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Bundesverwaltungsgericht 27.10.2011 E-8277/2010

27. Oktober 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·1,953 Wörter·~10 min·4

Zusammenfassung

Asile et renvoi | Asile et renvoi; décision de l'ODM du 27 octobre 2010

Volltext

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour V E­8277/2010 Arrêt   d u   2 7   octobre   2011 Composition Maurice Brodard (président du collège), Jean­Pierre Monnet, Gabriela Freihofer, juges, Jean­Claude Barras, greffier. Parties A._______, Gambie, recourant, contre Office fédéral des migrations (ODM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Asile et renvoi ; décision de l'ODM du 27 octobre 2010 / N (…).

E­8277/2010 Page 2 Faits : A.  Le 19 septembre 2010, A._______ a demandé l'asile à la Suisse. Entendu au Centre d'enregistrement et de procédure de (…) en audition  sommaire, le 23 septembre 2010, puis sur ses motifs d'asile, le 5 octobre  suivant,  il n'a pas produit de document d'identité car il n'en aurait  jamais  eu hormis sa carte d'étudiant qui lui aurait suffi pour se légitimer dans son  pays  et  qu'il  n'aurait  pas  emportée  avec  lui.  Il  a  par  contre  dit  être  gambien,  né  en  1990  à B._______,  dans  la  "Central River Division"  (la  plus  étendue  des  cinq  zones  administratives  de  la  Gambie).  Il  y  aurait  vécu  jusqu'à  l'âge  de  dix  ans,  puis  aurait  suivi  son  frère,  C._______,  colonel  dans  la  garde  nationale  gambienne  (Gambian  National  Gard  /  GNG), au camp militaire de D._______ ou,  selon une autre  version, au  camp  de  E._______  tout  en  étant  scolarisé  (vraisemblablement)  à  F._______  (école  primaire  "G._______")  jusqu'en  2006,  puis  à  la  "H.  School"  jusqu'en 2009. En mai 2009, son  frère serait parti en vacances  aux I._______. Peu après son retour, il aurait été démis de ses fonctions  par le président Jammeh qui aurait aussi révoqué le commandant en chef  de  la  GNG  ;  le  président  n'aurait  plus  eu  confiance  en  eux  après  la  découverte du cadavre d'un mouton enterré dans  l'enceinte du camp de  D._______  dont  son  frère,  commandant  du  camp,  n'aurait  pas  été  en  mesure  d'expliquer  la  présence  que  le  président  aurait  vue  comme  le  présage  d'un  complot  contre  lui.  Aussi,  quand,  en  juin  2009,  son  frère  aurait appris que les autorités s'étaient mis à le rechercher, il serait parti  au  J._______  puis  en  I._______.  Le  lendemain  de  son  départ,  des  soldats auraient fouillé son domicile et réclamé au recourant, qui ignorait  où ils pouvaient bien se trouver, les effets et les papiers militaires de son  frère.  Les  militaires  l'auraient  aussi  sommé  de  quitter  le  camp  de  E._______  ;  le  recourant  serait  alors  parti  à  F._______.  L'y  ayant  retrouvé,  les militaires  n'auraient  pas  cessé  de  le  relancer  au  sujet  des  effets  de  son  frère  ;  la  dernière  fois  qu'ils  les  lui  auraient  réclamés,  en  juillet 2010, ils se seraient même montrés menaçants. Au téléphone, son  frère, à K._______  lui aurait alors conseillé de quitter  le pays s'il voulait  s'éviter des ennuis. Le 2 août 2010, le recourant aurait quitté H._______  à  bord  d'un  bateau. Six  semaines plus  tard,  il  aurait  débarqué dans un  port  italien. Un  inconnu  l'aurait ensuite emmené en Suisse en voiture.  Il 

