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Genève Cour de Justice (Cour pénale) Chambre pénale d'appel et de révision 28.08.2024 P/6899/2018

28. August 2024·Français·Genf·Cour de Justice (Cour pénale) Chambre pénale d'appel et de révision·PDF·16,764 Wörter·~1h 24min·1

Zusammenfassung

INFRACTIONS CONTRE L'INTÉGRITÉ SEXUELLE;PEINE PRIVATIVE DE LIBERTÉ;SURSIS PARTIEL À L'EXÉCUTION DE LA PEINE;INDEMNITÉ(EN GÉNÉRAL) | aCP.190; aCP.189; CP.40; CO.47; CO.49; CPP.433

Volltext

Siégeant : Monsieur Fabrice ROCH, président ; Madame Gaëlle VAN HOVE et Madame Delphine GONSETH, juges ; Madame Déborah MO- COSTABELLA, greffière-juriste délibérante

REPUBLIQUE E T

CANTON D E GENEVE POUVOIR JUDICIAIRE P/6899/2018 AARP/317/2024 COUR DE JUSTICE Chambre pénale d'appel et de révision Arrêt du 28 août 2024

Entre LE MINISTÈRE PUBLIC de la République et canton de Genève, route de Chancy 6B, case postale 3565, 1211 Genève 3, A______, partie plaignante, comparant par Me B______, avocate, appelants,

contre le jugement JTCO/59/2023 rendu le 24 mai 2023 par le Tribunal correctionnel, et C______, domicilié ______ [GE], comparant par Me D______, avocat, intimé.

- 2/72 - P/6899/2018 EN FAIT : A. Saisine de la Chambre pénale d'appel et de révision (CPAR) a.a. En temps utile, le Ministère public (MP) et A______ appellent du jugement JTCO/59/2023 du 24 mai 2023 par lequel le Tribunal correctionnel (TCO) a acquitté C______ de viol et de contrainte sexuelle. Les conclusions civiles et les prétentions en indemnisation de A______ ont été rejetées, tandis que C______ a été indemnisé pour les dépenses occasionnées par l'exercice de ses droits de procédure. Les frais de la procédure préliminaire et de première instance ont été laissés à la charge de l'État. a.b. Le MP entreprend intégralement ce jugement, concluant à la condamnation de C______ des chefs de viol et de contrainte sexuelle ainsi qu'à une peine privative de liberté de trois ans, assortie du sursis partiel, partie ferme 18 mois, frais à sa charge. a.c. A______ entreprend intégralement ce jugement, concluant à la condamnation de C______ des chefs de viol et de contrainte sexuelle, et à l'octroi d'une indemnité de CHF 50'000.- à titre de réparation du tort moral ainsi que d'une indemnité pour ses dépenses occasionnées par la procédure. b. Selon l'acte d'accusation du 1er décembre 2022, il est reproché à C______ ce qui suit :  Dans la nuit du 28 au 29 octobre 2008, dans la chambre 1______ de l'hôtel E______, sis no. ______ rue 2______ à Genève, C______ a poussé A______ sur le lit, puis s'est laissé tomber sur elle, il l'a embrassée de force en dépit de ses protestations, l'a déshabillée alors qu'elle se débattait et essayait de retenir ses habits, puis l'a traitée de "pute", "sale chienne" et "salope", provoquant chez sa victime un sentiment de peur intense et de paralysie. Il a alors introduit ses doigts dans son vagin et son anus tout en continuant à l'embrasser, alors qu'elle se débattait toujours. Il s'est ensuite mis à califourchon sur A______, l'immobilisant de la sorte, lui a tiré les cheveux, l'a giflée à plusieurs reprises, l'apostrophant par des phrases telles que "Et F______, il a une grosse bite ?", "Hein, il en a une grosse !", "Pis untel, il en a une grosse ?", puis, grâce à ces moyens de contrainte, l'a pénétrée vaginalement avec son pénis tout en continuant à lui asséner une gifle à chacun de ses coups de rein et à l'apostropher par des phrases telles que "Hein t'aimes ça ?" (chiffre 1.1.1.1). Alors que A______ était terrorisée par son comportement, il s'est mis une deuxième fois à califourchon sur elle et l'a immobilisée de la sorte. Il lui a asséné des gifles, lui a tiré les cheveux, l'a apostrophée, puis, grâce à ces

- 3/72 - P/6899/2018 moyens de contrainte, l'a pénétrée vaginalement avec son pénis, tout en continuant à lui asséner des gifles et à lui tirer les cheveux pendant l'acte (chiffre 1.1.1.2). Dans les mêmes circonstances et alors que A______ était terrorisée par son comportement, il s'est mis une troisième fois à califourchon sur elle et l'a immobilisée de la sorte. Il lui a asséné des gifles, lui a tiré les cheveux, l'a apostrophée, puis, grâce à ces moyens de contrainte, l'a pénétrée vaginalement avec son pénis, tout en continuant à lui asséner des gifles et à lui tirer les cheveux pendant l'acte (chiffre 1.1.1.3). Ces faits ont été qualifiés de viol commis à trois reprises au sens de l'art. 190 aCP (dans sa version antérieure au 1er juillet 2024).  Dans les mêmes circonstances et après les faits décrits supra, C______ s'est agenouillé sur le lit, puis prenant la tête de A______ par les mains, l'a amenée de force vers son sexe, la forçant ainsi à lui prodiguer une fellation, lui imposant des va-et-vient dans la gorge, l'étouffant de la sorte, jusqu'à éjaculation dans la bouche (chiffre 1.1.2). Ces faits ont été qualifiés de contrainte sexuelle au sens de l'art. 189 aCP (dans sa version antérieure au 1er juillet 2024). B. Faits résultant du dossier de première instance a. Dès le 25 septembre 2008, A______ et C______ ont échangé des messages sur Facebook, dont les extraits suivants :  Le 25 septembre 2008 (C______) : "[…] Bonjour A______ [prénom] Merci du message… j'essaie de me souvenir…je ne vois pas. En tous les cas, c'est très gentil… Prends bien soin de toi et que la Lumière t'aime Amitié C______ [prénom]"  Le 25 septembre 2008 (A______) : "Tu ne vois pas ? Normalement, je laisse un souvenir impérissable à mes interlocuteurs.. hi hi On s'est vu beaucoup plus récemment pour les premières dédicaces du livre "la vie du Prophète"  Le ______ septembre 2008 (A______) : "Me voici donc de retour du G______ [évènement]. Comme à ton (c'est toi qui a commencer à me tutoyer..) .. habitude tu as brillamment parlé […]. Tu m'as donné ta carte que je me suis empressée de perdre et je n'ai pas pensé une seconde à te donner la mienne. Il est facile de faire de l'esprit sur Facebook, néanmoins j'aimerais bien une fois te rencontrer et parler un peu avec toi […] Si un jour entre deux

- 4/72 - P/6899/2018 avions ou deux trains, tu prends le temps de m'en donner, je serais très contente […]"  Le 2 octobre 2008 (A______) : "Mais pardi… c'est frustrant… un mot d'encouragement et… hop ! plus de C______"  Le 6 octobre 2008 (A______) : "[…] Il me semble que tu as manqué le moment où je disais que oui, tu me manquais […]"  Le 16 octobre 2008 (A______) : "Bon d'accord.. ma conversation (mon monologue) n'est pas très enrichissant […] … quelle torture… Bon goût à propos de l'homme qui est en toi.. J'aurais pu tout de même plus mal choisir.. Bien sûr que ton rayonnement vient de loin cette "beauté" est le reflet de ton âme […] Et puis zut après tout.. mon cœur va où il veut.."  Le 22 octobre 2008 (A______) : ".. bon.. me reste plus qu'à aller voter rétrospectivement au H______ [journal].. rejoindre le troupeau de ces personnes qui fantasment sur le beau C______, mais pas trop près.. tout de même.."  Le 23 octobre 2008 (C______) : "Salam Je ne comprends pas bien ce message Que Dieu t'aime Salam"  Le 23 octobre 2008 (A______) : "Salam Je conçois facilement que tu ne comprennes pas bien ce message au départ sarcastique. Je l'ai commencé d'une part par une sorte de frustration (du fait que tu ne me parles pas beaucoup) et aussi un peu pour taquiner et en l'écrivant, je me suis rendue compte à quel point j'en veux à ces gens qui ont voté pour l'homme le plus sexy.. C'est tellement réducteur que ça me blesse"  Le 24 octobre 2008 (C______) : "Salam je suis là salam"  Le 24 octobre 2008 (A______) : "Tu es là… merveilleux… moi aussi je suis là.. la journée chargée d'hier s'est-elle bien passée ?"  Le 25 octobre 2008 (A______) : "bonjour C______.. Belle journée ? La conférence de mercredi à Genève est bien publique, n'est-ce pas ?"  Le 25 octobre 2008 (C______) : "Salam, Non elle n'est pas public. On peut trouver un moment pour un café si tu veux in sha Allah. Dis moi Salam"  Le 25 octobre 2008 (A______) : "J'ai bien fait de te demander car je l'ai annoncée sur ma page […] un homme que je connais de vue m'a interpellée

- 5/72 - P/6899/2018 […] il me sort que… tu ne prends pas tes repas avec ton épouse […] Tu sais que j'adorerais boire un café avec toi, même toi d'un côté et moi de l'autre.. Ton emploi du temps est plus précis que le mien.. dis-moi quand et où tu peux, je t'en prie Belle et lumineuse soirée Salam I______ [petit nom de A______]"  Le 25 octobre 2008 (C______) : "Salam, Ce pourrait etre mardi soir ou mercredi en fin d'apres midi. Dis moi"  Le 25 octobre 2008 (A______) : "Salam Ca me gêne de décider, mais mardi soir m'arrange mieux […] mon numéro de portable (0041 (0)3______ (insister) Belle et rebelle soirée à toi, C______ salam"  Le 27 octobre 2008 (A______) : "la limpidité de mes sentiments. Même dans les profondeurs de la nuit; j'y vois comme en plein jour.. Alors c'est quoi ce délire ? C'est le mien: j'en ai bien peur.. Tu as mon numéro de portable, et j'attends que tu m'appelles pour le café. Merveilleuse nuit, merveilleuse vie Que ton chemin soit lumière Salam". b. A______ et C______ ont également échangé des messages via MSN, non datés – les parties s'accordent à dire qu'ils dateraient du- ou seraient antérieurs au 9 octobre 2008 –, dont les extraits suivants :  (A______) : "Merci, merci vraiment"  (C______) : "de qoi ?"  (A______) : "d'exister"  (C______) : "pourquoi ?"  (A______) : "Ah… on me taquine, là.. pour la formidable énergie que tes propos nous donnent"  (C______) : "ok"  (A______) : "Pour la sincérité dans ton comportement, la sagesse, le courage, que ça apporte.. je continue ? oh bien sûr, il doit bien y avoir des zones d'ombres, mais cette obscurité ne rend que la lumière plus brillante"  (C______) : "ca veut dire ?"

- 6/72 - P/6899/2018  (A______) : "Là ce n'est plus de la taquinerie.. je n'ai rien à vendre.. c'est par pur plaisir.. ça veut dire…ça veut dire…que.. d'une certaine manière et pour toutes ces raisons citées avant.. que je t'aime.."  (C______) : "c'est vrai ?"  (C______) : "comme un frère ou comme un homme ?"  (A______) : "Nous sommes frères et sœurs.. comme un homme"  (C______) : "qu'est-ce que tu aimes? qu'est-ce que tu aimerais?"  (A______) : "J'aimerais avoir encore longtemps l'occasion de le dire et de rester dans cette état de grâce.. D'une manière plus générale, j'aimerais que tu te portes bien , ainsi que les tiens, et que l'humanité trouve le chemin de l'apaisement […] "Battons le fer quand il est chaud.. et toi qu'est ce que tu aimerais ?"  (C______" : "coquine"  (A______) : "c'est pas une réponse ça.. voyou"  (C______) : "et pourtant…"  (A______) : "Je vous soupçonne d'être l'auteur d'un double-discours Monsieur C______ [prénom]…ou plutôt d'un "non-discours […] ce qui toutefois ne calme en rien ma tempête intérieur dont le bruit est si assourdissant que mes oreilles peinent à entendre, peut-être"  (C______) : "Tempête intérieure me concernant ?"  (A______) : "Oui et concernant aussi l'onde de choc provoquée par tes écrits, tes paroles.."  (C______) : "je te manque?"  (A______) : "Je suis nostalgique des beaux moments à venir". c. Le 28 octobre 2008, A______ et C______ se sont rencontrés dans la soirée, à l'hôtel E______ sis rue 2______ no. ______ à Genève. Ils y ont passé la nuit.

