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Genève Cour de Justice (Cour pénale) Chambre pénale d'appel et de révision 07.02.2025 P/36/2021

7. Februar 2025·Français·Genf·Cour de Justice (Cour pénale) Chambre pénale d'appel et de révision·PDF·16,716 Wörter·~1h 24min·5

Zusammenfassung

IN DUBIO PRO REO;ASSASSINAT;TENTATIVE(DROIT PÉNAL);DÉSISTEMENT(DROIT PÉNAL);LÉGITIME DÉFENSE;VIOL;MENACE(DROIT PÉNAL);INJURE;FIXATION DE LA PEINE;CONCOURS D'INFRACTIONS;EXPULSION(DROIT PÉNAL);TORT MORAL | CP.112; CP.22.al1; CP.23.al1; CP.15; CP.190; CP.180; CP.177; CP.47; CP.49; CP.106a; CPP.122; CPP.126.al1.leta; CPP.116.al2; CO

Volltext

Siégeant : Monsieur Vincent FOURNIER, président ; Mesdames Delphine GONSETH et Sara GARBARSKI, juges ; Messieurs Roland-Daniel SCHNEEBELI et Georges ZECCHIN, Mesdames Fabienne KNAPP et Mewe Cynthia LIONDJO, juges assesseurs ; Madame Jennifer CRETTAZ, greffière-juriste délibérante.

REPUBLIQUE ET

CANTON DE GENEVE POUVOIR JUDICIAIRE P/36/2021 AARP/440/2025 COUR DE JUSTICE Chambre pénale d'appel et de révision Arrêt du 7 février 2025 Entre A______, actuellement détenu aux Établissements de la plaine de l'Orbe, chemin des Pâquerets 9, 1350 Orbe, comparant par Me B______, avocate, appelant et intimé sur appel joint,

C______, partie plaignante, comparant par Me D______, avocate, appelante jointe et intimée sur appel principal,

contre le jugement JTCR/1/2024 rendu le 22 mai 2024 par le Tribunal criminel, et LE MINISTÈRE PUBLIC de la République et canton de Genève, route de Chancy 6B, case postale 3565, 1211 Genève 3, E______, partie plaignante, comparant par Me D______, avocate, F______, partie plaignante, intimés.

- 2/129 - P/36/2021 EN FAIT : A. a.a. En temps utile, A______ appelle du jugement JTCR/1/2024 du 22 mai 2024, par lequel le Tribunal criminel (TCR), tout en l'acquittant des chefs de tentative de viol (art. 22 al. 1 du Code pénal suisse [CP] cum art. 190 al. 1 CP), respectivement de tentative de contrainte sexuelle (art. 22 al. 1 CP cum art. 189 al. 1 CP) en lien avec le chiffre 1.1.2. de l'acte d'accusation, ainsi que de menaces (art. 180 al. 1 CP) en lien avec le chiffre 1.1.5.a. de l'acte d'accusation, l'a reconnu coupable de meurtre avec la circonstance aggravante de l'assassinat (art. 111 et 112 CP), de tentative de meurtre avec la circonstance aggravante de l'assassinat (art. 23 al. 1 CP cum art. 111 et 112 CP), de menaces (art. 180 al. 1 et 2 let. b CP), de dommages à la propriété (art. 144 al. 1 CP), de violation de domicile (art. 186 CP) ainsi que d'injure (art. 177 al. 1 CP). Le TCR l'a condamné à une peine privative de liberté de 19 ans et six mois, sous déduction de 1'238 jours de détention avant jugement, ainsi qu'à une peine pécuniaire de 30 joursamende, à CHF 30.- l'unité, avec sursis (délai d'épreuve : trois ans), a renoncé à révoquer le sursis octroyé le 7 décembre 2020 par le Ministère public (MP) et a ordonné son expulsion de Suisse pour une durée de 12 ans, avec inscription de la mesure dans le système d'information Schengen (SIS), ainsi que l'exécution anticipée de peine, par prononcé séparé. Après avoir constaté que A______ avait acquiescé sur le principe aux conclusions civiles de C______ pour elle-même, le TCR a condamné le prévenu à payer à celle-ci CHF 35'000.- en réparation de son tort moral, tout en renvoyant la concernée à agir par la voie civile s'agissant de la réparation de son dommage matériel et en rejetant ses conclusions civiles tendant à la réparation de son tort moral en tant que proche de feu G______, ainsi que CHF 12'500.- à chacun des parents du défunt, E______ et F______, en réparation de leur tort moral respectif. Les premiers juges ont enfin prononcé divers séquestres, confiscations, destructions et restitutions, ainsi que condamné le prévenu aux 9/10èmes des frais de la procédure en CHF 136'669.45, y compris un émolument de jugement de CHF 8'000.-, le solde étant laissé à la charge de l'État. a.b.a. A______ entreprend partiellement ce jugement, concluant dans sa déclaration d'appel, rectifiée en audience, à son acquittement des chefs d'infractions reprochés, à l'exception des dommages à la propriété et de la violation de domicile en lien avec les chiffres 1.1.3. et 1.1.4. de l'acte d'accusation, à ce qu'il lui soit donné acte de ce qu'il ne s'oppose pas à un verdict de culpabilité de lésions corporelles graves avec excès de légitime défense, en concours avec un homicide par négligence, subsidiairement de meurtre passionnel, au préjudice de feu G______, ainsi que de lésions corporelles simples, subsidiairement de mise en danger de la vie d'autrui, au détriment de C______, à ce qu'une peine clémente, n'excédant pas dix ans de peine privative de liberté, soit prononcée et à ce qu'il soit renoncé à son expulsion de Suisse, vu les risques qu'il encourt pour sa vie en cas de renvoi en Somalie (art. 2 de la Convention de

- 3/129 - P/36/2021 sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales [CEDH]). Il conclut en outre à l'irrecevabilité de la lettre de constitution des parents du défunt en qualité de parties plaignantes, produite en première instance, ces derniers devant être déboutés de leurs conclusions civiles faute de constitution valable, à ce qu'il soit condamné à payer la somme de CHF 10'000.- à C______ en réparation de son tort moral, ainsi que 3/10èmes des frais de la procédure préliminaire et de première instance. a.b.a.a. À titre de réquisitions de preuves, il a requis les auditions de H______ et de I______, l'établissement d'une expertise indépendante sur la situation politique ainsi que les us et coutumes en Somalie, respectivement au Yémen, en sus de la production du journal de police ainsi que du casier judiciaire suisse et étranger de feu G______. Les réquisitions de preuves ont été rejetées par décision présidentielle, au titre de la direction de la procédure (cf. courrier du 1er octobre 2024 in dossier de la Chambre pénale d'appel et de révision [CPAR]). a.b.a.b. L'appelant a en partie renouvelé ses réquisitions de preuves dans la perspective des débats d'appel et requis, en sus, l'audition par visioconférence de son frère, J______, témoin des menaces proférées à sa famille. Le Président a à nouveau rejeté les réquisitions de preuves réitérées, y compris la nouvelle demande d'audition de son frère, en invitant l'appelant à transmettre un affidavit de ce dernier (cf. courriers des 29 janvier 2025 in dossier de la CPAR). a.b.b. C______ et E______ ont formé appel joint. La première conclut à ce que le prévenu soit condamné des chefs de tentative de viol, subsidiairement de tentative de contrainte sexuelle, et de menaces en lien avec les chiffres 1.1.2. et 1.1.5.a. de l'acte d'accusation, ainsi qu'à l'admission intégrale de ses conclusions civiles déposées en première instance, le jugement entrepris devant être confirmé pour le surplus. La seconde conclut à la confirmation du verdict d'assassinat au préjudice de son fils et à ce que le prévenu soit condamné à lui verser CHF 35'000.- en réparation de son tort moral, en qualité de proche de la victime, étant relevé qu'elle n'a pas déclaré dans le délai légal, ce dont elle a pris acte ultérieurement en retirant son appel joint. b.a. Selon l'acte d'accusation du 15 janvier 2024, les faits suivants, commis à Genève, sont reprochés à A______ : b.a.a. Entre le 1er août 2019 et le 1er mai 2020, il a annoncé, à réitérées reprises, à C______, son ex-épouse dont il était divorcé depuis mai 2019, qu'il allait la tuer,

- 4/129 - P/36/2021 l'effrayant de la sorte, A______ ayant agi ainsi en particulier vers la fin 2019, aux alentours du foyer K______ (ch. 1.1.1. – menaces). b.a.b. Dans la soirée du 24 août 2020, au domicile de C______, sis rue 1______ no. 2______/A à L______ [GE], après avoir fait sortir les enfants du logement, il s'est dévêtu et s'est penché sur cette dernière, qui se trouvait dans la cuisine, l'a saisie fortement avec ses deux mains au niveau des poignets ou des avant-bras, lui causant des lésions cutanées, l'a plaquée contre un mur en collant son corps contre le sien et l'a embrassée sur la bouche, tout en lui disant qu'il "la voulait". Puis, en usant de la supériorité de sa force physique, le pénis en érection, il a tenté de lui imposer une relation sexuelle ou un acte analogue à l'acte sexuel, soit une pénétration vaginale ou anale avec son sexe. Il n'a toutefois pas réussi à la contraindre à subir de tels actes au motif que son ex-épouse a crié et s'est débattue pour se dégager de son emprise. Il a renoncé à son dessein et fait chuter son ex-épouse à terre, avant de quitter ledit logement (ch. 1.1.2. – tentative de viol, subsidiairement tentative de contrainte sexuelle, faits pour lesquels le prévenu a été acquitté en première instance). b.a.c. Le 24 octobre 2020, vers 22h00, il a asséné, durant une quinzaine de minutes, de nombreux coups sur la porte du domicile de C______, avant de la forcer au moyen d'un tournevis, l'endommageant de la sorte et causant un dommage patrimonial équivalant aux frais de réparation ou de remise en état de la porte, puis, il a pénétré sans droit et contre la volonté de son ex-épouse dans ledit logement (ch. 1.1.3. et 1.1.4. – dommages à la propriété et violation de domicile, faits dont ni l'établissement ni la qualification juridique ne sont litigieux en appel), avant de s'approcher de cette dernière en tenant un tournevis à la main le bras levé, effectuant de la sorte des gestes et adoptant une attitude apte à susciter de la peur chez son ex-épouse, l'effrayant de la sorte (ch. 1.1.5.a – menaces, faits pour lesquels le prévenu a été acquitté en première instance). b.a.d. Le 26 décembre 2020, il a téléphoné à C______ et l'a menacée de venir la tuer, de même que ses trois enfants, l'effrayant de la sorte (ch. 1.1.5.b. – menaces). b.a.e.a. Le 2 janvier 2021, après s'être rendu une première fois, à 15h30, devant la porte du domicile de C______, puis une seconde fois, vers 17h15, devant l'immeuble de cette dernière, muni d'un couteau de cuisine, d'une longueur totale de 30 cm environ, acquis le 23 décembre 2020, il a attendu l'arrivée de G______, compagnon de C______, et de cette dernière, à proximité dudit logement jusque vers 17h40, où il s'est retrouvé face à ceux-ci dans le hall de l'entrée de l'immeuble. Puis, alors que G______ avait fait sortir le prévenu de la demeure et que ce dernier avait pris la fuite, les deux concernés se sont retrouvés face à face à proximité d'un abri pour vélos et de l'entrée de l'immeuble no. 2______/L, rue 1______, et se sont empoignés mutuellement. A______ a sorti le couteau susmentionné et porté un coup avec cet objet à G______, le faisant tomber à terre, avant de se mettre à genoux sur ce dernier ou à côté de lui et de lui asséner 19 coups de couteau au cou, au thorax, à l'abdomen, au dos ainsi qu'aux