E­8277/2010 Page 3 serait  arrivé  à  Genève  le  17 septembre  2010.  Le  surlendemain,  il  se  serait rendu à (…) en train. Au  bout  de  deux  heures  et  demie,  l'audition  du  5  octobre  2010  a  été  interrompue après que le recourant se fut plaint de vives douleurs. Elle a  été reprise le surlendemain. B.  Par décision du 27 octobre 2010,  l’ODM a  rejeté  la demande d’asile du  recourant  au motif  que  ses déclarations,  contraires à  toute  logique et  à  l'expérience générale,  insuffisamment  fondées et contradictoires sur des  points essentiels, ne satisfaisaient pas aux exigences de vraisemblance  de  l’art. 7 de  la  loi sur  l’asile du 26  juin 1998 (LAsi, RS 142.31). L'ODM  n'a  ainsi  estimé  crédible  ni  l'enfouissement  d'un  mouton  mort  dans  l'enceinte  d'un  camp militaire  sans  que  personne  ne  s'en  aperçût  ni  la  réaction  du  président  Jammeh  après  la  découverte  du  cadavre  de  l'animal.  Cette  autorité  en  a  donc  conclu  que  la  révocation  du  frère  du  recourant  dans  les  conditions  décrites  comme  la  persécution  du  recourant  lui­même  pour  les  motifs  qu'il  a  allégués  n'étaient  pas  vraisemblables.  Soulignant  l'absence  de  détails  significatifs  dans  les  déclarations du  recourant,  incapable de s'étendre sur  la carrière de son  frère,  de  décrire  précisément  son  uniforme  d'officier  et  de  dire  quand,  précisément,  celui­ci  avait  fui  son  pays,  incapable  aussi  de  dire  exactement combien de fois lui­même avait été relancé par les soldats à  la  recherche  des  effets  de  son  frère,  l'ODM a  aussi  considéré  que  son  récit ne dépassait pas  le stade de généralités. L'ODM n'a pas non plus  jugé  convaincantes  les  explications  du  recourant  pour  justifier  ses  déclarations inconstantes sur son domicile en Gambie. Par la même décision,  l’ODM a encore prononcé le renvoi du recourant,  une  mesure  que  cette  autorité  a  estimée  non  seulement  licite,  mais  encore possible eu égard à sa situation. L’ODM a ainsi considéré que du  moment que le recourant avait pu se faire opérer dans son pays où, par  ailleurs, vivait sa famille, ses problèmes de santé ne constituaient pas un  obstacle  à  l’exécution  de  son  renvoi  qui  était  par  conséquent  aussi  raisonnablement exigible, sans aucune restriction. C.  Dans  son  recours  interjeté  le  29  novembre  2010,  A._______  soutient  n'avoir  jamais  prétendu  que  l'enfouissement  d'un  mouton  mort  dans  l'enceinte  du  camp  militaire  dont  son  frère  aurait  été  le  commandant 

E­8277/2010 Page 4 serait  passé  inaperçu  ;  au  contraire,  selon  lui,  tous  ceux  qui  auraient  assisté à cet événement auraient été de connivence pour  faire en sorte  que  les  restes de  l'animal  fussent découverts  tôt ou  tard afin de nuire à  son frère. De même, selon lui, il n'est pas du tout exclu que, sous couvert  de  traditions  locales  qui  paraissent  futiles  et  dérisoires  en Europe mais  qui  ne  le  sont  pas  forcément  en  Afrique,  le  président  Jammeh  ait  pu  effectivement  voir  dans  l'exhumation  d'un animal mort,  en un  lieu placé  sous la responsabilité d'un officier de haut rang, le présage d'un complot  contre  lui.  Le  recourant  considère aussi qu'il  avait  toutes  les  raisons de  fuir  son pays de peur des  représailles de soldats  lassés d'attendre qu'il  donne  suite  à  leur  requête  et  furieux  d'avoir  laissé  échapper  son  frère.  Quant au parcours de ce dernier,  il estime en avoir dit bien plus que ce  que beaucoup de gens  savent  de  leurs  proches  sans qu'on  remette  en  cause  leurs  liens comme l'ODM l'a  fait avec  lui. Par ailleurs,  il  impute  la  contradiction  que  l'ODM  lui  oppose  sur  son  domicile  à  une  mésinterprétation  de  ses  propos.  En  outre,  il  souligne  à  l'attention  du  Tribunal  les  nombreuses  violations  des  droits  de  l'homme  dont  les  opposants  au  régime  ou  ceux  qui  sont  considérés  comme  tels  sont  victimes dans son pays. Enfin,  il  s'oppose  à  l'exécution  de  son  renvoi  en  se  prévalant  d'un  certificat médical que son médecin traitant, spécialiste FMH de médecine  interne,  lui a établi  le 16 novembre 2010 et dont  il appert qu'il  présente  plusieurs  affections  nécessitant  des  investigations  complémentaires.  Il  conclut donc à la reconnaissance de sa qualité de réfugié et à l'octroi de  l'asile, subsidiairement, à l'octroi d'une admission provisoire. D.  Par décision  incidente du 6 décembre 2010,  le  juge  instructeur a admis  sa demande d'exemption d'une avance de frais de procédure. Il l'a aussi  invité à produire jusqu'au 10 janvier 2011 tout certificat ou rapport médical  utile. E.  Dans un rapport du 17 décembre 2010 adressé au Tribunal,  le médecin  qui  traitait  le  recourant depuis  le 2 novembre précédent a  fait état  chez  son  patient  de  douleurs  abdominales  et  de  troubles  urinaires,  en  particulier d'incontinence, à évaluer et à traiter suivant leur cause. F.  Le  3  mai  2011,  le  recourant  a  fait  suivre  au  Tribunal  un  rapport  de 

