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Bundesverwaltungsgericht 18.10.2011 E-6163/2010

18. Oktober 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·2,011 Wörter·~10 min·3

Zusammenfassung

Renvoi et exécution du renvoi (recours réexamen) | Renvoi et exécution du renvoi (recours réexamen)

Volltext

Bundesverwaltungsgericht Tribunal   administratif   fédéral Tribunale   a mm inistrativo   federale Tribunal   administrativ   federal Cour V E­6163/2010 Arrêt   d u   1 8   octobre   2011   Composition Emilia Antonioni (présidente du collège),  François Badoud, Muriel Beck Kadima, juges, Céline Longchamp, greffière. Parties A._______, né le (…), Iran,    représenté par Connexion Suisse.sses­Migrant.es (CSM),  recourant,  contre Office fédéral des migrations (ODM),  Quellenweg 6, 3003 Berne,   autorité inférieure.  Objet Exécution du renvoi (recours contre une décision en matière  de réexamen) ; décision de l'ODM du 27 juillet 2010 / N (…).

E­6163/2010 Page 2 Faits : A.  A.a  Le  14  février  2004,  A._______,  a  déposé  une  demande  d'asile  en  Suisse.  A.b  Par  décision  du  7  avril  2004,  l'ancien  Office  fédéral  des  réfugiés  (ODR, aujourd'hui ODM) a rejeté cette demande d'asile au motif que ses  déclarations  ne  remplissaient  pas  les  conditions  de  vraisemblance  posées à l'art. 7 de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile (LAsi, RS 142.31). A.c  Aucun  recours  n'a  été  déposé  contre  cette  décision,  laquelle  est  entrée en force de chose décidée. B.  B.a  L'intéressé  a  déposé  une  première  demande  de  réexamen,  le  21  mars  2006,  faisant  valoir  des  problèmes  cardiaques  et  respiratoires  [(termes médicaux)]. B.b  Par  décision  du  31  mars  2006,  l'ODM  a  déclaré  irrecevable  cette  demande, au motif que les troubles de santé décrits, d'ailleurs stabilisés,  remontaient à 2004 et qu'ils auraient pu être allégués plus tôt. B.c L'intéressé n'a pas non plus recouru contre cette décision. C.  C.a Dans  une  deuxième  requête,  datée  du  25  mars  2008,  tendant  au  réexamen du caractère exécutable du renvoi, A._______ a soutenu que  ses problèmes cardiaques, apparus au moment du dépôt de sa demande  d'asile, persistaient. Il a souligné qu'il avait dû être hospitalisé à plusieurs  reprises et qu'il était "totalement invalide". C.b Par décision du 7 avril  2008,  l'ODM n'est  pas entré en matière  sur  cette nouvelle demande, aucun nouveau motif n'ayant été avancé.  C.c  Le  Tribunal  administratif  fédéral  (ci­après  :  le  Tribunal)  a  rejeté  le  recours formé, le 8 mai 2008, contre cette décision. Il a considéré que les  problèmes de santé du recourant, bien que sérieux, ne constituaient pas  un obstacle à  l'exécution de son renvoi dans son pays d'origine dans  la 

