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Bundesverwaltungsgericht 15.07.2011 E-6514/2008

15. Juli 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·4,037 Wörter·~20 min·3

Zusammenfassung

Asile et renvoi | Asile et renvoi; décision de l'ODM du 15 septembre 2008

Volltext

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour V E­6514/2008 Arrêt   d u   1 5   juillet   2011 Composition Maurice Brodard (président du collège), Fulvio Haefeli, Jenny de Coulon Scuntaro, juges, Edouard Iselin, greffier. Parties A._______, Russie, représenté par (…) recourant, contre Office fédéral des migrations (ODM), Quellenweg 6, 3003 Berne. autorité inférieure. Objet Asile et renvoi ;  décision de l'ODM du 15 septembre 2008 / N (…).

E­6514/2008 Page 2 Faits : A.  Le 13 août 2008, l'intéressé a déposé une demande d'asile en Suisse. B.  Entendu sommairement le 21 août 2008, puis sur ses motifs d’asile le 29  du même mois,  le  requérant a déclaré être d'ethnie  tchétchène et avoir  toujours vécu en Tchétchénie jusqu'à son départ. Après avoir achevé ses  études,  il  aurait  débuté  une  activité  professionnelle  de  (…)  et  aurait  distribué de l'aide humanitaire durant la première et la deuxième guerres  de Tchétchénie. Pendant l'été 1996, il aurait été arrêté par une patrouille  militaire alors qu'il secourait un blessé, puis retenu dans une fosse pleine  d'eau.  Soupçonné  d'aider  des  rebelles,  il  aurait  été  interrogé  et  torturé,  avant d'être relâché environ une semaine plus tard. Atteint dans sa santé,  il  aurait  reçu  des  soins,  puis  aurait  repris  son  activité  professionnelle  jusqu'au début de la deuxième guerre de Tchétchénie en 1999, époque à  partir de laquelle il aurait aidé ses parents à la ferme. Vers la fin de mai  2004, alors qu'il  se  rendait  en voiture à Grozny,  il  aurait  fait  l'objet  d'un  contrôle  d'identité  par  des  militaires,  lesquels  lui  auraient  reproché  de  circuler  sans permis de conduire et  lui  auraient demandé de  l'argent ;  il  aurait  été  injurié,  frappé  et  on  l'aurait  aussi  menacé  de  l'arrêter  sur  la  base de fausses accusations. Il aurait ensuite été emmené dans une forêt  par  d'autres  soldats  arrivés  sur  les  lieux  après  son  interpellation.  L'un  d'entre eux  lui aurait alors confié qu'il  l'avait  reconnu parce qu'il  lui avait  sauvé  la  vie  durant  la  première  guerre  de  Tchétchénie ;  il  l'aurait  aussi  informé qu'il  était  recherché par  les autorités et  que s'il  était  arrêté une  nouvelle  fois,  personne  ne  pourrait  plus  l'aider,  avant  de  le  laisser  s'enfuir.  Le  requérant  aurait  depuis  lors  vécu  caché  dans  différents  endroits.  Il aurait appris peu après son interpellation qu'il était recherché  par  des  personnes montrant  sa  photographie.  Informé  par  la  suite  qu'il  figurait  sur  une  liste  noire  et  que  Ramzan  Kadyrow  s'intéressait  personnellement  à  lui,  il  aurait  quitté  la  Tchétchénie  le  5 août  2008  et  serait arrivé en Suisse six  jours plus tard, voyage pour  lequel un de ses  amis  aurait  payé  6000 Euros.  Interrogé  sur  sa  famille,  il  a  déclaré  qu'il  était  fils  unique  et  n'avait  plus  vu  récemment  ses  parents,  qui  se  cachaient aussi depuis 2004, si ce n'est une  fois peu avant son départ,  deux  de  ses  amis  d'enfance  prenant  soin  d'eux.  Il  a  aussi  précisé  qu'il  n'avait  pas  d'oncle  et  que  ses  tantes  étaient  décédées.  L'intéressé  n'a  versé au dossier  aucun document  de nature à donner  des  informations  sur son identité, ni autre moyen de preuve.

E­6514/2008 Page 3 C.   Par décision du 16 septembre 2008, l'ODM a rejeté la demande d'asile de  l'intéressé ­ pour défaut de vraisemblance et de pertinence, au sens des  art. 3  et  7  de  la  loi  du  26 juin  1998  sur  l’asile  (LAsi,  RS  142.31),  des  motifs  allégués ­ a  prononcé  son  renvoi  de  Suisse  et  a  ordonné  l'exécution  de  cette  mesure,  jugée  licite,  raisonnablement  exigible  et  possible. Cet office a notamment relevé que la détention de 1996 n'était  pas déterminante en matière d'asile,  vu qu'elle avait eu  lieu plus de dix  ans  avant  son  expatriation.  S'agissant  de  l'interpellation  en  2004,  cet  office  a  retenu  qu'il  arrivait  fréquemment  que  des  contrôles  soient  effectués par des forces de sécurité et que cet événement s'était déroulé  plus  de  quatre  ans  avant  son  départ  du  pays  d'origine.  En  outre,  si  l'intéressé avait effectivement été recherché pour des motifs  relevant de  l'art. 3 LAsi,  il eût été étonnant que  le militaire qui  l'avait  reconnu prît  le  risque de  le relâcher. L'autorité de première  instance a aussi relevé que  l'intéressé n'avait pas pu expliquer précisément pour quelle raison il était  recherché et que s'il avait effectivement craint des persécutions,  il aurait  quitté la Tchétchénie bien avant 2008. En ce qui concerne l'exécution du  renvoi,  l'ODM  a  relevé,  en  substance,  que  la  situation  générale  en  Tchétchénie s'était améliorée et que la crise humanitaire que connaissait  cette  république  avait  pris  fin.  En  outre,  aucun  motif  individuel  ne  s'opposait à cette mesure,  l'intéressé y disposant d'un réseau  familial et  social à même de l'aider lors de son retour. D.  Le  15 octobre  2008,  l'intéressé  a  recouru,  par  l'entremise  de  son  mandataire,  auprès  du  Tribunal  administratif  fédéral  (Tribunal)  contre  cette  décision.  Il  a  conclu  à  son  annulation,  à  la  reconnaissance  de  la  qualité  de  réfugié  et  à  l'octroi  de  l'asile  ainsi  que,  subsidiairement,  au  constat du caractère illicite et non raisonnablement exigible de l'exécution  de son renvoi, le tout sous suite de frais et dépens. Il a également sollicité  l'assistance  judiciaire  partielle  et  totale  ainsi  que  la  dispense  du  versement  d'une  avance  sur  les  frais  de  procédure.  A  l'appui  de  son  recours,  il  a  expliqué,  en  substance,  que  la  situation  ne  s'était  pas  fondamentalement améliorée en Tchétchénie, qui était toujours le théâtre  d'actes de violence et de violations massives des droits de  l'homme. Vu  son  passé,  il  courrait  dès  lors  un  risque  sérieux  d'être  victime  de  persécutions  en  cas  de  retour,  des  opposants  présumés  au  régime  en  place continuant de disparaître. Le recourant a aussi fait valoir qu'il n'était  pas en mesure actuellement  de  s'exprimer de manière plus précise  sur  les événements le concernant qui avaient eu lieu après 2004, parce qu'il 