E­8277/2010 Page 5 consultation  ambulatoire  d'urologie  du  9  février  2011.  Ses  auteurs,  un  chef  de  service,  un  chef  de  clinique  et  un  médecin  interne  du  service  d'urologie du département de chirurgie de L._______ y  indiquent que  le  recourant  présente  une  incontinence  urinaire  post­mictionnelle  sans  aucune autre symptomatologie et que "le sédiment et  la culture d'urines  reviennent négatifs pour une infection". Ils ajoutaient que le patient devait  être revu dans un mois pour une débimétrie. G.  Le 23 mai 2011,  le recourant a encore fait suivre au Tribunal un rapport  de  consultation  d'urologie  du  5  mai  2011  et  un  autre  de  son  médecin  traitant  du  17  mai  suivant.  Dans  le  premier  rapport,  reposant  un  diagnostic  d'incontinence  urinaire  post­mictionnelle,  son  auteur,  un  médecin  interne  du  service  d'urologie  de  L._______  constate  que  la  débimétrie  du  recourant  est  bonne  "sans  signes  parlant  pour  un  prostatisme". Pour sa part, à la rubrique "douleurs et troubles annoncés"  de  son  rapport,  le  médecin  traitant  du  recourant  signale  une  sinusite  fébrile  traitée par antibiotique et une  importante  incontinence urinaire en  cours  d'examens  spécialisés.  Il  laissait  aussi  entendre  que  quelques  semaines  devaient  suffire  pour  éventuellement  conclure  à  la  nécessité  d'une intervention chirurgicale à entreprendre ici. H.  Le  6  juillet  2011,  le  docteur  M._______,  spécialiste  FMH  en médecine  générale  a  fait  suivre  au  Tribunal  son  rapport  de  la  veille  sur  l'état  du  recourant.  Il  en  ressort  qu'actuellement  il  souffre  de  troubles  anxieux  réactionnels.  Des  excoriations  blanchâtres  qu'il  présente  au  niveau  pulmonaire sont en cours d'investigations. Enfin, le praticien fait aussi état  d'un examen urologique sans particularité. I.  Le  8  juillet  2011,  via  un  bref  certificat  envoyé  par  télécopie,  le  même  médecin a fait savoir au Tribunal que, si dans son formulaire de  l'avant­ veille,  il soulignait  le bon état de santé du recourant apte à rentrer dans  son  pays,  la  situation  avait  entre­temps  changé  en  raison  d'un  grave  accident dont son patient avait été victime la veille. J.  Invité  à  produire  tout  moyen  utile  relatif  aux  conséquences  de  cet  accident, le recourant n'a pas donné suite à l'ordonnance du Tribunal du  13 juillet 2011.

