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Bundesverwaltungsgericht 06.01.2012 E-7798/2009

6. Januar 2012·Français·CH·CH_BVGE·PDF·1,560 Wörter·~8 min·2

Zusammenfassung

Asile et renvoi | Asile et renvoi; décision de l'ODM du 16 novembre 2009

Volltext

Bundesverwaltungsgericht Tribunal   administratif   fédéral Tribunale   a mm inistrativo   federale Tribunal   administrativ   federal Cour V E­7798/2009 Arrêt   d u   6   janvier   2012 Composition Jenny de Coulon Scuntaro (présidente du collège), François Badoud, Walter Stöckli, juges, Sara Pelletier, greffière. Parties A._______, né le (…), Afghanistan, représenté par (…), Caritas Genève ­ Service Juridique, (…), recourant, contre Office fédéral des migrations (ODM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Asile et renvoi ; décision de l'ODM du 16 novembre 2009 / N (…).

E­7798/2009 Page 2 Faits : A.  Le  24  novembre  2008,  après  avoir  franchi  clandestinement  la  frontière,  A._______ a déposé une demande d'asile au Centre d'enregistrement et  de procédure (CEP) de (…). B.  Entendu  les  2  décembre  2008  et  16  avril  2009,  le  requérant  a  déclaré  être  ressortissant  afghan,  originaire  de  la  région  de  Herat,  célibataire,  (…). Après avoir  vécu sa première année en Afghanistan,  il  aurait  suivi  ses parents en Iran afin de fuir les Talibans et y aurait effectué ses deux  premières années d'école. Alors que le requérant avait huit ans, la famille  serait retournée vivre à Herat, en Afghanistan, où le requérant aurait été  scolarisé de  la  troisième à  la septième année, avant de repartir en  Iran.  Dans ce pays, l'intéressé aurait vécu sans autorisation de séjour et aurait  travaillé clandestinement comme cordonnier – métier qu'il exerce depuis  l'âge de six ans avec son père – avant d'être découvert par les autorités  iraniennes  et  expulsé  vers  l'Afghanistan.  Il  aurait  alors  vécu  environ  un  mois chez sa grand­mère à Herat avant de quitter définitivement le pays.  En  Afghanistan,  il  aurait  encore  sa  grand­mère,  deux  tantes  et  trois  oncles. Le  reste de sa  famille, notamment ses parents, son  frère et ses  deux  sœurs  ainsi  que  d'autres  oncles  et  tantes  vivraient  en  Iran,  pays  dans lequel ils auraient fini par obtenir un permis de séjour. C.  Par décision du 16 novembre 2009, l'ODM a rejeté la demande d'asile de  l'intéressé, prononcé son renvoi et ordonné  l'exécution de cette mesure.  Posté le 16 novembre 2009, l'envoi a été retourné à l'expéditeur avec la  mention  "introuvable  à  cette  adresse".  Après  vérifications  par  l'ODM,  l'adresse s'est avérée correcte et une copie de la décision a été expédiée  le  2  décembre  2009,  avec  mention  expresse  que  le  délai  de  recours  restait  inchangé. Dans  sa  décision,  l'ODM  considère  en  substance  que  les  déclarations  du  requérant  ne  satisfont  pas  aux  exigences  de  vraisemblance et de pertinence. En outre, il considère que l'exécution du  renvoi est licite, raisonnablement exigible et possible. D.  Par courrier du 16 décembre 2009, le requérant a formé recours contre la  décision  de  l'ODM.  Il  conclu  à  ce  que  lui  soit  reconnue  la  qualité  de  réfugié  ou,  à  défaut,  que  l'illicéité  du  renvoi  soit  constatée.  Il  demande  également la suspension de l'exécution de son renvoi et la dispense des 