- 7/72 - P/6899/2018 d. Le 29 octobre 2008, A______ a écrit à C______ :  À 08h19 : "donne-moi un mai qquch à quoi me raccrocher… je suis entrain de paniquer.. et je rêve de t'embrasser.. et je rêve que tu aies confiance en moi"  À 08h51 : "tu es un homme merveilleux.. que j'aimerais pouvoir apaiser.. j'en reviens pas encore que tu aies (avec l'aide de quelques personnes) pu penser que je pourrais avoir des intentions cachées.. C'est une brèche ouverte chez toi, et certains sont assez malins pour t'y engouffrer sans en avoir l'air et effectuer leur travail de sape. Si ces personnes ont senti une chose pour réagir, c'est bien mon raz-de-marée intérieur et… rien d'autre. On sait tous que tu es en danger et ne serait-ce que mentionner mon nom.. c'est une manière de noyer le poisson.. pendant que les mauvais s'organisent.. Belle énergie pour ton texte, belle énergie pour ta journée, belle énergie pour ta vie Je veux bien jouer à tous les jeux avec toi, sauf à celui de la trahison.. Si tu n'as pas encore "réfléchi", souviens-toi que tu es suffisamment conditionné pour t'être trompé et laisse-nous une occasion de me regarder avec des yeux neufs.. J'ai besoin plus que jamais de toi Salam I______"  À 09h28 : "Salam C______ [prénom], peux-tu me dire les prières qu'il faut dire pour celui qui justement dirigeait la prière et nous bénissait tous du nouveau-né aux anciens… Oh mon Dieux comme il me manque". e.a. Le 29 octobre 2008, J______ et A______, qui sont amies, se sont parlé au téléphone. J______ a déclaré, à la police, que le lendemain de la rencontre de A______ et C______ à l'hôtel, celle-ci avait rapporté avoir passé une nuit de violence terrible. A______, qui avait la voix cassée, avait parlé de coups. Elle n'avait pas prononcé le mot "viol". Cela l'avait énervée, quant à elle, que A______ n'arrive pas à prononcer ce mot. Cette dernière respectait et admirait C______. Elle lui prêtait une aura de saint, sans aucune connotation de séduction. e.b. J______ a confirmé ses déclarations au Ministère public. Le lendemain de la nuit des faits, au téléphone, A______, d'une voix cassée et démolie – elle ne reconnaissait pas sa voix, ça l'avait marquée –, avait parlé d'une nuit d'horreur et de violence, pensant ne pas pouvoir s'en sortir et s'échapper. Elle ne se souvenait pas si A______ avait dit avoir été violée, ni si celle-ci avait décrit le ou les viols. Elle n'avait pas prononcé le mot "viol" – c'était un mot difficile

- 8/72 - P/6899/2018 à dire – et cela l'avait énervée, mais tout laissait croire qu'il y avait eu de la violence sexuelle. À la lecture des messages échangés entre A______ et C______, J______ s'est dite surprise. Elle ne connaissait pas cette facette de A______. f.a. Le 29 octobre 2008, K______ et A______, qui sont amies, se sont rencontrées. K______ a déclaré, à la police, que A______ était musulmane. Elle cherchait à connaître les idées de C______. Elle disait de lui qu'il était un humaniste. Elle voulait connaître sa pensée et accéder à sa philosophie de vie – cela faisait écho à ce qu'elle vivait. Elle n'était pas du tout dans la séduction envers lui. Jamais elle n'avait dit qu'il lui plaisait en tant qu'homme. Elle était plus attirée par son côté spirituel et cherchait en lui un guide. Le lendemain des faits, A______ avait expliqué s'être rendue dans un hall d'hôtel pour boire un verre avec C______ et discuter. Elle avait l'amour du débat et des idées politiques. Elle voulait approcher le "maître spirituel" et demander conseil. Elle avait rapporté que C______ était sur le qui-vive et la soupçonnait d'appartenir aux services de renseignements, avant de prétexter quelque chose pour aller discuter dans sa chambre – il voulait repasser un "machin". A______ n'avait pas dit beaucoup de choses sur ce qu'il s'était passé mais ça avait complètement dégénéré. C______ s'était transformé en une sorte de fauve et jeté sur sa proie. Un détail l'avait marquée : A______ avait eu très peur car il lui avait mis le sexe dans la bouche "extrêmement loin". Or celle-ci détestait qu'on lui touche la tête – c'était épidermique. Il lui avait tenu la tête et donné des coups ; il lui avait donné des baffes et empoigné les cheveux de manière à ce que la tête de celle-ci soit "sous contrôle". A______ avait eu une impression de suffocation et perdu connaissance pendant cette fellation. Elle avait également rapporté avoir ses règles, qu'il y en avait partout et qu'il lui avait reproché une tache sur le lit. Concentrée sur les coups portés à sa tête, elle avait été comme saisie, pétrifiée. Quand bien même cela avait été extrêmement long, elle n'avait pas trouvé de brèche pour s'échapper. Il lui disait de "s'occuper de son homme", la "reprenait", se mettait à califourchon sur elle. Elle avait la sensation que ça "patinait" à cause du sang. Elle avait tenté de se saisir de son téléphone. En vain. De ce qu'elle avait compris, il l'avait pénétrée dans tous les orifices. Elle était comme "coupée en deux" et avait "mis à distance d'elle-même" toute la partie basse de son corps, en se focalisant sur sa tête. Elle avait eu tellement mal – c'était incessant. Elle avait senti A______ très perturbée et lui avait conseillé d'aller voir un psychiatre. Celle-ci avait donc contacté le Dr. L______ puis, celui-ci étant en vacances, un confrère.

- 9/72 - P/6899/2018 f.b. Au Ministère public, K______ a confirmé ses déclarations. A______ était agitée, fébrile, en boucle. Elle parlait de sa tête, de la sensation de ne pas pouvoir respirer, de ne pas savoir "ce qu'il se passait par là-bas", c'est-à-dire dans la zone intime, et si c'était "derrière ou devant". A______ ne s'était jamais confiée sur des choses d'ordre sexuel jusque-là ; il y avait donc un climat de gêne. L'impression que celle-ci avait donnée en ce lendemain des faits, c'était qu'elle n'avait pas compris qu'elle avait été violée. Elle n'avait pas prononcé le mot "viol". En revanche, elle avait exprimé des faits de violence. Pour sa part, elle avait compris que ça ne s'apparentait pas à un rapport normal. C______ s'était comporté comme un "fauve" – c'était ses mots. Tourmentée, dépassée, A______ essayait de comprendre ; elle parlait beaucoup et tentait de résoudre quelque chose sans y parvenir. A______ n'avait pas évoqué de résistance, ni dit qu'elle s'était débattue ou avait dit non, ou encore que C______ avait poursuivi nonobstant son refus. Elle ne lui avait pas montré de lésion au visage ou sur le corps. K______ a précisé qu'elle était au courant des messages que A______ et C______ avaient échangés avant les faits. De ce que A______ lui avait rapporté, ceux-ci avaient une dimension transcendante. Sa rencontre avec lui avait débuté par une histoire de dédicace en public. Elle lui avait fait lire la thèse de son père et attendait un commentaire. Il y avait donc des échanges intellectuels, cela ne relevait pas du registre de la séduction. A______ n'avait pas évoqué de sentiments. g.a. Le 29 octobre 2008 – ou dans les jours suivants – M______ et A______, qui sont amies, se sont rencontrées. M______ a déclaré, à la police, avoir été l'administratrice de la galerie N______ à O______ [VD] et travaillé durant douze ans avec A______. Cette dernière, dont l'exmari venait d'une famille sénégalaise musulmane, religieusement influente, s'enthousiasmait pour les idées en général, en particulier pour l'Islam. Le lendemain des faits – ou dans les jours suivants – elles s'étaient retrouvées à la galerie. Selon le récit de A______, C______ l'avait fait monter dans sa chambre de manière subtile. Celle-ci ne voulait pourtant que boire un café et discuter, au bar ou dans le hall. Il devait s'agir d'un entretien, d'un échange d'idées. Pour sa part, elle ne sentait pas du tout A______ dans un "plan" drague ou séduction. Et finalement il l'avait "massacrée". Après avoir fermé la porte à clef, C______ était devenu méchant. Il s'était couché sur elle – il était très lourd – et l'avait violée, en la frappant au visage. À un moment donné, il lui avait dit : "et maintenant qu'est-ce que tu fais à ton homme ?". Elle avait plusieurs fois essayé de sortir de la chambre, sans succès : il la rattrapait et ne la laissait pas partir. Cela avait duré des heures et des heures, jusqu'au petit matin. A______ avait parlé de plusieurs épisodes, de plusieurs actes sexuels. Elle avait

- 10/72 - P/6899/2018 précisé qu'il avait une cicatrice à l'aine et pétait beaucoup. Il la soupçonnait d'être envoyée par les "RG" du gouvernement français et lui avait demandé plusieurs fois si c'était le cas. Elle avait finalement pu quitter la chambre et rentrer à temps pour réveiller ses enfants et les emmener à l'école. A______ avait rapporté cet événement avec pas mal de détails, mais, pour sa part, à l'heure actuelle, elle ne s'en souvenait que dans les grandes lignes, soit ce qui précédait et la violence à répétition. A______ avait également mentionné avoir ses règles et s'était donc dit choquée qu'il l'ait "baisée" durant cette période. Elle ne comprenait pas et voulait en parler à l'Imam. Pour sa part, elle l'en avait dissuadée et l'avait orientée vers un psychologue. Cet événement avait rendu A______ comme folle, ahurie. Quelque chose avait fondamentalement changé en elle suite à ces faits. Elle ne se maîtrisait plus et en parlait tout le temps, ne parvenant plus à le contenir en elle. Elle avait contacté une journaliste proche de C______, P______, qui lui avait conseillé de laisser tomber. Elle s'était en outre rendue chez un psychologue, le Dr. Q______. g.b. M______ a confirmé ses déclarations au Ministère public. A______ lui avait parlé du rendez-vous qu'elle allait avoir avec C______ ce soir-là : elle allait voir le philosophe pour un échange d'idées. Il y avait l'émotion de rencontrer le grand homme, de boire un café. Or elle avait été prise au piège. Son agresseur avait changé de visage et l'avait frappée et violée plusieurs fois. À la réflexion, elle ne maintenait pas que A______ ait utilisé le mot "viol". Mais c'était tellement clair. Peut-être n'était-ce pas le lendemain des faits que A______ lui avait parlé de la cicatrice à l'aine de C______. Pour sa part, elle n'avait pas constaté de plaie ou de lésion sur le visage de celle-ci. A______ avait contacté C______ pour lui demander ce qu'il s'était passé. Elle avait besoin d'une réponse. Pour sa part, elle avait conseillé à celle-ci d'aller à la police. A______ y avait réfléchi. Mais cela lui paraissait impossible, à cause de la célébrité de C______ ; cela lui paraissait en outre inimaginable qu'il ait pu faire cela. A______ n'était plus la même personne. On ne la reconnaissait plus. D'ordinaire très pudique, saine, elle était devenue impudique. A______ lui avait parlé des messages précédant sa rencontre avec C______, qui portaient sur la thèse de son père, sur son beau-père africain, etc. Elle n'avait pas dit être dans la séduction – c'était de l'admiration. À la lecture de ces messages, elle apprenait les sentiments de A______ – elles les suspectait un peu.

