.". Il ne se rappelait pas non plus s'il avait encore la batte sur lui lorsqu'il avait été contrôlé par la police et emmené en voiture. Seul G_______ avait eu l'envie de se battre lorsqu'ils étaient à la Maison de quartier, alors que les autres membres du groupe voulaient plutôt éviter la bagarre. Ils avaient tous compris que G_______ voulait se battre car celui-ci avait demandé à récupérer sa batte. Il avait eu connaissance des lésions subies par les victimes par le biais des articles parus dans la presse. Il avait appris que les deux victimes étaient entre la vie et la mort et il se sentait mal par rapport à cela. Il avait eu peur qu'elles puissent décéder.

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f.a.e. A_______ a versé à la procédure deux lettres d'excuses adressées à E_______ et à F_______ le 23 septembre 2017. f.b.a. Le 6 juillet 2017 par-devant le Ministère public, B_______, a confirmé ses déclarations à la police. Il a précisé que la bagarre avait commencé seulement cinq secondes après qu'il soit arrivé sur le lieu des "Y_______" car il s'était arrêté pour uriner. S_______ se battait déjà avec F_______, lequel était bien plus grand et plus âgé que lui, raison pour laquelle il avait décidé d'intervenir. G_______ avait la réputation d'être un peu "chaud" et de se mettre dans des histoires. F_______ s'était tout de suite emparé de la bouteille puis avait pris la fuite. Il avait couru derrière lui pour le rattraper, sans se demander pourquoi, probablement sous l'effet de l'alcool. S'agissant de leur emplacement durant les coups, B_______ a précisé qu'alors qu'il frappait dans le ventre, T_______ était à sa droite et A_______ face à lui. Ses deux comparses tapaient ainsi vers le haut du corps et tous les trois frappaient en même temps. T_______ avait donné des coups de casque à la tête de F_______. A_______ avait donné deux coups sur l'épaule et aussi à la tête avec le bâton. Il n'avait, quant à lui, aucun souvenir d'avoir donné des coups de pied dans la tête. Il avait par la suite lu des articles dans les journaux qui disaient que c'était une "tentative de meurtre" et pressenti qu'ils avaient fait une erreur. Ils n'avaient pas voulu mettre des gens dans le coma, ils étaient allés trop loin. f.b.b. Le 2 août 2017, entendu par le Ministère public hors la présence de A_______ et de son conseil, B_______ a précisé qu'il ne se rappelait pas avoir frappé F_______ à la tête mais que, dans la mesure où la police avait retrouvé du sang sur ses chaussures, il pouvait en déduire qu'il avait peut-être donné des coups de pied à la tête de l'intéressé. Il n'y avait pas eu de discussion sur le fait de taper les deux victimes, chacun ayant décidé individuellement, sur le moment, de participer. Une fois qu'ils s'étaient retrouvés vers l'école du ______ après l'agression, S_______ avait dit "je crois qu'on l'a tué les gars". Ils avaient pensé qu'ils étaient allés trop loin. Le soir des faits, il avait bu une bouteille de whisky qu'il avait partagée avec AP_______. Les autres membres du groupe buvaient de la vodka. Il avait également consommé du cannabis avec U_______. Ils étaient tous "bourrés". Chaque week-end, le vendredi ou le samedi soir, ils achetaient une bouteille d'alcool pour deux, qu'ils mélangeaient avec du soda. C'était la première fois qu'il était impliqué dans une altercation violente, notamment suite à la consommation d'alcool. f.c. Le 4 août 2017 devant le Tribunal des mineurs, T_______ a expliqué qu'en réalité, le soir des faits, ils étaient ivres et avaient décidé d'aller se battre. La volonté de se battre faisait partie de leur état d'esprit depuis le mois de décembre 2016. A_______ avait dit qu'il fallait "niquer des gens pour l'année 2017", pour se faire connaître. Ils s'étaient alors battus quelques fois, mais les conséquences n'avaient jamais été aussi graves.

