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Bundesverwaltungsgericht 21.12.2011 E-6274/2011

21. Dezember 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·1,917 Wörter·~10 min·5

Zusammenfassung

Asile et renvoi | Asile (non-entrée en matière) et renvoi ; décision de l'ODM du 7 novmebre 2011

Volltext

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour V E­6274/2011   Arrêt   d u   2 1   d é c emb r e   2011 Composition Jenny de Coulon Scuntaro (présidente du collège), Martin Zoller, François Badoud, juges, Jean­Claude Barras, greffier. Parties A._______, et son épouse, B._______, Mongolie,  recourants,  contre Office fédéral des migrations (ODM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Asile (non­entrée en matière) et renvoi ; décision de l'ODM du 7 novembre 2011 / N (…)

E­6274/2011 Page 2 Fait : A.  A.a. Le 20 juillet 2011, au Centre d’enregistrement et de procédure (CEP)  de  (…), A._______ et son épouse, B._______, ont demandé  l’asile à  la  Suisse.  Le  même  jour,  il  leur  a  été  remis  une  notice  dans  laquelle  l’autorité  compétente  attirait  leur  attention  sur  la  nécessité  de  déposer  dans les 48 heures leurs documents de voyage ou leurs pièces d’identité  sous peine de s'exposer à un refus d'entrer en matière sur sa demande  d'asile.  A (…), les époux ont été auditionnés une première fois, le 29 juillet 2011  puis ils ont encore été entendus sur leurs motifs d’asile le 9 août suivant. A.b. Des  auditions  du  recourant,  il  ressort  que  le  9  avril  2011,  il  serait  devenu  membre  de  "C._______",  une  association  mongole  pour  la  protection de l'environnement dont l'un des buts est de mettre un terme à  la  surexploitation  des  ressources  minières  de  la  Mongolie  et  à  ses  conséquences fâcheuses pour la paysannerie du pays. Pour atteindre ce  but,  les  activistes  de  "C._______"  n'hésiteraient  pas  à  user  parfois  de  violence. En septembre 2010, un membre de l'association aurait ainsi tiré  à  vingt­deux  reprises  contre  les  équipements  d'une  entreprise  de  prospection d'or. En juin 2011, lors d'une manifestation pour la protection  de  la nature à Oulan­Bator,  le  recourant et quelques autres participants  auraient  décoché  quelques  flèches  contre  le  bâtiment  du  Parlement  national  après  que  le  chef  du  gouvernement  eût  refusé  de  les  recevoir  conformément à la tradition. A l'époque, "C._______" aurait aussi écrit à  "D._______", une société exploitant une mine d'or à E._______, dans la  région de F._______ dans la province de G._______, pour lui demander  de mettre un  terme à ses activités à cause des dégâts qu'elle causait à  l'environnement.  La  société  n'ayant  pas  donné  suite  à  cette  requête,  le  recourant se serait alors lui­même rendu, le 16 juin 2011, dans les locaux  de  la  police  nationale  à  Oulan­Bator  pour  informer  les  autorités  de  l'intention  de  "C._______"  d'entreprendre  une  action  contre  la  mine  de  "D._______"  à  E._______.  Le  18  juin  2011,  lui­même  et  quatre  autres  membres  du  comité  de  "C._______"  seraient  partis  à  E._______  en  voiture. Le  lendemain, accompagnés d'une quinzaine de cavaliers de  la  région, ils auraient demandé à être reçus par le directeur de "D._______"  pour  lui  remettre  une  pétition  et  pour  lui  demander  de  mettre 