- 5/129 - P/36/2021 membres supérieurs, lui causant de multiples plaies telles que décrites dans l'acte d'accusation, entraînant un hémothorax gauche, un pneumothorax gauche, un hémopneumopéricarde, un pneumopéritoine, un pneumorachis ainsi qu'une hémorragie massive qui a très rapidement causé le décès de G______. A______ a agi avec le mépris le plus complet de la vie humaine et une absence particulière de scrupules, ayant fait usage d'une violence particulière et fait preuve d'acharnement ; son mobile était odieux, dès lors qu'il a tué G______ pour empêcher son ex-épouse d'entretenir une relation amoureuse avec un tiers, et son acte était prémédité, puisqu'il savait que les intéressés se voyaient tous les samedis ou à tout le moins régulièrement le samedi et qu'il avait acquis préalablement le couteau destiné à tuer ses victimes (ch. 1.1.6. – meurtre avec la circonstance aggravante de l'assassinat). b.a.e.b. Après avoir agi dans les circonstances décrites sous chiffre 1.1.6. et laissé G______ ensanglanté et décédé, ou sur le point de l'être, il a poursuivi C______, qui était sortie devant l'immeuble no. 2______/L, rue 1______. Après l'avoir rattrapée et tandis que cette dernière se trouvait au sol entre les immeubles nos. 2______/A et 2______/L de ladite rue, il l'a immobilisée au moyen de ses bras et de ses genoux, en s'accroupissant sur elle, l'a saisie en tenant le couteau de cuisine en question à la main, a tenté de l'égorger avec la lame à proximité de son cou et lui a asséné des coups de couteau, alors qu'il avait un coude sur son buste, C______ ayant toutefois réussi à lui donner un coup de genou dans les testicules et à saisir le couteau par la lame afin de l'empêcher d'agir. Durant l'altercation, A______ a effectué de nombreux gestes avec le couteau en vue de porter des coups et en a asséné à tout le moins cinq à son exépouse avec cet objet, l'atteignant en particulier aux mains, ainsi qu'au moins neuf avec ses poings, visant son visage et son corps, notamment le thorax. Il lui a également saisi les épaules, les cheveux et la tête pour la frapper au sol, tout en tentant de récupérer le couteau, et lui a mordu la main, lui causant de la sorte de multiples plaies et lésions telles que décrites dans l'acte d'accusation. A______ a tenté de la sorte d'ôter la vie à C______, sans toutefois y parvenir en raison des mouvements que cette dernière effectuait avec les mains et les bras pour se protéger, puis a finalement cessé ses agissements et pris la fuite, abandonnant sa victime, sérieusement blessée, sans appeler les secours ou se soucier de son état de santé. A______ a agi dans le mépris le plus complet de la vie humaine et avec une absence particulière de scrupules, ayant tenté de tuer C______ au moyen d'un couteau acquis préalablement et en faisant usage d'une violence particulière et preuve d'acharnement, alors que cette dernière était sans défense ; ses agissements étaient prémédités et son mobile odieux, ayant agi de la sorte afin d'empêcher son ex-épouse d'entretenir une relation amoureuse avec un tiers, considérant qu'elle lui appartenait (ch. 1.1.7. – tentative de meurtre avec la circonstance aggravante de l'assassinat ; ch. 1.1.10 – omission de prêter secours, étant relevé que le TCR a considéré que la première infraction absorbait la seconde).

- 6/129 - P/36/2021 b.a.e.c. Dans les circonstances précitées (ch. 1.1.7.), A______ a déclaré à C______ "voilà comment on meurt", en parlant de G______, qu'il allait la tuer et placer son corps à côté de ce dernier ou sur celui-ci, qu'elle méritait de mourir, qu'elle allait mourir ce soir, qu'il allait l'égorger et lui trancher la tête, l'effrayant de la sorte, tout en la traitant de pute (ch. 1.1.8. et 1.1.9. – menaces et injure, étant relevé que le TCR a considéré que les faits de menaces étaient absorbés par la tentative de meurtre avec la circonstance aggravante de l'assassinat). B. Les faits pertinents suivants ressortent de la procédure : I. Situation personnelle et familiale du prévenu A______, né le ______ 1988 à M______, en Somalie, pays dont il est originaire, est l'aîné d'une fratrie de dix, dont quatre sont décédés. Il expose que ses parents vivent à ce jour au Yémen, ainsi que deux de ses sœurs et un de ses frères, soit J______. Ses deux autres frères, N______ et O______, ainsi que lui-même résident en Suisse. Il ignore s'il a encore de la famille en Somalie, n'y étant plus retourné depuis qu'il s'en est enfui. i) De la Somalie à l'Europe a.a. En 1991, au début de la guerre civile, le père de A______, actif en tant que chauffeur, a été victime d'une fusillade et a perdu tant sa voiture que son logement, raison pour laquelle sa famille a fui au Yémen. A______ a alors grandi dans un camp de réfugiés installé par le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et a étudié dans ce pays de l'école primaire à la secondaire. En parallèle, il a travaillé dans un restaurant ainsi que dans une épicerie et a vendu également des tomates dans la rue. De 2009 à 2011, il a exercé au sein d'une association financée par le HCR, qui effectuait un travail social pour les réfugiés. Il subvenait alors seul aux besoins de toute sa famille. De 2011 à 2015, il a intégré l'université au Yémen en [section] ______ à la faculté P______ de Q______. a.b. C______, née le ______ 1992, d'origine somalienne, a également fui la Somalie pour le Yémen en 1993. Elle est issue d'une famille de quatre filles, dont deux sont décédées, de même que son père. Sa mère et sa sœur vivent au Yémen et sa tante éloignée, R______, à S______ [NE] (pièces 30'326 à 30'328 ; F-60'170). a.c. A______ et C______ se sont rencontrés au Yémen et se sont mariés religieusement le ______ 2009 dans ce pays, où ils ont vécu ensemble durant plusieurs années.

- 7/129 - P/36/2021 De leur union sont nés trois enfants, les deux premiers au Yémen et la dernière en Suisse : T______, le ______ 2009, U______, le ______ 2012, ainsi que V______, le ______ 2017, laquelle porte un nom différent du reste de la fratrie en raison du mariage religieux non reconnu en Suisse (pièces 30'335, 30'617 à 30'618). b. En 2015, en raison d'éclats de violence au Yémen, le parcours universitaire de A______ a été abruptement interrompu, ce qui l'a poussé à quitter le pays, en passant par le Soudan et l'Égypte, pour rejoindre l'Italie en bateau, traversée particulièrement éprouvante et traumatisante. Il était alors parti en direction de l'Égypte avec N______ ; C______, ses deux enfants aînés ainsi que son frère cadet, O______, les ont rejoints dans un second temps. c.a. Le 20 septembre 2016, A______ et sa famille sont arrivés en Suisse, où le précité a déposé une demande d'asile, laquelle a été rejetée par décision du Secrétariat d'État aux migrations (SEM) du 26 novembre 2018 (pièce in TCR 2). Selon celle-ci, la qualité de réfugié ne leur a pas été reconnue dès lors que les préjudices liés à la guerre ou à des violences généralisées ne constituaient pas une persécution déterminante. Ainsi, en cas de retour en Somalie, aucun élément ne portait à croire qu'ils seraient personnellement exposés à de sérieux préjudices au sens de la loi sur l'asile. En revanche, les conditions de sécurité dans le centre et au sud de la Somalie rendaient l'exécution de leur renvoi inexigible et commandaient de les admettre provisoirement en Suisse, étant relevé que cette décision prenait fin si une expulsion pénale était prononcée contre le requérant. A______ a ainsi reçu un permis F et a été attribué au canton de Genève, aux côtés de C______, de ses enfants ainsi que de ses deux frères. Par courriel du 27 janvier 2025, le SEM a rappelé que le retour forcé d'un ressortissant somalien pouvait être organisé avec l'autorisation explicite des autorités somaliennes, lesquelles avaient néanmoins tendance à ne pas la donner si l'intéressé avait une famille nucléaire en Suisse, ce qui compliquait tout renvoi forcé. Le SEM continuait à travailler avec les partenaires somaliens pour élargir les options afin de faciliter les retours (pièce in dossier de la CPAR). c.b. Durant leur séjour en Suisse, les membres de la famille ont été soutenus par l'Hospice général (HG). Tous ont d'abord résidé au foyer W______ avant d'emménager dans une grande maison à X______ [GE]. Dès avril 2019, C______ et les enfants ont vécu au foyer K______, puis, dès novembre de la même année, dans un appartement à L______, sis rue 1______ no. 2______/A, au 5ème étage. A______ est pour sa part retourné vivre au foyer W______, aux côtés de ses deux frères (pièces 30'016ss, 30'327 et 40'050). c.c. A______ a notamment travaillé en Suisse pour les entreprises Y______, puis Z______ SA, faisant des livraisons [pour la plateforme] AA______ pour un revenu

- 8/129 - P/36/2021 mensuel brut de CHF 3'500.- à CHF 3'600.-, du mercredi au dimanche de 14h00 à 21h00 (pièce 30'330). Selon le concerné, il était également coach sportif. ii) Des difficultés du couple et du harcèlement subi a. Interventions des autorités a.a. Au Yémen, C______ a subi des violences conjugales de la part de son époux, lequel lui interdisait de sortir sans son autorisation, comportement coutumier dans ce pays (pièces 30'327 et 30'329). À l'époque, elle avait déjà fait part de son intention de se séparer de A______, mais y avait renoncé dès lors qu'elle aurait perdu la garde de ses enfants, celle-ci revenant au père, ce que ce dernier a lui-même confirmé (pièces 50'172 et 50'196). a.b. En Suisse, l'attitude de A______ envers C______ a perduré. Le 4 janvier 2017, cette dernière s'est présentée au poste de police pour dénoncer les agissements de son mari, en expliquant qu'elle souhaitait le quitter mais craignait des représailles, avant d'accepter de retourner au domicile familial suite aux contestations de son époux, interrogé sur place par la police (pièces 20'018 et 40'108ss). Dès octobre 2017, C______ a à nouveau fait part à l'HG de son souhait de se séparer en raison des violences, en particulier verbales, qu'elle subissait, avant de se rétracter suite à la nouvelle intervention de son mari (pièces 30'019 à 30'027). En mars 2019, la concernée a sollicité l'équipe d'Accueil et Première intervention (API) en raison des violences conjugales qu'elle énonçait endurer et a finalement quitté en urgence le domicile familial avec les enfants pour être logée à l'hôtel, avec le soutien du Centre genevois de consultation pour victimes d'infractions (Centre LAVI) (pièces 30'200, 30'212, 30'225 et 30'388). a.c. Le 11 avril 2019, C______ a déposé une requête en mesures protectrices de l'union conjugale. Bien que A______ se soit initialement opposé à la séparation, les parties ont trouvé un accord sur les termes de celle-ci, lors de l'audience du 5 juin 2019 pardevant le Tribunal de première instance (TPI), la garde des enfants ayant été attribuée à la mère et un large droit de visite au père, convention qui a été entérinée le 7 juin 2019 (pièces 30'473 et 30'366). En parallèle, C______ et A______ ont divorcé religieusement (pièces 10'001 et 30'503). a.d. Dès le 19 octobre 2020, C______ a commencé à fréquenter un autre homme, soit G______, lequel résidait dans le canton d'Argovie et venait lui rendre visite les weekends, dont la première fois le 24 octobre 2020 (pièce 40'673). a.e. Ce jour-là, A______ a tenté de s'introduire de force au domicile de C______, laquelle se trouvait en compagnie de G______, ce qui a nécessité l'intervention de la

- 9/129 - P/36/2021 police (pièce 40'232). A______ a été interpellé à 22h30, puis détenu jusqu'au lendemain à 18h05 (pièces 30'410 et 30'431). C______ a déposé plainte pour ces faits (cf. infra let. B.II.i.c.). a.f. Le 28 octobre 2020, C______ s'est présentée au Service de protection des mineurs (SPMi), sollicitant de l'aide en raison du harcèlement et du dénigrement qu'elle subissait de la part de son ex-époux (pièce 30'335). Elle a également écrit un courriel ce même jour au Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (TPAE), soulignant être observée, traquée et insultée quotidiennement par le concerné, lequel considérait qu'elle le déshonorait en raison de leur séparation. Ses proches et elle subissaient des menaces. Elle sollicitait ainsi des mesures urgentes afin d'éviter tout "dérapage sans retour" (pièce 30'402). Le 29 octobre 2020, le TPAE a ordonné la suspension des relations personnelles sur mesures superprovisionnelles, après réception du rapport du SPMi (pièce 30'537), duquel il ressort notamment que les enfants avaient rapporté à l'infirmière scolaire, AB______, avoir été témoins d'une grosse altercation et que leur père n'avait de cesse d'insulter leur mère et leur mettait la pression pour obtenir constamment des informations sur celle-ci (localisation, occupations, visites, contacts, etc.). a.g. Le 3 novembre 2020, C______ a consulté à nouveau le Centre LAVI, se plaignant du fait que A______ venait chercher les enfants quand bon lui semblait, de façon à la contrôler, et avait également menacé de la tuer et de se tuer si elle devait refaire sa vie avec un autre homme (pièce 30'212). a.h. Suite aux requêtes de C______ des 4 et 6 novembre 2020 (pièces 30'501 et 30'607), vu les agissements de son ex-époux subséquents à la suspension de son droit de visite, lequel s'était notamment posté à un mètre d'elle tout en la fixant dans les yeux, avait pris leur fille pour lui faire un câlin avant de repartir en moto, puis s'était rendu devant l'école de leurs enfants, le TPI ainsi que le TPAE ont, par ordonnances des 5 et 10 novembre 2020 (pièces 30'365 et 30'519), fait interdiction à A______ d'approcher la personne et le domicile de son ex-épouse à moins de 200 mètres, ainsi que de contacter cette dernière, respectivement de quitter la Suisse avec les enfants, de les contacter et d'approcher dans ce même périmètre ces derniers ainsi que les lieux qu'ils fréquentaient, tout en inscrivant les mineurs dans le système de recherche informatisée RIPOL-SIS. Le TPAE a considéré que le concerné avait des comportements imprévisibles et recourait à la violence pour imposer ses vues ainsi que faire valoir ses droits. a.i. Un mois plus tard, soit le 11 décembre 2020, sur demande des deux parents et dans l'intérêt des enfants, le Service d'évaluation et d'accompagnement de la séparation parentale (SEASP) a requis la reprise des relations personnelles afin d'autoriser des appels téléphoniques entre les mineurs et leur père, ainsi qu'une visite la journée du

