REPUBLIQUE ET
CANTON DE GENEVE POUVOIR JUDICIAIRE P/13293/2018 AARP/297/2020 COUR DE JUSTICE Chambre pénale d'appel et de révision Arrêt du 19 août 2020
Entre A______, domicilié ______, comparant par Me B______, avocate, C______, domicilié c/o Mme D______, ______, comparant par Me E______, avocat, appelants,
contre le jugement JTCO/7/2020 rendu le 16 janvier 2020 par le Tribunal correctionnel,
et F______, comparant par Me G______, avocate, LE MINISTÈRE PUBLIC de la République et canton de Genève, route de Chancy 6B, case postale 3565, 1211 Genève 3, intimés.
- 2/67 - P/13293/2018 EN FAIT : A. a. En temps utile, A______ et C______ appellent du jugement du 16 janvier 2020, par lequel le Tribunal correctionnel (TCO) les a reconnus coupables de tentative de meurtre (art. 22 et 111 du Code pénal suisse [CP]) à l’encontre de F______. Le tribunal de première instance a, en outre, reconnu A______ coupable de violations simples des règles de la circulation routière (art. 34 al. 4 cum art. 90 al. 1 de la loi fédérale sur la circulation routière [LCR]) et de conduite d’un véhicule sans être porteur des permis ou autorisations nécessaires (art. 99 al. 1 let. b LCR). Ce faisant, il a condamné chacun d’eux à une peine privative de liberté de quatre ans, sous déduction de 196 jours de détention avant jugement et de 36 jours d’imputation des mesures de substitution en ce qui concerne A______, et sous déduction de 55 jours de détention avant jugement et de 25 jours d’imputation des mesures de substitution s’agissant de C______. A______ a encore été condamné à une amende de CHF 500.- (peine privative de liberté de substitution : cinq jours). Le TCO a, par ailleurs, ordonné l’expulsion de Suisse des deux intéressés pour une durée de sept ans (art. 66a al. 1 let. a CP). Le maintien des mesures de substitution ordonnées par le Tribunal des mesures de contrainte (TMC) le 22 juillet 2019 en ce qui concerne A______ et le 16 août 2019 s’agissant de C______ a été prononcé. L’autorité de première instance a constaté que A______ avait acquiescé aux conclusions civiles de F______ (art. 124 al. 3 du Code de procédure pénale [CPP]). Elle a condamné A______ et C______, conjointement et solidairement, à payer à ce dernier CHF 10'000.-, avec intérêts à 5% dès le 13 juillet 2018, à titre de réparation du tort moral (art. 47 du Code des obligations [CO]). Après avoir ordonné la libération des sûretés versées par A______ (art. 239 al. 1 CPP), elle a donné acte à ce dernier de ce qu’il s’engageait à verser lesdites sûretés à F______ en règlement partiel de l’indemnité pour tort moral. Pour le reste, C______ a été débouté de ses conclusions en indemnisation. Des mesures de confiscation et de destruction d’objets saisis ont été ordonnées. Les frais de la procédure par CHF 14'315.90, y compris un émolument de jugement total de CHF 3'000.-, ont été mis à la charge de A______ et de C______, chacun pour moitié. b. A______ conclut, principalement, à son acquittement de tentative de meurtre au sens des art. 22 et 111 CP, ainsi que d’agression selon l’art. 134 CP et à ce qu’il soit reconnu coupable de lésions corporelles simples aggravées d’après l’art. 123 al. 2 CP ou, subsidiairement, de lésions corporelles graves au sens des art. 22 et 122 CP. Il requiert une peine assortie du sursis, avec imputation des mesures de substitution à raison de 10% de leur durée et, s’agissant des infractions à la LCR, une peine pécuniaire de CHF 500.- avec sursis, sans peine privative de liberté de substitution. Il sollicite, enfin, qu’il soit renoncé à son expulsion. c. C______ attaque le jugement précité dans son ensemble, concluant à son acquittement et à l’admission de ses conclusions en indemnisation.
- 3/67 - P/13293/2018 d.a.a. Selon l’acte d'accusation du Ministère public (MP) du 6 décembre 2019, il est reproché à C______ et à A______, agissant de concert, les faits suivants encore contestés en appel, soit d’avoir : Le 13 juillet 2018, aux alentours de 15h00, dans le parc situé derrière l'immeuble sis [no.] ______, avenue 1______ au H______ [GE], dans le cadre d'une altercation ayant opposé C______ et F______ en fin de matinée, après avoir demandé à celui-ci de s'approcher d'eux, étant chacun porteur d'un couteau muni d'une lame d'une vingtaine de centimètres caché dans leurs vêtements, attenté à la vie de F______. C______ a empoigné F______ par son t-shirt au niveau de la poitrine, la victime l'ayant repoussé, tout en lui demandant de ne pas la toucher. A cet instant, A______, qui se trouvait sur la gauche de F______, lui a donné, avec beaucoup de force, un coup de couteau dans la région sous-claviculaire gauche, effectuant un mouvement circulaire, du haut vers le bas, avec son bras et sa main droite dans laquelle il tenait un couteau, en prise inversée, la pointe tournée vers le bas le long du bras, causant à ce dernier une plaie d'une profondeur minimale de 10 centimètres, ainsi que, notamment, un emphysème des tissus sous-cutanés superficiels et profonds de la paroi thoracique au niveau pectoral et sous-clavier à gauche (tissu adipeux et musculature), et au sein de la musculature intercostale de l'arc antérolatéral du deuxième espace intercostal à gauche, une fracture pluri-fragmentaire légèrement déplacée de l'arc latéral de la troisième côte à gauche, et un pneumothorax gauche. Blessé, F______ s'est enfui, si bien que C______ et A______ l'ont poursuivi en criant qu'ils allaient l'attraper. d.a.b. Il était initialement également reproché à C______ et à A______, agissant de concert, une agression (art. 134 CP), pour s'en être pris violemment à F______, dans les circonstances décrites précédemment. Le Tribunal correctionnel n’a toutefois pas retenu cette infraction, ce que les parties ne discutent pas en appel. d.b. Il était, en outre, reproché à A______ les faits suivants, qui ne sont plus contestés en appel, soit d'avoir : - le 19 mai 2017, rue 2______, au volant d'un véhicule [de la marque] I______ (GE 3______) immatriculé au nom de la société J______ SARL, dépassé le véhicule [de la marque] K______ (GE 4______), conduit par L______, lequel s'est arrêté à la phase lumineuse rouge dans la voie de circulation de droite et d'avoir, lors de cette manœuvre, percuté, avec l'avant droit de son pare-chocs, l'arrière gauche dudit véhicule, endommageant ce dernier ; - le 24 mai 2017, à l'intersection entre les quais 5______ et 6______, conduit le véhicule précité sans être porteur de son permis de conduire et d'avoir gardé une distance insuffisante avec le véhicule M______ [marque, modèle] (immatriculé 7______ [F]), conduit par N______, lequel était arrêté à la phase lumineuse rouge, le percutant par l'arrière, causant des dommages sur le véhicule.
- 4/67 - P/13293/2018 B. Les faits pertinents suivants ressortent de la procédure : Faits du 13 juillet 2018 a.a. D'après les rapports d'interpellation et d’arrestation du 13 juillet 2018, à la suite d'une annonce du même jour de la CECAL, vers 15h30, concernant une agression au couteau aux abords de [l'immeuble des] Q______, la police est intervenue à l’avenue 1______. Dans l'allée de l'immeuble no ______-______, elle a été mise en présence de F______, torse nu et blessé à l'épaule, qui s'y était réfugié, après avoir échappé à deux poursuivants. Il a été conduit au service des urgences par ambulance. Sur la base des indications fournies par des témoins ayant vu les deux agresseurs pénétrer l'allée de l'immeuble no ______-______ avenue 1______, et par O______, concierge, la police a procédé, sur le palier d’un appartement au 1er étage, à l'interpellation de A______, puis, à l’intérieur de celui-ci, à celle de C______, qui avait alors des béquilles et une attelle en forme de botte. Après avoir indiqué qu’ils ne comprenaient pas la raison de la présence de la police, ils ont reconnu être les protagonistes de la "bagarre", tout en minimisant leur rôle. Lors de la perquisition de l'appartement de C______, la police a saisi un grand cutter au manche jaune, mais aucun couteau correspondant au descriptif des témoins. Les recherches effectuées les 13, 14 et 15 juillet 2018 pour retrouver cette arme, aux alentours du parc et dans la zone désignée par A______, sont demeurées infructueuses. Au cours d'une enquête de voisinage, la police a recueilli de nombreux témoignages de personnes souhaitant rester anonymes, par peur de représailles, confirmant que les deux individus interpellés étaient les deux agresseurs recherchés. D'après ces témoignages oraux, C______ ne portait pas d'attelle au moment de l'agression. Un témoin de la scène a en outre laissé le message manuscrit suivant à la police, dans sa teneur originale : "Personne avait ni bequilles ni atelle puis ce quils courrait comme des lapins. Chaque un avait un couteau derriérre le dos." a.b. D'après l'enregistrement d'un appel à la CECAL, effectué le même jour à 15h26, P______ a indiqué à la police : "…venez vite parce qu’il y a des gens avec des couteaux…", puis "…avec des couteaux, ils sont…ils sont partis derrière lui…". R______, animateur à la maison de quartier, qui a ensuite pris l'appareil, a mentionné une attaque par deux personnes munies de couteaux, lesquelles couraient après un jeune du quartier qui était blessé et était en train de courir pour se cacher. a.c. D'après le rapport d'expertise médico-légale du 19 septembre 2018, l'examen de F______, effectué le 13 juillet 2018 dès 18h30, a notamment mis en évidence, sous la rubrique "thorax et abdomen": en région sous-clavière gauche, à environ 2.5 centimètres à droite du tiers distal de la clavicule, une plaie linéaire à bords nets, oblique vers le bas et la droite, mesurant jusqu'à 2.3 x 0.8 centimètres, mettant à nu
- 5/67 - P/13293/2018 les tissus sous-jacents et présentant au pourtour des traces de sang séché ; en région pectorale gauche, à proximité de la ligne médio-claviculaire, une plaie de forme arrondie, mesurant environ 0.2 x 0.1 centimètre (status post exsufflation) ; située environ 1 centimètre en dessous de la plaie précédemment décrite, une cicatrice hypo-pigmentée, de forme grossièrement ovalaire, mesurant environ 1.2 x 0.6 centimètre ; des traces de sang séché en région pectorale gauche ; en région latérothoracique gauche, au niveau de la ligne axillaire moyenne, un drain thoracique recouvert d'un pansement adhésif blanc. L'examen radiologique a par ailleurs mis en évidence les éléments suivants : un emphysème des tissus sous-cutanés superficiels et profonds de la paroi thoracique au niveau pectoral et sous-clavier à gauche (tissu adipeux et musculature), ainsi qu'au sein de la musculature intercostale de l'arc antérolatéral du 2ème espace intercostal à gauche ; une fracture pluri-fragmentaire légèrement déplacée de l'arc latéral de la 3ème côte à gauche ; un pneumothorax gauche ; la profondeur minimale de la plaie, mesurée en ligne droite entre l'irrégularité cutanée située sous le pansement en région claviculaire gauche et la surface de la plèvre pulmonaire via la fracture de la 3ème côte à gauche, était estimée à environ 10 centimètres de longueur (10.81 centimètres dans le plan sagittal et 10.37 centimètres dans le plan coronal) ; la trajectoire allait du haut vers le bas, de l'avant vers l'arrière et légèrement de la gauche vers la droite. Le rapport d'expertise a conclu que la plaie à bords nets constatée en région thoracique présentait les caractéristiques d'une lésion provoquée par un instrument piquant/tranchant, comme un couteau par exemple, tel que proposé par la police et l'expertisé, dont la vie n'avait concrètement pas été mise en danger. a.d. C______ et A______ ont été arrêtés le 13 juillet 2018 et placés en détention provisoire. Dès le 5 septembre 2018, C______ a été mis au bénéfice de mesures de substitution, en la forme de la remise de son permis F au MP, l'interdiction de quitter la Suisse, l'interdiction de se rendre dans trois lieux concernés par les faits, l'obligation d'avoir un travail régulier, l'interdiction d'entretenir des contacts avec les personnes présentes le jour des faits et l'obligation de déférer à toute convocation judiciaire. A partir du 24 janvier 2019, A______ a bénéficié de mesures de substitution de nature similaire, auxquelles s’ajoutaient l'obligation de se soumettre au suivi du Service de probation et d'insertion (SPI), de fournir des sûretés de CHF 5'000.- et de se soumettre à un traitement thérapeutique en vue de prendre en charge ses problèmes de violence. Ces mesures ont été prolongées en dernier lieu par le TMC de six mois, le 22 juillet 2019 pour A______, et le 16 août 2019 pour C______, hormis s'agissant de la remise des documents d'identité de ce dernier au MP (mesure levée le 27 mars 2019).