E­6163/2010 Page 3 mesure où il pouvait y être soigné de manière adéquate et où il disposait  d'un solide réseau familial. D.  Dans une troisième demande datée du 21 juillet 2010, l'intéressé a conclu  au  prononcé  d'une  admission  provisoire  pour  inexigibilité  de  l'exécution  de son renvoi, invoquant la détérioration de son état de santé. Il a mis en  exergue  qu'il  devait  faire  l'objet  de  contrôles médicaux  une  à  deux  fois  par mois  et  prendre  quinze médicaments  quotidiennement.  Après  avoir  rappelé  ses  anciennes  hospitalisations  depuis  2004,  il  a  annoncé  avoir  subi  une  nouvelle  intervention  ambulatoire  le  20  juillet  2010.  Il  a  également fait valoir qu'il ne pouvait bénéficier en Iran du traitement dont  il avait besoin et a souligné la situation déplorable des droits de l'Homme  en Iran, en particulier pour les personnes vulnérables. E.  Par décision du 27  juillet 2010,  l'ODM a  rejeté cette nouvelle demande,  retenant  que  la  situation  médicale  de  l'intéressé  était  connue,  que  sa  dernière  intervention  ne  permettait  pas  de  modifier  son  appréciation  quant à l'exigibilité de l'exécution de son renvoi en Iran puisqu'il pouvait y  être  soigné.  Il  a  également  relevé  que  l'évolution  de  la  situation  en  matière des droits de l'Homme n'était pas importante au point de conduire  à  une  nouvelle  appréciation  de  l'ODM. Cet  office  a mis  à  la  charge  de  l'intéressé un émolument de Fr. 600.­. F.  Dans  son  recours  interjeté  le  31  août  2010,  A._______  a  conclu  à  l'annulation  de  la  décision  entreprise,  au  prononcé  d'une  admission  provisoire, à la restitution de l'effet suspensif au recours ainsi qu'à l'octroi  de  l'assistance  judiciaire partielle.  Il a  invoqué une violation de son droit  d'être entendu dans la mesure où l'ODM n'avait pas attendu la production  des  rapports médicaux annoncés pour prendre sa décision,  rendue à  la  hâte.  Il  a  rappelé que son suivi médical ne pouvait  intervenir en  Iran et  reproché à l'ODM de s'être basé sur un état de faits antérieurs sans tenir  compte de l'élément nouveau que constituait  la détérioration de son état  de  santé.  Il  a  produit  une  attestation  médicale  datée  du  17  août  2010  selon  laquelle  il  souffre  d'une  insuffisance  cardiaque  sévère  ayant  nécessité  l'implantation  d'un  pacemaker  défibrillateur  dont  le  bon  fonctionnement  doit  être  contrôlé  plusieurs  fois  par  année,  suivi  impossible en Iran. Une seconde attestation médicale, datée du 23 août  2010,  précise  que  l'intéressé,  insuffisant  cardiaque,  a  des  difficultés  à 

E­6163/2010 Page 4 respirer  correctement  déjà  lors  d'un  petit  effort,  rendant  impossible  l'utilisation des transports publics pour ses déplacements. G.  Le 31 août 2010,  le  juge  instructeur du Tribunal a suspendu  l'exécution  du renvoi par ordonnance de mesures super­provisionnelles. H.  Par  décision  incidente  du  16  septembre  2010,  le  juge  instructeur  a  restitué  l'effet  suspensif  au  recours,  dispensé  le  recourant  du  paiement  d'une avance en garantie des frais présumés de procédure et l'a invité à  produire un rapport médical. I.  Le 25 octobre 2010, l'intéressé a fait parvenir un rapport médical, daté du  14  octobre  2010,  duquel  il  ressort  qu'il  souffre  d'une  cardiopathie  ischémique avec une dysfonction sévère, nécessitant un suivi  trimestriel  en  raison  de  l'implantation  d'un  défibrillateur.  Il  présente  une  limitation  fonctionnelle liée à sa cardiopathie avec une dyspnée selon la NYHA II à  III, infection sévère accompagnée d'une dysfonction sévère du ventricule  gauche. Selon ce même rapport, le traitement et le suivi médical prévus à  vie sont difficilement réalisables en Iran. J.  Le  27  octobre  2010,  le  recourant  a  transmis  au  Tribunal  un  deuxième  rapport  médical  daté  du  19  octobre  2010  duquel  il  ressort  qu'il  souffre  d'une  insuffisance  cardiaque  sévère  consécutive  à  des  troubles  de  la  circulation coronarienne et à des troubles du rythme cardiaque. Selon le  rapport,  un pacemaker  défibrillateur  a  été mis  en place par  intervention  du 20 juillet 2010, les dégâts sur le muscle cardiaque étant irréversibles.  Compte  tenu  des  diagnostics  posés,  l'intéressé  a  besoin  d'un  suivi  médical,  plusieurs  fois  par  année,  à  vie  afin  de  contrôler  son  évolution  clinique, sa médication et le fonctionnement du pacemaker défibrillateur ;  seuls  des  services  de  pointe  étant  à  même  de  réaliser  une  évaluation  correcte de cet appareillage. K.  Invité  à  se  déterminer,  l'ODM  a  proposé  le  rejet  du  recours,  dans  sa  réponse  du  12  novembre  2010.  Il  a  considéré  que,  malgré  les  sérieux  problèmes de santé du  recourant,  le niveau de  formation des médecins  iraniens  et  l'infrastructure  dans  ce  pays  permettaient  le  suivi  adéquat  d'une  insuffisance  cardiaque  sévère  ayant  nécessité  la  mise  en  place 