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Le soir du 6 janvier 2017, il avait demandé le casque à U_______, en disant qu'il allait taper avec. A_______, quant à lui, s'était muni d'une batte de baseball. Il avait vu que A_______ avait cette batte dans le but de frapper des gens au moment où ils étaient à la Maison de quartier, l'intéressé ne l'ayant pas tenue à la main plus tôt dans la soirée. Il était vrai que S_______ était fâché avec son père et avait dit qu'il voulait se battre. A_______ avait conseillé à G_______ de ne plus y penser puis avait dit "viens on y va", sous-entendu "on va se battre". G_______ était parti en premier vers E_______ et F_______, deux hommes se trouvant aux "Y_______" qu'ils ne connaissaient aucunement, sous prétexte de leur demander une cigarette. G_______ avait tout de suite donné un coup de poing à E_______, lequel avait essayé de riposter. Immédiatement après, A_______, qui était placé juste derrière G_______, avait infligé un coup de batte au visage de E_______, le faisant tomber "K.O.". A ce moment-là, F_______ avait crié, s'était emparé de la bouteille, puis avait pris la fuite. Avec B_______ et A_______, ils l'avaient poursuivi. F_______ s'était retourné lorsqu'il était dans le petit chemin entre les deux immeubles pour voir s'il était suivi puis avait continué à courir avant de trébucher et de tomber sur le trottoir de la rue de X_______. B_______ lui avait porté un coup de pied dans le dos, ce qui l'avait fait se relever et avancer de quelques pas, puis A_______ lui avait infligé un coup de batte sur la tête. F_______ était alors définitivement tombé au sol. Quant à lui, il avait donné un coup de casque au niveau du dos, avant que A_______ ne continue avec environ trois coups de batte. T_______ a précisé qu'il n'avait donné aucun coup avec ses pieds, mais uniquement avec le casque. Quand ils étaient à l'école ______ après l'agression, A_______ lui avait pris le casque et l'avait caché vers un immeuble. f.d. Le 15 août 2017, devant le Tribunal des mineurs, U______ a indiqué qu'il n'avait pas participé à l'agression sur F_______, mais uniquement sur E_______. Il n'avait pas voulu laisser S_______ seul avec ce dernier. Il savait qu'un casque et un bâton avaient été utilisés par ses comparses, mais il ne les avait pas vus. Il était déjà arrivé entre une et trois fois aux "AN_______ " de se battre avec des tiers, notamment une fois près de l'Usine. Concernant sa consommation d'alcool, il a confirmé que chacun buvait environ une bouteille d'alcool à deux, alcool mélangé avec du soda. Personnellement, il fumait également du cannabis à l'époque des faits. f.e. Lors de son audition du 22 août 2017 à la police, S_______ a admis que la batte de baseball lui appartenait. Il l'avait achetée lors de vacances en Italie, sans avoir pour but de l'utiliser pour se battre. Il l'avait remise le soir des faits à A_______ pour qu'il la conserve chez lui car sa mère voulait la lui confisquer. Il contestait avoir demandé à récupérer la batte de baseball avant les faits. Par contre, il était vrai qu'il voulait se bagarrer à ce moment-là car il était "sur les nerfs" suite à une conversation avec son père trente minutes plus tôt. Quand les "AN_______ " se voyaient, ils se battaient régulièrement et dès que l'un des membres du groupe était énervé, cela finissait mal. Ce soir-là, il était question qu'il demande une cigarette, puis qu'il mette "une droite" juste après. Tous les membres du groupe étaient d'accord de se battre. Ils se déplaçaient vers les "Y_______", lorsqu'ils avaient vu deux personnes, soit F_______ et E_______. Ils

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voulaient juste se battre, sans plus. Personne n'avait décidé d'une répartition des rôles et tout cela s'était fait de manière spontanée. g. Les prévenus mineurs et majeurs ont été entendus en confrontation les 24 et 29 août et 18 octobre 2017. g.a. S_______ a indiqué qu'il avait menti lorsqu'il avait prétendu que l'une des deux victimes lui avait proposé de le ramener chez lui. Le soir des faits, il avait donné sa batte de baseball à A_______, en raison du fait que sa mère ne voulait pas qu'il la garde à la maison. Durant cette soirée, il était énervé suite à un téléphone de son père qui lui avait dit qu'il ne pouvait plus rentrer à la maison. Le groupe avait discuté pour savoir si A_______ allait utiliser la batte ou non, puis A_______ avait annoncé qu'il utiliserait la batte si cela tournait mal pour eux. La cigarette avait été un prétexte pour approcher les deux victimes. E_______ lui avait tendu la cigarette et il lui avait immédiatement donné un coup de poing au visage. Tous ses amis l'avaient suivi et il savait qu'il pouvait compter sur eux, alors que personne n'avait tenté de le retenir. Comme F_______ avait pris en main une bouteille d'alcool, A_______ lui avait infligé un coup avec la batte au niveau de l'épaule, suite à quoi celui-ci s'était enfui en courant. Il ne se souvenait pas d'un coup de batte donné à E_______. Ce dernier était tombé une première fois à terre, s'était relevé, puis c'était U_______ qui l'avait fait retomber d'une "balayette". Il avait ensuite donné deux ou trois coups de pied à la tête de E_______ alors que ce dernier était au sol. La victime saignait du nez et se protégeait en mettant ses bras devant la tête. Ses amis ne lui avaient jamais reproché d'être le déclencheur de bagarres; au contraire, ils l'avaient quasiment félicité. Il n'avait jamais reçu l'instruction de "partir" en premier, cela se faisait "comme ça". En apprenant le 3 juillet 2017 que A_______ avait été arrêté, ils s'étaient mis d'accord sur une version à adopter, soit de dire qu'il s'agissait d'une bagarre qui avait commencé par des insultes. g.b. U_______ a persisté à dire qu'il ignorait qu'il y avait une batte de baseball ce soir-là. Il n'avait pas vu le coup donné par A_______ au début de la bagarre. La personne qui avait reçu le premier coup de la part de S_______ était F_______. Il avait fait une "balayette" à E_______ pour le faire tomber puis il lui avait donné des coups de pied dans la tête alors que ce dernier était à terre. Il a précisé que, bien qu'il ait consommé du cannabis et de la vodka, il savait pertinemment ce qu'il était en train de faire. g.c. T_______, quant à lui, a expliqué qu'ils avaient déjà discuté de se battre lorsqu'ils étaient à l'école de X_______ en début de soirée. Il en avait en tout cas parlé avec A_______ et AP_______. Ce dernier était parti lorsqu'ils avaient quitté le préau car il ne souhaitait pas se battre. En prenant le casque de moto, il avait mentionné qu'il voulait frapper avec celui-ci. Tous les autres en étaient donc au courant. Contrairement à S_______, T_______ estimait que le premier coup de batte de baseball de A_______ avait été donné au même individu que le premier coup de poing de G_______, soit à E_______. F_______ avait alors crié "hé!" puis était parti en courant. E_______ était à terre lorsque lui-même était parti. A_______ tenait la batte dans ses mains et elle était visible de tous. B_______ avait donné un coup de pied dans le bas du dos de F_______ qui l'avait fait se relever. F_______ avait alors avancé dans sa direction et A_______ lui avait donné un coup de batte, ce qui l'avait fait tomber au sol