- 6/67 - P/13293/2018 Déclarations de F______ b.a. Entendu par la police, d’abord par téléphone le jour des faits, F______ a indiqué avoir eu une altercation le matin et avoir été frappé gratuitement au moyen d'un couteau par l'une des deux personnes croisées dans le parc durant l'après-midi. Le lendemain, il a déposé plainte pénale à l'encontre de A______ et de C______. Avant l'agression, il avait déjà vu C______, celui-ci habitant son quartier. Il n'avait en revanche jamais vu A______ auparavant, désigné comme étant très probablement "celui qui avait le couteau". Le 13 juillet 2018, aux alentours de 11h00 ou 12h00, vers l'école [du quartier des] Q______, alors qu'il remontait le trottoir à pied en direction du [quartier du] S______, accompagné d'un jeune du quartier, T______, un véhicule, qui se trouvait dans le parking situé vers l'école, avait fait une marche arrière de manière brutale, sans prendre garde aux éventuels piétons cheminant sur le trottoir. T______ et luimême avaient dû s'écarter brusquement pour éviter d'être percutés, de sorte qu'il avait réagi verbalement, en se dirigeant, un peu énervé, vers le chauffeur. Ce dernier était resté calme tandis que le passager, C______, avait immédiatement réagi, en lui demandant de parler autrement, alors que, sous le choc et d'abord sans insulter personne, il avait uniquement souhaité demander des explications au chauffeur. Le ton étant monté entre C______ et lui, ils avaient échangé quelques insultes, puis chacun était reparti de son côté. Vers 15h00-15h30, alors que F______ se trouvait depuis une vingtaine de minutes dans le parc derrière [l'immeuble des] Q______, où se trouvaient des familles et des amis à lui, C______ et A______, qui venaient de l'immeuble [des] Q______, s'étaient directement approchés de lui, les mains vides, et sans signe d'agressivité. C______ lui avait demandé de l'accompagner, ce qu'il avait fait tranquillement, pensant, à son ton, que l'intéressé souhaitait s'excuser pour l'incident du matin. C______ avait immédiatement évoqué cette altercation en lui disant qu’il "faisai[t] le malin". Après une ou deux minutes de discussion, la tension avait commencé à monter car C______ le touchait contre sa volonté, alors qu’il ne souhaitait pas se battre. A______, qui était resté en retrait sur sa gauche sans parler, avait soudainement levé le bras et avec sa main, tenant en prise inversée un couteau intégralement noir, de style opinel, à la lame rétractable de plus de 10 centimètres dirigée vers le sol, l'avait violemment frappé en direction de sa poitrine, visant le cœur, résultat qu'il avait juste eu le temps d'éviter en se penchant en arrière. Il avait ainsi été blessé un peu plus haut que l’endroit visé par A______. Ce dernier l'avait frappé gratuitement, puisqu’il n’était pas concerné par la dispute du matin et que luimême n’avait pas eu de geste provocateur, de sorte qu’il n’avait pas pu penser que C______ nécessitait d'être défendu. Il n’avait pas vu A______ sortir son couteau, son attention ayant été focalisée sur C______. Ayant immédiatement compris qu'il avait été blessé, il n’avait pas prêté attention à la réaction de C______, qu'il n'avait pas vu d'arme à la main, ni n'avait cherché à se défendre, mais s'était immédiatement enfui
- 7/67 - P/13293/2018 en direction de la pataugeoire, en enlevant son t-shirt pour compresser la plaie, puis avait contourné l'immeuble dans le but de rejoindre son domicile. Ses amis, qui étaient assis à proximité, s’étaient immédiatement levés et s’étaient manifestés verbalement. Il avait bien fait de s’enfuir directement car, lorsque l’ambulance était arrivée, il n’avait plus de force, ni de souffle. Depuis cette "tentative de meurtre gratuite", il avait peur de représailles et ne se sentait plus en sécurité, ayant eu affaire à des personnes qui n’avaient pas hésité à lui planter un couteau pour une dispute sans intérêt. b.b. Lors de l'audience de confrontation, F______ a confirmé ses précédentes déclarations. Il avait été "remonté" lors de l’altercation du matin, mais n’avait pas proféré d’insultes. Il était demeuré à deux ou trois mètres de la voiture, côté chauffeur, et n’avait pas fait le tour du véhicule, pas plus qu'il n’avait tapé sur celuici, ni ne s’était montré hostile. Ayant vu que le passager, soit C______, tenait des béquilles dans la main, il avait trouvé bizarre de le voir sans celles-ci dans le parc durant l’après-midi, tout comme marcher parfaitement bien. Il discutait avec des amis lorsque A______ et C______ étaient arrivés dans le parc, ce dernier lui ayant fait un signe de la main pour lui demander de venir. Il n’avait pas eu l’intention de "se prendre la tête" à cause de l’altercation du matin, qui relevait du passé pour lui. Lorsqu’il s’était approché d’eux, il avait compris qu’ils étaient sur place pour lui faire du mal. C______ n'avait eu de cesse de le toucher au niveau du torse, en essayant d’agripper son t-shirt. Il lui avait demandé d’arrêter de le toucher et de dialoguer. Moins d’une minute plus tard, tandis que C______ mobilisait son attention, A______, placé sur sa gauche et silencieux jusqu’ici, lui avait assené un coup de couteau ‒ tel que précédemment décrit ‒, qu'il n'avait pu voir qu'au dernier moment. Il n’était pas en mesure d’indiquer la taille du couteau. Il était persuadé que les intéressés avaient préparé leur projet, que son cœur avait été visé et qu’il ne serait plus en vie s’il n’avait pas bougé. Il avait eu peur de mourir. Il n’avait pas été hostile à l’égard de ceux-ci, ne les ayant ni menacés ni insultés. Après le coup de couteau, C______ et A______ s’étaient figés, l'air effrayé, s’attendant probablement à le voir tomber à terre. Il était toutefois parti en courant en direction de chez lui et avait entendu, derrière lui, C______ ou A______ dire "viens, on va le tuer" et "on n’en a pas fini avec toi". Des gens du voisinage qu’il connaissait étaient présents dans le parc. U______ lui avait ensuite rapporté que les prévenus avaient indiqué "dis à ton pote que ce n’est pas fini et qu'on va le chercher". Le coup de couteau reçu avait perforé l’un de ses poumons avec pour conséquences des troubles de la respiration et du sommeil et l’impossibilité de pratiquer du sport comme avant. Il avait également de fortes migraines et des douleurs insupportables au niveau de la poitrine et du dos, accentuées à chaque éternuement ou quinte de toux, si bien qu'il ne pouvait plus dormir sur le côté gauche. Il ne se sentait plus en sécurité et avait toujours peur que quelque chose arrive à sa famille ou à lui-même. Il prévoyait de consulter un psychiatre.
- 8/67 - P/13293/2018 Déclarations de C______ c.a. Devant la police, C______ a expliqué que le 13 juillet 2018, après s’être levé à midi, il avait bu un café avec son frère. Ils étaient ensuite montés dans la voiture de ce dernier, stationnée devant l’école primaire l'école primaire [du quartier des] Q______. Alors que son frère effectuait une manœuvre en marche arrière pour sortir du parking, un homme de type africain avait tapoté sur la voiture tout en le traitant de "fils de pute", propos suivis de diverses insultes. Son frère avait demandé à C______ de se taire et quitté les lieux pour le déposer [au quartier des] V______, où il avait rendez-vous avec son patron pour discuter de son arrêt accident. Par la suite, il avait rejoint A______ et ils avaient pris le bus pour rentrer [au quartier des] Q______. Sur place, ils s’étaient rendus dans le parc situé derrière [l'immeuble des] Q______, où un individu de type africain, dont il ignorait s’il s’agissait de celui avec lequel il avait eu une altercation le matin, s’était dirigé vers lui de manière agressive en lui indiquant "je t’arrache", tout en l’insultant. Il lui avait dit de ne pas le toucher, qu’il ne voulait pas de problème avec lui, puis avait posé ses doigts sur son torse, sans toutefois le saisir à plusieurs reprises par le t-shirt. L’individu avait fait mine de lui donner un coup de poing, si bien qu’il s’était protégé en se cachant le visage. Lorsqu’il avait regardé à nouveau, l'homme était parti en courant. Des gens se trouvaient derrière l’individu, mais il n’avait entendu personne crier d’arrêter. Il n’avait lui-même pas dit des paroles telles que "allez on y va, on va l’attraper". Il avait regagné son domicile avec A______ en marchant. Il était en arrêt accident suite à la chute d'un poids de 400 kilogrammes sur son pied gauche, de sorte qu'il avait porté ses béquilles et son attelle toute la journée. Il ne sortait jamais avec un couteau et n’en avait donc pas eu un sur lui au moment des faits. Il ne savait pas si A______ en détenait un, ni ne l’avait vu donner un coup de couteau à la victime. Les fenêtres de son logement donnaient du côté du parc, à l’arrière de [l'immeuble des] Q______. c.b. Devant le MP, C______ a confirmé ses précédentes déclarations. Il a précisé avoir déjà vu dans le quartier les deux "blacks" concernés par l’altercation du matin, mais ne leur avoir jamais parlé. Lorsque F______ avait tapoté sur le véhicule de son frère, ce dernier s’était excusé. Le précité s'était toutefois approché de son frère et avait commencé à l’insulter en le traitant de "pédé" et de "fils de pute". Lui-même s’était contenté de lui demander de cesser d’insulter son frère, dès lors que ce dernier s’était excusé. F______ avait fait le tour du véhicule pour se placer à sa hauteur, puis l’avait insulté, en lui disant successivement "fils de pute", puis "wala je t’arrache la tête quand je te chope, je sais que tu habites ici", avant qu’ils ne quittent les lieux. Après avoir, par la suite, rencontré A______ dans la rue en rentrant chez lui, il avait pris le bus n° 8______ avec lui et ils s’étaient directement rendus dans le parc. Sur place, un "black", soit F______, s’était dirigé vers lui, les épaules en avant, de sorte qu’il lui avait demandé "tu veux quoi" et avait posé sa main sur son torse. En réaction, ce dernier avait rétorqué "ne me touche pas ou je t’arrache la tête", puis avait pris de l’élan comme pour lui asséner un coup de poing. Il s’était protégé le visage avec les mains et en se retournant. Lorsqu’il avait regardé à nouveau, il avait
- 9/67 - P/13293/2018 vu deux personnes de couleur noire partir dans deux directions différentes. F______ ne l’avait pas frappé, ni même touché, mais insulté. A______, qui se trouvait derrière F______, avait commencé à marcher pour sortir du parc. Ils s’étaient rejoints, avaient marché le long de la route, puis avaient discuté un moment du travail devant les boîtes aux lettres de l’immeuble. Il maintenait ne pas avoir pris la fuite, ne pas avoir été en possession d’un couteau, n’en avoir vu aucun et ignorer si A______ était muni d’un tel objet. Du reste, s’il y avait eu deux couteaux, il y aurait eu deux plaies. Il portait son attelle tout le temps, même en dormant. Il n’avait rien à se reprocher. Il avait entendu dire que F______ était un fou qui criait dans l’immeuble. Lors de l'audience de confrontation, C______ a persisté à soutenir que c’était F______ qui l’avait menacé et qu’il n’avait pas vu que A______ détenait un couteau. Il a maintenu ses précédentes explications s’agissant de sa première altercation avec F______, ajoutant qu'au cours de celle-ci, ce dernier avait menacé de lui casser les pieds et avait indiqué "ne t’inquiète pas tu habites ici, quand je te chope tu verras ce que je vais te faire", propos auxquels il avait répondu par un "OK" avant de quitter les lieux. Avant de rentrer chez lui, il avait vu A______ et ils étaient allés dans le parc derrière son immeuble pour fumer un joint, sans remonter dans son appartement. Il avait expliqué à A______ que F______ l’avait menacé et avait insulté toute sa famille. Ce dernier, qui savait que F______ se droguait, lui avait conseillé de ne pas "se prendre la tête" avec cela. Lorsqu’il était arrivé dans le parc, muni de ses béquilles, F______ s’était directement dirigé vers lui, de manière agressive, en le menaçant à nouveau, raison pour laquelle il avait placé sa main sur son torse. Il ne l’avait lui-même pas interpellé pour discuter. Il y avait plein de monde dans le parc. Les amis de F______ étaient également venus autour d’eux, un à gauche, un à droite et un derrière, explications qu'il a ensuite rectifiées en indiquant qu’ils n’étaient pas venus autour d’eux mais étaient partis dans des directions différentes. F______ l’avait menacé et traité de "pédé", tandis que, pour sa part, il lui avait toujours parlé respectueusement et ne l’avait pas poussé. Il n’avait pas vu le coup de couteau du fait que F______ était en train de le pousser et avait levé le poing comme s’il allait l’agresser, si bien qu’il avait mis les mains devant lui pour se protéger et s’était retourné. Par la suite, il avait vu ce dernier courir, tout en se retournant. Il ne l’avait pas poursuivi et s'était rendu du côté de la poste avant de regagner son appartement avec A______. Il ne disposait d’aucun couteau lors de l’altercation, si bien qu’il pensait que F______ avait soudoyé les témoins qui avaient déclaré le contraire, ceux-ci souhaitant l’envoyer en prison. En fait, après leur seconde altercation, il y avait trois personnes dans le parc, qui lui avaient dit de laisser tomber car F______ avait des problèmes psychologiques. Avant les faits, il ne connaissait pas F______, l’ayant juste croisé dans le quartier, mais il avait entendu dire que ce dernier était tout le temps impliqué dans des bagarres. Il n’avait pas parlé du coup de couteau avec A______, étant donné qu’il ne l’avait pas vu et en avait été informé par la police. Ultérieurement, il a encore relevé qu'ils n'avaient "tué personne".