E­6514/2008 Page 4 ne  se  sentait  pas  en  sécurité  en  Suisse  et  avait  peur  de  se mettre  en  danger  ainsi  que  des  compatriotes  restés  au  pays  et  être  à  nouveau  considéré  comme  un  traître.  Il  a  encore  exposé  que  cette  situation  de  crainte  permanente  avait  nui  à  sa  santé  et  qu'il  souffrait  de  troubles  mentaux, raison pour laquelle il allait débuter un suivi psychiatrique. E.  Par décision incidente du 6 novembre 2008, le juge instructeur a rejeté la  demande d'assistance  totale,  le mandataire du  recourant n'étant pas un  avocat  inscrit  au  barreau.  Il  a  par  contre  renoncé  au  versement  d'une  avance et a  informé  l'intéressé qu'il  serait statué dans  l'arrêt  final sur  la  dispense  éventuelle  des  frais  de  procédure.  En  outre,  il  l'a  invité  à  produire,  d'ici  au  8 décembre  2008,  un  formulaire médical  rempli  par  le  médecin traitant ses troubles psychiques et lui a aussi donné la possibilité  de  fournir,  dans  le  même  délai,  des  informations  complémentaires  concernant les circonstances de son séjour en Tchétchénie entre 2004 et  son départ en août 2008. F.  En  date  du  8 décembre  2008,  le  recourant  a  notamment  produit  le  formulaire susmentionné, rempli  le 29 novembre 2008 par un spécialiste  de  médecine  générale.  Il  en  ressortait  en  particulier  qu'il  souffrait  d'adiposité, de douleurs dorsales et articulaires et d'hypertension. Dans le  courrier  accompagnant  cet  écrit,  l'intéressé  a  mentionné  qu'il  venait  seulement  de  débuter  un  traitement  spécifique  pour  ses  troubles  psychiques  et  qu'il  n'était  pas  encore  possible  pour  sa  thérapeute  de  s'exprimer avec suffisamment de certitude sur  la nature et  la gravité de  ceux­ci. Partant,  le Tribunal  a,  en date du 18 décembre 2008,  prolongé  jusqu'au 30 janvier 2009 le délai initialement imparti (cf. let. E de l'état de  fait). G.  Par courrier du 28 janvier 2009, le recourant a produit un rapport détaillé,  établi  le 22 du même mois par une praticienne exerçant dans  le service  de psychiatrie d'un hôpital où l'intéressé était suivi depuis le 28 novembre  2008.  Il  en  ressortait  qu'il  souffrait  d'un  trouble  dépressif  récurrent,  épisode actuel moyen, avec syndrome somatique, et d'un état de stress  post­traumatique  (ci­après :  PTSD),  affections  traitées  jusqu'ici  uniquement  de  manière  médicamenteuse,  mais  pour  lesquelles  il  allait  aussi débuter prochainement un suivi psychothérapeutique.

E­6514/2008 Page 5 H.  Invité à se prononcer sur  le recours,  l'ODM en a préconisé  le rejet dans  sa réponse du 10 février 2009. Il a notamment relevé que les traitements  indiqués dans les documents médicaux produits pouvaient être poursuivis  en Russie et que moyennant une aide au retour adéquate l'exécution du  renvoi  du  recourant  pouvait  être  considérée  comme  licite  et  raisonnablement exigible. I.  En  date  du  11 mars  2009,  le  recourant  a  fait  part  de  ses  observations  relatives  à  la  réponse  de  l'ODM.  Il  a  notamment  laissé  entendre,  en  substance,  qu'il  ne  pourrait  pas  être  soigné  convenablement  en  cas  de  retour, vu  les graves carences du système de santé en Tchétchénie, où  aucun suivi spécifique pour les personnes souffrant d'un PTSD n'était en  particulier disponible. J.  Par courrier du 15 septembre 2009, l'intéressé a averti le Tribunal qu'il se  sentait  depuis  peu  en  mesure  d'exposer  des  éléments  pertinents  en  matière d'asile qu'il avait tus, par crainte, jusqu'à présent et qu'il produirait  ultérieurement un rapport à ce sujet. K.  K.a. Le 12 janvier 2010, le recourant a produit  le rapport annoncé. Dans  le  courrier  d'accompagnement,  il  a  requis  qu'une  nouvelle  audition  soit  effectuée par  le Tribunal, avec  l'aide d'un  interprète professionnel. Dans  ledit  rapport,  il  a  en  particulier  exposé  qu'un  blocage  psychique  l'avait  empêché  jusqu'ici  de  se  confier  totalement  et  que  le  fait  que  les  interprètes  présents  lorsqu'il  avait  été  entendu  par  l'ODM  parlaient  le  russe  l'avait  beaucoup  perturbé.  Durant  la  psychothérapie  qu'il  avait  entreprise par  la suite,  il avait par contre pu compter sur  l'aide de deux  interprètes maîtrisant la langue tchétchène auxquelles il faisait confiance.  En juillet 2009, des amis résidant en Tchétchénie  l'avaient mis en garde  contre  un  retour,  les  problèmes  qu'il  avait  connus  étant  toujours  d'actualité. Comprenant qu'il ne pourrait pas y  retourner prochainement,  comme il l'avait espéré jusqu'ici, il avait finalement surmonté sa méfiance  et  ses  craintes  et  s'était  décidé  à  exposer  de  manière  exhaustive  ses  motifs d'asile. K.b.  L'intéressé  a  complété  les  motifs  d'asile  exposés  à  l'ODM  en  invoquant,  en  substance,  qu'il  avait  aidé  à  fonder,  en  2002,  une 

E­6514/2008 Page 6 organisation  politiquement  indépendante  dont  lui­même  et  un  de  ses  amis, disparu en mars 2005, assuraient la direction et dont le but de était  de  collecter  des  informations  sur  des  actes  commis  par  les  militaires  russes et  leur collaborateurs  tchétchènes et d'informer  la population sur  ces exactions ainsi que sur diverses  formes de  résistance non­violente.  Vu  les  risques encourus,  l'activité  de  ce groupement  aurait  été  secrète.  Au début  de 2004,  ils  auraient  eu  vent  de  l'existence d'enregistrements  vidéo relatifs à un trafic d'organes prélevés sur des personnes disparues,  auquel participaient des personnes médiatiquement connues. Peu avant  son interpellation de mai 2004 (cf. let. B de l'état de fait), l'intéressé et son  ami auraient été recherchés suite à la trahison d'un des membres de leur  organisation  et  se  seraient  cachés,  tout  en  continuant  cependant  leur  activité. Au début de l'année 2005, ils auraient finalement réussi à acheter  une partie des enregistrements vidéo. Grâce à  l'aide de B._______ ([…]  célèbre […]),  il aurait pu contacter C._______ ([…] autre célèbre […]), à  qui  il  aurait  remis  des  copies  vers  août  2006.  Dans  la  nuit  du  2  au  3 janvier  2007,  l'intéressé  aurait  été  arrêté  alors  qu'il  se  trouvait  en  possession  d'une  partie  de  ces  enregistrements,  incarcéré,  puis  violemment  torturé  par  des  Tchétchènes  travaillant  pour  Ramzan  Kadyrov. Afin  de  le  compromettre  et  de  le  forcer  à  collaborer  avec  eux  ainsi  que  pour  s'assurer  de  sa  docilité  future,  les  personnes  qui  le  détenaient lui auraient fait signer plusieurs documents où il reconnaissait,  d'une part, avoir collaboré avec les forces de l'ordre depuis 2004 déjà et,  d'autre  part,  être  responsable  de  la  mort  de  D._______  (un  des  principaux chefs de la rébellion indépendantiste tchétchène). Après deux  ou  trois semaines de détention,  l'intéressé aurait été  libéré et aurait été  forcé  de  se  rendre  dans  des  endroits  publics,  afin  de  repérer  et  de  dénoncer  d'autres  membres  de  son  organisation,  accompagné  par  un  agent chargé de le surveiller. Après deux ou trois jours de ce manège, il  aurait  pu  fausser  compagnie  à  son  gardien.  Recherché  tant  par  les  autorités  que  par  les  rebelles  indépendantistes ­ qui  le  considéraient  comme un traître après qu'on leur eut transmis les faux aveux qu'il avait  été forcé de signer durant sa détention ­ il aurait désormais vécu dans la  clandestinité  en  changeant  constamment  de  cachette.  Sa  situation  devenant  de  plus  en  plus  précaire,  sa  famille  et  ses  amis  auraient  arrangé  son  départ  clandestin  de  Tchétchénie  en  août  2008.  Il  a  aussi  expliqué  qu'il  avait  appris  par  ses  amis  que  ses  parents  ne  pouvaient  toujours pas mener une vie normale, car ils étaient persécutés en raison  de leurs liens avec lui. Enfin, il a encore déclaré qu'il allait contacter des  personnes qui  pouvaient  lui  fournir  des preuves établissant  les activités  déployées par son organisation.

