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Genève Tribunal pénal 28.08.2020 P/12004/2017

28. August 2020·Français·Genf·Tribunal pénal·PDF·16,852 Wörter·~1h 24min·1

Zusammenfassung

CP.112

Volltext

Siégeant : Mme Brigitte MONTI, présidente, Mme Delphine GONSETH et M. Christian ALBRECHT, juges, Mme Béatrice GRANDJEAN-KYBURZ, M. Patrick MUTZENBERG, M. Didier AULAS et M. Marc SINNIGER, juges assesseurs, M. Christophe PERRITAZ, juriste, Mme Soraya COLONNA, greffière P/12004/2017 RÉPUBLIQUE ET

CANTON DE GENÈVE POUVOIR JUDICIAIRE

JUGEMENT DU TRIBUNAL CRIMINEL Chambre 19

28 août 2020

MINISTÈRE PUBLIC Mme A______, partie plaignante, assistée de Me AV______ M. B______, partie plaignante, assisté de Me AW______ contre M. X______, né le ______1996, actuellement détenu à la Prison de Champ-Dollon, prévenu, assisté de Me AX______ et de Me AY______

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CONCLUSIONS FINALES DES PARTIES : Le Ministère public conclut à un verdict de culpabilité de meurtre avec la circonstance aggravante de l'assassinat à l'encontre de X______, à sa condamnation à une peine privative de liberté de 18 ans, au prononcé d'un traitement ambulatoire au sens de l'art. 63 CP, au bon accueil des conclusions civiles des parties plaignantes, à sa condamnation aux frais de la procédure ainsi qu'à son maintien en détention pour des motifs de sûreté et se réfère à l'annexe à l'acte d'accusation s'agissant des objets saisis. Me AV______, conseil de A______, conclut à un verdict de culpabilité de meurtre avec la circonstance aggravante de l'assassinat, persiste dans ses conclusions civiles et demande la restitution à sa mandante des objets ayant appartenu à D______. Me AW______, conseil de B______, conclut à un verdict de culpabilité de meurtre avec la circonstance aggravante de l'assassinat et persiste dans ses conclusions civiles. Me AX______ et Me AY______, conseils de X______, ne s'opposent pas à un verdict de culpabilité de meurtre, concluent au prononcé d'une mesure au sens de l'art. 61 CP et d'une peine se rapprochant de la peine plancher du meurtre. EN FAIT A. Par acte d'accusation du 8 novembre 2019, il est reproché à X______ d'avoir, à Meyrin, le 8 juin 2017, à 23h55, alors qu'il était à l'arrêt au volant de son véhicule de marque Seat Leon Cupra, sur le parking du Centre sportif de Meyrin, sis avenue Louis- Rendu 7, démarré, accéléré, et dirigé volontairement son véhicule en direction de D______ pour le percuter à une vitesse de plus de 50 km/h, avant de s'arrêter, puis, alors que D______ était étendu à terre, inerte, d'avoir dirigé délibérément une seconde fois son véhicule vers lui et roulé sur son corps avant de prendre la fuite, lui occasionnant de multiples lésions traumatiques à l'étage crânio-cérébral, thoracique, du bassin et aux membres inférieures entraînant ainsi son décès, faits qualifiés de meurtre, avec la circonstance aggravante de l'assassinat (art. 111 et 112 CP), X______ ayant agi de manière préméditée, avec une absence particulière de scrupules dans sa façon d'agir et dans un but particulièrement futile et égoïste. B. Sur la base des éléments figurant au dossier, le Tribunal retient l'état de fait suivant : Le contexte des mois précédant les faits aa) X______ est né le ______1996. Il est notamment passionné de voitures, ce qui l'a amené à effectuer un apprentissage de magasinier, en 2015-2016, auprès du garage E______, à ______. Après avoir fait la connaissance de F______ en octobre 2014, il s'est lié d'amitié avec lui en août 2015, lorsque celui-ci a également travaillé au garage E______. Au début de l'année 2016, il a fait la connaissance du groupe d'amis de F______, lequel comprenait notamment G______, la petite amie du précité, et

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D______, qui était alors en couple depuis plusieurs années avec H______. Les liens dans le groupe étaient bons. Ses membres se voyaient régulièrement, les discussions tournant souvent autour des voitures. Le terme "nain" ou "nain de jardin" pour désigner D______, en raison de sa petite taille, y compris en s'adressant à lui, était parfois utilisé. ab) En février 2016, un rapprochement s'est opéré entre X______ et G______, laquelle fréquentait F______. La jeune femme a hésité entre les deux hommes pendant quelque temps. Si X______ a prétendu que cette situation n'avait pas créé de tension avec F______, les témoignages indiquent le contraire. X______ a parfois adopté une attitude agressive et colérique, écrivant notamment le 18 mars 2016, sur son mur Facebook, à l'attention de son rival : "un conseil mec croise pas ma route car tu croisera la mort". Tous deux s'étant rendus compte quelques jours plus tard que G______ leur exprimait simultanément des sentiments, ils se sont unis pour la forcer à faire un choix. I______, la mère de C_____, s'est également mêlée à ces discussions. ac) Finalement, F______ s'est mis à l'écart et X______ a entamé une relation avec G______ à la fin du mois de mars 2016. Il a rapidement été très épris de la jeune fille, alors que celle-ci a notamment indiqué sur Facebook qu'elle s'ennuyait en sa compagnie. En juin 2016, elle a écrit à F______ laisser une chance à X______ de la conquérir, mais penser encore énormément à lui, ne pas avoir envie de l'oublier et vouloir être dans son cœur. ad) Cette période a été marquée par le décès du père de X______, le ______2016, et par des tensions entre celui-ci et sa mère. Cette dernière lui reprochait notamment un changement de comportement depuis qu'il fréquentait G______. Le 20 août 2016, en présence de cette dernière, une violente dispute a éclaté entre X______ et I______. En effet, celle-ci lui avait dit ne plus vouloir de la présence de la jeune fille à son domicile et tenir leur relation pour responsable du décès de son époux. Lors de l'altercation, X______ a jeté une bouteille en plastique en direction de sa mère et l'a étranglée. Une médiation s'en est suivie. Un suivi thérapeutique familial a été mis en place entre la mère et le fils auprès de l'association "Couple et famille". Suite à cet épisode, G______ a mis un terme à sa relation de couple avec X______. ae) Dès le mois de septembre 2016, X______ et G______ ont toutefois repris des relations intimes. Celle-ci ne voulait cependant plus d'une relation de couple exclusive avec lui, ce que le jeune homme a accepté. Peu après il est apparu dans l'entourage des intéressés que G______ avait des contacts avec un garçon prénommé ______. Sur l'instigation de I______ notamment, une réunion comprenant plusieurs personnes du groupe a été organisée le 3 novembre 2016 afin de confronter G______ à cette relation. J______, le demi-frère de X______, y était présent et avait tenté de lui faire comprendre qu'il devait oublier G______. Ce discours n'a pas plu à X______ et les deux frères en sont venus aux mains. De son côté, I______ s'est rendue chez G______ pour lui parler et la police a dû intervenir. Du 3 au 11 novembre 2016, I______ a été hospitalisée et G______ est retournée vivre au domicile des K______. Les relations intimes entre X______ et G______ ont pris fin à la fin du mois de novembre 2016.

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af) En novembre 2016, H______, petite amie de D______, l'a quitté. Ce dernier a trouvé du réconfort auprès de G______, qui l'a accueilli à plusieurs reprises sous son toit. Selon la jeune femme, elle a d'abord été un soutien pour lui puis leur relation s'est transformée en un flirt en décembre 2016. Ils partageaient une union libre et secrète. D______ voulait la garder secrète, si bien qu'ils avaient toujours nié entretenir une relation. La procédure contient un échange de messages entre les deux jeunes gens, dont il ressort que G______ exprimait son amour à D______ alors que celui-ci était toujours attaché à H______ et ne parvenait pas à se projeter dans une autre relation. ag) A cette époque, X______ a suspecté l'existence d'une relation entre G______ et D______. Il en a été très jaloux. Il a notamment fouillé le téléphone de la jeune femme et y a découvert des messages, qui lui ont fait penser qu'elle entretenait une relation intime avec F______. Le 30 décembre 2016, une violente dispute a éclaté à ce sujet entre X______ et G______, lors de laquelle le premier a donné une claque à la seconde. Cet épisode a mis fin à leur relation. X______ a toutefois toujours gardé l'espoir de la reconquérir. Le 4 janvier 2017, après une visite de F______ à G______, à laquelle il avait confié son chat, X______ lui a écrit : "tu touche a G______ je peux te dire que tu est mort". Les tensions entre les deux jeunes se sont toutefois rapidement apaisées et ils se sont à nouveau comportés en amis. ah) Vers la même date, G______ et X______ ont repris des liens d'amitié. X______ a toujours gardé l'espoir de "reconquérir" G______. De manière générale, les contacts entre eux ont perduré jusqu'au jour du drame, avec des fluctuations. A plusieurs reprises, au cours du 1er semestre 2017, X______ a exprimé son incapacité à passer un jour sans la voir mais aussi parfois sa volonté de rompre tout lien avec elle. Il n'y est toutefois jamais parvenu. Au début de l'année 2017, il a accédé à certaines informations personnelles contenues dans le téléphone de G______, X______ ayant affirmé qu'ils s'étaient communiqué leurs codes respectifs. Il ressort des messages échangés entre F______ et X______ qu'au milieu du mois de mars 2017, la jeune femme a déposé une main courante à la police pour se plaindre qu'elle était suivie par X______. Une médiation a alors été engagée, lors de laquelle il a été décidé que les deux jeunes gens ne se verraient qu'une fois par mois. Malgré cela, ils ne sont jamais restés de longues périodes sans contact. X______ était le plus souvent à l'origine de leurs contacts et G______ y a toujours répondu, que ce soit par message ou par téléphone. ai) Parallèlement, X______ a constaté une intensification des liens entre G______ et D______. Au début du mois de février 2017, il a découvert des messages échangés entre les précités d'août 2016 à février 2017, dont il a compris qu'ils "couchaient" ensemble. Confrontés à ces messages par X______, tant G______ que D______ ont nié avoir "couché" ensemble. A la fin du mois de mars 2017, X______ a eu la confirmation par L______, une amie proche de G______, que celle-ci "couchait" avec D______. Il a alors publié à l'attention de ce dernier le message qu'il avait posté un an auparavant à l'attention de F______, soit : "Un conseil mec, croises pas ma route, car tu croiseras la mort". Le 31 mars 2017, il a également écrit à G______ à propos de D______ : "j'ai pas du tout envie de voir sa gueule sinon je le tue".