E­6163/2010 Page 5 d'un  pacemaker  défibrillateur.  Il  a  rappelé  l'existence  à B._______,  ville  d'origine de  l'intéressé,  de bons hôpitaux,  et  en particulier  du centre de  cardiologie, lequel dispose d'un département spécialisé dans la chirurgie  cardiaque. Selon les informations de l'Organisation Internationale pour les  migrations  (OIM),  la  famille  d'un  ressortissant  iranien  à  l'étranger  peut  annoncer  un  futur  patient  quelques  jours  avant  son  retour  afin  d'éviter  toute  interruption  de  traitement  et  d'être  assuré  pour  la  couverture  des  frais  de  traitement.  L'ODM  a  ajouté  qu'une  aide  médicale  individuelle  pouvait  également  être  requise auprès de  ses  services afin  de  financer  son  traitement  médical  et/ou  l'achat  d'une  réserve  de  médicaments  durant une certaine période. L.  Dans  son  courrier  du  29  novembre  2010,  l'intéressé  a  répliqué  qu'il  ne  comprenait  pas  la  position  contradictoire  de  l'ODM  qui,  d'une  part,  reconnaissait  le  sérieux  de  ses  problèmes  de  santé mais,  d'autre  part,  affirmait qu'il pouvait avoir accès à des traitements adéquats en Iran. Il a  ajouté qu'il serait dangereux d'annoncer son retour en Iran plusieurs jours  à  l'avance,  même  pour  conclure  une  assurance  maladie,  parce  qu'il  risquerait d'attirer l'attention des autorités iraniennes sur sa période d'exil.  Le  recourant  a,  par  ailleurs,  relevé  que  l'ODM  admettait  implicitement  qu'une  prise  en  charge  immédiate  à  son  retour  en  Iran  n'était  pas  assurée,  alors  qu'une  interruption  de  son  traitement  aurait  des  conséquences irréversibles sur sa santé. Il a argué qu'il pourrait manquer  de médicaments  au­delà  de  la  période mentionnée par  l'ODM, pourtant  non  spécifiée,  ce  qui  mettrait  ainsi  sa  vie  concrètement  en  danger.  Le  recourant a produit une note  rédigée par son médecin  traitant datée du  24 novembre 2010 dans laquelle celui­ci réaffirme la fragilité de l'état de  santé de son patient. M.  Par  ordonnance  du  18  janvier  2011,  le  juge  instructeur  a  invité  le  recourant  a  fourni  des  informations  plus  détaillées  sur  le  type  de  "pacemaker  implanté",  sur  les  services  de  pointe  nécessaires  à  son  contrôle  ainsi  que  sur  la  liste  exhaustive  des  médicaments  qu'il  doit  prendre quotidiennement. N.  Le 23  février 2011,  le  recourant a  fait parvenir au Tribunal deux notices  médicales  datées  du  28  janvier  et  du  23  février  2011,  émanant  d'un  médecin  spécialiste  et  d'un  médecin  adjoint  de  l'hôpital  de  Fribourg  (HFR), contenant notamment la liste de la médication de l'intéressé. Il en 