E­6274/2011 Page 3 immédiatement  un  terme  aux  activités  de  son  entreprise.  L'adjoint  du  directeur leur aurait alors répondu que ce dernier n'étant pas là, lui­même  n'était pas habilité à satisfaire à leurs exigences. Devant l'intransigeance  de  cet  adjoint,  le  responsable  de  "C._______"  aurait  alors  demandé au  recourant  de  tirer  sur  l'installation  servant  à  nettoyer  le  minerai.  Au  second  coup  de  feu,  surgi  d'une  yourte  voisine,  le  directeur  de  "D._______"  aurait  promis  à  ses  cinq  interlocuteurs  de  mettre  immédiatement  un  terme aux activités  de  son entreprise  et  de  remettre  les lieux en état. Il les aurait aussi informés de son intention de leur faire  un  don  d'un  demi­million  de  Tugrug  (soit  environ  Fr.  340.­)  puis  il  les  aurait encore invités à partager un repas. Le surlendemain 21 juin 2011,  à H._______,  une  localité  des  environs,  le  recourant  et  ses  comparses  auraient tenu un meeting pour parler de leur action. A cette occasion,  le  chef de  la province  leur aurait  fait connaître son désir de  les rencontrer.  N'ayant pas été à même d'être présent au rendez­vous qu'il leur avait fixé  le  jour même,  il aurait  fait en sorte de  les  loger dans un motel  jusqu'au  lendemain. La nuit venue, le recourant serait sorti faire quelques pas. Au  bout de quelques minutes,  il aurait vu arriver quatre véhicules de police.  Leurs occupants en seraient rapidement descendus et auraient procédé à  l'arrestation de ses camarades dans le motel. Couché dans la pénombre,  celui­ci aurait attendu le départ du convoi puis aurait, tantôt couru deux à  trois kilomètre avant de trouver une fosse où passer la nuit, tantôt marché  pendant  deux  heures  avant  de  repérer  une  cavité  où  s'abriter.  Le  lendemain, ayant avisé une yourte dans les environs de la tranchée où il  s'était  réfugié,  il  aurait  obtenu  de  son  occupant  qu'il  l'emmènât  à  motocyclette  chez  un  ami,  à  I._______.  Là,  il  aurait  téléphoné  à  son  épouse. En pleurs, celle­ci lui aurait appris que, passés à leur domicile le  22 juin au matin, des policiers lui avaient demandé où il se trouvait et s'ils  avaient chez eux des armes et des tracts ; ensuite, les agents lui auraient  présenté un mandat de perquisition. Celle­ci terminée, ils auraient intimé  à  la  recourante  l'ordre  de  les  suivre  au  poste  pour  un  interrogatoire,  emportant avec eux tous les documents d'identité du couple. De son côté,  tantôt  le  recourant  aurait  immédiatement  fait  part  à  son  épouse  de  l'arrestation de ses complices à J._______, tantôt il ne lui en aurait parlé  qu'à son second appel. Il a aussi précisé que si son épouse ne l'avait pas  d'abord appelé à son retour du poste de police, c'est parce qu'ils auraient  convenu  de  longue  date  que  ce  serait  toujours  à  lui  de  l'appeler  en  premier et non l'inverse. De même, à la question de savoir si les policiers  étaient repassés à leur domicile après le 22 juin 2011, tantôt il a répondu  que, selon ce que son épouse  lui en avait dit,  tel n'avait plus été  le cas  tantôt  qu'ils  étaient  revenus  le  1er  juillet  suivant.  A  I._______,  il  aurait 