- 10/67 - P/13293/2018 c.c. D’après un courrier de la SUVA du 5 juillet 2018, l'accident professionnel subi par C______ date du 19 juin 2018. Déclarations de A______ d.a. A la police, A______ a expliqué que le 13 juillet 2018, il s’était rendu le matin à la caisse de chômage, puis avait rejoint son ami W______ à [la place] 9______, lequel était ensuite parti pour le Kosovo en bus vers 13h00. Il était retourné chez lui, puis, vers 14h00, avait quitté son domicile pour se rendre [au quartier des] Q______ avec le bus n° 8______, afin de rencontrer C______, avec lequel il avait prévu d'aller se baigner lorsqu’ils s’étaient parlé plus tôt au téléphone. Ils étaient tous deux en arrêt accident, lui-même étant blessé à la main droite, sans fracture. [Au quartier des] Q______, il avait rappelé C______ pour lui demander où il se trouvait et celui-ci lui avait répondu qu’il était derrière son immeuble, soit au lieu où il leur arrivait de discuter et de fumer des cigarettes. En arrivant à cet endroit, il avait vu un "renoi", soit F______, faire face à C______ à une distance de quelques centimètres et lui demander, de manière énervée, "tu veux quoi, tu veux quoi?", question à laquelle C______ avait répondu "tu ne me fais pas peur". F______, qui avait avancé sa tête comme pour toucher celle de C______, agitait ses mains et paraissait vraiment énervé. En s'approchant, il avait vu F______ et C______ se pousser mutuellement, puis le premier était parti en courant, en retirant son t-shirt, peut-être de peur que luimême intervînt. Il avait conseillé C______ de "laisser tomber", tout en ignorant le contexte. C______ lui avait relaté avoir eu, le matin même, alors qu’il était en voiture avec son frère et que celui-ci effectuait une marche arrière, une altercation avec F______, qui les avait insultés et l’avait menacé de lui "casser l’autre pied". Suite aux évènements de l’après-midi, plusieurs personnes à proximité étaient intervenues en disant "arrêtez, il ne faut pas". Ces personnes ne voulaient pas "foutre la merde". Il avait suggéré à C______ de regagner son domicile, ce qu’ils avaient fait en marchant et en traversant [l'immeuble des] Q______ sous le bâtiment, en direction du grand parking. Il n’avait pas vu de couteau dans les mains de C______, lui-même n’étant pas porteur d’un tel objet. Il a d’abord indiqué que C______ n’était pas muni de ses béquilles lors de l’altercation, avant de revenir sur cet élément et d’indiquer qu’il l’ignorait. Il ne savait également pas si ce dernier portait une attelle avant de revenir à son domicile. d.b. Devant le MP, A______ a, dans un premier temps, confirmé ses déclarations à la police. Il a précisé que, le jour des faits, C______ l’avait contacté en début d’aprèsmidi pour lui proposer d’aller à la piscine ou à [la plage]. Lors de l’altercation entre F______ et son ami, dans le parc où il l'avait rejoint, il n’avait, pour sa part, reçu aucun coup ni été insulté. Après l’altercation, il avait pris C______ par le bras pour se rendre chez lui, en faisant le tour par le restaurant situé en bas de son domicile. Une fois au domicile de C______, celui-ci lui avait relaté les événements du matinmême, au cours desquels F______ avait insulté son frère et C______ lui avait répondu, de sorte que F______ avait menacé de lui casser l’autre pied, tout en
- 11/67 - P/13293/2018 l’injuriant. Ils étaient restés environ 15 minutes chez C______, avant qu’ils ne se fassent interpeller par la police. Il a maintenu ne pas se souvenir si son ami avait ses béquilles et son attelle dans le parc, ainsi que ses dénégations par rapport à l’existence d’un couteau et au coup porté à F______ au moyen d’un tel objet. Après que son attention eut été attirée sur le fait que la victime l’avait désigné comme étant l’auteur du coup de couteau et que des témoins l’avaient vu prendre la fuite avec C______, A______ a admis, ému, être l’auteur du coup de couteau dont F______ avait été victime. Après avoir rejoint C______ dans le parc, il l'avait vu en présence de F______ et ceux-ci avaient l’air de s’insulter. Trois ou quatre mètres avant d’arriver, il avait dit "Oh" pour tenter de les calmer. F______, très costaud et très grand, l’avait regardé de manière agressive. Ce dernier, dont l’attitude démontrait qu’il voulait se battre, et C______ s’étaient ensuite poussés mutuellement. Lui-même étant blessé aux mains et C______ ayant le pied cassé, ils n’auraient pas pu se battre. Il avait donc sorti un couteau suisse à croix blanche, ainsi que la lame de celui-ci en l’orientant vers le bas, et avait voulu taper F______ dans l’épaule, sur le haut du bras, pour l’apeurer et lui faire quitter les lieux. Il avait "planté" F______ au moment où celui-ci avait poussé C______, ayant eu l’impression qu’il allait les taper. Il ne pensait pas que F______ ait pu le voir sortir le couteau. Ce dernier s’était ensuite éloigné en le regardant. Craignant qu’il revînt, il avait quitté les lieux en courant vers le restaurant à proximité, C______ en faisant de même derrière lui. Ils s’étaient rendus chez son ami et il avait jeté le couteau devant son domicile, sans que C______ ne le voie. Il n’avait pas dit à son ami qu’il avait donné un coup de couteau. Informé de ce que le coup de couteau porté à F______ avait perforé son poumon, A______ a sollicité des nouvelles de la victime et s’est excusé pour son geste. En confrontation, A______ a affirmé qu’il était exclusivement allé dans l’appartement de C______ après les faits et non avant. Ce dernier, avec lequel il conversait en albanais, lui avait raconté l’épisode du matin avec un homme qui l’avait menacé de lui casser les pieds. C______ ne lui avait pas demandé de discuter avec F______. A______ a d'abord indiqué qu'ils étaient tous deux allés dans le parc du fait qu'ils avaient eu envie de sortir, avant d'expliquer qu'il s'y était rendu seul car il avait rendez-vous sur place avec C______. Il était porteur d'un couteau suisse, qu'il avait toujours sur lui, l’utilisant pour ses besoins quotidiens. Il a maintenu ne pas avoir vu son ami avec un tel objet. Quand il avait croisé C______, celui-ci se trouvait déjà à proximité de F______, qui était penché au-dessus de lui, étant plus grand, sans le toucher, et qui l’agressait et le menaçait verbalement. Il avait pensé que F______ allait s’excuser pour les insultes proférées le matin contre C______. Ce dernier avait juste posé ses mains sur le torse de l'intéressé, sans le pousser, pour le maintenir à distance, en lui indiquant "tu me parles pas comme ça", tandis que F______ répétait "tu ne me touches pas, tu me touches pas", en commençant à "péter un plomb". A ce moment, il avait compris qu’il allait se passer quelque chose, ayant indiqué successivement à cet égard qu'il avait vu la main de F______, le long du corps, en
- 12/67 - P/13293/2018 train de bouger comme si elle s’apprêtait à donner un coup ou à faire quelque chose, puis qu'il l’avait vu mettre un bras en arrière et prendre une position comme s’il allait frapper, si bien qu’il avait eu très peur. Ayant pensé que F______ allait leur faire du mal et étant positionné un à deux mètres de ce dernier, il avait sorti le couteau et l’avait frappé ‒ tel qu'expliqué précédemment ‒, en visant l’épaule et non le cœur, pour le faire fuir. Il n’avait pas vu F______ avec une arme. Il n’avait rien prémédité et n’avait pas eu l’intention de le tuer. Au moment où il avait donné le coup, F______ avait bougé, de sorte qu’il ne savait pas où il l’avait touché exactement. Il n’était pas sûr que C______ ait vu le coup de couteau, ce dernier ne sachant pas qu’il était porteur d’un tel objet, et ils n'en avaient pas parlé par la suite. De plus, lorsqu’il avait vu F______ faire mine de lui donner un coup, C______ s’était mis un peu de côté. Après le coup, il avait reculé, effrayé, ayant pensé que F______ allait venir vers lui ou tomber. Il avait pensé que si c’était grave, il devait l’aider. Cependant, F______ avait enlevé son t-shirt, ce qui l’avait fait craindre qu’il ne les attaque encore, mais il avait couru dans une autre direction qu’eux. Il avait quitté les lieux avec C______, le plus vite possible, sans se retourner. Ils n’avaient pas poursuivi F______. En effet, s'ils étaient partis du même côté, ils n'avaient pas pris la même direction. Il avait entendu une dame leur crier de s’arrêter. Peut-être avait-elle pensé qu’ils allaient poursuivre F______, mais tel n’avait pas été le cas. Il avait jeté le couteau vers une école et montré l’endroit à la police. Il ne se souvenait pas si C______ était muni de béquilles et porteur d'une attelle dans le parc. Tout en présentant ses excuses à F______, il a ajouté que s’il avait voulu le tuer, il ne l’aurait pas frappé dans le cœur mais à la gorge. Expertises toxicologiques des prévenus e. Selon les expertises toxicologiques du 29 août 2018, les analyses effectuées sur des échantillons de sang périphérique et d'urine, prélevés sur A______ et sur C______ le 13 juillet 2018, respectivement à 21h15 et à 21h40, indiquent une consommation récente de cannabis pour chacun d’entre eux. Auditions des témoins f. Les huit témoins suivants, présents le jour des faits, ont été entendus par la police et/ou le MP : f.a. X______, frère de C______, a confirmé que dans la matinée du 13 juillet 2018, il avait amorcé une manœuvre de recul avec son véhicule, lorsqu'un des deux Africains présents, soit F______, avait hurlé en exprimant son mécontentement. De par sa gestuelle également, ce dernier lui avait semblé agressif et chercher la bagarre. F______, qui était positionné de son côté du véhicule, avait passé la main au travers de la fenêtre baissée, en regardant C______, passager du véhicule, sans toutefois tenter de les frapper. Lui-même s’était excusé, tout en lui faisant remarquer que sa voiture était équipée de caméras de recul. F______ avait ensuite demandé à son frère s’il voulait qu’il lui casse l’autre jambe, avant de menacer de lui casser les dents, tout
- 13/67 - P/13293/2018 en l’insultant et en ajoutant "je sais où tu habites et quand je te vois plus tard, on va en discuter". Il n'avait pas compris pourquoi F______ s'était adressé à son frère, alors que tant celui-ci que lui-même étaient demeurés calmes. Il avait conseillé à son frère, s’il revoyait F______ et que ce dernier cherchait la bagarre, de l’éviter ou d’appeler la police. C______ était un peu nerveux car F______ lui avait dit "Nique ta mère". A son sens, cela ne se faisait pas de prononcer de telles paroles, de sorte que si F______ avait eu des personnes agressives en face de lui, cela aurait pu mal finir. Lorsqu’il l’avait déposé [au quartier des] V______, C______ était encore "un peu touché". Son frère avait été victime d'un accident au travail. A son souvenir, il portait quelque chose sur la demie-jambe, comme un plâtre ou une attelle. f.b. T______ a expliqué qu’il cheminait avec F______ derrière la poste des Q______, quand un véhicule avait failli les toucher en reculant. F______ avait crié "Oh" et "regarde la prochaine fois que tu fais une marche arrière", sans toutefois mal parler au conducteur, dont le véhicule s’était arrêté à une distance de 50 centimètres de sa propre cuisse. Tandis que F______ se trouvait à la hauteur du conducteur, celui-ci lui avait répondu "Ok, pas de souci". En revanche, le passager du véhicule, qui avait une béquille à côté de lui, avait dit à F______ "Commence à bien parler", si bien que celui-ci, qui se trouvait à cinq mètres du véhicule, était retourné sur ses pas, en marchant normalement et sans faire de mouvement avec ses bras. F______, dont l’expression était un peu fâchée, et le passager du véhicule avaient alors commencé à échanger des propos et à s’énerver, sans crier. Pour sa part, il avait continué sa route et, d’où il se trouvait, il n’avait pas véritablement entendu ce que ces derniers se disaient, si ce n’est que F______ avait dit "tu t’énerves alors que j’ai juste demandé de faire attention, tu fais le malin". Il n’avait pas entendu d’insultes. La conversation avait duré moins de deux minutes, puis ils avaient quitté les lieux. F______ lui avait dit "on s’énerve pour rien en plus, juste parce que je lui ai dit de faire attention avec sa marche arrière", sans lui donner plus amples indications sur sa conversation avec le passager. La réaction de F______ lui avait paru normale. Ils s’étaient ensuite rendus dans un parc, où ce dernier avait raconté à des tiers ce qui s’était passé, étant un peu énervé lors du récit. Il n’avait jamais vu F______, qui était gentil et riait beaucoup, en conflit avec un tiers. Dans le courant de l’après-midi, tandis qu’il était sorti faire des courses, il avait à nouveau brièvement croisé F______, qui se trouvait dans le parc des Q______. A son retour, 10 à 15 minutes plus tard, un tiers l’avait informé que ce dernier s’était "fait planter". f.c. P______, résidant à l'avenue 1______, a expliqué avoir vu deux personnes arriver tranquillement dans le parc vers F______, lequel se trouvait à quatre ou cinq mètres de lui. C______ s'était placé face à F______, tandis que A______ se tenait sur le côté gauche de celui-ci. Lui-même était assis derrière A______. Ce dernier n'avait pas parlé avec F______, qui n’avait discuté que quelques secondes avec C______. Celui-ci avait saisi à diverses reprises, au niveau de la poitrine, le t-shirt de F______, qui lui demandait de le laisser tranquille et de ne pas le toucher. F______ n’avait fait aucun geste particulier.