E­7798/2009 Page 3 frais  de  procédure  ainsi  que  de  l'avance  sur  les  frais  de  procédure  présumés. E.  Par  décision  incidente  du  22  décembre  2009,  le  Tribunal  administratif  fédéral  (le  Tribunal)  a  renoncé  à  percevoir  une  avance  de  frais  et  constaté  que  l'intéressé  pouvait  attendre  en  Suisse  l'issue  de  la  procédure. F.  Le  7  juin  2010,  le  recourant  a  fait  parvenir  au  Tribunal  un  certificat  médical attestant de son suivi à la consultation de psychiatrie adulte (…)  depuis le 14 juillet 2009. G.  Par ordonnance du 14 juin 2010, le Tribunal a demandé au recourant de  produire un certificat médical circonstancié, ce qui a été fait dans le délai  imparti. H.  Sur  demande  du  Tribunal,  l'ODM  a  produit  sa  réponse  au  recours  et  relevé que les troubles dont souffre le requérant ne semblent pas graves  au  point  de  constituer  un  obstacle  à  l'exécution  du  renvoi  puisque  des  soins médicaux de base sont disponibles dans  les grandes villes et que  rien  n'indique  qu'il  ne  pourra  pas  se  procurer  des  médicaments  équivalents, ni qu'une absence de ce type de traitement entraînerait une  mise en danger concrète de sa vie ou une atteinte sérieuse, durable et  notablement  plus  grave  à  son  intégrité  physique.  L'ODM  constate  en  outre que l'intéressé pourra être soutenu par sa famille en cas de retour  en Afghanistan. I.  Sur invitation du Tribunal, le recourant a produit ses observations. J.  Par  courrier  daté  du  21  novembre  2011,  un  passeport  au  nom  de  l'intéressé, saisi lors d'un contrôle douanier, a été versé au dossier. K.  Les autres faits et arguments de la cause seront examinés, si nécessaire,  dans la partie en droit ci­dessous.

E­7798/2009 Page 4 Droit : 1.  1.1. Le Tribunal connaît, en vertu de l'art. 31 de la loi du 17 juin 2005 sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF,  RS 173.32),  des  recours  contre  les décisions au sens de  l'art. 5 de  la  loi  fédérale du 20 décembre 1968  sur la procédure administrative (PA, RS 172.021) prises par les autorités  mentionnées à l'art. 33 LTAF. En particulier, les décisions rendues par l'ODM concernant l'asile peuvent  être contestées, par renvoi de l'art. 105 de la loi sur l'asile du 26 juin 1998  (LAsi, RS 142.31), devant  le Tribunal,  lequel statue alors définitivement,  en  l'absence  d'une  demande  d'extradition  déposé  par  l'Etat  dont  le  requérant cherche à se protéger  (art. 83  let. d ch. 1 de  la  loi du 17 juin  2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110]), condition non réalisée en  l'espèce. 1.2. Le requérant a qualité pour recourir (cf. art. 48 PA). Présenté dans la  forme et les délais prescrits par la loi, le recours est recevable (cf. art. 52  PA et 108 al. 1 LAsi). 2.   2.1. Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d'origine ou dans  le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices  ou craignent à juste titre de l'être en raison de leur race, de leur religion,  de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou  de  leurs  opinions  politiques.  Sont  notamment  considérées  comme  de  sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l'intégrité corporelle ou  de  la  liberté,  de  même  que  les  mesures  qui  entraînent  une  pression  psychique  insupportable.  Il  y  a  lieu  de  tenir  compte  des motifs  de  fuite  spécifiques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi). 2.2.  Quiconque  demande  l’asile  (recourant)  doit  prouver  ou  du  moins  rendre  vraisemblable  qu’il  est  un  réfugié.  La  qualité  de  réfugié  est  vraisemblable  lorsque  l’autorité  estime  que  celle­ci  est  hautement  probable. Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur  des  points  essentiels,  ne  sont  pas  suffisamment  fondées,  sont  contradictoires,  ne correspondent pas aux  faits ou  reposent de manière  déterminante sur des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7 LAsi). 2.3. En  l’occurrence,  dans  sa  décision  du  16 novembre 2009,  l'ODM  a  relevé que "(…) le récit du requérant sur l'agression dont il a fait l'objet est  dans  l'ensemble  dénué  de  substance,  stéréotypé  et  émaillé  de 