E­6274/2011 Page 4 aussi  appelé une  connaissance à Oulan Bator. Celle­ci  lui  aurait  appris  que  les  autorités  avaient  aussi  fait  arrêter  les  trois  autres membres  du  comité  de  leur  association  et  qu'il  valait  mieux  pour  lui  de  ne  pas  retourner à Oulan Bator. Ayant ensuite chevauché jusqu'à K._______, il y  aurait passé la nuit puis il se serait rendu à L._______. Le 12 juillet 2011,  il  y  aurait  rejoint  son  épouse  montée,  à  Oulan  Bator,  dans  un  train  à  destination de Moscou. Les deux auraient  voyagé munis de passeports  mongols  que  leur  aurait  remis  le  passeur  qui  les  accompagnait.  Le  18 juillet 2011, munis de passeports russes, ils seraient partis à Berlin. Le  lendemain,  ils  auraient  pris  un  train  pour  Stuttgart,  le  surlendemain  un  autre pour Zurich. A.c.  Interrogés  sur  leurs  démarches  en  vue  de  se  faire  envoyer  des  documents  d'identité  de  leur  pays,  les  recourants  ont  répondu  que  leur  fils,  à M._______,  auquel  ils  auraient  demandé de  leur  faire établir  une  attestation de domicile par  leur  "bureau de quartier", n'avait pas pu  leur  en  obtenir  une,  car  il  fallait  qu'ils  se  présentent  eux­mêmes  avec  leur  carte d'identité. Ils n'auraient pas pu non plus s'en remettre à l'avocat de  l'association  "C._______"  car  celui­ci  aurait  été  arrêté  après  les  événements  du  19  juin  2011.  Enfin,  selon  le  recourant,  aucun  autre  avocat n'aurait accepté de le représenter s'il en avait sollicité un. B.  Par  décision  du  7  novembre  2011,  notifiée  le  10  novembre  suivant,  constatant que les recourants n'avaient produit aucun document d’identité  ou de  voyage,  l’Office  fédéral  des migrations  (ODM) n’est  pas entré en  matière sur la demande d’asile des recourants en application de l’art. 32  al.  2  let.  a  de  la  loi  du  26  juin  1998  sur  l’asile  (LAsi,  RS  142.31),  a  prononcé leur renvoi de Suisse et a ordonné l’exécution de cette mesure  un jour après son entrée en force. L’autorité de première instance a aussi  estimé  qu’aucune  des  exceptions  visées  par  l’art.  32  al.  3  LAsi  n’était  réalisée. Pour  l'ODM,  peu  plausibles  et  loin  d'être  excusables,  les  motifs  pour  lesquels  les  recourants  n'auraient  pas  cherché  à  se  faire  envoyer  de  Mongolie  des  documents  d'identité  ou  à  prouver,  indirectement,  leur  identité en produisant des documents d'identité de leurs parents faisaient  sérieusement douter de leur volonté de collaborer. L'ODM n'a notamment  pas estimés crédibles  les affirmations des époux selon  lesquelles  ils ne  se souviendraient pas des données figurant dans  les passeports utilisés  pour entrer dans  l'espace  "Schengen" car des  justifications de ce genre 

E­6274/2011 Page 5 étaient souvent avancées par les requérants d'asile qui ne souhaitent pas  remettre  aux  autorités  leurs  documents  de  voyage  dans  le  but  de  dissimuler  les  circonstances  exactes  de  leur  entrée  dans  l'espace  Schengen. N'étaient pas plus   crédibles  la confiscation, par  les autorités  mongoles de tous les documents d'identité du recourant du moment que  la seule saisie de son passeport aurait suffi à  l'empêcher de quitter son  pays. De  même,  l'ODM  a  considéré  que  l'inconstance  dont  les  recourants  avaient  fait  preuve  dans  la  présentation  des  événements  à  l'origine  de  leur  fuite  empêchait  de  conclure  à  l'existence  d'indices  de  persécutions  un  tant  soit  peu  fondés  dans  leur  cas.  L'ODM  a  ainsi  relevé  que  les  déclarations du recourant sur le nombre de fois où des policiers seraient  passés à son domicile après le 22 juin 2011, sur le temps qu'il aurait mis  à trouver un endroit où se cacher après l'arrestation de ses camarades ou  encore sur le moment où il aurait informé son épouse de leur arrestation  différaient  d’une  audition  à  l’autre,  qu'il  en  allait  de  même  des  déclarations  de  son  épouse  sur  ce  dernier  point  ou  encore  sur  les  questions qu'on lui aurait posées au poste de police. L'ODM a aussi noté  que,  sur  ces  deux  points,  les  déclarations  des  époux  ne  concordaient  pas. L'ODM a également souligné  l'inanité de  leurs déclarations sur des  motifs  centraux  de  leur  demande  d'asile  de même  que  la minceur  des  connaissances du recourant sur l'association dont il dit être membre sans  en apporter la preuve. Il a aussi exclu la présence des cinq comparses à  J._______  à  l'heure  indiquée  par  le  recourant,  dans  la  mesure  où,  au  moment où le chef de la province de G._______ leur avait demandé d'y  venir au téléphone,  ils se seraient encore trouvés à H._______, distante  de  J._______  de  bien  plus  de  deux  heures.  L'ODM  n'a  pas  non  plus  estimé  plausibles  ni  les  explications  des  époux  pour  justifier  le  comportement  de  la  recourante  qui  n'avait  pas  jugé  utile  d'appeler  son  mari  après  la  fouille  de  leur  domicile  ni  les  raisons  avancées  par  le  recourant pour expliquer son incapacité à produire un moyen à même de  prouver son affiliation à l'association dont il prétend être membre. C.  Les  époux  ont  interjeté  recours  le  17  novembre  2011.  A  réception  du  recours,  le Tribunal administratif  fédéral  (le Tribunal) a  requis de  l’ODM  l’apport  du  dossier  relatif  à  la  procédure  de  première  instance ;  il  a  réceptionné ce dossier le 21 novembre suivant.