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ag) En avril 2017, X______ a entamé une relation avec M______. A cet égard, si X______ a déclaré qu'elle n'avait pas duré plus d'un mois, voire même qu'une semaine, tant sa mère que M______ ont affirmé que le couple se fréquentait encore à la période du drame. Si le 1er juin 2017, M______ a indiqué à X______, qui la draguait, qu'ils n'étaient plus en couple, les deux jeunes gens ont échangé des messages affectueux jusqu'au jour du drame. Les éléments ressortant de l'extraction des téléphones en lien avec cette période b) Dès son arrestation, X______ a accepté de remettre son téléphone à la police et en a fourni les code d'accès. L'examen de son contenu corrobore l'état de fait fixé ci-dessus. Les éléments suivants méritent en particulier d'être relevés : baa) Les contacts entre X______ et G______ (1______) sont relativement anodins. A la fin du mois de janvier 2017, G______ lui a proposé qu'ils se voient une fois par mois ou alors plus du tout. X______ s'est dit détruit par cette idée et n'a surtout pas voulu ne plus la revoir. Il lui a indiqué qu'il n'arriverait jamais à tenir sans elle et elle lui a répondu que c'était comme ça et pas autrement. bab) Il ressort du journal des appels qu'à l'exception de deux périodes en mars et en avril 2017, il est rare qu'il se soit passé plus de trois jours sans un contact téléphonique entre eux. Les appels sont passés par l'un ou par l'autre de manière relativement égale. bba) X______ et D______ (2______) se sont bien entendus jusqu'en février 2017. En novembre 2016, X______ lui a notamment proposé de l'accompagner dans ses démarches pour trouver un emploi. Le 4 janvier 2017, il lui a écrit pour lui demander s'il était avec G______ et lui a conseillé de se méfier de F______, car celui-ci préparait un "plan pour faire souffrir G______", ce qu'il ne voulait pas. Deux jours plus tard, il lui a dit que F______ était un "gros connard", car celui-ci avait couché avec G______ pendant que lui-même sortait avec elle. Il a ajouté que la veille, quand il l'avait appris, il n'avait eu qu'une envie, "c'était de le tuer". Le 22 janvier 2017, il lui a souhaité un bon anniversaire, lui a présenté ses condoléances et s'est mis à disposition en cas de besoin. Le 30 janvier 2017, il lui a révélé avoir le moral au plus bas à cause de G______. Il ne demandait qu'à passer du temps avec elle, alors que celle-ci passait tout son temps avec lui. Le lendemain, il lui a répété qu'il n'avait pas le moral car G______ ne voulait le voir qu'une fois par mois. bbb) Au début du mois de février 2017 X______ a accédé au téléphone portable d'G______ et y a découvert des messages échangés avec D______ depuis le mois d'août 2016. Il en ressort que G______ et D______ se sont dit des mots doux et ont échangé des moments de complicité ainsi que des câlins. D______ y a également évoqué son excompagne, H______, qui semblait être sa priorité et qu'il disait vouloir reconquérir. Le 7 février 2017, X______ a transmis à D______ des captures d'écran de ces messages, dont certains passages étaient surlignés. Il l'a sommé de s'expliquer "avant que ça finisse mal", le menaçant de transmettre les messages à son ex-copine s'il ne s'expliquait pas immédiatement. D______ a maintenu ne jamais avoir entretenu de relation sexuelle avec G______. Ils avaient fini par convenir de se voir pour en discuter. Les jours qui ont

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suivi et jusqu'au 20 février 2017, ils ont échangé des banalités et ont parfois évoqué G______. A partir de cette date, le téléphone ne contient plus aucun message entre eux. bc) X______ et F______ ont eu énormément de contacts, notamment sur Whatsapp. Le 7 février 2017, X______ a laissé un message vocal dans lequel il a allégué vouloir faire un barbecue et qu'au menu, ce serait un "D______", parce que celui-ci le prenait pour un con depuis le début. On venait de lui donner des preuves qu'il couchait avec G______ alors qu'il avait nié. Il a écrit un peu plus tard : "avec se que je viens de lire se soir, j'ai juste envie de le tuer". Le lendemain, il a envoyé : "putain le D______ y commence grave a me gonflé". Par la suite et de manière générale, F______ a beaucoup titillé X______, a parlé crûment et est parti dans des délires. Il lui a notamment conseillé de sortir et de draguer, mais X______ a très souvent parlé du fait qu'il ne pensait qu'à G______, sauf au début du mois de mars lorsqu'il voulait sortir avec M______. F______ l'a encouragé dans cette direction, mais X______ s'est souvent décrit comme timide et ne sachant pas draguer, comme par exemple le 7 mars 2017, à 18h37. Ils ont régulièrement fait le constat que les femmes semblaient attirées par les salauds et non par les "mecs" gentils. Le 2 mars 2017, en parlant de ses relations amoureuses, F______ a expliqué qu'il n'était pas une brute, mais qu'il avait "des envies de meurtres", ce à quoi X______ lui a répondu que lui aussi. Le 3 mars 2017, le précité a écrit qu'il allait tuer G______, car elle était allée à la police après que X______ et F______ l'avaient suivie. Le 10 avril 2017, à 21h58, dans le cadre d'une discussion où ils étaient partis dans des délires, X______ a envoyé une photo d'une roue avant de voiture, avec du liquide rouge et la mention : "on dirait que j'ai fait un meurtre ", suivi de : "Attend j'ai tuer quelqu'une faut que je nettoie". F______ a rigolé et a espéré qu'il s'agissait de G______, précisant que X______ avait toujours une chance avec M______. X______ lui a répondu avoir essayé de tuer D______ mais s'être raté. bd) X______ a régulièrement eu des échanges anodins avec H______. Le 22 mars 2017, après 17h15, X______ lui a écrit pour l'informer d'une discussion avec L______, lors de laquelle celle-ci lui avait confirmé que D______ avait couché avec G______ et que cela durait depuis un mois environ. Il lui a précisé que si D______ l'appelait, elle devait le lui dire et que c'était lui qui allait le "choper". Il a relevé un peu plus tard que D______ avait intérêt à ne pas le croiser. De son côté, H______ a demandé à pouvoir contacter L______, afin de lui parler directement, ce qu'elle a semblé faire. H______ et X______ ont passé la soirée ensemble et X______ l'a remerciée le lendemain "pour cette superbe soirée". Les messages qui ont suivi étaient à nouveau anodins. be) X______ et N______ ont souvent été en contact et ont essentiellement parlé de voitures. Ils se surnommaient régulièrement "petit nain". Ils ont notamment échangé les messages suivants : - Le 25 janvier 2017, ils ont évoqué le fait que D______ et un certain O______ critiquaient G______, mais qu'ils passaient leurs nuits chez elle. X______ les a traités de "faux-culs" et a écrit : "je vais deja voir se que G______ me dit et au pire je chope D______ et O______ une fois sur le p piscine".

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- Le 6 et le 7 février 2017, X______ a envoyé les captures d'écran des messages échangés entre G______ et D______ et lui a demandé ce qu'il en pensait. - Le 3 mars 2017, N______ a demandé à X______ comment il allait. Il a répondu bien, qu'il avait juste envie de tuer quelqu'un car "l'autre conne" était allée à la police pour se plaindre qu'il la suivait. Il pensait que c'était "l'autre connard de D______" qui lui avait dit d'agir ainsi. Les deux commençaient à lui "pomper l'air" et il avait juste envie de les tuer. c) Le téléphone de D______ a également été analysé. En lien avec la première partie de l'année 2017, les éléments suivants apparaissent notamment : ca) D______ et G______ ont été en contact en tout cas depuis le mois de juin 2016. Leurs échanges sur Whatsapp se sont intensifiés depuis le mois de novembre 2016 pour devenir extrêmement nombreux en avril 2017, puis reprendre le niveau de mars 2017, le mois suivant. Ils se sont échangé des mots doux et ont semblé entretenir une relation. Cela étant, à plusieurs reprises, D______ a évoqué le fait qu'il n'arrivait pas à oublier H______. Il apparait ainsi notamment dans l'échange de message du 28 avril 2017 que G______ a exprimé son amour pour D______ alors que celui-ci ne l'a pas fait en retour. Il a tenu à être honnête envers elle et lui a dit qu'il n'était pas prêt à se lancer dans une histoire sérieuse avec une autre fille que H______. cb) Dans un échange avec "P______", soit Q______, en février 2017, D______ a évoqué le fait qu'G______ et lui avaient été surveillés par X______ au point qu'G______ ne vivait plus tranquille et en prenait "plein la gueule". Le contexte des deux semaines précédant les faits da) Le 11 mai 2017, X______ a reçu une voiture sportive, de marque Seat Leon Cupra prise en leasing par sa mère. Il s'agit d'une voiture sportive et puissante. Depuis lors, selon X______, ses contacts avec G______ ont à nouveau été plus fréquents. Certaines personnes de son entourage l'avaient mis en garde sur l'intérêt de G______ pour ce genre de véhicule. Toujours selon X______, pendant le tournoi de tennis de Genève, les deux jeunes gens se seraient embrassés à bord de ladite voiture, garée au bord du lac. db) Le 26 mai 2017, X______ a constaté la présence de rayures sur la carrosserie de sa nouvelle voiture. Il s'est rendu à la police pour déposer plainte contre inconnu. Le soirmême, lors d'une discussion de groupe, qui a pris place sur le parking de la piscine de Meyrin, X______ s'est moqué des compétences de D______ en matière de mécanique. Dans les jours qui ont suivi, l'animosité entre X______ et D______ est allée grandissante. Le premier, qui pensait que le second avait griffé sa voiture, a relayé l'épisode du parking sur les réseaux sociaux. Les échanges moqueurs se sont poursuivis par le biais de l'application Snapchat. dc) Dans la soirée du 28 mai 2017, X______, qui conduisait sa Seat, est allé chercher sa mère et F______, à la sortie du tram, pour les ramener à leurs domiciles respectifs. Dans le même temps, D______ a tenté à deux reprises de le joindre par téléphone, sans succès. Sur le chemin, X______ est passé devant le parking de la piscine de Meyrin et s'y est arrêté car son groupe d'amis s'y trouvait. G______ et D______ étaient notamment

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présents. Dès l'arrivée de X______ sur place, une violente altercation a eu lieu entre D______ et lui. dd) Les versions des différents protagonistes ne coïncident pas parfaitement quant au déroulement de la bagarre. D______ a admis avoir échangé des insultes avec X______ et l'avoir mordu pour se défendre. De son côté, X______ a reconnu avoir donné une gifle à D______ en réponse à une insulte. La maman de X______ s'est trouvée mêlée à l'altercation. Estimant que D______ s'en prenait à elle, X______ s'est jeté sur lui et l'a projeté contre la voiture de G______, qui a été endommagée. F______ a tenté de les séparer. Dans leur lutte, D______ a mordu X______ au niveau du cou. de) Le lendemain, D______ et G______ se sont rendus ensemble au poste de police de Blandonnet pour déposer plainte. Peu après, X______ et I______ se sont rendus au même poste de police. Selon le rapport d'arrestation du 9 juin 2017, les gendarmes leur ont demandé de sortir du poste de police, où se trouvaient déjà D______ et G______. X______ n'avait toutefois pas obtempéré. Il était venu à proximité de D______ et lui avait adressé un doigt d'honneur, en lui disant "j'ai le bras très long". A noter que la version de X______ diffère légèrement et ressort d'un échange de messages avec R______, mentionné ci-dessous. df) Dans les jours qui ont suivi la bagarre du 28 mai 2017, X______ a publié sur son profil Snapchat, accessible à toutes les personnes en contact avec lui sur cette application, un bon nombre de messages contenant des menaces de mort explicites et détaillées, dont on comprend dans le contexte du dossier qu'elles sont destinées à D______. Il a également raillé les qualités de mécanicien d'une personne qu'il ne nomme pas expressément. dg) X______ a communiqué avec de nombreuses personnes au sujet de D______ et s'est vanté d'avoir pris le dessus dans la bagarre du 28 mai 2017. Il a exprimé une forte animosité envers lui. Ces messages ont essentiellement pris place jusqu'au 1er juin 2017. dh) Si D______ a lui-même fait état d'une certaine animosité à l'encontre de X______ suite à l'altercation, il a également commencé à éprouver une certaine crainte. Il s'est plaint auprès de ses amis que X______ faisait carrément des menaces de mort. Il a envoyé des captures d'écran de celles-ci à ses parents et à G______. Il ne voulait en outre plus que celle-ci fréquentât X______. di) Les premiers jours du mois de juin 2017, X______ a moins écrit de messages en lien avec D______. Le 1er juin 2017, il a transmis à L______ et à F______ des captures d'écran de la page Facebook de G______, selon lesquelles l'ancien X______ lui manquait. A cet égard, X______ s'est souvent plaint à ses amis que la jeune femme lui disait qu'il lui manquait alors qu'en parallèle, elle ne répondait pas à ses messages et qu'elle trouvait toujours une excuse pour éviter de le voir. dj) Entre le 1er juin et le 8 juin 2017, X______ et G______ ont eu quelques contacts par téléphone et par le biais de messages. Selon ce que X______ a confié à F______ le 4 juin 2017, G______ lui aurait proposé de passer un week-end ensemble à la fin du mois