- 10/129 - P/36/2021 samedi 19 décembre 2020 pour l'anniversaire de la fille aînée, le frère de A______ devant se charger du passage de l'enfant, ce que le TPAE a ordonné par décision du 17 décembre 2020, sur mesures superprovisionnelles (pièce 30'467). a.i.a. Selon C______, A______ n'avait pas accepté leur séparation, raison de son comportement à son encontre. Bien qu'il restât un bon père et que les enfants avaient besoin de lui, il la dénigrait constamment auprès de ces derniers, qu'il instrumentalisait, ce que ceux-ci lui avaient répété. Il l'appelait pour la surveiller et l'insultait constamment. Il lui laissait toujours un enfant lors de son droit de visite les week-ends pour l'empêcher de sortir. Le seul week-end où elle n'avait pas eu les trois enfants – et qu'elle était alors en compagnie de G______ –, il était venu à son domicile et avait cassé la porte palière pour s'y introduire. Elle souhaitait que leurs enfants grandissent en dehors du conflit parental et ne voulait plus de contact avec son ex-époux, ni le revoir (pièces 30'327 et 30'329). Elle faisait, malgré tout, la distinction entre la relation conjugale et parentale (pièce 30'337). a.i.b. A______ a reconnu avoir exercé des violences conjugales au Yémen, y compris lors d'un épisode en 2014 (pièce 50'156), et avoir harcelé son ex-épouse après leur séparation. Il était parfois contrôlant et jaloux, en raison de son rôle de père au sein de la famille. Selon lui, son ex-épouse gardait toutefois volontairement un enfant tous les week-ends car elle avait peur la nuit (pièce 30'331). Il avait accepté la situation en décembre 2020, ce qui n'avait pas été le cas en octobre d'avant. Il était en effet en couple depuis novembre 2020 (pièces 30'336 et 30'337). a.j. Le dimanche 27 décembre 2020, C______ a, à nouveau, fait appel à la police. Elle s'était réfugiée avec ses enfants chez son amie, AC______, par crainte de rentrer à son domicile et d'être confrontée à A______, lequel avait proféré des menaces de mort (pièce 40'232 ; cf. infra let. B.II.i.d.). a.k. Par courriel du 29 décembre 2020, le Conseil de C______ a également informé le SEASP que A______ avait appelé plus d'une dizaine de fois sa mandante, demandant où étaient ses enfants et menaçant de se suicider. Le samedi précédent (26 décembre 2020), il s'était également présenté chez elle, alors qu'elle était absente. La police avait été à nouveau prévenue (pièce 30'351). a.l. Le samedi 2 janvier 2021, dès 17h39, six appels ont été émis à la Centrale d'engagement, de coordination et d'alarme (CECAL) suite à une agression au couteau au domicile de C______ (pièces 40'232ss), impliquant A______, G______ et la précitée, le deuxième ayant perdu la vie et C______ ayant été blessée (cf. infra let. B.II.i.e.).

- 11/129 - P/36/2021 b. Témoignages sur la relation du couple b.a. Les proches de A______ et de C______ ont été entendus durant la procédure sur leur relation, en particulier suite à leur séparation. b.b. Selon N______, son frère A______ était gentil mais nerveux. Il ne l'avait toutefois jamais vu agressif. Celui-ci réfléchissait beaucoup, avait parfois tendance à "grossir" les problèmes et s'inquiétait passablement. Ayant pris la place du père et du chef de la maison (pièce 50'163), il se préoccupait de tout le monde (pièce 40'474). A______ était triste de sa séparation avec C______ et y pensait beaucoup (pièce 50'170). Après les évènements d'octobre 2020 (cf. infra let. B.II.i.c.), son frère lui avait révélé qu'il avait vu son ex-épouse avec un homme (pièce 40'476) et qu'il ne pouvait l'imaginer avec quelqu'un d'autre, avant de lui dire, ultérieurement, s'être fait à cette idée. Ses parents ainsi que lui-même avaient discuté avec A______ pour l'aider à accepter la situation. Juste avant les vacances de Noël, il avait demandé à ces derniers de dire à son frère qu'il était temps de passer à autre chose, qu'il devait laisser C______ tranquille, que celle-ci avait déjà refait sa vie et qu'il devait refaire la sienne. Il avait en effet souvent entendu son frère dire qu'il aimait encore son ex-femme et qu'il n'arrivait pas à tourner la page (pièce 50'170). L'intéressé devait se dire que tout son périple pour venir en Suisse était devenu inutile. Il était pour sa part resté en contact avec C______, ce que son frère savait, ce dernier lui demandant ce qu'elle faisait et où elle était. Il ruminait beaucoup (pièces 20'076ss). Il était aussi arrivé à A______ de lui demander d'appeler ses enfants pour avoir de leurs nouvelles par ce biais ou de lui envoyer des messages d'amour pour qu'il les transfère à C______. Comme il persistait à l'appeler, celle-ci lui avait demandé de dire à A______ de ne plus le faire. Selon lui, son frère était énervé et triste de la situation. Ces derniers temps, il avait toutefois rencontré une femme et semblait plus heureux et serein (pièces 40'473ss). b.c. Selon O______, il n'avait jamais été témoin de tension entre son frère et son exépouse ; il ne savait toutefois que le strict minimum et n'avait jamais essayé d'obtenir davantage d'informations, notamment sur leur séparation. En revanche, cela se voyait que A______ n'était pas bien, car il ne pouvait pas voir ses enfants. Suite aux faits d'octobre 2020 (cf. infra let. B.II.i.c.), C______ les avait appelés, son frère et lui, pour leur demander de surveiller A______. Ils avaient alors dit à ce dernier de ne plus retourner chez son ex-épouse et avaient averti leurs parents, qui en avaient fait de même (pièces 40'599ss). b.d. La tante de C______, R______, a expliqué avoir rencontré sa nièce à son arrivée en Suisse. Quelques mois après, cette dernière s'était plainte de A______, lequel était dur, très contrôlant et l'isolait. Sa nièce avait quitté son époux après avoir subi une paralysie neurologique liée au stress. Suite à cela, la situation avait empiré. A______ avait une obsession pour elle et ne voulait pas admettre la situation. Il la suivait partout, l'insultait au loin, lui envoyait sans cesse des messages menaçants, ce qui l'effrayait. De son côté, elle avait tenté d'intervenir en disant à A______ d'arrêter et en lui répétant,

- 12/129 - P/36/2021 en vain, que la concernée n'était plus sa femme et qu'il ne pouvait la contrôler. A______ se servait également des enfants pour entrer en contact avec C______. Celleci l'appelait alors en pleurs et lui transférait les messages qu'elle recevait de son exépoux. Sa nièce lui avait aussi raconté que l'intéressé la suivait, prétendant être à un autre endroit alors que, peu après, elle le croisait par hasard. C______ ne se sentait pas bien et avait averti A______, sur ses conseils à elle, qu'elle appellerait la police s'il se passait quelque chose, ce dernier ayant toutefois rétorqué que cela ne lui faisait pas peur (pièces 40'884ss). b.e. AD______ avait de son côté joué le rôle de mère pour C______, qu'elle avait rencontrée à Genève. Celle-ci lui avait mentionné les difficultés de son couple, y compris les violences conjugales subies au Yémen. À la suite des faits d'octobre (cf. infra let. B.II.i.c.), la concernée était tétanisée à l'idée de croiser son ex-époux. Ce dernier, qui avait interdiction d'approcher C______, l'avait implorée de bien vouloir les réconcilier. Il lui demandait si son ex-épouse avait quelqu'un d'autre dans sa vie, en précisant qu'il l'aimait toujours et qu'il allait changer. Il l'avait également priée de faire passer un message à son ex-femme, souhaitant lui dire qu'il l'aimait comme au premier jour et que, depuis l'altercation, il ne s'alimentait plus et se sentait mal. C______ avait rétorqué que leur relation était terminée, qu'il resterait le père des enfants mais rien de plus et qu'il devait le comprendre une bonne fois pour toutes. Ellemême avait ensuite rappelé A______ pour lui dire qu'il fallait qu'il accepte la décision de C______, laquelle avait été claire avec lui et qu'il n'y avait plus aucun espoir. Ce dernier, qui ne l'écoutait pas, lui répétait que c'était parce que son ex-épouse avait quelqu'un dans sa vie et qu'il fallait absolument qu'il évite que le lien entre ces derniers ne se renforce. C______ lui avait aussi révélé que, malgré le fait qu'il n'en avait pas le droit, A______ venait souvent dans son quartier et continuait de la harceler par téléphone, ce qui lui faisait peur, raison pour laquelle elle avait de son côté déconseillé à A______ d'agir ainsi. Ce dernier avait des idées noires et parlait de C______ comme si elle était sa possession, disant que, d'où il venait, au Yémen, lorsqu'une femme quittait un homme ou divorçait, elle n'avait plus le droit de refaire sa vie (pièces 40'502ss). b.f. La fille de AD______, AE______, avait connu C______ à l'époque où celle-ci avait quitté le domicile familial, l'ayant accompagnée au Centre LAVI. Par crainte que A______ n'apprenne qu'elle avait aidé son amie, elles n'avaient plus eu de contacts jusqu'aux évènements du mois d'octobre 2020 (cf. infra let. B.II.i.c.). C______ lui avait alors expliqué qu'elle avait pour habitude de ne rien faire lorsque son ex-époux dérapait, vu qu'au Yémen, il n'y avait pas d'État de droit, ce à quoi son interlocutrice lui avait rétorqué que tel n'était pas le cas en Suisse et qu'elle devait le dénoncer. C______, apeurée, n'avait pas confiance en la justice puisque lorsqu'elle avait tenté de quitter son époux au Yémen, la police lui avait pris ses enfants pour les ramener chez leur père. Sur ses conseils, C______ lui avait demandé d'envoyer un courriel au SPMi car A______ n'arrêtait pas d'écrire ou d'appeler les enfants en l'insultant notamment de "pute". Il la harcelait constamment (pièces 40'585ss).

- 13/129 - P/36/2021 b.g. AF______ avait fait la connaissance de A______ au foyer et s'était rapprochée de lui dès septembre ou octobre 2020. Ce dernier lui avait raconté qu'il s'était séparé de son ex-épouse car ils ne se comprenaient plus. En 2018, il souhaitait se remettre avec cette dernière mais la situation était très difficile entre eux, si bien qu'en 2019, il avait décidé de rencontrer quelqu'un d'autre. Elle-même avait déjà décliné à cette époque sa proposition de se mettre en couple avec lui. Depuis l'altercation en octobre 2020 (cf. infra let. B.II.i.c.), l'intéressé, qui n'était pas bien, l'appelait pour discuter mais ne souhaitait plus aborder le sujet de son ex-femme car cela l'énervait. Le jour de l'anniversaire de la fille de A______, les enfants de ce dernier avaient informé leur père que le compagnon de son ex-épouse allait dormir à la maison, ce qui l'avait dérangé, précisant qu'il n'était pas énervé à cause de cet homme mais que cela lui déplaisait par rapport aux enfants. En novembre 2020, il lui avait à nouveau dit vouloir une relation, mais elle-même n'était pas prête. A______ n'avait pas l'air bien et reparlait de la situation avec ses enfants. Elle avait commencé à discuter de plus en plus souvent avec ce dernier, lequel lui avait, une nouvelle fois, fait part de son souhait qu'ils se mettent ensemble. Elle lui avait répondu qu'elle n'était pas décidée à être en couple et lui avait donné sa décision définitive, le 1er janvier 2021, par téléphone, lui expliquant qu'elle voulait se concentrer sur ses études, qu'elle avait besoin de temps et que cela lui permettrait de son côté de régler les problèmes avec sa famille. A______ n'était pas bien, lui demandant pourquoi elle ne voulait pas, la suppliant de lui laisser du temps et lui disant qu'il l'aimait beaucoup. Finalement, l'intéressé lui avait dit qu'il comprenait sa décision, la respectait et était prêt à l'attendre s'ils restaient en contact. Durant la nuit du 1er au 2 janvier 2021, il lui avait écrit en lui disant qu'il n'arrivait pas à dormir, que son cerveau n'était pas prêt à se calmer et qu'il y avait trop d'instabilité dans sa vie. Elle l'avait rassuré et ils s'étaient tous deux endormis chacun de leur côté (pièces 40'447ss). b.h. Selon AG______, il avait connu A______ à travers le football cinq ou six mois après l'arrivée de ce dernier en Suisse. Lui-même l'avait aidé à trouver un emploi et lui avait appris à conduire. A______, très ouvert, avait en effet cherché à s'adapter rapidement en Suisse. Il avait été convoqué comme témoin lors de son divorce religieux car A______ et lui faisaient partie du même clan. Ce dernier ne souhaitait pas divorcer mais la religion prônait que si une médiation n'était pas envisageable, le divorce devait être prononcé. Il n'était jamais intervenu dans un conflit impliquant l'intéressé, hormis celui qui l'opposait à C______. Il avait toujours conseillé les deux époux, disant à A______ que la séparation était la solution et ce dernier l'avait écouté (PV TCR p. 49 et 50). Suite aux évènements du mois d'octobre (cf. infra let. B.II.i.c.), C______ lui avait demandé de récupérer le duplicata d'une carte SIM auprès de son ex-époux, ce qu'il avait fait. Avec plusieurs autres personnes du même clan, il l'avait réprimandé sur ses agissements, lui disant qu'il n'aurait jamais dû faire cela et qu'il n'était plus en couple avec C______. Visiblement, l'intéressé, qui était selon lui calme et bon, aimait encore son ex-épouse (pièces 40'459ss).