E­6274/2011 Page 6 D.  D.a. Par décision incidente du 22 novembre 2011, notifiée au recourant le  25 novembre  suivant,  le  Tribunal  constatant  que  le  recours  n'était  pas  rédigé dans une des langues officielles de la Confédération a imparti aux  recourants  un  délai  de  sept  jours  pour  le  régulariser,  sous  peine  d'irrecevabilité (art. 52 al. 2 et 3 PA). D.b.    Les  recourants  ont  fait  suite  à  l'ordonnance  du  Tribunal  le  2 décembre 2011. Dans  leur  écrit,  les  époux  maintiennent  avoir  fui  leur  pays  dans  les  conditions décrites lors de leurs auditions. Ils redisent aussi n'être pas en  mesure de présenter des document d'identité,  les autorités de  leur pays  les  leur  ayant  tous  confisqués.  Le  recourant  maintient  également  que  pour s'en être pris aux compagnies minières dans son pays,  il se serait  retrouvé  dans  le  collimateur  des  autorités  qui  jugeaient  dérisoire  son  combat contre la surexploitation des ressources minières de la Mongolie  et pour la sauvegarde de l'environnement. En outre, eu égard à la portée  de  ses actions,  il  estime qu'on ne  saurait  retenir  à  son détriment  le  fait  qu'il  n'a  été  membre  de  l'association  pour  laquelle  il  s'est  engagé  que  pendant  deux  mois.  Par  ailleurs,  quand  bien  même  ses  complices  auraient, entretemps, tous été libérés sous caution, il reste celui qui a usé  d'une  arme  à  feu.  Dès  lors,  de  tous  ceux  qui  ont  participé  aux  événements du 19 juin 2011,  il est celui qui encourt  le châtiment  le plus  lourd,  raison  pour  laquelle  les  autorités  de  son pays  sont  toujours  à  sa  recherche comme le lui a fait savoir un membre de l'association. Enfin, il  n'a  plus  de  contacts  avec  ses  acolytes  parce  qu'il  considère  qu'il  serait  dangereux  d'en  avoir.  Les  époux  concluent  implicitement  à  ce  qu'il  soit  entré en matière sur leur demande d'asile. Droit : 1.  1.1.  En  vertu  de  l’art.  31  de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF,  RS  173.32),  ledit  Tribunal,  connaît  des  recours contre  les décisions au sens de  l’art.  5 de  la  loi  fédérale du 20  décembre 1968 sur  la procédure administrative (PA, RS 172.021) prises  par les autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF.

E­6274/2011 Page 7 En particulier, les décisions rendues par l’ODM concernant l’asile peuvent  être  contestées,  par  renvoi de  l’art.  105 LAsi,  devant  le Tribunal,  lequel  statue alors définitivement, sauf demande d’extradition déposé par  l’Etat  dont le requérant cherche à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17  juin 2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110]). 1.2.  Les  recourants  ont  qualité  pour  recourir  (cf.  art.  48  al.  1  PA).  Présenté dans la forme (cf. art. 52 PA) et le délai (cf. art. 108 al. 2 LAsi)  prescrits par la loi, le recours est recevable. 1.3. Saisi d’un recours contre une décision de non­entrée en matière sur  une demande d’asile, le Tribunal se limite à examiner le bien­fondé d’une  telle décision (cf. Jurisprudence et informations de la Commission suisse  de recours en matière d’asile  [JICRA] 2004 n° 34 consid. 2.1. p. 240s. ;  1996 n° 5 consid. 3 p. 39 ; 1995 n° 14 consid. 4 p. 127s., et  jurisp. cit.).  Dans  les  cas  de  recours  dirigés  contre  les  décisions  de  non­entrée  en  matière fondées sur l’art. 32 al. 2 let. a LAsi, dans sa nouvelle teneur en  vigueur depuis le 1er janvier 2007, l’examen du Tribunal porte – dans une  mesure  restreinte  –  également  sur  la  question  de  la  qualité  de  réfugié.  L’autorité  de  céans  doit  examiner  si  c’est  à  juste  titre  que  l’ODM  a  constaté que le recourant concerné ne remplissait manifestement pas les  conditions posées par les art. 3 et 7 LAsi (cf. ATAF 2007/8 consid. 2.1 p.  73 ;  cf.  pour  plus  de  détails  concernant  cet  examen  le  consid.  2.3  ci­ après). 2.  2.1. Seul  est  à déterminer,  en  l’occurrence,  si  l’ODM était  fondé à  faire  application de l’art. 32 al. 2 let. a LAsi, disposition aux termes de laquelle  il n’est pas entré en matière sur une demande d’asile si  le  recourant ne  remet pas aux autorités, dans un délai de 48 heures après le dépôt de sa  demande,  ses  documents  de  voyage  ou  ses  pièces  d’identité ;  cette  disposition  n’est  applicable  ni  lorsque  le  recourant  rend  vraisemblable  que, pour des motifs excusables, il ne peut pas le faire, ni si sa qualité de  réfugié  est  établie  au  terme de  l’audition,  conformément  aux art.  3  et  7  LAsi,  ni  si  l’audition  fait  apparaître  la  nécessité  d’introduire  d’autres  mesures d’instruction pour établir  la qualité de réfugié ou pour constater  l’existence  d’un  empêchement  à  l’exécution  du  renvoi  (cf.  art.  32  al.  3  LAsi). 2.2. Selon l’art. 1a de l’ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l’asile relative à  la procédure (OA 1, RS 142.311), constitue un document de voyage, tout 