E­8277/2010 Page 6 K.  L'ODM,  qui  n'y  a  vu  aucun  élément  ni  moyen  nouveau  à  même  de  l'amener à modifier son point de vue a proposé le rejet du recours dans  une  détermination  du  28  septembre  2011  transmise  au  recourant  pour  information le même jour. Droit : 1.  1.1.  En  vertu  de  l’art.  31  de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif fédéral (LTAF, RS 173.32), ledit Tribunal administratif fédéral  (le Tribunal), connaît des recours contre les décisions au sens de l’art. 5  de  la  loi  fédérale du 20 décembre 1968 sur  la procédure administrative  (PA, RS 172.021) prises par les autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF. En particulier, les décisions rendues par l’ODM concernant l’asile peuvent  être contestées, par renvoi de l’art. 105 de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile  (LAsi, RS 142.31), devant  le Tribunal,  lequel statue alors définitivement,  sauf demande d’extradition déposé par l’Etat dont le requérant cherche à  se protéger  (art. 83  let. d ch. 1 de  la  loi du 17  juin 2005 sur  le Tribunal  fédéral [LTF, RS 173.110]). 1.2. Le recourant a qualité pour recourir. Présenté dans la forme et dans  les délais prescrits par la loi, le recours est recevable (art. 48 et 52 PA et  108 al. 1 LAsi). 2.  2.1. Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d’origine ou dans  le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices  ou craignent à juste titre de l’être en raison de leur race, de leur religion,  de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou  de  leurs  opinions  politiques.  Sont  notamment  considérées  comme  de  sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l’intégrité corporelle ou  de  la  liberté,  de  même  que  les  mesures  qui  entraînent  une  pression  psychique  insupportable.  Il  y  a  lieu  de  tenir  compte  des motifs  de  fuite  spécifiques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi). 2.2.  Quiconque  demande  l’asile  (recourant)  doit  prouver  ou  du  moins  rendre  vraisemblable  qu’il  est  un  réfugié.  La  qualité  de  réfugié  est  vraisemblable  lorsque  l’autorité  estime  que  celle­ci  est  hautement 

E­8277/2010 Page 7 probable. Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur  des  points  essentiels,  ne  sont  pas  suffisamment  fondées,  qui  sont  contradictoires,  qui  ne  correspondent  pas  aux  faits  ou  qui  reposent  de  manière déterminante sur des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7  LAsi). 3.  3.1. En l’occurrence, il appert des déclarations du recourant que, vers juin  2009  (cf.  pv  d'audition  du  23  septembre  2010,  p.  5  et  du  5  octobre  suivant,  Q.  49)  son  frère  "C._______",  tantôt  colonel  tantôt  lieutenant­ colonel dans la garde nationale gambienne, et "Berran Sani", le supérieur  direct de son frère et commandant en chef de l'unité précitée auraient été  relevés de leurs fonctions après la découverte, dans l'enceinte d'un camp  militaire,  d'un mouton  enterré  dont  son  frère,  commandant  du  camp  en  question,  n'aurait  pas  été  en  mesure  d'expliquer  la  présence  que  le  président Jammeh aurait vue comme le présage d'un complot contre lui.  En réalité, ces deux officiers ont bien été limogés pour des motifs restés  inconnus à ce jour, mais ils l'ont été le 14 juillet 2009 et non pas en juin  2009 comme l'a dit le recourant. Par ailleurs, invité lors de ses auditions à  écrire les identités de son frère et du commandant de la garde nationale  gambienne,  le  recourant  les  a  orthographiées  telles  qu'elles  ont  été  transcrites  ci­dessus. D'une  personne  qui  dit  avoir  achevé  avec  succès  son  école  secondaire  et  qui  se  serait  apprêté  à  rejoindre  le  lycée,  le  Tribunal  considère  qu'on  peut  attendre  qu'elle  sache  orthographier  correctement  les prénoms et noms de son  frère,  commandant du camp  dans  lequel  les  deux  vivaient  ensemble,  et  ceux  du  supérieur  direct  de  son  frère  dont  tout  laisse  croire  qu'il  est  une  personnalité  connue  en  Gambie.  Or,  à  l'examen,  il  s'avère  que  les  véritables  identités  de  ces  personnes ne sont pas "C._______" et "Berran Sani", mais C._______ et  Biran  Saine.  Enfin,  le  Tribunal  n'estime  pas  vraisemblable  que  les  militaires aient attendu plus de 12 mois avant de mettre la pression sur le  recourant  pour  qu'il  les  aide  à  retrouver  les  affaires  de  son  frère  ;  il  lui  paraît  aussi  peu  vraisemblable  que  les  militaires  n'aient  pas  immédiatement  procédé  à  une  perquisition  au  départ  de  son  frère.  Le  Tribunal en conclut donc que, s'inspirant de  faits  réels qu'il ne maîtrisait  qu'imparfaitement,  le  recourant, dont  l'identité n'est pas établie,  s'est en  réalité attribué un rôle dans des événements qui ne l'ont en rien concerné  et  auxquels  il  en  a  ajouté  d'autres  purement  imaginaires.  De  fait,  le  recourant  aurait  vraiment  vécu  ce  qu'il  avance  que  le  Tribunal  ne  voit  alors pas ce qui l'aurait empêché d'en obtenir une confirmation auprès de  son  frère  actuellement  à  K._______,  selon  ses  déclarations,  et  avec 