- 14/129 - P/36/2021 b.i. AI______ connaissait A______ depuis 2016 par le biais du football. La séparation était difficile à vivre pour ce dernier qui souhaitait réunir son ex-femme et ses enfants sous le même toit. Les dernières fois qu'ils s'étaient vus ou parlés, A______ allait moins bien car, selon ses dires, il pensait beaucoup à C______ et espérait arranger les choses. Il lui parlait parfois de la femme qu'il venait de rencontrer mais pensait toujours à sa famille (pièces 40'574ss). c. Données matérielles figurant au dossier c.a. L'extraction des données des téléphones utilisés par A______ et C______ a mis en évidence notamment les échanges suivants, desquels il ressort que le premier se montre contrôlant et possessif à l'égard de la seconde (pièces 40'904ss et 40'972ss) :  Échanges entre les deux protagonistes - le 27 juin 2020, A______ demande à C______, référence faite à une photographie qu'elle lui a envoyée d'un anniversaire, pourquoi il y a de l'alcool sur la table ; - le 19 septembre 2020, durant la soirée, alors que C______ se trouve à un mariage, l'intéressé, qui gardait les enfants, lui envoie de nombreux messages lui demandant si la soirée est terminée et lui disant que c'est une soirée "rodage", ce terme, en langue somali, faisant allusion, selon le traducteur, à une femme qui tourne en rond, à la recherche d'un homme, étant précisé que A______ s'est rendu aux alentours du domicile de son ex-épouse, moins d'une heure après ce dernier échange ainsi que la nuit suivante (cf. infra let. B.I.ii.c.b.a.) ; - le 24 octobre 2020, A______ a appelé son ex-épouse pas moins de dix reprises et lui a notamment envoyé les messages suivants : "Comme si me faire du mal servait à quelque chose ! Partout où tu es allée te plaindre, ils n'ont rien pu me faire. Alors rien ne vaut le respect ! Le jour où tu es arrivée en Europe ; tu as cessé d'avoir du respect pour ta propre personne. Tu me parles de la police. Viens, même avec des généraux de l'armée : sache que je ne suis pas quelqu'un de faible, Dieu merci ! […] Crois-tu vraiment que la police est là pour tuer les gens ou que les tribunaux mettent les gens en prison sans aucune raison valable ? Hahaha, apprends la loi et la vie en général ! Tu as dit quoi ? Si seulement j'avais su régler ton cas depuis longtemps. Tu es remplie de mal en toi. […] Je jure que l'Europe a révélé ta véritable personnalité. Je n'aime pas te dire des mauvaises phrases, mais à chaque fois que je me sens en paix avec moi-même, tu trouves le moyen d'allumer le feu. C'est encore pire aujourd'hui, car je ne me sentais vraiment pas bien. Dieu me viendra en aide !". Selon l'interprète, l'expression "meel ku sarro" traduite par "si seulement j'avais su régler ton cas depuis longtemps", fait référence à un problème qu'une personne peut

- 15/129 - P/36/2021 avoir avec un tiers et trouve enfin le courage de le régler une fois pour toute. Littéralement, cette locution signifie se débarrasser de quelqu'un ou de quelque chose. Dans le cas précis, A______ considère que son ex-épouse est un "cas/problème" qu'il doit régler (pièce 40'909). Par la suite, bien qu'il soit fait interdiction à A______ d'entrer en contact avec C______ dès le 29 octobre 2020, celui-ci l'appelle ou tente de l'appeler à plusieurs reprises à partir du 10 novembre 2020, soit en particulier à huit occasions lors du week-end du 26 au 27 décembre 2020.  Échanges entre le prévenu et la mère de C______ Entre le 29 décembre 2020 et le 2 janvier 2021, A______ adresse plusieurs messages à la mère de C______, dont il ressort qu'il aime son ex-femme, qu'il souhaite que les choses s'arrangent et reprendre leur vie de famille, avant d'indiquer avoir compris qu'il n'y a plus d'espoir de vie commune : - le 29 décembre 2020 : "Mama E______ bonjour, je tiens à te dire que j'aime ta fille C______ et, pour être honnête, avant notre mariage nous étions déjà en contact […]. En arrivant en Europe, on dirait qu'elle a oublié tout ce que nous avions traversé ensemble. Mama E______, cela fait plus d'une année et demi qu'elle est loin de moi et je n'ai pas cessé de prendre contact avec elle. Toutes les personnes qui sont au courant de notre situation savent que ma position reste inchangée : j'aime C______ et mes enfants et je veux que les choses s'arrangent. Ma fille T______ a 13 ans à présent et, pour être honnête, je ne veux pas d'une autre personne dans sa vie […]. Mama E______, elle a décidé de donner le fruit de tout ce que nous avons construit à une personne qu'elle ne connait que depuis 3 mois, tout en jetant le père de ses propres enfants à la rue. Je trouve cela déplorable […]. Je suis la personne qui a traversé toutes ces épreuves avec elle. Maintenant que nous sommes arrivés en Europe, voilà qu'un inconnu sorti de nulle part l'intercepte. Le pire, c'est qu'elle me dit que cet inconnu a plus de valeur que moi, cela est déplorable […]. Mais à présent, j'ai trop mal. C______ est tout pour moi : mon ami, ma famille, ma femme […]. Cette personne dont elle dit qu'[elle] a plus de valeur que moi, elle l'a rencontrée ici en Suisse. Comment ose-t-elle le comparer à moi ? Il ne vaut pas ne serait-ce qu'une journée des galères que j'ai vécues pour m'occuper de ma famille […]. Je n'ai pas perdu l'espoir d'être réuni avec la mère de mes enfants […]. Je me suis dévoilé devant toi aujourd'hui et je voulais te dire à quel point j'aime ta fille. Elle me manque énormément et j'espère que tu seras à mes côtés pour m'aider car je perds la raison" ; - le 1er janvier 2021 : "[…] j'espère que Dieu fera en sorte que tous nos problèmes se terminent et que je puisse être présent pour l'aider à éduquer nos enfants […]. Dès que j'ose l'appeler pour prendre des nouvelles de mes enfants, elle part se plaindre dans des bureaux, chez des Blancs. Je trouve cela inhumain […]. J'ai

- 16/129 - P/36/2021 compris qu'il n'y avait plus d'espoir de vie commune avec C______. Comme elle, j'ai refait ma vie et, à présent, elle peut faire ce qu'elle veut. Mais elle n'a pas le droit de me retirer mes enfants. La seule chose qui me reste, c'est la joie que mes enfants me procurent. Elle le sait et c'est de cette manière qu'elle cherche à écraser mes testicules. Elle sait que je les aime plus que tout au monde, donc elle en profite […]. Par la grâce de Dieu, parlez avec votre fille ! Sachez que Dieu ne sera jamais d'accord avec ce qu'elle me fait et qu'en tant que parents, la question vous sera posée le jour du jugement dernier. Faites le nécessaire !". De son côté, la mère de C______ envoie plusieurs messages audios à A______ lui demandant de se calmer car il perd la raison, lui suggérant de refaire sa vie, lui rappelant qu'il n'a pas le droit de se rendre au domicile de sa fille, laquelle n'a pas eu d'autre choix que de faire appel aux autorités pour se défendre d'un homme agressif, et lui disant qu'il n'écoute personne, pas même sa propre mère, et qu'il est le seul responsable.  Échanges entre le prévenu et ses parents Il ressort des échanges avec les parents de A______, notamment suite aux faits du 24 octobre 2020 (cf. infra let. B.II.i.c.), que ceux-ci désapprouvent le comportement de leur fils et lui suggèrent de ne plus s'approcher de C______ ainsi que de l'oublier, en le sermonnant : - le 25 octobre 2020, le père de A______ lui dit : "As-tu été arrêté ? Nous sommes très inquiets, réponds-nous au plus vite. Nous t'avons prévenu 100 fois, voire 1000 fois. Nous avons même dit à C______ que nous t'avions conseillé. Tu as encore de l'espoir de te remettre avec elle. Tu as besoin d'être fort et de contrôler tes sentiments. Nous t'avons conseillé en douceur et même en élevant la voix. Nous ne comprenons pas pourquoi tu dénigres notre parole. Eloigne-toi de C______. Pour nous, c'est comme si elle n'existait plus. Toi aussi, tu as besoin de faire ton deuil, mais on dirait que tu ne veux pas l'entendre. Nous sommes bien tes parents, alors écoute-nous et éloigne-toi d'elle si cela ne fait que de t'apporter des problèmes. Pourquoi te comportes-tu comme le responsable légal de C______ ? Si elle est toute seule chez elle ou avec un homme, cela ne te regarde pas. Comment peux-tu forcer et casser la porte d'un logement qui ne t'appartient pas ? […]. Moi je n'en peux plus. Plus jamais tu ne vas m'entendre te donner des conseils au sujet de C______. Tu ne vas de toute façon pas les écouter […]. L'homme dont j'étais tellement fier, dont je disais à tout le monde qu'il était vraiment intelligent, il s'est fait avoir comme un enfant en recevant un coup de fil pour lui dire que C______ est avec un homme dans sa chambre […]. Même si elle était avec 100 hommes dans une chambre, ce ne sont pas tes affaires. Tu ne l'as pas mise au monde. Tu n'es pas son gardien légal. Sa vie ne te concerne plus […]. Mais pour qui t'es-tu pris ? Tu n'es pas son père, ni son frère, ni son mari. Tu as été envoyé là-bas comme un imbécile qui ne réfléchit pas. Tu as fait ton choix. Pour toi, une relation qui est

- 17/129 - P/36/2021 terminée, alors que nous t'avions dit de l'oublier, de faire ta vie, est plus importante que tes parents et ta famille. Comment as-tu fait pour passer d'une personne qui préparait son dîner et s'apprêtait à manger sa pizza, à aller casser la porte de quelque en criant "C'est ma femme" alors que, légalement et religieusement, elle ne l'est plus […]. Comment oses-tu encore me dire que c'est ta femme, que si elle est dans son appartement avec un homme, cela relève de ta responsabilité ? Elle ne t'appartient pas, vous n'êtes plus ensemble. Tu es le fautif dans tous les cas". A______ lui répond : "Papa je n'ai fait saigner ou je n'ai tué personne. Le gros problème dans cette situation, je te l'expliquerai plus tard. Je vais rentrer à la maison", puis dans un second temps : "Papa, quoi qu'il arrive je resterai un bonhomme. J'ai découvert ce qu'elle cachait et c'est bien un comportement de pute", et après quelques échanges avec son père qui le sermonne : "Papa, j'ai une enfant qui a maintenant 10 ans, elle n'a pas besoin de voir des mauvaises choses. Un mariage dans le respect n'est pas honteux, mais de là à voir des comportements de pute […]. Papa, j'ai vu des choses honteuses qui m'ont convaincu une fois pour toute. Je viens tout juste d'être relâché. S'il te plait, parle-moi avec plus de compassion. Tu pourras me faire la leçon plus tard". A______ transmet à son père le soir même, à 00h18, une photographie de G______, manifestement issue d'une vidéo prise à la volée, avec la légende suivante : "Voici l'homme que j'ai rencontré hier soir. C'est à cause de lui que j'ai passé la nuit à l'ombre. J'ai finalement réussi à faire sa connaissance" ; - en parallèle, le 25 octobre 2020, sa mère lui envoie des messages vocaux en lui faisant part de son incompréhension quant à son comportement et lui disant que son ex-épouse est une femme libre, dans un pays libre et que, vu qu'il n'est ni son père, ni son frère, il n'a pas le droit d'agir de la sorte. Elle termine en disant que la concernée ne veut plus de lui et que, vu qu'il est un homme intelligent qui a fait des études, il devrait être capable de le comprendre et de l'accepter. A______ répond à sa mère le même jour afin de la rassurer : "Salutations Maman, je viens de sortir et je vais bien. Je n'ai rien fait, je n'ai pas porté de coup et n'ai pas fait couler de sang. Tout ce que je voulais, c'était savoir ce qu'elle cachait. […] J'ai découvert qu'il y avait bien une autre personne et qu'elle voulait absolument le cacher. Moi, je voulais vraiment savoir. C'est pour ça que j'ai agi ainsi. Voilà, maintenant au moins, je sais qu'il n'y a plus d'espoir avec elle. J'ai vu le visage de cette personne […]. Vu qu'elle est bien avec quelqu'un d'autre, je dois la laisser tranquille et j'ai accepté […]" ; - le père de A______ lui rapporte encore les propos tenus par la mère de C______, soit notamment : "Ils sont divorcés, qu'il laisse notre fille tranquille. Il est fou, car il nous a envoyé une photo d'un homme en disant : voici le nouvel oncle de mes enfants", puis : "Dites à votre fils, qui est visiblement rongé par la jalousie, que ma