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sur le ventre. Le visage de F_______ n'était plus visible; il ne l'avait pas entendu crier, gémir ou pleurer. Il lui avait asséné deux coups avec le casque au niveau du dos et des côtes. Il n'avait donné aucun coup de pied ou de poing. A_______ avait ensuite donné deux coups au niveau de la tête, à l'aide de la batte de baseball qu'il tenait des deux mains. Seul A_______ était l'auteur des coups portés à la tête de la victime. T_______ a ajouté que, depuis une bagarre qui avait eu lieu fin 2016, A_______ avait dit qu'ils étaient tous soudés et qu'en 2017, ils allaient "niquer des gens", soit se battre contre d'autres groupes. Le 6 janvier 2017, c'était la première fois qu'ils sortaient avec une batte de baseball, s'étant toujours battus à mains nues auparavant. Selon lui, A_______ était le leader du groupe. Les autres membres ont indiqué lors de cette audience qu'ils ne le voyaient pas de la même façon. g.d. B_______ a maintenu qu'il n'avait pas vu A_______ frapper E_______ avec la batte. Il n'avait pas vu cette batte auparavant pendant la soirée. Après avoir pourchassé F_______, il avait mis un coup de pied au précité, ce qui l'avait fait tomber par terre. Il avait ensuite enchaîné les coups de pied au ventre, avant de tomber en arrière. Ensuite, A_______ avait frappé avec la batte de baseball, deux fois à l'épaule et deux fois à la tête. T_______ avait donné deux coups avec le casque également au niveau de la tête. Il avait repoussé T_______ et A_____ qui frappaient avec des objets. En effet, il voulait éviter qu'ils continuent, au risque de tuer la victime. Il avait préféré la frapper lui-même avec ses pieds dans la mesure où cela était moins dommageable. Il n'avait pas le souvenir que le groupe ait été à la recherche de quelqu'un pour se bagarrer, étant précisé qu'il était dans tous les cas prêt à se battre pour soutenir l'un ou l'autre des membres de son groupe. g.e. A_______ a indiqué qu'il n'estimait pas être dans un état d'esprit bagarreur ce soirlà. Il n'avait absolument pas discuté de se battre avec les autres membres du groupe. Il avait plutôt essayé de réconforter G_______ et refusé de remettre à ce dernier sa batte de baseball. Il n'imaginait pas que G_______ allait se bagarrer avec les deux personnes qui étaient assises aux "Y_______". Il avait donné en tout trois ou quatre coups avec la batte de baseball en visant le torse de F_______, lesquels avaient peut-être touché la tête. Après le premier coup de batte, puisque B_______ et T_______ donnaient également des coups, F_______ n'avait pas eu le temps de se relever. B_______ avait donné des coups de pied type "penalty" à la tête et au corps de F_______. Il avait vu T_______ donner un coup de casque à la victime. Contrairement à ce qu'indiquaient T_______ et B_______, A_______ a expliqué qu'il avait stoppé ses coups en entendant les sirènes de police et ne se rappelait pas que quelqu'un lui ait dit d'arrêter. Les membres du groupe s'étaient fait une promesse qui consistait à toujours s'entraider. En cas de bagarre, il était convenu qu'ils s'aideraient avec tous les moyens à disposition. Cette promesse datait de l'épisode de la bagarre à la pataugeoire de X_______, en septembre 2016. g.f. Il est également ressorti de ses auditions en confrontation que tous les membres du groupe pratiquaient des sports de combat. Plus précisément, T_______ faisait de la boxe thaïlandaise, B_______ du Mixed Martial Arts ("MMA"), A_______ de la boxe

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anglaise et U_______ du kickboxing. A_______ s'entraînait seul trois fois par semaine à la boxe et tout le groupe s'entraînait ensemble de temps en temps, dans une salle le samedi matin depuis l'été 2016. B_______ et A_______ ont confirmé qu'ils avaient conscience des dégâts que pouvaient causer des coups à la tête, A_______ ayant précisé que c'était pour cette raison qu'il n'avait pas visé la tête et B_______ confirmé qu'une règle capitale dans le MMA était de ne pas donner de coups de pied à une personne qui est au sol. g.g. Le 17 avril 2018, les comparses mineurs et majeurs ont été entendus en confrontation sur la question de la décision commune de se battre. Lors de cette audience, T_______ et S_______ ont confirmé qu'ils avaient discutés de se battre ce soir-là et qu'ils étaient au courant que A_______ avait une batte, alors que A_______, B_______ et U_______ ont prétendu qu'ils ne s'attendaient pas à se battre, qu'il s'agissait d'une "surprise". Selon S_______, la décision avait réellement été prise à la Maison de quartier. B_______ a confirmé avoir repoussé T_______ qui donnait des coups avec le casque de moto pour pouvoir mettre des coups de pied à la tête de F_______. T_______ a toutefois contesté avoir donné des coups de casque au niveau de la tête de la victime. A_______ a prétendu qu'il n'aimait pas se battre et qu'il avait couru après F_______, une batte de baseball à la main, par peur. Des autres évènements violents impliquant les prévenus h. Suite aux révélations faites par T_______, les trois prévenus mineurs ont été entendus au sujet d'autres "bagarres" auxquelles avaient participé les membres des "AN_______ ". h.a. A la police le 18 août 2017, T_______ a indiqué qu'en novembre ou décembre 2016, il y avait eu une "embrouille" entre AO_______ et un autre jeune du quartier nommé AR______. AO______ hésitait à se venger et en avait parlé avec les autres membres du groupe des "AN_______ ". A_______ avait dit à AO______ "soit tu le frappes, soit tu arrêtes de traîner avec nous". AO______ tenant beaucoup à rester dans le groupe, ils étaient tous allés, le soir-même, à la pataugeoire de X_______, à la rencontre de AR______ et des amis de ce dernier. AO______ avait commencé à se battre avec AR______. Les "AN_______ ", sauf B_______ qui n'était pas avec eux, avaient prévenu les amis de AR______ de ne pas intervenir mais, comme certains avaient tenté de s'en mêler, ils avaient essuyé "quelques droites". Après cette histoire, A_______ avait remarqué que les "AN_______ " étaient très soudés et avait dit "il faut qu'on nique de gens en 2017". En réalité, c'était cela qui avait été le déclencheur et ils avaient commencé à se battre. A_______ voulait qu'ils soient connus, un peu comme "la clique des Charmilles ". A_______ avait naturellement pris le rôle du leader dans le groupe. T_______ a également évoqué une bagarre qui avait eu lieu à l'AT_____ au milieu du mois de décembre 2016, lors de laquelle B_______ n'était pas présent. Ils avaient repéré un groupe de garçons d'environ leur âge, réunis sur l'île. S_______ avait annoncé