- 14/67 - P/13293/2018 Pendant ce temps, il avait remarqué que A______ tenait un couteau par le manche dans sa main droite, en prise inversée, lame dirigée vers le bas. Ce dernier avait ensuite ramené le couteau à la hauteur de son visage, afin de prendre de l’élan et donner, avec beaucoup de force, un coup à F______ juste en-dessous de sa clavicule gauche. Il s’agissait d’un couteau de cuisine d’une taille de 30 centimètres avec une lame de 20 centimètres, dont le manche était de couleur jaune. P______ avait alors immédiatement crié en direction de C______ et de A______ "Arrêtez-vous ! Qu’estce que vous faites ?", tandis que F______ était parti en courant en direction des allées no ______ et ______ de l'avenue 1______. A______ s’était adressé à lui de manière très agressive, en lui demandant "Vous voulez quoi ?", puis C______ avait indiqué à son ami "Allez, on y va, on va l’attraper", de sorte qu’ils étaient partis en courant en direction de la même allée que celle vers laquelle se dirigeait F______, afin de le rattraper. A cet instant, il avait remarqué que C______ tenait également un couteau de cuisine dans la main droite, d’une taille similaire à celui de A______, dont il ne pouvait toutefois pas préciser la couleur du manche. Il avait immédiatement appelé la police. Les deux protagonistes avaient parlé albanais entre eux. Lorsqu’il avait été amené à identifier C______ en présence de la police, ce dernier portait une attelle sur la jambe droite et utilisait des béquilles, ce qui l’avait intrigué dès lors qu’il en était démuni lors de l’agression. Devant le MP, P______ a confirmé ses précédentes déclarations. Il a précisé qu’il se trouvait dans le parc, en compagnie de ses enfants, lorsque F______, un voisin et non un ami, était arrivé. Ce dernier avait discuté avec ses amis au même endroit, puis l’avait salué, avant de se placer à une distance de quatre à cinq mètres de lui. Par la suite, C______ et A______ étaient arrivés, de manière normale. C______, qui se trouvait face à F______, avait discuté avec lui, sans se disputer. A un certain moment, C______ avait saisi F______ par son t-shirt, à deux ou trois reprises, en serrant le poing sur celui-ci, à la hauteur de la poitrine, de sorte que ce dernier lui avait rétorqué, en criant, de ne pas le toucher, sans effectuer de gestes agressifs. Ces propos avaient commencé à attirer son attention, mais il n’en avait pas entendu d’autres, se trouvant à trois ou quatre mètres de l'altercation. F______ n’avait pas fait de mouvement pour repousser les auteurs, mais avait levé les mains devant lui à la hauteur des épaules, tout en demandant qu’on ne le touche pas. Ensuite, A______, qui n’avait pas discuté avec F______ et se trouvait à sa gauche, avait sorti un couteau, lame tenue vers le bas et, d’un mouvement circulaire sur la droite, avait touché F______ sous la clavicule, près du cœur. Les deux auteurs avaient chacun un couteau, ce qu’il avait constaté lorsqu’ils avaient quitté les lieux. Les deux couteaux avaient une taille identique et l’un d’eux comportait un manche jaune. Entre le moment où F______ avait crié et le coup de couteau, il s’était écoulé dix secondes. Lorsqu’il avait vu A______ sortir son couteau, il avait crié "arrêtez-vous". F______ était parti tout de suite en courant en direction de son habitation. L’auteur du coup de couteau s’était retourné vers les personnes présentes, dont lui, en demandant "qu’estce que vous voulez", puis était parti avec son comparse directement derrière F______, dans la même direction, sans qu’il puisse affirmer qu’ils avaient souhaité le
- 15/67 - P/13293/2018 suivre. En partant, l’un d’eux avait dit, en français, "il faut qu’on l’attrape" et "ne t’occupe pas des autres". Aucun des individus n’était muni d’une attelle ou de béquilles. Il n’avait jamais eu de problème par le passé avec C______ ou A______, qu’il ne connaissait pas. f.d. U______ a indiqué que F______ était une jeune connaissance du quartier, tandis qu’il ne connaissait pas C______ et A______. F______ avait toutefois un groupe d’amis différent du sien. Il se trouvait dans le parc, en compagnie d’amis, lorsqu’une altercation avait éclaté. Les protagonistes parlant fort, il s’était retourné et avait vu deux personnes bousculer F______. Les deux individus faisaient face à F______, qui avait les mains en l’air. En fait, l’un des individus se trouvait face à ce dernier, tandis que le second était sur le côté. Il avait uniquement entendu F______ dire "touche-moi pas", paroles qui avaient été prononcées le plus fortement et à une ou deux reprises. Il ignorait si des insultes avaient été proférées et ne se souvenait pas si l'un des individus avait saisi le t-shirt de F______, ou si ce dernier avait fait des gestes agressifs à leur égard. Il n’avait pas vu de quelle manière le coup de couteau avait été donné, pas plus que le couteau qui avait été utilisé, n'en ayant vu aucun. Il avait compris qu’un coup de couteau avait été donné en voyant du sang. F______ avait mis sa main sur son épaule gauche, avant de retirer son t-shirt et de le mettre sur sa plaie. Il était ensuite parti en courant, en direction de [l'immeuble des] Q______. Les deux autres personnes étaient "parties derrière lui" en courant, quelques secondes après, dans la même direction. Il ne se souvenait pas si une des personnes portait une attelle ou des béquilles. Il avait couru derrière les individus en leur demandant de se calmer et d’arrêter. Comme les trois protagonistes étaient partis dans la même direction en courant, il avait pensé que cela allait continuer et qu’il devait aller les séparer. Il avait eu peur pour F______. Arrivé de l’autre côté de l’immeuble, il avait vu les deux individus, qui n’avaient pas trouvé F______, de sorte qu’ils avaient arrêté de courir, puis étaient partis. Il ne se souvenait pas avoir entendu, ni avoir rapporté à F______, que l’un des individus s’était adressé à lui en lui disant "dis à ton pote que ce n’est pas fini et qu’on va le chercher". Il n’avait pas non plus entendu quelqu’un crier "viens on va le tuer". Tout s’était passé très vite. Il n’avait constaté aucune agressivité dans le comportement de F______, lequel ne lui avait pas relaté, lors de leur discussion préalable, avoir eu une "embrouille" le matin même. A sa connaissance, F______ n’était pas quelqu’un de "chaud". Ce dernier n’avait jamais été agressif avec lui et était serviable. f.e. R______, travailleur social, se trouvait au niveau de la pataugeoire, en compagnie d’enfants et de plusieurs collègues, lorsqu’il avait vu F______, l’air effrayé, passer en courant à cinq mètres d’eux avec sa main sur son torse, vraisemblablement sur le côté gauche, au niveau de la clavicule, et se diriger vers le parking pour faire le tour du bâtiment. Il lui avait semblé voir du sang. Il s’était retourné et avait vu deux personnes, à cinq-sept mètres de lui, poursuivre F______ en courant, chacune munie de ce qui ressemblait clairement à un couteau. Il avait cessé de voir les trois protagonistes lorsque ceux-ci avaient passé le coin de l’immeuble.
- 16/67 - P/13293/2018 Les couteaux étaient assez grands. Il ne pouvait indiquer s’il s’agissait de cutters ou de couteaux de cuisine ou donner de plus amples éléments sur leur type, si ce n’est qu’ils étaient de taille identique et comportaient une lame de 10 à 15 centimètres. Il était sûr que les deux individus, qu’il avait vus de profil, avaient chacun un couteau dans la main. Un couteau n'avait pas pu passer de l'un à l'autre devant lui. Le sentiment qui lui avait traversé l'esprit, à l'instar de ses collègues, était que les deux individus allaient tuer F______, si bien qu’ils avaient immédiatement appelé la police. Aucun des deux hommes n’avait d’attelle ou de béquilles, étant relevé que cela l’aurait marqué dès lors que ceux-ci couraient. Après les faits, F______ lui avait expliqué avoir eu un différend du fait qu’une voiture avait reculé et qu’il était juste derrière, si bien qu’il avait haussé la voix et "mal parlé". Quant au coup de couteau, F______ lui avait rapporté que tout s’était déroulé rapidement, sans dispute préalable et sans qu’il n’ait eu le temps de réagir, ayant été surpris. F______ était comme tous les jeunes du quartier, en ce sens qu'il pouvait parfois "gueuler", mais pas plus qu’un autre. Il ne l’avait en revanche jamais vu se bagarrer. F______ lui avait confié avoir eu peur de mourir ce jour-là. Il l’avait senti inquiet et fébrile, craignant de recroiser ses agresseurs. f.f. Y______, monitrice à la maison de quartier, a expliqué ne connaître F______ que de vue, celui-ci étant un jeune du secteur. Elle ne connaissait pas les prévenus. Elle se trouvait en compagnie d’un collègue, soit Z______, à l’angle du bâtiment [des] Q______ lorsqu’elle avait vu F______ courir, l’air bizarre, en se tenant l’épaule gauche, puis s’engouffrer dans un immeuble. Deux personnes étaient ensuite arrivées, en colère et en hurlant, avec des couteaux dans la main, cherchant F______. Les deux hommes, qui se trouvaient à 1.5 mètre d’elle et de son collègue, avaient emprunté le même chemin que ce dernier. Ils avaient toutefois continué tout droit, n'ayant pas vu F______ entrer dans l’immeuble. Les deux hommes, qui couraient, étaient très agressifs et vraiment très en colère. Tout en exhibant des couteaux, ils hurlaient "t’es où, je vais te tuer, je vais te casser la gueule", respectivement "t’es où, je vais te chopper, je vais lui casser la gueule", l’un étant plus agressif que l’autre, soit celui qui tenait un très grand couteau de cuisine au manche orange. Elle n’était en revanche pas capable de décrire le couteau porté par le second homme. Elle était sûre à 100% d’avoir vu un grand couteau, ayant été marquée par sa très grande taille, et il lui semblait que le second individu tenait également quelque chose dans la main. Personne ne lui avait dit qu’il y avait eu deux couteaux. Elle avait vraiment entendu l’homme le plus énervé, soit le plus fin des deux, dire "je vais le tuer". Avec son collègue, elle avait ordonné aux deux hommes de se calmer et de poser leurs couteaux, ce qu'ils avaient refusé de faire, étant en colère. Les prévenus étaient ensuite partis sous le passage. A son souvenir, ils n’avaient pas d’attelle, ni de béquilles et bougeaient normalement. A l'issue de l'audition de ce témoin devant le MP, A______ et C______ ont contesté sa présence sur les lieux.