E­8277/2010 Page 8 lequel  il  a  dit  avoir  été  fréquemment  en  contact  après  son  exil  aux  I._______ (pv de l'audition du 5 octobre, Q. 79, 122 & 123). Prouver son  identité et son degré de parenté avec le recourant ne devait en outre pas  être  insurmontable  pour  ce  frère  qui  doit  être  en  possession  de  ses  documents personnels que ni  le recourant ni  l'armée gambienne, qui  les  rechercheraient, ne détiennent. 3.2. Il s’ensuit que le recours, en tant qu’il conteste le refus de l’asile et de  la qualité de réfugié, doit être rejeté. 4.  4.1. Lorsqu’il rejette la demande d’asile ou qu’il refuse d’entrer en matière  à ce sujet, l’ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en  ordonne  l’exécution ;  il  tient  compte  du  principe  de  l’unité  de  la  famille  (art.  44  al.  1  LAsi).  Le  renvoi  ne  peut  être  prononcé,  selon  l’art.  32  de  l’ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l’asile relative à la procédure (OA 1,  RS 142.311),  lorsque  le  recourant  d’asile  dispose  d’une  autorisation  de  séjour  ou  d’établissement  valable,  ou  qu’il  fait  l’objet  d’une  décision  d’extradition ou d’une décision de renvoi conformément à  l’art. 121 al. 2  de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101). 4.2.  Aucune  exception  à  la  règle  générale  du  renvoi  n’étant  en  l’occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette  mesure. 5.  L’exécution  du  renvoi  est  ordonnée  si  elle  est  licite,  raisonnablement  exigible  et  possible  (art.  44  al.  2  LAsi).  Si  ces  conditions  ne  sont  pas  réunies,  l'ODM  prononce  l’admission  provisoire  de  l'étranger  concerné.  Celle­ci  est  réglée  par  l’art.  83  de  la  loi  fédérale  sur  les  étrangers  du  16 décembre  2005  (LEtr,  RS  142.20),  entrée  en  vigueur  le  1er  janvier  2008. L’exécution n’est pas possible lorsque l’étranger ne peut pas quitter  la  Suisse  pour  son  Etat  d’origine,  son  Etat  de  provenance  ou  un  Etat  tiers, ni être  renvoyé dans un de ces Etats  (al. 2). L’exécution n’est pas  licite lorsque le renvoi de l’étranger dans son Etat d’origine, dans son Etat  de provenance ou dans un Etat tiers est contraire aux engagements de la  Suisse  relevant  du  droit  international  (al. 3).  L’exécution  de  la  décision  peut  ne  pas  être  raisonnablement  exigée  si  le  renvoi  ou  l’expulsion  de  l’étranger dans son pays d’origine ou de provenance le met concrètement  en danger, par exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence  généralisée ou de nécessité médicale (al. 4).