E­7798/2009 Page 5 contradictions.  De  plus  la  version  présentée  lors  de  l'audition  fédérale  contient  des  rajouts.  (…)".  A  cet  égard,  le  Tribunal  ne  saurait  toutefois  souscrire à l'analyse ainsi faite. 2.3.1. En effet, à titre préliminaire,  il y lieu de relever que, sur le procès­ verbal de la première audition,  il est expressément relevé que, pour des  raisons  de  capacité,  il  est  renoncé  à  une  clarification  approfondie  en  relation avec le point 15, c'est­à­dire les motifs de la demande (A1 p. 5).  Ainsi,  l'argument selon  lequel certains éléments particuliers auraient été  rajoutés lors de la seconde audition ne peut être pris en compte. 2.3.2. De plus, il ne saurait être considéré que le récit fait par le requérant  de l'agression dont il aurait été victime en Afghanistan alors qu'il roulait à  moto avec un ami contient d'importantes contradictions. En effet, entre la  première  et  la  seconde  audition,  même  si  certaines  précisions  sont  apportées  par  l'intéressé,  ses  dires  ne  diffèrent  pas  sur  des  points  essentiels. Ainsi, il a toujours affirmé qu'alors qu'il roulait à moto avec un  ami,  ils auraient été agressés par une personne armée d'un couteau qui  voulait voler le deux­roues. Poussé, l'agresseur serait tombé, permettant  ainsi  aux  deux  amis  de  fuir  à moto.  Le  jour  suivant,  l'ami  du  requérant  aurait disparu. Apeuré et craignant d'être lui aussi enlevé par la bande à  laquelle aurait appartenu l'agresseur,  l'intéressé aurait décidé de repartir  en Iran. Même si, dans le premier récit, le requérant utilise principalement  le  "nous",  alors  qu'il  est  plus  précis  lors  de  la  seconde  audition,  distinguant le "je" du "mon ami" ou du "nous",  l'événement raconté reste  cohérent et plausible. De plus, le fait que le requérant ait eu l'impression  d'avoir été suivi pendant une dizaine de jours après la disparition de son  ami avant d'apprendre, par les parents de celui­ci, qu'il avait été retrouvé  par la bande à laquelle aurait appartenu leur agresseur et de décider de  quitter  le  pays  un  ou  deux  jours  après  n'est  pas  incompatible  avec  le  premier récit. Ainsi, la vraisemblance du récit du recourant ne saurait être  remise en cause. 2.4.  Cependant,  les  motifs  d'asile  invoqués  ne  sont  pas  pertinents  au  sens de l'art. 3 LAsi. En effet,  les préjudices allégués, qui sont  le fait de  tiers,  doivent  être  considérés  comme  liés  à  une  insécurité  générale,  inhérente  à  la  situation  économique,  politique  et  sociale  précaire  que  connaît l'Afghanistan. En effet, il ne ressort pas du récit de l'intéressé que  les désagréments et craintes subis ne sont pas susceptibles de  toucher  toute  la population.  Ils ne sauraient donc être considérés comme visant  l'intéressé  en  particulier,  en  raison  de  sa  race,  de  sa  religion,  de  sa 