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de juin 2017. Il a essayé de la contacter par téléphone ou par messages à plusieurs reprises. dk) Dans la journée du 7 juin 2017, en réaction à une information que lui a transmise S______ au sujet de D______, X______ a à nouveau exprimé à de nombreuses reprises l'envie soit de "jarter" G______ de sa vie, s'il restait sans nouvelle d'elle d'ici le dimanche suivant, soit celle de tuer D______. Tant F______ que R______ ont pris ses propos à la rigolade ou ont tenté de le calmer. S______ lui a même affirmé qu'il n'y avait rien entre G______ et D______. dl) Dans la nuit du 7 au 8 juin 2017, la dénommée "P______" a créé un groupe Whatsapp incluant plusieurs amis, dont G______, X______ et D______, afin de trouver une solution au mal-être qu'elle avait constaté chez G______ en raison des dissensions entre les trois précités. Les éléments ressortant de l'extraction des téléphones en lien avec cette période e) L'état de fait ainsi fixé est corroboré par le contenu du téléphone portable de X______. Les éléments suivants sont en particulier relevés : ea) Après un appel du 26 mai 2017, à 22h00, le journal d'appel ne contient plus aucun contact entre X______ et G______ jusqu'au 3 juin 2017. A cette date, peu avant 01h30, X______ a tenté trois fois de joindre G______. La durée des appels fait penser qu'il a laissé des messages vocaux à deux reprises. G______ l'a rappelé le même jour à 04h50 et ils se sont parlé pendant 10 minutes. Il a ensuite essayé de la joindre une fois le 4 juin 2017 et six fois le 6 juin 2017. Il se sont en outre notamment échangé les messages suivants: - Le 24 mai 2017, X______ a proposé à G______ de venir voir un match de tennis au Geneva Open, événement pour lequel il travaillait comme agent Securitas. Il lui a envoyé une photographie de lui, portant un costume et une cravate. G______ lui a répondu : "class, ça te va super bien 😘". - Le dimanche 28 mai 2017, entre 18h15 et 18h48, X______ et G______ ont échangé des iMessages. G______ lui a dit qu'elle ne dormait pas bien et X______ lui a répondu qu'elle ne faisait pas beaucoup d'efforts pour aller mieux. Elle a répliqué : "Si justement mais tu vera bien un jour :)". X______ lui a proposé ensuite de venir avec lui chez E______ le lendemain, pour qu'elle y dépose son CV. Il a également évoqué le fait d'aller à Vevey le vendredi, soit le 2 juin 2017, mais avec sa voiture à elle. Elle a répondu qu'elle verrait car elle serait avec T______. - Le lendemain de la bagarre du 28 mai 2017, X______ a écrit à G______ : "Sache une chose c'est pas contre que j'en ai c'est uniquement contre D______ que j'en ai, toi tu a rien a voir d'en l'histoire". G______ a semblé s'inquiéter pour le coût des réparations de la voiture. - Le 5 et le 6 juin 2017, X______ a écrit plusieurs iMessages à G______ en lui demandant comment elle allait, quand est-ce qu'ils pourraient se voir et pourquoi elle ne lui répondait pas.

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- Le 7 juin 2017, à 17h18, S______ a prêté son téléphone à G______ pour qu'elle écrive à X______. Elle lui a transmis qu'elle n'avait pas envie de le perdre, mais qu'elle souffrait de cette situation. Il a répondu qu'il comprenait, mais qu'il ne pouvait plus continuer comme ça. De son côté, G______ a indiqué qu'elle ne dormait plus depuis qu'il s'était battu avec D______ et que savoir qu'il s'inquiétait pour elle lui faisait mal. X______ lui répondu qu'il n'avait pas l'impression qu'il lui manque tant que ça, puisqu'elle ne lui répondait pas quand il lui écrivait, et que, donc, il passait son chemin. eb) X______ a échangé régulièrement avec F______. Ils se sont écrit ou ont laissé de nombreux messages vocaux, dont le ton relevait souvent de l'humour noir. Plusieurs messages ont évoqué G______ ou D______ : - Le 23 mai 2017, à 09h55, X______ a écrit à F______ que des tiers avaient dégradé sa relation avec G______. A l'avenir, il voulait éviter cela et ne voulait plus être dérangé par la présence de quiconque lorsqu'il était avec elle. - Le 24 mai 2017, vers midi, les deux amis ont parlé des modifications faites par D______ sur le véhicule de G______. F______, mécanicien de profession, a déploré les interventions techniques de D______. X______ a abondé dans son sens. - Le 26 mai à 20h40, X______ a envoyé une photo de griffure sur la portière de sa Seat, sans évoquer le nom d'une personne qui aurait pu en être responsable. - Le 27 mai 2017, à 00h40, il a laissé un message vocal pour expliquer que D______ avait dit à G______ que des moteurs Volvo se trouvaient dans les Audi RS3, ce qui "l'hallucinait". - Le 29 mai 2017, à 00h05, juste après la bagarre, X______ a envoyé à F______ une capture d'écran de la page Facebook d'G______ où elle a écrit que, parfois, elle voulait partir loin pour ne plus être un poids pour personne ou une source de problème. F______ a proposé à X______ de lui dire qu'elle pouvait partir, mais il a répondu qu'il ne voulait pas ajouter de l'huile sur le feu. Il était prêt à payer un billet d'avion à D______ pour qu'il soit loin. F______ a ajouté "et aussi pour G______" mais X______ s'y est opposé car elle "n'a rien fait… enfin presque". - Dans la continuité, X______ s'est rendu à l'hôpital pour faire constater ses blessures à la suite de la bagarre. F______ y a amené la Seat, dont X______ en parle comme de son bébé. Tous deux ont plaisanté sur le fait que la voiture s'ennuyait de son propriétaire. Selon F______, cette dernière allait pleurer et lui rouler dessus et elle aura plein de sang. X______ a répondu que ce n'était pas grave et qu'il irait "au karcher". Selon F______, il ne pouvait pas faire ça, car il allait y croiser "l'autre con". X______ a indiqué que ce n'était pas grave et que ça lui donnerait "une raison de plus pour l'achever correctement". - Le 29 mai 2017, à 12h40, ils ont évoqué les plaintes déposées suite à la bagarre du 28 mai 2017. X______ a écrit que D______ allait "prendre cher" dans la procédure. Il allait dénoncer G______ pour non-assistance à personne en danger et allait faire interdire la voiture de celle-ci à Meyrin. - Toujours le même jour vers 23h00, F______ a semblé avoir surveillé que D______ ne s'approchât pas de la Seat.

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- Le 30 mai à 13h15, X______ a contacté F______, en lui disant : "eh tu veux rire?" Il lui a ensuite relaté qu'un policier l'avait informé du fait que G______ voulait porter plainte contre lui, suite aux messages Snapchat, car elle se sentait menacée. X______ a précisé que ses messages étaient destinés à D______. - Le 31 mai 2017, à 19h10, X______ a évoqué l'hypothèse que F______ prenne l'avion vers le Canada, avec D______ dans sa valise, pour éviter de payer un billet supplémentaire, et pour qu'il s'y perde dans la neige. - Le 1er juin 2017, à 00h08, X______ a transféré une capture d'écran du profil Facebook d'G______ qui disait : "L'ancien toi me manque. Timide, gentils comme tout, très câlin, joyeux, drôle, bref tu me manque redevient comme avant". A 10h10, il a envoyé une capture d'écran de son propre statut Facebook où il avait écrit : "Tu veux qu'il revienne alors fait se qu'il t'a dit et il reviendra comme tu le souhaites car a lui aussi tu lui manque". S______ a commenté avec le nom G______ et plein de cœurs. - Le même jour, à 18h15, F______ a informé X______ qu'il avait vu D______ à Balexert et qu'il avait entendu que G______ l'avait appelé par téléphone, juste avant qu'il ne parte. X______ en a déduit que le premier était allé rejoindre la seconde. Il a affirmé que cela ne l'étonnait même pas et a précisé : "mais apres elle veux me récupére". - Le 3 juin 2017, à 23h46, F______ a écrit à X______ : "alors comme ça tu voulais revoir D______ hier soir". X______ n'a pas compris et a dit l'avoir vu de loin sur le parking. F______ a relevé avoir appris par son père et sa belle-mère que G______ avait évité que X______ vienne sur le parking. Il a ensuite écrit : "Oui bah je peux te dire qu'il t'attendais pour te casser la tête faux pas toucher à leur D______ et en plus ma belle mère m'as dis que tu avais aucune chance contre D______ j'aurais pas dû te retenir". X______ a répliqué qu'il le reprenait quand il voulait. F______ était "gonfl[é]" par le fait que son père avait présenté D______, qu'il qualifiait de "petit rou", à des amis. X______ a répondu : "c'est pour ça qu'il faut que je l'élimine". Pour sa part, F______ a affirmé que c'était le problème qu'il fallait éliminer. X______ a répondu qu'en éliminant D______, il éliminait le problème. - Le 4 juin 2017, à 21h23, X______ a laissé entendre à F______ que G______ lui avait dit de réserver le dernier week-end de juin, car elle avait prévu de faire quelque chose avec lui. Il ne devait le dire à personne. F______ a répondu qu'il allait vite le dire à D______. X______ lui a répliqué qu'il ne fallait rien dire à "l'autre con" et a immédiatement précisé : "De tout façon je pense que a cette période la y sera deja mort". F______ a répondu qu'il n'était pas "con" et qu'il était son meilleur ami. X______ a conclu en écrivant à F______ qu'il le faisait bien rire. - Le 5 juin 2017, à 01h30, F______ a évoqué sa soirée passée chez lui. Il a dit surveiller "sa grotte" avec une carabine et "plomber le premier qui se pointe" ainsi que, dorénavant, la prochaine fille qui l'approcherait. Après quelques échanges où F______ lui a suggéré d'être sa cible mouvante, X______ lui a proposé plutôt D______. Quelques heures plus tard, X______ a transféré une capture d'écran d'une application Facebook ayant établi que sa sœur et "D______" étaient les personnes qui l'aimaient le plus. F______ lui a proposé de leur déclarer son amour. X______ a

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répondu : "Alors le D______ sa sera avec une balle dans la tête et ma sœur je sais pas elle le merite pas mon amour". F______ lui a envoyé une photo d'une carabine en écrivant "tu veux?". Il a ajouté : "Tu plomb D______ je plomb U______". X______ lui a répondu : "oh oui, ramène-là" mais F______ a rétorqué qu'il ferait trop de dégât avec elle. X______ a répliqué qu'il n'en ferait qu'un. F______ a précisé : "Je plomberais beaucoup decul moi . D______ G______ U______ V______ et j'en passe". X______ a ajouté quant à lui qu'il "ferait D______, W______" et il ne savait pas qui. - Le 7 juin 2017, entre 12h42 et 12h48, F______ et X______ ont échangé des banalités, suite à quoi le premier a écrit tout d'abord : "Si t'es pas gentil avec moi, c'est moi qui vais me faire D______". Le second a répond "Noooooon, laisse le moi stp", ensuite de quoi F______ a rigolé. X______ a alors écrit "Ou alors on se le fait a 3 avec R______" puis, deux minutes plus tard, "Non alors tue le tout de suite comme ça s'est réglé". F______ a rigolé et a écrit "Je veux du sang". A 13h22, X______ a encore envoyé : "J'ai envie de me faire le nain de jardin ce soir". - Le même jour, à 19h02, F______ a demandé à X______ comment allaient ses "casses burnes". Celui-ci a répondu par message vocal que la "casse couille M______" lui donnait des nouvelles tous les jours et que l'autre devait l'appeler à minuit avec le téléphone de S______, car "l'autre con" faisait sa crise et qu'il ne voulait pas voir son nom sur le téléphone de G______. Il allait essayer de régler ce problème. Il devait voir S______ vendredi à 10h00 et espérait faire venir G______ pour lui faire comprendre que D______ devait "dégager au plus vite". G______ demandait des nouvelles et s'inquiètait pour lui mais n'osait pas lui parler à cause des crises de D______. Il commençait "grave à en avoir marre" de ce "petit con de merde". F______ lui a répondu "Mange le" et X______ a écrit "non je le tue", "Sa va plus vite". ec) X______ a eu quelques contacts avec N______: - Le 24 mai 2017, il a transmis les messages échangés avec F______ sur les modifications que D______ avait opérées sur le véhicule de G______. Il a dit à N______ que cela le faisait marrer que G______ soit obligée de le recontacter pour faire une nouvelle géométrie après l'intervention de D______, qui était un "super mécanicien". - Le 29 mai 2017, N______ a demandé par iMessage à X______ ce qui s'était passé car il avait vu des publications sur la page Facebook de G______. Il lui conseillait de laisser tomber ces personnes. - Le 1er juin 2017, N______ lui a écrit qu'il ne devait pas se laisser avoir par G______ parce qu'il avait une nouvelle voiture. ed) A la période de la bagarre et du drame, X______ et L______ ont eu de nombreux contacts. Il ressort du dossier qu'ils se sont vus quelques fois et qu'ils se sont appelés. Les messages suivants apparaissent en particulier : - Le 30 mai 2017, X______ a eu une conversation sur Whatsapp avec L______ (3______; sous le pseudonyme ______), lors de laquelle il lui a expliqué la bagarre entre D______ et lui. L______ s'est montrée compréhensive envers lui et critique