E­8277/2010 Page 9 6.  En  l'occurrence,  l’exécution du  renvoi ne contrevient pas au principe de  non­refoulement de  l’art. 5 LAsi. Comme exposé plus haut,  le  recourant  n'a pas rendu vraisemblable qu’en cas de retour dans son pays d’origine,  il serait exposé à de sérieux préjudices au sens de l’art. 3 LAsi. 7.  Dès lors que le recourant invoque ses problèmes de santé et la nécessité  de  pouvoir  continuer  à  être  suivi  médicalement  en  Suisse,  il  convient  d’examiner la licéité du renvoi sous l’angle de l’art. 3 de la Convention du  4 novembre 1950 de  sauvegarde des droits  de  l’homme et  des  libertés  fondamentales  (CEDH ;  RS  0.101)  qui  dispose  que  nul  ne  peut  être  soumis  à  la  torture  ni  à  des  peines  ou  traitements  inhumains  ou  dégradants. Cette disposition recouvre en effet les difficultés à bénéficier  des soins médicaux (ATF 2A.28/2004 du 7 mai 2004 consid. 3.6 in fine ;  2A.214/2002  du  23  août  2002  consid.  3.6;  CourEDH,  arrêt  D.  c.  Royaume­Uni du 2 mai 1997, Recueil 1997 III p. 777 ss). 7.1. Pour  tomber sous  le coup de  l’art.  3 CEDH, un mauvais  traitement  doit  atteindre  un  minimum  de  gravité.  L’appréciation  de  ce  minimum  dépend de l’ensemble des données de la cause (ATF 134 I 221). Selon la  jurisprudence de  la Cour européenne des droits de  l’homme concernant  le défaut de traitement médical approprié dans le pays de renvoi, ce n’est  que  dans  des  situations  exceptionnelles,  en  raison  de  « considérations  humanitaires  impérieuses »  que   la  mise  à  exécution  d’une  décision  d’éloignement  d’un  étranger  peut  emporter  violation  de  l’art.  3  CEDH  (CourEDH, arrêt Emre c. Suisse du 22 mai 2008, affaire no 42034/04 §  88). Ainsi, le fait que la situation d'une personne dans son pays d'origine  serait moins favorable que celle dont elle jouit dans le pays d'accueil n'est  pas déterminant du point de vue de l'article 3 CEDH (arrêt Emre § 91). Il  faut des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé, si on l'expulse  vers  le  pays  de  destination,  y  courra  un  risque  réel  d'être  soumis  à  un  traitement contraire à  l'art. 3 CEDH (CourEDH, arrêt N. c. Royaume­Uni  du  27  mai  2008,  affaire  no  26565/05  §  30).  La  Cour  européenne  des  droits de l'homme exige un seuil de gravité élevé pour que l'état de santé  d'une personne lui permette de s'opposer à son expulsion (arrêt Emre §  92; arrêt N. c. Royaume­Uni § 42) (cf. ATF 2D_67/2009 du 4 février 2010  consid. 6.1). 7.2. Dans  le  cas d’espèce,  s'il  en a encore,  les problèmes de santé du  recourant, qui a pu bénéficier de traitements en Suisse et dont  l’état est 