E­7798/2009 Page 6 nationalité, de son appartenance à un groupe social déterminé ou de ses  opinions politiques.  2.5. Au vu de ces éléments, le recours, en tant qu'il conteste le refus de  l'asile, doit être rejeté. 3.  3.1.  Lorsqu’il  rejette  une  demande  d’asile  ou  qu’il  refuse  d’entrer  en  matière  à  ce  sujet,  l’ODM  prononce,  en  règle  générale,  le  renvoi  de  Suisse et en ordonne l’exécution ; il tient compte du principe de l’unité de  la  famille  (art.  44  al.  1  LAsi).  Le  renvoi  ne  peut  être  prononcé,  selon  l’art. 32  de  l’ordonnance 1  du 11 août 1999  sur  l’asile  relative  à  la  procédure (OA 1, RS 142.311), lorsque le recourant d’asile dispose d’une  autorisation de séjour ou d’établissement valable, ou qu’il fait l’objet d’une  décision  d’extradition  ou  d’une  décision  de  renvoi  conformément  à  l’art. 121 al. 2 de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101). 3.2.  Aucune  exception  à  la  règle  générale  du  renvoi  n’étant  en  l’occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette  mesure. 4.   4.1. L’exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnablement  exigible  et  possible  (art. 44  al. 2  LAsi).  Si  ces  conditions  ne  sont  pas  réunies, l’admission provisoire doit être prononcée. Celle­ci est réglée par  l’art. 83  de  la  loi  fédérale  sur  les  étrangers  du 16 décembre 2005  (LEtr,  RS 142.20). 4.2. L’exécution n’est pas  licite  lorsque  le  renvoi de  l’étranger dans son  Etat d’origine ou de provenance ou dans un Etat  tiers est  contraire aux  engagements  de  la  Suisse  relevant  du  droit  international  (art. 83  al. 3  LEtr). Aucune personne ne peut être contrainte, de quelque manière que  ce soit, à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa  liberté serait menacée pour l’un des motifs mentionnés à l’art. 3 al. 1 LAsi  ou encore d’où elle risquerait d’être astreinte à se rendre dans un tel pays  (art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou  traitements  inhumains  ou  dégradants  (art. 3  de  la  convention  du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés  fondamentales [CEDH, RS 0.101]). 4.3. L’exécution de  la décision peut ne pas être raisonnablement exigée  si  le  renvoi  ou  l’expulsion  de  l’étranger  dans  son  pays  d’origine  ou  de 

E­7798/2009 Page 7 provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple  en  cas  de  guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée  ou  de  nécessité  médicale (art. 83 al. 4 LEtr). 4.4. L’exécution n’est pas possible  lorsque l’étranger ne peut pas quitter  la  Suisse  pour  son  Etat  d’origine,  son  Etat  de  provenance  ou  un  Etat  tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr). 5.  5.1. L’exécution du renvoi est illicite,  lorsque la Suisse, pour des raisons  de droit  international public, ne peut contraindre un étranger à se rendre  dans  un  pays  donné  ou  qu’aucun  autre  Etat,  respectant  le  principe  du  non­refoulement,  ne  se  déclare  prêt  à  l’accueillir ;  il  s’agit  d’abord  de  l’étranger  reconnu  réfugié,  mais  soumis  à  une  clause  d’exclusion  de  l’asile, et ensuite de l’étranger pouvant démontrer qu’il serait exposé à un  traitement  prohibé  par  l’art. 3 CEDH  ou  encore  l’art. 3  de  la  convention  du 10 décembre 1984  contre  la  torture  et  autres  peines  ou  traitements  cruels, inhumains ou dégradants (Conv. torture, RS 0.105). 5.2.  L’exécution  du  renvoi  ne  contrevient  pas  au  principe  de  non­ refoulement  de  l’art. 5  LAsi.  Comme exposé  plus  haut,  le  recourant  n'a  pas  rendu  vraisemblable  qu’en  cas  de  retour  en  Afghanistan,  il  serait  exposé à de sérieux préjudices au sens de l’art. 3 LAsi. 5.3. En ce qui concerne les autres engagements de la Suisse relevant du  droit international, il sied d’examiner particulièrement si l’art. 3 CEDH, qui  interdit la torture, les peines ou traitements inhumains, trouve application  dans le présent cas d’espèce. 5.4. Si l’interdiction de la torture, des peines et traitements inhumains (ou  dégradants)  s’applique  indépendamment  de  la  reconnaissance  de  la  qualité  de  réfugié,  cela  ne  signifie  pas  encore  qu’un  renvoi  ou  une  extradition serait prohibée par le seul fait que dans le pays concerné des  violations  de  l’art. 3  CEDH  devraient  être  constatées ;  une  simple  possibilité  de  subir  des  mauvais  traitements  ne  suffit  pas.  Il  faut  au  contraire  que  la  personne  qui  invoque  cette  disposition  démontre  à  satisfaction  qu’il  existe  pour  elle  un  véritable  risque  concret  et  sérieux  d’être victime de tortures, ou de traitements inhumains ou dégradants en  cas de renvoi dans son pays. Il en ressort qu’une situation de guerre, de  guerre  civile,  de  troubles  intérieurs  graves  ou  de  tension  grave  accompagnée de violations des droits de l’homme ne suffit pas à justifier  la  mise  en œuvre  de  la  protection  issue  de  l’art. 3  CEDH,  tant  que  la 