E­6274/2011 Page 8 document officiel autorisant l’entrée dans l’État d’origine ou dans d’autres  États,  tel qu’un passeport ou un document de voyage de  remplacement  (let.  b),  tandis  qu’est  considéré  comme  pièce  d’identité  tout  document  officiel  comportant  une  photographie  délivré  dans  le  but  de  prouver  l’identité  du  détenteur  (let.  c).  Conformément  à  la  jurisprudence,  le  document  en  cause  doit  prouver  l’identité,  y  compris  la  nationalité,  de  sorte qu’il ne subsiste aucun doute sur le retour de son titulaire dans son  pays  d’origine  sans  démarches  administratives  particulières ;  seuls  les  documents  de  voyage  (passeports)  ou  pièces  d’identité  remplissent  en  principe  les  exigences  précitées,  au  contraire  des  documents  établis  à  d’autres fins, comme les permis de conduire, les cartes professionnelles,  les  certificats  scolaires  et  les  actes  de  naissance  (cf.  ATAF  2007/7  p.  55ss). 2.3. Avec la nouvelle réglementation prévue à l’art. 32 al. 2 let. a et à l’art.  32  al.  3  LAsi,  le  législateur  a  également  voulu  instaurer  une  procédure  d’examen  matériel  sommaire  et  définitif  de  l’existence  ou  non  de  la  qualité  de  réfugié.  Ainsi,  selon  le  nouveau  droit,  il  n’est  pas  entré  en  matière sur une demande d’asile si, déjà sur  la base d’un tel examen,  il  peut  être  constaté  que  le  recourant  ne  remplit  manifestement  pas  les  conditions de  la qualité de  réfugié. Le caractère manifeste de  l’absence  de la qualité de réfugié peut tout aussi bien ressortir de l’invraisemblance  du  récit  que  de  son  manque  de  pertinence  sous  l’angle  de  l’asile.  En  revanche, si le cas requiert, pour l’appréciation de la vraisemblance ou de  la  pertinence  des  allégués,  des  mesures  d’instruction  complémentaires  au  sens  de  l’art.  32  al.  3  let.  c  LAsi,  la  procédure  ordinaire  devra  être  suivie.  Il  en  ira  de  même  lorsqu’il  n’apparaît  pas  clairement,  sans  dépasser  le  cadre  limité  d’un  examen  sommaire,  qu’il  n’y  a  pas  lieu  d’ordonner de mesures d’instruction, au sens de  l’art. 32 al. 3  let. c LAsi  et  de  la  jurisprudence,  tendant  à  constater  l’illicéité  de  l’existence  d’un  empêchement à l’exécution du renvoi au sens de l’art. 32 al. 3 let. c LAsi  (cf.  ATAF  2007/8  consid.  5.6.5­5.7  p.  90ss)  et  de  la  jurisprudence  (cf.  ATAF 2009/50 consid. 5­8 p. 725­733). 3.  3.1.  En  l’espèce  les  recourants  n'ont  pas  remis  aux  autorités  leurs  documents de voyage ou leurs pièces d’identité, au sens défini ci­dessus,  et n'ont rien entrepris dans les 48 heures dès le dépôt de leur demande  d’asile pour s’en procurer. 