E­8277/2010 Page 10 maintenant stabilisé, n’atteignent pas le degré de gravité requis pour que  le renvoi se heurte à l’art. 3 CEDH (cf. Faits let I). Certes, le 8 juillet 2011,  le médecin qu'il a consulté en dernier  lieu a  fait parvenir au Tribunal un  ultime  et  bref  certificat médical  disant  qu'il  avait  été  victime  d'un  grave  accident  la  veille.  Invité  à  fournir  tout  moyen  utile  relatif  aux  conséquences  médicales  de  cet  accident,  le  recourant  n'a,  à  ce  jour,  donné aucune suite à l'ordonnance du Tribunal du 13 juillet 2011. Il n'en a  pas  non  plus  donné  à  la  détermination  de  l'ODM  que  le  Tribunal  lui  a  transmise le 28 septembre 2011. Dans ces conditions, le Tribunal est en  droit de conclure que son accident du 7 juillet 2010 n'a pas eu de suites  fâcheuses pour le recourant qui seraient décisives. 7.3.  Le  Tribunal  retient  aussi  qu'au  vu  de  l'invraisemblance  du  récit  du  recourant,  telle  que  relevée  plus  haut,  et  du  défaut  de  crédibilité  des  risques de persécution allégués, l'exécution de son renvoi sous forme de  refoulement ne transgresse aucun engagement de la Suisse relevant du  droit international, de sorte qu'elle s'avère licite (art. 44 al. 2 LAsi et 83 al.  3 LEtr). 7.4. Selon l’art. 83 al. 4 LEtr, l’exécution d'une décision peut ne pas être  raisonnablement exigée si le renvoi ou l’expulsion de l’étranger dans son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou  de  nécessité médicale. Cette  disposition  s’applique  en  premier  lieu  aux  « réfugiés de la violence », soit aux étrangers qui ne remplissent pas les  conditions  de  la  qualité  de  réfugié  parce  qu’ils  ne  sont  pas  personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de  guerre civile ou de violence généralisée, et ensuite aux personnes pour  qui  un  retour  reviendrait  à  les  mettre  concrètement  en  danger,  notamment parce qu’elles ne pourraient plus recevoir les soins dont elles  ont  besoin.  L’autorité  à  qui  incombe  la  décision  doit  donc  dans  chaque  cas confronter  les aspects humanitaires  liés à  la situation dans  laquelle  se  trouverait  l’étranger  concerné  dans  son  pays  après  l’exécution  du  renvoi à  l’intérêt public militant en  faveur de son éloignement de Suisse  (ATAF  2009/52  consid.  10.1,  ATAF  2008/34  consid.  11.2.2  et  ATAF  2007/10 consid. 5.1). 7.5.  En  l’occurrence,  il  est  notoire  que  la  Gambie  ne  connaît  pas  une  situation  de  guerre,  de  guerre  civile  ou  de  violence  généralisée  qui  permettrait  d’emblée  –  et  indépendamment  des  circonstances  du  cas 

E­8277/2010 Page 11 d’espèce – de présumer, à propos de tous les ressortissants de ce pays,  l’existence d’une mise en danger concrète au sens de l’art. 83 al. 4 LEtr. 7.6. De même,  il  ne  ressort  du  dossier  aucun élément  dont  on  pourrait  inférer  de  l’exécution  du  renvoi  du  recourant  une  mise  en  danger  concrète pour lui. A cet égard, l’autorité de céans relève que le recourant  est  jeune  et  en  mesure  de  subvenir  à  ses  besoins.  Au  demeurant,  il  dispose dans son pays d’un réseau familial et social sur  lequel  il pourra  aussi compter à son retour. 7.7. Enfin, ce qui vient d'être dit sur la gravité des affections du recourant  et  leurs  conséquences  sur  la  licéité  de  son  renvoi  vaut  aussi  pour  l’admissibilité  de  cette  mesure  sous  l’angle  de  l’art.  83  al.  4  LEtr,  disposition  qui  prévoit  que  l’exécution  de  la  décision  de  renvoi  ne  peut  pas être  raisonnablement  exigée  si  elle met  l’étranger  concrètement  en  danger, notamment en cas de nécessité médicale. L'art. 83 al. 4 LEtr ne  saurait en effet être interprété comme conférant un droit général d'accès  en Suisse à des mesures médicales visant à  recouvrer  la santé ou à  la  maintenir, au simple motif que l'infrastructure hospitalière et le savoir­faire  médical  dans  le  pays  d'origine  ou  de  destination  de  l'intéressé  n'atteint  pas le standard élevé qu'on trouve en Suisse. Ainsi, il ne suffit pas en soi  de constater,  pour admettre  l'inexigibilité de  l'exécution du  renvoi, qu'un  traitement  prescrit  sur  la  base  de  normes  suisses  ne  pourrait  être  poursuivi  dans  le  pays  de  l'étranger.  On  peut  citer  ici  les  cas  de  traitements  visant  à  atténuer  ou  guérir  des  troubles  physiques  qui  ne  peuvent  être  qualifiés  de  graves,  soit  des  traitements  qui  ne  sont  pas  indispensables à une existence quotidienne en accord avec les standards  de vie prévalant dans le pays ou la région de provenance de l'intéressé.  Si  les  soins  essentiels  nécessaires  peuvent  être  assurés  dans  le  pays  d'origine  ou  de  provenance,  même  de  moindre  qualité  qu'en  Suisse,  l'exécution du  renvoi  sera  raisonnablement exigible  (ATAF E­5526/2006  précité).   En  l’occurrence,  le  recourant,  qui  a  déjà  été  soigné  dans  son  pays et qui aurait vécu depuis ses dix ans à F._______, dans l'Ouest de  la  Gambie  où  se  trouve  concentrée  une  grande  partie  des  ressources  médicales  du  pays,  pourra  ainsi  trouver  un  appui  médical  approprié  à  Banjul  auprès du Royal Victoria Teaching Hospital  ou auprès du centre  médical Africmed implanté lui aussi dans la capitale gambienne (cf. arrêt  n. p. C­5246/2009 du 16 avril 2010 ch. 7.6.4.). Par ailleurs, on trouve un  hôpital à Soma, à 66 km à l'ouest de B._______, la petite ville où il est né  et  où  vit  sa  mère  ;  on  trouve  aussi  à  Diabugu,  à  60  km  à  l'est  de  B._______,  un  centre  de  santé  publique.  Aussi  en  tenant  compte  de 