- 11/72 - P/6899/2018 h. Le 31 octobre 2008, A______ a écrit à C______ : "Salam Bonsoir C______ [prénom]. Le bon sens voudrait que je n'envoie pas de messages mais le bon sens n'a qu'à bien se tenir.. J'espère que tu te portes bien, ainsi que les tiens et les autres. Ai visionné le débat chez R______ [journaliste].. pourquoi étiez-vous debout ? ils n'ont pas de chaises, là-bas ? Sinon, fidèle à toi-même.. concis.. précis merveilleux de sincérité.. j'en sors chaque fois toute retournée.. Vas savoir pourquoi pleins de gens me posent des questions sur toi.. suis-je marquée au fer blanc ? Quand je ne pense pas à C______ [prénom-nom], je pense à C______ [nomprénom] ce qui dans les deux cas me va plutôt bien. Tu as un poids énorme sur tes solides épaules; que Allah tu vienne en aide. Puisses-tu continuer à être transporté par ta foi et que la lumière t'accompagne Salam". Le 3 novembre 2008, A______ a écrit à C______ : "Salam C______ Je pense que ça me ferait du bien d'avoir des salutations ou deux-trois mots de ta part. Je me sens bien seule avec en face deux ou trois contradictions de taille, tout de même… J'espère que le rythme des conférences-débats en tout genre va se calmer et te permettre de te ressourcer et te détendre. Puisses-tu apaiser encore et encore Etincelante journée Salam I______". i.a. Le 3 novembre 2008, P______ et A______ se sont rencontrées. P______ a déclaré, à la police, connaître C______ depuis plusieurs années. Elle avait dressé son portrait dans l'émission S______. Elle n'avait jamais entretenu de relation intime avec lui. À la réflexion, elle avait eu un "plan cul" avec celui-ci. Une femme [A______] avait souhaité la rencontrer pour lui raconter quelque chose au sujet de C______. Elles s'étaient donc vues. Elle avait des souvenirs par "flashs" de leur conversation : il était question d'un fer et d'une planche à repasser, de menstruations et du fait que C______ était musulman – comment pouvait-il donc supporter d'avoir une relation sexuelle dans ces circonstances ? Pour sa part, elle l'avait écoutée – ça s'était arrêté là. Elle avait compris que quelque chose s'était mal passé, quelque chose de sexuel, sans comprendre qu'il y aurait eu une agression sexuelle – jamais cette femme n'avait parlé de viol. Elle avait dû dire à A______ de recourir à la justice, pour se faire aider. Il était probable qu'elle ait, quant à elle, contacté C______ pour lui faire part, d'abord, de sa rencontre à venir avec A______, puis de l'inconfort de ce qu'elle venait d'entendre. Celui-ci s'était fâché. Il avait dit que c'était l'œuvre d'une groupie ou d'une folle. i.b. P______ n'a confirmé que partiellement ses déclarations au Ministère public. Elle entretenait des relations sexuelles avec C______, tant avant qu'après avoir parlé

- 12/72 - P/6899/2018 à A______. Sa relation avec lui avait duré jusqu'à ce que "les affaires [sortent] dans la presse". A______, qui lui avait dit à quel point elle était admirative de C______, ne s'était pas montrée précise sur ce qu'il s'était passé. Celle-ci avait essayé de dire qu'elle avait eu une relation sexuelle avec lui – elle avait parlé d'un "événement indélicat". Pour sa part, elle n'avait pas associé cela à un viol. A______ n'avait pas utilisé le terme "violée" ou "frappée". Elle avait dit à celle-ci de se rendre à la police si elle estimait avoir été malmenée ou s'il y avait eu une atteinte à sa personne. j.a. Le 5 novembre 2008, le Dr. Q______, docteur en psychiatrie, a reçu A______ à son cabinet. Les notes que le Dr. Q______ a prises à cette occasion ("Résumé du premier entretien") relèvent : "5.11.2008. Patiente de 42 ans, qui prend contact en semi urgence […] La patiente évoque son histoire récente concernant C______, qu'elle connaît de longue date (mais de manière pas très proche) puisqu'il a été enseignant dans la classe de ______. Récemment, elle est entrée en contact avec lui au travers d'internet, et lui a montré une certaine admiration qu'elle a pour le personnage, ce qui l'a manifestement flatté, et aussi un peu inquiété, puisqu'il lui a dit qu'elle l'observait. Elle a voulu en parler avec lui, ils se sont retrouvés dans un hôtel […] et il a abusé d'elle (mais avec son consentement ébahi). Elle s'est retrouvée en fin de course complètement paumée, de retour chez elle, sans bien réaliser ce qui s'était passé. Lors de l'entretien, la patiente se montre plutôt loquace, tend à se perdre un peu dans les détails, apparemment pour mettre des jalons dans cette histoire. En particulier, elle insiste sur son arrière-plan personnel musulman et islamiste, puisque son ex-mari était musulman, et africain, donc avec une religion "cool" et tolérante qui plaisait finalement bien à la patiente. Elle évoque aussi une relation sexuelle, décrite avec une certaine distance, comme si elle n'avait pas été concernée directement et qu'elle n'avait été que spectatrice, très certainement une manière de se protéger… Dg : Etat de stress après un rapport sexuel subi sans consentement / viol. Attitude : Poursuite de l'investigation". j.b. Le Dr. Q______ a déclaré, à la police, que A______ avait évoqué sa rencontre à l'hôtel avec C______, où ils avaient eu des relations sexuelles, une pénétration vaginale d'après ce qu'il avait compris. A______ n'avait pas parlé de viol. Mais pour lui il était évident qu'on parlait d'une agression sexuelle. Dans son souvenir [à lui], la relation sexuelle n'avait pas résulté d'un acte de violence, bien qu'elle fût violente sur le plan psychologique. Selon lui, A______ n'avait pas su s'y soustraire, aussi bien verbalement que physiquement. C'était l'emprise que C______ avait sur elle qui l'en avait empêchée. Elle n'était pas allée voir cet homme pour coucher avec lui – cela s'était fait malgré elle.

- 13/72 - P/6899/2018 A______ était venue le consulter car elle ne savait pas ce qu'il s'était passé. Elle n'arrivait pas à qualifier la relation qu'elle avait eue avec cet homme et, surtout, ne savait pas ce qu'elle devait en faire. Elle n'avait pas su s'opposer, se soustraire à son assaillant, comme si elle avait été sidérée – d'où son annotation de "consentement ébahi". L'"état de stress" faisait référence à son état fébrile. Il pensait qu'il s'agissait bien d'un abus sexuel, voire d'un viol. j.c. Au Ministère public, le Dr. Q______ a confirmé le contenu de ses notes. A______ l'avait consulté car elle avait été contrainte sexuellement quelques jours plus tôt. Elle était affolée. Elle avait clairement formulé qu'il y avait eu une chose à laquelle elle n'avait pas consenti. Il n'avait pas le souvenir qu'elle ait décrit des actes de violence. Son récit était cohérent. Il avait relevé un état d'agitation, un discours précipité, un besoin de se décharger. Elle avait décrit la scène de manière détachée, ce qu'il avait interprété comme une manière de se défendre contre le stress que cela représentait. A______ souffrait. S'agissant du "consentement ébahi", il y avait eu chez elle une incapacité de dire. Il n'y avait pas eu de résistance importante, à sa connaissance. Il y avait eu un consentement de fait, en quelque sorte un consentement impuissant. Il y avait eu de la violence psychologique – la patiente avait vécu cela comme une violence. Elle n'avait pas mentionné de violence physique. Elle n'avait pas de marque au visage – il l'aurait vu. Elle avait évoqué le fait qu'il fonctionnait comme une machine, une "sexe machine", qu'il était puissant et répétitif. A______ n'avait pas fait l'état des lieux de ce qu'il s'était passé. Il n'avait donc pas recensé le détail des actes sexuels dans ses notes. Elle n'avait pas décrit d'acte précis. Il n'aurait pas dû parler de "pénétration vaginale" à la police car ses notes n'en faisaient pas état. Mais il y avait des éléments globaux qui parlaient d'une pénétration. Si on parlait de "sexe machine", on parlait inévitablement de pénétration. La pénétration ressortait clairement de ce que la patiente lui avait dit. Il n'avait pas rédigé ses notes en pensant qu'elles seraient soumises à un Tribunal dix ans plus tard. L'aspect physique de la pénétration était certes important. Mais ce qui le concernait le plus, en tant que psychiatre, c'était la violence morale que la patiente avait subie et son incapacité d'y faire face. Il avait été consulté par une personne qui souffrait de ce qu'il s'était passé. Il persistait donc dans la "contrainte morale" – il s'agissait du vécu de la patiente. Le Dr. Q______ a précisé n'avoir pas eu connaissance des messages envoyés par A______ à C______. Si séduction il y avait eu, elle s'était très mal passée : on avait une situation de contrainte sexuelle.

- 14/72 - P/6899/2018 k. Le 5 novembre 2008, C______ a écrit à A______ : "Salam J espère que ca va malgre la mort de ton beau père. Pais=x a son ame. Salam et courage". Le 9 novembre 2008, A______ a écrit à C______ : "BB______, mon beau-père […] Il est mort quand j'étais à tes côtés et j'ai tout un film qui a défilé dans mes yeux.. des versets qui résonnaient mêlés à d'autres paroles.. ta voix.. la peine.. la honte.. et c'est peut-être avec raison que tu as dit de moi que j'étais folle.. Pas loin de l'être, en tous cas. N'as-tu pas senti la détresse ? T'ai souvent dit à quel point je sens l'onde de choc et la puissance de tes écrits et de tes paroles.. et sais-tu à quel point c'est magnifique d'entendre quelqu'un traduire et formuler tes plus secrètes pensées que, pour une raison ou pour une autre, tu n'as pas su dire ? Dur dur ce soir de m'exprimer.. mais c'est en te parlant que je me tais le mieux Puisse la lumière nous accompagner Sincèrement tienne Salam I______". Le 10 novembre 2008, C______ a écrit à A______ : "Salam, Merci de ce message. Le déséquilibre, la souffrance, les doutes : je les ai sentis. Comme le jeu aussi… Tes appels aux journalistes, ta présentation des faits… tes insistances m'ont confirmé dans mes doutes. Quand aux appels s'est ajouté le mensonge. Je ne peux faire confiance à ce comportement. Je n'ai pas même envie d'être en contact avec cette attitude. Ce n'est pas normal ni naturel. C'est "fou" peut-être". Le 10 novembre 2008, A______ a répondu à C______ : "Salam Merci à toi de me répondre. Je ne suis pas sûre qu'on parle vraiment des mêmes choses.. Je n'ai pas appelé de journaliste. Je n'ai parlé qu'à P______ [prénom] qui m'a proposé de boire un café… et ce n'est pas à la journaliste à qui j'ai parlé.. Je suis la "folle" dont tu lui as demandé si elle avait parlé avec […] mes oreilles ont dû siffler.. Je me suis retrouvée désemparée, blessée par tes doutes.. J'ai demandé à contacter un imam.. avant de me raviser.. craignant les conséquences.. Aucun jeu Oui oui, c'est détestable.. mais ce n'est pas moi, tout ça ! Depuis que tu m'as répondu, ça va mieux.. j'ai encore beaucoup de choses qui sont restées coincées.. Reste au moins le "faux-ami" de Facebook… celui à qui on peut envoyer un message mais qui ne se dévoile pas… et moi je parviendrai à garder l'intime là d'où il n'aurait jamais dû sortir.. Les doutes, les souffrances s'accordent mal avec le calcul et la malveillance. J'ose même plus l'écrire.. Puisse la lumière nous éclairer Salam I______". Le 10 novembre 2008, C______ a répondu : "Tu vois… tu continues… C'est toi qui lui a proposé de boir une café…m'a-t-elle dit… Et tu lui as menti Ca suffit Salam". Le 10 novembre 2008, A______ a répondu : "[…] et je lui ai menti ? On pourrait organiser un duel.. Sérieusement.. et si tu essayais, un instant de me faire confiance ? As-tu essayé ? […] P______ et moi avons parlé près de deux heures […] et moi je suis "la folle" menteuse, calculatrice, joueuse.. c'est si simple.. Je vais lire

- 15/72 - P/6899/2018 un peu; ça va me calmer Passe une très belle journée, précieux C______ [prénom] Salam I______". l.a. Le 10 novembre 2008, le Dr. Q______ a reçu A______, pour la deuxième fois, à son cabinet. Ses notes, prises à cette occasion, relèvent : "10.11.2008. Elle semble un peu plus calme. Elle a recontacté C______, qui en même temps, essaie de la rassurer, et en même temps continue d'insinuer qu'elle l'espionne. Je propose à la patiente d'être plus claire avec lui, de dire précisément qu'elle ne veut pas continuer et qu'elle ne veut pas l'embêter non plus. Elle met manifestement ce personnage sur un piédestal, au même titre que son père ou son beau-père, décédé justement dans la nuit où elle était avec C______ [initiales] […]". l.b. Le Dr. Q______ a déclaré à ce propos que le fait de mettre C______ sur un piédestal et de le voir comme son père ou son beau-père avait eu pour conséquence que A______ n'avait pas pu se soustraire – c'était d'une certaine manière inévitable. Elle n'avait pas osé dire non. Une question était importante et était revenue deux à trois fois dans les propos de celle-ci : C______ était inquiet car il se sentait surveillé et pensait qu'elle l'espionnait. Il avait donc conseillé à la patiente de tenter de rassurer C______ ; il lui avait dit que c'était une bonne idée de le rassurer à ce sujet. m. Le 11 novembre 2008, A______ a écrit à C______ : "A force de se faire traiter d'étranger ; on finit par le devenir.. A force d'être pris pour quelqu'un de malhonnête, on le devient.. Tu es un homme merveilleux qui mérite et peut engendrer un amour totalement pur et désintéressé. Je suis une grande bavarde, excessive, enthousiaste et un peu terre-à-terre, mais j'ai beau creuser (la terre), je n'ai pas le souvenir d'avoir eu un autre désir que celui de te connaître. Ai de la peine à croire que j'aie pu t'inspirer sincèrement des doutes.. tu pouvais être touché ou ne pas l'être, mais douter.. Tes doutes engendrent les miens et.. à force de vouloir prévenir une hypothétique tempête, on prend le risque de provoquer un fort vent. Drôle de tournure.. Laisse une porte ouverte, tout n'a pas été dit Je t'aime beaucoup Je souhaite que chaque jour qui passe t'apporte du bonheur et de l'enseignement pour t'élever et t'élever encore. Puisse la lumière nous éclairer Salam". Le 13 novembre 2008, A______ a écrit à C______ : "Salam C______ Dis-moi comment tu vas J'ai la nostalgie.. je trouve que c'est pas juste.. Que la paix soit avec toi". n.a. Le 17 novembre 2008, le Dr. Q______ a reçu A______ pour la troisième et dernière fois à son cabinet. Ses notes relèvent : "17.11.2008. Elle semble avoir repris du poil de la bête. Elle a encore écrit une ou deux fois à C______, et veut maintenant essayer de le rencontrer pour lui dire ce qu'elle pense de tout cela. J'essaye de noter