- 17/67 - P/13293/2018 f.g. Z______ a expliqué qu'il se trouvait avec sa collègue Y______ vers les immeubles no ______-______ de l'avenue 1______ lorsqu’il avait vu F______, qui était une connaissance du quartier et dont l’attitude n’était pas habituelle, arriver dans leur direction, en courant "pas vite mais en mode accélération". Après 10 à 15 secondes, il avait constaté la présence de deux personnes qui couraient derrière F______, en mode "recherche", sans les avoir entendus parler. Il leur avait crié de lâcher leur couteau du fait qu’il y avait des enfants. La personne à laquelle il s’était adressé était la plus costaude des deux, soit possiblement C______. Celle-ci tenait un couteau, à la lame assez grande dirigée vers le haut, dont il était certain que le manche était orange. Il estimait que l’objet mesurait, en tout, 17 centimètres. Après qu’il eut insisté, l'individu avait accepté de ranger son couteau dans la poche arrière de son pantalon, sans qu’il ne se rappelle s’il l’avait vu plier la lame, ni si celle-ci était lisse ou dentelée. Occupé à discuter avec le détenteur du couteau, il n’avait pas vu si le second individu était également porteur d’un couteau, ni n’avait vu sa collègue partir. L’homme était par la suite parti dans le tunnel proche du AA______ et des gens, dont d’autres collègues, étaient arrivés. F______ était un enfant au "sang chaud", qui avait fait des bêtises et déjà été confronté à la justice, mais pas au point de recevoir des coups de couteau. Il avait eu peur pour lui. f.h. AB______ était assis devant son magasin, au no ______ de l'avenue 1______, et discutait avec un habitant du quartier, lorsque, vers 15h45, il avait vu deux jeunes hommes arriver en courant en face de lui depuis l'arrière de l'immeuble, probablement du côté de la pataugeoire. Les individus marchaient l’un derrière l’autre, le premier tenant un couteau de cuisine pour couper de la viande d’une vingtaine de centimètres dans la main. Ils avaient dit en français "on va le tuer, on va le tuer", avant de s'engager à l’intérieur de [l'immeuble des] Q______ vers les entrées ______ et ______. Aucun des deux individus ne boîtait, mais après l'intervention de la police, l'un d'eux portait une attelle. Devant le MP, AB______ a confirmé ses précédentes déclarations. Il a ajouté avoir pensé que les deux individus allaient se bagarrer. Le groupe de cinq ou six personnes qui suivait les deux hommes leur avait dit d’arrêter. Il n’avait pas constaté que l’un des hommes avait une attelle, ni remarqué si le second individu était également muni d’un couteau. Il ne connaissait pas les prévenus et n’avait aucune relation avec F______, qu’il savait seulement habiter le quartier. Infractions à la LCR de A______ g. Au cours de l'instruction, A______ a admis avoir été le conducteur du véhicule I______ qui avait percuté, le 19 mai 2017, le véhicule K______ de L______, causant ainsi à ce dernier les dégâts constatés sur le pare-chocs arrière de son véhicule. De même, il a reconnu avoir été l'auteur de l'accident reproché le 24 mai 2017 et avoir conduit, ce jour-là, le véhicule I______ sans être porteur de son permis de conduire.
- 18/67 - P/13293/2018 Audience de jugement h.a.a. En première instance, C______ a persisté à contester les faits reprochés. Il a maintenu que, lors de la première altercation, il ne s’était pas énervé et était demeuré très respectueux à l'égard de F______, qui, selon lui, avait perçu son respect comme une faiblesse de sa part. Si son frère lui avait demandé de se taire, c’était parce que F______ avait commencé à l'insulter et qu’il ne voulait pas que lui-même s’énerve, même s'il n'était pas de nature colérique. Si tel avait été le cas, il serait sorti de la voiture pour s'expliquer avec F______. Il a admis que, tel que l’avait mentionné son frère, il avait été nerveux et touché par cet événement, mais "pas à un point tel d'en arriver là…". Selon lui, "on exag[érait] un peu". Il n'avait rien fait et ne souhaitait pas détruire sa vie. Il était venu en Suisse pour s'intégrer, et non pour montrer qu'il était le plus fort. Il s'était dit que F______ était un dealer, en sortant du parking, car sa réaction et ses insultes n'étaient pas celles d'une "personne normale", étant relevé que, sans emploi, "il faut bien vivre de quelque chose". Il avait d’ailleurs appris ensuite qu’une telle rumeur circulait dans le quartier. Il ignorait s'il avait mentionné cela à A______. Il ne se rappelait plus des circonstances exactes dans lesquelles il avait rencontré le précité dans le quartier des V______. Ils avaient voulu aller à la piscine ou à la plage, et pris le bus ensemble. Si A______ avait affirmé être venu à sa rencontre directement dans le parc [du quartier des] Q______, il ne pouvait pas se prononcer sur les déclarations de ce dernier. Il ne se souvenait par ailleurs pas du moment auquel il avait raconté à A______ l'altercation survenue plus tôt dans la journée avec F______. Il était désolé pour ce qui s'était passé et n'avait eu aucune arrière-pensée lorsqu'il avait raconté, encore énervé, cette altercation à son ami. Ce dernier n’avait pas eu de réaction particulière. Il voulait régler la situation "dans la paix et le respect". A______ et lui-même n'étaient pas des personnes qui cherchaient des problèmes. Il s'était déplacé avec ses béquilles et son attelle toute la journée du 13 juillet 2018, puisqu'elles lui étaient indispensables, comme l’attestaient les documents médicaux produits. De retour [du quartier] des V______, il était monté seul dans son appartement. Il ne se souvenait pas de ce qu'avait fait A______ à ce moment-là, peut-être était-il passé au magasin de tabac. Depuis son appartement, il n'avait pas remarqué la présence de F______ dans le parc. La rencontre avec le précité n'avait pas été organisée, mais était due au hasard. En fait, la fenêtre de son appartement ne donnait pas sur le lieu de l'altercation, mais sur un arbre ainsi que sur l'endroit où les enfants jouaient. Il lui semblait en outre que le rebord de sa fenêtre l'empêchait de voir le lieu de l'altercation. Il était sorti de son immeuble, comme à son habitude, par l'accès côté parc, et non côté parking parce que des enfants y jouaient au ballon. Il n'avait pas pris d'affaires pour la piscine car il portait ses béquilles et ignorait s'ils allaient se baigner ou non.
- 19/67 - P/13293/2018 Il s'était rendu dans le parc [du quartier des] Q______ un peu avant que A______ arrive, sans être en possession d'un couteau. Il avait voulu "régler le problème avec F______", même s’il ne savait pas s’il allait l’y trouver. C'était ce dernier qui, en l'apercevant, s'était dirigé vers lui, et avait commencé à lui parler, déjà énervé. Pour sa part, il lui avait demandé ce qu'il voulait, sans intention de lui "montrer [s]a force". F______ avait fait un geste en levant le bras, de sorte qu'il avait peut-être avancé sa main dans sa direction, afin qu'il ne le touche pas. Il ne s'était toutefois rien passé. Il n'avait pas constaté que A______ était muni d'un couteau, ni n'avait vu le coup asséné par le précité à F______. Suite à cela, ils n'avaient pas poursuivi F______, mais étaient simplement rentrés chez lui, ne se souvenant toutefois pas du chemin emprunté à cet effet. Il pensait être passé devant les boîtes aux lettres. Il a contesté les déclarations des témoins qui les avaient vus courir et hurler des menaces, ne comprenant pas comment ces personnes osaient tenir de tels propos. De retour à son appartement, il n'avait pas parlé avec A______ de l'altercation qui venait de se passer dans le parc et son ami ne l'avait pas informé du coup de couteau porté à F______. Il a présenté ses excuses à ce dernier, expliquant que rien n'avait été prémédité et qu'il avait voulu "régler ça en paix", ajoutant que cela ne se reproduirait plus. A______, qu’il connaissait bien, ne voulait pas agir ainsi. h.a.b. C______ a produit un rapport des urgences de l'Hôpital de AC______ du 19 juin 2018, qui fait état d’un traumatisme de la cheville gauche et mentionne que le retour à domicile devait se faire avec des "cannes", ce qui est corroboré par le rapport de consultation dudit établissement hospitalier du 25 juin 2018, recommandant à C______ la poursuite des cannes "selon douleurs". h.b.a. A______ a admis les infractions à LCR, de même qu'avoir porté un coup de couteau à F______, toutefois sans intention homicide. Il a reconnu que, le 13 juillet 2018, suite à l’appel de C______ avec lequel il parlait albanais, il avait quitté son domicile entre 13h00 et 14h00 pour le rejoindre entre [les quartiers] de AD______ et des V______. C______ était alors muni de béquilles et portait une attelle. Dans l’idée de se rendre à la plage ou à la piscine, sans qu’il ne souhaite toutefois se rendre à la piscine sans linge, ils avaient marché deux arrêts à pied pour prendre le bus n° 8______ et aller chez C______. C'était, en fait, dans le bus que C______ lui avait fait part de l'altercation qui s'était déroulée plus tôt dans la journée avec F______, sans avoir l'air énervé. N'ayant pas compris que cela s'était déroulé [au quartier des] Q______, sans quoi il ne s'y serait pas rendu, il lui avait recommandé de "laisser tomber". Arrivés dans le quartier, ils avaient prévu de passer d'abord par le domicile de C______ afin de récupérer un joint, qu'ils voulaient fumer avant de se rendre à la plage. C______ était rapidement monté seul dans son
- 20/67 - P/13293/2018 appartement, pendant que lui-même s'était rendu au tabac pour acheter des cigarettes. Il avait ensuite attendu son ami devant l'entrée de son immeuble dans le passage qui traversait le bâtiment. Il ne pensait pas que C______ portait encore ses béquilles et son attelle lorsqu'il était descendu, étant précisé qu'après le coup de couteau ils avaient pas mal couru pour se réfugier. Il lui avait proposé d’aller fumer le joint dans le parc et avait commencé à marcher en direction de celui-ci, tandis que C______ le suivait, deux ou trois mètres derrière. La rencontre avec F______ avait eu lieu au moment où celui-ci marchait sur leur droite, en diagonale. Après avoir dépassé les amis de F______, il avait remarqué, en se retournant, que C______ s'était arrêté au contact de ce dernier. Il n'avait d'abord pas compris ce qu'ils se disaient, puis, voyant qu’ils se chauffaient, il avait saisi que l'interlocuteur de C______ était la personne avec laquelle ce dernier avait eu une altercation plus tôt dans la journée. Il s'était approché d'eux et s'était tenu à gauche de F______. Il contestait s’être rendu au contact de ce dernier avec C______, maintenant qu’ils s’étaient croisés. Ce jour-là, sans mauvaise intention, il était muni d'un couteau suisse qu'un ami lui avait donné au moment de son départ en autocar pour le Kosovo, après s’être rendu compte qu'il devait s’en débarrasser en raison des contrôles douaniers. Il n'avait pas laissé le couteau à son domicile lorsqu’il y avait déjeuné, ne souhaitant pas que son oncle le découvre. Il s’agissait d’un couteau de couleur noire, muni d'une lame de 10 centimètres, portant une inscription "Switzerland" au bas du manche, sans croix blanche, d’une taille supérieure aux couteaux suisses classiques, et non d’un couteau de cuisine. Il n'avait pas vu si C______ était muni d'un couteau, sans pouvoir l'exclure, son ami étant resté derrière lui lorsqu'ils avaient regagné son domicile. Interrogé sur le fait de savoir s’il maintenait que F______ avait fait mine de donner un coup de poing à C______, il a expliqué qu’en fait, C______ et F______ se tenaient tête contre tête et se touchaient mutuellement. Ils se disaient des mots et étaient tous deux agressifs. Il n'avait pas entendu les propos qu'ils avaient échangés, n'étant pas proche d'eux. Il avait toutefois compris qu'ils se demandaient mutuellement de ne pas se toucher. Les amis de F______ étaient déjà debout, à proximité, et il avait commencé à entendre des cris, ce qui l'avait vraiment effrayé. Tout s'était déroulé très vite. Il avait sorti le couteau de la poche de son bermuda et l’avait ouvert au moment où la situation commençait à "chauffer", que l'un des deux intéressés avait dit "touche moi pas" et que les amis de F______ s’étaient mis debout. Il avait donné un coup de couteau pour calmer la situation, de peur de "ramasser aussi", même si F______ ne s'était jamais montré agressif vis-à-vis de lui et ne l'avait pas menacé. Il n'était pas intervenu verbalement, ni ne s'était imposé physiquement entre F______ et C______ au préalable, pour les amener à s'éloigner. Il pensait que F______ et ses amis allaient leur faire du mal. Il maintenait avoir visé le bras de ce dernier, et non son cœur. Il avait seulement voulu toucher un peu F______, pour qu'il quitte les lieux, étant précisé que s’il avait voulu le tuer, il aurait pu s'y prendre de diverses manières. Il n’avait pas fait attention à la façon dont il avait saisi le couteau, soit en prise inversée, lame vers le bas, en donnant un coup de haut en bas. Le jour en question, sa main était très enflée au