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envers l'attitude de D______ et la réaction de G______. Elle envisageait de se rendre à la police pour déclarer que G______ se faisait manipuler par D______. Elle a écrit que ce n'était pas normal, qu'il y avait un vrai problème, ce à quoi X______ a répondu "tu comprends maintenant pourquoi je veux la mort de l'autre con". L______ l'a repris en relavant qu'il était malsain de souhaiter la mort de quelqu'un. X______ a acquiescé et a dit à L______ qu'il l'adorait. On comprend qu'au cours de cet échange, L______ reçoit un appel de G______, accompagnée de D______. Elle a indiqué avoir raccroché rapidement car D______ participait à la discussion. L______ a alors écrit à X______ : "Bouhou D______ a peur", ce à quoi X______ a répondu : "Ahahhahah. Lui faut pas que je le croise". L______ a ajouté "En tout cas G______ sait que j'ai quelque chose derrière la tête et ça a l'aire de l'inquiéter". Plus tard, X______ a envisagé de dire à G______ qu'il lui prêtait sa voiture pour que celle-ci accepte de rayer D______ de sa vie et qu'elle retire sa plainte. - Le 1er juin 2017, X______ a transmis à L______ deux captures d'écran de publications d'G______ sur Facebook. Sur la première, cette dernière partageait une publication disant "tu me manques à chaque instant" et sur la seconde, elle mentionnait : "L'ancien toi me manque. Timide, gentils comme tout, très câlin, joyeux, drôle, bref tu me manque redevient comme avant". X______ et L______ ont trouvé ces publications étranges. X______ s'est dit que "peut-être au fond [il] lui manque vrai comme elle [lui] a dit la semaine passée mais [il] pense pas que c'est [lui] qui l'intéresse c'est plutôt la voiture et [s]es bras". - Le 2 juin 2017, X______ a indiqué avoir vu G______ la veille. Les deux interlocuteurs avaient le sentiment que G______ les négligeait. - Le 6 juin 2017, ils se sont demandé mutuellement s'ils avaient des nouvelles de G______, vraisemblablement dans l'idée de présenter sa voiture à l'expertise. X______ a indiqué l'avoir eue brièvement au téléphone ce matin-là, mais qu'elle était endormie de sorte qu'il lui avait demandé de le rappeler. Elle ne l'avait toutefois pas recontacté, ce qu'il ne comprenait pas. L______ lui dit qu'elle avait l'impression que G______ "se fout de sa gueule". ee) X______ a expliqué de manière détaillée à R______ la façon dont il voyait ses relations avec G______ et D______ : - Le 29 mai 2017, X______ a eu un échange de messages vocaux sur Facebook avec R______, qui lui demandait des explications sur ses publications récentes, précisant qu'on dirait qu'il allait tuer la personne. Il a ponctué ses phrases par des smileys ou l'abréviation "mdr" (pour mort de rire). X______ lui a expliqué que c'était en lien avec "le D______", avec qui il s'était "foutu sur la gueule". Il a ensuite écrit "je le retrouverai, je terminerai mon travail et je le crèverai. C'est pour ça j'ai envie de le tuer je te jure hier soir si y'aurait pas eu mon pote F______, je le tuais. Et c'est ce que je cherche en fait". Il lui a expliqué ce qui l'agaçait chez D______, à savoir qu'il avait cassé son couple avec G______, qu'il était toujours là depuis qu'il essayait de la récupérer et qu'il avait couché avec elle. Il a ensuite fait état des incompétences de D______ comme mécanicien et de la bagarre du 28 mai 2017. Il a notamment argué que D______ lui avait dit quelque chose qu'il ne fallait pas, mais il ne se rappelait

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plus quoi, "c'était le trou noir", avant de lui "balancer une claque dans la gueule". Il a également raconté l'épisode de leur présence simultanée au poste de police. Sa version varie un peu de celle retranscrite dans le rapport d'arrestation du 9 juin 2017. Il a ainsi indiqué être sorti et avoir attendu près de la voiture. Au moment où il avait vu D______ sortir, il s'était dirigé vers lui et lui avait "gueulé", en présence du policier, "ça va tu l'as bien baisée cette nuit", en lui faisant un doigt d'honneur. Le policier lui avait dit que cette attitude n'allait pas jouer en sa faveur et il lui avait répondu avoir le bras long. R______ lui a répondu : "tu sais que t'es comme mon p'tit frère, je vais le dégommer le mec, je vais le tuer… Te salis les mains pour ça mon gars. Tu me dis juste où il habite et je lui démonte sa gueule". X______ lui a alors envoyé une photo où apparait D______ et R______ lui a écrit "Jvais le rendre plus beau…mdr", ce à quoi X______ a répliqué "Tue le sa sera plus vite et sa m'arrange". - Le 7 juin 2017, à 13h30, X______ a écrit à R______ avoir envie de "se faire le nain de jardin" et de lui "dégommer la gueule". Il avait tellement envie "de le choper", c'était un "truc de fou". R______ lui a répondu qu'il savait, en rigolant et en lui écrivant de se calmer. X______ a relevé que ce n'était pas facile et a ajouté : "En même temps si je le tue maintenant les problèmes son réglé". R______ lui a fait remarquer : "sauf celui d'aller à champ dollon. Mdf. Mdr" X______ a répondu que personne ne saurait que c'était lui et R______ a affirmé le contraire vu que le gouvernement lisait ce qu'ils écrivaient. X______ a ajouté : "et puis qui ta dit que c'étais moi qui allais le tuer je délègue", suite à quoi R______ a rigolé. ef) X______ est en contact sur Whatsapp avec S______(4______), la colocataire de G______, depuis le mois de mars 2017. Son téléphone ne contient toutefois que des messages à partir du 6 juin 2017. On trouve notamment les messages suivants : - Le 6 juin 2017, X______ a demandé à S______ si elle savait pourquoi G______ ne lui répondait pas alors qu'elle était active sur Facebook. Il pensait que celle-ci n'osait pas lui répondre parce qu'elle était avec "le nain de jardin" et que celui-ci risquait de "piquer sa crise". Cette affirmation a étonné S______, qui n'avait jamais constaté un tel comportement. X______ lui a expliqué que D______ manipulait G______ et n'aimait pas que celle-ci soit en contact avec lui. D______ avait peur qu'il parvienne à le faire dégager et qu'il ne puisse ainsi plus continuer à profiter de la voiture de G______ et de manger chez elle notamment. X______ n'appréciait pas non plus le fait que G______ n'écoutait que D______ et ne parlait que de lui. Il avait un peu l'impression d'être pris pour un "con", car G______ lui disait qu'il lui manquait mais elle ne répondait pas à ses messages. S______ lui a répondu qu'elle allait observer la situation ces prochains jours. X______ a précisé que tout se passait bien entre G______ et lui quand ils se voyaient, mais que tout changeait quand D______ était là. Il ne voulait pas perdre cela, raison pour laquelle il voulait qu'elle "dégage" D______ de sa vie, soit qu'elle n'ait plus de contact avec lui. - Le 6 juin 2017, à 18h00, par message vocal, S______ a écrit à X______ qu'elle adorait G______ et D______, mais qu'elle s'était un peu éloignée de celui-ci. Elle voulait confier quelque chose à X______, mais uniquement s'il lui promettait de n'en parler à personne. Elle ne voulait pas avoir de problème mais avait besoin de le

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confier à quelqu'un. L'échange de message ne permet pas de savoir ce que S______ a rapporté à X______, mais, le 7 juin 2017, dans la matinée, ils ont parlé du fait que H______ avait prêté de l'argent à D______ et que celui-ci ne le lui avait toujours pas rendu. - Le 7 juin 2017, de 13h25 à 13h29, X______ lui a écrit : "Depuis que tu ma dit se que tu ma dit se matin j'ai envie de me le faire se nain de jardin c'est un truc de fou". Le fait que D______ fasse des captures d'écran de ses messages sur l'application Snapchat l'énervait également. S______ lui a conseillé de se calmer. - Le 7 juin 2017, à 14h48, X______ a laissé un message vocal dans lequel il a prétendu qu'après y avoir réfléchi, s'il n'avait pas de nouvelle de G______ d'ici la fin de la semaine, il allait la "jarter de sa vie". D'un côté il avait envie d'être avec elle, mais il pensait qu'ainsi, s'il lui manquait vraiment, elle ferait tout pour le contacter et dirait à D______ qu'il "ferme sa gueule" et qu'elle l'aimait et voulait le voir. Il n'avait pas envie de problème, mais soit il tuait D______, soit il virait G______. Après ce que S______ lui avait raconté à midi, il n'en pouvait plus de D______. Il n'avait qu'une envie, celle de le tuer. Il allait faire plus simple et virer G______ de partout, s'il n'avait pas de nouvelle de sa part d'ici dimanche. Cela lui éviterait les problèmes. - Après ce message, S______ a regretté d'avoir raconté son secret à X______. Mais celui-ci lui répondu qu'il valait mieux qu'il le sache, pour qu'il puisse mettre les choses au clair et savoir s'il devait enlever G______ de sa vie ou pas. Le fait de savoir que G______ et D______ avaient dormi ensemble et qu'"ils" dormaient encore ensemble une semaine auparavant le "trucid[ait]". Le fait que G______ lui avait affirmé qu'il lui manquait alors qu'elle dormait avec un autre ne passait pas. Il allait la "jarter" de sa vie au plus vite, sauf si elle lui écrivait d'ici dimanche. S______ lui a répondu que ce n'était pas parce qu'ils dormaient ensemble qu'ils "couchaient" ensemble et qu'il devait se calmer. Il n'y avait rien entre D______ et G______, laquelle lui demandait souvent comment il allait. - Le 7 juin 2017, vers 16h00, elle lui a demandé s'il serait réveillé vers minuit, car il risquait de recevoir un message de G______ depuis son téléphone à elle, afin d'éviter les problèmes. X______ lui a ensuite demandé s'il pourrait les voir toutes les deux afin de parler de D______ et d'essayer de régler le problème, ce que S______ a accepté. Il a aussi proposé que G______ vienne discuter avec lui au Caribana Festival. eg) Le 7 juin 2017 vers 23h20, Q______, soit "P______", a créé un groupe Whatsapp intitulé "Stop", auquel elle a associé X______, C______, G______, S______ et D______. Elle était intervenue car elle constatait qu'G______ allait mal. Il n'était pas normal d'interdire à cette dernière de voir des gens. Les choses allaient trop loin. Le fait d'entendre parler en mal de ses amis faisait souffrir G______. Q______ aurait préféré une discussion de vive voix, mais elle avait peur des conflits, vu qu'il y avait beaucoup de tensions. X______ lui a répondu être d'accord avec certains points, mais qu'elle faisait une erreur en mettant tout le monde dans le même groupe. Il essayait au maximum de protéger G______. Il ne voulait pas que "l'autre" la coule et savait très bien pourquoi. Il était en train de trouver une solution avec L______, mais si G______