- 16/72 - P/6899/2018 sa participation à tout cela, elle le reconnaît, mais retrouve assez vite un sentiment de colère contre C______… Je constate donc que dans ces conditions, la balle est dans son camp pour essayer d'agir, et que l'aide psychologique que je peux apporter n'est plus au premier plan. Je ne fixe donc pas de nouveau rendez-vous, mais reste à sa disposition si elle le souhaite". n.b. Le Dr. Q______ a déclaré à ce sujet que A______ n'allait pas suffisamment mal pour qu'il lui propose des médicaments ou une hospitalisation. Ils s'étaient quittés car elle n'était plus demandeuse. Il pensait qu'elle dénoncerait assez vite les faits à la police. Dix ans après les faits, il ne restait plus grand-chose dans ses souvenirs en lien avec les trois consultations des 5, 10 et 17 novembre 2008. Tout ce qu'il pouvait dire figurait dans ses notes. o. S'ensuit l'échange de messages suivant entre les parties (résumé) :  Le 19 novembre 2008, C______ : "Il fallait t'en tenir à la vérité. Je ne demandais rien et je t'en veux énormément de ce que tu as détruit"  Le 19 novembre 2008, A______ : "C'est fou comme ça m'apaise de te lire, de t'entendre. De quelle vérité parles-tu ? A-t-on la même ? Sans jouer avec les mots, je n'ai pas menti […] Pardon pardon C______ [prénom] si j'ai détruit quelque chose. Un jour je te dirai ce que ça m'a fait à moi. Sincèrement tienne, pourtant Que la Paix soit avec toi I______"  Le 19 novembre 2008, A______ : "Qu'ai-je détruit C______ ?"  Le 19 novembre 2008, C______ : "Tellement de choses… une relation de confiance… et moi Salam"  Le 19 novembre 2008, A______ : "Mon Dieu… Quel désastre.. Pardon pardon je t'aime"  Le 19 novembre 2008, A______ : "J'avais soigneusement évité d'assister aux élucubrations sur les blogs concernant C______, et l'autre jour, mon œil s'y est attardé ; c'est trop déprimant […] Tu dis m'en vouloir très très très (3x) profondément. Voilà une chose que je partage avec toi, moi aussi je t'en veux très très très profondément. A la différence près que je t'aime très très très très très très très (7x) beaucoup […] Suis passée d'amoureuse épanouie et qui-ne dérange-personne à une amoureuse tourmentée et rongée de remords. Il est vrai que je n'ai pas assumé ce qui s'est passé et si je peux admettre que j'avais un des premiers rôles dans la pièce ; toi seul connaissait la mise en

- 17/72 - P/6899/2018 scène. Suis venue à toi avec ma sincérité pour tout bagage et tu m'en as délesté d'entrée. Ces doutes, cette histoire de surveillance, de jeu… S'il y a un jeu c'est bien celui du massacre ; dès lors il suffisait que je lève la main droite pour me faire reprocher de ne pas avoir levé la gauche. Tu as dû en croiser des hystériques, des furies en tout genre ; je trouve que je me tenais plutôt bien.. et ça me convenait […]. Aujourd'hui je réalise combien une amoureuse que tu maltraites peut être plus fatale qu'une armada de joueuses en tout genre. Pardonne-moi si je t'ai fait du mal… pardonne-moi On s'est pas bien copris et tout n'a pas été dit. C'est pourquoi Laisse-moi te parler, car c'est en te parlant que je me tais le mieux. Prenons le temps de prendre un café… Un vrai..un chaud et bien sucré et moi je te raconterai l'histoire de cette femme devenue folle de n'avoir pas su t'apaiser"  Le 19 novembre 2008, C______ : "Je crois que tu n'as pas bien compris. Sous tes apparences de douce et de "l'air de rien"…tu mens et tu joues beaucoup. Tu savais très bien ce que tu faisais avec P______. Et très bien aussi en allant visiter "par hasard" ces sites…que tu as alimenté un peu sans doute. Je n'ai rien à dire. Pardon pour le mal que s pu faire. Je te pardonne les immenses dégâts causés. Que Dieu te garde…mais loin de moi désormais Salam"  Le 19 novembre 2008, A______ : "Que Dieu me garde d'avoir écrit un mot sur ces sites ! Tu me fais remonter l'angoisse d'un coup […] Et si les dégâts étaient "collatéraux" ?" […] je suis encore en état de choc suite aux horreurs vues sur les blogs te concernant […] Rien, absolument rien de palpable m'a orienté vers P______, je te cherchais et à défaut, me suis dirigée vers une oreille amie […] T'a-t-elle dit à quel point elle a senti que je t'aimais ? T'a-t-elle dit comme elle pensait clairement que tu m'avais manipulée […] je ne trouverai pas la paix tant que l'homme que j'aime me prêtera de si affreuses intentions […]"  Le 19 novembre 2008, C______ : "Salam Rien à dire. Rien à entendre. Tu es en état de choc? Soit… Restons-en là ! Salam"  Le 29 novembre 2008, A______ : "Salam Merci de me répondre Tu n'as rien à me dire ? soit.. moi j'ai à te dire.. et chaque jour qui passe un peu plus. Tu m'observes, dis-tu ? Les contrevérités et les bavardages, je les laisse aux nombreuses femmes qui semblent avoir eu des différents avec toi, peut-être lasses à force de n'avoir pu communiquer.. Y a de quoi être humiliée de n'être réduite qu'à une menteuse, joueuse, folle… mais ce n'est pas même de ça que je veux parler. je ne suis pas des personnes qui se sente flouée par toi et j'apprends à aimer ton côté plus sombre que tout homme porte en lui. Nous nous sommes bizarrement engagés dans un rapport de force, mais ce n'est

- 18/72 - P/6899/2018 qu'une minuscule partie de nous-même qui parle, là. Et puisque tu m'observes, je continue à attendre que tu te montres honnête avec moi. X ou Y ne retiendront qu'une chose de tout ça; c'est que je t'aime. Que la paix et la lumière soient avec toi"  Le 29 novembre 2008, C______ : "Quand on aime, on ne ment pas et on ne bavarde pas. Etonnant de te retrouver toi… par hasard… sur ces sites avec des services de renseignements et des journalistes"  Le 29 novembre 2008, A______ : "Salam Dès les premières minutes tu m'as habillé d'histoires de surveillance, de jeu, de mensonges et tu étais dans le tort. Tu persistes et signes, alors que je n'ai jamais jamais écrit un seul mot sur ces sites ". p.a. Le 2 décembre 2008, A______ a consulté le Dr. L______, psychiatre. Le Dr. L______ a déclaré, à la police, que l'agression sexuelle subie par sa patiente dans la nuit du 28 au 29 octobre 2008 avait fait l'objet de séances de psychothérapie ambulatoires du 2 décembre 2008 au 13 août 2009. Le rendez-vous du 2 décembre 2008 avait été un rendez-vous d'urgence. A______ avait décrit la nuit passée avec C______ en ces termes : "ce fut la baston, horrible !". Elle avait décrit une emprise perverse et violente qui l'avait pétrifiée et privée de ses moyens de défense. Celle-ci avait expliqué avoir vécu une situation de couple difficile avec le prénommé BC______, qui, de confession musulmane, se montrait violent avec elle. Elle éprouvait donc un grand besoin de parler à un intellectuel musulman pour pouvoir être guidée dans la résolution de ses problèmes et pour la conseiller dans sa vie de couple, en lien avec l'Islam. À l'hôtel, de ce que lui avait rapporté A______, C______ l'avait poussée sur le lit. Il s'était mis à califourchon sur elle et l'avait forcée à l'embrasser en lui mordant la bouche. Elle avait résisté. Il avait alors insinué, puisqu'elle n'embrassait pas, qu'elle était soit une "pute" soit des services généraux français. Perplexe, puisqu'elle n'était ni l'une ni l'autre, elle n'avait su que répondre. Il l'avait giflée, puis, recommençant son questionnement, giflée à nouveau. Elle s'était retrouvée en culotte – elle ne savait pas comment. Lui était nu. Sur elle, il l'avait tripotée. Ayant ses règles et étant "impure" aux yeux de l'Islam, elle avait espéré qu'il la laisse tranquille. Au lieu de cela, il lui avait mis un doigt dans l'anus. Ces éléments étaient arrivés par bribes dans le récit de A______, vu l'état de dissociation péri-traumatique de la patiente. Ce qu'elle avait pu dire assez rapidement toutefois, c'était qu'il lui avait imposé une fellation profonde et qu'elle s'était senti étouffer. Là, elle avait perdu brièvement connaissance. Lorsqu'elle était revenue à

- 19/72 - P/6899/2018 elle, il s'était montré bienveillant – c'était le seul moment où elle l'avait vu bienveillant. C'était à peu près tout ce dont A______ avait fait part, sinon qu'elle elle avait encore eu peur de mourir lorsqu'elle s'était senti étouffer. À l'évocation de ces violences, A______ était dans un état de stress aigu, avec des réviviscences. Elle se trouvait partiellement en état de choc. Elle avait besoin de parler, de comprendre ce qui lui était arrivé. Son récit était focalisé sur l'agression, qu'elle racontait en boucle, comme dans un film haché – ainsi que le font toutes les personnes traumatisées. Au fil des séances, un récit plus complet avait pu se faire ; au départ il y avait des choses trop difficiles à dire. Suite au viol, A______ avait voulu reprendre contact avec son agresseur, pour donner du sens à ce qu'il s'était passé et faire le deuil de cette agression. Il y avait cette volonté de pouvoir échanger avec cet homme pour comprendre ce qu'il s'était passé. Elle aurait voulu entendre des excuses, comme "j'ai déconné !". À un certain moment, il y avait eu une sorte de syndrome de Stockholm : C______ avait exercé sur elle un conditionnement qui avait réussi puisque, durant une période, elle avait essayé de lui prouver sa bonne foi, soit qu'elle n'était pas des "RG" ; il y avait eu une emprise perverse ; elle avait voulu échanger avec lui pour prouver qu'elle ne le trahissait pas. Cela ne s'était toutefois pas passé comme elle le souhaitait et il était resté comme un "noyau traumatique". p.b. Le Dr. L______ a déclaré, au Ministère public, que le 2 décembre 2008, la survenance d'une agression sexuelle lui avait paru évidente lorsqu'il avait reçu A______. La patiente présentait un état de stress post-traumatique, soit un état qui ne pouvait être simulé. Elle était choquée à l'évocation des faits. Elle remplissait les critères correspondant au diagnostic selon la CIM-10. A______ lui avait rapporté que C______ était en érection sur elle et qu'il "patinait" à cause de ses règles, ce qui était évocateur, pour lui, du fait qu'il essayait de la pénétrer. Il était question de quelque chose de flou pour la pénétration vaginale. Pour elle, ce n'était pas clair, elle ne pouvait assurer qu'il l'avait fait car elle avait eu quatre enfants et c'était visqueux ; peut-être n'avait-elle rien senti, ce d'autant moins qu'elle était obnubilée par sa tête. Elle avait la phobie qu'on lui touche et blesse la tête, cette phobie étant antérieure à l'agression. Lors des faits, elle se souciait donc plus de sa tête que du reste de son corps. Lorsqu'il avait clos ses lèvres sur sa bouche, elle s'était senti étouffer et avait commencé à voir un peu rouge. S'en était suivi un interrogatoire associé à des tapes sur le visage, les oreilles et les yeux, ce qui l'avait complètement désorientée. Dans le discours de A______ du 2 décembre 2008, il n'y avait pas d'autre pénétration que celle, digitale, de l'anus et la fellation – les pénétrations vaginales ne ressurgiront que des années plus tard (2017), dans leurs consultations ultérieures. Dissociée d'une partie de son corps, obnubilée par sa tête, elle n'était pas consciente de la survenance d'une pénétration vaginale. Elle avait un