- 18/129 - P/36/2021 fille n'est pas sa propriété et que, même si elle décide d'avoir un homme, voire 100 hommes, et même se promener toute nue dans la rue ou de faire le trottoir comme une prostituée, cela ne le regarde pas" ; - le 2 novembre 2020, la mère de A______ est en contact avec R______, laquelle explique que "C______ l'a appelée complètement terrorisée et en pleurs" et considère alors A______ comme quelqu'un de dangereux dont elle a peur qu'il finisse par tuer sa nièce ; - le 3 novembre 2020, le père de A______ indique à ce dernier que C______ a laissé un message vocal sur le téléphone de sa femme, qu'il résume en ces termes dans la bouche de cette dernière : " À présent, ça suffit : vous n'avez aucun pouvoir sur votre fils et il ne vous écoute même pas alors que vous êtes ses parents. Il n'arrête pas de m'appeler pour m'espionner, il est constamment devant ma porte pour voir ce que je fais. Il y a même eu des fois où il était derrière ma porte à 3 heures du matin et n'hésitait pas à frapper. Alors ne soyez pas choqués. Je vais à présent aller jusqu'au bout de cette plainte". Après avoir écouté ledit message vocal de son ex-épouse, A______ précise notamment : "[…] elle voulait continuer à vivre sa double vie. Je pense que c'est le jour où j'ai découvert la vérité de mes propres yeux en rattrapant en flagrant délit avec cet homme qu'elle a décidé de n'avoir plus ni scrupule ni respect pour qui que ce soit. Elle a parfaitement compris qu'il n'y avait plus moyen de faire marche arrière, surtout après que je l'ai vue avec un autre homme […]. Aujourd'hui je vous annonce que j'ai bien suivi votre conseil. J'ai fait la rencontre d'une jeune et jolie fille de notre clan AH______. Elle est au courant de ma situation personnelle avec la mère de mes enfants et elle me soutient énormément. Je vous promets que la page est tournée ".  Échanges entre le prévenu et son frère N______ En substance, A______ demande à son frère de faire l'intermédiaire entre C______ et lui, d'appeler cette dernière ou de lui transmettre des messages d'amour. N______ lui fait part de son incompréhension quant à son comportement et lui demande de laisser son ex-épouse tranquille : - le 20 décembre 2020, A______ écrit à son frère : "Depuis que C______ sait que je l'aime par-dessus tout, elle me traite comme un moins que rien. Pour être honnête avec toi, AJ______, je pense à elle chaque minute de la journée. Jamais je n'aurais imaginé qu'elle allait partir avec quelqu'un d'autre. Si elle ne ressent pas d'amour pour lui, il est préférable qu'elle apaise mon âme qui est en feu en ce moment. Transmets cela pour moi. Je te le jure que, depuis les dernières 24h, je ne mange plus, je n'arrive plus à trouver le sommeil. C'est l'amour de ma vie, j'ai

- 19/129 - P/36/2021 tout essayé pour la convaincre. J'ai le sentiment d'avoir perdu la personne la plus chère à mes yeux" ; - le 27 décembre 2020, alors que A______ tente à plusieurs reprises de joindre C______, laquelle ne lui répond pas, N______ lui écrit : "Laisse tomber A______, ce n'est rien de grave. Elle est sûrement allée faire un petit séjour chez sa tante. Elle en a peut-être marre qu'on rappelle pour lui demander où elle est et ce qu'elle fait. Alors, laisse-la. D'ailleurs, pourquoi tu rappelles alors qu'elle ne veut pas que tu le fasses ?". Lorsque A______ lui rétorque qu'elle aurait pu au moins prévenir qu'elle partait avec les enfants, son frère ajoute : "C'est vrai, je te l'accorde […]. En même temps, je sais pourquoi elle a fait cela. Imagine, une personne qui te demande constamment où tu vas, ce que tu fais. C'est pénible au bout d'un moment. Elle s'est sûrement dit "Ce n'est pas mon père, qu'il me laisse tranquille !" Elle a peut-être éteint son téléphone, ce que je peux comprendre. Ne t'inquiète pas, on aura une explication. Pourquoi tu continues à rappeler ? Que, tu appelles sa tante, je comprendrais. Mais l'appeler elle et surtout te rendre à son domicile, je ne suis pas d'accord !" ; - le 30 décembre 2020, lorsque A______ demande à son frère si les enfants vont l'appeler, ce dernier lui répond que C______ ne souhaite plus lui parler, qu'elle ne lui répond pas et qu'elle lui a demandé d'arrêter de l'appeler, en précisant encore : "A______, elle m'a dit qu'elle en avait marre. Même le prof de Coran ne veut plus revenir pour enseigner aux enfants. Elle m'a dit que le prof n'en peut plus de tes innombrable appels, plus d'une centaine, à lui demander où il est, à quelle heure il est arrivé et parti ! Le prof me dit qu'il ne veut pas de problème, qu'il est juste là pour transmettre ses connaissances religieuses et non pas pour autre chose. A______, il faut que tu arrêtes tout cela. Tu as obtenu l'autorisation de voir tes enfants et cela devrait être ta seule préoccupation. Pourquoi continuer à créer des problèmes ? Pourquoi tu ne comprends rien ? […]. Je t'ai prévenu, ne dit plus rien à son sujet ; sinon les choses vont s'empirer".  Échanges entre C______ et AD______ AD______ a parlé à plusieurs reprises avec A______, conversations dont elle rapporte la teneur à C______ : - le 21 décembre 2020, elle relate les propos tenus par A______ : "[…] je l'aime autant qu'au premier jour et je ne peux pas vivre sans elle", ce à quoi C______ répond : "[…] dès que j'ai écouté le message vocal, la peur et l'angoisse m'ont envahie. Que Dieu lui vienne en aide en l'apaisant […]. Je suis rongée par la peur et l'inquiétude.". Le lendemain, AD______ ajoute : "Cet homme est rongé par la jalousie et la folie".

- 20/129 - P/36/2021  Échanges entre C______ et sa mère De par les échanges entre C______ et sa mère, leur inquiétude face à la situation se fait sentir : - le 26 octobre 2020, C______ explique à sa mère que lorsque A______ venait chercher les enfants, il l'insultait en disant : "je vois que tu es bien habillée. Tu vas faire la pute avec d'autres hommes ?" ; - le 20 décembre 2020, sa mère lui indique : "Cet homme est fou de jalousie et je ne veux pas qu'il revienne chez toi comme la dernière fois, avec des conséquences plus graves. Il est complètement obsédé par chacun de tes faits et gestes. Les enfants sont une très bonne excuse pour lui, mais en réalité c'est toi qu'il veut. Il m'a dit que les enfants lui ont tout raconté, qu'un matelas était déployé à chaque fois qu'il [G______] venait pour dormir chez toi. Fais attention ma fille, cet homme est complètement possédé, il est capable de venir chez toi et te mettre un coup qui te sera fatal". c.b.a. L'analyse des données rétroactives du téléphone de A______ a mis en évidence la présence de ce dernier autour du domicile de C______, à diverses occasions (pièces 40'672, en particulier : - à 22 reprises, au milieu de la nuit, entre le 14 juillet 2020 et le 24 octobre 2020, souvent plusieurs fois durant la même nuit et à plusieurs heures d'intervalle, ainsi qu'à une reprise durant la nuit du 3 décembre 2020 ; - le 24 août 2020, entre 07h43 et 09h58, puis entre 19h15 et 21h00 ; - le 24 octobre 2020, entre 01h16 et 01h44, 12h20 et 12h54, 15h03 et 15h22 – ce dernier créneau correspond probablement à l'heure à laquelle A______ est venu chercher les enfants, soit 15 minutes avant l'arrivée de G______, dont le téléphone a activé des bornes dans ce secteur dès 15h34 –, ainsi qu'entre 21h58 et 22h55, créneau correspondant aux faits reprochés à cette date (cf. infra let. B.II.i.c.), avant l'activation de bornes à proximité du poste de police ; - le 25 octobre 2025, entre 18h58 et 19h06, alors que A______ avait été libéré ce même jour à 18h10, ainsi que le lendemain, entre 07h57 et 08h06, puis entre 15h47 et 16h11 ; - à de nombreuses reprises le 29 octobre 2020, puis dès cette date jusqu'au 2 janvier 2021, de manière répétée durant un laps de temps suffisamment prolongé, tel notamment les 2 et 5 novembre 2020, et ce, malgré la décision du TPAE du 29 octobre 2020 ordonnant la suspension des relations personnelles entre le prévenu

- 21/129 - P/36/2021 et ses enfants, sa décision du 10 novembre 2020 ainsi que celle du TPI du 5 novembre précédent, faisant interdiction au concerné de s'approcher du domicile de C______ ou de contacter celle-ci. Par ailleurs, le raccordement de A______ a tenté de joindre celui de C______ à onze reprises, les 10 et 11 novembre 2020 ainsi que les 21, 26 et 27 décembre 2020. Pour l'ensemble de ces dates, le téléphone de A______ a envoyé un message à l'un de ses contacts, souvent au Yémen. Aussi, pour la quasi-totalité de ces occurrences, son téléphone a également activé une borne à proximité immédiate du foyer W______, quelque temps après avoir activé des bornes du secteur du domicile de C______. Les rares fois où tel n'était pas le cas, le téléphone de A______ a activé des bornes en ville, hormis le 31 juillet 2020 où l'appareil de l'intéressé a activé une borne à proximité du domicile de son ex-épouse durant toute la nuit (pièces 40'717ss). Ces constatations contredisent les explications du prévenu quant à l'activation des bornes près du logement de C______. c.b.b. En effet, selon A______, il rentrait chez lui à 23h00, parfois plus tard s'il restait avec des collègues après le travail ou s'il dînait avec un ami. Il ne se rendait pas dans le quartier de C______ pour d'autres raisons que pour chercher ou ramener les enfants et jouer avec ceux-ci à leur retour de l'école. Après la suspension de ses relations personnelles, il lui était toutefois arrivé d'aller dans le quartier de son ex-épouse pour livrer de la nourriture (pièces 50'236 à 50'239). Confronté aux preuves matérielles susvisées, il a trouvé étrange que les bornes se soient activées au milieu de la nuit entre 01h00 et 05h00, précisant qu'il était chez lui à ces heures tardives, avant d'expliquer qu'il avait pu prêter son téléphone à son fils, en juillet 2020, car celui de ce dernier était en panne et que lui-même en détenait deux, et que sa fille V______ prenait aussi parfois son téléphone, qu'il récupérait le jour-même ou le lendemain. Il n'avait jamais surveillé son ex-épouse, tout ceci était dans sa tête (pièce 50'240). Ultérieurement, il a reconnu que le fait que son téléphone avait envoyé des messages à des contacts au Yémen avant d'activer des bornes à proximité du foyer W______ ou en ville, n'était pas compatible avec l'utilisation de son téléphone par ses enfants, contestant toutefois ce fait par la suite au motif qu'il détenait trois appareils. Pour expliquer sa présence à proximité du domicile de C______, il a rétorqué qu'avant octobre 2020, il avait de bons rapports avec elle et il lui arrivait de passer au milieu de la nuit avec une pizza. Il s'était également déjà rendu à la poste près du domicile de la concernée ou à proximité de celui-ci en travaillant et il y restait parfois tard car il jouait sur son téléphone (pièces 50'255 et 50'256). Au TCR, il est revenu sur ses déclarations, lesquelles n'étaient pas "très exactes", et a donné une nouvelle explication, soit qu'il avait le double de la carte SIM de son ex-épouse, raison de l'activation desdites bornes. De manière générale, il n'a pas accepté les données concernant l'activation des bornes. Plus particulièrement, son appareil n'avait pas pu activer des bornes à proximité du domicile de C______ le 24 octobre 2020, entre 15h03 et 15h22, ainsi que le lendemain