E­6163/2010 Page 6 ressort  également  que  les  contrôles  du  pacemaker  défibrillateur  C._______  dont  l'intéressé  est  porteur,  nécessitent  un  programmateur  C._______ et des personnes formées à l'implantation et à la surveillance  de ce type d'appareillage.  O.  Les  autres  faits  et  arguments  de  la  cause  seront  évoqués,  pour  autant  que de besoin, dans les considérants qui suivent. Droit : 1.  1.1.  Le  Tribunal,  en  vertu  de  l’art.  31  de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF,  RS  173.32),  connaît  des  recours  contre les décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre  1968  sur  la  procédure  administrative  (PA,  RS  172.021)  prises  par  les  autorités  mentionnées  à  l’art.  33  LTAF.  En  particulier,  les  décisions  rendues par l’ODM concernant l’asile peuvent être contestées, par renvoi  de  l’art.  105 LAsi,  devant  le Tribunal,  lequel  statue alors  définitivement,  sauf demande d'extradition déposée par  l'Etat dont  le requérant cherche  à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal  fédéral [LTF, RS 173.110]). 1.2. Le  recourant  a qualité pour  recourir. Présenté dans  la  forme et  les  délais  prescrits  par  la  loi,  le  recours  est  recevable  (art. 48  et  52  PA  et  108 al. 1 LAsi). 2.  2.1.  La  demande  de  réexamen  (aussi  appelée  demande  de  nouvel  examen  ou  de  reconsidération)  –  définie  comme  une  requête  non  soumise à des exigences de délai ou de forme, adressée à une autorité  administrative  en  vue  de  la  reconsidération  d'une  décision  qu'elle  a  rendue et qui est entrée en force – n'est pas expressément prévue par la  PA. La jurisprudence et la doctrine l'ont cependant déduite de l'art. 66 PA,  qui prévoit  le droit de demander  la révision des décisions, et de  l'art. 29  al. 2 Cst.. L'autorité administrative n'est toutefois tenue de s'en saisir qu'à  certaines conditions. Tel est le cas, selon la jurisprudence et la doctrine,  lorsque  le  requérant  invoque  l'un des motifs de révision prévus par  l'art.  66 PA,  en  particulier  des  faits  nouveaux  importants  ou  des moyens  de 

E­6163/2010 Page 7 preuves nouveaux qui n'avaient pas pu être invoqués dans la procédure  ordinaire  (« demande  de  réexamen  qualifiée »),  ou  lorsque  les  circonstances (de fait voire de droit) se sont modifiées dans une mesure  notable  depuis  le  prononcé  de  la  décision  matérielle  mettant  fin  à  la  procédure ordinaire. Dans ces hypothèses, la demande de réexamen doit  être considérée comme un moyen de droit extraordinaire  (cf. ATF 127  I  133  consid.  6,  ATF  124  II  1  consid.  3a  et  ATF 120 Ib  42  consid.  2b  ;  JICRA 2006 n° 20 consid. 2.1 p. 213, JICRA 2003 n°17 p. 101ss, JICRA  2003 n° 7 consid. 1 p. 42s., JICRA 1995 n° 21 consid. 1b p. 203s., JICRA  1995 n° 14 consid. 5 p. 129s.,  JICRA 1993 n° 25 consid. 3 p. 178s., et  jurisp.  citée  ;  ULRICH  HÄFELIN  /  GEORG  MÜLLER  /  FELIX  UHLMANN,  Allgemeines Verwaltungsrecht, 5ème éd., Zurich 2006, n. 1833, p. 392  ;  KARIN SCHERRER,  in Praxiskommentar VwVG, Zurich Bâle Genève 2009,  n. 16s.  ad  art.  66  PA,  p. 1303s.  ;  ALFRED  KÖLZ  /  ISABELLE  HÄNER,  Verwaltungsverfahren und Verwaltungsrechts­pflege des Bundes, Zurich  1998, p. 156ss ; et réf. cit.). 2.2.  Fondée  sur  la  modification  des  circonstances,  une  demande  de  réexamen  tend  à  faire  adapter  par  l'autorité  de  première  instance  sa  décision  parce  que,  depuis  son  prononcé,  s'est  créée  une  situation  nouvelle dans les faits ou sur  le plan juridique (une modification du droit  objectif,  respectivement un changement de  législation) qui constitue une  modification notable des circonstances (cf. ATAF 2010/27 consid. 2.1 p.  367s ; JICRA 1995 n°21 consid. 1b p. 203 ss et réf. cit. ; ATF 109 Ib 253  et  jurisp.  cit.  ;  cf. également  ULRICH  HÄFELIN  /  GEORG  MÜLLER  /  FELIX  UHLMANN,  op.  cit.,  n. 1833,  p.  392  ; ALFRED KÖLZ  /  ISABELLE HÄNER,  op.  cit.,  p.  160  ;  RENÉ RHINOW  / HEINRICH  KOLLER  / CHRISTINA  KISS­PETER,  Öffentliches  Prozessrecht  und  Grundzüge  des  Justizverfassungsrechts  des Bundes, Bâle/Francfort­sur­le­Main 1994, p. 12 ss). 2.3.  Une  demande  de  nouvel  examen  ne  saurait  servir  à  remettre  continuellement  en  question  des  décisions  administratives.  En  conséquence et par analogie avec l'art. 66 al. 3 PA, il y a lieu d'exclure le  réexamen d'une décision de première instance entrée en force, lorsque le  requérant  le  sollicite  en  se  fondant  sur  des  moyens  qu'il  aurait  pu  invoquer par  la voie de recours contre cette décision au fond (cf. JICRA  2003 n° 17 consid. 2, p. 103­104). 3.  En  l'espèce,  le  recourant  remet  en  cause  le  caractère  raisonnablement  exigible  de  l'exécution  de  son  renvoi  en  raison  de  son  état  de  santé,  soutenant que le suivi médical dont il a besoin ne peut pas intervenir en 