- 20/72 - P/6899/2018 blanc sur ce qu'il s'était passé entre 04h00 et 06h00 ; elle ne savait pas ce qu'il s'était passé, si elle s'était endormie. Elle se voyait se rhabiller vers 06h00, se diriger vers la sortie de la chambre, l'agresseur se mettant dans l'encadrement de la porte en tentant de l'embrasser, ce qu'elle avait refusé. La question de la pénétration vaginale étant extrêmement humiliante, cela ne l'avait pas surpris que A______ n'en fasse pas état – c'était quelque chose qui pouvait rester dissocié très longtemps. Ce qu'il avait compris, quant à lui, des violences physiques – A______ avait évoqué une "baston" –, c'était qu'elles avaient consisté en des tapes sur les oreilles et les yeux, que celle-ci s'était fait tirer les cheveux et mordre les lèvres. À cet égard, seule la médecine légale pouvait répondre à la question de savoir si cela pouvait causer des lésions et si elles étaient objectivables le lendemain matin encore. A______ était figée par la peur. Elle avait peur de prendre plus de coups si elle résistait. Quand il cessait d'abuser d'elle, elle faisait la morte. Elle avait à peine résisté. Pour lui les choses étaient claires : il était évident qu'elle avait dit "non" même si ses notes n'en faisaient pas état. Elle avait manifesté qu'elle ne voulait pas : elle s'était figée, avait peur. Il confirmait son "résumé", versé à la procédure. Il n'y avait pas tout noté. L'idée n'était pas d'en faire un résumé exhaustif. En rédigeant ses notes, il n'avait pas fait un constat médical. A______ avait de l'admiration pour C______. La nuit en question, elle s'était fait accuser d'appartenir aux renseignements généraux, alors qu'elle se faisait gifler. Cette méthode d'interrogatoire avait laissé un sentiment de culpabilité et un besoin de réparation. C'était comme ça qu'il comprenait les messages paradoxaux qu'elle avait envoyés le matin même à C______. L'agression avait provoqué l'emprise temporaire, pendant un certain nombre de mois, de l'agresseur sur elle – il n'y avait pas d'emprise avant l'agression –, avant que cela ne s'estompe avec la rencontre de son futur mari, prénommé AI______, cette rencontre ayant réparé quelque chose et la thérapie ne se révélant dès lors plus nécessaire. Tout avait commencé par le fait que A______ avait refusé d'embrasser C______ après qu'il l'avait poussée sur le lit. N'étant pas insensible à l'accusation d'appartenir aux renseignements généraux, elle s'était sentie perdue, déstabilisée – il s'était produit une emprise. En quittant l'hôtel, elle ne savait plus où elle en était et ne comprenait pas d'avoir été traitée comme un objet par l'homme qu'elle admirait. Sa première réaction avait été de comprendre l'agresseur. Il était logique qu'elle revienne vers lui avec la demande de vouloir l'embrasser ["je rêve de t'embrasser"], ce par quoi tout avait commencé. "Je veux t'embrasser" revenait à dire : "Je ne suis pas ton

- 21/72 - P/6899/2018 ennemie, je vais te prouver que je ne suis pas des renseignements généraux". Une partie d'elle était choquée et terrorisée, l'autre était sous emprise, avec une envie de réparer. Elle avait écrit des messages dans le but de rétablir un lien avec l'agresseur, pour lui permettre de comprendre et de surmonter ce qu'il s'était passé. Elle avait essayé, par ce biais, de retrouver une alliance avec l'agresseur, de l'amadouer. Elle avait tout fait pour renouer avec lui, pour avoir une explication, pour ne pas rester sur le vécu d'avoir juste été un objet sexuel, ce qui lui était insupportable. Pour sa part, il l'avait soutenue dans cette démarche. L'idée de A______ n'était pas forcément de déposer plainte. Il n'avait pas pris connaissance du contenu des messages – pour toute la période où A______ était venue au cabinet. Mais il savait que celle-ci échangeait avec C______ puisqu'il l'avait encouragée à le faire. La patiente avait elle-même produit ces messages en déposant plainte, par souci d'intégrité dans sa démarche. Encore une fois, ces messages étaient compréhensibles du point de vue de la psychotraumatologie. A______ lui avait dit ne pas ressentir de sentiments amoureux pour C______ : elle était charmée et avait de l'admiration. Les messages des 9, 25 et 27 octobre 2008 – dont on lui donnait la lecture – le surprenaient donc. Il était étonné que A______ ne lui ait pas fait état, en consultation, de ses sentiments amoureux envers C______. La patiente n'avait pas exprimé cette "tempête intérieure". Le fait qu'elle avait écrit "je t'aime", tant avant qu'après les faits, n'excluait toutefois pas l'agression, dont il avait perçu le récit comme étant fortement plausible. Il ne pouvait répondre sur la signification des sentiments exprimés avant les faits. Il avait l'impression que A______ n'avait pas osé lui parler du fait qu'elle était séduite et amoureuse. Pour les messages postérieurs, il ne s'agissait pas de sentiments amoureux mais de détresse : A______ essayait de se raccrocher à quelque chose de manière compulsive pour essayer de retrouver du beau. Il ne pouvait exclure que le "je t'aime" verbalisé avant les faits soit identique au "je t'aime" verbalisé après les faits. Dans l'hypothèse où A______ lui avait menti sur certains éléments, cela ne changerait pas son appréciation résultant des constatations faites le 2 décembre 2008, consultation lors de laquelle la patiente présentait un état de stress post-traumatique, soit un état qui ne pouvait être simulé. Le thérapeute était tributaire de ce que le patient lui disait, certes, mais également du tableau clinique que le patient présentait. q. Vingt-quatre messages ont encore été échangés sur Facebook par A______ et C______ du 3 décembre 2008 au 17 janvier 2009, dont les suivants :  Le 4 décembre 2008, A______ : "Finalement, je renoue avec mon quasimonologue.. je tente vainement d'humaniser ce qui manque tellement d'humanité […]"

- 22/72 - P/6899/2018  Le 7 décembre 2008, A______ : "[…] Je reviens sur ce qui m'est arrivé. Cela faisait plusieurs jours que mon portable ne fonctionnait quasiment plus. La boîte de messagerie était pleine; j'étais un peu en soucis pour mes petits. À ce moment-là, je n'étais pas en souci pour mon beau-père, car il n'était qu'un peu souffrant et bien entouré. Je t'ai quitté sous la pluie-neige, remuée.. fatiguée.. sale […]  Le 16 décembre 2008, A______ : "[…] je t'en veux de ne pas répondre. Je pourrais publier "C______; addiction, frustration et dépression"..ou alors créer une assoc. et toi tu viendrais faire des conférences sur comment nous passer de toi… Tu as maintenant admis (l'as-tu?) que je ne m'associe pas aux langues de vipère et que je n'ai jamais eu les intentions que tu m'avais prêtées. Au fait, te souviens-tu pourquoi je t'ai "détruit" ? (ces mots-là, ils mettront du temps à passer..) Bon.. d'accord.. je n'emprunte pas le meilleur chemin pour que tu me répondes.. alors dis-moi comment tu te portes, si ta famille se porte bien, si, -pourquoi pas-, je peux vous rendre service depuis votre Genève natale. Dis-moi aussi si tu as besoin de sable de T______ au autre du Sénégal car nous y allons enfin- quelques jours; si dieu le veut. Fais attention à ton corps aussi, dans tous tes déplacements à venir. Je continue à prier pour toi, aussi Que la paix soit avec toi I______"  Le 18 décembre 2008, A______ : "Salam.. J'ai une confiance totale en ton jugement et en ton analyse, donc sur ce point, m'en remets à toi les yeux fermés…Peux-tu me conseiller (ou au contraire me déconseiller) bref, me donner ton avis sur le bouquin de Irvin Yalom "et Nietzsche a pleuré […]"  Le 19 décembre 2008, C______ : "Salam Je ne sais pas. J'ai lu tes différents messages. Rien de particulier à dire et à rajouter. Je ne reviens pas à Genève avant longtemps in sha Allah Salam et cherche ta voie…loin de ce que je suis, fais et deviens. Dieu nous protège"  Le 19 décembre 2008, A______ : "Salam Je suis contente que tu me fasses signe. Tu ne reviens pas à Genève avant longtemps in sha Allah ? Je te trouve curieusement pas très amical et ça me conforte dans l'idée que ce serait bien que nous nous voyions pour un thé de la cordialité. Dieu nous protège, amin Que la paix soit avec toi"  Le 30 décembre 2008, A______ : "Bonjour cher à mon cœur; J'espère que ce message te trouvera en bonne santé […]"  Le 17 janvier 2009, A______ : "J'espère que tu te portes bien […] Comme tu le sais, je ne suis pas de la génération internet et je ne suis généralement pas vraiment passionnée par la rumeur. J'habite à quelques minutes des tiens; je

- 23/72 - P/6899/2018 connais pas mal de tes anciens élèves, certains de tes camarades, et je n'ai jusqu'à présent, jamais cherché à connaître ce qui se disait sur toi; ici ou ailleurs dans le monde […] mais que vas-tu faire de ces petites bombes à retardement que tu n'as pas désamorcées et que j'ai découvert sur ton chemin ? […] Au diable les interprétations qui peuvent être faites sur le fait que je t'aime vraiment Prends soin de toi Puisse la paix régner sur la Terre et dans nos cœurs I______"  Le 17 janvier 2009, C______ : "Tu es devenue quelqu'un de malsain Je ne te connaissais pas avant pour savoir si tu l'étais déjà. Faites donc sauter les bombes que tu as découvertes. C'est ton droit le plus strict Mais laisse-moi en paix. J'en ai trop vu cela suffit Que Dieu t'aime et te protège Salam 'alaykum". r.a. Expert privé mandaté par C______, le Dr. U______, spécialiste en psychiatrie et en psychothérapie FMH, a rendu un rapport qui relève, en particulier : "En l'absence d'une audition directe de Madame A______ [initiales] et de Monsieur C______ [initiales] et du recueil d'une hétéro-anamnèse, ce rapport ne correspond pas à une expertise médicolégale et doit être considéré comme un avis d'expert qui se limite aux questions posées. Il ne peut prétendre établir un diagnostic psychiatrique quelconque ou une description des traits de fonctionnement psychique des deux protagonistes […]. À l'issue des auditions [de A______] et si l'on tente une synthèse cohérente (tout en tenant compte de la charge affective très élevée de cette procédure), on peut retenir sur un plan psychologique :  Une réaction de peur intense mais sans éléments dissociatifs pendant les faits  Une amnésie circonstancielle avec zones de flou juste après les faits  Une aptitude partiellement préservée à restituer les faits dans les jours suivants auprès de ses proches (cet élément sera repris ultérieurement en miroir aux dépositions des autres témoins)  Un positionnement ambigu par rapport à l'agresseur présumé avec tentative de rapprochement déterminé par la volonté d'expliquer les faits par un accident en lien avec un malentendu (sans contenu sexualisé) et en attente d'excuses En revanche, on ne retrouve pas d'indice de relation d'emprise au long cours. Celleci est évoquée à une seule reprise et elle est clairement en dissonance avec l'attitude adoptée après les faits. En effet, on ne retrouve pas d'expression de sentiment de culpabilité, d'acceptation inconditionnelle de la vérité d'autrui, de tendance à innocenter ou à banaliser les actes […].

- 24/72 - P/6899/2018 Résumant [les] audiences [J______, K______, M______, P______ et V______], et sur un plan psychologique, on peut retenir :  Une réaction affective marquée de Mme A______ [initiales] après les faits avec fébrilité anxieuse, recherche d'écoute auprès de personnes amies mais aussi inconnues et, plus tardivement, installation d'une attitude inquisitrice via les réseaux sociaux avec des éléments du registre paranoïde  Les souvenirs des faits ne donnent pas d'indices de dissociation quelconque. Parfois exagérés, ils sont communiqués aux interlocutrices avec des qualificatifs précis (y inclus la pénétration vaginale qui est censée être découverte en 2017 selon les écrits du psychiatre traitant ou encore une sodomie qui ne sera par reprise lors de l'audience de Mme A______) […] L'ensemble [des] dépositions [du Dr. Q______] est cohérent et permet de soutenir l'hypothèse d'une réaction de stress aigu (qui n'a pas les caractéristiques à cette époque d'un stress post-traumatique) chez une femme qui s'est sentie contrainte à des actes considérés violents […] Se basant sur les notes [du] suivi [du Dr. L______], les observations suivantes peuvent être formulées :  Des symptômes du registre post-traumatique (cauchemars, réviviscences) ont été présents dans le récit de Mme A______ [initiales] du 16.01.2009 (environ trois mois après les faits et au moment de l'arrêt des contacts par messages avec Mr C______ [initiales]) allant decrescendo jusqu'au 13.08.2009.  Aucun élément de dissociation péri-traumatique n'est décrit (notamment pas de dépersonnalisation ou de déréalisation)  Le début de deux séances EMDR sans conclusion est décrit (d'autres séances ont possiblement eu lieu mais ne sont pas rapportées)  La théorie explicative de l'emprise perverse est soutenue par le psychiatre traitant, puis reprise avec une référence à la psychopathie par Mme A______ proche de la fin du traitement  L'attitude de Mme A______ à l'égard de Mr. C______ est ambivalente, oscillant entre colère avec exigence d'excuses et volonté de prouver sa loyauté jusqu'à la fin février 2009. Par la suite le ton est à prédominance accusateur et hostile