- 22/129 - P/36/2021 à 18h10 après avoir été libéré, car il était à AK_____ [centre commercial] avec ses enfants, respectivement dans le bus pour rentrer chez lui. Il n'a pas été en mesure d'expliquer pourquoi son appareil avait activé des bornes dans le secteur les 26 et 29 octobre 2020, puis les jours suivants, notamment les 2 et 5 novembre 2020 (pièces 50'240 et 50'242). c.c.a. Une trace d'oreille a également été prélevée sur la porte palière du logement de C______, à une hauteur de 160.5 cm (pièces 40'623ss et 40'301). Bien que l'analyse ADN effectuée n'a pas permis de mettre en évidence un profil ADN interprétable, il résulte de la comparaison avec les empreintes d'oreille de A______ qu'il est possible que ladite trace provienne de ce dernier (pièces 40'635 et 40'624). c.c.b. À cet égard, le concerné a d'abord indiqué qu'avant octobre 2020, il avait pu se pencher sur la porte, laquelle était ouverte, pour jouer avec sa fille dans le couloir à la marelle, de sorte qu'il était possible, en la prenant dans les bras, que son épaule, sa tête ou son oreille ait touché la porte (pièce 50'258), puis, ultérieurement, qu'il lui arrivait de coller son oreille à la porte pour écouter sa fille qui pleurait lorsqu'il partait (pièces 50'266 et 50'267), explication qu'il a maintenue en première instance. II. Poursuites pénales i) Des faits reprochés A______ a été interpellé et arrêté à deux reprises, soit du 24 au 25 octobre 2020, ainsi que dès le 2 janvier 2021 pour des évènements distincts. À ces occasions, ce dernier ainsi que C______ ont été entendus sur les faits constatés. Ce n'est qu'ultérieurement, soit dès ses auditions postérieures au 2 janvier 2021, que la précitée a dénoncé au fur et à mesure les autres épisodes reprochés et porté plainte contre le concerné pour l'ensemble des faits. a. Menaces proférées du 1er aout 2019 au 1er mai 2020 (ch. 1.1.1.) a.a. C______ a décrit les nombreuses violences qu'elle avait subies de la part de A______ depuis leur rencontre, avant de relater ce qu'elle avait enduré en Suisse. Les problèmes avaient commencé en 2016, lorsqu'elle était enceinte de leur fille cadette, V______, et qu'ils résidaient au foyer W______. L'intéressé l'avait menacée avec un couteau en disant qu'il en avait marre et qu'il allait la tuer. Elle avait pris la fuite et s'était rendue à la police dans l'espoir de pouvoir retourner dans son pays d'origine. De son côté, A______ avait expliqué qu'il s'agissait d'une simple dispute de couple, si bien qu'elle était repartie au foyer W______ avec lui, sans dénoncer les faits (cf. supra let. B.I.ii.a.b.). Cette intervention avait néanmoins effrayé l'intéressé qui n'avait plus exercé de violences physiques sur sa personne jusqu'en août 2020 (cf. infra

- 23/129 - P/36/2021 let. B.II.i.b.). Il avait toutefois persisté à la violenter psychiquement par le biais d'insultes, de dénigrements et de violences verbales. Début 2019, elle avait d'ailleurs subi une paralysie partielle du visage, ce qui l'avait poussée à quitter le domicile familial (pièces 10'009 à 10'010). Fin 2019, alors qu'elle habitait au foyer K______, A______ l'avait menacée à plusieurs occasions de la tuer, puis de se suicider si elle le quittait. À une reprise, alors qu'elle était à l'entrée dudit foyer et qu'il y avait des hommes non loin, le prévenu était arrivé et avait dit à leur fille T______ que sa mère était une "salope". Elle avait alors demandé aux agents de sécurité de ne laisser entrer que les personnes dont elle avait préalablement accepté la visite, dans la mesure où elle avait été menacée aux abords du foyer par son mari. En août ou septembre 2019, alors qu'elle se trouvait au mariage de sa cousine, A______ l'avait également appelée et lui avait envoyé des messages menaçants et insultants (pièces 50'154 à 50'159). En appel, elle a expliqué n'avoir plus de souvenirs précis de ces faits et s'est référée à ses précédentes déclarations. Deux autres épisodes lui revenaient toutefois en mémoire, soit l'un survenu peu avant son départ du domicile familial, lorsque sa fille lui avait rapporté que son père l'avait traitée de "pute" et l'autre, après leur séparation, lorsqu'elle était assise dans un parc aux abords du foyer et que A______ était arrivé en l'insultant devant tout le monde et en lui disant qu'elle n'était pas une bonne personne. a.b. Plusieurs témoins ont été entendus durant la procédure sur le comportement de A______ envers C______ : a.b.a. Selon N______, le couple avait souvent des altercations verbales en raison d'une forte incompréhension entre eux. Il se souvenait d'une fois en 2016 où son frère était énervé et avait dit à son ex-épouse qu'il allait la "frapper/tuer" (pièces 50'168 et 50'169), épisode que tant AE______ (pièce 40'594) que R______ (pièces 40'886 et 40'887) ont confirmé : C______ leur avait rapporté que A______ l'avait menacée avec un couteau alors qu'ils étaient au foyer et que le frère de ce dernier préparait à manger, étant relevé qu'elle n'était pas certaine que N______ ait été témoin du geste en question. a.b.b. R______ a ajouté que, depuis leur séparation, A______ harcelait sa nièce de messages insultants et menaçants, lui disant qu'il n'arrivait pas à croire qu'elle l'avait quitté, qu'il allait tuer les enfants et se tuer. C______ était constamment effrayée. Elle se souvenait d'un épisode en août ou septembre 2019 au mariage de sa propre fille lors duquel sa nièce était sortie en pleurs après avoir reçu des appels et des messages de ce type provenant de A______. Ce dernier lui avait reproché beaucoup de choses, notamment qu'elle détruisait leur vie ainsi que leur mariage et que, malgré cela, elle faisait la fête (pièces 40'888, 40'890 à 40'891). a.b.c. Selon AD______, C______ lui avait déjà parlé des menaces qu'elle avait reçues de son ex-mari. Elle ne se souvenait plus exactement des termes employés car la concernée lui racontait beaucoup de choses mais cela "alla[i]t dans [le] sens" de tuer

- 24/129 - P/36/2021 son ex-épouse, voire ses enfants, avant de mettre fin à ses jours. Elle avait alors été très choquée par ces propos (pièce 40'510). a.c. Entendu à plusieurs reprises durant la procédure, A______ a contesté avoir proféré des menaces à l'encontre de C______, entre août 2019 et une date indéterminée en 2020, notamment aux abords du foyer K______ (pièces 50'160 et 50'384), précisant en appel qu'ils étaient séparés à cette époque mais pas en conflit, que seule son exépouse disposait d'un badge pour accéder audit foyer et qu'aucun gardien n'était intervenu. Confronté au témoignage de R______ en première instance, il a précisé que cette dernière avait "monté la tête" de C______ et faisait tout pour l'accuser, en évoquant les menaces dont lui aurait fait part sa nièce afin uniquement de prendre sa défense. Il n'avait pas non plus effrayé son ex-épouse avec un couteau lorsqu'ils étaient au foyer W______. Ils s'étaient disputés et la précitée s'était rendue à la police, pensant que c'était le seul moyen de retourner dans son pays d'origine. Elle avait agi ainsi car elle était enceinte et la moindre phrase l'énervait (pièce 50'160). En 2019, il l'avait bien conduite à l'hôpital en raison d'une paralysie au niveau du visage (pièce 50'173). Depuis leur séparation en avril, de cette même année, jusqu'en octobre 2020, il avait essayé de la reconquérir. Cela avait été sa plus grande mission (pièce 50'090). Il avait ensuite accepté que son ex-épouse refasse sa vie, soit dès qu'il avait rencontré le nouveau compagnon de celle-ci (cf. infra let. B.II.i.c.). Lui-même avait d'ailleurs également une compagne depuis peu (pièces 50'003 et 50'141). Si son ex-épouse était venue le voir en toute honnêteté et qu'elle lui avait dit qu'elle avait rencontré un nouvel homme avec lequel elle souhaitait faire sa vie, cela ne l'aurait pas dérangé. Parallèlement, il a néanmoins soutenu que la concernée savait très bien qu'il avait toujours un espoir qu'ils reforment un couple et qu'il le voulait "absolument". Il était dès lors incroyable qu'elle ne lui ait pas dit qu'elle voulait refaire sa vie et inconcevable pour lui que son ex-épouse se mette en couple avec un autre homme. Elle n'avait jamais été catégorique sur le fait de ne plus vouloir le côtoyer à nouveau (pièces 50'090 à 50'091). Référence étant faite aux écrits des 20 et 29 décembre 2020, envoyés à son frère ainsi qu'à la mère de C______ (cf. supra let. B.I.ii.c.a.), il a déclaré qu'il voulait tout faire pour qu'ils se remettent ensemble et régler leur différend, qu'elle lui avait redonné un espoir, que leur vie avait été détruite dès leur arrivée en Suisse, tout en persistant à soutenir avoir accepté la situation (pièces 50'351 et 50'352). b. Faits du 24 août 2020 (ch. 1.1.2.) b.a.a. Entendue durant toute la procédure, C______ a déclaré que, jusqu'au mois d'août 2020, il arrivait à A______ de passer brièvement à son domicile pour récupérer les enfants (pièce 50'084). Le 24 août 2020, il était allé chercher ces derniers à l'école car il devait signer certains documents administratifs le jour de la rentrée scolaire. Après avoir demandé aux trois enfants de se rendre chez des voisins, ce qu'elle n'avait pas remarqué, son ex-époux s'était dévêtu, sans qu'elle ne s'en aperçoive, et avait tenté de

- 25/129 - P/36/2021 la violer. Elle rangeait alors les courses dans la cuisine et avait constaté en se retournant qu'il était nu. Lors de sa première audition du 4 janvier 2021, elle a expliqué s'être débattue, tandis que son ex-mari l'avait frappée à coups de poing et propulsée contre le mur, avant de quitter les lieux (pièce 10'010). Ultérieurement, elle a précisé que A______ s'était penché sur elle, l'avait agrippée fortement avec ses deux mains au niveau des poignets, lui faisant mal, puis l'avait collée contre le mur en la poussant, avant de l'embrasser. Elle avait alors tourné son visage de gauche à droite, crié, pleuré et renversé des affaires autour d'elle, n'ayant rien pu faire d'autre, ne sachant pas comment se défendre. Elle était tétanisée et avait dû le repousser. Selon elle, son ex-époux "s'était fait un film dans sa tête" en imaginant qu'elle voulait de lui. Étonné de la voir crispée, il avait répété sans cesse que ce n'était pas la première fois qu'elle le voyait nu, qu'il la "voulait" et avait besoin d'elle. Lorsqu'elle avait crié, ce dernier avait compris qu'elle n'était pas consentante, l'avait poussée au sol et avait prononcé : "casse toi". A______ ne l'avait pas frappée mais lui avait dit beaucoup de choses, se fâchant et la suppliant. Elle a expliqué ses contradictions par le fait qu'elle avait dû confondre les différents évènements, ayant été passablement choquée lors de sa première audition (pièces 50'200 à 50'204). En appel, elle a précisé que l'intéressé savait qu'elle n'était pas consentante, même avant qu'elle ne crie dès lors que, lorsqu'elle s'était retournée, elle avait été choquée et avait fait un signe d'étonnement, raison pour laquelle il lui avait dit : "pourquoi tu fais cette tête ? Ce n'est pas la première fois que tu me vois nu". Elle lui avait répondu que ce n'était pas pareil car ils étaient depuis lors séparés. Il s'était avancé vers elle en la saisissant par les poignets, décidé à agir, et l'avait embrassée, tout en commençant à la "traîner", ce qui avait fait tomber des objets au sol. C'est à ce moment-là qu'elle avait crié en lui demandant de la laisser tranquille et d'arrêter ses agissements, ce qu'il avait fini par faire. Selon elle, les choses se seraient passées différemment si cela n'avait pas été en plein après-midi, à la rentrée scolaire, et s'il n'y avait eu personne aux alentours. Ayant été particulièrement gênée de la situation, elle a eu du mal à expliquer si son exépoux lui avait touché les parties intimes, en répondant par l'affirmative, sans toutefois vouloir indiquer où. Elle a confirmé avoir été en contact avec son sexe en érection lorsqu'il l'avait agrippée et collée contre le mur, sans être capable à nouveau de préciser exactement où et comment. En première instance, elle a relaté qu'elle était habillée, que le sexe de l'intéressé n'avait pas touché ses parties intimes et qu'elle ne se souvenait plus de manière générale s'il l'avait touchée. Ce dernier était en tout cas prêt à faire l'"acte" car il était nu. Suite à cet épisode, elle avait eu des douleurs aux poignets, aux épaules et au dos ainsi que des hématomes à ces endroits. Elle avait pris en photo ses lésions le soir même. Elle n'avait pas le souvenir que l'intéressé l'avait saisie par les épaules, ce qui avait dû être le cas, vu ses douleurs et les marques. A______ était plutôt hésitant et non pas virulent dans sa tentative d'avoir une relation sexuelle avec elle (pièces 50'200 à 50'204).