E­6514/2008 Page 7 L.  L.a. Le 19 juillet 2010,  le  recourant a versé au dossier deux documents  médicaux :  un  rapport  de  fin  de  traitement  ("Abschlussbericht")  du  6 août  2009,  établi  par  la  praticienne  qui  avait  déjà  établi  le  précédent  rapport  du  22 janvier  2009  (cf. let. G  de  l'état  de  fait),  laquelle  l'avait suivi du 28 novembre 2008 au 8 juillet 2009,  un autre rapport, rédigé le 28 juin 2010 par la psychiatre qui avait  continué le suivi médical à partir du 30 juillet 2009.  L.b. Selon  ces  nouvelles  pièces,  l'intéressé  souffrait  d'un PTSD et  d'un  trouble  dépressif  récurrent,  le  traitement  entrepris  consistant  en  des  séances  de  psychothérapie  et  la  prise  de médicaments.  Il  en  ressortait  aussi,  en  substance,  qu'après  avoir  interrompu  sa  scolarité,  il  avait  commencé  à  travailler  comme  (…).  Déjà  durant  la  première  guerre  de  Tchétchénie, il aurait fondé avec un ami une organisation à but caritatif et  humanitaire. Il aurait été arrêté à deux reprises, la première fois en 1996  et  la deuxième fois entre 2006 et 2007, détention durant  laquelle  il avait  été torturé, violé et forcé de signer un document dont il ignorait le contenu  (ou,  selon  une  autre  version,  où  il  s'engageait  à  collaborer  avec  les  autorités). Après avoir pu s'évader de prison grâce à des amis, il avait dû  quitter la Tchétchénie en l'espace d'une semaine. M.  En  date  du  22 février  2011,  le  recourant  a  produit  un  nouveau  rapport,  établi le 3 du même mois par sa psychiatre traitante, où celle­ci exposait  l'évolution  de  la  situation  depuis  son  précédent  rapport  du  26 juin  2010  (cf. let. L  de  l'état  de  fait).  Il  ressort  de  ce  document  que  l'intéressé  souffre  toujours  d'un  PTSD  et  d'un  trouble  dépressif  récurrent,  épisode  actuel  moyen  à  sévère.  Malgré  les  traitements  entrepris,  aucune  stabilisation  n'avait  pu  être  atteinte,  l'état  d'incertitude  causé  par  son  statut  légal précaire et le sort  incertain de sa procédure d'asile ainsi que  la perspective d'un éventuel renvoi influant négativement sur son état de  santé et renforçant les troubles observés. N.  Les autres faits et arguments de la cause seront évoqués, si nécessaire,  dans les considérants en droit.

E­6514/2008 Page 8 Droit : 1.  1.1.  Le  Tribunal,  en  vertu  de  l’art. 31  de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF,  RS  173.32),  connaît  des  recours  contre les décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre  1968  sur  la  procédure  administrative  (PA,  RS  172.021)  prises  par  les  autorités  mentionnées  à  l’art. 33  LTAF.  En  particulier,  les  décisions  rendues par l’ODM concernant l’asile peuvent être contestées, par renvoi  de l’art. 105 de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile (LAsi, RS 142.31), devant  le Tribunal, lequel statue alors définitivement, sauf demande d’extradition  déposée par l’Etat dont  le requérant cherche à se protéger (art. 83 let. d  ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110]). 1.2. L'intéressé a qualité pour recourir (art. 48 al. 1 PA). Interjeté dans la  forme (art. 52 PA) et  le délai (art. 108 al. 1 LAsi) prescrits par  la  loi, son  recours est recevable. 2.  2.1. Saisi  d'un  recours contre une décision de  l'ODM en matière d'asile  et/ou de  renvoi,  le Tribunal  tient compte de  la situation et des éléments  tels  qu'ils  se  présentent  au  moment  où  il  se  prononce  (cf. à  ce  sujet  notamment Arrêts du Tribunal administratif fédéral suisse [ATAF] 2008/12  consid. 5.2  p. 154 s.  et  ATAF  2008/4  consid. 5.4  p. 38 s. ;  cf. également  Jurisprudence  et  informations  de  la  Commission  suisse  de  recours  en  matière  d’asile  [JICRA]  1997  n° 27  consid. 4f  p. 211,  et  jurisp. cit.).  Ce  faisant, il prend en considération l'évolution intervenue depuis l'époque du  dépôt de la demande d'asile. 2.2.  Le  Tribunal  applique  le  droit  d'office,  sans  être  lié  par  les  motifs  invoqués dans le recours (art. 62 al. 4 PA) ni par l'argumentation juridique  développée dans la décision entreprise. Il peut ainsi admettre un recours  pour un autre motif que ceux invoqués devant lui ou le rejeter en adoptant  une  argumentation  différente  de  celle  de  l'autorité  intimée  (cf. PIERRE  MOOR / ETIENNE  POLTIER,  Droit  administratif,  vol. II,  3e éd.,  Berne  2011,  p. 820 s.).  La  procédure  est  régie  par  la  maxime  inquisitoire,  ce  qui  signifie que le Tribunal constate les faits d'office et apprécie librement les  preuves  (art. 12 PA).  Les  parties  doivent  toutefois  collaborer  à  l'établissement  des  faits  (art. 8  al. 1  LAsi  et  art. 13  PA ;  ATF  112 Ib 65  consid. 3, ATF 110 V 48 consid. 4a) et motiver  leur  recours  (art. 52 PA). 

E­6514/2008 Page 9 Les principes de la maxime inquisitoire et de l'application d'office du droit  sont  ainsi  limités,  dans  la  mesure  où  l'autorité  compétente  ne  procède  pas  spontanément  à  des  constatations  de  fait  complémentaires  ou  n'examine  d'autres  points  de  droit  que  si  les  indices  correspondants  ressortent  des  griefs  présentés  ou  des  pièces  du  dossier  (cf. ATAF  2009/57 consid. 1.2 p. 798, et réf. cit.). 3.  L'intéressé demande que le Tribunal procède à une nouvelle audition, car  il n'aurait pas été en mesure d'exposer de manière complète ses motifs  d'asile (cf. notamment let. D in fine et K.a de l'état de fait). 3.1.  Après  examen  du  dossier ­ et  en  particulier  des  procès­verbaux  établis  lors des auditions de  l'ODM des 21 et 29 août 2008 ­ le Tribunal  ne saurait partager cette appréciation. Rien ne permet de considérer que  l'intéressé,  malgré  ses  problèmes  de  santé,  aurait  alors  été  empêché  d'exposer  une  partie  de  son  vécu  en  Tchétchénie ­ en  raison  d'un  "blocage  psychique",  pour  une  autre  raison  tenant  à  sa  situation  personnelle (cf. notamment let. D in fine ci­dessus et consid. 3.2 ci après)  ou  parce  que  les  interprètes  présents  parlaient  le  russe,  langue  qu'il  maîtrise  bien.  Le  recourant  avait  notamment  reçu  l'aide­mémoire  pour  requérants  d'asile  et  avait  pris  connaissance  de  son  contenu,  avant  le  début  de  l'audition  sommaire,  document  où  il  était  rendu  attentif  à  son  devoir  de  répondre  de  manière  véridique  et  complète  aux  questions  posées  par  les  autorités  suisses  sur  ses motifs  d'asile.  En  outre,  cette  obligation  lui  avait  été  rappelée  au  début  de  l'audition  principale  et  son  attention attirée sur le fait que toutes les personnes présentes, y compris  l'interprète,  étaient  tenues  de  traiter  ses  déclarations  de  manière  confidentielle et que celles­ci ne seraient pas portées à  la connaissance  des autorités de  son pays ou de  tiers  (cf. aussi  question 34 du procès­ verbal  [pv]). Partant,  l'intéressé savait alors qu'il  était  tenu d'exposer de  façon véridique et  complète  l'entier de ses motifs d'asile et qu'il  pouvait  parler sans crainte. Il s'est du reste exprimé sur lesdits motifs de manière  abondante et détaillée durant cette audition (cf. p. 5 à 14 du pv), laquelle  a  duré  plus  de  sept  heures  (avec  deux  pauses). A  cela  s'ajoute  que  la  représentante  des  œuvres  d'entraide  qui  était  également  présente  n'a  formulé  aucune  critique  ni  remarque  à  l'issue  de  celle­ci  dans  le  formulaire  figurant  en  annexe  du  pv,  ce  qui  permet  de  penser  que  son  déroulement  ne  sortait  pas  de  l'ordinaire  et  que  le  comportement  du  recourant n'avait alors rien d'inhabituel.