E­6163/2010 Page 8 Iran. Les problèmes de santé de l'intéressé, apparus après la décision de  rejet d'asile et de renvoi de l'ODM du 7 avril 2004, ont déjà fait l'objet de  deux  demandes  de  réexamen.  L'implantation  d'un  pacemaker  défibrillateur  chez  l'intéressé  tend  à  démontrer  une  dégradation  de  son  état  de  santé.  Si  la  pose  d'un  tel  appareillage  ne  résout  certes  pas  le  problème  médical  de  l'intéressé,  il  le  stabilise  à  la  condition  d'un  suivi  spécialisé ; cette situation constitue un changement de circonstances que  le  Tribunal  considère,  contrairement  à  l'ODM,  comme  un  nouveau  élément, et partant un moyen de réexamen. Il s'agit, dès lors, d'examiner  s'il y a une modification notable des circonstances depuis la décision du 7  avril 2004, ou, en d'autres termes, si  l'état de santé actuel de l'intéressé  constitue un obstacle à l'exécution de son renvoi en Iran. 4.  4.1. Le recourant a, tout d'abord, invoqué une violation de son droit d'être  entendu, reprochant à  l'ODM de ne pas avoir attendu  la production d'un  nouveau rapport médical avant de statuer. 4.2. A cet égard,  le Tribunal précise que  la procédure de  réexamen est  une  procédure  extraordinaire  dans  laquelle  l'autorité  saisie  doit  se  prononcer uniquement sur les faits invoqués comme nouveaux et attestés  par des moyens de preuve tels que fournis par  le demandeur.  Il est vrai  qu'en  l'espèce,  l'ODM n'a pas attendu  la production du  rapport médical,  annoncé  dans  la  demande  de  reconsidération  du  21  juillet  2010,  pour  statuer. Il n'appartenait toutefois pas à l'ODM d'entreprendre des mesures  d'instruction  complémentaires  avant  de  rendre  sa  décision,  cet  office  n'étant  limité, dans  le cadre de cette procédure, que par  l'examen de  la  pertinence des moyens de preuve fournis 4.3. C'est  ainsi  à  tort  que  l'intéressé  a  fait  valoir  une  violation  du  droit  d'être entendu. 5.  5.1. Cela dit, il faut rappeler que, selon l'art. 83 al. 4 LEtr, l'exécution de la  décision  peut  ne  pas  être  raisonnablement  exigée  si  le  renvoi  ou  l'expulsion de l'étranger dans son pays d'origine ou de provenance le met  concrètement  en  danger,  par  exemple  en  cas  de  nécessité  médicale  parce qu'il ne pourrait plus recevoir les soins dont il a besoin. L'autorité à  qui incombe la décision doit donc dans chaque cas confronter les aspects  humanitaires  liés  à  la  situation  dans  laquelle  se  trouverait  l'étranger 