- 26/129 - P/36/2021 Les rapports sexuels non consentis avaient débuté en Suisse. Selon elle, religieusement dans un couple marié, lorsque l'époux avait des envies sexuelles, la femme devait les satisfaire. Entre 2016 et 2019, elle avait essayé de s'opposer à une occasion mais il lui avait posé beaucoup de questions, telles que "qu'est ce qui t'arrive? Tu ne veux plus satisfaire ton mari?", raison pour laquelle elle n'avait pas refusé ses avances à l'époque (pièces 50'200 et 50'204). Par-devant le TCR, elle n'a pas été en mesure d'indiquer si l'enfant érythréenne, soit une amie de sa fille, était présente dans l'appartement, comme relaté par le prévenu. Elle avait pris les photographies de ses poignets via l'application Snapchat afin de conserver une preuve si quelque chose de plus grave arrivait, sans faire attention au filtre utilisé et aux inscriptions issues de celui-ci. Elle a précisé en appel l'avoir fait dès lors qu'elle était en conflit avec son ex-époux et qu'elle voulait documenter ses lésions, tout comme elle l'avait fait avec les menaces proférées à son encontre. C'était une honte pour elle d'avoir failli se faire violer si bien qu'elle avait agi de la sorte uniquement pour se protéger si besoin. Elle ne s'était confiée à personne ni plainte auprès de la police pour cette même raison. Le lendemain matin, A______ l'avait également appelée en pleurant et en s'excusant, ce qui l'avait aussi dissuadée d'agir. Après cet évènement, elle ne voulait plus que A______ vienne chercher les enfants à la maison ; ces derniers descendaient seuls en bas de l'immeuble. L'intéressé, qui avait pris les enfants un week-end sur deux jusqu'au 24 octobre 2020, lui en laissait toujours un pour garder le contrôle sur elle. Elle avait l'impression qu'il la surveillait constamment. Il avait d'ailleurs retranscrit un jour, dans le cadre d'une "story" sur WhatsApp, une conversation qu'elle avait eue durant la nuit. Il la surveillait également par le biais de leurs enfants, en gardant notamment ceux-ci longtemps au téléphone afin d'entendre ce qu'elle faisait à côté. Jusqu'en octobre 2020, il avait essayé de la reconquérir et lui demandait de revenir mais elle refusait catégoriquement en lui rétorquant que le seul lien qui les unissait était les enfants et qu'elle était prête à refaire sa vie avec un autre homme et ce, alors même qu'elle n'avait pas encore rencontré G______ (pièces 50'084 à 50'088). Elle ne lui avait ainsi jamais donné d'espoir (pièce 50'091) et avait persisté à maintenir ce discours, même après sa rencontre avec le précité et également dans l'hypothèse où son nouveau couple ne fonctionnerait pas (pièce 50'352). b.a.b. À l'appui de ses déclarations, C______ a produit une photographie d'un de ses bras, prise le 24 août 2020, sur lequel plusieurs hématomes sont visibles (pièces F 60'033 et in classeur TCR 2). b.b. Il ressort de l'extraction des données du téléphone de C______ que celle-ci a également évoqué ces faits à sa mère, par message du 26 octobre 2020, dans la foulée de l'agression survenue deux jours plus tôt : "À la fin août, au moment de la rentrée scolaire, il a débarqué chez moi et a tenté de me violer" (pièce 40'975).

- 27/129 - P/36/2021 C______ a expliqué n'avoir parlé qu'en octobre 2020 de ces faits à sa mère car elle ne voulait pas, sur le moment, la rendre triste et l'inquiéter, ayant aussi toujours honte. A______ avait par la suite cassé sa porte et avait voulu la tuer (cf. infra let. B.II.i.c.), si bien qu'elle s'était décidée à expliquer tout ce qu'il s'était passé, par crainte qu'il vienne à nouveau lui faire du mal (pièces 50'340 à 50'341). b.c. Auditionnée sur la relation entre A______ et C______, AE______ a déclaré que sa mère, AD______, lui avait expliqué que l'intéressé avait tenté de violer son amie. A______ avait demandé aux enfants de sortir de l'appartement, puis s'était jeté sur elle, dévêtu, avant de cesser ses agissements lorsqu'elle avait crié. Il lui avait dit qu'il était le père de ses enfants et ne comprenait pas son refus. Il l'avait maintenue si fortement au niveau des poignets que ceux-ci étaient devenus rouges. Elle avait demandé à sa mère si C______ était allée se plaindre à la police mais celle-ci l'ignorait, sachant uniquement que la concernée détenait une photographie de ses lésions. Elle-même n'avait jamais discuté de cela avec C______ et avait appris ces faits le soir du 2 janvier 2021, lorsqu'elle se remémorait avec sa mère tout le contexte (pièce 40'594). Quelques années plus tôt, lorsqu'elle avait accompagné C______ au Centre LAVI, cette dernière lui avait toutefois déjà relaté "une problématique au niveau sexuel", car il était question "d'harcèlement au niveau sexuel", mais elle-même ne s'en souvenait plus précisément (pièce 40'587). b.d. A______ a contesté les faits. Le 24 août 2020, il était venu aider ses enfants à emballer leurs fournitures scolaires et ces derniers étaient restés tout le temps dans l'appartement, version qu'il a maintenue par-devant le TCR, puis en appel. Il a d'abord indiqué qu'une voisine de nationalité érythréenne l'avait vu plastifier les livres et lui avait demandé de le faire pour sa fille, avant d'ajouter ultérieurement que ladite enfant était également présente au domicile (pièce 50'385), puis, en première instance et en appel, que sa voisine avait été jalouse de l'aide qu'il apportait à ses enfants pour couvrir leurs cahiers. À son arrivée, son ex-épouse était en train de ranger les courses et avait même préparé une pizza qu'ils avaient ensuite mangée tous ensemble. Ils étaient heureux. De manière générale, il trouvait malsain de parler de ce qu'il se passait dans l'intimité d'un couple. Il a expliqué avoir tenté de reconquérir son ex-épouse en faisant les choses convenablement mais sans l'avoir forcée (pièces 50'204 à 50'206). Devant les deux instances, il a ajouté qu'ayant deux filles et deux sœurs, il n'avait pu faire une telle chose ; il avait été éduqué et avait grandi entouré de femmes. Ces accusations avaient été proférées uniquement dans le but de l'accabler davantage. En parallèle, il a toutefois reconnu que, depuis août 2020, ses contacts directs avec son ex-épouse se limitaient aux fois où il venait chercher les enfants au domicile. Durant cette période, il avait pris l'initiative de l'appeler pour réunir la famille mais elle avait persisté à refuser sa proposition (pièces 50'085 et 50'086). Selon lui, C______ avait parlé à sa mère du prétendu viol subi le lendemain de sa sortie de détention, soit le 25 octobre 2020 (cf. supra let. B.II.i.b.b. et let. B.I.ii.a.e.), car sa tante lui en avait donné l'idée. Depuis que son ex-épouse avait eu des contacts avec

- 28/129 - P/36/2021 R______, c'était comme si un "démon était entré en elle". C______ avait ainsi menti, car il venait de sortir de prison. Elle l'empêchait d'avancer dans sa vie, ne souhaitant pas son bonheur mais uniquement qu'il reste en détention. Elle était déjà allée voir la police auparavant pour une "petite" dispute. Sur question, il a néanmoins reconnu qu'il était honteux dans leur culture de subir un viol (pièces 50'341 et 50'344). Interpellé en première instance sur les photographies des poignets de C______ versées à la procédure, il a maintenu n'avoir causé aucune blessure, précisant en appel ignorer d'où provenaient ces marques. c. Faits du 24 octobre 2020 (ch. 1.1.3. à ch. 1.1.5.a) c.a. Le 24 octobre 2020, à 22h15, la police est intervenue au domicile de C______, suite à neuf appels émis par celle-ci ainsi que par des voisins à la CECAL, visiblement tous paniqués. Lors de l'un de ces appels, G______, qui était chez C______, indique en anglais que cette dernière est en danger et qu'elle a besoin d'aide, ce que la concernée confirme, peu avant de crier, différents bruits de fracas et de hurlements étant alors audibles. Tous font état de ce qu'un individu, soit A______, essaye de défoncer la porte palière de l'appartement de C______. Il ressort des déclarations recueillies oralement sur place ainsi que des constatations policières que le concerné a réussi à forcer la porte au moyen d'un tournevis, retrouvé sur les escaliers – photographies des dommages à l'appui –, avant de pénétrer dans ledit appartement. Une dispute verbale aurait alors éclaté entre G______ et A______. C______ a porté plainte pour ces faits (pièces 30'406ss et 40'232ss). c.b. Entendue en procédure préliminaire, la précitée a expliqué que, le jour en question, A______ devait venir chercher les enfants la veille au soir mais était finalement venu les récupérer le samedi, entre 14h00 et 15h00 (pièces 50'088 et 50'254). Peu avant son arrivée, il lui avait demandé par téléphone de garder l'un de leurs enfants et il s'était énervé quand elle avait refusé. Elle n'avait aucunement indiqué à A______ qu'elle était malade ce jour-là (pièce 50'128). G______ était venu 15 minutes après le départ de A______ avec les enfants (pièce 50'089). Elle était ensuite sortie dîner avec son compagnon, puis, à peine dix à 15 minutes après leur retour à la maison, A______ avait frappé à la porte à coups de pied, criant : "ouvre-moi, je sais que tu es avec un homme et que tu fais la pute". Elle ignorait comment il avait su qu'ils étaient de retour au domicile. L'intéressé avait frappé à sa porte pendant plus de 15 minutes en criant son nom. Elle avait eu peur, si bien qu'elle avait tapé à son tour contre les murs et crié pour alerter les voisins (pièces 50'091 et 50'092). Alors que son compagnon et elle étaient au téléphone avec la police, A______ était parvenu à entrer dans son appartement, avant de se diriger vers elle, le bras levé, un tournevis à la main, tout en lui demandant pourquoi il y avait un autre homme chez elle. G______ s'était alors interposé entre eux et avait fait sortir A______ du logement (pièces 10'000 à 10'003). Dans un second temps, elle a précisé que son ex-époux avait menacé tant G______ qu'elle-même au moyen du tournevis et lui avait dit qu'il voulait la tuer (pièce 10'011),

- 29/129 - P/36/2021 puis, ultérieurement, que l'intéressé avait demandé au précité ce qu'il faisait chez lui et s'était dirigé vers elle avec l'outil en l'approchant très près de son cou. Elle avait tremblé de peur si bien que G______ avait agrippé A______ et l'avait fait sortir de l'appartement en lui maintenant les mains dans le dos (pièces 50'092 à 50'094). En appel, elle a confirmé avoir vu son ex-époux s'approcher d'elle, tournevis à la main, avant d'être intercepté par G______, ce qui l'avait tétanisée. Elle était restée dans la cuisine jusqu'à ce que les deux hommes sortent du logement. Comme il lui avait dit "sors de là sale pute", lorsqu'il avait cassé la porte, elle avait su qu'il venait pour elle. Une fois sur le palier, son compagnon avait saisi le tournevis en question, l'avait jeté puis avait tenté de calmer A______. Selon elle, ce dernier avait agi de la sorte parce qu'il pensait qu'elle était toujours sa femme et qu'elle avait un autre homme dans sa vie (pièces 10'000 à 10'003). Lorsque les concernés s'étaient agrippés sur le palier, elle avait eu peur et était allée chercher de l'aide auprès des voisins en criant au secours. A______, qui avait demandé à G______ de le laisser partir, les avait ensuite pris en photo, ce qui avait énervé ce dernier, lequel était retourné vers l'intéressé pour tenter d'effacer les photographies (pièce 50'094). Elle savait que son compagnon avait piraté le compte Facebook de son ex-époux suite aux faits, de peur que celui-ci ne partage les photographies qu'il avait prises d'eux et s'était demandé comment A______ avait su qu'ils se voyaient ce jour-là (pièces 50'125 et 50'126). Après les évènements, elle avait continué à fréquenter G______, qu'elle avait revu à quatre reprises, toujours les samedis. Dès le lendemain de l'irruption de son ex-époux, avec l'aide de AE______, elle avait fait appel à une entreprise pour renforcer la porte et changer la serrure, par crainte qu'il ne revienne (pièces 50'097 à 50'098 et 50'153). Seulement quelques jours après les faits, une conciliation avait été organisée entre sa famille et celle de son ex-époux, suite à laquelle elle avait subi des pressions, en particulier de la part de la mère de A______, pour qu'elle retire sa plainte (pièces 40'704ss). c.c. Plusieurs personnes ont été entendues en qualité de témoin ou de personne appelée à donner des renseignements : c.c.a. Selon G______, ce jour-là, dans la soirée, alors qu'il se trouvait au domicile de C______, un individu avait tapé fort contre la porte pendant une vingtaine de minutes, en criant en somalien : "Ouvre la porte, salope". Dans la mesure où C______ lui avait parlé du fait que son ex-époux la menaçait, il avait directement compris qu'il s'agissait de ce dernier. Il avait l'air fou. Lorsque la porte avait cédé, l'intéressé était entré muni d'un tournevis dans sa main droite, qu'il tenait dans son dos. Il s'était alors interposé entre C______ et lui pour tenter de le calmer et avait vu que A______ détenait un outil, qu'il tenait à ce moment-là le long du corps, ce qui l'avait stressé. Il s'était placé en permanence entre les deux concernés pour éviter que A______ ne menace C______.