E­6514/2008 Page 10 3.2.  3.2.1.  Le  Tribunal  relève  aussi  que  l'intéressé  a  déclaré  avoir  été  violé  alors qu'il était détenu en Tchétchénie (cf. let. L de l'état de fait). Certes,  l'art. 6  de  l’ordonnance 1  du  11 août  1999  sur  l’asile  relative  à  la  procédure (OA 1, RS 142.311) prévoit qu'en présence d'indices concrets  de  persécution  de  nature  sexuelle,  un  demandeur  d'asile  doit  être  entendu  par  une  personne  du  même  sexe  (cf. aussi  JICRA  2003  n° 2  p. 13 ss.), ce qui n'a pas été le cas lors de l'audition sur ses motifs d'asile  du  29 août  2008  (cf. en  particulier  p. 1 s.  et  15  du  pv).  Toutefois  on  ne  saurait  pas  faire  grief  à  l'ODM  de  n'avoir  pas  procédé  de  la  sorte,  en  l'absence d'indices concrets dans ce sens. En effet, l'intéressé n'a jamais  invoqué  durant  la  procédure  de  première  instance,  même  à  mots  couverts, qu'il avait été victime de préjudices de cette nature (p. ex.  lors  de  l'audition  sommaire  du  21 août  2008,  qui  était  menée  par  un  collaborateur de l'ODM de sexe masculin) et aucun autre élément dans le  dossier ne permettait de le présumer (cf. aussi à ce sujet JICRA précitée,  spéc. consid. 5 d. p. 20 s.) ; ce n'est que durant  la procédure de recours  que l'intéressé a pour la première fois invoqué qu'il avait été victime d'un  viol. 3.2.2.  En  outre,  le  Tribunal  ne  voit  pas  de  raison  de  procéder  à  une  nouvelle  audition  du  recourant  pour  ce  motif,  une  telle  mesure  ne  paraissant pas nécessaire pour  l'établissement des  faits pertinents pour  l'issue  de  la  cause.  Outre  le  peu  de  vraisemblance  des  allégations  de  l'intéressé  (cf. consid. 5.2.4  ci­après),  il  relève  aussi  que  si  le  fait  que  l'auditrice de l'ODM, respectivement une des autres personnes présentes  lors de l'audition sur les motifs d'asile soit de sexe féminin avait empêché  l'intéressé  de  s'exprimer  sur  d'éventuels  sévices  de  nature  sexuelle,  on  aurait  pu  au moins  attendre  qu'il  en  fasse  expressément  état  durant  la  procédure de recours, qui a déjà duré plus d'une année et demie, ce qui  n'a  pas  été  le  cas  (cf. en  particulier  let. D  et  K  de  l'état  de  fait).  Au  surplus, s'il avait réellement été violé et n'aurait pas osé se confier à des  personnes  de  l'autre  sexe  lors  de  dite  audition,  il  n'aurait  probablement  pas  exclusivement  fait  appel  à  des  femmes  dans  le  cadre  du  suivi  médical  de  ses  troubles  psychiques  (cf. let. G,  K.a,  L  et  M  de  l'état  de  fait). 3.3.  Par  ailleurs,  l'intéressé  a  aussi  produit  durant  l'instruction  de  son  recours  un  compte  rendu  détaillé  de  huit  pages  où  figuraient  des  "compléments"  de  ses  motifs  d'asile  qu'il  n'aurait  pas  été  en  mesure  d'exposer  à  l'ODM,  résumés  lors  de  trois  auditions  privées  auxquelles 

E­6514/2008 Page 11 assistaient  aussi  deux  personnes  auxquelles  il  accordait  sa  confiance,  soit son mandataire et une  interprète maîtrisant  le  tchétchène. En outre,  l'intéressé a également pu apporter d'autres  "compléments"  au sujet de  son vécu en Tchétchénie dans le cadre du suivi psychiatrique en Suisse  (cf. let. G., L et M de l'état de fait et le consid. 3.2.2 ci­avant). 3.4. Il ressort de ce qui précède que l'intéressé a été entendu de manière  suffisante  sur  ses motifs  d'asile  et  que  l'état  de  fait  pertinent  est  établi  avec  assez  de  précision  pour  que  le  Tribunal  puisse  statuer  en  connaissance  de  cause  sur  le  présent  recours.  Partant,  la  requête  tendant  à  ce  qu'il  soit  procédé  à  une  audition  complémentaire  doit  être  écartée. 4.  4.1.  4.1.1. Sont  des  réfugiés  les  personnes  qui,  dans  leur  Etat  d’origine  ou  dans  le  pays  de  leur  dernière  résidence,  sont  exposées  à  de  sérieux  préjudices ou  craignent  à  juste  titre  de  l’être  en  raison de  leur  race,  de  leur religion, de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social  déterminé ou de  leurs opinions politiques. Sont notamment considérées  comme de sérieux préjudices  la mise en danger de  la  vie, de  l’intégrité  corporelle ou de la liberté, de même que les mesures qui entraînent une  pression psychique insupportable (art. 3 al. 1 et 2 LAsi). 4.1.2.  Selon  une  jurisprudence  constante,  l'asile  n'est  pas  accordé  en  guise d'indemnisation de préjudices subis, mais sur  la base d'un besoin  avéré de protection. Pour admettre un  tel besoin et ainsi  reconnaître au  requérant  la qualité de réfugié au sens de l'art. 3 LAsi,  il est nécessaire,  entre  autres  conditions,  qu'il  existe  un  rapport  de  causalité  temporel  suffisamment étroit entre  les préjudices subis et  la fuite du pays. Le  lien  de causalité temporel est généralement considéré comme rompu lorsque  le  requérant  a  attendu  plus  de  six  à  douze  mois ­ depuis  la  dernière  persécution subie ­ avant de quitter son pays, à moins qu'il ne démontre  que  des  motifs  objectifs  plausibles  ou  des  raisons  personnelles  expliquent ce départ différé (cf. en particulier ATAF 2009/51 consid. 4.2.5,  p. 744 ss, et jurisp. cit.). 4.2.  Quiconque  demande  l’asile  doit  prouver  ou  du  moins  rendre  vraisemblable qu’il est un réfugié. La qualité de réfugié est vraisemblable  lorsque l’autorité estime que celle­ci est hautement probable. Ne sont pas  vraisemblables notamment  les allégations qui, sur des points essentiels, 

E­6514/2008 Page 12 ne  sont  pas  suffisamment  fondées,  qui  sont  contradictoires,  qui  ne  correspondent pas aux faits ou qui reposent de manière déterminante sur  des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7 LAsi). 5.  5.1. En l'occurrence, l'argumentation développée dans le présent recours,  ainsi  que  les  moyens  de  preuve  produits,  ne  sont  pas  de  nature  à  démontrer que les exigences légales requises pour la reconnaissance de  la qualité de réfugié et pour l'octroi de l'asile sont remplies. 5.2.  5.2.1.  L'intéressé  a  allégué  avoir  été  arrêté  et  détenu  une  semaine  en  1996 et avoir été torturé à cette occasion. Au vu de ses déclarations à ce  sujet  (cf. en particulier  les  réponses aux questions n°38 et n° 48 ss  lors  de l'audition sur les motifs d'asile) et de la situation qui prévalait alors en  Tchétchénie,  le  Tribunal,  à  l'instar  de  l'ODM,  n'entend  pas  mettre  en  doute  la  réalité  de  ces  préjudices.  Toutefois,  ils  ne  sont  pas  pertinents  sous  l'angle de  l'asile,  le  lien de causalité  temporelle entre ceux­ci et  le  départ du recourant en août 2008 étant manifestement  rompu (cf. ATAF  2009 précité, et jurisp. cit.). 5.2.2. S'agissant de l'interpellation qu'aurait subie le recourant suite à un  contrôle  en  mai  2004,  rien  n'indique  que  cet  événement  ait  eu  pour  origine un motif déterminant en matière d'asile. De tels contrôles, parfois  musclés,  par  des  membres  des  forces  de  sécurité  étaient  fréquents  à  cette  époque ;  ils  pouvaient  toucher  indistinctement  tout  citoyen  tchétchène  placé  dans  des  conditions  analogues,  pour  des  motifs  ne  relevant pas nécessairement de l'art. 3 LAsi. Au demeurant, si l'intéressé  avait effectivement été recherché par les autorités pour un motif pertinent  au  sens  de  l'asile,  le  militaire  qui  l'aurait  reconnu  n'aurait  pas  pris  le  risque de  le  laisser s'enfuir de  la manière décrite. En outre, après avoir  été  prétendument  averti  par  ce  soldat  de  la  gravité  de  la  menace  qui  pesait sur lui, il aurait dû quitter la Tchétchénie sans attendre, et pas plus  de quatre ans plus tard. 5.2.3. En ce qui concerne  les compléments des motifs d'asile,  tels qu'ils  ressortent du rapport fourni au Tribunal le 12 janvier 2010 (cf. let. K.b de  l'état de fait), ceux­ci ne répondent pas aux exigences de vraisemblance  posées par l'art. 7 LAsi. Il n'est pas rare que des requérants sans motifs  d'asile véritables aient recours aux allégués tardifs pour  tenter de mieux  étayer  leur  demande.  L'usage  d'un  tel  procédé,  dans  la mesure  où  les 