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"j'attends que les mecs nous regardent deux ou trois fois encore" puis il avait dit "j'y vais". U_______ et G_______ s'étaient approchés de ce groupe, puis G_______ avait rapidement "mis une droite" à un garçon, qui avait répliqué en donnant également un coup. Il avait alors couru en renfort avec A_______ et ils avaient tous les deux donné des coups de poing. Une partie du groupe des victimes était partie en courant. Les trois ou quatre personnes restantes avaient essuyé quelques coups de la part de U_______, G_______, A_______ et de lui, puis avaient également pris la fuite. Par la suite, il y avait également eu une bagarre qui avait eu lieu devant le bar AS______ à la rue AB______. Il était avec G_______, AO______ et A_______ lorsqu'ils avaient rencontré des amis qui leur avaient dit avoir eu une dispute avec des clients de ce bar. Ils étaient alors allé chercher les autres qui étaient un peu plus loin, soit B_______ et U_______ pour se rendre à ce bar. G_______ était énervé et avait frappé contre la vitre du bar, en disant aux personnes présentes de sortir. Plusieurs hommes étaient sortis. G_______ avait mis un coup de poing à l'un d'eux, ce qui avait déclenché une bagarre générale. Ils avaient tous porté des coups. Comme de plus en plus d'hommes commençaient à sortir du bar pour aider leurs amis, ils avaient battu en retraite. Une nouvelle altercation avait eu lieu le soir du Nouvel An 2017. Ils rentraient tous les cinq, ainsi que AO______, vers 05h00 après une soirée passée au MOA CLUB. A la hauteur de la Maison de quartier de X_______, G_______ et AO______ avaient commencé à se battre avec deux jeunes hommes. A_______, B_______, U_______ et lui étaient venus soutenir G_______ et AO______ dans la bagarre. Ils avaient tous donnés des coups de poing et de pied à ces deux jeunes qui étaient tombés au sol. B_______ avait fini par redresser celui qu'il avait frappé pour lui dire "vas-y, casse-toi", A_______ en avait fait de même avec le deuxième individu. Le groupe était ensuite parti de son côté. h.b. A la police le 22 août 2017, S_______ a confirmé la version des faits d'T_______ au sujet de la première bagarre à la pataugeoire de X_______, en particulier que A_______ avait dit à AO______ "soit tu le frappes soit tu arrêtes de traîner avec nous". B_______ n'était pas présent lors de cet épisode. Il a précisé que, de manière générale, AO______ n'osait pas aller contre les décisions de A_______. A_______ était celui qui prenait les décisions même si les autres, en cas de désaccord, pouvaient l'exprimer. A_______ pouvait s'énerver et monter la voix, mais il n'était généralement pas menaçant. Il a également confirmé s'être battu contre des hommes devant un bar à la rue AB______. Il avait croisé un ami qui lui avait dit avoir été frappé par des gens devant ce bar. Il avait alors, logiquement, voulu aller se battre contre ces personnes qui avaient osé frapper son ami. Il avait cogné contre la vitre du bar pour leur faire signe de sortir. Deux hommes étaient sortis et il leur avait directement donné des coups de poing. A_______ puis B_______ lui étaient venus en aide, en frappant les hommes qui essayaient de s'en prendre à lui. A_______ avait notamment lancé une enceinte Bluetooth qu'il avait sur lui. B_______ et A_____ avaient fait tomber son adversaire à l'aide d'une "balayette", il lui avait asséné un coup de pied dans la tête au niveau de la