E­6274/2011 Page 9 Les recourants n'ont pas non plus avancé de motif excusable à même de  justifier leur incapacité à produire de tels documents, au sens de l’art. 32  al. 3 let. a LAsi. Il y a motif excusable au sens de cette disposition lorsque  le  requérant  rend  vraisemblable  qu’il  s'est  rendu  en  Suisse  en  laissant  ses papiers  dans  son pays d’origine et  qu’il  s’efforce  immédiatement  et  sérieusement  de  se  les  procurer  dans  un  délai  approprié  (cf.  ATAF  2010/2 consid. 6 p. 28­29). En  l'occurrence,  le Tribunal n'estime pas crédibles  les recourants quand  ils prétendent ne se souvenir ni du pays dont un visa valable figurait sur  les  passeports  russes  dont  ils  se  sont  servi  pour  entrer  dans  l'espace  "Schengen" ni des identités complètes inscrites sur ces passeports tant la  connaissance de ces identités devait s'imposer à eux au cas où un garde­ frontière  se  serait  avisé  de  la  leur  demander.  Certes,  ils  disent  avoir  entre­temps  demandé  en  vain  à  leur  fils,  auquel  ils  n'auraient  pas  dit  qu'ils  avaient  demandé  l'asile  à  la  Suisse,  de  leur  faire  établir  une  attestation  de  domicile.  Ils  n'amènent  toutefois  rien  qui  puisse  laisser  penser  qu'ils  ont  effectivement  entrepris  cette  démarche.  En  outre,  dès  juin 2000,  la Mongolie a été rangée par  la Confédération dans  les Etats  considérés  comme  exempts  de  persécutions  (cf.  Arrêté  du  Conseil  fédéral du 28 juin 2000). Dès lors il ne paraît pas au Tribunal qu'il eut été  impossible  à  leur  fils,  dont  les  recourants  ne  disent  pas  qu'il  aurait  lui  aussi  été  recherché,  de  leur  obtenir  une  attestation  d'identité  ou  de  domicile. Vu ce qui précède, les explications données à ce sujet dans le recours ne  sont  pas  de  nature  à  remettre  en  cause  les  motifs  de  la  décision  attaquée,  auxquels  il  est  renvoyé  (cf.  JICRA  1999  n°  16  consid.  5  p.  108ss). 3.2.  3.2.1.  Par  ailleurs,  dans  le  cas  d’espèce,  le  Tribunal  considère  qu’il  n’existe pas d’indices de qualité de réfugié au sens de l’art. 32 al. 3 let. b  LAsi  (cf.  ATAF  2007/8  consid.  5.6.5­5.7  p.  90ss).  Il  ne  ressort  pas  non  plus  du  dossier  qu’il  y  ait  illicéité  de  l’exécution  du  renvoi  qui  nécessiteraient  des  mesures  d’instruction  complémentaires  au  sens  de  l’art. 32 al. 3 let. c LAsi (cf. ATAF 2009/50 précité). De  fait,  dans  ses  attendus,  l'ODM  ne  conteste  ni  l'existence  de  l'association "C._______" ni les événements survenus le 19 juin 2011 à la  mine que  la société "D._______" exploite à E._______ dans  la province 