- 21/67 - P/13293/2018 point qu'il n'arrivait pas à serrer les doigts, de sorte qu'il ne pouvait ni frapper ni faire quoi que ce soit avec celle-ci. A______ a montré le mouvement qu'il avait précisément effectué avec le couteau. Tandis que F______ se tenait debout, les bras relevés en avant, et qu'il était lui-même placé 30 centimètres derrière lui, légèrement décalé sur sa gauche, il avait donné un coup au niveau de l'épaule, de l'arrière vers l’avant, et du haut vers le bas. A ce moment-là, F______ avait fait un mouvement, puis l'avait regardé, avant de partir. Il l’avait vu ôter son t-shirt, après avoir parcouru environ cinq mètres. Selon lui, F______ ne s'était pas attendu au coup et n'avait pas tout de suite compris qu'il avait été blessé. Après le coup, C______ et lui n'étaient pas partis directement à la suite de F______. Puis, en voyant les amis de F______, il avait indiqué à C______ "viens on se casse", dans l’idée de retourner au domicile de ce dernier. Ceux-ci, dont U______, avaient couru derrière eux en criant. Confronté aux divers témoignages recueillis, il a précisé qu'il ne se souvenait pas des propos qui avaient été échangés avec C______, sans pouvoir exclure que les paroles entendues par les témoins aient été effectivement prononcées. Il était paniqué, n'ayant pas eu l'intention d'en arriver à une telle situation. Il ignorait pour quelle raison ils étaient partis dans la direction empruntée par la victime et pourquoi ils n’avaient pas choisi de regagner l’appartement de C______ en prenant le passage situé au milieu du bâtiment [des] Q______, soit directement en face de l’endroit où l’altercation avait eu lieu, plutôt que de faire le tour du bâtiment. Il contestait toutefois avoir eu l'intention de rechercher F______ ou de lui donner d'autres coups. De retour dans l'appartement de C______, il n'avait pas évoqué avec celui-ci ce qui venait de se passer. Il avait fait les cent pas dans le salon et entendu la sirène de police ainsi que celle de l'ambulance. Songeant que les événements ne s'étaient pas déroulés comme il l'avait souhaité et très stressé, il avait voulu quitter l'appartement pour voir ce qu'il se passait et avait été interpellé à sa sortie. Il regrettait que, malgré ses indications et le transport effectué sur place, le couteau qu'il avait utilisé n'ait pas été retrouvé. Il avait honte de son acte, le regrettait et souhaitait le réparer. Il a présenté ses excuses à F______, au tribunal ainsi qu'au MP. Il admettait ne pas avoir toujours dit toute la vérité, mais se présentait au TCO pour la rétablir. Il n'avait pas indemnisé F______ jusqu’ici car, ignorant la loi, il ne savait pas si cela était une bonne chose, beaucoup de corruption existant dans son pays. Il n'était pas un criminel et se rendait compte de la gravité de son acte. Il promettait de ne plus agir de la sorte et d’avertir à l'avenir la police en cas de problème. h.b.b. A______ a produit des lettres, rédigées par des proches et par un chef de projet, qui le décrivent comme étant une personne aimable, respectueuse, sensible
- 22/67 - P/13293/2018 aux problèmes de ses proches, serviable, respectant les valeurs de la Suisse, pays dans lequel il était très intégré. Professionnellement, il était un ouvrier appliqué, motivé et compétent. Il en ressort également qu’il regrettait les faits reprochés. h.c.a. F______ a confirmé sa plainte pénale et ses précédentes déclarations. Il a précisé que s’il s’était emporté lors de la manœuvre maladroite de X______ et avait échangé des insultes avec C______, il n’avait toutefois pas dit "nique ta mère" à ce dernier, ni ne l’avait menacé de s’en prendre à lui physiquement, en lui cassant notamment les jambes ou les dents, ou de le retrouver plus tard. Après cette altercation, il s'était rendu au parc [du quartier du] S______, accompagné de T______, où il avait rejoint des amis, auxquels il avait relaté l'incident qui venait de se produire, étant un peu énervé d'avoir été considéré comme fautif tandis qu'il avait failli se faire écraser. L'après-midi, un événement familial avait eu lieu dans le parc [du quartier des] Q______, de sorte qu’une trentaine d'habitants de la commune s’y trouvaient, dont beaucoup de famille. Il y avait rejoint, seul, quelques connaissances plus âgées, dont certaines étaient accompagnées de leurs enfants. Il n'avait pas évoqué l'événement du matin, l'incident étant clos pour lui. A______ et C______, lequel n'était plus muni de béquilles, étaient arrivés ensemble, côte à côte dans le parc, et s'étaient dirigés directement vers lui après l'avoir aperçu de loin. Il ne se souvenait pas lequel des deux lui avait fait un signe de la main, tandis qu'il se trouvait à trois ou quatre mètres de la manifestation. Ayant reconnu C______, il avait d’abord pensé que celui-ci venait s'excuser pour les événements du matin. A______ était resté en retrait, tandis que C______ s’était approché de lui et lui avait dit "tu as fait le malin ce matin, maintenant on va régler ça", avant d'empoigner son vêtement, au niveau du torse. S'étant immédiatement senti agressé, il avait compris que C______ et A______ n'étaient pas venus pour discuter. Il s'était adressé à C______ pour lui indiquer qu’ils pouvaient parler sans se toucher. Il n’avait utilisé aucun propos déplacé avant que C______ ne le saisisse par le t-shirt. La discussion avait duré deux à trois minutes, pendant lesquelles A______ était resté immobile et silencieux. Après avoir demandé plusieurs fois à C______ de lâcher son t-shirt, en haussant le ton, il avait levé les bras de côté, sans aucune intention belliqueuse, pour lui indiquer d’arrêter de le toucher. Il n'avait pas été agressif avant de recevoir le coup de couteau. Selon lui, C______ avait servi de distraction pour permettre à A______ de lui donner un coup de couteau en ayant le temps de viser. Au moment du coup, il avait senti que sa vie avait été mise en danger et avait entendu des cris. Malgré sa taille d'environ 1.83 mètre, et son poids de 87 kilogrammes à l'époque, il n'avait pas été agressif et avait pris directement la fuite. Lorsqu’il avait ôté son t-shirt en cours de route, il s'était retourné et avait constaté que C______ et A______ le poursuivaient. Il n'en avait pas parlé à la police car il était en état de choc. Il avait entendu l'un des deux précités indiquer "on va te tuer, on va t'attraper", de sorte qu’il avait pensé qu’ils en voulaient à sa vie. S'il avait par ailleurs effectivement mentionné, en cours de procédure, craindre
- 23/67 - P/13293/2018 que des amis le vengent, tel n'avait pas été son souhait. Il ignorait du reste si des tiers avaient suivi C______ et A______ après le coup de couteau. Le coup de couteau avait eu pour conséquences, au niveau physique, qu’il devait prendre des médicaments pour le sommeil et contre les douleurs. Il lui était impossible de dormir sur le côté gauche et de faire du sport comme auparavant, notamment du cross-fit, discipline qu’il pratiquait depuis cinq ou six ans et dans laquelle il avait atteint un très bon niveau. Désormais, la mobilité de son bras gauche était limitée et il avait perdu une dizaine de kilogrammes. Avant les faits, il souhaitait devenir coach sportif, voie qu'il ne pouvait désormais plus suivre au niveau professionnel, à tout le moins était-elle en suspens. Le sport étant sa passion, il avait eu des idées noires, se réveillait en pleurs et avait pensé à se suicider. Cet événement avait touché toute sa famille, notamment sa petite sœur de 11 ans. Il avait consulté un physiothérapeute et un ostéopathe. Il avait également souffert de problèmes de respiration. Les conséquences physiques avaient duré trois ou quatre mois, au cours desquels il n'avait pas pu fournir d'efforts physiques. Afin d'améliorer son état psychologique, il avait été consulter un spécialiste (psychiatre ou psychologue) à une reprise. Toutefois, il lui avait été difficile de se confier à un inconnu. Il avait néanmoins repris un rendez-vous et avait prochainement une séance. Durant une longue période, il était resté seul chez lui, sans sortir, craignant des représailles. Il avait eu des difficultés à en parler avec sa famille car les gens avaient imaginé qu'il avait forcément provoqué cette altercation, alors qu'elle avait été totalement gratuite. Cette image avait notamment été nourrie par deux articles de presse, qui avaient fait état d'une rixe, respectivement d'une bagarre, de sorte que les gens étaient venus lui poser des questions. Il se portait à présent mieux, même s'il avait parfois des flash-backs, faisait des cauchemars et se réveillait en sueur. Il ne sortait jamais de chez lui sans être accompagné, craignant d'être agressé. h.c.b. F______ a déposé des conclusions civiles et demandé que A______ et C______ soient condamnés, conjointement et solidairement, à lui verser la somme de CHF 10'000.-, avec intérêts à 5% à compter du 13 juillet 2018, à titre de réparation du tort moral. A leur appui, il a produit : une photographie de la cicatrice en dessous de sa clavicule gauche ; une photographie de la cicatrice, liée à la pose du drain, sur le côté gauche de son ventre ; la lettre de sortie des HUG du 15 juillet 2018, rappelant les diagnostics de pneumothorax et de plaie en région subclavière gauches et relevant que, compte tenu de la bonne évolution clinique, lui, qui avait subi une intervention le 13 juillet 2018, avait pu regagner son domicile ; les arrêts de travail prescrits à 100%, du 13 au 29 juillet 2018, du 17 septembre 2018 au 1er octobre 2018 et du 11 au 25 février 2019 ; les prescriptions de physiothérapie des 17 septembre 2018, 11 février 2019 et 7 janvier 2020 ; une attestation de AE______, physiothérapeute, du 13 janvier 2020, faisant état de sa prise en charge entre les 1er et 25 octobre 2018 et précisant qu'il était gêné dans la vie quotidienne par une limitation importante de sa mobilité au niveau du muscle pectoral ; un bon pour