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mâchoire. Comme d'autres hommes sortaient de plus en plus nombreux du bar pour en découdre, ils avaient reculés. Il n'avait personnellement pas été blessé. Au sujet de la bagarre de l'AT_____ , S_______ a annoncé qu'ils avaient décidé de se rendre à cet endroit dans le but d'en découdre avec des gens. Ils s'étaient posés et avaient scruté aux alentours puis repéré un groupe de garçons. Il s'était approché d'eux en premier et avait dit à l'un "pourquoi tu me regardes mal?" puis il lui avait mis un coup de poing et en avait reçu un en retour. U_______ et T_______ avaient également donné des coups de poing. Une partie du groupe était partie en courant et il ne restait plus que six garçons face à eux. A_____ avait alors fait "quelque chose de bizarre" et, ayant demandé aux garçons de se mettre en cercle, il en avait choisi un parmi eux pour le mettre au milieu. Ces garçons avaient peur et n'osaient pas bouger. A_____ avait ensuite donné des claques à chacun des garçons, à tour de rôle. Cela avait bien fait rire les "AN_______ ". Il avait ensuite décidé de faire une "balayette" à celui qui lui avait donné un coup au début puis lui avait asséné un dernier coup de pied. Ils avaient ensuite tous quitté les lieux. Dans la nuit de Nouvel An, ils rentraient après avoir passé la soirée au MOA CLUB avec le groupe des "AN_______ ". Ils avaient bien bu. AO______ lui avait dit "on ne s'est jamais battu juste toi et moi". Ils avaient alors, AO______ et lui, repéré deux jeunes vers la Maison de quartier. Il était allé vers eux et, sans rien dire, il avait donné un coup de poing à celui qui se trouvait en face de lui. Il n'y avait aucune raison à cela. Ils avaient ensuite été rejoints par les autres membres du groupe et ils avaient tous donné des coups. Il ne connaissait pas l'état des deux victimes. S_______ n'a pas confirmé que A_______ aurait dit "on va niquer des gens en 2017". Toutefois, il a admis que la volonté de se battre faisait partie de l'état d'esprit du groupe, notamment pour leur réputation. h.c. U_______ a été entendu par le Tribunal des mineurs le 20 septembre 2017 au sujet de ces bagarres précédentes. Il a confirmé les bagarres ayant eu lieu à la pataugeoire de X_______, à l'AT_____, au bar AS______ et à Nouvel An, tout en minimisant sa participation. Il a déclaré que tout ce qu'il avait fait avait été de suivre les autres, comme à son habitude. Le groupe des "AN_______ " n'aimait pas spécialement se battre et il n'y avait pas de pacte entre eux, si ce n'était qu'ils restaient solidaires et s'entraidaient en cas de coups durs. Il n'y avait pas de hiérarchie dans le groupe. S_______ commençait souvent les bagarres et tout le monde suivait. Ils sortaient, buvaient, puis se battaient et il n'avait pas estimé, avant le 7 janvier 2017, qu'il puisse y avoir un problème avec ce mode de fonctionnement. Il a contesté avoir entendu A_______ dire "on va niquer des gens en 2017". D'ailleurs, personnellement, il n'était jamais sorti de chez lui avec l'intention de se battre. h.d. AO_______ a été entendu sur les bagarres précédentes le 13 novembre 2017 à la police. Au sujet de l'épisode de la pataugeoire, il a expliqué qu'il s'était disputé avec AR______ suite à une embrouille lors d'une soirée où ils avaient bu. Il en avait parlé par la suite à

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U_______, et ce dernier avait suggéré d'en parler à A_______. A_____ avait dit qu'il devait régler ses comptes avec AR______ et qu'il ne devait pas se laisser faire. A_____ avait dit "on va régler cette histoire, sinon tu ne restes plus avec nous" et s'était chargé de faire venir tout le monde à la pataugeoire. A_____ ne voulait pas qu'il se défile. Pourtant, il ne voulait pas vraiment se battre contre AR______, mais A_____ l'y poussait puisque, s'il ne le faisait pas, il ne pouvait plus "traîner" avec lui. Il craignait ce que A_____ pourrait lui dire car quand quelqu'un ne faisait pas ce que A_____ souhaitait, cela partait souvent en engueulade. Le groupe des "AN_______ " voulait souvent se battre après avoir bu de l'alcool. Il arrivait parfois que A_____ dise "ouais ce soir je veux me battre!" et G_______ et B_______ étaient d'accord. Lorsqu'il y avait une bagarre, ils ne pouvaient pas laisser quelqu'un se faire frapper et restaient tous soudés. Les bagarres étaient parfois provoquées sous l'effet de l'alcool, mais ce n'était pas la seule raison car ils pouvaient également être énervés sans avoir consommé d'alcool, par exemple pour des problèmes familiaux, et avoir envie de se battre. h.e. AR______ a été entendu à la police le 19 octobre 2017. Il a expliqué qu'il était ami avec le groupe composé de U_______, S_______, T_______, A_______ et AO_______ avant l'épisode de la pataugeoire qui avait marqué la fin de leur amitié. Cet épisode avait fait suite à un différend qu'il avait eu avec AO______. Les membres du groupe lui avaient alors tourné le dos. Une semaine plus tard, il avait reçu un SMS de la part de A_____ lui indiquant qu'il devait les retrouver à la pataugeoire pour s'expliquer. Il s'y était rendu avec d'autres amis. Il pensait réellement être venu pour s'expliquer et en aucun cas pour se battre. AO______, U_______, T_______ et A_____ étaient arrivés et s'étaient arrêtés à quelques mètres d'eux. AO______ s'était ensuite approché de lui, avec une attitude agressive, et avait commencé par lui faire des reproches avant de l'empoigner et de le pousser en arrière. Il s'était accroché à lui et ils étaient tombés tous les deux dans la pataugeoire, essayant de se donner des coups. A_____ était intervenu, l'ayant tiré en arrière et dit à AO______ "c'est bon tu as fait ce que tu voulais". Il avait appris ultérieurement que l'un de ses amis avait aussi reçu un coup. AR______ a précisé qu'il ne considérait pas les "AN_______ " comme une bande, mais vraiment comme un groupe d'amis. A_____ était le membre du groupe qui avait la plus forte personnalité. C'était le plus grand et le plus baraqué. Mais ils étaient surtout des amis et il n'y avait pas réellement de "leader". h.f. AU_____ et AV_____, deux individus concernés par la bagarre survenue devant le bar AS______, ont été auditionnés par la police le 4 octobre 2017. Ils participaient à un repas de fin d'année le 10 décembre 2016 dans le restaurant en question. Après le repas, ils fumaient une cigarette sur la terrasse lorsque des jeunes hommes les avaient accostés et ils s'étaient disputés verbalement. Les jeunes avaient ensuite été mis à la porte du restaurant. Peu de temps plus tard, environ dix jeunes étaient arrivés vers AU_____ (âgé de 27 ans), l'avaient empoigné puis poussé au milieu de la route. L'intéressé avait essuyé plusieurs coups de pied dans les côtes et la tête. AV_____ (alors âgé de 43 ans) était sorti du restaurant pour intervenir. Il avait alors