E­6163/2010 Page 9 concerné  dans  son  pays  après  l'exécution  du  renvoi  à  l'intérêt  public  militant en  faveur de son éloignement de Suisse  (cf.  JICRA 1999 n° 28  p. 170 et jurisp. citée ; 1998 n° 22 p. 191). 5.2.  S'agissant  des  personnes  en  traitement  médical  en  Suisse,  le  Tribunal  rappelle  que  l’exécution  du  renvoi  ne  devient  inexigible  qu’à  partir du moment où, en raison de l’absence de possibilités de traitement  dans  le  pays  d’origine,  l’état  de  santé  de  la  personne  concernée  se  dégraderait  très  rapidement,  au  point  de  conduire,  d’une  manière  certaine,  à  la  mise  en  danger  concrète  de  l’intégrité  physique  ou  psychique (cf. JICRA 2003 n° 24 p. 158). L'art. 83 al. 4 de la loi fédérale  du 16 décembre 2005 sur les étrangers (LEtr, RS 142.20) ne saurait être  interprété  comme  conférant  un  droit  général  d'accès  en  Suisse  à  des  mesures  médicales  visant  à  recouvrer  la  santé  ou  à  la  maintenir,  au  simple  motif  que  l'infrastructure  hospitalière  et  le  savoir­faire  médical  dans  le  pays  d'origine  ou  de  destination  de  l'intéressé  n'atteint  pas  le  standard élevé qu'on  trouve en Suisse (cf. JICRA 1993 n° 38 p. 274s.  ;  2003  n°  24  consid.  5b  p.  157­158).  Ce  qui  compte,  c'est  donc  la  possibilité  pratique  d'accès  à  des  soins  qui,  tout  en  correspondant  aux  standards  du  pays  d'origine,  sont  adéquats  à  l'état  de  santé  de  la  personne  intéressée,  fussent­ils  d'un  niveau  de  qualité  moindres  que  ceux disponibles en Suisse. 5.3. En l'espèce, il ressort des différents rapports médicaux produits que  le recourant souffre d'une insuffisance cardiaque sévère irréversible ayant  nécessité  l'implantation  d'un  pacemaker  défibrillateur  C._______.  L'intéressé  prend  une  (…)  de  médicaments  et  doit  être  suivi  pour  des  bilans  de  santé  ainsi  que  pour  le  contrôle  de  la  médication  et  du  bon  fonctionnement  du  pacemaker.  Il  est  précisé  que  les  contrôle  de  cet  appareillage  nécessitent  un  programmateur  C._______  ainsi  que  du  personnel  qualifié  formé  à  l'implantation  et  à  la  surveillance  des  défibrillateurs  C._______.  Force  est,  dès  lors,  d'admettre  que  les  problèmes  de  santé  de  l'intéressé  sont  sérieux.  Il  convient  donc  d'examiner si les structures médicales en Iran peuvent y faire face. 5.4.  Pour  cela,  il  faut,  tout  d'abord,  se  pencher  sur  les  structures  médicales  en  Iran.  Depuis  presque  trente  ans,  le  système  de  santé  iranien  a  été  complètement  remanié.  Un  énorme  travail  en  matière  de  formation et d'éducation des  ressources humaines a été mené de sorte  que  le  pays  peut  aujourd'hui  compter  sur  suffisamment  de  personnel  médical  compétent  pour  subvenir  aux  besoins  dans  ce  domaine.  Le  système  de  santé  iranien  s'est  ainsi  considérablement  amélioré  et 