- 25/72 - P/6899/2018  Moins de 8 mois après les faits, Mme A______ est capable de tisser un nouveau lien affectif et sexuel satisfaisant […] En conclusion, on peut retenir selon la règle de la vraisemblance prépondérante que Mme A______ a présenté une réaction de stress aigu de faible ampleur dans les jours qui ont suivi les faits, un stress post-traumatique de faible amplitude et rapidement résolutif pendant les 8 mois qui ont suivi les faits […] Le psychiatre traitant fait référence au souvenir flou de la pénétration vaginale considérant, à tort, qu'il n'a surgi qu'en 2017, lorsque les témoignages des amies de Mme A______ montrent que l'humiliation ressentie "d'avoir été baisée pendant ses règles" était présente dès le début de son récit. Par ailleurs, il serait étonnant qu'une telle dissociation couvre l'épisode de la pénétration vaginale (globalement peu ressentie à cause des règles) et non pas la fellation forcée et dangereuse qui aurait mis en danger la vie de la personne. La dissociation dans l'intimité est interprétée par le psychiatre traitant ("elle se fige, fait la morte") avec des termes qui ne sont absolument pas synonymes de dépersonnalisation […] En conclusion, on ne peut pas retenir une dissociation péri- et post-traumatique comme vraisemblable pour Mme A______ […] Lorsqu'elle consulte son psychiatre traitant en décembre 2008, Mme A______ est en train de rompre les contacts avec Mr C______ en devenant clairement menaçante et de manière explicite dans ses messages. On n'y retrouve aucune volonté de justifier les actes, encore moins de se mettre dans la position de la coupable. Dans ses auditions, Mme A______ a insisté sur le fait qu'elle attendait des excuses de la part de Mr C______, un élément en contradiction avec le concept même du syndrome de Stockholm […] Les messages des trois mois qui suivent les faits mettent en scène une femme qui essaie de se rapprocher d'un homme, lui avoue son amour, tente d'avoir des réponses et de la considération. En conclusion, on ne peut pas retenir comme vraisemblable selon la règle de la vraisemblance prépondérante un syndrome de Stockholm entre Mme A______ et Mr C______ […] La pose d'un diagnostic [d'emprise n'est pas] possible sans avoir entendu Monsieur C______ […]". r.b.a. Mandaté à son tour par A______, le Dr. W______, spécialiste en psychiatrie et psychothérapie, expert certifié CIM, a "procédé à l'expertise psychiatrique" de celleci. Sous le titre "Conclusions", l'expertise relève : "[…] Le choc engendré chez Mme A______ par les événements qu'elle a rapportés dans sa plainte est considérable, d'autant plus qu'elle ne peut pas admettre que M. C______ ait pu en être l'auteur conscient et responsable. Dans les semaines qui suivent, l'expertisée cherche à comprendre ce qui s'est passé, l'interprétant comme un "pétage de plombs". Elle n'a dès lors de cesse de vouloir réparer l'image de M. C______. L'état

- 26/72 - P/6899/2018 de stress post-traumatique, constaté en 2008 par les Dr Q______ et L______ est avéré et correspond aux définitions de l'ICD-10. […] Mme A______ présente un trouble de la personnalité induisant une dépendance à l'image que l'autre se fait d'elle et un besoin d'être appréciée et acceptée. Si ce trouble de la personnalité s'est manifesté tant avant qu'après le 28 octobre 2008, il n'enlève rien à sa crédibilité en tant que victime présumée […]". r.b.b. Le Dr. W______ a complété son document – "je peux répondre comme suit à vos questions complémentaires" – en ces termes : "[…] Il est frappant de constater que la fréquence des messages échangés […] n'a pratiquement pas changé avant et après le 28 octobre 2008. L'absence de changement de tonalité et de contenu des messages de l'expertisée dès le matin du 29 octobre 2008 s'explique par un phénomène de dissociation, qu'on retrouve souvent dans un état de stress post-traumatique. L'expertisée paraît être coupée de son vécu traumatique et se comporte comme si rien ne s'était passé. Son attitude correspond aussi au trouble émotionnellement labile à traits abandonniques de la personnalité que j'ai diagnostiqué. Le fonctionnement psychique de l'expertisée la conduit à vouloir maintenir coûte que coûte le lien d'admiration et d'échanges qu'elle a cru avoir créé avec M. C______. Je répondrai par l'affirmative à votre question : les messages envoyés par Mme A______ sont compatibles avec les faits décrits dans sa plainte […] Mme A______ n'a pas utilisé le mot "viol" lors des entretiens que j'ai eus avec elle. Il apparaît qu'il est aussi difficile pour l'expertisée de qualifier de viol ce qui lui est arrivé que pour une enfant de décrire les abus sexuels d'un père aimé et admiré […] Le Dr L______ a suivi ambulatoirement Mme A______ depuis le 15 juin 2006. En tant que psychiatre psychothérapeute traitant, il a pu se faire une idée précise du fonctionnement psychique et de sa personnalité, avant de poser un diagnostic d'état de stress post-traumatique, incluant une dissociation. Le Dr. L______ n'a pas diagnostiqué un "syndrome de Stockholm", mais a comparé l'état de sa patiente aux manifestations survenant lors de ce type d'emprise […] Je n'ai pas été mandaté pour une expertise de crédibilité". s. Il ressort encore de la procédure les messages ou extraits de messages suivants :  Le 17 novembre 2009, V______ à A______ : "Souhaiteriez vous prendre contact avec moi ? Je suis en Suisse et viens à peine de sortir de l'emprise de C______"  Le 18 novembre 2009, A______ à V______: "Je n'ai besoin d'aucune preuve et franchement je n'ai rien à "apporter". Tout est dans un coffre.. au chaud (en tant que bonne suissesse..)"

- 27/72 - P/6899/2018  Le 20 novembre 2009, V______ à X______ : "Aujourd'hui je rencontre une fille qui est en Suisse […] Pareil que Y______ [prénom féminin], mais sans le flirt par la webcam […] c'est arrivé une fois il y a une année ! elle s'est fait battre a en avoir encore des marques une année plus tard !!!"  Le 21 novembre 2009, V______ à A______ : "Une plainte individuelle pour commencer et les autres suivront pour faire poids à l'affaire et appuyer sur les vérités. N'oublie pas que cet homme t'as frappée et ce n'est pas la première fois qu'il le fait […] il ne mérite qu'à être démasqué et humilié comme il a humilié toutes ces femmes (toi et moi y compris)"  Le 4 décembre 2009, V______ à A______: "Pour Z______ – il est photographe et est prêt à tout pour faire tomber quelqu'un. Si tu veux lui parler tu poses les conditions : 1. Tu le rencontres en présence d'un homme de loi. 2. Garantir ton anonymat et le lieu/pays de domicile. 3. Combien il paie […] Ce que nous cherchons nous ? c'est que sa vraie face soit dévoilée et que le public sache que c'est un coureur et qu'il maltraite les femmes, c'est abject – que tout le respect et l'égalité dont il parle n'existe qu'en théorie pour lui"  Le 4 décembre 2009, A______ à V______ : "Hier soir je parlais de.. devine quoi avec mon mari… et je luis disais que j'avais envie d'écrire un message, mon seul et unique, en l'avertissant que sans un geste clair et sans ambiguïté de sa part ; j'étais prête à mettre le paquet pour le faire tomber. Mon mari m'a déconseillé, mais moi j'aimerais continuer à être loyale, même avec quelqu'un de déloyal.. Je suis en retard je n'ai donc pas le temps d'étayer mon propos. Peu importe la non-réponse ou la réponse de merde qu'il me donnerait ; par acquis de conscience, j'en aurais besoin. Dis-moi ce qui tu penses, et… vive le syndrome de Stockholm"  Le 4 décembre 2009, V______ à A______ : "Tu veux demander à C______ la permission de le faire tomber ??? mais tu rigoles ou quoi ? […] il a abusé de toi, frappée et plus encore et tu veux être loyale avec lui ?? ça n'a aucun sens"  Le 7 décembre 2009, A______ à X______ : "Vous n'êtes pas sans connaître les déboires que nous avons eus avec C______ [initiales] Qui continue à user d'intimidation et de menaces sous condition, mais pas en ce qui me concerne (il n'a plus moyen de me contacter) […] Nous sommes cinq "victimes" à communiquer. Les "histoires" ont quelques variantes, mais au final, c'est toujours le même scénario.. insultes, rabaissement, manipulation. Bien sûr, C______ n'a pas l'exclusivité de ces travers. Il a toutefois une responsabilité en tant qu'homme et en tant qu'individu ayant tribune […] La citation

- 28/72 - P/6899/2018 préférée de C______ (Sourate 3) [S'ensuivent deux citations] J'espère que vous n'avez pas trop la nausée après ces citations"  Le 7 décembre 2009, X______ à A______ : Non je n'ai pas la nausée après ces citations ;-) Contrairement à ce que certains de vos amis pensent sans doute, je n'ai aucun problème avec l'Islam, seulement avec le mensonge… En effet, je ne souhaite pas attaquer C______ sur ce terrain, mais je suis prête à aider celles qui veulent mettre en garde d'autres femmes si je le peux. Souhaitez-vous me donner un numéro de téléphone pour parler ?"  Le 17 décembre 2009, V______ à A______ : "tu n'as pas envie de parler avec X______ [initiales] ? je suis quand même surprise que AA______ [prénom féminin] – avec tout ce qu'elle a fait – n'a jamais contacté X______ ou un/une autre journaliste. Les médias attendent certainement le bon moment pour tout déballer…"  Le 18 décembre 2009, A______ à V______ : "Je viens de recevoir ça de Z______. Quel fourbe.. Je fais quoi ?" [Y______ : "j'ai proposé le sujet à la plupart des hebdo aucun n'en a voulu, je veux bien le traiter sur mon blog pour vous rendre service, et me prendre les procès, mais je ne vais pas payer en plus. J'ai vu un tas de gens pour des sujets beaucoup plus importants (dossiers criminels et politico financiers) que les parties de jambes en l'air de ce pauvre type […], les français en ont rien à foutre qu'un arabe integriste trompe sa femme"]  Le 10 février 2010, AB______ [surnom] a posté : "Le TRès haut finira par tomber de son piédestal; de ça, je suis sûre"  Le 5 janvier 2015, I______ [petit nom de A______] à C______ : "Je t'en veux toujours autant de cette souffrance infligée, de cette période sombre de ma vie.. De cette censure avec la fermeture de mon blog par décision judiciaire. De ce choc à chaque nouvelle victime rencontrée. Les choses ont été loin, très loin. Et pourtant ce qui s'annonce est sans précédent. Des explosifs dont ni toi ni ta famille ne pourrez vous remettre. Des audios à caractère obscène laissés inconsciemment ici et là. Des mails, des échanges Skype. Une conversation enregistrée contenant des aveux. Des photos… Des témoignages dont le mien. Tu as mérité tout ceci et ce n'est qu'un juste retour de bâton"  Le 22 novembre 2017, X______ à V______ : "Tu penses que I______ aura le courage de porter plainte ? Sans cela, j'ai peur qu'il s'en sorte…. La DPJ va sans doute t'appeler pour témoigner à propos de Y______. Vu que AC______ [prénom féminin] a fait le strict minimum, cela me parait vraiment important"

- 29/72 - P/6899/2018  Le 22 novembre 2017, V______ à X______ : "I______ craint, car en Suisse la femme violée n'est pas écoutée comme en France. Demande à AD______ [journaliste] qui pourra mieux t'expliquer. Elle devra prouver son viol. Comment peut-on prouver un viol ? Pour elle ce sera uniquement la parole de son psy de l'époque […] Pourquoi AC______ refuse de collaborer et aider à stopper cette machine de perversion ? […] La DPJ m'a envoyé un mail […] Est-ce qu'ils ont reçu mes copies de conversation que j'ai eu par Skype avec Y______ m'expliquant son viol ?"  Le 29 décembre 2017, X______ à V______ : "C'est vraiment I______ qui pourrait faire la différence…"  Le 1er février 2018, V______ à X______ : "C'est un grand jour que de voir la garde à vue de C______ prolongée !!! Le dossier de 3 mois d'enquête suite aux 2 plaintes est assez conséquent pour le garder et sa défense bien faible pour discréditer les victimes. Je souris. I______ est en contact avec les enquêteurs. Je l'ai encouragée maintes fois". t.a. V______ a déclaré, à la police, avoir eu une relation avec C______ pendant quatre ans, de 2005 à 2009. En apprenant, en septembre 2009, qu'il avait "mille et une" maîtresses, elle avait refusé de le revoir. Elle avait lu des commentaires parus sur les blogs, sur lesquels s'exprimaient des femmes l'ayant rencontré. Elle s'était mise à converser avec elles, soit avec "AE______" [nom d'emprunt], la deuxième plaignante en France, mais aussi avec les prénommées AC______ et AA______. Elle avait voulu savoir si l'une de ces femmes vivait en Suisse et on lui avait donné le nom de I______, soit son e-mail. Elle s'était donc mise à parler avec elle, le 17 novembre 2009, et elles s'étaient rencontrées, à O______, le 20 novembre 2009. A______ lui avait raconté ce qu'il lui était arrivé. Elles s'étaient beaucoup parlé ; cela avait duré un an. Mais pour sa part, en recevant les dernières menaces de C______, en 2011, elle avait "tout coupé" et n'avait plus gardé contact avec elle. Depuis que cette histoire était sortie dans les journaux, en octobre 2017, elles avaient toutefois repris contact et parlé. A______ lui avait rapporté avoir rencontré C______ à l'hôtel. Celui-ci avait demandé qu'elle l'aide à monter un fer à repasser dans sa chambre. Lui faisant confiance, elle avait voulu l'aider. Là, il lui avait sauté dessus. Il l'avait frappée et violentée. Elle avait ses règles, il y avait du sang partout. Il l'avait forcée à faire une fellation et elle était tombée dans les pommes tellement que c'était profond. Elle avait vu, en reprenant conscience, qu'il avait eu peur. Il l'avait aussi sodomisée de force. Elle était sous le choc. Dès qu'elle bougeait, il lui disait : "Occupe-toi de ton homme !" – il le lui disait à elle aussi. Quand A______ lui avait raconté cela, elle l'avait trouvée plus que crédible – elle en avait même pleuré.