E­6514/2008 Page 13 motifs  invoqués  tardivement  ont  été  inventés  pour  les  besoins  de  la  cause, est de nature à ébranler la crédibilité des intéressés. Certes, dans  certaines  circonstances  particulières,  les  allégués  tardifs  peuvent  être  excusables  (cf. à  ce  sujet  notamment ATAF 2009 précité,  consid. 4.2.3,  p. 743 ; cf. aussi JICRA 1998 consid. 5a p. 25 ss). Tel n'est toutefois pas  le cas en l'occurrence. Outre le fait que les déclarations de l'intéressé ne  sont pas compatibles avec celles qu'il  a  faites à  ses  thérapeutes à peu  près à la même époque (cf. consid. 5.2.4 ci­après), le Tribunal considère,  au  vu  aussi  des  sérieuses  incohérences  que  l'on  peut  y  détecter,  qu'il  s'agit  d'un  récit  inventé,  où  l'intéressé  s'est  en  partie  inspiré  de  faits  notoires en rapport notamment avec le sort de personnalités connues. A  titre  d'exemple,  si  l'intéressé  avait  réellement  fondé  en  2002  déjà  une  organisation dont  le but était en particulier de collecter des  informations  compromettantes pour l'armée russe et les autorités tchétchènes, il ne fait  nul  doute,  vu  la  dureté  et  l'efficacité  de  l'action  des  forces  de  sécurité  dans cette  république, qu'il aurait connu de sérieux ennuis bien plus  tôt  qu'il  ne  l'affirme.  Il  est  aussi  difficilement  compréhensible,  malgré  les  explications  données  dans  le  rapport  du  12 janvier  2010,  pourquoi  le  recourant ­ après que son organisation a pu, selon ses dires, se procurer  au  début  de  l'année  2005  des  enregistrements  montrant  des  prélèvements illégaux d'organes ­ ne les a remis que près d'une année et  demie  plus  tard  à  […]  célèbre  […]  dont  il  fait  état  dans  cet  écrit.  Par  ailleurs, celui­ci, après qu'il eut finalement été arrêté, au début de janvier  2007 seulement, alors qu'il était justement en possession de pièces aussi  compromettantes ­ fait déjà surprenant en soi ­ n'aurait certainement pas  été  libéré  par  les  personnes  qui  le  détenaient  déjà  après  deux  ou  trois  semaines de détention, dans les circonstances qu'il a décrites, au risque  de  le  voir  s'enfuir  (p. ex.  à  l'étranger) malgré  les  faux  aveux  qu'il  aurait  signés. Enfin,  s'il  avait  été  activement  recherché  depuis  l'époque  de  sa  prétendue évasion au début de l'année 2007 aussi bien par les autorités  de Tchétchénie  que  par  les  rebelles  indépendantistes,  il  aurait  fui  cette  république dans les meilleurs délais, et non pas en août 2008 seulement.  A cela s'ajoute que  l'intéressé, malgré  la promesse faite dans  le rapport  du  12 janvier  2010  (cf. let. K.b  in  fine  de  l'état  de  fait)  n'a  toujours  pas  fourni  le moindre moyen de preuve de nature à établir ne serait­ce que  l'existence  de  l'organisation  qu'il  aurait  aidée  à  fonder,  alors  que  plus  d'une année et demie s'est déjà écoulée depuis lors. 5.2.4. Quant aux documents médicaux produits, ils ne sont pas non plus  de nature à étayer la vraisemblance des nouveaux motifs d'asile allégués  en procédure de recours. Si  le Tribunal n'entend pas mettre en doute  la 

E­6514/2008 Page 14 réalité  et  la  nature  des  affections  psychiques,  en  particulier  d'origine  traumatique,  dont  le  recourant  souffre,  il  considère  par  contre  qu'on  ne  saurait  admettre  sur  cette  seule  base  l'existence  des  préjudices  que  l'intéressé  aurait  subis  en  Tchétchénie  après  l'année  2004,  ces  problèmes  mentaux  pouvant  avoir  une  autre  cause  (p. ex.  les  tortures  subies en 1996 [cf. consid. 5.2.1 ci­avant]). En outre,  les déclarations de  l'intéressé aux spécialistes chargées de son suivi médical comportent des  contradictions notables par rapport à ses autres allégations sur ses motifs  d'asile,  en  particulier  en  ce  qui  concerne  l'absence  de  mention  de  l'interpellation  de mai  2004,  le  nombre  de  documents  (un  ou  plusieurs)  qu'il avait été forcé de signer en 2007 ainsi que leur contenu (qu'il ignorait  dans un cas et qu'il a par contre pu décrire de manière détaillée dans son  rapport  du  12 janvier  2010)  et  la  date  de  la  fuite  de  Tchétchénie  (une  semaine après son évasion ­ qui aurait eu  lieu au début de 2007 ­ alors  qu'il  a  toujours  déclaré  auparavant  qu'il  était  parti  en  août  2008).  En  outre,  le  recourant, qui a donné de manière  très précise  la date de son  arrestation  en  2007  (dans  la  nuit  du  2  au  3 janvier)  dans  le  rapport  précité, est par contre  resté  fort vague à ce sujet  lorsqu'il  s'est confié à  ses thérapeutes ("zwischen 2006 und 2007"), alors qu'il aurait été torturé  et même violé  à  cette  occasion,  points  pourtant  centraux  de  ses motifs  d'asile.  Certes  le  Tribunal  n'ignore  pas  que  l'inaptitude  d'une  victime  à  décrire les violences sexuelles et les mauvais traitements peut s'expliquer  par la gravité des sévices, le traumatisme et le sentiment de honte ou de  déshonneur  qui  en  ont  résulté.  Toutefois,  la  personne  souffrant  d'un  PTSD, si elle peut être  incapable de se rappeler avec précision certains  faits, voire refuser d'en révéler, se souviendra cependant des aspects les  plus marquants de son expérience et ne variera généralement pas dans  les grandes lignes de son récit au cours de ses exposés. 5.3. Au  vu  de  ce  qui  précède,  le  Tribunal  renonce  à  se  prononcer  en  détail sur le reste de la motivation en matière d'asile du présent recours,  celle­ci n'étant pas de nature à faire apparaître les chances de succès de  la présente procédure sous un jour différent. 5.4.  Il  s’ensuit  que  le  recours,  en  tant  qu’il  conteste  le  bien­fondé de  la  non­reconnaissance  de  la  qualité  de  réfugié  et  du  refus  de  l’asile,  doit  être rejeté. 6.  6.1. Lorsqu’il rejette la demande d’asile ou qu’il refuse d’entrer en matière  à ce sujet, l’ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en 

E­6514/2008 Page 15 ordonne l’exécution (art. 44 al. 1 LAsi). Le renvoi ne peut être prononcé,  selon  l’art. 32 de  l’ordonnance 1 du 11 août 1999 sur  l’asile  relative à  la  procédure (OA 1, RS 142.311), lorsque le recourant d’asile dispose d’une  autorisation de séjour ou d’établissement valable, ou qu’il fait l’objet d’une  décision  d’extradition  ou  d’une  décision  de  renvoi  conformément  à  l’art. 121 al. 2 de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101). 6.2. Aucune exception à  la  règle générale du  renvoi  n’étant  réalisée,  le  Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette mesure. 7.  7.1. L’exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnablement  exigible  et  possible  (art. 44  al. 2  LAsi).  Si  ces  conditions  ne  sont  pas  réunies, l’admission provisoire doit être prononcée. Celle­ci est réglée par  l’art. 84 de  la  loi  fédérale du 16 décembre 2005 sur  les étrangers  (LEtr,  RS 142.20). 7.2. L’exécution n’est pas  licite  lorsque  le  renvoi de  l’étranger dans son  Etat d’origine ou de provenance ou dans un Etat  tiers est  contraire aux  engagements  de  la  Suisse  relevant  du  droit  international  (art. 83  al. 3  LEtr). 7.3. L’exécution de  la décision peut ne pas être raisonnablement exigée  si  le  renvoi  ou  l’expulsion  de  l’étranger  dans  son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple  en  cas  de  guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée  ou  de  nécessité  médicale (art. 83 al. 4 LEtr). 7.4. L’exécution n’est pas possible  lorsque l’étranger ne peut pas quitter  la  Suisse  pour  son  Etat  d’origine,  son  Etat  de  provenance  ou  un  Etat  tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr). 8.  8.1. L’exécution du renvoi est illicite,  lorsque la Suisse, pour des raisons  de droit  international public, ne peut contraindre un étranger à se rendre  dans  un  pays  donné  ou  qu’aucun  autre  Etat,  respectant  le  principe  du  non­refoulement,  ne  se  déclare  prêt  à  l’accueillir ;  il  s’agit  d’abord  de  l’étranger  reconnu  réfugié,  mais  soumis  à  une  clause  d’exclusion  de  l’asile, et ensuite de l’étranger pouvant démontrer qu’il serait exposé à un  traitement prohibé par  l’art. 3 de  la Convention du 4 novembre 1950 de  sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (CEDH,  RS 0.101) ou encore par  l’art. 3 de la Convention du 10 décembre 1984 