E­7798/2009 Page 8 personne  concernée  ne  peut  rendre  hautement  probable  qu’elle  serait  visée  personnellement  –  et  non  pas  simplement  du  fait  d’un  hasard  malheureux  –  par  des  mesures  incompatibles  avec  la  disposition  en  question (JICRA 1996 n° 18 consid. 14b let. ee p. 186s). 5.5. Il est vrai que la situation sécuritaire en Afghanistan s'est, durant ces  dernières  années,  constamment  détériorée  dans  toutes  les  régions  du  pays  (cf.  ATAF  2011/7  consid.  9.2  à  9.7.5).  Cependant,  les  préjudices  invoqués sont susceptibles de toucher toute personne vivant dans le pays  et ne sauraient, tant par leur nature que par leur intensité, être considérés  comme contraire à l'art. 3 CEDH. 5.6.  Dès  lors,  l’exécution  du  renvoi  du  recourant  sous  forme  de  refoulement ne transgresse aucun engagement de la Suisse relevant du  droit  international,  de  sorte  qu’elle  s’avère  licite  (art. 44  al. 2  LAsi  et 83  al. 3 LEtr). 6.  6.1. Selon l’art. 83 al. 4 LEtr,  l’exécution de la décision peut ne pas être  raisonnablement exigée si le renvoi ou l’expulsion de l’étranger dans son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou  de  nécessité médicale. Cette  disposition  s’applique  en  premier  lieu  aux  « réfugiés de la violence », soit aux étrangers qui ne remplissent pas les  conditions  de  la  qualité  de  réfugié  parce  qu’ils  ne  sont  pas  personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de  guerre civile ou de violence généralisée, et ensuite aux personnes pour  qui  un  retour  reviendrait  à  les  mettre  concrètement  en  danger,  notamment parce qu’elles ne pourraient plus recevoir les soins dont elles  ont  besoin.  L’autorité  à  qui  incombe  la  décision  doit  donc  dans  chaque  cas confronter  les aspects humanitaires  liés à  la situation dans  laquelle  se  trouverait  l’étranger  concerné  dans  son  pays  après  l’exécution  du  renvoi à  l’intérêt public militant en  faveur de son éloignement de Suisse  (ATA 2009/52  consid. 10.1,  ATAF 2008/34  consid. 11.2.2  et  ATAF 2007/10 consid. 5.1). 6.2. Dans  l'arrêt ATAF 2011/7 du 16  juin 2011,  le Tribunal a examiné  la  situation  générale  régnant  en  Afghanistan.  En  résumé,  il  constate  que  dans  une  grande  partie  du  pays  –  hormis  dans  les  grandes  villes  –  la  situation  sécuritaire  est  si  mauvaise  et  les  conditions  humanitaires  si  catastrophiques, qu'il doit être considéré que l'exécution d'un renvoi dans  ce pays mettrait concrètement en danger l'étranger au sens de l'art. 83 al. 