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ne voulait pas écouter et retournait toujours "vers le mal", ils ne pourraient rien faire pour elle. S______ est ensuite intervenue en disant à X______ qu'il n'avait pas compris que c'était leur histoire qui lui nuisait. D______ et X______ la manipulaient tous les deux et ne s'en rendaient même pas compte. A 23h54, D______ a quitté le groupe et, à minuit, X______ a répondu avoir toujours voulu protéger G______. Il a admis avoir "une dent" contre D______. Il valait mieux que ce dernier ne croise pas sa route. Il voulait aider G______ mais si celle-ci ne faisait pas l'effort qu'il estimait nécessaire, cela ne servait à rien. f) Les éléments suivants ressortent de l'extraction du téléphone de D______ : fa) Le 28 mai 2017, à 22h10, D______ a tenté à deux reprises d'appeler X______, comme celui-ci l'avait affirmé. fb) Dans un échange avec le contact "mon ange" (4______), D______ a évoqué la bagarre du 28 mai 2017. Il a indiqué que son conflit avec X______ était dû au fait que celui-ci affirmait qu'il était un charlatan en matière de mécanique. Il avait rétabli la vérité envers X______, qu'il qualifiait de "vraie taffiole", qui n'était rien sans sa maman. En évoquant le dépôt de sa plainte pénale, il a écrit qu'il fallait que ça cesse, même s'il devait faire "justice [lu]i-même", "ce genre de connard dev[an]t même pas exister". Le 30 mai 2017, il a écrit : "il faut l'enfermer ce fils de pute, il fait carrément des menaces de mort". fc) Le 1er juin 2017, à 13h25, il a écrit à Y______: "j'ai laissé faire X______ une fois, la prochaine fois ça sera sans pitié pour lui". fd) Sur la carte mémoire du téléphone se trouvent de nombreuses captures d'écran de messages publiés par X______ sur Snapchat. Ces messages ne sont pas nominatifs et ont été postés à des dates indéterminées, mais pendant la période proche de l'altercation. Dans certains messages, X______ s'est moqué des compétences d'une personne en matière de mécanique et a raillé le fait que c'était mieux d'écouter un tel charlatan manipulateur que de vrais professionnels qui avaient travaillé dans la marque. D'autres avaient des contenus menaçants. Parmi ceux-ci on trouve notamment les messages suivants : "Tkt pas je terminerais le travail que j'ai commencé", "+ les jours passe + l'envie de t'éliminer devient immense", puis "Tkt pas d'ici la fin de la semaine tu sera plus partie de cette terre la promis" et "Lache cette fille a jamais et je te laisse la vie sauve". fe) D'autres captures d'écran montrent des publications sur Facebook. Apparaît notamment un texte publié par X______, disant que celui qui touchait aux deux personnes qu'il aimait était "grave dans la merde". Il ne fallait pas toucher aux gens qu'il aimait, sinon c'était la mort qu'il aurait en face de lui. Le message se termine par le post scriptum suivant : "commence déjà a creusé car la prochaine fois que tu me vois le dong aura sonné pour toi". Il est suivi d'une image illustrant la mort. En commentaire, S______ lui demande de qui il parle et il répond qu'il s'agit d'un "nain de jardin profiteur et manipulateur (…) qui mord comme une fillette". Dans un autre message

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publié à l'attention du "nain de jardin", X______ écrit "Tu la touche pas, tu l'approche pas, tu la regarde pas, tu lui parle pas, parce que c'est ma propriété privée". ff) Le 7 juin 2017, "P______" a évoqué auprès de D______ le fait que G______ lui avait dit qu'il lui interdisait de voir X______, sans quoi ils ne se verraient plus. D______ lui a confirmé la réalité des propos dans la mesure où, de son côté, X______ essayait de la "remonter" contre lui, qu'il lui posait des ultimatums et que, chaque fois qu'elle le voyait, elle faisait la tête. Il voulait ainsi l'écarter d'une relation toxique. fg) Il ressort des échanges entre D______ et X______ que leur relation s'est dégradée aux alentours du mois de mars 2017 et qu'il n'ont eu que très peu d'échanges après cela. Leur dernier contact est un message adressé sur Snapchat: - Le 7 juin 2017 à 13h34, X______ (sous le nom d'utilisateur "______") lui a écrit : "Sa va tu t'amuse a screen tout mes snap, tu crois plus fort que moi". g) G______ a également transmis des extraits de messages qui se trouvaient sur son téléphone. Le rapport d'arrestation fait notamment état d'une publication de X______ sur Facebook du 29 mai 2017, dans laquelle il a écrit : "Tkt pas je terminerais le travail que j'ai commencé". Une certaine "Z______" a commenté en demandant d'arrêter ces gamineries car elle en avait marre de voir tout cela. X______ a répondu qu'il ne savait pas de quoi elle parlait, mais qu'il ne s'agissait que d'un jeu qu'il devait terminer, ce que "Z______" n'avait pas cru. S______ a commenté en rigolant et en disant "bande de fou". Les déclarations des témoins sur le contexte haa) Le 9 juin 2017 devant la police, G______ a commencé par expliquer qu'elle "fréquentait" D______ mais qu'ils n'étaient pas en couple. X______ était son ancien petit ami, dont elle était séparée depuis une année environ, mais qu'elle "fréquentait" régulièrement, précisant qu'il n'y avait plus d'engagement entre eux. Elle s'était mise en couple avec X______ près de deux ans auparavant, juste après sa séparation d'avec F______. Cette situation avait créé une certaine rivalité entre les deux jeunes hommes. Le début de leur relation avait été bon puis X______ avait changé à la mort de son père. Suite à une discussion à ce sujet, ce dernier avait lancé une bouteille d'Oasis sur sa mère et l'avait étranglée. Suite à cet épisode, elle avait mis un terme à leur relation. Il lui avait donné une gifle le 30 décembre 2016, avant qu'ils ne se battent. En automne 2016, X______ avait encore eu une altercation avec son demi-frère J______. Elle avait commencé à fréquenter D______, sept ou huit mois avant son audition par la police, soit depuis la fin de la relation de celui-ci avec H______. D______ souhaitait garder leur relation secrète, alors qu'elle souhaitait être en couple avec lui. Des tiers lui avaient toutefois appris que L______ avait informé X______ du fait qu'elle fréquentait D______. hab) Le 28 juillet 2017 devant le Ministère public, G______ a confirmé ses précédentes déclarations. Elle a précisé que, dès le lendemain de sa rupture avec X______, celui-ci était revenu vers elle et ils avaient décidé de reprendre un "flirt". Cette relation signifiait qu'ils avaient des relations sexuelles mais qu'ils pouvaient fréquenter et avoir des

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relations sexuelles avec d'autres personnes. En parallèle, elle avait également un "flirt" avec F______, qui ne voulait pas que cela se sache. Après que H______ avait quitté D______, elle l'avait soutenu. Par la suite, leur relation s'était naturellement transformée en "flirt", en décembre 2016. D______ avait également voulu que cette relation reste secrète. Toute cette situation avait débouché sur la bagarre avec X______ le 30 décembre 2016. X______ la suivait grâce à une application qui permettait de localiser les téléphones portables. hac) Le 16 août 2017 devant le Ministère public, G______ a détaillé les débuts de sa relation avec X______, au début de l'année 2016. Elle sortait alors avec F______, qui pouvait faire preuve d'un humour lourd et rabaissant. X______ était arrivé un peu comme un sauveur, avec des attentions, des câlins, ce qu'elle avait pu trouver un peu ennuyeux à la longue. X______ s'était rapidement montré très amoureux, alors qu'elle avait un peu "fait le ping-pong" entre les deux. Cette situation avait amené les deux jeunes hommes à se détester pendant un certain temps, ensuite de quoi ils s'étaient "rabibochés". Depuis que X______ avait eu des doutes au sujet de sa relation avec D______, il lui avait régulièrement reproché d'être un charlatan ainsi que de profiter de son corps, de son argent et de sa voiture. Au tout début du printemps 2017, elle avait parlé à L______ de sa relation secrète avec D______. Celle-ci avait dû en parler à X______, car elle avait constaté que, quand elle évoquait D______, son regard s'assombrissait. Pour elle, dès cette période, tout était clair dans la tête de X______, même s'il ne lui avait jamais dit vouloir tuer D______. Elle était effrayée par X______. Elle était restée en contact avec lui car elle pensait qu'X______ "allait lâcher l'affaire". Les provocations sur Snapchat avaient commencé en mai 2017. En mai 2017, X______ n'avait pas montré d'hostilité envers D______ lorsqu'ils se voyaient. Chacun restait plutôt dans son coin. Depuis la bagarre du 28 mai 2017, elle essayait de faire en sorte que les deux jeunes hommes ne se croisent pas car elle avait peur "qu'ils s'entretuent". hba) Le 9 juin 2017 devant la police, F______ a expliqué qu'il connaissait D______ depuis un peu plus de deux ans lorsqu'ils travaillaient tous deux au garage E______ et que leur métier de mécanicien les avait rapprochés. Il l'avait un peu perdu de vue en août 2016 et l'avait ensuite présenté à sa bande d'amis. hbb) Le 12 septembre 2017 devant le Ministère public, F______ a précisé qu'il n'avait jamais eu de problème avec X______ en tant que collègue. Par contre, ce dernier avait changé quand il lui avait présenté G______, qui était alors sa petite amie. X______ était devenu agressif, en lui demandant de ne plus la voir et de la laisser tranquille. A une période, X______ l'avait menacé de mort par Whatsapp et sur Facebook. Il n'y avait toutefois jamais rien eu de concret et ces menaces ne lui avaient pas fait peur. Il avait finalement rompu avec G______ lorsqu'il s'était rendu compte qu'elle espérait jouer sur les deux tableaux. Il avait constaté que la jeune femme pouvait avoir une influence néfaste sur ses petits amis. X______ et D______, qui étaient doux comme des agneaux, étaient devenus agressifs. Il l'avait dit à X______, mais celui-ci faisait la sourde oreille. Elle était son premier amour et celui-ci pensait qu'il ne trouverait personne d'autre

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qu'elle. Il était incapable de la quitter, même s'il se rendait compte que cette relation n'était pas bonne pour lui. Après novembre 2016, G______ et D______ avaient passé beaucoup de temps ensemble. X______ n'avait plus été qu'une sorte de roue de secours. Lorsqu'X______ avait reçu sa voiture, le 11 mai 2017, G______ l'avait harcelé pour pouvoir l'essayer. Elle lui avait fait des câlins de sorte qu'il avait espéré un "retour de flamme". G______ lui avait rapporté que D______ lui interdisait de l'appeler, car il le trouvait néfaste pour elle. X______ n'était pas du tout content de cette situation. Il avait l'impression d'être pris pour un idiot. Il voulait des réponses, mais G______ et D______ niaient toute relation. La situation s'était vraiment détériorée en avril 2017. F______ n'avait pas souvenir que X______ ait parlé de ses intentions envers D______ avant la bagarre du 28 mai 2017. Après celle-ci, il y avait eu des insultes et des messages provocateurs de part et d'autre, avant que X______ ne menace D______ de mort. Il disait ainsi qu'il voulait se le faire, mais c'était sur le ton de la rigolade. Tous deux étaient des personnes respectueuses. De manière générale, X______ ne s'énervait jamais. Il ne les avait jamais vus dans l'état qui avait été le leur le 28 mai 2017. X______ en voulait à D______ à cause de sa relation avec G______. Il réagissait comme un enfant à qui on avait enlevé son jouet. S'agissant des messages qu'il avait échangés avec X______ au début du mois de juin 2017, il avait pu en vouloir à D______ pour des raisons en lien avec la mécanique. Cela étant, sa fille et sa sœur, AA______, adoraient D______ et il n'aurait jamais rien fait pour les séparer. Il était entré dans le jeu de X______, ce qui avait été une erreur. Il savait que si la situation perdurait, X______ risquait d'en venir aux mains. En revanche, jamais il n'avait pensé que celui-ci pouvait mettre ses menaces de mort à exécution, que ce soit avec une arme ou une voiture. hc) Le 7 juillet 2017 devant le Ministère public, A______, la mère de D______, a expliqué que son fils avait vécu une relation de cinq ans avec H______ et qu'il avait été très affecté par leur rupture. G______ avait également eu besoin d'aide après sa rupture d'avec X______. Celle-ci s'était montrée très possessive et avait essayé de "chauffer" son fils. Ce dernier allait parfois dormir chez G______, mais il avait uniquement évoqué une relation d'amitié. Il lui avait rapporté que la jeune femme avait une fille dont elle ne s'occupait pas, qu'elle était maniaco-dépressive et au bénéfice de prestations de l'AI. A la fin du mois de mai, 2017 il lui avait confié avoir commis une petite bêtise en évoquant le fait qu'il avait couché avec G______ à une reprise. Son fils avait été très affecté par les propos tenus par la mère de X______, laquelle était très souvent présente, le traitait de "glandeur", qui n'y connaissait rien à la mécanique, et le rabaissait constamment. Depuis le mois de février 2017, X______ avait commencé à se moquer de ses compétences en mécanique et de sa taille. A sa demande, son fils lui avait transmis les menaces reçues par le biais de Snapchat. Il en avait éprouvé une certaine peur, celle de recevoir des coups notamment, mais pas celle de se faire tuer. Il avait commencé à avoir vraiment peur quand X______ lui avait écrit qu'il pouvait commencer à creuser sa tombe.