- 24/67 - P/13293/2018 quatre séances d'ostéopathie du 11 février 2019 ; un article de presse paru dans le journal "______" le ______ 2018, lequel fait état d'une "rixe" et d’une "bagarre" qui se serait déroulée au pied des immeubles [du quartier des] Q______. h.d. Les témoins suivants ont été entendus par le TCO : h.d.a. W______ a indiqué que, le 13 juillet 2018, il avait pris un bus pour le Kosovo depuis la gare routière de Genève, où A______ l'avait accompagné après qu’ils aient passé la matinée ensemble. Son passeport comportait le tampon de son entrée dans la zone balkanique le 14 juillet 2018. Une fois dans le bus, il s'était rendu compte qu'il était muni d'un couteau, qu'il avait remis à A______ pour qu'il le place dans sa boîte aux lettres car il devait passer des contrôles de sécurité au poste frontière. Le couteau suisse en question était de couleur noire, mesurait en tout 18 à 20 centimètres et était muni d'une lame de 8.5 centimètres. Il s’agissait d’un couteau multifonctions. A______, dont il avait fait la connaissance au SCAI, était une bonne personne, serviable et présente pour ses proches, qui n'avait jamais eu de problèmes avec personne. Il avait vu beaucoup de changements dans le comportement du précité depuis le 13 juillet 2018, celui-ci étant devenu plus sérieux dans sa vie personnelle et professionnelle. h.d.b. AF______ a confirmé faire ménage commun avec A______. Elle l’avait rencontré en 2012 et ils s’étaient fiancés au cours de l'été 2018, avant d’emménager ensemble en janvier 2019. Quelle que fut l'issue de la procédure, A______ et ellemême resteraient toujours ensemble. Ils s'étaient construits et soutenus mutuellement. A______ était doté de nombreuses qualités. Il avait toujours été là pour elle, sa famille et leurs proches. Il était respectueux, aimable et d'une gentillesse unique. Il était transparent et ne savait pas mentir. Elle avait confiance en lui. Elle avait appris la langue albanaise avec lui et elle corrigeait son français. h.d.c. AG______ a confirmé avoir employé A______ dès mai 2019, comme ______. Il le trouvait très sympathique et pensait que c'était vraiment quelqu'un de bien, sur qui on pouvait compter, au point qu'il souhaitait avoir un beau-fils comme lui. Etant par ailleurs "bosseur", A______ était très demandé, notamment par les architectes, de sorte qu’il avait besoin de lui. Il savait que A______ regrettait ce qui s'était passé. h.d.d. AH______, belle-sœur de C______, a décrit l'intéressé comme une personne très gentille, serviable, fiable, très calme, qui cherchait plutôt à apaiser les conflits. Elle le voyait essentiellement à l'occasion de fêtes de famille. Il avait vécu avec son mari et elle-même pendant une année, vers 2016, et la cohabitation s'était bien déroulée. Il s'était notamment occupé de leur fille, qu'il allait chercher à l'école. h.d.e. AI______, mère de F______, a déclaré vivre actuellement avec celui-ci et sa petite sœur, ses deux autres enfants poursuivant leurs études à l'étranger. Depuis les événements du 13 juillet 2018, F______ avait perdu beaucoup de poids et ne pouvait plus pratiquer les mêmes activités qu’auparavant, du fait qu'il avait des problèmes de
- 25/67 - P/13293/2018 mobilité au niveau du bras et toujours des douleurs, pour lesquelles il prenait des médicaments. Or, le sport était très important pour lui. Il avait d’ailleurs abandonné ses études en ressources humaines pour devenir moniteur de sport. Elle avait également constaté de nombreux changements psychologiques chez F______ suite aux événements survenus dans un quartier où il était né et avait grandi. Son fils avait eu des difficultés à verbaliser ces derniers, qui l'avaient pris par surprise. Il n’était plus parvenu à dormir dans sa chambre, qui donnait du côté du parc, si bien qu’elle avait dû faire un échange avec celle de sa petite sœur. F______ avait également des difficultés pour sortir, ce qu'il ne faisait qu'à certaines heures et en prenant des précautions, si bien qu'il chargeait parfois sa petite sœur de faire ses courses. Il avait peur tant pour lui que pour les membres de sa famille. Elle avait souffert de voir son fils dans cette situation, ce qui avait aggravé son propre état de santé. Etant chrétienne, elle priait. Elle ne parvenait toutefois pas encore à passer à l'endroit de l'agression. Débats d'appel C. a.a. Devant la Chambre pénale d'appel et de révision (CPAR), C______ a admis qu'à la suite de sa première altercation avec F______, il s’était peut-être senti "déçu" et mal, sans toutefois ne rien avoir à se reprocher. F______ l’avait bien menacé et insulté, comme indiqué précédemment. Il avait rencontré A______ par hasard dans le quartier des V______ et c’était ce dernier qui lui avait proposé d’aller à la plage ou à la piscine. Il ne se rappelait plus s’il avait raconté à A______ sa première altercation avec F______ lorsqu’ils étaient dans la rue ou dans le bus en direction [du quartier] des Q______. Une fois arrivés, il avait regagné seul son logement pour y chercher de la CBD, dans l’intention d’aller la fumer dans le parc avec son ami. Il n’avait pas pris de couteau. Il ignorait ce que A______ avait fait pendant ce temps. Peut-être était-il allé au tabac ou chez AJ______ [magasin d'alimentation]. Il n’était pas certain que l’on puisse apercevoir de son domicile le lieu où était survenu sa seconde altercation avec F______ dans le parc, en raison de l’existence de murs en béton. Avant de se rendre dans le parc, il n’avait pas vu F______. S’il n’avait admis qu’en première instance qu’il était allé chez lui avant de se rendre au parc, c’était parce qu’il ne voulait initialement pas que son frère sache qu’il fume de la CBD. C’était bien F______ qui était venu à sa rencontre dans le parc. Il avait alors mis sa main sur son torse, en lui demandant ce qu'il lui voulait, et lui avait dit de ne pas s'approcher de lui. A ce moment-là, F______ avait voulu le frapper, de sorte qu’il avait lui-même pivoté son corps et mis son bras devant son visage pour se protéger. Il n’avait donc pas vu ce qu'il s'était passé, notamment le coup de couteau. Il n’était pas quelqu'un qui cherchait les problèmes. Il était désolé de ce qui s'était passé, ne sachant même pas comment la situation en était arrivée là, ni pourquoi F______ avait reçu un coup de couteau. Il n’était pas dans la tête de A______ et ne pouvait donc pas dire pourquoi ce dernier avait réagi de la sorte. Sur question, il a précisé que
- 26/67 - P/13293/2018 F______ avait initialement commencé à le toucher au niveau de la poitrine et avait écarté les bras. C’était donc ce dernier qui avait "commencé". Il ignorait d’où provenait le couteau de A______, ne sachant pas que l'intéressé avait un tel objet sur lui. Après que F______ ait pris la fuite, il avait marché normalement en direction de son appartement, du côté où il y avait les boîtes aux lettres. Pour lui, il s’agissait du chemin le plus direct. Il n’était pas parti à la recherche de F______. Il n’avait échangé aucune parole avec son ami ou avec des tiers à ce moment-là. Les témoins qui avaient indiqué le contraire étaient peut-être sous le choc et avaient rapporté des menaces qui n’avaient pas existé. Une fois de retour chez lui avec A______, ils n’avaient pas "du tout" discuté. Par la suite, ce dernier était sorti et il s’était retrouvé seul. Il n’avait rien fait de plus que fumer. Son ami n’était pas resté longtemps chez lui, juste le temps d’entrer et de sortir. Il ne savait alors pas que A______ avait donné un coup de couteau à F______. Il n’en avait entendu parler pour la première fois qu’après son arrestation. Il a maintenu avoir gardé ses béquilles et son attelle tout au long de la journée. Il était possible que les témoins, de même que A______, se soient trompés lorsqu’ils avaient affirmé le contraire. En réalité, ce 13 juillet 2018, il avait été au mauvais endroit au mauvais moment, n’ayant jamais eu envie que les choses se passent ainsi. S'agissant de l'éventuel prononcé de son expulsion, il a relevé avoir grandi en Suisse depuis l’âge de 12 ans, et n’avoir pas eu une vie facile avant d’arriver dans le pays. Il ne voyait pas pourquoi il en serait expulsé, n’ayant rien fait et ayant construit sa vie ici. Cela lui avait pris du temps pour arriver là où il en était. Il n'avait rien au Kosovo, où il n’était pas retourné depuis plus de 10 ans. a.b. C______ a déposé un bordereau de pièces, comprenant : son dossier auprès du service médical de [la prison de] AK______ ; un extrait d’acte de mariage, attestant de son union avec AL______, de nationalité suisse, le ______ 2020, ainsi qu’une attestation de la mère de son épouse, AM______, confirmant la cohabitation de sa fille et de l'intéressé à son domicile ; une attestation établie le 15 mai 2020 par AN______, selon laquelle ce dernier comptait inscrire [son entreprise] "AO______" au registre du commerce dans les jours à venir, puis établir un contrat de management avec C______, ainsi que diverses pièces en lien avec son activité [dans le secteur] ______, dont des captures d’articles concernant ses projets ______, provenant pour l'essentiel de sites en albanais, ou de ses comptes [associés à son activité] de ______ sur les réseaux sociaux. A cet égard, il apparaît encore que bon nombre [de ses] ______ sont en albanais. a.c. Par la voix de son conseil, C______ persiste dans ses conclusions.
- 27/67 - P/13293/2018 Certes, sur le plan moral, il s’était montré désagréable. Toutefois, cela ne justifiait pas pour autant de le condamner sur le plan du droit. Sa condamnation reposait sur la construction d’un scénario erroné pour retenir une tentative de meurtre, l’accusation ayant fait de nombreux raccourcis. Son conseil avait compris en parlant longuement avec lui qu’il disait la vérité, mais la formulait mal. Ainsi, cela avait été difficile pour lui d’expliquer que, pour aller voir son patron, il avait mis ses béquilles et son attelle, puis que, souhaitant ensuite aller à la plage, il les avait déposées chez lui. De même, il était parti dans la même direction que F______ suite au coup de couteau, mais il ne pouvait l’admettre, de peur que cela constitue des aveux de sa part. Dès lors, il convenait de prendre certaines distances par rapport à ses déclarations en raison du fonctionnement de sa personnalité, sans pour autant en inférer qu’il mentait. Or, les autorités semblaient être parties de la prémisse erronée qu'il mentait et que l’enquête était en fait simple et pouvait être réduite. Il avait ainsi été fait l’économie d’une reconstitution, de contrôles téléphoniques et de l’analyse d’un légiste, alors que de nombreux éléments étaient contradictoires. Il ne revenait pas à la défense de subir les carences de l’enquête, du fait qu’il avait été considéré trop vite que ce fut ainsi et pas autrement. L’enquête était partie d’un petit billet mentionnant que personne n’avait de béquilles et que les prévenus couraient avec des couteaux derrière le dos, ce qui était un peu léger. En outre, cela n’était pas corroboré par tous les témoignages. Un mobile faisait par ailleurs défaut. Il n’était pas plausible qu’une simple altercation amène les prévenus à aller chercher de gros couteaux à manches colorés, donc pas discrets, pour aller à la rencontre de F______ dans un parc, alors qu’il n’y avait a priori pas de raison de l’y trouver, en plein jour et à la vue de nombreuses personnes. Peu de témoins avaient été entendus immédiatement après les faits. Or, l’affaire avait fait l’objet de discussion dans le voisinage, ce que démontrait notamment l’existence du petit billet remis à la police. Les témoins avaient rapporté ce qu’ils pensaient avoir vu ou entendu, mais leurs affirmations étaient imprécises, peu logiques, contradictoires ou sujettes à interprétation, de sorte qu’il n’y avait aucune certitude. La thèse la plus favorable devait lui profiter. En particulier, la confusion existant chez tous les témoins par rapport, notamment, au nombre de couteaux et à leur type, bien qu’humaine et due à l’émotion, ne permettait pas de retenir une volonté homicide de la part des prévenus. Lui-même avait indiqué de manière constante qu’il ne savait pas que A______ avait un couteau sur lui et qu’il allait donner un coup avec cet objet. Ce dernier s’était probablement fait une fausse idée de la situation et le tenait maintenant pour responsable de l’avoir mis dans cette situation. Dès lors que A______ le détestait à présent, il aurait pu admettre, si tel avait été le cas, que ce dernier lui avait donné un couteau, ce qu'il n’avait jamais soutenu.