E­6274/2011 Page 10 de G._______, événements auxquels auraient pris part des membres de  l'association précitée. L'ODM considère par contre qu'on ne peut tirer des  déclarations  des  époux  aucun  indice  de  persécution  qui  ne  serait  pas  manifestement  sans  fondement.  Au  contraire,  pour  l'autorité  administrative,  les  contradictions,  nombreuses,  qu'on  peut  déceler  dans  ces  déclarations,  leurs  divergences  sur  des  points  significatifs  des  événements  auxquels  elles  se  rapportent,  de même que  l'incapacité  du  recourant  à  établir  matériellement  son  affiliation  à  l'association  "C._______" font douter de la participation du recourant aux événements  précités.  Pour  sa  part,  le  Tribunal  constate  que,  mis  à  part  la  date  de  l'arrestation de ceux que le recourant présente comme ses complices (ce  qui  en  soi  n'est  pas  négligeable),  le  récit  que  celui­ci  a  fait  des  événements du 19 juin 2011 à E._______ correspond à ce qu'en ont dit  les médias de son pays qui ont abondamment relaté ces événements en  en citant les protagonistes parmi lesquels le nom du recourant n'apparaît  pas. Dans ces conditions, aussi explicite soit­il, son récit ne suffit pas en  lui­même  à  rendre  vraisemblable  ni  son  affiliation  à  l'association  "C._______" ni sa participation à ses événements ni les poursuites dont il  affirme  faire  l'objet dans son pays, cela d'autant moins que bon nombre  de ses déclarations sur  les événements survenus après  le 21  juin 2011  ne concordent pas avec celles de son épouse et qu'il n'a rien su dire des  activités  des  organisations  de  défense  de  la  nature  dans  son  pays. De  fait, le Tribunal ne peut exclure que le recourant et son épouse se soient  inspirés  des  révélations  des médias  sur  les  événements  de  E._______  pour en faire le fondement de leur demande d'asile. Il  leur revenait donc  de s'efforcer de  rendre un  tant soit peu plausibles, par  le biais d'indices  convaincants,  les  liens  du  recourant  avec  "C._______"  ainsi  que  les  poursuites dont celui­ci dit faire l'objet, une tâche dont le Tribunal estime  qu'elle n'était pas insurmontable pour les époux. Ceux­ci avaient en effet  la  possibilité  de  s'adresser  à  leur  fils,  à  M._______,  qui,  ne  pouvait  ignorer  ce  qui  s'était  passé  à  E._______  vu  la  couverture  médiatique  consacrée à cet événement où encore à l'avocat de "C._______", arrêté  en  juin  2011  avec  les  sept  membres  du  comité  de  cette  association  (quatre  d'entre  eux  ayant  été  de  l'expédition  du  19  juin  2011  à  E._______) puis relaxé avec eux dès le 22 juillet suivant. Les recourants  n'en ayant rien fait,  le Tribunal ne peut dès  lors que partager  les doutes  émis par l'ODM au sujet de leur crédibilité en ce que les événements (en  particulier ceux survenus après le 21 juin 2011) dont ils se prévalent, ont  été relatés de manière  imprécise voire erronée tant pour ce qui a  trait à  leur existence qu'à leur localisation dans le temps. S'y ajoute que le poids  des  incohérences  relevées  par  l'ODM  dans  les  déclarations  des  époux 

E­6274/2011 Page 11 n'est pas amoindri par les explications fournies dans leur mémoire. Enfin,  la passivité, en Suisse, du recourant qui n'a pas cherché à savoir ce qu'il  était advenu de ceux dont il dit qu'ils auraient été ses complices ­ ce qui  lui aurait permis d'apprendre que ceux­ci avaient entre­temps été libérés  sous  caution  et  par  conséquent  de  leur  demander  de  confirmer  sa  participation aux événements du 19 juin à E._______ – amène le Tribunal  à penser que le recourant n'est en rien lié ni aux membres du comité de  "C._______" ni aux événements du 19 juin 2011 à E._______.  3.2.2. Les déclarations des recourants ne satisfaisant manifestement pas  aux exigences requises pour  la reconnaissance de  la qualité de réfugié,  l'exception prévue à l'art. 32 al. 2 let. b LAsi ne s'applique pas. 3.3.  3.3.1.  Par  ailleurs,  les  auditions  des  recourants  ne  font  pas  non  plus  ressortir  la  nécessité  d'entreprendre  des  mesures  d’instruction  complémentaires  au  sens  de  l’art.  32  al.  3  let.  c  LAsi  pour  établir  leur  qualité de réfugié. 3.3.2.  En  outre,  il  n'est  pas  plus  nécessaire  de  procéder  à  de  telles  mesures  d'instruction  pour  constater  un  empêchement  à  l’exécution  du  renvoi  sous  peine  d'illicéité  (cf.  ATAF  2009/50  précité,  ibid.).  Les  recourants n'ayant manifestement pas la qualité de réfugié, ils ne peuvent  par conséquent se prévaloir de l’art. 5 LAsi, qui reprend en droit interne le  principe  de  non­refoulement  énoncé  à  l’art. 33  de  la  convention  du  28 juillet  1951  relative  au  statut  des  réfugiés  (Conv.  réfugiés,  RS  0.142.30). Par ailleurs, au vu de ce qui précède,  ils n'ont manifestement  pas  non  plus  rendu  crédible  qu'ils  pourraient  être  victimes,  en  cas  de  retour en Mongolie, de  traitements prohibés par  l'art. 3 de  la convention  du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés  fondamentales  (CEDH,  RS  0.101),  respectivement  par  l'art. 3  de  la  convention  du  10 décembre  1984  contre  la  torture  et  autres  peines  ou  traitements cruels, inhumains ou dégradants (Conv. torture, RS 0.105). 3.3.3.  Il  ressort de ce qui précède que l'exception prévue à  l'art. 32 al. 2  let. c LAsi n'est pas non plus réalisée en l'occurrence. 3.4.  La  décision  de  non­entrée  en  matière  sur  la  demande  d’asile  des  recourants, prononcée par l’ODM, est dès lors confirmée.