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hda) Le 9 juin 2017 devant la police, I______ a rapporté les aléas de la relation de son fils avec G______. Elle était intervenue en mars 2016, aux côtés des amis de son fils, pour que la jeune femme fasse un choix entre celui-ci et F______. Après le décès de son époux, le ______2016, elle avait demandé à son beau-frère de venir à la maison pour en faire partir G______, car elle ne supportait plus de l'y voir. Le 20 août 2016, suite à une dispute liée à la présence de G______ à son domicile, son fils s'était énervé et l'avait prise à la gorge. G______ s'était interposée et lui avait sauvé la vie. Le 22 août 2016, ils s'étaient retrouvés au poste de police de Blandonnet pour une médiation et il avait été décidé que G______ ne viendrait plus à son domicile, que son fils serait pris en charge par un psychologue et qu'il ne la violenterait plus. Son fils et elle avaient suivi une thérapie au centre "Couple et famille" jusqu'en décembre 2016. Le 22 août 2016 au soir, G______ l'avait appelée en pleurs, en lui rapportant qu'elle avait quitté son fils. Leur relation avait toutefois perduré jusqu'en décembre 2016 ou janvier 2017. Le 28 février 2017, elle avait reçu des appels d'un numéro masqué et elle avait reconnu la voix de G______ en arrière fond. Quand son fils l'avait récupérée, vers 22h30, ils s'étaient rendus au domicile de G______, où se trouvait également D______. Ils avaient nié être les auteurs de ces appels et le ton était monté. Suite à cela, G______ s'était rendue à la police et une médiation s'était tenue au début du mois de mars 2017 entre G______ et X______, lors de laquelle ils avaient convenus de ne plus se voir. Par la suite, ils avaient toutefois renoué des liens amicaux. L'achat de la Seat Leon Cupra de 300 chevaux avait constitué un fort attrait pour G______. Depuis ce jour, celle-ci collait son fils et ils avaient même prévu de partir ensemble le 3 juin 2017. Le vendredi 2 juin 2017 dans la soirée, elle avait accompagné son fils à la station Karcher de Peney, où il devait voir ses amis, soit notamment G______, D______ et AB______. Tout s'était bien passé. La relation entre son fils et D______ avait commencé à se détériorer depuis que le précité s'était rapproché de G______. Le premier était persuadé que le second profitait de la jeune femme, notamment de sa voiture et de son argent. S'agissant de la bagarre du 28 mai 2017, I______ a donné une version similaire à celle de son fils. D______ avait harangué ce dernier dès son arrivée en lui disant "Salut petit con". Ils s'étaient disputés en se reprochant réciproquement d'avoir nui à leurs précédentes relations de couple respectives. Son fils avait giflé D______, ensuite de quoi ils s'étaient battus. Elle avait dit à ce dernier que s'il voulait se "gratter les couilles dans la vie, c'était son affaire". Il était venu face à elle avec l'intention de la frapper. X______ l'avait alors ceinturé et projeté sur le capot de la voiture de G______. Ils s'étaient retrouvés à terre. D______ avait tenté de crever l'œil de son fils et l'avait mordu à la gorge. Elle n'avait plus eu de contact avec G______ et D______ depuis la plainte qu'ils avaient déposée le lendemain des faits. M______ était la nouvelle amie de X______ depuis deux mois environ, mais il s'agissait d'une relation fluctuante.

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hdb) Le 15 juin 2017 devant le Ministère public, I______ a allégué que X______ avait été marqué par le décès de son père. Il s'était réfugié dans un déni et ce thème représentait à chaque fois un sujet de dispute. La thérapie effectuée auprès des psychologues du Centre "Couple et famille" n'avait pas été fructueuse, car les médecins n'avaient pas su voir la détresse de son fils suite audit décès. De plus, elle pensait que G______ entravait toute démarche, ce dont son fils ne se rendait pas compte. Il ne supportait dès lors aucune remarque de sa mère dans ce sens et avait changé depuis le début de cette relation. Alors qu'il était posé, réfléchi et joyeux, il était devenu beaucoup plus nerveux à son contact. Dans la soirée du 26 mai 2017, son fils s'était rendu sur le parking de la piscine avec sa nouvelle voiture et G______ avait essayé de le reconquérir. Une semaine plus tard, elle était à nouveau venue à son domicile et avait complimenté X______, en le voyant en costume. Il était également prévu qu'il l'amène au manège de Chavannes-des-Bois le 3 juin 2017, ce qui ne s'était finalement pas concrétisé. Elle était d'avis que G______ avait "tout fait pour en arriver à ce jeu macabre" et pensait que son fils avait imaginé pouvoir récupérer la jeune femme. Le 6 juin 2017, lors d'un repas à son domicile, F______ et R______ avaient attisé la rancœur de X______ à l'encontre de D______ en lui disant qu'il fallait le "taper". he) Le 29 septembre 2017, M______ a expliqué avoir été très proche de X______ puis qu'ils s'étaient "mis ensemble" vers le mois de mai ou juin 2017. En fait, ils avaient essayé mais elle s'était rendu compte que leur relation était plus amicale qu'amoureuse. Leur relation avait duré environ un mois et demi. Le 8 juin 2017, ils étaient encore très proches. En réalité, ils étaient encore ensemble mais elle avait réalisé plus tard que ce n'était déjà "plus vraiment ça". hf) Le 12 septembre 2017 devant le Ministère public, R______ a rapporté connaître X______ depuis huit ans environ, grâce à leur passion commune pour les bus. Ils avaient également joué régulièrement ensemble à des jeux vidéo en ligne, notamment un jeu de voiture et un jeu où le joueur incarnait un criminel. G______ avait changé X______. Ce dernier rigolait beaucoup moins depuis qu'il la fréquentait. Il avait le sentiment qu'elle utilisait son ami. Il l'avait moins vu depuis lors. Le lundi 5 juin 2017, il s'était rendu au cinéma à Balexert, avec X______ et M______. Le 6 juin 2017, il était allé manger chez I______, alors que F______ et X______ étaient présents. Ils avaient peu parlé de la relation avec G______ ou de D______. Lorsqu'il avait écrit à X______ qu'il allait rendre D______ plus beau, il avait évoqué le fait de lui mettre un coup de poing. De manière générale, il réconfortait ses amis par des blagues ou des jeux de mots. Il ne connaissait pas D______ mais l'avait traité de "sousmerde" parce que celui-ci avait fait du mal à celui qu'il considérait comme son frère. Lors de la conversation du 7 juin 2017, il avait pensé que X______ rigolait, sinon il n'aurait pas écrit "mdr" ou "ahahah". Il avait déduit de cet échange que X______ était énervé mais que cela allait passer. Il ne se souvenait pas avoir dit vouloir taper

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D______, mais s'il avait fallu le taper pour défendre X______, il l'aurait fait, même sans savoir pourquoi. hg) Le 19 octobre 2017 devant le Ministère public, J______, demi-frère de X______, a expliqué avoir soupçonné, le 3 novembre 2016, G______ d'avoir plusieurs relations intimes. Il s'était fortement embrouillé avec son demi-frère, car il ne parvenait pas à le raisonner pour qu'il la quitte. Une réunion avait été organisée devant le bureau des automobiles, lors de laquelle G______ avait avoué "coucher" avec plusieurs garçons en même temps. Il était sorti de ses gonds et avait dit ses quatre vérités à son demi-frère, qui l'avait très mal pris. G______ était la première relation amoureuse de son demi-frère et il en était très amoureux. X______ était devenu plus colérique depuis qu'il était sorti avec la jeune fille. Les déclarations du prévenu sur le contexte ia) Lors de sa première audition à la police, X______ a indiqué que sa vie sentimentale était un "chaos". Il a décrit les débuts de sa relation avec G______, qui était alors l'amie intime de F______, ce qui n'avait toutefois pas créé de tensions entre eux. Le début de leur relation s'était bien passé mais des tensions étaient apparues après le décès de son père. Sa mère lui avait reproché de ne pas avoir été un soutien pour elle et de préférer passer son temps avec G______. En août 2016, il avait eu une grosse dispute avec sa mère et avait lancé une bouteille d'Oasis en sa direction, sans l'atteindre. Deux jours plus tard, G______ avait décidé de mettre un terme à leur relation. Dès septembre 2016, ils avaient entamé un "flirt", soit une union libre, à laquelle il s'était toujours opposé. Au mois de novembre 2016, H______ avait quitté D______. G______ avait proposé à plusieurs reprises à ce dernier de dormir chez elle. Il avait commencé à avoir des soupçons sur la nature de leur relation et il avait fouillé le téléphone de la jeune femme. Il avait ainsi découvert que G______ et F______ "couchaient" ensemble. Il s'était alors disputé avec elle et avait décidé de mettre un terme à leur relation. Quelques jours plus tard, ils s'étaient revus et avaient décidé de rester amis. Il avait toutefois toujours eu le souhait de la "reconquérir". Entre janvier et mars 2017, malgré quelques coupures dans leur relation, ils avaient toujours fini par se recontacter. Il avait questionné G______ et D______ sur leur lien. Les intéressés avaient toujours nié entretenir une relation. Selon lui, G______ espérait une relation avec D______, mais lui voulait juste "coucher" avec elle et profiter de la voiture de la jeune femme. A partir du mois de mars 2017, il voyait G______ en cachette, car D______ "engueulait" celle-ci à chaque fois qu'elle le contactait. Le 11 mai 2017, il avait acquis sa nouvelle voiture et G______ avait souhaité passer du temps avec lui. Leurs contacts s'étaient intensifiés. Il avait clairement le sentiment qu'elle était alors revenue vers lui par intérêt pour sa nouvelle voiture. Durant le tournoi de tennis de Genève, elle était montée avec lui dans la Seat et l'avait complimenté sur sa tenue de travail. Ils avaient ensuite pris la voiture de G______ et s'étaient rendus au bord du lac. G______ l'avait alors embrassé à plusieurs reprises et il avait joué le jeu, "en sachant pertinemment qu'elle ne faisait ça que pour la voiture".

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Le 26 mai 2017, il avait constaté des griffures sur son véhicule et avait soupçonné D______ d'en être l'auteur. Le même soir, G______ avait affirmé quelque chose de faux en matière automobile et D______ l'avait soutenue. Il s'était moqué de lui et avait publié l'anecdote sur les réseaux sociaux. Le 28 mai 2017, il y avait eu des "clashs" entre les deux hommes sur Snapchat. Le même soir, alors qu'il était en voiture avec sa mère et F______, il avait remarqué deux appels en absence - dont D______ était à l'origine selon l'analyse du téléphone de celui-ci. Il avait voulu rejoindre des amis au parking de la piscine et avait vu que la voiture de G______ y était garée. Quand il était arrivé près d'elle, il avait entendu D______ dire : "il est là ce petit con". Il était sorti de la voiture en furie et était allé lui "cracher ses quatre vérités". Tous deux étaient énervés et le ton était sec. Ils s'étaient mutuellement reproché d'avoir "cassé" leurs relations respectives avec H______ et G______. Il ne savait plus ce que D______ avait répondu, mais il avait réagi en lui donnant une "claque". D______ avait été un peu sonné et avait ensuite voulu se battre. Le 30 et le 31 mai 2017, il avait publié des messages menaçant sur Facebook et Snapchat, mais "il n'y avait rien de concret, c'était pour faire peur". Le message mentionnant qu'il devait terminer quelque chose faisait référence à un jeu qu'il devait terminer avec R______. Il n'y avait pas eu de contact entre lui et G______ entre le dépôt de la plainte du 27 mai 2017 et le 6 juin 2017. Ce jour-là, il avait essayé sans succès de la contacter. Il n'avait eu aucun contact avec D______. ib) Le 5 juillet 2017, X______ a confirmé ses déclarations à la police. Il a précisé qu'entre février et mars 2016, quelques tensions avaient existé entre lui et F______. S'il y avait eu des menaces réciproques, qu'il qualifiait de "petites", il n'y avait jamais eu de guerre entre eux. S'agissant de sa relation avec G______, il n'avait pas eu d'autre choix que d'accepter le "flirt" qu'elle lui avait proposé, s'il voulait continuer à la voir. Le fait que D______ avait procédé à des modifications sur le véhicule de G______ l'avait énervé. Celui-ci avait voulu faire "des choses qui n'étaient pas dans la légalité ou qui pouvaient détériorer le véhicule". Il ne voulait pas que G______ se fasse amender. S'il ne ressortait pas expressément des messages échangés entre G______ et D______ qu'ils "couchaient" ensemble, ils le laissaient sous-entendre, ce qui avait été clair pour lui lorsqu'il les avait lus. Il les avait montrés à F______ qui avait été du même avis. Les principaux intéressés avaient toutefois nié toute relation intime. D______ avait assuré qu'il ne se passerait jamais rien entre elle et lui. Il avait su que leurs affirmations étaient fausses, mais comme il avait voulu faire confiance à G______, il leur avait laissé "le bénéfice du doute". Il avait toutefois pris des distances avec elle. Vers la moitié du mois de mars 2017, il avait cependant posté sur Snapchat une photo de deux peluches que G______ lui avait offertes. Elle l'avait recontacté en affirmant qu'il lui manquait aussi et ils avaient recommencé à se voir.