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reçu des coups à la tête et dans le dos qui l'avaient fait chuter au sol. Les coups avaient ensuite déferlé. A ce moment, de nombreux collègues étaient sortis du restaurant, faisant ainsi fuir leurs assaillants. Il en était résulté pour AV_____ un œil tuméfié, qui avait justifié de se rendre à l'hôpital, mais le précité n'avait pas eu de séquelles. AU_____ avait eu des ecchymoses, sans qu'un suivi médical ne fût nécessaire. h.g. Le 21 août 2017, A_______ a tout d'abord prétendu que les membres des "AN_______ " n'avaient jamais été impliqués dans d'autres bagarres. Le groupe avait été formé par lui avec U_______ et AK_____ au début 2016, avec la création du groupe WhatsApp. T_______, puis G_______ les avaient rejoints par la suite. Ils se voyaient environ quatre fois par semaine et, en particulier, le week-end. Sur insistance du Ministère public, A_______ a fini par admettre l'existence de quatre bagarres, soit celles de la pataugeoire de X_______ à la rentrée 2016, de l'AT_____ et du bar AS______ à la rue AB_______ en septembre ou octobre 2016 et de la nuit du Nouvel An 2017 – en sus de celle ayant eu lieu près de l'Usine en décembre 2016 (cf. infra consid. j) –, sur lesquelles il a donné quelques explications. La bagarre de la pataugeoire avait eu lieu entre AO_______ et AR______. Ces deux derniers avaient eu une dispute dans les jours précédents. Il avait alors dit à AO______ d'en parler avec AR______, tout en le prévenant que AR______ allait sûrement vouloir se défendre. Il avait également prévenu AO______ que s'il ne décidait pas de couper les ponts avec AR______ et son groupe, il ne pourrait plus rester avec lui. Lors de la bagarre qui avait eu lieu le soir même, il n'avait donné aucun coup mais avait seulement poussé deux garçons. Il n'avait qu'un vague souvenir d'une "embrouille" qui avait eu lieu à l'AT_____, se souvenant uniquement avoir couru sur le pont du Mont-Blanc. S'agissant d'une bagarre à la rue AB______ devant un bar portugais, des amis de G_______ avaient expliqué s'être disputés avec des gens dans ce bar, de sorte que G_______ avait décidé de se rendre à ce bar pour s'expliquer. Il avait suivi, s'étant bien douté que cela allait finir en bagarre. Arrivé au bar, G_______ avait donné le premier coup à une personne qui était en terrasse. Beaucoup de gens étaient alors sortis du bar. Lui-même avait donné des coups à ceux qui s'étaient approchés de lui. Il avait aussi lancé une enceinte Bluetooth, en direction d'une personne qui se battait avec U_______. Tous les membres de son groupe, soit G_______, AK_____, AO______ et U_______, avaient donné des coups. Le soir du Nouvel An 2017, B_______, G_______, U_______, AO______, T_______ et lui-même rentraient de soirée. En passant devant la Maison de quartier de X_______, G_______, U_______ et AO______ avaient commencé à se battre contre deux personnes. Alors ils y étaient tous allé et avaient donné des coups, dans le but de les défendre. A_______ a expliqué que suite à l'épisode de la pataugeoire, les "AN_______ " avaient fait un pacte consistant à dire qu'ils resteraient les meilleurs amis, comme des frères, qu'ils se soutiendraient et ne se laisseraient pas faire. Ils avaient parlé entre eux des