E­6163/2010 Page 10 dispose actuellement de standards élevés pour  la  région.  Il existe, dans  les  grandes  villes,  des  hôpitaux  d'excellente  réputation  disposant  d'un  personnel  spécialisé,  souvent  formé  à  l'étranger.  Chaque  province  dispose d'au moins un centre médical universitaire. Le réseau hospitalier  iranien comporte 730 établissements, dont 438 sont directement affiliés et  dirigés par  le Ministère de  la santé et de  l'éducation  (Ministry oh Health  and Medical  Education),  120  appartiennent  au  secteur  privé  et  le  reste  est  géré  par  des  organisations  comme  le  "Social  Organization  of  Iran  (SSO)" S'agissant plus particulièrement de B._______, dont  le recourant  est  originaire,  les  infrastructures  médicales  sont  considérées  comme  bonnes  à  très  bonnes,  dispensant  des  traitements  de  qualité  jugée  suffisante. L'université des sciences médicales de cette ville (TUMS) est  également  un  hôpital,  servant  comme  centre  cardiologique,  équipé  de  blocs opératoires pour les problèmes cardiaques. Il comporte une section  spécialisée  dans  les  urgences  cardiaques  ainsi  qu'une  unité  de  soins  coronariens.  Par  ailleurs,  les  produits  de  la  firme  C._______  sont  largement  distribués  en  Iran.  Le  contrôle  et  la  prise  en  charge  des  patients  porteurs  de  produits  C._______  sont  tout  à  fait  possibles  et,  même, fréquents dans la ville de B._______ (cf. WHO ­ Islamic Republic  of Iran Newsletter, volume 6 Issue 2, Juli­Dezember 2010 ; Home Office,  UK Border Agency, Operational Guidance note  :  Iran, 28 January 2009,  p. 21­22 ; International Medical Community : Health system in Iran, 2009,  p.  69­73,  http://www.tbzmed.ac.ir  consulté  le  4  août  2011).  Quant  aux  médicaments,  ils sont  très  largement  répandus en  Iran, une partie étant  importée  et  une  autre  directement  produite  dans  le  pays.  L'Iran  a,  en  effet,  adopté  une  vaste  politique  en matière  de médicaments  nationaux  génériques  (full  generic­based  National  Drug  Policy  [NDP]),  produisant  les  médicaments  et  vaccins  au  niveau  local.  Cette  production  de  générique  a  ainsi  facilité  l'accès  aux médicaments  à moindres  coûts.  A  quelques  rares exceptions,  tous  les médicaments sont donc disponibles  en  Iran.  Ils  peuvent  être  obtenus  à  l'hôpital,  auprès  des  quatre  pharmacies  gouvernementales  ou  des  pharmacies  privés,  à  un  prix  identique. Les quelques médicaments qui ne pourraient pas être obtenus  peuvent  l'être  par  l'intermédiaire  de  la  Société  du  Croissant­Rouge  sur  simple  présentation  d'une  ordonnance  médicale.  Le  financement  des  soins  peut,  en  outre,  être  assuré  par  l'une  des  différentes  assurances  maladies disponibles en Iran. Celles­ci peuvent être soit publiques (par le  biais  d'un  emploi)  soit  volontaires  et  privées,  ces  dernières  étant  les  meilleures,  les  plus  économiques  et  les  plus  accessibles.  Il  existe  également  un  type de plan d'assurance maladie personnel  proposé par  les Sociétés d'assurances maladies iraniennes à un prix relativement peu  élevé. L'intéressée ou un membre de sa famille peut ainsi contracter l'une  http://www.tbzmed.ac.ir