- 28/67 - P/13293/2018 En définitive, de nombreux doutes existaient au sujet de l’hypothèse retenue par le TCO. En outre, un tel comportement homicide serait illogique de sa part, alors qu'il résidait en Suisse depuis 12 ans et qu'il y avait de nombreux projets tant personnels que professionnels. a.d. C______ a déposé des conclusions en indemnisation, sollicitant que l’Etat de Genève soit condamné à lui verser la somme de CHF 11'000.- au titre d’indemnité pour détention injustifiée, soit 55 jours de détention à CHF 200.- l’unité, et la somme de CHF 23'290.- comme indemnité pour les dépenses occasionnées par sa défense, hors débats d’appel, selon l’état de frais produit. b.a. A______ a, quant à lui, indiqué que, contrairement aux propos de C______, ce dernier lui avait téléphoné le jour des faits et ils avaient décidé de se rencontrer dans le quartier des V______, sans projet précis. Il avait proposé à son ami de fumer un joint et ce dernier lui avait indiqué qu’il en avait un chez lui, de sorte qu'ils avaient pris le bus pour aller [au quartier des] Q______. C______ avait ses béquilles et son attelle. Dans le bus, ce dernier lui avait parlé de son altercation avec F______ durant la matinée, sans lui donner tous les détails, de sorte qu’il pensait que c’était davantage le frère de C______ qui était concerné. En lui racontant cet évènement, C______ n’avait pas l’air énervé, ni focalisé dessus. Lui-même n’ayant pas d’intérêt pour cette histoire, il ne lui avait pas demandé davantage de précisions. A leur arrivée [au quartier des] Q______, il s’était rendu chez AJ______ [magasin d'alimentation] pour acheter des cigarettes, puis avait attendu son ami, qui était monté dans son appartement chercher le joint, en bas de chez lui. C______ était redescendu à peine cinq minutes plus tard. Il ne se souvenait plus si ce dernier avait alors ses béquilles et son attelle, mais ne le pensait pas, dès lors qu’ils étaient vite remontés chez lui après l’épisode du parc. Par ailleurs, s’il avait dit plus tôt dans la procédure que son ami n’avait plus sa béquille à ce moment-là, c’était qu’il ne l’avait plus. Alors que C______ et lui s’apprêtaient à aller à l’endroit où il avait l’habitude de fumer dans le parc, ils avaient croisé F______ en chemin. C______ avait soudainement commencé à discuter avec ce dernier, tandis qu’il se trouvait lui-même deux mètres derrière son ami. Il s’était d’abord dit que F______ devait être un ami de C______. Il n’était, en fait, pas en mesure de dire qui avait abordé qui, dès lors qu’il était, à ce moment-là, au téléphone avec sa compagne. Il était donc resté en retrait et n’avait pas salué F______. Lorsqu’il avait vu, même pas dix secondes plus tard, que C______ et F______ se chauffaient, il s’était dit que ce dernier était peut-être la personne avec laquelle son ami avait eu l'incident durant la matinée. A ce moment-là, il s’était un peu approché. C______ et F______ se mettaient alors l'un et l'autre les mains sur la poitrine. Il avait entendu "touche-moi pas" et "casse le pied", sans savoir qui avait dit cela, ne s’étant pas encore suffisamment approché. Avant que les deux commencent à se chauffer et
- 29/67 - P/13293/2018 qu’il s’approche, il n’avait pas bien vu ce qui se passait, ni bien entendu ce que ceuxci se disaient. C______ et F______ étaient face à face, leur visage à quelques centimètres l'un de l'autre. Ce dernier était un peu penché en avant étant donné qu'il était plus grand que C______. Il avait aussi entendu "Fais pas le malin", sans savoir qui avait prononcé ces mots. Il avait pensé qu’ils allaient se taper. Il avait ensuite aperçu des personnes à proximité, soit à cinq mètres au maximum, parmi lesquelles plusieurs gars, qui regardaient tous dans leur direction. Lorsqu’il avait vu l’un d’eux se lever, il avait paniqué, sans toutefois savoir si celui-ci allait venir vers eux. En fait, il avait eu le sentiment qu’il s’agissait d’amis de F______ et qu’ils allaient les attaquer. Il avait commencé à avoir les pieds qui tremblaient, avait pris son couteau et cherché à atteindre F______ au niveau de l’épaule, ce afin de calmer la situation, tout en sachant qu’il lui ferait du mal. Il n’avait toutefois pas eu l’intention de le tuer. En fait, il se trouvait sur la gauche de F______, lorsqu’il avait sorti son couteau de sa poche, un peu en cachette. Avant cela, il s’était tourné, car il ne souhaitait pas que les amis de F______ le voient sortir son couteau, sans vouloir le cacher à ce dernier. Il avait ouvert la lame et lui avait directement mis un coup de couteau en visant, au vu de là où il se tenait, le haut du bras gauche, juste pour lui faire un peu de mal et le calmer, mais ne surtout pas le tuer. Il n’avait pas pensé à l’intensité de son coup, mais admettait avoir quand même frappé un peu fort, sans l'avoir fait "de toutes ses forces". Il voulait que F______ parte. Peut-être que si celui-ci était revenu vers lui pour l’agresser, il lui aurait donné un autre coup de couteau. F______ n’était pas parti tout de suite. Il l’avait vu enlever son t-shirt et poser sa main sur sa clavicule gauche. Il avait eu très peur. Emu, A______ a répété ne pas avoir voulu tuer F______. Il était là pour dire la vérité. Il avait présenté ses excuses à ce dernier à de nombreuses reprises. Si c'était possible, il souhaitait pouvoir lui serrer la main, ne le détestant pas lui, mais C______, qui l’avait mis dans cette situation. Il ignorait ce qu'il y avait dans la tête de C______, n’écartant pas l’hypothèse que ce dernier savait peut-être que F______ serait aux Q______ ce jour-là. Il n’avait prononcé aucune parole avant d’asséner le coup. Le couteau qu’il avait employé était un couteau suisse, noir, de taille moyenne, avec écrit "Switzerland" en blanc dessus, et non un couteau de cuisine. Pour l’utiliser, il était nécessaire de sortir la lame et, pour refermer celle-ci, il fallait pousser sur un mécanisme. Il a maintenu que ce couteau lui avait été remis par W______, dans les circonstances précédemment décrites. Il avait pris la décision de poignarder F______ au moment où il avait vu ses amis se lever et qu’il se trouvait derrière celui-ci, légèrement sur sa gauche, de sorte qu’il voyait partiellement le visage et le corps de C______. F______ était à ce moment-là en train de s’énerver avec ce dernier et l’un et l’autre se repoussaient en mettant chacun ses mains sur la poitrine de l’autre. Il n’avait, pour sa part, pas vu son ami en possession d’un couteau, mais au vu des témoignages, il pensait à présent qu’il en avait eu un. Après le coup de couteau, il avait vu qu’il y avait du sang et avait refermé la lame. Il avait gardé le couteau dans sa main, lame
- 30/67 - P/13293/2018 refermée, jusqu’à ce qu’il arrive un peu avant l'angle de l'immeuble, où il avait alors mis son couteau dans une poche arrière de son pantalon. Après cela, il avait ressorti sa main de son pantalon, puis lorsqu’il avait vu que des gens les poursuivaient, il avait remis sa main dans sa poche et tenu le couteau dans sa main à l'intérieur du pantalon. Il avait gardé sa main dans cette position jusqu'à l'entrée de l'immeuble habité par C______, qui était juste à côté du magasin de AB______. En fait, après le coup de couteau, il avait dit à C______ de revenir en arrière et ils avaient commencé à marcher un peu vite, tandis que des gens venaient vers eux. Il était en panique. Il avait peut-être dit quelque chose à son ami, comme "viens, partons d'ici", en albanais comme toujours, mais ne s’était pas adressé à des tiers. Il ne se rappelait pas si C______ avait dit quelque chose à son attention ou à celle de tiers après la fuite de F______. Il avait peut-être dit les paroles rapportées par les témoins mais s’il l’avait fait, c’était uniquement dans le but de calmer les personnes qui venaient derrière eux. Il ne savait pas s’il avait dit les paroles rapportées par F______, mais il pouvait confirmer avoir parlé. Il contestait cependant toujours que son ami et lui aient couru et qu’ils soient partis à la recherche de F______. Il n’avait pas été question d’une attaque au couteau sur la personne de F______ avant que C______ et lui ne se trouvent dans le parc. Lorsqu’ils étaient revenus dans l’appartement de C______, après la fuite de F______, il ne se rappelait pas que lui ou son ami ait parlé. Choqué, perdu et la boule au ventre, il avait marché sans s’arrêter dans le salon, repensant à ce qu’il avait fait à la victime "pour rien du tout", tandis que C______ s’était assis sur le canapé. Il ne se rappelait pas si ce dernier avait, à ce moment-là, remis son attelle et repris ses béquilles. Au bout de 15 minutes, ayant entendu les sirènes de police, il avait décidé de sortir de l’appartement et avait alors été interpellé. Il ne savait pas comment expliquer le fait qu’il en était arrivé à poignarder un parfait inconnu qui ne lui avait strictement rien fait. Il réalisait que cela aurait pu lui coûter la vie, sachant qu’il n’avait jamais voulu la lui ôter, et que cela aurait pu détruire la sienne. C'était un très mauvais comportement. A cette époque, il sortait souvent la nuit. Lorsque F______ l’avait regardé après le coup de couteau, il s'attendait à ce qu'il vienne vers lui, mais peut-être choqué, il était parti en courant. Comme il n'était pas parti tout de suite, s’il l’avait voulu, il aurait pu lui donner un ou plusieurs autres coups de couteau. Il n’en avait toutefois donné qu’un pour calmer la situation et non pour tuer, de sorte qu’il promettait ne jamais avoir pensé à lui donner un autre coup de couteau. Il confirmait avoir eu peur, n’étant pas quelqu'un qui donne comme ça des coups de couteau. Il n'avait jamais agi de la sorte. Il n’avait même jamais donné de coup de poing, même s’il était arrivé que l’on s'en prenne à lui. Il avait la main droite gonflée à la suite d'un accident, de sorte qu’il n'aurait pas pu donner un coup de poing. Il avait vu le bras de F______ et réalisé qu’il avait un couteau, puis avait visé le bras de ce dernier. Tout était allé très vite, mais s’il avait eu le temps de
- 31/67 - P/13293/2018 réfléchir, il aurait agi différemment, par exemple en séparant les protagonistes. Aujourd’hui, il n’agirait plus comme cela. S'agissant de l'éventuel prononcé de son expulsion de Suisse, il a relevé que cela serait très difficile, séjournant dans le pays depuis l’âge de 15 ans. S’il avait des cousins dans son pays d'origine, il n’avait que peu de contact avec ces derniers, la plupart étant plus jeunes. Il n'y avait, par ailleurs, pas de logement. S’il était expulsé, cela détruirait sa vie, rien ne le liant au Kosovo. Il avait plusieurs cousins à Genève, alors qu'au Kosovo, il n’avait ni famille ni contact qui pourraient les aider, sa famille et lui. Il souhaitait que son enfant à naître puisse bénéficier d'une éducation et d'une scolarisation en Suisse, afin qu’il ne fasse pas les mêmes erreurs que lui et qu'il puisse s'y épanouir dans un meilleur environnement que celui qu’il avait connu durant sa jeunesse. En Suisse, il avait appris les valeurs du travail et du respect, ainsi qu’à faire la différence entre les bons et les mauvais amis. A l’issue des débats, il a ajouté ne pas être venu devant la CPAR pour plaider son acquittement. Dans la vie, tout le monde pouvait faire une erreur. Il admettait avoir menti à la police, mais comme chacun le savait, il pouvait arriver à cette dernière de violenter les prévenus. Le jour des faits, il avait eu peur, n’étant pas quelqu'un habitué à la bagarre, n’y ayant été confronté qu'une fois auparavant. b.b. A______ a déposé un bordereau de pièces, comprenant : une attestation médicale du 12 mars 2020, selon laquelle sa compagne, AF______, est enceinte, le terme de sa grossesse étant prévu pour le ______ 2020 ; un certificat de famille et un extrait d’acte de mariage du ______ 2020, attestant de son union avec AF______, originaire de Moldavie et de nationalité suisse, à cette date ; un courrier reçu du Service de la formation continue le 15 mai 2020, afin d’accuser réception de son dossier pour un CFC de ______. b.c. Par la voix de son conseil, A______ précise ses conclusions en ce sens qu'il ne demande pas son acquittement de l'infraction à l'art. 134 CP, n'ayant pas été condamné de ce chef, et s'agissant des infractions à la LCR, qu'il retire son appel, y compris au sujet de la renonciation au prononcé d'une peine privative de liberté de substitution de cinq jours. Il persiste au surplus dans ses conclusions. Sur le plan de la culpabilité, l’hypothèse retenue par le TCO, selon laquell