E­8277/2010 Page 12 l’amélioration  et  de  la  stabilisation  de  l’état  du  recourant  ainsi  que  des  structures  à  sa  disposition  pour  d'éventuels  soins,  le Tribunal  de  céans  n’a pas de raison de douter que les exigences énoncées plus haut pour  admettre l'exigibilité de l'exécution du renvoi sont remplies. 7.8.  Dès  lors,  l’exécution  du  renvoi  du  recourant  sous  forme  de  refoulement s’avère  (art. 44 al. 2 LAsi et 83 al. 4 LEtr)  raisonnablement  exigible. 8.  Enfin,  le  recourant  est  en  possession  de  documents  suffisants  pour  rentrer dans son pays ou, à tout le moins, est en mesure d’entreprendre  toute  démarche  nécessaire  auprès  de  la  représentation  de  son  pays  d’origine en vue de l’obtention de documents de voyage lui permettant de  quitter  la  Suisse.  L’exécution  du  renvoi  ne  se  heurte  donc  pas  à  des  obstacles  insurmontables  d’ordre  technique  et  s’avère  également  possible au sens de  l'art.  83 al. 2 LEtr  (cf. ATAF 2008/34 consid. 12 p.  513­515). 9.  9.1.  Cela  étant,  l’exécution  du  renvoi  doit  être  déclarée  conforme  aux  dispositions légales. 9.2. Il s'ensuit que le recours, en tant qu'il conteste la décision de renvoi  et son exécution, doit également être rejetée. 10.  Au  vu  de  l'issue  de  la  cause,  il  y  aurait  lieu  de  mettre  les  frais  de  procédure à la charge du recourant, conformément aux art. 63 al. 1 PA et  2 et 3 let. b du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif  fédéral  (FITAF,  RS 173.320.2).  Toutefois,  l'assistance  judiciaire  partielle,  à  l'octroi  de  laquelle  le  recourant  a  conclu,  doit  être  admise  dans  la mesure  où  ses  conclusions n'étaient pas d'emblée vouées à  l'échec au moment de  leur  dépôt et que lui­même est indigent (cf. art. 65 PA).  

E­8277/2010 Page 13 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est rejeté. 2.  La demande d'assistance judiciaire partielle est admise. 3.  Il n'est pas perçu de frais de procédure. 4.  Le  présent  arrêt  est  adressé  au  recourant,  à  l’ODM  et  à  l’autorité  cantonale compétente. Le président du collège : Le greffier : Maurice Brodard Jean­Claude Barras Expédition :

E-8277/2010 — Bundesverwaltungsgericht 27.10.2011 E-8277/2010 — Swissrulings