- 30/72 - P/6899/2018 A______ était allée voir C______ en vue d'un échange d'idées. Il n'y avait aucune séduction entre eux – A______ l'avait toujours dit. Elle avait quitté l'hôtel le lendemain matin. Après, elle avait cherché à comprendre. Elle l'avait recontacté dans ce but, pensant qu'il avait "pété un plomb". t.b. Au Ministère public, V______ a expliqué que, blessée par le fait que C______ avait eu "plein de femmes", se sentant utilisée et trompée car elle avait des sentiments sincères envers lui, elle avait pris contact avec X______, dont elle savait qu'elle avait un parti pris contre lui, puisqu'elle essayait de le détruire comme prédicateur. Elle avait posté des commentaires sur des blogs au sujet de C______, quotidiennement au début. C'était la "guerre". Le but était que l'on sache qu'il était infidèle. Ce n'était pas normal "d'embobiner" les femmes comme il le faisait. Elle avait même écrit à son épouse dans le but de l'atteindre. Il s'agissait de "tout déballer" de son infidélité, d'"exploser sa carrière". Il utilisait son pouvoir "public" pour séduire les femmes alors que dans son discours il disait le contraire – c'était un menteur. Elle avait conseillé à A______ de parler et de dénoncer. Elle avait encouragé celle-ci à parler à X______ et à des femmes ayant eu des relations avec C______. Elle contestait avoir dit à A______ de négocier son témoignage contre de l'argent – elle n'avait pas le souvenir de l'avoir incitée à aller voir Y______. t.c. Au Tribunal, V______ a précisé que A______ n'avait pas parlé de "viol" lors de leur rencontre – elle n'en avait pas le souvenir – mais de violences. Il s'était agi du fait d'avoir été frappée, sodomisée et d'une fellation. Cela étant, elle lui avait décrit cette nuit-là, de sorte qu'elle ne savait pas s'il aurait été bien nécessaire de mettre le mot "viol". Elle avait pris contact avec X______ après que A______ lui avait raconté sa nuit. X______ lui avait dit être au courant de certains agissements, tout en disant ne pas s'intéresser aux histoires extra-conjugales. Pour sa part, elle n'avait pas rapporté à X______ le récit de A______ mais le fait que des femmes étaient maltraitées et que cette maltraitance était sexuelle. A______ avait peur qu'on ne la croie pas – c'était difficile de prouver un viol – et peur pour ses enfants – quelqu'un lui avait dit de faire attention quand ils traversaient la route. u.a. K______ a expliqué, à ce sujet, que A______ avait cherché des informations sur internet et découvert que d'autres femmes avaient été victimes de C______, dans des circonstances similaires à ce qu'elle avait vécu. Elle cherchait sur internet tout le temps, de manière effrénée, alors que d'ordinaire elle était une personne calme,

- 31/72 - P/6899/2018 sereine. Au début, A______ ne voulait pas s'apparenter à ces femmes, qu'elle ne faisait que lire. Mais par la suite elle y avait participé. Cela la rassurait car elle n'était pas seule. Quand les plaintes étaient "sorties", en France et en Belgique, A______ n'avait pas su que faire. Pour sa part, elle avait dit à celle-ci qu'il fallait que les victimes se soutiennent et que c'était le moment pour elle d'être reconnue en tant que telle. Elle avait donc vivement conseillé à A______ de porter plainte, même si cette dernière avait peur. Elle avait proposé à A______ d'être son témoin, après que des femmes avaient déposé plainte en France. Celle-ci lui avait préalablement envoyé un ou deux articles de presse. u.b. M______ a déclaré que, pendant très longtemps, "cette histoire" avait été leur unique sujet de conversation, à A______ et elle. La question de "porter plainte, pas porter plainte" s'était posée durant des années. A______ hésitait beaucoup, compte tenu de la durée d'une telle procédure et de ses conséquences pour elle et sa famille. Elle ne savait pas si elle aurait assez de force pour une telle épreuve. Mais lire, au sujet de C______, qu'il n'avait jamais trompé sa femme, l'avait décidée. Le fait que d'autres femmes avaient fait la démarche en France – elle était en contact avec d'autres femmes agressées sexuellement par C______ – lui avait donné du courage. Quand elle avait vu qu'il y avait plusieurs plaintes, elle s'était lancée. Elle suivait, quant à elle, de près cette affaire. u.c. J______ a précisé, quant à elle, avoir évoqué avec A______ leurs déclarations respectives à la police. Celle-ci lui avait envoyé des articles de journaux. v.a.a. L'attestation médicale du Dr. L______ du 27 mars 2018 relève : "[…] Le 30.03.2017 Mme A______ a repris contact pour un autre épisode de traitement qui se poursuit actuellement. Son état clinique actuel montre encore des séquelles post traumatiques de l'agression de la nuit du 28 au 29.10.2008. Par ailleurs, Madame A______ m'avait également consulté du 15.06.2006 au 18.01.2007 pour un autre épisode de traitement. À cette époque elle ne présentait pas les problèmes cliniques post traumatiques que j'ai objectivés le 2.12.2008". v.a.b. Le Dr. L______ a expliqué que lorsque A______ était revenue vers lui, en 2017, c'était suite au décès du père de sa fille. Elle avait alors encore des flash-backs de l'agression, des blocages ; elle se figeait dans son corps et se dissociait dans l'intimité. Les choses simples comme boire un café étaient très compliquées car il y avait la réminiscence de l'invitation à boire un café qui lui rappelait l'agression. Il subsistait une hyper-vigilance se traduisant par une grande présence sur les réseaux sociaux, où elle surveillait ce qu'il se passait. Elle avait peur pour sa sécurité et celle de ses enfants.

- 32/72 - P/6899/2018 Fin 2017, A______ lui avait parlé de la pénétration vaginale. En 2018, elle présentait encore des séquelles post-traumatiques de l'agression du 28-29 octobre 2008. Elle présentait des séquelles dans l'intimité. Elle avait peur de représailles envers elle ou ses proches, de la part de petites mains du milieu salafiste. Il y avait une blessure profonde concernant la manière dont C______ l'avait traitée sans jamais s'être excusé. Elle souhaitait que la vérité soit connue et que C______ demande pardon pour ses actes. Spécialiste en psycho-traumatologie (EMDR), il pouvait confirmer l'authenticité des faits, tout comme leur caractère traumatisant. Les cauchemars durant la première année étaient révélateurs de ce traumatisme. Il y avait tout l'aspect "réseaux sociaux". A______ avait effectué des recherches pour voir si d'autres femmes avaient été victimes de C______. Elle avait tenté, via des connaissances travaillant dans les médias, d'évoquer ce qu'il s'était passé, sans vouloir dénoncer, pour que cela se sache et diminue le risque qu'il y ait d'autres victimes. C'était là sa manière d'agir car se poser en victime n'était pas dans son caractère – elle était plutôt dans la résilience, dans la réaction positive. Il était au courant que A______ échangeait avec d'autres femmes. Mais il ignorait qu'elle les avait rencontrées. Tout comme elle ne lui avait pas dit qu'elle tenait un blog. A______, voyant qu'on avait déposé plainte en France, s'était mise à ruminer. Cela l'avait travaillée. Elle s'était décidée à déposer plainte à son tour, ne supportant plus de rester dans l'ombre par rapport aux femmes qui avaient osé franchir le pas. Elle avait un besoin de solidarité envers celles-ci. Elle avait agi pour se joindre à elles, pour qu'il n'y ait pas d'autre victime, pour que cela cesse. Elle n'avait entrepris de déposer plainte ni pour des motifs financiers ni parce qu'elle aurait été éconduite. Dans cette deuxième hypothèse, elle l'aurait fait plus tôt. Il parlait de "résurgence traumatique" car le dépôt d'une plainte était quelque chose d'énorme, qui avait un poids psychologique très fort et représentait un passage à l'acte à mettre en lien avec une agression. Il n'avait pas incité A______ à déposer plainte. Il n'avait pas envisagé de dénoncer lui-même les faits, car A______ avait la volonté de régler ses problèmes elle-même et il la soutenait dans cette voie.

- 33/72 - P/6899/2018 Pour A______, la procédure judiciaire était très lourde, une source de rumination constante. Elle ne s'était pas imaginée l'ampleur que cela prendrait et qu'elle se retrouverait "sur le banc des accusés". C'était difficile. Elle était très éprouvée. v.b. Le Dr. U______ a précisé, à ce sujet : "[…] on peut retenir […] une résurgence d'éléments post-traumatiques dans le cadre de la procédure en cours à partir de 2017. Un diagnostic de stress post-traumatique ne peut pas être posé pour la période actuelle d'une part à cause du caractère épars des symptômes mais aussi à cause de l'absence de critères compatibles à une modification durable de la personnalité (attitude hostile ou méfiante envers le monde, un retrait social, des sentiments de vide ou de désespoir) qui correspond à la forme chronique du stress posttraumatique […]". v.c. Le Dr. W______ a confirmé : "[…] à l'heure actuelle, l'état de stress posttraumatique n'est plus constaté par le soussigné […]". w.a. Dans son rapport de synthèse du 2 février 2018, la police judiciaire française relève, au sujet de la procédure française : "Après audition des trois témoins et des deux victimes [AF______ et AE______], il ressort des éléments communs dans leurs déclarations, quant aux relations entre celles-ci et Monsieur C______ :  il leur expliquait être divorcé ou en cours de séparation  il leur demandait des photographies en tenues légères ou dénudées  il refusait de porter un préservatif lors de leurs rapports sexuels  au niveau de la sexualité, il s'avérait dominateur, vulgaire, avec une tendance à la brutalité et à la violence  il changeait de visage lors des rapports sexuels  il semblait exercer sur elles une emprise psychologique et une pression menaçante. […] Monsieur C______ était convoqué et placé en garde à vue le 31/01/18. Lors de ses trois premières auditions il niait les faits qui lui étaient reprochés […] Examiné par un médecin de UMH dans le cadre de sa garde à vue, il était confirmé la présence d'une cicatrice au niveau du pli de l'aine, côté droit". w.b. C______ expliquera dans la procédure française (pièce 4'5'213) qu'il pouvait y avoir, dans le jeu sexuel du "dominant dominé", le consentement sur le fait de gifler.