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Au mois de mars 2017, il avait rencontré M______ et avait entamé une relation avec elle en avril 2017. Il était toujours amoureux de G______ mais il avait essayé de s'épanouir avec M______. Cette relation lui permettait de rester lui-même, ce qui n'était pas le cas avec G______. Quand il était avec celle-ci, il était nerveux, tendu, le "monstre" qu'il avait été lors du drame. Même si le drame était de sa faute, celui-ci ne se serait pas produit s'il n'avait pas fréquenté G______ et s'il n'avait pas fait le tour en voiture avec elle. Sa mère, N______ ainsi que F______ le lui avaient fait remarquer. Son demi-frère, J______, était également intervenu dans ce sens. Ils en étaient même venus aux mains. Il avait toutefois été aveuglé par son amour. Il utilisait souvent l'expression "je vais te tuer" avec sa mère ou avec des amis comme R______, F______ ou M______ par jeu. Il ne s'agissait pas de vraies menaces. ic) Le 27 juillet 2017 devant le Ministère public, X______ a confirmé que G______ avait mis un terme à leur relation en août 2016. En effet, le père de sa fille était violent et elle ne voulait plus fréquenter ce genre d'homme. Ils avaient néanmoins continué une relation de "flirt", lors de laquelle ils s'étaient comportés comme s'ils étaient en couple, mais sans l'afficher et sans qu'elle soit exclusive. Ils n'avaient plus entretenu de relations intimes depuis le mois de novembre 2016. Quant à G______ et D______, il ne croyait pas qu'ils aient "couché" ensemble. Il a évoqué un épisode du salon de l'auto 2017, lors duquel il avait publié sur Snapchat une vidéo de la fille de F______, sur laquelle H______ était visible. Fâché, D______ avait contacté cette dernière par téléphone, en lui demandant des explications. Alors qu'il était en voiture avec H______, ils avaient croisé D______ qui marchait sur le trottoir. Celui-ci leur avait fait un doigt d'honneur et lui avait envoyé un message dans lequel il disait : "continue à jouer au con". Il avait pour habitude de rassurer ses amis. Il lui arrivait de leur dire de ne pas se mettre dans tous leurs états pour une autre personne et de ne pas retourner vers leurs anciens petits amis. Il était souvent l'illustration de l'adage "faites ce que je dis, mais pas ce que je fais". Il avait passé des heures à jouer à GTA 5 avec R______. Il s'agissait d'un jeu où l'on incarnait un criminel et où le but était de s'entretuer. Il aimait le fait qu'il fallait s'y chercher et se tuer, soit toutes les choses que l'on ne peut pas faire théoriquement dans la "vraie vie". Il jouait également à Forza, soit un jeu de voitures. Il aimait les voitures qui allaient vite et était fier d'en avoir une. Il avait déjà roulé à trois reprises sur des circuits et maîtrisait très bien les véhicules. Sa relation avec M______ avait duré une semaine, soit depuis le 9 avril 2017, mais pour elle, leur relation avait duré un mois. Il avait voulu y mettre un terme car la jeune femme continuait à avoir des contacts avec son ancien petit ami. Elle était revenue vers lui vers le milieu du mois de mai 2017, car elle avait eu besoin de réconfort. Ils avaient partagé beaucoup d'activités, mais ne s'étaient toutefois jamais remis ensemble. id) Le 29 août 2017 devant le Ministère public, X______ a indiqué que les messages échangés avec R______ le 29 mai 2017 ainsi que les menaces sur Snapchat avaient été

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écrits sous le coup de la colère. Dans ce genre de moments, il disait beaucoup de choses qu'il regrettait ensuite. Il s'agissait d'évacuer la colère qu'il ressentait, mais il ne visait personne. Il n'avait jamais eu l'intention de tuer D______. Il regrettait ce qu'il avait dit et ce qu'il avait fait. Le matin du 7 juin 2017, il avait eu une longue discussion avec S______, la colocataire de G______, au sujet de la bagarre du 28 mai 2017. La première lui avait rapporté que la seconde avait tenté de le joindre dans la nuit pour qu'il la console après qu'elle s'était "salement engueulée" avec D______. Entre le 30 mai et le 7 juin 2017, il avait espéré voir G______ pour organiser l'expertise du véhicule de celle-ci et pour partir en weekend avec elle à la fin du mois de juin, mais la jeune femme ne lui avait pas répondu. La publication annonçant à D______ qu'il allait mourir n'était que de la provocation. Il voulait lui faire peur pour qu'il fasse une erreur et puisse en tirer profit dans la procédure pénale ouverte entre eux. ie) Le 19 octobre 2018 devant le Ministère public, X______ a expliqué qu'il avait fait livrer des fleurs à G______ pour son anniversaire, depuis la prison, même s'il ne l'avait pas fait exactement à la bonne date, car il n'avait pas été en mesure de le faire à la date en question. La journée du 8 juin 2017 ja) Le 8 juin 2017, à 01h30, après une dispute avec D______, G______ a tenté de joindre X______ par téléphone, puis lui a écrit qu'elle avait besoin de lui car elle allait mal. S______ est également intervenue dans ce sens auprès de lui. jb) Le jour des faits, X______ a eu plusieurs contacts téléphonique avec G______. Ils ont parlé de choses anodines. jc) De 14h00 à 21h00 environ, X______ a travaillé comme agent de sécurité au Caribana Festival de Crans-près-Céligny. jd) Pendant toute la journée, X______ a échangé de nombreux messages avec différents interlocuteurs. Il ressort notamment de ceux-ci qu'il espérait pouvoir voir G______ le soir-même pour discuter de la situation. Il n'arrivait toutefois que difficilement à la contacter et s'en est irrité. Il ne comprenait pas le fait que G______ lui ait dit qu'elle voulait le récupérer et qu'il devait la consoler, alors qu'elle ne répondait pas à ses messages. je) Parallèlement au fait qu'il attendait la confirmation d'une rencontre avec G______, X______ a échangé de nombreux messages avec L______. Tous deux ont évoqué la mise en place d'une discussion dans le but de réunir plusieurs amis afin de faire comprendre à G______ que D______ avait une mauvaise influence sur elle. Pour X______, il ne s'agissait pas d'une médiation au sens strict du terme. Il ne voulait pas que D______ soit présent et espérait uniquement que ses amis et lui parviendraient à convaincre G______ qu'elle devait le "dégager". A cette fin, X______ a contacté les différents intéressés. La réunion était censée se tenir le week-end suivant.

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jf) A 18h24, F______ a demandé à X______ s'il voyait finalement G______ le soirmême. L'intéressé lui a répondu qu'il ne le savait pas encore. A 19h32, X______ a écrit à F______ de solliciter sa sœur afin de savoir si celle-ci serait avec G______ durant la soirée et si D______ serait présent, ce que F______ lui a confirmé quelques minutes plus tard. A 19h38, X______ a appelé G______ pendant plus de cinq minutes. jg) A l'issue de cette conversation, X______ s'est plaint à F______ d'en avoir marre de cette situation et a affirmé vouloir dégager G______ avant la fin de la semaine. Il ne comprenait pas pourquoi elle lui disait qu'il lui manquait et qu'en fin de compte elle allait voir D______ plutôt que lui. S'il tombait sur le jeune homme au parking, il ferait exprès de s'arrêter et irait le chercher. jh) Après que F______ lui a conseillé de laisser tomber, X______ lui a répété, à de nombreuses reprises, entre 19h51 à 21h38, vouloir tuer D______. Il a notamment écrit: "Je vais l'écraser comme une vieille merde". F______ a pris cela à la rigolade et lui a plutôt proposé de "lui faire un gros bisou, avec sa main ou son poing". X______ lui a répondu : "Non, avec la Seat". Lorsque F______ lui a fait remarquer que cela allait salir sa voiture, il a répondu que ce n'était pas grave car il irait la laver. Plus tard, X______ a encore demandé à F______: "Tu viens avec moi aller tuer l'autre ce soir? j'ai envie… j'te jure… je suis pressé de finir là (…)". ji) A 19h55, X______ a écrit sur Snapchat à l'attention de D______ : "ton heure a sonné". jj) Un premier groupe d'amis, composé de AX______, G______ et AA______, est arrivé sur le parking de la piscine de Meyrin, vers 20h00. Une trentaine de minutes plus tard, D______ les a rejoints. jk) A 20h06, X______ a écrit à R______ : "R______ ça te dit un petit meurtre ce soir ?". jl) Après son service, vers 21h00, X______ est rentré en scooter à son domicile pour se changer. M______ y était présente avec I______. Il n'a pas mangé avec elles et est allé chercher en voiture F______ chez lui, aux Libellules, vers 21h45. En chemin, il est passé à plusieurs reprises devant le parking de la piscine et a constaté la présence de G______ et de D______. Il a pressé F______ de le rejoindre avant que le jeune homme ne quitte le parking et a encore menacé de tuer D______ dans la voiture. jm) Alors qu'il était en chemin, M______ lui a écrit de faire attention. Il lui a répondu : "t'inquiète pas je reviendrai vivant et entier. Bon y en a un y reviendra pas vivant". Sa mère lui a également laissé un message vocal dans lequel elle a lui demandé s'il était sûr qu'il allait revenir vivant car elle n'était pas sûre que "le nain de jardin ne l'attendait pas avec d'autres personnes". Il devait arrêter "de jouer au caïd". jn) Un peu avant 22h00, X______, accompagné de F______, est passé devant le parking de la piscine, au volant de son véhicule. Il est allé se garer sur un autre parking à proximité de la patinoire. Les deux jeunes hommes ont ensuite rejoint à pied le premier groupe sur le parking de la piscine. X______ était calme et il n'y a eu aucun

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échange entre D______ et lui. A un certain moment, X______ et G______ se sont éloignés du groupe pour discuter. jo) Toute la scène s'est déroulée sur le parking de la piscine de Meyrin. Celui-ci est composé de sept rangées de places de parc, d'une longueur de 80 m environ, chacune séparée par une voie de circulation à sens unique. Les cinq rangées du centre sont doubles, les places se faisant face. Elles sont régulièrement ornées de buissons et d'arbres, ainsi que d'un, respectivement deux, candélabres par rangée. Pour des motifs de simplification, le côté du parking où se situe l'entrée sera appelé le bas du parking et le côté opposé le haut. jp) Vers 22h20, AX______ a emmené AA______ et D______ dans sa voiture pour se rendre aux toilettes, dans un bar de Champ-Fréchet. Craignant pour sa Seat, X______ a couru vers elle et l'a amenée sur le parking. jq) Alors qu'il ne restait plus que F______, G______ et X______ sur le parking, les deux derniers nommés sont partis faire un tour avec la Seat. G______ conduisait le véhicule. Lors de cette promenade, qui a duré un peu plus de 30 minutes, G______ a avoué à X______ entretenir une relation intime avec D______. A ces propos, X______ a eu un geste d'énervement, en tapant contre la vitre de la portière. Selon les déclarations de G______, il a réitéré ses menaces de mort à l'encontre de D______, ce que tendent à corroborer les propos de X______ lorsqu'après les faits, il s'est adressé à la jeune femme en ces termes : "je t'avais prévenue". Selon les déclarations de X______ en audience, il lui aurait demandé de faire un choix entre les deux hommes, sans qu'elle n'ait formellement répondu. A cet égard, G______ a confirmé en audience de jugement lui avoir affirmé qu'il devait lui laisser du temps. jr) Peu avant 23h58, X______ et G______ sont revenus sur le parking. X______ était alors au volant de la Seat. Le reste du groupe était à nouveau présent sur le parking. La voiture de G______ était stationnée au bas de cette voie, sur la gauche dans le sens de marche des véhicules, à la hauteur des troisième et quatrième cases. A la fin des deux rangées de parking situées sur la droite, se trouvait un large buisson au centre des deux rangées. Un horodateur, protégé d'une barrière, se situait sur la gauche de ce buisson, vers le centre de la rangée de places bordant immédiatement cette voie de circulation. X______ a stoppé sa Seat, le moteur allumé, en haut de la troisième voie de circulation, à l'opposé de l'endroit où les véhicules de G______ et AX______ étaient garés. A ce moment, AX______, qui s'apprêtait à rentrer chez lui et à ramener AA______ chez elle, tandis qu'elle s'était rendue à pied vers la Seat, a démarré et a arrêté son véhicule à la hauteur de la Seat. F______ a suivi le même trajet, mais à pied. Dans le même temps, G______ est sortie de la Seat et est venue se placer à côté de la portière du conducteur, dont le fenêtre était restée ouverte. F______ les a rejoints quelques instants plus tard. Il a constaté qu'X______ était alors très tendu. js) X______ a donné un ou deux coups d'accélérateur puis, d'un seul coup, il a fortement accéléré en direction de D______, qui traversait la voie du parking de gauche à droite, quelques mètres plus bas. La Seat l'a heurté de plein fouet à une vitesse située entre 50 et 60 km/h. Il a été projeté en avant. X______ a arrêté son véhicule. Puis, alors