E­6514/2008 Page 16 contre  la  torture  et  autres  peines  ou  traitements  cruels,  inhumains  ou  dégradants (Conv. torture, RS 0.105). 8.2.  L’exécution  du  renvoi  ne  contrevient  pas  au  principe  de  non­ refoulement  de  l’art. 5  LAsi.  En  effet,  le  recourant  n'a  pas  rendu  vraisemblable  (cf. consid. 5 ci­avant) qu’en cas de retour dans son pays  d’origine, il serait exposé à de sérieux préjudices au sens de l’art. 3 LAsi. 8.3.  8.3.1. En ce qui concerne les autres engagements de la Suisse relevant  du droit international, il sied d’examiner particulièrement si l’art. 3 CEDH,  qui  interdit  la  torture,  les  peines  ou  traitements  inhumains,  trouve  application dans le présent cas d’espèce. 8.3.2. Si  l’interdiction de  la  torture,  des peines et  traitements  inhumains  (ou dégradants) s’applique indépendamment de la reconnaissance de la  qualité  de  réfugié,  cela  ne  signifie  pas  encore  qu’un  renvoi  ou  une  extradition serait prohibée par le seul fait que dans le pays concerné des  violations  de  l’art. 3  CEDH  devraient  être  constatées ;  une  simple  possibilité  de  subir  des  mauvais  traitements  ne  suffit  pas.  Il  faut  au  contraire  que  la  personne  qui  invoque  cette  disposition  démontre  à  satisfaction  qu’il  existe  pour  elle  un  véritable  risque  concret  et  sérieux  d’être victime de tortures, ou de traitements inhumains ou dégradants en  cas de renvoi dans son pays. Il en ressort qu’une situation de guerre, de  guerre  civile,  de  troubles  intérieurs  graves  ou  de  tension  grave  accompagnée de violations des droits de l’homme ne suffit pas à justifier  la  mise  en œuvre  de  la  protection  issue  de  l’art. 3  CEDH,  tant  que  la  personne  concernée  ne  peut  rendre  hautement  probable  qu’elle  serait  visée  personnellement ­ et  non  pas  simplement  du  fait  d’un  hasard  malheureux ­ par  des  mesures  incompatibles  avec  la  disposition  en  question (cf. JICRA 1996 n° 18 consid. 14b ee p. 186 s.). 8.3.3. En l’occurrence, mutatis mutandis pour les mêmes motifs que ceux  évoqués  plus  haut  (cf. consid. 5  ci­avant),  le  recourant  n'a  pas  rendu  vraisemblable qu'il existait pour  lui un véritable risque concret et sérieux  d’être victime d'actes prohibés par  l'art. 3 CEDH de  la part de membres  d'un organe étatique ou de particuliers en cas de  retour dans son pays  d'origine. Par ailleurs, s'agissant des troubles de la santé de l'intéressé, le  Tribunal  relève  que  ce  n'est  que  dans  des  circonstances  très  exceptionnelles  (cf. à  ce  sujet  en  particulier  JICRA  2004  n° 7  consid. 5c cc, p. 47 ss et  JICRA 2004 n° 6 consid. 7b, p. 41, et  réf. cit.), 

E­6514/2008 Page 17 qui  ne  sont  pas  réalisées  ici,  qu'une  personne  peut  se  prévaloir  efficacement d'un risque de violation de la disposition précitée pour faire  obstacle à l'exécution de son renvoi. 8.3.4. En outre,  le  recourant  n'a pas non plus  rendu  vraisemblable qu'il  existait  pour  lui  un  véritable  risque  concret  et  sérieux  d’être  victime  de  traitements contraires à l'art. 3 Conv. torture en cas de retour en Russie,  et en particulier en Tchétchénie. 8.4.  Dès  lors,  l’exécution  du  renvoi  de  l'intéressé  sous  forme  de  refoulement ne transgresse aucun engagement de la Suisse relevant du  droit  international,  de  sorte  qu’elle  s’avère  licite  (art. 44  al. 2  LAsi  et  art. 83 al. 3 LEtr). 9.  9.1.  Selon  l'art. 83  al. 4  LEtr,  l'exécution  du  renvoi  peut  ne  pas  être  raisonnablement  exigée  lorsque  le  renvoi  ou  l'expulsion  de  l'étranger  dans  son  pays  d'origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple  en  cas  de  guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée  ou  de  nécessité  médicale.  Cette  disposition  s'applique  en  premier  lieu  aux  "réfugiés  de  la  violence",  soit  aux  étrangers  qui  ne  remplissent pas les conditions de la qualité de réfugié parce qu'ils ne sont  pas personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre,  de  guerre  civile  ou  de  violence  généralisée.  Elle  vaut  aussi  pour  les  personnes  pour  qui  un  retour  reviendrait  à  les mettre  concrètement  en  danger,  notamment  parce  qu'elles  ne  pourraient  plus  recevoir  les  soins  dont  elles  ont  besoin  ou  qu'elles  seraient,  selon  toute  probabilité,  condamnées  à  devoir  vivre  durablement  et  irrémédiablement  dans  un  dénuement  complet,  et  ainsi  exposées  à  la  famine,  à  une  dégradation  grave de leur état de santé, à l'invalidité, voire à la mort. En revanche, les  difficultés  socio­économiques  qui  sont  le  lot  habituel  de  la  population  locale, en particulier des pénuries de soins, de logement, d'emplois et de  moyens de formation, ne suffisent pas en soi à réaliser une telle mise en  danger. L'autorité à qui  incombe  la décision doit donc dans chaque cas  confronter  les  aspects  humanitaires  liés  à  la  situation  dans  laquelle  se  trouverait l'étranger concerné dans son pays après l'exécution du renvoi à  l'intérêt  public  militant  en  faveur  de  son  éloignement  de  Suisse  (cf. en  particulier  ATAF  2009/52  consid. 10.1 ;  ATAF  2008/34  consid. 11.1  et  ATAF 2007/10 consid. 5, et réf. cit.).

E­6514/2008 Page 18 9.2. Il est notoire que la Russie n'est pas en proie à l'heure actuelle, sur  l'ensemble  de  son  territoire ­ et  en  particulier  en  Tchétchénie,  dont  provient  le  recourant ­ à  une  guerre,  une  guerre  civile  ou  une  violence  généralisée,  qui  permettraient  d’emblée ­ et  indépendamment  des  circonstances  du  cas  d’espèce ­ de  présumer,  au  sujet  de  tous  les  ressortissants de cet Etat,  l’existence d’une mise en danger concrète au  sens de l’art. 83 al. 4 LEtr. Dans un arrêt publié récemment (ATAF 2009  précité,  notamment  consid. 10.2.3  et  10.2.5,  et  réf. cit.),  le  Tribunal  a  abandonné  la  jurisprudence  retenue  sous  la  JICRA  2005  n° 17  en  tant  qu'elle concluait à  l'inexigibilité de  l'exécution de tous  les renvois vers  la  Tchétchénie.  Cela  étant,  le  Tribunal  a  tout  de  même  mis  en  évidence  l'existence de groupes vulnérables, pour lesquels l'exécution du renvoi ne  paraît pas, a priori, raisonnablement exigible. 9.3. En  l'occurrence  l'intéressé,  au  vu du dossier  et  de  ce qui  précède,  n'appartient  à  aucun  groupe  vulnérable,  au  sens  défini  par  la  jurisprudence exposée ci­dessus. En outre, il ne ressort du dossier aucun  autre  élément  dont  on  pourrait  inférer  que  l'exécution  du  renvoi  impliquerait une mise en danger concrète pour des motifs qui lui seraient  propres, et en particulier en raison de ses problèmes de santé. 9.3.1.  S'agissant  des  personnes  en  traitement  médical  en  Suisse,  l'exécution  du  renvoi  ne  devient  inexigible,  en  cas  de  retour  dans  leur  pays d'origine ou de provenance, que dans la mesure où elles pourraient  ne  plus  recevoir  les  soins  essentiels  garantissant  des  conditions  minimales d'existence ; par soins essentiels, il faut entendre les soins de  médecine générale et d'urgence absolument nécessaires à la garantie de  la  dignité  humaine.  L'art. 83  al. 4  LEtr,  disposition  exceptionnelle  tenant  en échec une décision d'exécution du renvoi, ne saurait en revanche être  interprété  comme  une  norme  qui  comprendrait  un  droit  de  séjour  lui­ même  induit  par  un  droit  général  d'accès  en  Suisse  à  des  mesures  médicales visant à  recouvrer  la santé ou à  la maintenir, au simple motif  que  l'infrastructure  hospitalière  et  le  savoir­faire  médical  dans  le  pays  d'origine  ou de destination  de  l'intéressé n'atteint  pas  le  standard  élevé  qu'on trouve en Suisse. Il ne suffit pas en soi de constater, pour admettre  l'inexigibilité de l'exécution du renvoi, qu'un traitement prescrit sur la base  de normes suisses ne pourrait être poursuivi dans  le pays de  l'étranger.  En effet, ce qui compte, c'est l'accès à des soins, cas échéant alternatifs,  qui,  tout  en  correspondant  aux  standards  du  pays  d'origine,  sont  adéquats  à  l'état  de  santé  de  l'intéressé,  fussent­ils  d'un  niveau  de  qualité,  d'une  efficacité  de  terrain  (ou  clinique)  et  d'une  utilité  (pour  la 