- 34/72 - P/6899/2018 Des femmes le lui avaient demandé, dont AE______. "Gifler avec maîtrise" voulait dire gifler avec la force qui était dans la limite du plaisir, en évitant la violence et la douleur. x.a. Le 13 avril 2018, A______ a déposé plainte contre C______ des chefs de contrainte, séquestration, contrainte sexuelle (circonstance aggravante de la cruauté) et viol (circonstance aggravante de la cruauté). C______ l'avait contrainte à subir l'acte sexuel, tantôt avec son sexe, qu'il frottait par ailleurs contre son entrejambe, tantôt avec ses doigts. Il avait également introduit un doigt dans son anus et l'avait forcée à lui faire une fellation, si brutale et profonde qu'elle avait perdu connaissance – il avait joui dans son œsophage et elle avait vomi du sperme. Elle requérait, comme actes d'instruction, l'analyse de la mèche de cheveux artificielle qu'elle portait et avait conservée – qui pouvait contenir du sperme –, la perquisition des ordinateurs et téléphones de l'intéressé et l'obtention des anciens profils de celui-ci. x.b Les analyses effectuées sur les extensions capillaires n'ont pas mis en évidence de trace de sperme et d'éjaculat, ni même le profil ADN de C______. x.c. À la police, A______ a déclaré s'être convertie à l'Islam à l'âge de 16 ans. Elle s'était intéressée à l'idéologie de C______ en 2007 ou 2008. Elle avait appris que celui-ci ferait une dédicace à la librairie AG______ de Genève, où elle s'était rendue. Ils avaient échangé à cette occasion, sur l'Islam et les sociétés patriarcale/matriarcale. Cet échange était resté purement philosophique. Ils n'avaient plus eu de contact jusqu'à une conférence [G______] donnée du ______ au ______ septembre 2008. À l'issue de celle-ci, ils s'étaient dit quelques mots. Il l'avait alors reconnue et elle l'avait taquiné sur le fait qu'il venait d'être élu "l'homme le plus sexy de Suisse". Il lui avait remis sa carte de visite, en précisant qu'ils pourraient continuer à converser sur Facebook. Elle avait dès lors pris l'initiative de le contacter. Ses intentions étaient purement intellectuelles. Elle le trouvait beau et séduisant mais n'avait pas d'autre idée en tête ; elle était troublée et il y avait une sorte de séduction de sa part, vis-à-vis de lui – ce n'était pas réciproque. À la (re)lecture de leurs messages, elle voyait bien qu'elle avait pu l'ennuyer par moments, alors qu'elle se voulait humaniste et revendicatrice. Mais il avait suffisamment répondu pour qu'elle persiste dans cette voie. Hormis la dédicace, la conférence et leurs échanges sur les réseaux sociaux, il n'y avait pas eu de contact entre eux, si l'on exceptait les trois ou quatre lettres manuscrites qu'elle lui avait adressées à son adresse de AH______ (UK), dont une contenant la thèse de son père. Après qu'elle lui avait communiqué son numéro de portable, le 25 octobre 2008, il l'avait appelée, le 28 octobre 2008. Ayant des écoulements hémorragiques, elle n'était pas en forme du tout. Elle lui avait fait part de son état et n'avait pas souhaité donner suite. Elle l'avait senti déçu. Il avait insisté. Elle avait accepté. Il avait mentionné le lieu de rendez-vous : l'hôtel E______. Cela

- 35/72 - P/6899/2018 ne l'avait pas surprise car nombre de conférences se tenaient dans des hôtels. Elle y était arrivée vers 20h15. Beaucoup de monde se trouvait dans le hall. Un jeune homme l'avait réceptionnée en disant que C______ l'attendait dans sa chambre. Elle s'était dit qu'elle n'allait pas monter pour autant, pour redescendre boire un café ensuite. Elle n'avait alors aucune arrière-pensée : elle était venue dans l'optique d'un échange avec un homme fascinant, fière et flattée de connaître un tel moment, privilégié, et qu'il lui consacre du temps. En sa présence, elle n'avait pas vraiment été à l'aise. Il lui avait fait remarquer qu'à chaque fois qu'il s'approchait d'elle, elle avait un mouvement de recul. Il lui avait également fait remarquer qu'il avait de fortes raisons de penser qu'elle appartenait aux "RG". Ne comprenant pas ce terme, elle lui avait demandé de préciser. Elle avait trouvé cela à la fois stupide et drôle et fait référence, pour rebondir, à James BOND. Elle l'avait trouvé de plus en plus bizarre. Lorsqu'il avait dit que trois femmes l'avaient mis en garde sur le fait qu'elle était des "RG", elle s'était senti accusée et l'avait vécu comme une injustice. Elle avait eu l'impression de ne pas être crue et ça l'avait touchée. Elle avait tourné la chose en dérision. Vers 21h00, le réceptionniste avait apporté un fer et une planche à repasser, tout en indiquant que l'endroit allait fermer. Les choses s'étaient alors faites dans le mouvement et la discussion ; il lui avait semblé naturel qu'elle l'aide à monter ces objets – elle ne s'était pas posé de question. Une fois à l'intérieur de la chambre, après qu'elle l'avait questionné sur un cornet de victuailles se trouvant au sol, qu'ils avaient dû enjamber en entrant, C______ s'était penché pour brancher ou débrancher quelque chose. Lorsqu'il s'était redressé, il y avait eu une "rupture" sur son visage. Ses yeux étaient plissés, son regard dur et fermé – elle ne le reconnaissait pas. Sans qu'elle n'ait le temps de dire quoi que ce soit, tout s'était emballé. Il l'avait basculée, poussée sur le lit, en tombant sur elle. Elle s'était retrouvée sur le dos, lui sur elle. Il l'avait embrassée de force, avec les dents, comme pour "croquer". Cela lui avait fait mal et elle avait eu de la peine à respirer. Elle avait écarté la tête et dit : "putain, mais arrête !". Elle lui avait demandé de ne pas la toucher et, dans la foulée, dit avoir ses règles. Il avait répondu que ce n'était pas grave. À ce moment précis, elle avait commencé à avoir peur car, pour elle, cela aurait dû le stopper net. Elle avait le souvenir, ensuite, de baisers qui n'en étaient pas – elle sentait ses dents – et qu'il lui enlevait ses vêtements – elle portait un pantalon et un pull col-roulé noirs, ainsi qu'un soutien-gorge et une culotte (avec tissu faisant office de protection hygiénique). Lorsqu'il l'avait déshabillée, elle lui avait demandé d'arrêter. Elle s'était débattue et avait tenté de retenir ses habits. Elle s'était retrouvée en culotte. Il avait enlevé ses propres vêtements et s'était retrouvé nu. Il avait continué de l'embrasser, en la touchant partout. Il avait glissé la main dans sa culotte et lui avait touché le sexe. Il lui avait introduit des doigts dans le vagin et l'anus. Après avoir fait cela, il s'était allongé sur le dos à côté d'elle et avait dit : "Occupe-toi de ton homme !". Elle avait tenté de se saisir du téléphone mais il lui avait pris le bras pour le poser sur son torse. Elle avait fait mine de s'occuper de lui, en le caressant, tout en lui parlant pour désamorcer ce qu'il se passait. Elle lui avait dit calmement : "Il faut me laisser partir !". Mais il avait persisté à dire qu'elle

- 36/72 - P/6899/2018 devait s'occuper de lui. À un moment donné, il lui avait demandé "Et F______, il a une grosse bite ?", avant de se remettre à califourchon sur elle. Il lui avait alors mis plusieurs gifles au visage en lui disant : "hein il en a une grosse ?" ; puis "untel il a une grosse ?", avant de lui remettre une gifle. Tout en la giflant, il lui donnait des coups de rein pour la pénétrer vaginalement avec son pénis. Elle portait une culotte, de sorte qu'il était "passé à côté". Il y avait plein de sang, ça glissait donc facilement. Son attention était focalisée sur son visage car elle recevait une série de gifles. Elle voyait tout rouge. Il lui donnait une gifle pour chaque coup de rein – ça devait être sa manière de "baiser". Il disait "hein tu aimes ça ?" et comme elle ne répondait rien il ajoutait : "Si tu ne réponds rien, c'est que tu aimes ça !". Si elle avait le malheur de répondre qu'elle n'aimait pas, il la frappait. Tout était prétexte à légitimer ses gifles. Elle n'avait donc – pour la première fois de sa vie – plus eu le contrôle de rien. Il y avait aussi eu des injures : "pute !", "chienne !", "salope !". Mais c'était les coups qui l'avait traumatisée le plus. Il s'était retiré et avait fait une pause, en se mettant de côté, sur le dos. Ce premier viol avait duré une dizaine de minutes. Elle avait souhaité partir mais il avait pris sa main pour la poser sur son torse, en demandant qu'elle s'occupe de lui. C'était au début qu'elle avait essayé de se débattre, avant de se dire, finalement, que cela ne servirait à rien. Elle avait sans cesse tenté de négocier, de désamorcer la situation, pour pouvoir passer à autre chose. Elle n'avait pas pu partir car elle avait compris que c'était vain. De plus, il avait dit : "tu restes là, tu ne pars pas !". Elle s'était donc résignée, avait compris que c'était perdu. Sa seule préoccupation avait été de sortir vivante de cette chambre. Elle avait eu peur qu'il la tue. Elle n'avait pas pensé à crier. Ensuite, les choses étaient devenues cycliques – comme dans un carrousel. Elle avait tenté de chercher des sujets de conversation, comme l'Afrique par exemple. Il s'était alors exclamé : "Ah les petits culs des Togolaises !". Et il avait recommencé, comme précédemment. Il s'était mis sur elle et l'avait pénétrée de force, en lui administrant des gifles. En tout, cette situation s'était répétée trois fois. Pour sa part, elle était toujours restée sur le dos, à essayer de se protéger de ses coups au visage. Ils n'avaient pas eu d'autre position (sexuelle) que celle-ci. Il n'avait éjaculé qu'une fois, sur elle, hors du vagin. Il n'avait pas utilisé de préservatif. Après ces trois actes, il y avait eu une pause – elle ne savait pas à quelle heure mais il était tard. Ils ne parlaient plus. Elle avait à nouveau tenté de se saisir du téléphone. Mais cela l'avait sorti de sa somnolence et il lui avait saisi le bras, avec plus de force que précédemment. Il s'était levé pour aller aux toilettes et avait laissé la porte de la salle de bain ouverte. Il avait émis des gaz pendant une à deux minutes "non-stop". Elle pouvait alors l'apercevoir mais ne faisait rien. Elle était restée sur le lit, de peur de bouger – elle était sous le choc. Elle se rattachait à l'espoir que cela s'arrête. En revenant des toilettes, il avait contourné le lit pour "bidouiller un truc" sur l'un de ses appareils. Elle se souvenait de lui avoir dit qu'il pouvait tout de même se vêtir. Il

- 37/72 - P/6899/2018 avait répondu : "Si cela te dérange, t'as qu'à pas regarder !". Elle avait rétorqué qu'il était "cinglé" – elle s'était étonnée de sortir un "truc" pareil. Il était revenu au lit. Il s'y était agenouillé, les jambes écartées, et avait amené de force sa tête à son sexe pour qu'elle lui prodigue une fellation. Il avait fait des va-et-vient dans sa gorge, en y allant fort. Elle avait étouffé, en essayant tant bien que mal de le repousser. Elle était tombée dans les pommes. Elle avait régurgité. Il l'avait alors secouée, tout en demandant si ça allait – elle l'entendait de loin, elle était dans les vapes. Il avait dit : "des fois on y va un peu fort !". Ça avait été le seul moment où elle avait retrouvé un "C______ [prénom]" un peu humain. Par la suite, vers 04h00-05h00, il y avait eu une zone de flottement. Elle ne savait pas s'ils avaient dormi. Mais il y avait eu un répit. Elle ne se souvenait pas quand et comment elle s'était rhabillée. Elle se souvenait juste qu'il l'avait "engueulée" pour une grosse tache de sang sur le lit, en évoquant la femme de ménage et en disant : "J'ai l'air de quoi moi maintenant ?". Il l'avait laissée se lever et s'était mis à la porte. Il l'avait alors empêchée de passer en essayant de lui faire un "bisou", comme si de rien n'était. Elle avait refusé son baiser et détourné la tête. À ce propos, il lui avait tenu une théorie toute la nuit, en disant que, si elle ne répondait pas à ses baisers, c'était qu'elle appartenait aux Renseignements généraux et qu'elle était venue l'espionner. Il le lui avait répété une ultime fois lorsqu'elle était partie. Elle n'avait pas appelé la police car elle était persuadée que c'était un "accident" et qu'elle était responsable de ce qui venait de se produire puisqu'elle faisait, selon lui, partie des "RG". Elle avait culpabilisé – ce qui expliquait ses messages conciliants après cet épisode. Elle avait pris son train vers 07h00. Dans sa course vers la gare, elle avait vomi du sperme. À son domicile, à O______, sa tête était rouge, comme en feu. Elle était un peu tuméfiée mais ne saignait pas. Elle n'avait pas de marque visible sur le visage. Elle avait réveillé ses enfants – qui ne s'étaient pas rendu compte qu'elle n'avait pas dormi à la maison. Elle n'était pas allée faire constater son état et n'avait donc pas de certificat médical à produire. Presque immédiatement, elle avait repris contact avec C______, via Facebook. Quant à lui, il l'avait appelée deux ou trois jours plus tard pour lui demander pourquoi elle souhaitait parler à P______. Ils n'étaient pas revenus sur ce qu'il s'était passé. Dix jours plus tard, il l'avait appelée pour lui demander : "Tu veux combien ?". Elle avait répondu qu'il était malade. Il avait dit, d'un air narquois, qu'elle n'était qu'une gamine et laissé entendre que personne ne la prendrait au sérieux. Elle s'était sentie humiliée. Elle avait appelé P______ pour se confier à une personne de l'entourage de C______, afin de comprendre ; celle-ci avait l'air tellement proche de lui lors de

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