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bagarres qui avaient déjà eu lieu et avaient décidé qu'ils ne laisseraient plus rabaisser ou insulter. Il avait dit qu'il fallait qu'ils se fassent respecter, qu'ils soient soudés, mais ce n'était pas spécifiquement à propos de "bagarres". Il n'avait jamais dit la phrase "on va niquer des gens en 2017". Cela étant, après les bagarres, il avait senti que certains étaient plus contents que d'autres. Personnellement, il ne ressentait pas le besoin de se battre. Ils avaient consommé de l'alcool avant chacune de ces "bagarres", dans la mesure où ils buvaient à chaque fois qu'ils sortaient ensemble le soir. Après les faits du 7 janvier 2017, il n'y avait plus eu aucun évènement de violence. h.h. Le 16 octobre 2017, B_______ a admis avoir participé à la bagarre survenue au bar AS______ et à celle ayant eu lieu le soir du Nouvel An à la Maison de quartier. En ce qui concernait la bagarre du bar AS______, B_______ a expliqué que des amis de G_______ et T_______ avaient été tapés par des hommes plus âgés. Ses amis voulaient se battre. Il avait alors dit qu'il valait mieux d'abord en discuter et dit à G_______ de se calmer. Arrivé devant le bar, G_______ avait demandé qui avait frappé son ami, et lorsqu'un homme avait indiqué que c'était lui, G_______ lui avait porté un coup de poing, ce qui avait déclenché une bagarre générale. Il avait donné deux coups de poing au visage de l'un des hommes et un coup de pied dans le ventre d'un homme à terre. Il n'était pas dans son état normal. A Nouvel An, alors qu'ils marchaient en direction de chez A_____ au retour d'une soirée en boîte de nuit au cours de laquelle ils avaient passablement bu, G_______ s'était disputé avec deux jeunes, sans qu'il sache pourquoi. G_______ ayant commencé à donner des coups, il était intervenu en allant vers le deuxième jeune pour lui faire une "balayette". Une fois la victime à terre, T_______ et lui avaient donné des coups de pied, mais "au ralenti". Pendant ce temps, G_______, A_____ et U_______ avaient donné des coups à l'autre personne. Ce n'était toutefois pas des coups forts et personne n'avait été blessé, dans la mesure où il n'avait pas vu de sang. Il a indiqué qu'il avait commencé à se bagarrer lorsqu'il avait commencé à "traîner" avec les "AN_______ ". Toutes les bagarres avaient eu lieu lorsqu'il avait bu de l'alcool. Il ne réfléchissait plus. Il ne cherchait pas la bagarre, mais il suffisait qu'un des amis du groupe ait une "embrouille" avec quelqu'un pour qu'il intervienne de façon violente. Il s'était toujours promis d'intervenir si un ami était en difficulté et, généralement, cela commençait avec G_______. Les victimes i.a. E_______, né le ______ 1979, était âgé de 37 ans au moment des faits. i.a.a. Selon le rapport d'expertise médico-légale du 22 mars 2017, les médecins-légistes, Drs AW_____ et AX_____, ont examiné E_______ le jour des faits. Les experts ont indiqué que le tableau lésionnel était évocateur d'une hétéro-agression et compatible avec au moins trois coups portés à la tête. Principalement, les lésions suivantes ont été constatées :  de très nombreuses fractures au niveau de la tête, soit des fractures pariétotemporale et du rocher gauches, avec importante tuméfaction des parties molles

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extra-crâniennes, ainsi qu'une hémorragie sous-arachnoïdienne fronto-pariétale droite, fronto-polaire et temporale droite, une hémorragie intra-parenchymateuse fronto-polaire droite et un hématome sous-dural frontal droit, lesquelles étaient le plus vraisemblablement la conséquence de deux impacts distincts (au niveau frontopariétotempora1e droit et au niveau temporal gauche), ainsi qu'une fracture du plancher de l'orbite droite avec herniation de muscles et de graisse, une importante tuméfaction de l'hémiface droit avec hématome palpébral supérieur et inférieur, lesquels étaient le plus vraisemblablement la conséquence d'un impact direct au niveau du visage,  une plaie béante hémorragique du sourcil droit, mesurant 2 cm de long, qui était la conséquence d'un traumatisme contondant, sans détermination quant à son origine précise,  des dermabrasions de la quasi-totalité de l'hémiface droite (centrée sur la région orbitaire droite), de l'oreille droite, du nez, de la région orbitozygomatique gauche, de la partie supra-sourcilière gauche, de la face dorsale de tous les doigts à gauche, des doigts 2à5à droite, du bras gauche et du pied droit, qui étaient également la conséquence de traumatismes contondants,  des ecchymoses de l'hémiface droite, de la paupière supérieure droite, de la région frontale médiane, du nez, des paupières à gauche, de la région fronto-temporale gauche, de la région infra-orbitaire gauche et de la main gauche, causées par des traumatismes contondants,  une ecchymose s'étendant entre la paupière supérieure et les deux tiers inférieur du front, à gauche, se présentant sous la forme de traits verticaux légèrement angulés latéralement au niveau de la paupière supérieure, de lignes horizontales au niveau frontal médial et de structures rondes reliées entre elles par des traits horizontaux au niveau frontal latéral, dont la forme évoquait un impact contre une semelle de chaussure. La vie de E_______ avait été concrètement mise en danger, son état de conscience lors de l'intervention médicale ne lui permettant pas de maintenir une fonction respiratoire spontanée et efficace. Entendus par le Ministère public le 15 mars 2018, les experts-légistes ont confirmé leur rapport et indiqué que les lésions constatées étaient compatibles avec des coups donnés avec les pieds ou une batte de baseball. i.a.b. E_______ a pu être entendu par la police le 16 juin 2017. Il a expliqué que l'intervention chirurgicale qui avait eu lieu juste après les faits avait consisté à lui ôter une partie du crâne afin de laisser de la place à un hématome qui se diffusait dans le cerveau. Il avait été plongé dans un coma artificiel durant plusieurs semaines et soigné aux soins intensifs des HUG. Il avait dû porter un casque afin de protéger son cerveau dans la mesure où il lui manquait une partie de sa boîte crânienne. Il ressentait des problèmes de mémoire et de concentration. Il n'avait aucun souvenir de l'agression. Il se rappelait uniquement avoir passé le début de la soirée chez son frère.