E­6514/2008 Page 19 qualité de vie) moindres que ceux disponibles en Suisse ; en particulier,  des  traitements médicamenteux (par exemple constitués de génériques)  d'une  génération  plus  ancienne  et  moins  efficaces,  peuvent,  selon  les  circonstances, être considérés comme adéquats. Si  les soins essentiels  nécessaires  peuvent  être  assurés  dans  le  pays  d'origine  ou  de  provenance  de  l'étranger  concerné,  cas  échéant  avec  d'autres  médications que  celles  prescrites  en Suisse,  l'exécution  du  renvoi  dans  l'un ou l'autre de ces pays sera raisonnablement exigible. Elle ne le sera  plus,  au  sens  de  l'art. 83  al. 4  LEtr  si,  en  raison  de  l'absence  de  possibilités  de  traitement  adéquat,  l'état  de  santé  de  l'intéressé  se  dégraderait très rapidement au point de conduire d'une manière certaine  à  la  mise  en  danger  concrète  de  sa  vie  ou  à  une  atteinte  sérieuse,  durable,  et  notablement  plus  grave  de  son  intégrité  physique  (sur  l'ensemble  de  ces  questions,  voir  ATAF  2009/2  consid. 9.3.2  ainsi  que  JICRA 2003 n° 24 consid. 5b p. 157 s., et réf. cit.). 9.3.2.  9.3.2.1  En  ce  qui  concerne  la  situation  médicale  en  Tchétchénie,  le  Tribunal  relève  que  si  les  infrastructures  sanitaires  ont  connu  d'importantes  destructions durant  les  deux guerres qui  ont  ravagé  cette  République,  la  situation  s'est  progressivement  améliorée  depuis  lors,  notamment  à  Grozny,  notamment  grâce  à  des  programmes  de  reconstruction  étatiques  ainsi  qu'à  l'aide  internationale,  une  grande  importance  étant  aussi  accordée  à  la  réhabilitation  psychosociale  et  au  suivi médical  des  victimes  du  conflit.  A  l'heure  actuelle,  l'offre  de  soins  médicaux de base a dans  l'ensemble retrouvé  le niveau prévalant avant  le  début  des  hostilités  et  il  existe  des  possibilités  de  traitement  des  maladies  psychiques,  les  personnes  atteintes  pouvant  notamment  être  prises  en  charge  dans  un  service  ambulatoire  de  neuropsychologie  à  Grozny et dans des hôpitaux d'état des districts d'Atschchoi­Martan et de  Gudermes. Par ailleurs, plusieurs organisations internationales et locales  sont  actives  dans  le  domaine  du  suivi  médical  et  de  la  réhabilitation  psychosociale  de  personnes  traumatisées.  Toutefois,  le  système  de  santé  tchétchène  souffre  toujours  d'un  manque  de  personnel  qualifié ­  auquel  l'on  tente  progressivement  de  remédier  par  diverses  mesures  (p. ex.  augmentation  du  nombre  de  personnes  autorisées  à  suivre  une  formation  dans  les  filières  médicales  et  par  le  biais  de  programmes  d'instruction mis sur pied par des organisations internationales). En outre,  la corruption y est répandue, le personnel soignant exigeant souvent des  paiements  informels  avant  de  fournir  des  prestations médicales,  même  lorsque  celles­ci  sont  supposées  être  offertes  de  manière  gratuite 

E­6514/2008 Page 20 (cf. consid. 9.3.2.2  ci­après).  S'agissant  de  l'accès  aux  médicaments,  il  n'est pas rare que les patients doivent se procurer eux­mêmes certaines  préparations en cas d'urgence, en particulier lorsque celles­ci ne peuvent  pas être obtenues dans les centres de distribution officiels. 9.3.2.2 Pour  le  financement  des  soins,  le  Tribunal  relève  en  particulier  que  tous  les citoyens russes ont droit à des soins médicaux gratuits qui  leur sont garantis par  l’Etat par  l’intermédiaire d’un système d’assurance  maladie  obligatoire  (ci­après :  AMO) ;  les  services  suivants  sont  concernés : soins médicaux d’urgence, soins ambulatoires, y compris les  traitements  préventifs,  diagnostics  et  traitement  de  maladies  tant  à  domicile  que  dans  les  polycliniques  et  hospitalisation.  S'agissant  des  médicaments,  les  citoyens  russes ­ ceux  couverts  par  l’AMO  et  les  membres affiliés à d’autres systèmes d’assurance ­ les achètent en règle  générale à leur frais ; il existe cependant des groupes spéciaux auxquels  les médicaments  sont  fournis  gratuitement,  en  particulier  les  personnes  souffrant  de  diverses  affections,  dont  les  maladies  mentales  (cf. à  ce  sujet  le document du 13 novembre 2009 de  l'Organisation  internationale  pour  les  Migrations  intitulé  "retourner  en  Fédération  de  Russie ­  Informations sur  le pays  [ci après : OIM Russie],  p. 4 s.). Depuis  le 1er  janvier 2011, une nouvelle  loi  relative à  l'AMO est entrée en vigueur ;  il  est désormais prévu qu'un patient peut être soigné dans n'importe quelle  ville du pays et non pas uniquement à son lieu de domicile. Par ailleurs,  la  loi  fédérale «De l’assistance psychiatrique et des droits des citoyens»  régit  le statut des personnes souffrant de  troubles mentaux. Selon cette  loi,  les  patients  peuvent  bénéficier  de  certains  services  gratuits :  aide  psychiatrique  d’urgence,  consultations  et  diagnostic,  assistance  psychoprophylactique  et  de  réhabilitation  dans  des  départements  et  cliniques  de  consultation  externe,  tous  types  d’examen  psychiatriques,  détermination  d’une  incapacité  temporaire,  assistance  sociale  et  emploi  de  personnes  souffrant  de  troubles  mentaux,  problèmes  de  tutelle,  assistance  juridique  dans  les  cliniques  psychiatriques,  éducation  des  invalides  et  des  mineurs  souffrant  de  troubles  mentaux,  assistance  psychiatrique  en  cas  de  désastres  et  de  catastrophes  (cf. OIM  Russie,  p. 29). 9.3.3.  9.3.3.1 En premier lieu, le Tribunal constate, s'agissant de l'état de santé  psychique  de  l'intéressé,  que  celui­ci  souffre  d'un PTSD et  d'un  trouble  dépressif  récurrent,  épisode  actuel  moyen  à  sévère ­ affections  qui  se  manifestent  notamment  par  des  réminiscences  en  rapport  avec  des 