E­6163/2010 Page 11 ou  l'autre  de  ces  assurances  sans  aucune  difficulté.  Enfin,  le  "Imam  Khomeini's  Relief  Committee"  peut  financer  une  assurance  maladie  en  cas  de  besoins  médicaux  spécifiques.  (cf.  United  Nations  Population  Fund  (UNFPA),  Country  profile  Iran,  http://iran.unfpa.org/Country%20Profile.asp,  consulté  le  4  août  2011  ;  International  Organization  for  Migration,  Retour  en  Iran  :  Fiche  d'information  pays,  30  novembre  2009,  p.  3­6  ;  UK  Border  Agency,  Country of Origin Information Report : Iran, 31 August 2010, p. 200­202 ;  WHO  ­  Islamic  Republic  of  Iran,  op.  cit.  ;  International  Medical  Community : Health system in Iran, op. cit., p. 69­73). 5.5.  Il  ressort  des  informations  ci­dessus  que  les  contrôles  d'un  pacemaker  défibrillateur  C._______  peuvent  être  effectué  de  manière  adéquate  à  B._______,  dans  la  ville  d'origine  de  l'intéressé,  de  même  que les bilans et suivis nécessaires au maintien de son état de santé. Le  recourant  peut  également  se  procurer  à  B._______  tous  les  médicaments,  en  tous  cas  sous  leur  forme  générique,  dont  il  a  besoin.  Par  conséquent,  l'intéressé  pourra  avoir  accès  aux  traitements  et  soins  indispensables.  Le  Tribunal  constate  également  que  l'intéressé  pourra  compter  sur  le  soutien moral  et  financier  de  son  large  réseau  familial  à  son  retour  à  B._______  où  vivent  sa  mère,  son  épouse,  ses  enfants  majeurs ainsi que ses frères et sœurs (cf. pv. de son audition sommaire  p. 2­3, pv. de son audition motifs d'asile p. 2 et 5). Les difficultés réelles  de  l'intéressé à  retrouver un emploi vu son âge et son état de santé ne  sont  donc  pas  pertinentes.  En  outre,  rien  ne  permet  de  considérer  que  ses proches ne pourraient conclure, en son nom, une assurance maladie  peu  avant  son  retour  en  Iran  afin  qu'il  puisse  en  bénéficier  dès  son  arrivée dans la mesure où les motifs d'asile présentés par l'intéressé ont  été jugés invraisemblables. Dans ces conditions, force est d'admettre qu'il  pourra bénéficier d'une assurance maladie en Iran. Compte tenu de l'état  de  santé  de  l'intéressé,  le  Tribunal  n'entend  pas  sous­estimer  les  difficultés  relatives à son renvoi dans son pays d'origine après plusieurs  années passées en Suisse. 5.6.  Cela  étant,  il  appartiendra  à  l'ODM  d'examiner  une  éventuelle  demande  d'aide  au  retour  accordée  par  la  Suisse  que  l'intéressé  peut  solliciter auprès de cette autorité dans le but de mieux appréhender son  retour au pays et d'éviter  toute  interruption de son traitement  (cf. art. 93  LAsi  et  73ss  de  l'ordonnance  2  du  11  août  1999  sur  l'asile  relative  au  financement  [OA 2, RS 142.312]). De plus, compte tenu de  l'importance  des  problèmes  de  santé  du  recourant,  il  appartiendra  aux  autorités  chargées  de  l'exécution  de  son  renvoi  de  prévoir  un  accompagnement  http://iran.unfpa.org/Country%20Profile.asp

E­6163/2010 Page 12 par une personne dotée de compétences médicales afin de lui assurer un  soutien adéquat durant son voyage (cf. art. 92 LAsi et art. 58 al. 3 de OA  2). 5.7. Au vu de ce qui précède,  le Tribunal considère que  le changement  de circonstances invoqués par le recourant n'est pas déterminant et que  son état de santé actuel ne constitue pas un obstacle à l'exécution de son  renvoi en Iran. Cette mesure demeure donc raisonnablement exigible en  l'état. 6.  Il  s'ensuit  que  le  recours  doit  être  rejeté  et  l'exécution  du  renvoi  prononcée par l'ODM le 7 avril 2004 confirmée. 7.  Les  conclusions  du  recours  n'étant  pas  d'emblée  vouées  à  l'échec  et  l'intéressé  étant  indigent,  la  demande  assistance  judiciaire  partielle  est  admise.  Il  est  donc  renoncé  à  la  perception  des  frais  de  procédure  (cf. art. 65 al. 1 PA). (dispositif page suivante)

E­6163/2010 Page 13 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est rejeté. 2.  La demande d'assistance judiciaire partielle est admise. 3.  Il est renoncé à la perception des frais de procédure. 4.  Le  présent  arrêt  est  adressé  au  recourant,  à  l'ODM  et  à  l'autorité  cantonale compétente. La présidente du collège : La greffière : Emilia Antonioni Céline Longchamp Expédition :

E-6163/2010 — Bundesverwaltungsgericht 18.10.2011 E-6163/2010 — Swissrulings