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que le corps de D______ se trouvait au sol, quelques mètres devant la Seat, il a redémarré et a roulé sur le corps inerte. jt) X______ s'est ensuite rendu avec son véhicule vers F______ et lui a demandé ce qu'il faisait. Il s'est à nouveau avancé vers le point de choc et est sorti de la Seat. AX______ a tenté de le retenir, mais X______ l'a repoussé et est remonté dans la voiture. Il a roulé à proximité de G______, qui avait accouru dans l'intervalle près du corps de D______. Il s'est adressé à elle en ces termes : "je t'avais prévenue". ju) X______ a ensuite quitté le parking et a tenté de joindre ses amis par téléphone. Il a indiqué avoir pensé à aller laver son véhicule à la station-service ou à fuir dans un autre pays, mais il est finalement revenu à son domicile, après que sa mère, avertie par F______, l'a convaincu de rentrer. La victime ka) Selon le scanner cérébral effectué par les HUG le 9 juin 2017, D______, né le ______1992, a souffert notamment d'un hématome épidural temporo-polaire gauche de 11 cm d'épaisseur maximale, d'une fracture déplacée de la partie squameuse de l'os temporal gauche et d'un hématome épicrânien fronto-pariétal bilatéral avec saignement actif artériel au sein de l'hématome à droite. kb) Selon le scanner thoraco-abdominal effectué le même jour par les HUG, des condensations et infiltrats en verre dépoli bi-pulmonaires majeurs ont été constatés chez D______. Il présentait également une fracture du pelvis "open book", avec fracture déplacée des branches ilio- et ischio-pubiennes et séparation de la symphyse pubienne, une fracture déplacée de la diaphyse proximale du fémur droit, une fracture déplacée du tiers moyen de la clavicule gauche et une fracture non déplacée de l'arc latéral de la 6ème côte gauche, un hématome pelvien extra-péritonéale avec saignement actif artériel postérieurement la symphyse pubienne, ainsi que dans le muscle ischio-caverneux gauche et en regard du muscle iliaque droit. De multiples hématomes avec saignement actifs artériels intra-musculaires ou sous-cutanés étaient également visibles dans plusieurs régions au niveau des quadriceps, des fessiers, des lombaires, des dorsaux et de la clavicule. kc) Son décès a été prononcé le 9 juin 2017, à 13h40. kda) Selon le rapport d'autopsie établi par le CURML le 6 juillet 2018, D______ a souffert d'un polytraumatisme sévère, en présence de signes de franchissement thoracoabdominal gauche, avec ecchymoses "en forme" linéaires et répétées. Ces lésions pouvaient avoir été provoquées par une zone saillante "en forme de peigne" située sous le véhicule. Des signes de franchissement ont également été relevés au niveau du bassin et des membres inférieurs. Une fracture de la calotte crânienne et de la base du crâne, en charnière, a été constatée, avec un enfoncement d'un fragment temporal gauche, évocateur d'un mécanisme de compression à ce niveau. Au niveau des membres inférieurs, une plaie antérieure de la jambe droite a été constatée, ainsi qu'une fracture multi fragmentaire du fémur droit et une fracture du condyle externe du fémur gauche,

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avec hémarthrose. Les constations sont compatibles avec le heurt du corps par un véhicule, avec franchissement du corps par le véhicule (châssis). kdb) Le 29 août 2018 devant le Ministère public, le Dr AD______ a confirmé la teneur et les conclusions de son rapport du 6 juillet 2018. Avant l'examen de la victime, celleci avait bénéficié de mesures de réanimation extrêmes, destinées notamment à créer une sorte de circulation sanguine extracorporelle. Les experts avaient constaté la présence de lésions qui démontraient un franchissement par une pièce du châssis. Ils n'avaient pas mis en évidence, sur le corps, des signes qui pouvaient faire penser à un profil de pneumatique. Cela n'excluait pas le franchissement d'une partie du corps par une roue. Les experts pensaient que l'enfoncement d'un fragment temporal gauche avait été provoqué par une pièces saillante de 2 cm environ et non par la chute. D______ présentait des fractures sur les deux tempes ainsi que sur un zygomatique. Ces deux fractures se rejoignaient et s'expliquaient par un seul mécanisme de compression. Les éléments matériels la) Selon le rapport d'interpellation du 9 juin 2017, une patrouille de police s'est rendue à 00h25 au domicile de X______, où était stationnée la Seat Leon Cupra, feux allumés. X______ a été interpelé dans sa chambre, sans opposer aucune résistance. Il a spontanément reconnu être l'auteur des faits. lb) Selon le rapport d'arrestation du même jour, des témoins ont rapporté qu'après avoir percuté une première fois la victime, X______ lui avait roulé dessus quelques secondes plus tard, alors qu'elle se trouvait au sol. Cette manœuvre aurait eu pour effet de trainer la victime sur quelques mètres. Le véhicule a été acheminé à l'Hôtel de police pour constat, avant d'être mis en fourrière. lc) Selon le rapport de prélèvement du 9 juin 2017, le contrôle de l'alcool dans l'air expiré par X______ le 9 juin 2017, à 00h46, était négatif. Sa démarche était normale et ses paroles cohérentes, mais ses yeux étaient injectés. ld) Les enregistrements des appels à la CECAL de G______, d'un jeune homme et de AA______ ont été produits et confirment les versions rapportées. le) Le journal des appels du téléphone de X______, confirme qu'il a tenté de joindre F______ à deux reprises, à 00h02 et 00h03, puis qu'à 00h04, il a essayé d'appeler L______ et S______. A 00h05, il a reçu l'appel de sa mère, avec qui il a parlé pendant 4 min 30 sec. maa) Selon l'expertise réalisée par le Centre de tests dynamiques (ci-après DTC) le 31 août 2018, l'emplacement du choc initial n'a pas pu être déterminé précisément, faute d'indices sur la chaussée. Sur la base des différents témoignages ainsi que d'après la position finale des lunettes et du sac à dos du piéton, une zone a été retenue comme la plus plausible. Au vu des témoignages, la distance d'accélération de la Seat entre sa position à l'arrêt et le point de choc a été estimée à 30 m au maximum. Compte tenu d'une accélération maximale sur cette distance de 60 km/h, un domaine de vitesse de 50 à 60 km/h a été retenu comme plausible, au moment du choc avec le piéton. L'expertise relève toutefois qu'il est également possible que le véhicule ait heurté le piéton à une

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vitesse moindre, sur la base d'une comparaison entre les dégâts subis par la Seat et ceux subis par des véhicules utilisés lors de crash tests. Lors de ceux-ci, les dommages subis au niveau du capot et du pare-brise après des collisions dans ce domaine de vitesse sont plus importants. Le système "Front Assist" de la Seat avec détection de piéton fonctionne correctement, mais uniquement si le piéton est en mouvement. Le système n'a jamais réagi en présence d'un piéton immobile ou couché sur sa trajectoire. Selon les tests réalisés jusqu'à 35 km/h, à cette vitesse le système détecte le piéton en mouvement, mais il devient limite pour éviter un choc. Il est fort probable qu'une vitesse supérieure à 35 km/h ne permettrait pas d'éviter un choc. Les différentes traces laissées sur la Seat laissent penser que, suite au choc, le piéton a vraisemblablement été projeté par-dessus le capot puis est venu heurter le toit, avant de retomber au sol, sur la gauche du véhicule. Après avoir vraisemblablement fait un tour complet pour revenir vers le piéton, la voiture a roulé sur lui, alors qu'il était étendu sur le dos, avec un angle d'environ 45°, comme le démontre les griffures obliques retrouvées sur l'abdomen de D______. Selon un complément d'expertise du 22 octobre 2018, l'enclenchement de la fonction "launch control" au moment des faits n'aurait pas modifié les conclusions de l'expertise. mab) Le 8 octobre 2018 devant le Ministère public, AE______, expert, a confirmé les conclusions de son rapport. Dans le cas particulier, en l'absence de traces sur les lieux de l'événement (pneumatique, semelles, sang), il avait dû se baser sur les différents témoignages, la position des lunettes et du sac à dos ainsi que sur les dommages du véhicule. Il était peu plausible qu'à la suite du premier choc, la voiture ait roulé sur le piéton en continuant sur sa lancée, dans la mesure où le piéton était tombé sur le côté gauche de la voiture. Il n'y avait eu qu'un seul passage de la voiture sur le piéton et, d'après son expérience, il n'y avait pas eu d'écrasement direct par les roues. Le piéton était passé entre les deux essieux. Il était assez rare de ne pas avoir d'impact sur le parebrise lorsqu'il y en avait sur le capot et le toit du véhicule, raison pour laquelle il s'était posé des questions sur la vitesse de l'impact. Il avait finalement conclu à une vitesse de collision de 50 à 60 km/h, dans la mesure où il fallait une certaine vitesse pour que le piéton soit projeté sur le toit, respectivement par-dessus le véhicule. Il était tout à fait possible que, sur la distance estimée, X______ n'ait pas appuyé à fond sur la pédale. Les déclarations de ce dernier, selon lesquelles il avait heurté la victime, freiné puis à nouveau accéléré en lui passant dessus, étaient autant compatibles avec les éléments constatés que la version selon laquelle il aurait fait un tour autour de l'îlot avant de passer sur le corps. mb) Le véhicule de marque Seat, modèle Leon Cupra 2.0 a été séquestré et a fait l'objet d'expertises. Aucune défectuosité n'a été constatée. Le capot et le pare-chocs sont déformés et la calandre est cassée. Des traces d'impact ont été relevées au centre du pavillon du toit, à la hauteur du pare-brise. D'autres enfoncements plus petits ont été remarqués sur le côté gauche et droit du toit. Une marque de frottement est également visible sur le côté gauche du toit, à la hauteur du montant arrière de la porte conducteur. L'activation du "launch control" nécessite deux manœuvres préalables, à savoir déconnecter l'anti-patinage et sélectionner un mode particulier. L'activation de ce mode

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désactive le système de détection de piéton. Selon les tests réalisés, sur la distance comprise entre le point de démarrage théorique d'X______ et l'endroit du heurt de D______, la vitesse maximale possible était comprise entre 57 et 63 km/h. Les éléments de l'enquête ne permettent pas de retenir que le "launch control" ait été activé lorsqu'X______ a démarré en direction de la victime. mc) Le profil ADN de D______ a été retrouvé sur les prélèvements effectués sur les traces rougeâtres relevés sous la Seat. Aucun profil ADN interprétable n'a été mis en évidence sur la trace glissée relevée sur le côté gauche du toit du véhicule, au-dessus du montant avant de la porte arrière. Les messages échangés le jour des faits n) Compte tenu de leur importance, les messages essentiels échangés par X______ sont mentionnés ici. na) Le jour des faits, X______ a été en contact avec G______ de la manière suivante : - Entre 01h26 et 01h27, le numéro de G______ a essayé d'appeler celui de X______ à trois reprises. - A 01h32, X______ a reçu le iMessage suivant depuis le numéro de téléphone de celle-ci : " Coucou c'est S______ tu ne me répond pas stp répond moi G______ ne vas pas du tout bien elle aurai besoin de toi et de te voir !!stp répond pas moi c'est urgent je mtkt pour elle ". - A 01h33, G______ a écrit à X______ sur Whatsapp : "X______ j'ai besoin de toi… sa va mal". - Dans la journée, G______ a appelé X______ pendant près de quinze minutes vers 10h00 et plus de cinq minutes vers 12h28. X______ l'a appelée également pendant cinq minutes à 19h38. - Dans l'après-midi, ils ont échangé quelques messages cordiaux, d

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