- 30/129 - P/36/2021 Ce dernier répétait que l'appartement était le sien et que lui-même devait quitter les lieux. À un moment donné, il avait réussi à le faire sortir du domicile et lui avait attrapé la main tenant l'objet pour le lui faire lâcher, lequel avait terminé dans la cage d'escaliers. A______ ne l'avait pas menacé directement avec le tournevis ni ne l'avait insulté mais avait traité C______ à plusieurs reprises de "pute" en somalien. Il avait aussi saisi le téléphone de A______, dès lors que ce dernier tentait de prendre une vidéo d'eux. Il était inquiet pour C______, considérant A______ comme dangereux (pièces 30'425ss). c.c.b. AL______, voisin direct de C______ au 5ème étage, avait été témoin d'une bagarre entre deux hommes, lesquels se disputaient verbalement en se maintenant les mains, comme s'ils voulaient se battre. Sa voisine avait alors frappé en panique à la porte de son logement et de celui de la famille AM______/AN______ pour demander de l'aide (pièces 40'050, 40'084ss et 50'227ss). c.c.c. Selon AM______, voisine de palier directe de C______, elle et ses enfants, dont AN______, avaient assisté à l'agression du 24 octobre 2020. A______ avait découvert que son ex-épouse, C______, fréquentait un homme. Elle avait déjà remarqué la présence du concerné environ dix jours à deux semaines avant les faits. Selon elle, A______ surveillait C______. Le soir en question, le concerné avait forcé la porte à l'aide d'un outil, avant de se battre avec le compagnon de son ex-femme, laquelle assistait à la bagarre depuis l'extérieur de son appartement et était venue frapper à sa porte palière. Elle-même avait été terrifiée par le regard de A______, lequel n'était pas comme d'habitude. Depuis, une cale ainsi qu'un judas avaient été placés sur la porte palière de C______, sûrement pour empêcher le concerné d'entrer à nouveau dans son logement (pièces 40'050 et 40'066ss). c.c.d. Selon AN______, il avait vu à travers le judas que l'ex-mari de C______ tentait de défoncer la porte de l'appartement de celle-ci en prenant de l'élan, puis au moyen d'un tournevis, afin d'y entrer, ce qu'il était parvenu à faire. Un autre individu l'avait ensuite fait sortir avant de se battre avec lui. C______ était venue frapper à leur porte, ainsi qu'à d'autres, en étant paniquée. Il était intervenu pour séparer les protagonistes mais, comme il avait cru voir une arme à la main de A______, lequel avait les deux bras plaqués le long de son corps, il s'était réfugié chez lui (pièces 40'050 et 40'074ss). c.d. D'autres témoins indirects ont relaté les propos tenus sur ces faits par C______ et A______ : c.d.a. Selon R______, C______ l'avait appelée pour lui expliquer que A______ avait cassé sa porte palière lorsque son ami était présent chez elle. Directement après sa libération, ce dernier avait également appelé la fille du couple et en avait profité pour insulter sa nièce, ce qui l'avait effrayée davantage (pièce 40'889).

- 31/129 - P/36/2021 c.d.b. AE______ a expliqué que C______ lui avait dit que son ex-époux s'était dirigé vers elle avec un objet en direction de son cou après avoir démoli la porte, tandis que son compagnon s'était interposé et l'avait fait sortir de l'appartement. Son amie avait peur que son ex-époux revienne et retente quelque chose, alors qu'elle pourrait être seule (pièces 40'588ss). c.d.c. AD______ a déclaré que, selon C______, A______ avait cassé la porte et s'était dirigé vers elle pour lui faire du mal et lui donner un coup au-dessous du cou avec un objet. Son copain avait ensuite pris sa défense et une bagarre s'en était suivie entre les deux hommes (pièce 40'505). c.d.d. AF______ a déclaré que A______ lui avait dit avoir forcé la porte de son exépouse, car il se faisait du souci pour elle (pièce 40'449). c.d.e. Selon AG______, A______ lui avait également raconté avoir cassé la porte de son ex-épouse car elle était malade et personne ne répondait, tandis que C______ lui avait dit qu'elle ne l'était pas et qu'elle ne comprenait pas pourquoi A______ se comportait de la sorte, dès lors qu'il n'était plus son mari (pièce 40'462). c.e.a. Il ressort de l'extraction des téléphones de A______ et de C______ les échanges suivants (pièces 40'409ss, 40'432ss, 40'904ss et 40'972ss) : - le 24 octobre 2020, entre 15h16 et 15h27, A______ écrit à C______ en lui disant craindre d'être atteint du Covid et souhaiter se rendre à l'hôpital pour se faire tester. Ce jour-là, il lui a également écrit un message de reproches et a tenté de l'appeler à dix reprises (cf. supra let. B.I.ii.c.a.) ; - le 26 octobre 2020, A______ envoie à C______ la photographie de G______, qu'il avait prise lors des faits du 24 octobre 2020 en lui disant : "Bouche tordue, c'est celui qui a pris ma place. Je l'ai félicité" ; - le 26 octobre 2020, C______ décrit à sa mère en ces termes ce qu'il s'est passé : " […] si le garçon [G______] n'avait pas été présent, mon corps sans vie aurait été ramassé ici, dans mon appartement" ; Dans la foulée, elle transmet également à sa mère un enregistrement vidéo d'une conversation entre A______ et sa fille T______, suite aux évènements d'octobre 2020, lors duquel l'intéressé déclare : "Tout est arrivé, c'est la faute de ta mère […]. Elle accueille quelqu'un chez elle comme une pute, je ne peux pas supporter ça […]. Tu sais pourquoi elle a refusé que je dorme avec vous ? Parce qu'il y a un monsieur à la maison […]. J'ai ouvert la porte que j'ai cassée. Après on s'est disputé avec le monsieur. […] Dieu merci j'espère que vous devenez de bons enfants et que votre mère ne devient pas une pute et que vous étudiez et que votre père soit vivant. Le

- 32/129 - P/36/2021 sang n'a pas coulé. Je ne suis pas venu pour que le sang coule, pour tuer quelqu'un. Le plus important c'était de voir. Je voulais voir quelque chose. J'ai vu […]. Votre oncle il vient à la maison? […] Celui qu'on s'est battu à la maison [rire] […]. Elle a fait de mauvaises choses ta maman […]. J'ai peur qu'un homme vienne à la maison et après elle, elle ramène un homme à la maison. Sale pute. […] Je te jure que je savais qu'elle finirait comme ça. Une pute […]. [F]allait que sa mère se marie et qu'elle ramène un homme batard et qu'elle devienne une sale pute […]. Si c'est vraiment une femme musulmane il faut qu'elle me donne les enfants si elle veut ramener un homme à la maison. Il ne faut pas qu'elle s'étonne. Toute cette sale pute qu'elle fait. Je l'ai vu […]" ; - le 27 octobre 2020, A______ écrit depuis un numéro grec appartenant à une femme, vraisemblablement membre de sa famille : "La seule raison pour laquelle j'ai fait ça, c'était pour être fixé une fois pour toutes. Voilà, maintenant je sais ce qu'il se passe. Ne t'inquiète pas, je ne me retrouverai plus dans ce genre de situation. Je vais m'occuper uniquement de mes enfants. […] Je ne veux pas avoir de problème et je ne voulais pas tuer cette personne. Si j'avais vraiment voulu, je me serais rendu là-bas préparé pour le tuer. Je ne souhaite pas prendre la vie d'une personne et je n'ai jamais imaginé le faire" ; - après avoir échangé à plusieurs reprises avec ses deux parents sur les raisons de ses agissements (cf. supra let. B.I.ii.c.a.) : "J'ai découvert ce qu'elle cachait et c'est bien un comportement de pute" ; "Voici l'homme que j'ai rencontré hier soir. C'est à cause de lui que j'ai passé la nuit à l'ombre. J'ai finalement réussi à faire sa connaissance" / "Tout ce que je voulais, c'était savoir ce qu'elle cachait. […] J'ai découvert qu'il y avait bien une autre personne et qu'elle voulait absolument le cacher. Moi, je voulais vraiment savoir. C'est pour ça que j'ai agi ainsi"), A______ convient avec son père, le 7 novembre 2020, de ce qu'il faut dire aux autorités suite aux questions qui pourraient lui être posées. Son père imagine ainsi la scène : "Et si on te demande pourquoi tu as décidé de te rendre chez ton ex-femme ? Tu devrais répondre en disant : C'est elle qui m'a téléphoné ce jour-là en me demandant d'aller la voir, car elle était malade. Et si on te demande pourquoi tu as cassé la porte d'entrée de l'appartement ? Tu répondras : En arrivant sur place, après avoir frappé à la porte et n'entendant personne venir m'ouvrir, j'ai décidé de casser la porte pour la secourir et l'emmener à l'hôpital. Je pensais qu'elle était tellement malade qu'elle n'arrivait pas à se lever pour m'ouvrir la porte. Alors la situation n'était pas celle que vous aviez imaginée ? Non la situation était complètement différente à ce moment-là. Je me suis dit qu'on m'avait tendu un piège pour me démoraliser et pour me pousser à commettre un acte grave, ou pour que quelque chose de grave m'arrive. À la base, je voulais la secourir, alors qu'elle souhaitait me tendre un piège. Voilà comment elle m'a remercié ! Elle voulait me rendre fou de jalousie pour que je commette un acte grave et que je me retrouve en prison à vie. Je me disais que j'avais affaire à la mère de mes enfants et qu'elle n'était pas capable de me faire ça. À présent, j'ai compris ses intentions […]. Elle va

- 33/129 - P/36/2021 vraisemblablement s'énerver et dire que c'est un mensonge, qu'elle ne t'a jamais appelé au téléphone. Ce tribunal n'est pas un tribunal islamique et personne ne va te faire jurer sur le Coran. Laisse-là s'énerver et hurler. Toi, tu dois juste rester calme et garder le silence". c.e.b. L'analyse des données du téléphone de A______ a également mis en évidence une photographie prise le 24 octobre 2020, à 01h56, à proximité du domicile de C______ d'une image brune, probablement due à une fausse manipulation de la part de l'utilisateur, étant relevé que les portes palières de l'allée de l'immeuble de la précitée sont brunes (pièces 40'319ss et 40'907). c.f. Entendu en procédure préliminaire, A______ a admis avoir cassé la porte d'entrée de C______, mais pas de l'avoir menacée (pièce 50'386). Il a d'abord expliqué que, depuis leur séparation, cette dernière lui demandait de garder un des enfants durant le week-end lorsqu'il exerçait son droit de visite, si bien qu'il avait trouvé étrange que, la veille au soir, elle ne le fasse pas, raison pour laquelle il s'était rendu à son domicile car il souhaitait voir ce qu'il se passait. Arrivé devant la porte, il avait écouté et entendu un homme à l'intérieur, ce qui l'avait énervé. Il avait alors crié et tapé contre la porte, avant d'aller chercher un tournevis dans sa voiture pour ouvrir celle-ci. Une fois qu'il y était parvenu, il était entré dans l'appartement pour discuter avec C______, tandis que l'homme présent s'était interposé et l'avait saisi par le haut du bras. Il n'avait aucunement menacé son ex-épouse, ni le compagnon de celle-ci. Il souhaitait uniquement voir le visage de ce dernier (pièces 30'416ss). Ultérieurement, il a déclaré que C______ l'avait en réalité appelé pour lui demander de venir chercher les enfants car elle ne se sentait pas bien. Celle-ci lui avait dit qu'elle était malade si bien qu'il était passé voir comment elle allait (pièce 50'003), précisant par la suite qu'il avait un doute sur la réelle maladie de son ex-épouse. En effet, après lui avoir dit qu'elle ne se sentait pas bien, il lui avait proposé qu'elle garde un de leurs

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