E­6274/2011 Page 12 4.  4.1.  Aucune  exception  à  la  règle  générale  du  renvoi  n’étant  en  l’occurrence réalisée (cf. art. 32 OA 1), le Tribunal est tenu, de par la loi,  de confirmer cette mesure (cf. ATAF 2009/50 consid. 9 p. 733). Le renvoi  peut être exécuté si cette mesure apparaît licite, raisonnablement exigible  et  possible  (art. 83  al. 1  de  la  loi  fédérale  sur  les  étrangers  du  16 décembre 2005 [LEtr, RS 142.20]). 4.2. Comme relevé ci­dessus,  l'exécution du renvoi s'avère  licite  (art. 83  al. 3 LEtr ;  JICRA 1996 n° 18 consid. 14b  let.  ee p. 186s. et  références  citées). 4.3. Elle est également raisonnablement exigible (cf. art. 83 al. 4 LEtr.  Il  est notoire la Mongolie ne connaît pas une situation de guerre, de guerre  civile ou de violence généralisée. En outre, il ne ressort du dossier aucun  élément dont on pourrait inférer un risque concret pour les recourants en  cas  d'exécution  du  renvoi.  Dans  la  force  de  l'âge,  ceux­ci  sont  sans  charge  de  famille  et  en  mesure  de  travailler  pour  subvenir  à  leurs  besoins ; enfin, ils n'ont pas établi ni même invoqué souffrir de problèmes  de santé. 4.4. L’exécution du renvoi est enfin possible (cr. art. 83 al. 2 LEtr) et  les  recourants  sont  tenus  de  collaborer  à  l’obtention  de  documents  de  voyage  leur permettant de quitter  la Suisse  (cf.  art.  8 al.  4 LAsi ; ATAF  2008/34 consid. 12 p. 513­515). 4.5. C’est donc également à bon droit que l’autorité de première instance  a prononcé le renvoi des recourants et l’exécution de cette mesure. 5.  5.1.  Infondé, le recours est rejeté sans qu'il soit nécessaire de procéder à un  échange un échange d’écritures (cf. art. 111a al. 1 LAsi). 5.2. Vu l’issue de la cause, il y a lieu de mettre les frais (600 francs) à la  charge des recourants (cf. art. 63 al. 1 PA et 2 et 3 let. b du règlement du  21  février  2008  concernant  les  frais,  dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal administratif fédéral [FITAF, RS 173.320.2]). (dispositif page suivante)

E­6274/2011 Page 13 le Tribunal administratif fédéral prononce: 1.  Le recours est rejeté. 2.  Les  frais de procédure, d’un montant de Fr. 600.­,  sont mis à  la charge  des  recourants.  Ce  montant  doit  être  versé  sur  le  compte  du  Tribunal  dans les 30 jours dès l’expédition du présent arrêt. 3.  Le  présent  arrêt  est  adressé  aux  recourants,  à  l’ODM  et  à  l’autorité  cantonale compétente.  La présidente du collège : Le greffier : Jenny de Coulon Scuntaro Jean­Claude Barras Expédition :

E-6274/2011 — Bundesverwaltungsgericht 21.12.2011 E-6274/2011 — Swissrulings