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E_______ n'a plus pu être entendu par le Ministère public ou par le Tribunal dans la suite de la procédure, son état de santé ne le permettant pas. i.a.c. AD_______, le frère de E_______, a été entendu par le Ministère public le 17 avril 2018. Il a expliqué que E_______ considérait sa vie comme détruite. Il était resté environ un mois dans le coma. Par la suite, il n'avait pas immédiatement pris conscience de son état, n'ayant aucun souvenir des faits. Il n'avait pris conscience qu'une année après les faits qu'il ne serait plus jamais comme avant, ce qui l'avait fait sombrer dans une profonde dépression. Il n'avait plus aucun projet d'avenir. Il passait le plus clair de son temps dans un lit d'hôpital et prenait 6 ou 7 médicaments par jour, avec des effets secondaires lourds. Il avait un tuyau dans la tête pour drainer l'eau présente dans son crâne, relié à une pompe dans son estomac. Il avait une plaque métallique sous l'œil. Il avait subi au moins 7 opérations. Tout son visage était très marqué par les coups reçus. Il avait fait plusieurs graves crises d'épilepsie, ce qui l'empêchait d'avoir une quelconque vie sociale puisque le moindre élément de stress pouvait déclencher des crises et mettre sa vie en danger. Il était toujours hospitalisé car des tentatives de retour à la maison avaient échoué. E_______ parlait parfois de sa vie d'avant, et regrettait de ne plus être lui-même et de ne plus être libre de ses mouvements. Avant les faits, tous deux se voyaient deux ou trois fois par mois et étaient proches et disponibles l'un pour l'autre. Désormais, AD_______ prenait en charge toutes les affaires de son frère et avait été désigné curateur sur le plan médical. E_______ était sous curatelle administrative auprès du Service de protection de l'adulte. i.a.d. Selon une attestation médicale datée du 28 février 2019 fournie par le Dr. AY_____ du Service de neurologie des HUG, E_______ a subi un traumatisme cranio-cérébral sévère qui a nécessité, notamment, une craniectomie décompressive le 12 janvier 2017, le volet de la boîte crânienne ayant pu être remis en place le 30 mars 2017. Il a également subi un hématome épidural, qui a dû être traité par ablation, ainsi qu'une opération de sa fracture du plancher de l'orbite droit. En juillet 2017, il lui a été installé une dérivation ventriculo-péritonéale (ci-après : DVP) afin de traiter une hydrocéphalie obstructive. Il a été hospitalisé aux Hôpitaux Universitaires de Genève jusqu'au 31 janvier 2017 puis à l'Hôpital de Beau-Séjour dans le service de neurorééducation jusqu'au 31 mai 2017, date à laquelle il a regagné son domicile. E_______ a fait de nombreux épisodes de mal épileptique, lors de ses hospitalisations, mais également lorsqu'il avait rejoint son domicile, raison pour laquelle il a dû être hospitalisé à nouveau dès le mois de juillet 2017. Il suit un lourd traitement médicamenteux, qui entraîne des effets secondaires invalidants. Il souffre également de troubles attentionnels, mnésiques, ainsi que de stress post-traumatique. Les conséquences du traumatisme induisent la nécessité d'une curatelle, un lieu de vie en milieu protégé, une capacité très limitée à avoir une quelconque activité rémunérée et l'inaptitude à la conduite automobile. i.b. F_______, né le ______ 1980, était âgé de 36 ans au moment des faits.

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i.b.a. Selon le rapport d'expertise médico-légale du 12 mai 2017, F_______ a été examiné par les médecins-légistes, Drs AW_____ et AX_____, quelques heures après les faits. Le tableau lésionnel était évocateur d'une hétéro-agression et de très nombreuses lésions osseuses ont été constatées, dont :  une fracture pluri-fragmentaire de la voute crânienne embarrée, prédominant au niveau pariéto-temporal droit, se poursuivant au niveau de la base du crâne, avec d'importantes tuméfactions des parties molles extra-crâniennes,  des fractures des os propres du nez, du septum nasal et de l'arcade zygomatique droite,  des fractures des arcs antéro-latéraux droit des côtes 6 et 7. Ses lésions osseuses laissaient penser à au moins quatre impacts distincts, dont trois localisés au niveau de la tête (au niveau du nez, de l'hémiface droite et de la voûte crânienne droite) et un localisé au niveau de la face antéro-latérale droite du thorax. La présence d'hémorragies intracrâniennes parlait en faveur d'un mécanisme de coup (à droite) et de contrecoup (à gauche). F_______ présentait de très nombreuses lésions traumatiques, dont une plaie de la région pariéto-temporale droite et une plaie de l'arcade sourcilière gauche avec des dermabrasions au pourtour, qui avaient déjà été suturées avant l'arrivée des experts. Toutefois, la plaie de l'arcade sourcilière gauche pouvait être considérée comme une plaie contuse en raison des dermabrasions présentes à son pourtour. L'intéressé présentait également des ecchymoses de la main droite, des dermabrasions de la paupière supérieure gauche, de la joue gauche, du nez, du genou droit, de la face dorsale des doigts de la main droite et de la main gauche, qui ont été causées par traumatismes contondants, potentiellement provoquées par des coups de pied et des coups de casque selon ce qu'avaient rapporté les secouristes. Il présentait également des ecchymoses des régions orbitaires, qui se sont avérées être la manifestation d'un écoulement sanguin provenant de la fracture du nez et s'étant accumulé dans les régions orbitaires, ainsi qu'une tuméfaction à la main droite. La vie de F_______ avait été concrètement mise en danger. Entendus par le Ministère public le 15 mars 2018, les experts-légistes ont confirmé que les lésions constatées étaient compatibles avec des coups donnés avec des pieds, un casque ou une batte de baseball. L'issue de ces lésions aurait très largement pu être fatale, dans la mesure où la victime, sans soins appropriés, aurait pu décéder dans les minutes ou les heures ayant suivi son agression. i.b.b. Son père, G_______, sa mère, H_______, son frère M_______ et ses sœurs I_____, J_____, K_____ et L_______ se sont constitués parties plaignantes par courriers du 20 juillet 2018. G_______ et H_______ ont été entendus par le Ministère public le 17 avril 2018. Leur fils F_______ était entre la vie et la mort et son état était le même depuis les faits. F_______ était resté plus d'un mois et demi dans le coma, période durant laquelle il

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avait subi plusieurs opérations au cerveau. Depuis qu'il en était sorti, F_______ ne pouvait ni c

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