E­6514/2008 Page 21 événements  traumatisants  vécus  en  Tchétchénie,  des  troubles  de  la  mémoire,  des  difficultés  de  concentration,  un  sentiment  important  de  tristesse,  d'angoisse,  de  dénuement  et  de  culpabilité  ainsi  que  des  sérieux  troubles  du  sommeil  causés  par  des  cauchemars ­ son  état  de  santé  actuel  le  poussant  à  se  méfier  de  tout  le  monde  et  à  s'isoler  progressivement.  Le  traitement  consiste  pour  l'essentiel  en  la  prise  régulière  de  médicaments  et  des  entretiens  de  soutien  réguliers,  l'intéressé n'ayant, au vu du dossier,  jamais effectué un séjour dans un  établissement hospitalier en raison de ses troubles mentaux. Or, malgré  les carences du système de santé en Tchétchénie,  il y a  lieu d'admettre  qu'un  suivi  thérapeutique  suffisant  (cf. consid. 9.3.1  ci­dessus)  y  est  accessible,  même  s'il  ne  répond  pas  standards  élevés  applicables  en  Suisse.  Les  médicaments  prescrits,  ou  des  substituts  d'un  prix  plus  abordable,  peuvent  y  être  obtenus  et  cette République  dispose  tout  de  même  de  suffisamment  d'infrastructures  médicales  et  de  personnel  spécialisé  (cf. consid. 9.3.2.1  ci­avant)  pour  que  le  recourant  puisse  y  recevoir  les  éventuels  soins  essentiels,  même  en  cas  de  péjoration  de  son état en raison de la perspective d'un renvoi imminent de Suisse (cf. à  ce sujet le consid. 9.3.3.2 ci­après). Quant au financement d'un éventuel  traitement médical  sur  place,  l'intéressé  pourra  demander  à  l'ODM  une  aide au retour sous forme de remise d'une réserve de médicaments et/ou  d'une prise en charge financière de tout ou partie du suivi médical durant  les  premiers  temps  de  son  retour  en  Tchétchénie  (art. 75  de  l'ordonnance 2 du 11 août 1999 sur l’asile relative au financement [OA 2,  RS  142.312]),  afin  de  surmonter  notamment  la  période  jusqu'à  sa  réinsertion  effective  dans  les  structures  médicales  et  sociales,  laquelle  pourrait  être  critique.  Pour  le  surplus,  le  Tribunal  considère  que  l'intéressé ­ au  vu  du  cadre  légal  existant  en  Russie,  notamment  s'agissant  de  l'accès  à  l'AMO ­ pourra, malgré  les  problèmes  observés,  bénéficier  de  certaines  prestations  gratuites  (cf. aussi  consid. 9.3.2.1  in  fine et 9.3.2.2). En outre, il y a lieu d'admettre qu'il dispose tout de même  de ressources personnelles suffisantes pour trouver et exercer, au moins  à moyen  terme, une activité qui  lui permette de subvenir, en  tout ou en  partie,  à  ses  besoins  essentiels,  notamment  dans  le  domaine médical.  Par  ailleurs,  il  devrait  pouvoir  y  compter,  si  besoin  est,  sur  un  certain  soutien  financier  de  la  part  de  sa  famille,  et  voire  de  ses  amis  (cf. consid. 9.3.4. ci­après). 9.3.3.2 Certes,  il  est  fort  possible  que  l'idée  d'un  renvoi  dans  son  pays  d'origine  ait  des  conséquences  d'ordre  psychologique  sur  le  recourant  (cf. à  ce  sujet  let. M  de  l'état  de  fait).  Toutefois,  si  le  Tribunal  n’entend 

E­6514/2008 Page 22 nullement sous­estimer les appréhensions que pourrait ressentir celui­ci à  l’idée  d’un  tel  retour,  il  considère  toutefois  que  l’on  ne  saurait  d’une  manière  générale  prolonger  indéfiniment  le  séjour  d’une  personne  en  Suisse au seul motif que cette perspective serait susceptible de générer  une  aggravation  de  son  état  de  santé.  Il  appartiendra  à  sa  psychiatre  traitante ­qui parle  le  russe,  langue que maîtrise aussi  l'intéressé, et qui  connaît maintenant bien sa situation médicale ­ de l'aider à surmonter ses  craintes  et  à  affronter  cette  échéance. En  outre,  le  Tribunal  relève  qu'il  ressort notamment des documents médicaux produits que celui­ci, du fait  en particulier des problèmes psychiques dont  il  souffre, est  socialement  déraciné  et  isolé  en  Suisse,  situation  qui  paraît  peu  propice  à  une  véritable rémission de ses problèmes de santé. Malgré  la nature de ses  troubles, lesquels ont, en tout ou en partie, été causés par des préjudices  subis  dans  sa  région  d'origine,  on  peut  tout  de même  raisonnablement  admettre que,  les premiers moments de crainte et de déception passés,  sa  situation devrait  progressivement  se  stabiliser ­ dans  l'environnement  socio­culturel et linguistique qui est le sien ­ à mesure qu'il y trouvera de  nouveaux repères et points d'appuis et se réintégrera dans les structures  tchétchènes, en  faisant appel si nécessaire à  l'aide des membres de sa  famille  et  de  ses  amis  (cf. aussi  les  consid. 9.3.3.1  ci­avant  et  9.3.4  ci­ après). 9.3.3.3  S'agissant  des  troubles  somatiques  diagnostiqués  (essentiellement adiposité, douleurs dorsales et articulaires ainsi que de  l'hypertension), le Tribunal relève qu'il s'agit d'affections courantes qui ne  demandent  pas  un  traitement médicamenteux  lourd  et  un  suivi médical  soutenu. Malgré  les  carences du  système de  santé en Tchétchénie,  un  encadrement  suffisant  (cf. à  ce  sujet  consid. 9.3.1  ci­dessus)  y  est  disponible. En outre, le recourant n'a pas non plus établi qu'en l'absence  totale  de  traitement  adéquat,  son  état  de  santé  se  dégraderait  très  rapidement  au  point  de  conduire  d'une  manière  certaine  à  la  mise  en  danger  concrète  de  sa  vie  ou  à  une  atteinte  sérieuse,  durable,  et  notablement plus grave de son  intégrité physique. Le Tribunal  relève en  particulier que les lésions causées par une hypertension sont graduelles  et que les complications possibles, lorsqu'elles surviennent, apparaissent  en règle générale des années, voire des décennies plus tard. S'agissant  des douleurs dorsales et articulaires, celles­ci ont pour origine principale  la surcharge pondérale de  l'intéressé,  laquelle ne paraît pas  irréversible  (cf. également pts. 5.1 et 7 du formulaire médical du 29 novembre 2008).

E­6514/2008 Page 23 9.3.4.  Pour  le  surplus,  le  Tribunal  relève  que  le  recourant  est  dans  la  force de l'âge et bénéficie d’une expérience professionnelle, en particulier  dans le domaine du (…), activité qui ne demande pas d'efforts physiques  particuliers et que l'intéressé devrait dès lors pouvoir, au moins à moyen  terme, exercer malgré ses problèmes psychiques et somatiques (cf. let. F  de l'état de fait et  le consid. 9.3.3 ci­avant). A cela s'ajoute qu'après son  retour en Tchétchénie, où il est né et a toujours vécu jusqu'en août 2008,  il est censé compter sur l'aide d'un réseau familial et social, lequel l'a déjà  soutenu et hébergé par le passé et avec lequel il n'a manifestement pas  perdu  tout contact. Même à supposer qu'il n'ait plus d'autre membre de  sa  famille  en  Tchétchénie  que  ses  parents,  ce  qui  paraît  peu  crédible  (cf. à ce sujet en particulier l'absence totale de documents établissant son  identité  et  d'autres  moyens  de  preuve  relatifs  à  sa  famille  ainsi  que  l'attitude  générale  de  dissimulation  dont  il  a  fait  preuve  durant  sa  procédure d'asile),  leur situation personnelle, au vu de  l'invraisemblance  de ses propos à ce sujet, n'est très probablement pas aussi précaire qu'il  le prétend (cf. aussi let. B in fine et K.b in fine de l'état de fait). 9.4. Pour  ces motifs,  l’exécution  du  renvoi  doit  être  considérée  comme  raisonnablement exigible. 10.  Enfin,  le  recourant  est  en  mesure  d’entreprendre  toute  démarche  nécessaire auprès de  la représentation de son pays d’origine en vue de  l’obtention de documents de voyage  lui  permettant de quitter  la Suisse.  L’exécution  du  renvoi  ne  se  heurte  donc  pas  à  des  obstacles  insurmontables d’ordre technique et s’avère également possible au sens  de l'art. 83 al. 2 LEtr (cf. ATAF 2008/34 consid. 12 p. 513­515). 11.  Cela  étant,  l’exécution  du  renvoi  doit  être  déclarée  conforme  aux  dispositions légales. Il s’ensuit que le recours, en tant qu’il porte sur cette  question, doit être également rejeté. 12.  S'agissant de  la demande d'assistance  judiciaire partielle  (cf. let. D et E  de l'état de fait), elle doit être admise, les conditions prévues par l'art. 65  al. 1  PA  étant  réalisées.  En  effet,  il  ressort  de  ce  qui  précède  que  le  recours n'était pas d'emblée voué à l'échec à l'époque de son dépôt. En  outre, l'intéressé, au vu du dossier, est indigent. Partant, il est statué sans  frais.

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E­6514/2008 Page 25 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est rejeté. 2.  La demande d'assistance judicaire partielle est admise. 3.  Il est statué sans frais. 4.  Le présent arrêt est adressé au mandataire du  recourant,  à  l’ODM et à  l’autorité cantonale compétente. Le président du collège : Le greffier : Maurice Brodard Edouard Iselin Expédition :

E-6514/2008 — Bundesverwaltungsgericht 15.07.2011 E-6514/2008 — Swissrulings