E­7798/2009 Page 9 4 LEtr. Cependant, pour les jeunes hommes en bonne santé, l'exécution  du renvoi peut être considérée comme étant raisonnablement exigible si  les  conditions  strictes  énoncées  dans  la  JICRA 2003  no 10  sont  respectées. En particulier,  l'existence d'un solide  réseau social  à même  d'accueillir  et  de  soutenir  la  réinsertion  du  requérant  doit  être  établie  puisque, sans cela, les conditions de vie difficiles auxquelles un requérant  serait amené à faire face conduiraient à une situation de mise en danger  concrète au sens de l'art. 83 al. 4 LEtr. 6.3. La question de savoir si l'exécution d'un renvoi dans la ville d'Herat a,  pour  sa  part,  été  analysée  dans  un  autre  arrêt  du  Tribunal  destiné  à  publication  (arrêt  D­2312/2009  du  28  octobre  2011)  et  retient  que  l'analyse  doit  être  faite  de  la même  façon  que  dans  le  cas  d'un  renvoi  vers Kaboul. 6.4.  6.4.1. En l'espèce, le recourant dit avoir vécu jusqu'à l'âge d'une année à  Herat, avant que ses parents ne s'exile, avec lui, à (…) en Iran où il aurait  vécu  jusqu'à  l'âge de huit  ans. De huit  à  treize ans,  il  aurait à nouveau  vécu en Afghanistan, avant de retourner vivre en Iran avec ses parents.  Au  mois  d'avril­mai  2008,  il  s'est  cependant  fait  expulser  vers  l'Afghanistan pour avoir séjourné et travaillé illégalement en Iran. Il aurait  alors  vécu  quelques mois  chez  sa  grand­mère  à Herat,  avant  de  partir  pour l'Europe. Un passeur l'aurait tout d'abord emmené jusqu'en Iran, où  il  aurait  à  nouveau  séjourné  environ  deux  mois,  avant  de  rejoindre  la  Turquie puis de l'Europe. 6.4.2. S'il  ressort  en  outre  des  dires  du  recourant  que  l'essentiel  de  sa  famille, à savoir ses parents, frère et sœurs ainsi que plusieurs oncles et  tantes,  vivent  en  Iran,  l'intéressé  a  cependant  encore  sa  grand­mère,  deux tantes et trois oncles à Herat. Ses oncles y possèdent un atelier de  réparation de motos et,  avant  son départ du pays,  il  aurait  été hébergé  quelques  temps  chez  sa  grand­mère.  Il  doit  ainsi  être  admis  que  le  réseau  dont  l'intéressé  dispose  dans  cette  ville  est  suffisamment  solide  pour  assurer  un  retour  dans  son  pays  d'origine  dans  des  conditions  acceptables.  De  plus,  le  recourant  est  jeune,  a  été  scolarisé  tant  en  Afghanistan qu'en Iran, a toujours évolué dans la culture de son pays et a  travaillé comme cordonnier. Ainsi, malgré les conditions difficiles régnant  en  Afghanistan  et  sans  minimiser  les  problèmes  de  réinsertion  que  le  requérant pourra  rencontrer à son retour,  il peut être attendu de  lui qu'il  trouve, à terme et avec le soutien de ses proches, le moyen de subvenir  à ses besoins.

E­7798/2009 Page 10 6.5.   6.5.1. Enfin, s'agissant plus particulièrement des personnes en traitement  médical en Suisse, l'exécution du renvoi ne devient inexigible au sens de  l'art. 83 al. 4 LEtr, que dans la mesure où elle ne pourrait plus recevoir les  soins  essentiels  garantissant  des  conditions minimales  d'existence.  Par  soins  essentiels,  il  faut  entendre  les  soins  de  médecine  générale  et  d'urgence absolument nécessaires à la garantie de la dignité humaine (cf.  GABRIELLE STEFFEN,  Le  droit  aux  soins  :  pourquoi  un  droit  aux  soins ?  Quel  droit ? Quels  soins ? Pour  qui ?,  in : Droit  aux  soins, Berne  2007,  p. 41 ss,  spéc.  p. 51 s.). Cette  disposition – exceptionnelle – ne peut  en  revanche être interprétée comme une norme qui comprendrait un droit de  séjour  lui­même  induit  par  un  droit  général  d'accès  en  Suisse  à  des  mesures  médicales  visant  à  recouvrer  la  santé  ou  à  la  maintenir,  au  simple  motif  que  l'infrastructure  hospitalière  et  le  savoir­faire  médical  dans  le  pays  d'origine  ou  de  destination  de  l'intéressé  n'atteint  pas  le  standard élevé  suisse  (cf.  JICRA 1993 n° 38  consid.  6  p. 274 s.). Ainsi,  elle ne  fait  pas obligation à  la Suisse de pallier  les disparités entre son  système  de  soin  et  celui  du  pays  d'origine  du  requérant  en  fournissant  des soins de santé gratuits et illimités à tous les étrangers dépourvus du  droit  de  demeurer  sur  son  territoire.  En  revanche,  si,  en  raison  de  l'absence de possibilités de  traitement effectives dans  le pays d'origine,  l'état de santé de la personne concernée se dégradait très rapidement, au  point de conduire, d'une manière certaine, à la mise en danger concrète  de son intégrité physique ou psychique (cf. JICRA 2003 n° 24 consid. 5b  p. 157 s.), cette disposition peut trouver application. 6.5.2.  En  l'occurrence,  le  recourant  a  produit  un  certificat  médical  attestant un  trouble anxieux et un épisode dépressif moyen, nécessitant  un traitement psychiatrique intégré et une prise en charge psychologique,  psychiatrique  et  médicamenteuse.  Cependant,  sans  minimiser  leur  importance, ces troubles ne sont pas, à défaut d'une intensité suffisante,  de nature à mettre concrètement en danger le recourant en cas de retour  dans  son  pays  d'origine.  Ainsi,  même  si  les  soins  ambulatoires  dont  il  dispose  en  Suisse  ne  peuvent  être  assurés  en  cas  de  retour  en  Afghanistan, cela ne saurait suffire, au regard de la  jurisprudence stricte  rappelée  ci­dessus,  à  considérer  l'exécution  du  renvoi  comme  étant  inexigible.  Le  recourant  pourra  en  outre  obtenir  des  autorités  compétentes toutes les informations relatives l'aide au retour. 6.6.  En  définitive,  et  après  une  pesée  de  tous  les  éléments  du  cas  d'espèce,  l'exécution  du  renvoi  de  l'intéressé  s'avère  raisonnablement  exigible.

E­7798/2009 Page 11 7.  Enfin,  le  recourant  est  en  possession  d'un  passeport  afghan  émis  par  l'ambassade  d'Afghanistan  à  Genève  le 24 août 2011.  Il  dispose  ainsi  d'un document valable pour rentrer dans son pays (cf. art. 8 al. 4 LAsi).  L’exécution  du  renvoi  ne  se  heurte  donc  pas  à  des  obstacles  d’ordre  technique  insurmontables  et  s’avère  également  possible  au  sens  de  l'art. 83 al. 2 LEtr (cf. ATAF 2008/34 consid. 12 p. 513­515). 8.  Cela  étant,  l’exécution  du  renvoi  doit  être  déclarée  conforme  aux  dispositions  légales.  Il  s’ensuit  que  le  recours,  en  tant  qu’il  conteste  la  décision de renvoi et son exécution, doit être également rejeté. 9.  9.1. Au  vu  de  l’issue  de  la  cause,  il  y  aurait  lieu  de mettre  les  frais  de  procédure à la charge du recourant, conformément aux art. 63 al. 1 PA et  2 et 3 let. b du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif  fédéral  (FITAF,  RS 173.320.2). 9.2. Toutefois,  le recourant ne disposant pas des ressources suffisantes  et  les  conclusions  de  son  recours  ne  pouvant  être  considérées  comme  d'emblée  vouées  à  l'échec,  la  demande  d'assistance  judiciaire  partielle  doit être admise  (art. 65 al. 1 PA). En conséquence,  il est  renoncé à  la  perception des frais de procédure. (dispositif page suivante)

E­7798/2009 Page 12 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est rejeté. 2.  La demande d'assistance judiciaire partielle est admise. 3.  Il n'est pas perçu de frais de procédure. 4.  Le  présent  arrêt  est  adressé  au  recourant,  à  l'ODM  et  à  l'autorité  cantonale compétente. La présidente du collège : La greffière : Jenny de Coulon Scuntaro Sara Pelletier Expédition :

E-7798/2009 — Bundesverwaltungsgericht 06.01.2012 E-7798/2009 — Swissrulings